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Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND - 29e dimanche du Temps ordinaire - Année A
La question de payer l’impôt à César vise à faire prendre parti au Christ pour le pouvoir romain ou pour l’une ou l’autre des traditions du judaïsme. Sa réponse déplace le débat afin d’éviter de considérer le domaine politique de manière idolâtrique. Jésus n’est pas venu établir un royaume politique sur terre. Nous sommes facilement tentés de tomber dans cette vision fausse lorsque des débats de sociétés traversent notre actualité. Notre liberté chrétienne se traduit par un juste engagement dans la société.
Dimanche 22 octobre 2017 - Notre-Dame de Paris
« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22,21). Sans doute cette phrase de l’évangile est-elle une de celles qui sont les plus connues et les plus souvent citées dans notre culture. Je ne suis pas sûr que cela soit toujours dans le sens où Jésus l’a prononcée. Dans le meilleur des cas, c’est une façon de rappeler que la volonté du Christ exprimée à travers cette phrase est à l’origine d’une pratique et d’une conception de la séparation du pouvoir politique et du pouvoir spirituel. Dans le pire des cas, on utilise cette phrase pour disqualifier l’intervention des chrétiens dans la vie sociale, ce qui n’est évident pas la même chose.

Quel est le piège qui a été tendu à Jésus et qui a amené cette déclaration face aux Pharisiens ? La question qui lui a été posée, s’il fallait payer l’impôt à César, était une question de jurisprudence entre les différentes écoles du Judaïsme : celle des pharisiens, celle des partisans d’Hérode et celle des Zélotes. Ces derniers ne sont pas cités ici mais ils étaient de fervents contestataires du pouvoir romain sur la Palestine. Il y avait donc trois écoles qui se faisaient face. Les Zélotes étaient pour le boycott total et absolu, les Pharisiens plaidaient pour une forme d’obéissance au précepte de l’impôt qui garantissait la liberté d’exercer leur religion et les partisans d’Hérode qui étaient ce qu’on appellerait en termes modernes les collaborateurs de l’occupant. Selon la réponse qu’il ferait, Jésus pouvait difficilement échapper au risque d’être classé dans l’une ou l’autre de ces trois catégories et donc de déchaîner contre lui l’opposition des autres. On peut évidemment imaginer que la réponse du Christ échappe à ce piège simplement par tactique, mais il nous faut prêter attention de plus près à l’argument qu’il met en œuvre : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Il met en évidence que le royaume qu’il annonce - et dont il marque les premiers moments de réalisation - n’est pas un royaume politique. Il met en évidence qu’il n’a pas été envoyé par le Père pour créer un royaume théocratique à partir du peuple d’Israël. D’ailleurs, dans la tradition biblique, comme nous le rappelait la lecture du prophète Isaïe, l’interprétation portée sur le pouvoir politique n’est jamais une interprétation de soumission. Quand Dieu accède au désir du peuple d’Israël d’avoir un roi, et on sait avec quelle réticence, nous voyons à travers les récits que ce roi est soigneusement contrôlé, que les prophètes qui l’entourent vérifient toujours qu’il agit en fonction de la loi et non pas simplement en fonction de sa fantaisie. Dans les périodes qui ont suivi, qu’il s’agisse de la domination assyrienne, de la domination égyptienne, de la domination grecque, de la domination perse comme c’était le cas au moment de Cyrus, ou de la domination romaine, nous voyons que la liberté de la parole de Dieu reste entière, soit pour désigner Cyrus comme le serviteur de Dieu parce qu’il va prendre des décisions qui favorisent la mise en œuvre de la loi, soit pour se distancer complètement d’un pouvoir politique qui est jugé idolâtre. Ces tensions entre le pouvoir politique et l’identité religieuse d’Israël doivent nous éclairer sur la manière dont le Christ agit et dont nous savons qu’elle sera exprimée de façon encore plus radicale au moment de son procès quand il sera accusé de vouloir se poser comme le roi en Israël et qu’il répondra à Pilate, « Mon royaume n’est pas de ce monde », en refusant d’entrer dans ce processus de jugement politique. Il n’est pas venu pour rétablir un royaume au sens habituel du terme mais pour rétablir le règne de Dieu dans les cœurs par l’observance de la parole de Dieu.

Si nous acceptons d’entrer dans cette intelligence que nous donne le Christ sur le rapport avec le pouvoir politique, nous pouvons sans doute éclairer de façon plus précise notre situation dans le monde contemporain. Les débats multiples qui ont marqué l’année écoulée à l’occasion des élections en France ont montré à quel point beaucoup de nos concitoyens étaient passionnés par le débat politique, - ce qui n’est pas une mauvais chose -, mais combien on risque souvent d’entrer dans une vision idolâtrique du débat politique en pensant que c’est le choix ou les opinions politiques qui vont déterminer le salut. C’est un piège qui nous est tendu comme il a été tendu au Christ de vouloir entraîner la parole de Dieu non pas dans un dialogue sur les valeurs de la société, - ce qui est naturel -, mais de l’entraîner dans un jugement où le débat politique devient le lieu premier de discernement sur la société, comme si le débat politique épuisait tous les enjeux de l’existence humaine. C’est effectivement un risque réel, une tentation idolâtrique de penser que le politique est de nature à définir les conditions de la vie personnelle des citoyens et des membres de la société. L’organisation politique, comme son nom l’indique, est faite pour organiser la vie commune, formuler des orientations collectives, arbitrer des conflits entre différentes opinions, favoriser le développement d’un tissu social où les conflits se règlent par le débat, et non par la violence ou par l’insulte. Dans ce travail nécessaire et estimable des forces politiques, le royaume de Dieu n’est pas engagé, et en tout cas, la fidélité à la parole de Dieu ne se mesure pas à l’adhésion aux idéologiques politiques. « Dieu fait de nous en Jésus-Christ des hommes libres », c’est-à-dire des hommes qui ne sont inféodés à aucun système politique et qui sont capables d’apporter leur contribution, leur soutien, comme aussi leurs observations ou leurs contestations, sans que Dieu lui-même soit pris en otage par les choix particuliers auxquels nous sommes invités et auxquels nous pouvons adhérer.

Je rappelais comment cette phrase du Christ, « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », avait été à l’origine d’une vision de la séparation des pouvoirs. Mais la séparation des pouvoirs ne veut pas dire que le pouvoir politique devient l’ultime instance de la morale, de l’éthique et de l’orientation de la vie humaine. S’il le prétend, c’est une usurpation idolâtrique d’un pouvoir démesuré sur la liberté des hommes.

Ainsi, comme chrétiens, nous sommes invités à exercer notre liberté, c’est-à-dire à soumettre notre jugement et notre adhésion à telle ou telle conception du monde, à notre foi, à la lumière de la parole de Dieu et de la tradition de l’Église. Ce n’est pas un débat télévisé qui définit notre adhésion et notre engagement dans la société ! C’est notre adhésion et notre engagement dans la société qui doivent définir les formes que prennent les organisations politiques.

Il me semble que dans les temps que nous vivons, il est bon que des citoyens soient conscients de leur liberté, capables de la défendre et de contribuer à une confrontation sereine du débat politique pour un meilleur équilibre de la vie de tous.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.



Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND - 30e dimanche du temps ordinaire - Année A
La question du pharisien sur le plus grand commandement est l’occasion pour le Christ de revenir au fondement de la Loi. Le commandement de l’amour de Dieu et du prochain devient un critère de discernement par rapport à la multitude d’obligations qui se sont ajoutées dans le temps. L’enseignement du Christ est libérateur à ce titre. Il éclaire aussi nos propres questionnements et discussions avec le Christ. Il fait la vérité sur certaines de nos difficultés actuelles et nous donne une orientation fondamentale à mettre en œuvre dans chacune des situations particulières.
Dimanche 29 octobre 2017 - Notre-Dame de Paris
Frères et Sœurs,

Si nous voulons entrer un peu plus profondément dans le passage que nous venons d’entendre, il nous faut le situer dans le déroulement de l’évangile de saint Matthieu, qui rassemble dans ce chapitre 22 un certain nombre de discussions de Jésus avec les scribes, les pharisiens et les saducéens, qui nous sont présentées par l’évangéliste comme des pièges tendus à Jésus. Mais pour comprendre en quoi consiste le piège, il faut que nous fassions rapidement mémoire de la situation dans laquelle ces discussions ont lieu. En effet, les différents responsables du peuple d’Israël, ou les différentes écoles rabbiniques qui essayaient de rassembler des disciples, se trouvent en concurrence avec Jésus, et c’est pourquoi ils essayent de le faire trébucher par rapport à leurs propres enseignements.

Dimanche dernier, le piège portait sur l’impôt dû à César ; aujourd’hui, il porte sur le grand commandement. Pourquoi ? Parce que les pharisiens, dans leur zèle pour mettre en œuvre l’intégralité de la loi, formulaient des commandements nombreux, tous tirés de la loi et des prophètes, qui devaient définir la manière d’être un juif fidèle. 613 commandements, rien de moins ! On comprend que beaucoup de ceux qui entendaient cette prédication sur les innombrables commandements pouvaient être un peu perdus. Ils se demandaient si tous ces commandements avaient la même importance, s’ils étaient tous sur le même plan. En posant à Jésus la question du plus grand commandement, les pharisiens veulent le mettre à l’épreuve par rapport à leur propre enseignement. C’est ainsi que la réponse de Jésus apporte quelque chose de nouveau pour ses auditeurs. Elle n’est pas nouvelle par son contenu, puisque, comme vous le savez, les deux commandements que Jésus rappelle sont une citation de l’Ecriture. Tous les juifs savent, pour le réciter tous les jours, qu’il faut aimer le Seigneur son Dieu de toute sa force, de tout son cœur et de tout son esprit. Cela ne leur apprend rien du tout. De même, ils savent qu’il faut aimer son prochain comme soi-même. Ce qui est nouveau, c’est de prendre ces deux commandements de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, comme un critère de discernement par rapport à la multitude de choses qui étaient détaillées par les commandements des pharisiens, au point que personne - sauf à s’illusionner beaucoup sur soi-même - ne pouvait être sûr d’exécuter vraiment tous les commandements.

L’enseignement de Jésus est libérateur. Non pas parce qu’il éliminerait les commandements de la loi, mais parce qu’il les soumet à un commandement générique, fondateur, qui va permettre à chacun de vérifier si ses pratiques, non seulement obéissent à toutes sortes d’obligations formulées par les pharisiens, mais surtout si elles obéissent au commandement fondamental de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain. Nous en avons de multiples traces dans les évangiles, notamment chaque fois qu’il y a une discussion sur le sabbat. Jésus opère un certain nombre de miracles à la synagogue le jour du sabbat et on lui en fait grief. Pourquoi ? Parce qu’il fait quelque chose d’interdit. Et comment répond-il ? Non pas en disant que cela n’est pas interdit, mais en disant que la loi, y compris la loi du sabbat, est au service de la vie de l’homme et non pas l’inverse. S’il redonne la santé ou la vie à quelqu’un le jour du sabbat, il accomplit le sabbat. Cela signifie qu’il existe un critère pour interpréter les commandements, non pas comme une sorte de code où l’on additionnerait les obligations les unes après les autres et où il faudrait cocher chaque case, mais comme une orientation fondamentale du cœur et de l’action commandée par l’amour de Dieu et l’amour des frères. C’est cet amour de Dieu et cet amour des frères qui accomplit la totalité de la loi, parce que la loi et les prophètes n’ont pas d’autre but que de permettre à ceux qui les reçoivent d’aimer Dieu et d’aimer son prochain.

Ce débat entre Jésus et les pharisiens, ou entre Jésus et les saducéens, ou entre Jésus et les scribes n’est pas simplement une évocation historique de ce qui s’est passé pour l’enseignement du Christ, c’est aussi un indicateur de ce qui se passe pour nous. Car nous devons bien nous rendre compte que nous entrons souvent, nous aussi, en discussion avec le Christ pour faire ressortir ce qui pourrait être une contradiction, et pour espérer ainsi justifier nos difficultés.

Vous avez entendu comment le Livre de l’Exode invite les juifs à se comporter avec les immigrés et avec les pauvres. On peut trouver toutes sortes de questions diverses qui détournent la véritable question posée : qu’est-ce que cela veut dire aimer son prochain comme soi-même si on se détourne du pauvre, si on l’exploite, si on refuse d’accueillir l’immigré et si on le rejette ? On peut toujours trouver des arguments, on peut toujours entrer en discussion avec le Christ sur ces sujets, mais ultimement, le Christ ne nous demande pas un comportement parfait et idéal en toutes circonstances, il nous demande d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. C’est à la lumière de ce commandement de l’amour du prochain que nous devons apprécier les situations, les appels que nous percevons et la manière dont nous y répondons. Comment pourrait-on dire, comme saint Jean nous le répète dans sa première épître, que nous aimons Dieu que nous ne voyons pas, si nous n’aimons pas les frères qu’il nous donne et que nous voyons ? Voilà un critère de discernement. Je peux me dire chrétien, disciple du Christ, fidèle de Dieu, mais est-ce que je suis chrétien, disciple du Christ et fidèle de Dieu dans mon comportement avec les hommes et les femmes qui m’entourent, en particulier avec celles et ceux qui sont les plus démunis et les plus abandonnés dans notre monde ?

Ces deux commandements de l’amour de Dieu et de l’amour de nos frères rassemblent, résument, récapitulent toute la loi et tous les prophètes. Toutes les situations dans lesquelles l’existence nous projette, toutes les opportunités ou les difficultés auxquelles nous sommes confrontées ne peuvent pas se résoudre simplement par des commandements de détail. Elles ne peuvent se résoudre que par l’orientation fondamentale de l’amour de Dieu et de nos frères qui nous fait choisir et construire les solutions les meilleures, ou les moins pires, dans chaque situation où nous nous trouvons.

Prions le Seigneur que ces controverses que nous rapporte l’évangile éclairent les controverses que nous entretenons nous-mêmes en nos cœurs et qu’elles nous aident à comprendre comment l’obéissance à Dieu, à la loi et aux prophètes s’accomplit dans l’amour de nos frères.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.



Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Messe à l’Assemblée Plénière des évêques de Lourdes - 31e semaine du temps ordinaire – Année A
Mardi 7 novembre 2017 - Lourdes (Basilique ND du Rosaire)
Frères et sœurs,

Nous savons combien il peut être hasardeux de transposer directement une parole de l’Évangile dans notre situation actuelle. Mais on ne peut s’empêcher de remarquer comment ce passage de l’Évangile de saint Luc qui prépare un autre repas où sera dévoilé l’immense miséricorde de Dieu, concentre notre attention sur ces situations où Jésus s’attable avec les hommes et s’appuie sur l’expérience du repas. Cela ne transforme pas l’Évangile en guide des bonnes tables, ou les dîners en ville en situations automatiquement évangélisatrices mais cela nous permet de réfléchir quand même sur quelque chose qui, -je dois vous l’avouer-, me paraît un peu difficile.

Comment concilier cette volonté universelle et très générale de Dieu d’attirer les hommes au repas de son royaume, -même au besoin en passant outre à leurs désirs, à leurs attentes et en les poussant dans le dos pour qu’ils entrent de force dans la salle du banquet-, cette vision dont on peut dire qu’elle est multitudiniste, qui veut toucher « la multitude » comme le dit très bien notre prière eucharistique, et notre expérience de la célébration eucharistique n’est pas fréquemment multitudiniste ? On peut quelquefois se demander si nous ne sommes pas un peu timorés devant cette propension à aller ramasser au gré des chemins, les estropiés, les bancals et même ceux qui n’en veulent pas ! Est-ce que notre conception de l’accès à la table du Seigneur correspond bien à cette vision dans laquelle le Père veut attirer tous les hommes ? Peut-être que l’histoire nous a appris à nous méfier de cette tendance à attirer tout le monde dans l’Église et à faire le tri après… Elle nous a un peu déçus… Mais, je reste quand même avec ma question : est-ce que, poussés par les statistiques, nous ne nourrissons pas inconsciemment une théorie satisfaisante du petit nombre des convaincus face au grand nombre des hésitants ? Notre christianisme ne perd-il pas peu à peu de son enracinement dans le grand nombre, avec tout ce qu’il peut y avoir d’incertain, d’imprécis et d’inégal dans l’adhésion personnelle de chacun ? Est-ce que nous ne passons pas du christianisme du peuple au christianisme des individus très soigneusement étiquetés, mesurés, vérifiés ? Mais si peu nombreux ! Cette Église ne risque-t-elle pas de devenir une Église des purs dont on s’apercevra peut-être un jour qu’ils n’étaient pas si purs que leur piété le laissait penser ?

Il me semble que cette parole du Christ nous invite à ouvrir plus largement notre perspective, à déployer une plus grande ambition à l’égard du plus grand nombre, à essayer quand même, sinon de les pousser tous, d’en convaincre quelques-uns ! Encore faudrait-il que nous-mêmes, nous soyons convaincus que le menu qui nous est proposé mérite que l’on abandonne un certain nombre de choses, ce qui n’est visiblement pas le cas des invités de ce repas pour qui des occupations très légitimes l’emportent de beaucoup sur le désir de répondre à l’invitation.

J’ai toujours été impressionné, mais sans doute était-ce dû à mon jeune âge, quand on me racontait comment des chrétiens faisaient des kilomètres à pieds pour aller à l’eucharistie. Cela me revient quelquefois quand je reçois des récriminations de nos chrétiens qui se plaignent parce que la messe est à plus d’un quart d’heure de chez eux, ou à une heure qui ne leur convient pas en fonction de l’horaire d’ouverture de leur boucher… Il y a des priorités… Je ne suis pas sûr que nos priorités soient toujours explicites !

Ceci nous incline à prendre au sérieux la parole de saint Paul : « N’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. » (Rm 12, 16b). Nous savons, nous évêques, que la splendeur de nos ornements ne pallie pas la faiblesse de nos personnes mais la camoufle plutôt. Nous savons bien qu’il y a longtemps que nous ne sommes plus des « grandeurs » et que notre ministère est un ministère modeste comparé à toutes les puissances qui se manifestent à travers les médias de notre monde. Nous ne sommes que les serviteurs du Christ mais nous savons que dans son repas, ceux qui sont les premiers ne sont pas toujours ceux qu’on croit, que ce chemin de l’humilité, de la lucidité sur nos faiblesses, de la pauvreté de nos moyens est sans doute plus sûr pour tenir la main du Christ que le goût des grandeurs, des grandes œuvres et des grands succès. Ce n’est pas une consolation à bon marché ! C’est vraiment parce que c’est dans ce chemin d’épreuves que nous rejoignons réellement celui qui est mort seul pour le salut de tous.

+ André cardinal Vingt-Trois,
archevêque de Paris



Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND - 32e dimanche du temps ordinaire – Année A
Avec la fin de l’année liturgique, les évangiles nous font méditer sur le temps du retour du Christ et sur la fin des temps. Les hommes ont toujours été tentés d’en annoncer la date. Ce temps nous est laissé par Dieu pour nous convertir. C’est un temps de miséricorde. Les chrétiens sont invités à attendre le retour du Christ en veillant et en priant.
Dimanche 12 novembre 2017 - Notre-Dame de Paris
Frères et Sœurs,

A mesure que nous approchons de la fin de l’année liturgique, la liturgie propose à notre méditation des paroles du Christ qui concernent son retour et la fin des temps. Nous le savons, pour en lire beaucoup et souvent, la fin des temps est un sujet qui a toujours intéressé les hommes, comme s’il y avait une sorte de fascination pour annoncer par avance quand tout cela s’arrêtera… Et périodiquement, des prophètes autoproclamés se lèvent pour nous donner la date fatidique, du moins selon eux, et puis, quand cette date fatidique est passée, ils en donnent une nouvelle qui permet de vivre une nouvelle époque en attendant que cette époque elle-même montre qu’elle n’était pas la dernière… Si ces prophètes trouvent des auditeurs et un certain crédit, c’est évidemment parce que cette question taraude l’histoire humaine dans son ensemble et notre histoire particulière ! Il semble qu’avoir la capacité d’annoncer quand cela arrivera garantisse d’être écouté, en oubliant que dans l’évangile, Jésus lui-même dit que nul ne connaît ni le jour ni l’heure, pas même le Fils. Cette ignorance n’est pas une malédiction, mais au contraire une bénédiction, car elle nous invite à regarder l’avenir non pas comme un espace menaçant mais comme un espace qui nous est donné pour nous rapprocher de Dieu.

Dès la période apostolique, les Écritures en sont le témoignage. Nous avons entendu dans l’épître de saint Paul aux Thessaloniciens que cette question était présente. On se disait : mais pourquoi est-ce que cela continue ? Une fois le Christ mort et ressuscité, une fois l’Esprit-Saint répandu au cœur de ses fidèles, un certain nombre pensaient que tout était terminé. C’est ce que l’on retrouve quelquefois dans la formule « en ces temps qui sont les derniers », ce sont les derniers temps mais rien ne nous dit combien vont durer les derniers temps ! Cette première génération des disciples du Christ a appris progressivement à découvrir que les choses ne se passaient pas comme ils l’avaient imaginé. Le Christ est ressuscité, il est retourné auprès du Père, il a envoyé son Esprit, et cependant le monde ne s’est pas arrêté de tourner et l’histoire se continue. Tous ceux qui vont constituer progressivement le peuple des disciples de Jésus dans l’Église, vont avoir à vivre cette tension entre la certitude que tout a été accompli dans le Christ, et l’incertitude du moment où il va manifester sa victoire sur le monde. Cette tension n’est pas une incohérence, ni une erreur de calcul de la Providence ! Comme les disciples vont le découvrir peu à peu, c’est un signe de la miséricorde de Dieu.

Vous vous rappelez peut-être cette parabole dans l’évangile où le maître du domaine passe devant un figuier qui n’a pas donné de fruit, et qui demande qu’on l’arrache. Son intendant lui dit : donne-lui encore une année, je vais le soigner, le traiter, et l’année prochaine, on verra s’il a donné du fruit ou pas. Ce temps que Dieu nous donne en plus, qui n’ajoute rien à la mort et à la résurrection de Jésus, ce temps, c’est le temps dont nous avons besoin pour nous convertir, pour nous préparer à accueillir le Messie quand il reviendra ; pour être vigilants, car nous ne savons ni le jour ni l’heure ; pour éviter de sombrer dans l’insouciance comme nous le dit l’Évangile en parlant des cinq jeunes filles qui ne se sont pas munies des provisions nécessaires pour l’attente. Tout cela éclaire notre situation de chrétiens dans l’histoire des hommes. Oui, beaucoup de nos contemporains vivent dans l’insouciance, comme s’il ne devait pas y avoir de lendemain, comme si l’on pouvait tout consommer tout de suite, en se disant que, de toutes façons, il y aura des systèmes pour récupérer si besoin est… La sagesse du chrétien, c’est de ménager ses moyens et ses forces pour tenir dans la durée. C’est de se recueillir et de recueillir les biens nécessaires pour attendre le retour du Christ, non pas pour l’attendre en sachant combien de temps nous devons attendre, mais pour l’attendre avec un cœur ouvert, le temps qu’il voudra, le temps qui sera nécessaire pour que la conversion de l’humanité progresse. Nous sommes plongés, par toute notre existence, dans ce monde à la fois insouciant et fasciné par la fin des temps,-il alterne tour à tour les films apocalyptiques qui se projettent à la dissolution du monde-, et les désirs de consommation qui nous font détruire ce monde dès maintenant.

Attendre le retour du Christ en veillant et en priant, cela veut dire que nous avons une mission au cœur de l’histoire, en ne nous laissant pas fasciner par la fin des temps, en ne nous laissant pas anesthésier par l’immédiat, en étant toujours disponibles devant la durée que Dieu nous offre, et déterminés pour vivre le présent, non pas dans l’insouciance mais dans la sagesse. Ces perspectives qui concernent l’humanité entière et l’histoire du monde, nous les retrouvons quand nous considérons notre propre vie, puisqu’aussi bien, pour chacun d’entre nous aussi, les quelques années que nous vivons sur cette terre sont des années d’attente pour la rencontre avec le Seigneur qui arrivera nous ne savons pas quand, nous ne savons pas comment, mais dont la venue n’est pas une source d’anxiété et d’inquiétude mais une source de confiance et d’espérance.

Chacune et chacun d’entre nous est invité à prendre tous les moyens dont il dispose pour vivre ces quelques années non pas dans l’insouciance irréelle, mais dans la lucidité claire de ce que nous vivons. C’est notre réserve d’huile pour être prêt au moment où le Christ viendra.

Frères et sœurs, retenons cette parole du Christ : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour, ni l’heure » (Mt 25, 13).

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.



Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe des étudiants 2017 des diocèses d’Île-de-France à Notre-Dame de Paris – Mémoire de saint Albert le Grand
Le Samaritain guéri qui, seul parmi dix guéris eux-aussi, vient rendre grâce, est l’image de tous ceux qui reconnaissent ce que Dieu fait pour les hommes. La participation à l’eucharistie est une réponse à une invitation de la part de Dieu. Nous sommes tous appelés à reconnaître l’action de Dieu dans nos vies et à évaluer comment elle nous transforme. Le prochain synode des évêques réfléchira sur le thème de l’appel de Dieu adressé aux jeunes qui sont invités à y répondre à travers leurs diverses vocations pour renouveler le monde.
Mercredi 15 novembre 2017 - Notre-Dame de Paris
Frères et Sœurs,

Il y a des jours où l’on peut être tenté de s’identifier aux Samaritains quand les Samaritains ont le beau rôle ! Comme vous venez de l’entendre dans ce passage de l’évangile de saint Luc, ce Samaritain guéri fait partie des dix pour cent qui reconnaissent qui a opéré la guérison ! Les neuf autres ont aussi été guéris, mais cependant qu’ils allaient faire constater leur guérison selon les préceptes de la Loi auprès du prêtre, ils ont été tellement préoccupés de mener à bien leurs tractations qu’ils ont fini par oublier qui les avait guéri. Il n’y a que ce seul Samaritain, c’est-à-dire cet étranger et cet hérétique par rapport au peuple Juif, qui reconnaît que c’est la parole de Jésus qui l’a guéri et qui revient lui rendre grâce. Alors, j’espère que ce soir, nous qui sommes réunis pour cette eucharistie, nous sommes le dixième de tous ceux qui ont été guéris, que nous sommes le bon dixième, c’est-à-dire le Samaritain, et que nous revenons vers le Christ pour lui rendre grâce de ce qu’il a fait pour nous.

Peut-être certaines ou certains d’entre vous ne sont-ils pas encore tout à fait convaincus qu’ils sont Samaritains à cent pour cent, ils ont alors encore de la marge pour endosser complètement le rôle du Samaritain ! Mais tous, vous savez que si vous êtes entrés ce soir dans cette cathédrale, ce n’est pas par un effet d’instinct grégaire ou par simple curiosité, ou par amour des belles pierres, c’est parce que vous étiez invités, c’est-à-dire appelés pour célébrer ensemble le Christ qui donne sens à notre vie, célébrer sa puissance qui vient toucher les plaies des hommes et des femmes pour les remettre debout, pour les délivrer de ce qui les exclut de la communion, pour les conduire avec amour et tendresse vers les pâturages que le Père a préparés pour nous. Nous sommes ces pauvres pécheurs, et c’est sur nous que le regard du Christ s’est posé, c’est à nous que sa parole est adressée, c’est pour nous qu’il a mis en œuvre sa puissance.

Cette année, notre célébration est colorée d’une façon particulière par la perspective de la session du synode des évêques qui se tiendra à Rome à l’automne prochain et dont le pape François a souhaité qu’elle soit ardemment préparée par ceux qui en seront les heureux bénéficiaires, si je puis dire, c’est-à-dire la jeunesse du monde. C’est pour préparer cette rencontre des évêques du monde entier que vous êtes sollicités afin d’exprimer, non pas simplement vos idées personnelles - qui peuvent toujours être intéressantes -, mais plus profondément comment vous reconnaissez que le Christ est quelqu’un dans votre vie, et comment cette présence du Christ dans votre vie transforme votre manière de vivre, votre manière de comprendre le monde, votre désir de le transformer. Comment cette présence mystérieuse du Christ - mystérieuse parce qu’invisible, mais certaine, parce qu’il nous l’a dit « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,20), parce qu’il l’a mise en œuvre par l’envoi de son Esprit Saint, parce qu’il nous la rappelle régulièrement par la lecture et la méditation de sa Parole -, met-elle en œuvre dans chacune de nos existences une espérance et un facteur de nouveauté ? L’espérance, c’est la certitude que notre avenir, l’avenir de chacune et de chacun d’entre vous, mais à travers vous, l’avenir de notre humanité, n’est pas voué à la mort et à la destruction mais au contraire à la vie. L’espérance, c’est la certitude que malgré les difficultés que nous pouvons rencontrer au cours de notre existence, malgré les limites que nous éprouvons, malgré parfois les fautes que nous commettons, nous sommes appelés à une vie de lumière et de paix.

Cette session des évêques autour du pape François porte sur la jeunesse, et sur l’expérience des vocations, c’est-à-dire des appels qui sont adressés à cette jeunesse pour transformer le monde. Ces appels, ces vocations, se réalisent à travers des formes différentes mais elles ont toutes un point commun, c’est un regard que Dieu porte sur nous, c’est une parole qu’il adresse à notre cœur, c’est une orientation qu’il donne à notre vie pour qu’elle ne soit pas inutile.

Chacune et chacun d’entre vous est appelé à contribuer au renouvellement de ce monde. Chacune et chacun d’entre vous est appelé à structurer son existence autour d’un dynamisme unique qui est le dynamisme de l’amour répandu en nos cœurs par la foi. Les uns vivront ce don d’eux-mêmes à travers des activités de tout genre, en fondant des familles, en accueillant des enfants, en les aidant à grandir. D’autres sont appelés à se donner tout entier pour la mission de l’Église comme consacrés, prêtres, religieux, religieuses. Tous, nous sommes invités au même chantier et nous sommes invités à la même table.

Que le Seigneur permette à chacune et à chacun d’entre vous d’entendre son appel, l’appel de Dieu pour lui ou pour elle. Qu’il permette à chacune et à chacun d’entre vous, à mesure qu’il avance dans ses études, de mieux discerner à quoi sa vie va être engagée, comment sa vie va pouvoir servir ses frères, comment l’amour va transformer son existence. Que le Seigneur vous donne de traverser cette période de discernement et de décision avec confiance dans la paix et dans la joie.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.



Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Confirmations d’adultes du diocèse de Paris à Notre-Dame de Paris
Les vicissitudes de la vie conduisent parfois certains baptisés à différer à l’âge adulte la réception du sacrement de la confirmation. Des événements personnels peuvent déclencher cette prise de conscience. La parabole des talents est un moyen de relire l’histoire de nos vies. C’est une invitation à vivre la foi de façon dynamique et non comme un bien à cacher que l’on aurait peur de perdre. C’est le chemin pour devenir "disciple missionnaire". La confirmation fortifie ce dynamisme.
Samedi 18 novembre 2017 - Notre-Dame de Paris
Frères et Sœurs, chers amis,

Vous qui allez être confirmés, j’ai envie de vous adresser ce soir la parole que saint Paul écrivait aux Thessaloniciens « vous êtes des fils de la lumière, des fils du jour, vous n’appartenez pas à la nuit et aux ténèbres » (Th 5,5). Cette lumière qui vous a illuminés depuis votre baptême, elle a pu rester cacher à vos yeux pendant un certain nombre d’années. Les lettres que vous m’avez adressées pour témoigner de votre cheminement vers cette confirmation manifestent comment, à travers des périodes différentes de votre vie, vous avez pu avoir le sentiment que la foi avait perdu sa vigueur, que la présence du Christ était devenue problématique, bref que vous vous étiez éloignés.

Et voici qu’un événement, différent évidemment pour chacune et chacun d’entre vous, est venu déclencher un questionnement. Cet événement peut être un drame survenu dans votre entourage, la joie de découvrir l’amour d’un partenaire, la responsabilité que vous avez à l’égard de vos enfants, bref, il y a toutes sortes d’événements qui peuvent ainsi servir de déclencheurs à notre prise de conscience. Mais ce qui est commun, c’est que ce déclenchement d’une prise de conscience est en même temps la découverte que nous ne sommes pas propriétaires de l’histoire, de l’avenir et du salut. Chacune de nos existences nous permet de faire l’expérience de ce qu’est notre précarité humaine, pas simplement la précarité sociale ou la précarité économique, mais même la précarité très personnelle de notre liberté. Oui, à travers différents épisodes de notre vie, nous mesurons que nous ne disposons pas par nous-mêmes des forces et des moyens pour surmonter les épreuves de l’existence et retrouver l’orientation positive à laquelle nous aspirons. C’est à ce moment-là que la foi déposée en nos cœurs par le baptême, assoupie par les tracas de la vie, contournée par des refus successifs, réapparaît dans sa vigueur. Oui, il y a en ce monde quelqu’un qui veut notre bonheur, il y a en ce monde quelqu’un qui ne nous abandonne pas à travers les épreuves, il y a en ce monde quelqu’un vers qui nous pouvons nous tourner et exprimer nos prières.

Cette prise de conscience, pour peu que vous ayez eu le courage de la partager, a mis en route pour vous un nouveau chemin dans votre vie, et vous avez découvert que le lien établi au moment de votre baptême entre Dieu et vous, ce lien qui avait pu paraître effacé, sans force, était prêt à ressurgir et à manifester à nouveau sa vigueur. C’est ainsi que peu à peu vous êtes revenus vers Dieu, dont vous aviez pu penser à certains moments qu’il s’était éloigné de vous, mais qui était demeuré tout proche et dont c’était plutôt vous qui vous étiez éloignés.

La parabole des talents est un moyen de relire l’histoire de notre vie. Chacune et chacun d’entre nous a reçu un certain nombre de talents. Vous le savez, les talents ne sont pas ici des talents artistiques, c’est une pièce de monnaie qui désigne une ressource, un trésor. Chacun et chacune d’entre nous a été doté de ce trésor et de cette ressource, de façon peut-être inégale mais très réelle. La question à laquelle nous sommes confrontés, c’est de savoir comment au long de notre vie, nous gérons cette richesse qui nous a été confiée. Est-ce que nous la gérons de façon dynamique ou est-ce que nous la gérons de façon statique ? Trop de chrétiens vivent leur foi dans la peur et même dans l’anxiété. Trop de chrétiens cherchent les moyens de protéger leur foi comme s’ils pouvaient la rendre à Dieu intacte. Ce que la parabole des talents nous fait découvrir, c’est que la foi en Dieu est un dynamisme, une réalité vivante, et qu’elle ne peut pas subsister si nous l’enfermons, si nous la surveillons, si nous la protégeons comme un bien mis en danger. Les chrétiens de la peur ne sont pas les chrétiens du Christ. Ils ont peur de perdre ! Mais qu’est-ce qu’ils ont peur de perdre ? Quelque chose qui viendrait d’eux ? Quelque chose qui serait leur héritage culturel, leur héritage familial, le résultat de leurs travaux ? Ils doivent bien plutôt avoir peur de perdre la lumière vivante que Dieu a mise en leur cœur, non pas pour qu’elle soit « placée sous le boisseau » (Mt 5,15), comme nous dit l’évangile, mais pour qu’elle soit « mise sur le lampadaire » (Mt 5,15) pour éclairer toute la maison. La foi chrétienne telle que le Christ nous en indique les modalités dans cette parabole, c’est une foi qui se risque, c’est une foi que l’on met en jeu dans les différentes circonstances de l’existence, c’est une foi qui se partage, c’est une foi qui s’expose. Que nous soyons, ou que nous nous estimions faibles, trop faibles, pour être les acteurs de ce partage et de cette exposition, c’est assez évident. Mais ce que Dieu veut nous faire découvrir, c’est que ce n’est pas par nos forces, par notre dynamisme, par nos talents que nous pouvons devenir témoins de la foi, c’est par la puissance de l’Esprit qui réside en nos cœurs. C’est pourquoi en vous donnant le sacrement de la confirmation, de la plénitude des dons de l’Esprit qui vont inonder votre personnalité, je vous transmets, non pas seulement un trésor, mais un dynamisme et une force qui vous permettront de vivre votre vie chrétienne non pas comme un trésor en danger, sur lequel vous devriez monter la garde, mais comme un trésor à partager que vous devez faire fructifier de toutes sortes de manières.

Pleinement membres de l’Église, vous êtes appelés, selon la formule heureuse du pape François, à devenir des « disciples missionnaires », c’est-à-dire que votre relation au Christ est appelée à s’ouvrir aux autres, à leur manifester la lumière qui vous éclaire, à les aider par cette lumière partagée à trouver leur propre chemin dans la vie.

Frères et sœurs, recevez pour vous la parole de Dieu que nous avons entendue, entrez dans la joie de votre Seigneur, que la vie chrétienne ne soit pas pour vous une sorte de pensum supplémentaire qui s’ajoute à vos nombreuses obligations mais qu’elle soit pour vous un chemin de joie et de paix, parce que vous savez en qui vous avez mis votre espérance.

Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


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