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Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - 1er dimanche de Carême 2008 - année A - Messe à l’intention du cardinal Veuillot, avec les Pèlerins de l’Eau Vive - Cathédrale Notre-Dame de Paris, dimanche 10 février 2008
Le Cardinal André Vingt-Trois a célébré la messe pour le cardinal Veuillot en la cathédrale Notre-Dame - 1er dimanche de Carême - à laquelle se sont joints les Pèlerins de l’Eau vive, « personnes alcooliques ayant fait le choix de s’appuyer sur le Seigneur Jésus et sur son Église ».
Frères et sœurs,
qu’y-a-t-il de plus inéluctable que la mort ? Qui d’entre-nous par la peine qu’il se donne pourrait ajouter un seul jour à la durée de sa vie ? Qu’il y a-t-il de plus aliénant et de plus contraignant que l’accoutumance à telle consommation, à tel produit, à telle habitude de vie ? À tel point que ceux qui en sont atteints finissent par douter qu’il dépende d’eux de pouvoir s’en affranchir tellement ils sont « dépendants » comme on dit. De combien d’autres aspects de notre existence avons-nous le sentiment qu’ils échappent de toutes manières à nos capacités de décision ou à nos forces ? Comment alors nous étonner que les hommes aient si souvent été tentés de se représenter l’histoire humaine comme une fatalité ?
Pouvons-nous vraiment changer quelque chose, pouvons-nous vraiment faire quelque chose qui ne soit pas simplement des petits changements de détail, mais qui touche vraiment à l’orientation globale de notre vie et à sa destinée éternelle ? Que pouvons-nous contre la mort ? Que pouvons-nous contre l’aliénation de notre liberté ? Que pouvons-nous contre les faiblesses qui attaquent notre résolution ?
Les lectures liturgiques que nous venons d’entendre du livre de la Genèse, de l’épître aux Romains et de l’évangile selon saint Matthieu, chacune dans un genre différent, nous invitent à regarder le destin de l’homme d’une façon nouvelle et originale. Là où nous ne voyons qu’une fatalité, - tout homme, toute femme, sur cette terre finit par mourir un jour, et nous n’y pouvons rien. On peut retarder la mort, on peut allonger la vieillesse, on peut mieux accompagner les derniers moments de la vie, mais on ne peut pas empêcher de mourir -, cet événement imposé par la nature même de l’existence humaine, l’Écriture nous invite à le considérer autrement que comme une fatalité biologique ou comme un événement qui échappe à toute emprise de l’homme. L’Écriture fait un lien entre la mort et le péché, non pas le péché personnel comme si chacun d’entre nous causait sa propre mort par le mal qu’il accomplit. Souvent les gens pensent ainsi : devant l’injustice de la maladie et de la mort, ils demandent : « Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Qu’est-ce que j’ai pu faire au Bon-Dieu ? » Ou bien encore, dans l’Évangile, devant l’aveugle-né ils disent à Jésus : « Qui a péché ? Est-ce lui ou ses parents ? », comme si la maladie, le mal et la mort étaient une rétribution pour ce que nous avons fait. Mais ce n’est pas cela que l’Écriture nous dit. Paul, en particulier dans l’épître aux Romains, essaye de nous faire comprendre qu’il y a une solidarité totale dans l’humanité et que cette contrainte universelle de la mort est liée à la faillite universelle elle aussi de la liberté humaine. C’est parce que l’homme a voulu se prendre pour Dieu dans le premier Adam, c’est parce qu’il a voulu accaparer pour lui ce que Dieu s’était réservé, que la mort est entrée dans le monde. C’est parce que nous sommes tous concernés par cette défaillance de la liberté humaine originelle que tous, nous pouvons espérer dans le nouvel Adam qui va apporter une liberté restaurée par sa victoire sur la mort.
Car au fond, cela nous intéresse-t-il tellement que Jésus soit ressuscité comme s’il s’agissait d’un match d’où il est sorti vainqueur ? En quoi cette résurrection nous intéresse-t-elle, nous ? Justement parce que sa victoire sur la mort, c’est la victoire sur la défaillance initiale de la liberté humaine : en dominant la mort, il nous rend, non pas la vie sans danger, mais la vie libre. Il nous rend notre liberté.
Le drame de la liberté humaine, sa grandeur mais aussi les risques qu’elle représente, c’est que, pour chacune et chacun d’entre-nous, à chaque moment de notre vie, dans les grandes occasions comme aussi dans les situations les plus ordinaires de la vie de tous les jours, nous avons à faire des choix, nous avons à décider. Nous savons, par notre expérience, par la pauvreté de notre expérience, nous savons que ces choix ne sont pas facile à faire et que, même quand on les a faits, ils ne sont pas toujours faciles à tenir. Nous savons en effet que les résolutions de notre liberté sont fragiles, qu’elles sont à la merci d’une rechute. Aussi nous n’avons pas d’illusion. Nous ne nous imaginons pas, comme quelquefois les enfants le pensent ou plutôt les adolescents qui sont plus durs que les enfants : il n’y a qu’à décider pour faire, il n’y a qu’à vouloir pour obéir. Nous savons bien que l’on peut décider et ne pas faire, vouloir et ne pas réussir ; Pourtant, Dieu a voulu que le bonheur de l’homme, l’accomplissement de sa vocation se réalise à travers cette liberté. Comme Moïse le dit au peuple d’Israël dans le livre du Deutéronome : « Je mets devant toi la vie et le bonheur, la mort et la malheur, que vas-tu choisir ? ».
Le temps du Carême dans lequel nous sommes entrés, temps de la conversion, temps du renouvellement de notre baptême, temps de l’ultime préparation pour celles et ceux qui vont être baptisés à Pâques et que j’ai appelés hier ici même dans cette cathédrale, - plus de 250 adultes qui seront baptisés à l’occasion des fêtes de la Pâques ; dans la semaine qui vient, j’appellerai plus de 150 jeunes qui se préparent eux aussi au baptême, ces hommes et ces femmes essayent de choisir la vie, de choisir le bonheur. Ils nous provoquent, nous qui sommes baptisés de longue date en nous disant : Toi, ce soir, que choisis-tu ? La vie et le bonheur ? La mort ou le malheur ? Choisir la vie, c’est choisir de vivre non pas sur nos forces (elles sont trop faibles), non pas sur nos résolutions (elles sont incertaines), non pas sur notre volonté (elle est trop faillible). C’est nous appuyer sur la puissance de Dieu comme le Christ le fait dans ses tentations au désert : devant la tentation présentée par Satan, la réponse du Christ, c’est la parole de
Dieu lui-même : « Le Seigneur a dit ». Le chemin de la vie, c’est le chemin que nous ouvre la parole de Dieu que nous recevons et que nous essayons de mettre en pratique. Frères et sœurs, devant nous, 40 jours et 40 nuits non pas de jeûne mais de conversion, non pas d’un exercice ascétique particulier mais de l’ascèse de notre liberté. Sommes-nous résolus à choisir avec le Christ ce que Dieu veut pour notre vie et notre bonheur ? Amen.
+André cardinal Vingt-Trois


Messe à la paroisse Notre-Dame de Lourdes (Paris XXe) pour le 150è anniversaire des apparitions de la Vierge à Lourdes - Notre-Dame de Lourdes, lundi 11 février 2008
Frères et Sœurs,
telle que l’Écriture nous la présente par exemple dans les pages que nous venons d’entendre par la lecture de l’évangile selon saint Jean ou du livre des Actes des Apôtres, la Vierge Marie est la femme des commencements. C’est par elle que tout a commencé quand elle a répondu à l’ange Gabriel en lui disant : « Qu’il me soit fait selon ta parole ». Cette parole de la Vierge Marie à l’Annonciation ouvrait la porte pour que le plan de l’amour de Dieu pour le salut des hommes puisse s’accomplir, non seulement parmi les hommes, sans les hommes, mais surtout avec la participation des hommes. Car la réponse de la Vierge Marie est l’acquiescement, l’adhésion, de l’humanité aux gestes de miséricorde et de salut que Dieu veut réaliser à notre profit, pour notre bénéfice mais avec notre participation. La Vierge Marie, au moment où elle apporte cette réponse de disponibilité à la volonté de Dieu, exprime symboliquement la part de l’humanité la plus disposée, la plus préparée, la plus ouverte, à accueillir le salut de Dieu pour les hommes.
L’évangile selon saint Jean nous la présente au commencement dans le mariage célébré à Cana en Galilée. L’évangéliste nous dit : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana en Galilée. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en Lui ». C’est le commencement des signes, c’est-à-dire le commencement de la mission publique de Jésus, commencement qui inaugure le déroulement entier de l’historie du salut dont le Christ trace le chemin à travers sa vie.
De deux façons l’intervention de Marie rend ce commencement possible. D’abord, par la foi qui est l’âme de son cœur et de sa liberté, par la conviction profonde qui l’habite que Jésus est là pour faire quelque chose, pour faire pour les hommes. Faire quelque chose pour les hommes là où il se trouve, dans cette scène des Noces de Cana, c’est faire quelque chose d’abord pour la noce qui est en train de se dérouler. Marie est convaincue, malgré la parole du Christ : « Mon heure n’est pas encore venue », Marie est convaincue, elle sait dans la foi, qu’il fera ce qui doit être fait, même si elle ignore ce qu’il fera. C’est pourquoi, elle dit, - et c’est la deuxième manière dont elle intervient dans le commencement de la mission publique du Christ -, elle dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira ».
Cette invitation, cet appel, nous pouvons le comprendre simplement dans la situation que nous décrit l’évangile : c’est un peu l’affolement, personne ne sait très bien ce qu’il faut faire et Marie dit : « Faites tout ce qu’il vous dira ». La suite du récit évangélique montre qu’ils font tout ce qu’il dit : ils remplissent les cuves d’eau, etc. Mais nous pouvons aussi comprendre cette parole de Marie adressée aux serviteurs de la noce comme la parole adressée aux serviteurs des noces que Dieu veut conclure avec l’humanité, les disciples qui sont là aux noces de Cana et dont Jésus dira ailleurs dans l’Évangile qu’ils sont comme les amis de l’époux. Ils sont les serviteurs de la noce ; et c’est à eux aussi que Marie dit : « Faites tout ce qu’il vous dira ». Plus encore à travers ces serviteurs de la noce, la parole de Marie s’adresse à l’humanité tout entière : « Faites-tout ce qu’il vous dira ». Ainsi, tant par l’expression de sa confiance inébranlable dans la mission que son Fils a reçue et qu’il va accomplir que par son appel adressé à l’humanité de faire tout ce que dit Jésus, Marie se trouve à l’origine, au commencement, des signes que Jésus accomplit. Une seconde fois, elle est la femme du commencement, la femme de l’origine.
Enfin, après la Résurrection et l’Ascension du Christ, ses disciples, ceux à qui elle avait dit : « Faites tout ce qu’il vous dira », sont rassemblés dans la chambre haute, enfermés par la peur de subir le même sort que le Christ, enfermés « par peur des juifs » nous dit le livre des Actes des Apôtres. Ces disciples sont rassemblés autour de Marie. Elle est avec eux, au milieu d’eux, elle prie avec eux, au moment où ils vont recevoir le don de l’Esprit Saint qui va être l’origine constitutive de l’Église. Lorsque les langues de feu se seront déposées sur chacun des apôtres, ceux-ci vont entamer leur mission apostolique telle que le Christ la leur a apprise à travers le temps qu’ils ont vécu avec Lui, à travers les missions partielles qu’il leur a confiées. Maintenant, il s’agit de tout à fait autre chose. Ils ne sont plus simplement envoyés en avant de Lui pour annoncer son arrivée et préparer les cantonnements, en sachant qu’il est derrière eux et qu’il va assumer la situation. Il n’est plus derrière eux, il n’est plus sur terre, il est remonté auprès du Père, c’est à eux d’affronter la situation. Il ne s’agit plus d’aller en avant de Lui mais d’aller à sa place ; c’est le commencement d’une aventure que nous n’avons pas fini de vivre. Au commencement de cette aventure, il y a la prière silencieuse de Marie au milieu de ces hommes apeurés. L’Écriture ne nous dit rien ni de ce qu’elle pense, ni de ce qu’elle dit, ni de ce qu’elle fait, mais peut-être déjà ce silence de l’Écriture nous dit-il quelque chose : elle est là au milieu d’eux comme elle continue d’être au milieu de l’Église, la présence vivante de la mission que le Christ confie à son Église.
Il y a 150 ans, au cœur de ce XIXème siècle où tant de choses ont été bouleversées, - depuis la fin du XVIIIè siècle, non seulement l’Église a connu une période très difficile mais, plus largement que l’Église, toute la population de notre pays a été profondément perturbée, blessée, ne serait-ce que par les conséquences des guerres, guerres de la Révolution puis guerres napoléoniennes qui ont causé tant de blessures et tant de morts… Siècle bousculé, bouleversé par des mouvements politiques et sociaux de toutes sortes, siècle de nouveautés mais siècle aussi de retour sur des vieilles idées… Que peut-il bien y avoir de nouveau, qu’est-ce qui peut surgir de neuf dans ce XIXè siècle ? D’où va sortir le signe qui aidera les hommes à réfléchir et à orienter leur vie d’une autre façon ? Des commencements sont-ils encore possibles pour nous aujourd’hui ? Y-avait-il encore des commencements possibles il y a 150 ans ? Vous le savez : dans les mêmes 25 années de ce XIXè siècle, en plusieurs endroits notre Dame est apparue : rue du Bac, à la Salette, en d’autres lieux encore. Partout, dans tous ces lieux où elle est apparue, elle a lancé un appel, une invitation, à faire pénitence et à demander le pardon pour nos péchés. Appel à la pénitence, invitation à demander le pardon qui n’est pas un message de rancœur, de tristesse mais un message d’espérance au milieu d’une humanité qui commence à supporter de plus en plus difficilement le poids de la culpabilité.
Le message que Notre-Dame nous a adressé il y a 150 ans et qu’elle nous adresse encore et toujours de faire pénitence et de demander pardon pour nos péchés, de nous laver avec l’eau qui purifie comme l’eau du baptême, ce message, ce soir, c’est à nous qu’il est adressé tandis que nous entrons dans le Carême. À la même époque, à l’autre bout de la France, un curé de campagne confessait plusieurs heures par jour dans le village d’Ars. Dieu alors appelait à la pénitence, à la réconciliation, et il offrait le pardon. Dieu nous appelle à la pénitence et à la réconciliation, il nous appelle à la conversion en ce temps de Carême, et il nous offre son pardon par le ministère des prêtres qui nous reçoivent en confession et qui nous donnent l’absolution au nom de Dieu.
Avec nos frères et nos sœurs que j’ai appelés samedi pour qu’ils soient baptisés, confirmés et qu’ils communient au cours de la Vigile pascale, - plus de 250 adultes de Paris -, avec les jeunes que je vais appeler mercredi, - plus de 100 jeunes qui se préparent eux aussi au baptême -, nous avançons vers la fontaine de l’eau vive qui va purifier nos cœurs à nouveau lorsque nous renouvellerons notre baptême au cours de la Vigile pascale. Que Dieu voie dans nos cœurs notre désir de vivre plus saintement ; que Dieu voie dans nos cœurs notre désir de faire ce que le Christ nous dit ; que Dieu voie dans nos cœurs notre désir que sa volonté s’accomplisse ; qu’il nous bénisse, qu’il renouvelle en nous la force de la vie chrétienne et qu’il nous garde dans sa paix.
Amen.
+André Cardinal Vingt-Trois


Centenaire du FRAT, 2e dimanche de Carême Année A - Cathédrale Notre-Dame de Paris - dimanche 17 février 2008
En 2008, le Fraternel (FRAT) fête ses 100 ans. Le Cardinal André Vingt-Trois a présidé une Messe d’Action de grâce le dimanche 17 février à Notre Dame de Paris entouré par les membres des équipes d’animation, les personnes ayant fait partie de diverses commissions au long de ces nombreuses années et de nombreux groupes de jeunes.
Chers amis,
les disciples ont vécu avec Jésus, ils ont marché avec Lui, ils l’ont vu faire des miracles, ils ont entendu son enseignement et même, quand il leur a demandé ce qu’ils disaient de lui, Pierre a répondu : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Et pourtant, il n’est pas sûr qu’ils aient compris. Les disciples n’étaient pas malhonnêtes, ils ne jouaient pas le double jeu, ils étaient sincères et ils voulaient vraiment être avec le Christ et le suivre. Ils espéraient vraiment qu’il serait le Messie, celui qui rétablirait le Royaume d’Israël et manifesterait la puissance de Dieu parmi les hommes. Mais ils ne savaient pas très bien comment Jésus allait être le Messie. Lorsqu’il leur avait annoncé qu’il devait monter à Jérusalem pour être condamné et mis à mort avant de ressusciter, ils avaient entendu les mots, mais les paroles avaient-elles atteint leur cœur ?
Jésus sait ce qui l’attend et, donc, ce qui les attend eux aussi. Pour les préparer à l’épreuve vers laquelle ils s’avancent, il manifeste devant eux qui il est. Pas simplement un homme extraordinaire, pas simplement l’héritier des prophètes, pas simplement celui qui se trouve entre Moïse et Elie. Il est le Fils bien-aimé du Père. Nous, nous entendons sans que cette affirmation provoque grand-chose : nous l’avons entendu tant de fois Nous avons tellement l’habitude de dire que Dieu est notre Père et de le prier comme tel qu’entendre dire qu’un homme est le Fils bien-aimé du Père, celui qu’il a choisi, cela ne nous surprend pas énormément. Essayez d’imaginer ce que cela pouvait représenter pour Pierre, Jacques et Jean, élevés dans la fidélité au judaïsme avec la conviction qu’on ne peut pas voir Dieu sans mourir ! Voilà que Dieu lui-même dit : « Celui que vous voyez maintenant, c’est mon Fils ».
Vous comprenez pourquoi ils ont été saisis de crainte. Vous comprenez pourquoi certains autour de nous ont du mal à accepter que nous puissions appeler Dieu Père et prétendre que nous sommes ses enfants. Vous comprenez pourquoi certains nous accusent d’être des idolâtres, des gens qui croient qu’un homme peut être dieu. C’est cela que nous croyons, en effet : nous croyons que Jésus de Nazareth, fils de Marie, est le Fils de Dieu, Dieu lui-même, avec l’Esprit. Nous croyons que le Dieu unique et invisible, celui qui est la source, l’origine, de tout ce que nous connaissons, se manifeste à travers la personne de Jésus de Nazareth, qu’il intervient dans l’histoire des hommes comme il est intervenu dans l’histoire d’Abraham en l’appelant à quitter son pays pour aller vers la Terre Promise, comme il est intervenu dans l’histoire d’Israël tout au long des siècles, comme il intervient à travers son Fils pour l’humanité entière et comme il continue d’intervenir pour les hommes aujourd’hui par la puissance de son Esprit.
Celui que personne n’a jamais vu, que personne n’a jamais rencontré, s’est donné à voir et à entendre : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-le ». Être chrétien, ce n’est pas croire des choses bizarres et extraordinaires ; c’est reconnaître que Dieu a voulu se faire proche des hommes. C’est reconnaître que Dieu a voulu se couler dans l’histoire humaine. C’est reconnaître que Dieu veut attirer l’humanité vers Lui, non pas de l’extérieur et par contrainte, mais de l’intérieur, en venant partager notre condition humaine et en habitant nos cœurs par la puissance de son Esprit. Être chrétien, c’est croire que, dans chacune et dans chacun des êtres de ce monde que nous voyons, que nous rencontrons, avec qui nous parlons, que nous aimons ou que nous n’aimons pas, il y a invisiblement la présence du Dieu vivant.
De même que le Père se manifeste dans le Fils à travers la splendeur de la blancheur qui l’entoure, de même il se manifeste dans notre vie, non pas à travers des signes extraordinaires mais à travers des hommes et des femmes qu’il met sur notre route, qui sont des images de Dieu, créés à l’image de Dieu pour être un signe visible de l’amour de Dieu sur la terre. Si nous croyons cela, alors nous croyons que chacun d’entre nous, chacune d’entre nous, vous et moi, nous sommes l’image de Dieu, nous participons de la manière dont Dieu veut se rendre visible dans l’histoire des hommes. Nous croyons que la manière dont nous vivons, chacun d’entre nous, en écoutant et en mettant en pratique la parole du Christ, rend cette présence de Dieu visible et palpable. Ou alors, si nous n’écoutons pas la parole du Christ, si nous ne l’entendons pas ou si, l’ayant entendue, nous ne la mettons pas en pratique, alors nous participons à l’effacement de la présence de Dieu dans le monde.
La foi n’est pas une loterie, la foi n’est pas un jeu de hasard. La foi est un acte humain, de l’intelligence de l’homme, de l’esprit humain, qui voit à travers les signes que Dieu donne, - et nous faisons partie de ces signes -, qui voit l’amour de Dieu venir au-devant de l’humanité. Si nous sommes défaillants, si nous ne laissons pas passer cet amour à travers notre manière de vivre, le manque de foi, nous savons à qui il faut l’attribuer. Car si les hommes ne voient pas l’invisible, c’est parce que nous ne laissons pas voir l’invisible. C’est parce que nous enfermons l’invisible ou que nous l’excluons de notre vie, ne donnant à voir que la façade.
Vous qui avez participé au rassemblement des jeunes à Lourdes ou à Jambville, vous savez qu’il y a quelque chose à voir : l’Église. Elle n’est pas une abstraction, elle n’est pas un rêve ni un nuage. Elle est un peuple, le peuple que Dieu réunit comme nous sommes réunis ce soir, comme chaque dimanche dans les églises les chrétiens se réunissent pour célébrer la fête du Seigneur. L’Église, c’est un peuple que Dieu rassemble, de manière habituelle ou de manière extraordinaire comme nous le faisons au Frat. En tout cas c’est un peuple qui se voit, qui se connaît, qui se reconnaît. Dieu n’est pas absent de notre monde, Dieu n’est pas à une adresse inconnue, Dieu est présent agissant, et sacramentellement visible à travers le peuple qu’il s’est choisi et qu’il anime par la puissance et la force de son Esprit.
C’est une aventure formidable pour nous, d’avoir eu la chance d’être appelés à participer à ce peuple, d’avoir eu la chance de connaître la force qui se dégage de ce peuple réuni, d’avoir eu la chance d’être portés par ce peuple pour aller plus loin que nous ne pourrions aller tout seuls, d’avoir eu la chance d’être soutenus quand nous avions envie de fléchir, d’être encouragés quand nous voulions abandonner la marche, d’être accueillis quand nous avions envie de nous détourner… Oui, la grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles et, maintenant elle est devenue visible à nos yeux !
Chers amis, nous rendons grâce au Seigneur pour la joie qu’il nous a donnée.
Nous rendons grâce au Seigneur pour la grâce que le Christ Jésus a donnée à tant de jeunes depuis 100 ans. Nous rendons grâce au Seigneur pour les fruits de cette grâce du Christ. Nous rendons grâce au Seigneur pour les hommes et les femmes qui ont été accompagnés dans leur découverte de la foi et qui sont aujourd’hui témoins de l’Évangile dans leur famille, dans leur travail, dans leurs relations. Nous rendons grâce pour les hommes et les femmes qui ont été appelés à tout quitter pour le service de l’Évangile, qui sont devenus les prêtres, les diacres, les religieux, les religieuses de cette Église. Nous rendons grâce pour cette multitude d’hommes et de femmes qui, génération après génération, ont été appelés l’un après l’autre, celles et ceux qui sont venus au Frat : Dieu rassemble son peuple par des hommes et des femmes qu’il envoie appeler d’autres hommes et d’autres femmes.
Nous rendons grâce pour les jeunes d’aujourd’hui qui entendent la parole du Christ, qui essayent de la mettre en pratique et qui croient que l’amour de Dieu est plus fort que toutes les difficultés de la vie. Nous rendons grâce pour ces jeunes qui rendent visible la jeunesse de l’Évangile dans notre monde. Nous rendons grâce pour celles et ceux qui n’ont pas encore entendu cet appel du Christ, pour celles et ceux qui vont devenir les messagers. ? « Venez et voyez » dit le Christ dans l’Évangile. Nous aussi, nous devons dire aux autres : « Viens et vois », car il y a quelque chose à voir. Viens et demeure avec nous, au moins quelques temps. Viens et goûte à la joie de la fête.
Chers amis, que Dieu fasse fructifier tout ce qu’il a répandu à travers ces cent années de Frat. Que Dieu fasse fructifier la parole reçue du Christ. Qu’il fasse fructifier la joie de notre communion.
Amen.


Homélie - 3e Dimanche de Carême année A - Jésus rencontre la Samaritaine - Cathédrale Notre-Dame de Paris - dimanche 24 février 2008
« C’est vraiment Lui le Sauveur du monde ». Frères et sœurs, cette profession de foi qui achève le chapitre quatrième de l’évangile selon saint Jean, est le terme du long cheminement par lequel l’évangéliste nous fait progresser depuis le premier contact entre Jésus et la femme de Samarie au bord du puits jusqu’à cette profession de foi faite par les gens de son village en leur nom propre : « Ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant. Nous l’avons entendu par nous-mêmes ». Il s’agit d’un itinéraire spécifiquement pédagogique dont le but est de nous aider à comprendre comment on peut être acheminé à la profession de foi. C’est assez naturellement que la liturgie nous propose la lecture et la méditation de ce chapitre aujourd’hui, comme elle nous proposera dimanche prochain la lecture du chapitre 9 qui relate la guérison de l’aveugle-né et le dimanche suivant la lecture du chapitre 11 qui nous rapporte la résurrection de Lazare. Chacun de ces événements possède sa consistance propre et son message spécifique que nous recueillons mais ils ont ceci de commun, qu’ils nous aident à comprendre comment le Christ achemine vers la connaissance du don de Dieu : « Si tu savais le don de Dieu ».
En l’occurrence, dans cette rencontre avec la Samaritaine, le don de Dieu dont il s’agit, c’est l’eau vive, c’est la vie signifiée par l’eau qui est la ressource indispensable à toute vie. L’évangéliste nous montre comment le Christ part de la réalité tout à fait élémentaire, habituelle, triviale : pour cette femme, c’est une corvée quotidienne de venir puiser l’eau au puits, il n’y a rien là de très mystérieux ni de très métaphysique. C’est pourtant à partir de cette expérience, à partir de cette eau dont il lui demande de lui en puiser pour qu’il boive, que le Christ va peu à peu lui faire entrevoir l’existence d’une autre réalité qu’elle ne voit pas et qui est la vie de Dieu lui-même.
À partir de leur échange au sujet de l’eau ordinaire, habituelle, matière première de notre vie, peu à peu l’évangéliste nous fait découvrir que le même mot : l’eau, recouvre deux réalités complètement différentes. Cette découverte de la femme de Samarie à travers son dialogue avec le Christ, nous sommes invités nous à la faire aussi et à comprendre un élément particulièrement central de l’expérience chrétienne. La vie chrétienne n’est une autre vie, c’est notre vie. Si nous parlons de la vie, nous voyons tous à peu près, ou du moins nous imaginons tous à peu près de quoi nous voulons parler, et pourtant le cheminement à la suite du Christ nous fait découvrir peu à peu que la vie qu’il nous donne et que la vie à laquelle il nous invite a certes quelque chose à voir avec cette vie que nous connaissons mais qu’en même temps elle est quelque chose de très différent et de radicalement nouveau. Notre expérience de la vie est l’expérience d’une vie qui s’arrêtera par notre mort, comme l’expérience de l’eau pour cette femme est l’expérience d’une boisson qui n’apaisera pas définitivement sa soif et qu’il lui faudra le lendemain revenir puiser au puits. Cependant, toute imparfaite que soit cette eau, tout imparfaite qu’est notre vie, l’une et l’autre éveillent en nous le sens de la plénitude que Dieu veut nous partager en nous donnant une eau qui ne se tarit pas, une eau qui apaise définitivement la soif, comme il nous donne une vie qui ne finira pas mais qui s’épanouira éternellement dans la communion avec Lui.
Ainsi, être chrétien n’est pas adhérer à une autre vie. C’est apprendre, sous la conduite du Christ et par la lumière de l’Esprit Saint qui nous habite, à reconnaître dans cette vie-ci, dans cette vie qui est la nôtre, le signe et la présence, l’évocation d’une autre vie qui ne sera pas la même que celle que nous connaissons et qui cependant en sera l’achèvement et l’épanouissement. La foi chrétienne n’est pas l’adhésion à un autre monde, c’est l’identification d’un autre monde au cœur de ce monde. C’est la reconnaissance que Dieu, notre Père, qui est le Tout Autre, celui que nul n’a jamais vu et ne verra jamais, est venu partager la condition humaine et vivre dans cette existence qui est la nôtre. C’est découvrir avec les premiers croyants qui en ont été les témoins, en marchant et en vivant autour du Christ, que le Dieu de l’alliance est celui qui a uni définitivement l’avenir de l’humanité à son projet paternel de salut. C’est découvrir que l’achèvement de la vocation humaine, la plénitude de cette vocation humaine, est inscrite comme une espérance au cœur de notre expérience quotidienne. C’est découvrir que la fidélité au Christ se réalise dans la manière dont nous laissons cette promesse de vie éternelle transformer et comme exhausser, élever de façon inespérée l’expérience que nous faisons dans notre vie humaine. C’est reconnaître, ainsi que nous le faisons dans la célébration de l’eucharistie en accueillant le signe du pain comme le signe de la présence de la vie du Christ ressuscité, c’est reconnaître que le Dieu invisible dans sa toute puissance vient se rendre visible dans l’expérience sacramentelle de l’Église. C’est reconnaître que l’eau qu’il répand à profusion sur l’humanité entière est le signe qu’il veut apaiser tout désir et toute soif : elle est la promesse de la vie éternelle.
Aujourd’hui, nous ne croyons plus à cause des paroles que disait la femme de Samarie, nous croyons parce que nous l’avons entendu par nous-mêmes et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde.
Amen.
+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris


Homélie du 4ème dimanche de Carême - Cathédrale Notre-Dame, dimanche 2 mars 2008
Frères et sœurs, avec ce chapitre 9 de l’évangile selon saint Jean, la liturgie nous propose de poursuivre notre progression catéchétique vers Pâques. Pour les catéchumènes, elle est une marche vers le baptême dans laquelle nous les accompagnons semaine après semaine pour qu’ils découvrent, qu’ils comprennent davantage, qu’ils intériorisent profondément les données essentielles de la foi chrétienne : l’eau vive, la lumière du monde, la Résurrection et la vie. Profitant du cheminement des catéchumènes, nous autres qui sommes de vieux chrétiens, baptisés de longue date, nous sommes invités chaque année à découvrir d’une façon renouvelée comment nous pouvons aboutir au jour de Pâques à la même profession de foi que ceux qui demanderont alors le baptême. Nous aussi, comme la Samaritaine, nous devons entendre le Christ nous dire : « Va chercher ton mari », et porter ainsi le poids sur le point sensible de sa vie. Pour chacun d’entre nous, la parole du Christ peut toucher un point sensible de notre vie et nous inviter à nous convertir ou en tout cas à prendre le chemin de la conversion. Avec le récit de la guérison de l’aveugle-né, nous sommes confrontés à une lecture assez compliquée dans sa simplicité. C’est pourquoi je voudrais vous encourager à prendre le temps, dans la semaine qui vient, de relire lentement ce chapitre 9 de l’évangile selon saint Jean en en repérant les différentes étapes. Car ce qui nous a paru à l’audition comme une sorte de reportage fidèle des événements est en fait une construction très élaborée. Je voudrais en souligner simplement quelques points.
Le premier est la question-choc du début. Jésus se trouve face à cet aveugle de naissance et ses disciples l’interrogent : « Rabbi, pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché ou bien ses parents ? » Vous reconnaissez très facilement, même si cela ne nous avance pas beaucoup de le reconnaître facilement, la manière dont on a tendance, très vite, à attribuer le malheur à la faute. Comme si la maladie, le handicap, l’infirmité, étaient une sorte de punition due à des actes que l’on aurait commis ! Dans le cas de l’aveugle-né, cette question est redoublée du fait qu’il est né aveugle et donc infirme sans avoir pu commettre aucun acte. Alors, à quelle culpabilité faut-il attribuer sa cécité ? À celle de ses parents ? Bien sûr, en entendant des questions comme celle-là, vous êtes horrifiés, vous vous dites qu’il est inimaginable que l’on puisse dire des choses pareilles. Puis, si vous réfléchissez, vous vous apercevez quand même qu’autour de vous des gens disent : « Comment se fait-il que cela lui soit arrivé ? Pourtant, il n’avait fait de mal à personne ? », ce qui laisse supposer que s’il avait fait du mal à quelqu’un, cela aurait justifié qu’il lui arrive malheur. Ou bien encore vous entendez dire que des parents confrontés à un handicap, à une infirmité d’un de leurs enfants ont besoin de faire tout un chemin de délivrance pour ne pas se laisser enfermer dans une sorte de responsabilité personnelle, comme s’ils étaient la cause de ce qui est arrivé. Alors, si ce n’est ni lui ni ses parents, - et c’est bien la question qui traverse toute l’inquiétude humaine à travers les cultures et les religions -, d’où cela vient-il ?
Jésus ne répond pas à cette question. Il dit : « Ce n’est ni lui ni ses parents », mais il ne donne pas une explication alternative. Peut-être aujourd’hui serait-on capable d’en proposer une grâce aux progrès de la science qui nous donnent la capacité d’attribuer telle ou telle infirmité à un handicap génétique. Mais Jésus ne cherche pas d’explication, il n’essaie pas de justifier l’injustifiable. Qui peut justifier qu’un enfant naisse aveugle ? Quand on aura expliqué pourquoi un tel mal frappe tel individu, qu’est-ce que cela changera ? Peut-être cette explication aidera-t-elle à trouver un remède mais, en attendant, il est là et il est aveugle. La réponse du Christ n’est pas : « Voilà pourquoi il est aveugle », mais : « Voilà ce que nous pouvons faire, ce que nous sommes appelés à faire à partir de cette situation humaine qui est d’une certaine façon symbolique. » On peut se représenter quantité d’autres handicaps ou d’autres maladies ou d’autres malheurs, d’autres misères que la cécité mais cette dernière est quand même très significative.
S’il est né aveugle, dit Jésus, c’est que l’action de Dieu devait se manifester en lui. Ce n’est pas une explication qu’il donne mais un objectif qu’il annonce. Comment l’action de Dieu va-t-elle se manifester en lui ? Par l’intervention du Fils. « Pendant qu’il fait jour, il faut agir. Déjà, la nuit approche et personne ne pourra plus rien faire. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde ». Peut-être ne peut-on pas expliquer pourquoi cet homme était né aveugle, mais on va découvrir comment son aveuglement va faire éclater aux yeux de tous la mission du Christ d’être la lumière du monde. Qu’il soit la lumière du monde, cela veut dire que chacun doit pouvoir le voir et donc qu’il va falloir rendre la vue à cet aveugle.
Dans la suite de la discussion, le débat va se nouer autour de l’identité des uns et des autres : Est-ce bien le même ? Est-ce un autre qui lui ressemble ? Pour ce qui concerne l’aveugle, on conteste qu’il soit vraiment guéri, mais aussi en ce qui concerne celui qui l’a guéri on s’interroge : est-ce un prophète ? Est-ce un pécheur ? Est-ce un hérétique ? Cette discussion sur les identités va aider à progresser peu à peu dans la réflexion. Elle est liée évidemment très étroitement au fait que l’aveugle voit, ce qui est incontestable, même si c’est contesté, et que les autres qui n’étaient pas aveugles ne reconnaissent pas ce que, lui, voit. Ils ne reconnaissent pas celui qui est la lumière du monde. Tout au long de ces discussions qui vont aboutir à l’exclusion de la synagogue de l’aveugle-guéri, nous allons voir se dérouler une sorte d’anticipation du procès qui sera fait à Jésus à Jérusalem : « Nous savons qu’il est un pécheur », nous savons qu’il n’est quelqu’un de fiable, nous savons qu’il n’observe pas la loi, nous savons qu’il est mauvais. Comme ils ont exclu l’aveugle guéri, ils excluront celui qui l’a guéri.
Le débat qui se déroule autour de ceux qui croient voir et qui ne voient pas et de celui qui était aveugle et qui voit, aboutit à la question décisive qui conclut le chapitre : « Crois-tu au Fils de l’Homme ? » Il y a eu beaucoup de discussion, tout le monde s’est renvoyé la balle, on ne sait plus qui est qui, et Jésus demande à celui qu’il a guéri : « Crois au Fils de l’homme ? » « - Et qui est-il, Seigneur, pour que je crois en Lui ? » Celui qui voit se pose encore des questions, ceux qui ne voient pas ne se posent plus de questions, ils savent. « - “Tu le vois, c’est lui qui te parle”. Et il dit : “Je crois, Seigneur”, et il se prosterna devant Lui ».
Je propose, frères et sœurs, que nous prolongions cette lecture et sa méditation au long de la semaine, non seulement en relisant ce chapitre 9 de l’évangile selon saint Jean, mais encore en portant dans notre cœur, dans notre méditation et notre prière, cet ultime dialogue entre l’aveugle guéri et celui qui l’a guéri, l’Envoyé, celui que Dieu a envoyé pour accomplir son œuvre tandis qu’il fait jour, celui qui est la lumière du monde. Que ce temps nous permette de recevoir pour nous-mêmes la question que Jésus pose à cet aveugle guéri : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » et la réponse du Seigneur : « Tu le vois, c’est Lui qui te parle ». Puissions-nous, inspirés par l’Esprit Saint et habités par sa force, répondre comme l’aveugle guéri : « Je crois, Seigneur » et nous prosterner devant lui. Amen.

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