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Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe à St François d’Assise - 5e dimanche du Temps Ordinaire - Année C - Dimanche 10 février 2013
L’épisode de la pêche miraculeuse manifeste que la mission confiée à Simon et à l’Eglise dépasse les capacités naturelles des hommes. C’est Dieu qui envoie, agit et nous assiste.
Frères et Sœurs,
L’Évangile que nous venons d’entendre nous place tout à fait au début du ministère public de Jésus, alors que va commencer sa mission parmi les hommes. En fait, il l’a déjà commencée par une journée à Capharnaüm, où il a opéré de nombreuses guérisons, où il a parlé et enseigné, ce qui explique la foule qui le suit pour continuer de bénéficier de sa parole et de ses miracles. Mais en ce début de mission, une question se pose : avec qui Jésus va-t-il réaliser sa mission ? Va-t-il partir seul sur les routes ? Va-t-il mettre en œuvre tout ce qu’il peut réaliser par ses propres moyens – du reste immenses ? Ou bien va-t-il s’entourer de collaborateurs ? Va-t-il, pendant cette mission de quelques années, préparer une équipe missionnaire ?
Le récit que nous venons d’entendre nous place précisément au moment de la constitution de ce premier noyau de l’équipe des collaborateurs du Christ. Les deux barques, mais principalement la barque de Simon, évoquent évidemment dans la tradition chrétienne, l’image de l’Église sur laquelle Jésus prend place et à partir de laquelle il enseigne les foules. Mais, il ne va pas choisir ses hommes uniquement par le prestige de sa parole. Il pose un signe : ces pêcheurs ont peiné toute la nuit sans rien prendre, malgré leur expérience du métier. Et pourtant, Pierre va répondre à l’invitation de Jésus : « sur ta parole, je jetterai les filets » (Lc 5, 5).
Voilà un aspect de cette première relation entre Jésus et Simon : Simon est celui qui va écouter la Parole du Christ et faire ce que Jésus dit. Bien que ce que Jésus lui demande ne corresponde pas à sa compétence et à son expérience -il sait qu’il n’y a rien à prendre-, puisque Jésus lui dit de jeter les filets, il les jette. Le résultat est la quantité extraordinaire de poissons ramenés dans ses filets là où il n’y en avait pas. Ce signe éclatant fait prendre conscience à Simon que Jésus n’est pas seulement un prédicateur talentueux qui sait faire des miracles, mais qu’il y a chez lui quelque chose de plus. C’est le signe de la présence de Dieu lui-même et c’est pourquoi l’Évangile nous dit que Simon est saisi d’effroi et qu’il lui dit « éloigne-toi de moi car je suis un homme pécheur » (Lc 5, 8). En effet, dans la conscience juive de Simon, comme nous l’avons entendu dans la lecture du prophète Isaïe, on ne peut pas voir Dieu sans mourir. Simon a conscience qu’il est devant une manifestation de Dieu et il est saisi d’effroi, il veut se retirer.
Quelle leçon pouvons-nous tirer de cet épisode ? La première leçon c’est que la mission qui va être confiée à Pierre : « sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras » (Lc 5, 10), est une mission qui vient de la part de Dieu. La deuxième leçon que nous pouvons en tirer, c’est que cette mission qui nous est confiée aujourd’hui à nous disciples de Jésus en ce XXIe siècle, ce n’est pas simplement de développer notre capacité de relation, notre capacité d’aller les uns vers les autres, notre sens de la solidarité, notre désir de faire quelque chose d’utile ou encore de mettre en œuvre nos talents quels qu’ils soient. Ce qu’il faut découvrir, c’est que la mission confiée par Jésus déborde de toutes parts nos capacités, et nous pouvons l’appliquer à la situation de l’Église dans la société moderne et dans ce quartier que vous connaissez mieux que moi. Vous êtes une petite communauté, pas très nombreuse comparée à l’immense foule qui nous entoure. Que pouvons-nous faire vis-à-vis de cette foule, si nous nous appuyons sur nos propres moyens, sur nos capacités de convaincre, sur nos capacités de changer quelque chose à la vie du monde, sur notre capacité de contribuer à une amélioration de la vie de nos contemporains ? Que pouvons-nous espérer ? Pouvons-nous espérer prendre plus – je pense aux poissons ? Pouvons-nous espérer prendre plus que ce que nos prédécesseurs ont pris, eux qui ont peiné année après année, décennie après décennie, et qui n’ont pas réussi à ramasser tout ce qu’il était possible de ramasser ? Pourquoi ? Parce que la question n’est pas simplement notre capacité de conviction, notre générosité ou notre disponibilité à faire quelque chose, la question fondamentale c’est que c’est Dieu qui agit. La mission qu’il nous confie, comme saint Paul le disait aux Corinthiens, c’est une « grâce » (1 Co 15, 10), c’est un don que Dieu nous fait pour nous permettre de dépasser nos moyens naturels, pour surmonter les obstacles ou les résistances que nous pouvons rencontrer en nous-mêmes déjà et dans l’environnement où nous vivons.
Quand l’Église nous appelle à entrer dans une attitude missionnaire, elle ne vise pas à faire de nous des placiers en vie spirituelle qui vont de porte en porte pour essayer de placer leurs idées et leurs convictions, mais elle vise à faire de nous des témoins d’un autre. Nous ne venons pas nous proposer nous-mêmes, nous venons proposer la présence et la vie de quelqu’un qui est plus grand que nous, qui nous soutient, qui nous envoie et nous assiste. C’est dans la mesure où nous agissons sous la motion de cette grâce du Christ que nous pouvons honnêtement et sincèrement devenir des témoins de la foi, c’est-à-dire non pas des témoins de nos idées mais des témoins de ce que Dieu veut pour l’homme.
En cette Année de la Foi nous sommes invités par le Pape à vivre un temps de recueillement, de récapitulation de notre foi au Christ, un temps où nous percevons mieux qu’être disciples du Christ, c’est entrer dans une mission qui nous dépasse, un temps où nous nous disposons à entrer à la suite de Jésus dans sa rencontre avec les hommes. C’est pourquoi, comme Pierre, André, Jacques et Jean, laissant derrière nous nos expériences, nos talents et nos faiblesses, nous acceptons et nous espérons nous appuyer sur le Christ lui-même et suivre le chemin qu’Il nous indique.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du cardinal André Vingt-Trois – Messe des Cendres - Mercredi 13 février 2013 - cathédrale Notre-Dame de Paris
Frères et Sœurs,
Nous sommes invités à vivre ce Carême de l’année 2013 sous le signe de l’Année de la foi que le Saint Père a promulguée pour toute l’Église et à laquelle nous participons de différentes façons dans nos communautés. C’est dire que notre cheminement, à partir de ce jour d’ouverture du Carême jusqu’à Pâques, sera éclairé par cette Année de la foi et sera vécu comme un chemin d’approfondissement, d’épanouissement et de fécondité de notre foi.
Si nous sommes invités par l’évangile de saint Matthieu à concentrer nos efforts de conversion sur la prière, le partage et le jeûne, nous n’oublions pas que ces démarches, comme l’évangile nous le rappelle, ne sont pas d’abord destinées à manifester notre sainteté aux yeux des hommes, mais à traduire notre disponibilité intérieure et personnelle devant Dieu qui connaît le secret des cœurs. Augmenter notre temps de prière, en tout cas le vivre de manière plus régulière. Augmenter notre capacité de partager, non seulement notre superflu mais aussi notre nécessaire avec ceux qui sont dans le besoin. Éprouver dans notre chair par le jeûne et la privation que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Ces trois démarches de la prière, du partage et du jeûne visent à mettre notre cœur en disponibilité pour accueillir l’appel de Dieu et y répondre, et surtout à éprouver dans notre désir, dans l’utilisation des moyens dont nous disposons, dans l’orientation de notre vie, que Dieu est le seul nécessaire et que c’est Lui qui est le fondement de toute chose.
Dans cette démarche de foi, la reconnaissance du Dieu Père de Miséricorde, comme nous l’indiquait le prophète Joël, nous fait prendre conscience que l’amour de Dieu, toujours disponible, déborde de toutes manières nos imperfections, nos limites et nos fautes. Celui vers lequel notre foi se tourne, celui que nous essayons de mieux connaître par l’engagement de la foi est en même temps celui qui constitue notre espérance : Dieu riche en miséricorde. C’est pourquoi saint Paul nous invite et nous exhorte à nous laisser réconcilier avec Lui, non pas d’abord parce que nous serions capables de rénover complétement notre manière de vivre, mais parce que Dieu veut nous réconcilier avec Lui, parce qu’il a pris l’initiative d’envoyer son fils en ce monde pour prendre sur lui-même le péché du monde, et ainsi nous délivrer du péché.
Au nom du Christ, au nom de celui qui a pris sur lui le péché des hommes, nous sommes invités à nous laisser réconcilier avec Dieu, c’est-à-dire à laisser Dieu exercer sa miséricorde sur notre vie et à le laisser construire en nous une nouvelle manière de vivre. C’est dans la mesure où notre foi en cette puissance miséricordieuse de Dieu qui agit, et notre espérance qui nous tourne vers Lui pour accueillir son pardon, que notre charité peut se trouver renouvelée, développée, et s’exprimer d’une façon plus concrète et plus ample à travers tous les moments de notre existence.
Cet appel à la conversion, cet appel à accueillir la miséricorde, cet appel à vivre une vie nouvelle, c’est maintenant qu’il nous est adressé. C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut. Évidemment nous ne sommes pas dupes de cette formulation. Depuis la mort et la résurrection de Jésus tout moment de notre vie est un moment favorable, et tous les jours de notre vie sont des jours du salut. Mais en ce jour où nous nous mettons en marche d’une façon plus délibérée vers un renouvellement de notre vie baptismale, cette exaltation du moment favorable et du jour du salut prennent une dimension particulière : c’est aujourd’hui, frères et sœurs, que nous sommes invités à entrer résolument dans le chemin de la foi, de l’espérance et de la charité.
C’est pourquoi tout à l’heure, en vous imposant les cendres, je vous dirai la formule tirée de l’Évangile : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne nouvelle » (Mc 1, 15), parce que la foi en la Bonne nouvelle du salut, la foi au Christ venu prendre sur lui notre péché, la foi en ce temps favorable et ce jour du salut sont indissociables de notre conversion de vie. C’est parce que nous croyons en Dieu que nous sommes appelés à une vie nouvelle, et nous menons une vie nouvelle pour que notre foi se développe et porte davantage de fruit. La conversion est indissociable de la foi, sinon elle n’est qu’un effort moral pour perfectionner notre existence, elle succombe aux défauts que saint Matthieu soulignait dans son évangile : changer dans nos pratiques pour montrer aux hommes que nous sommes des justes. La conversion selon le Christ consiste au contraire à exprimer notre foi indéfectible en la miséricorde de Dieu, notre espérance inépuisable en l’actualité de sa miséricorde, par le changement qu’il produit en nos cœurs, et de nos cœurs à nos manières de vivre.
Ce temps favorable, ce jour du salut, ce temps de la conversion pour croire à la Bonne nouvelle, oui c’est vraiment un temps de joie et c’est un temps d’exultation parce que chaque pas franchi dans la direction de la foi, de l’espérance et de la charité nous engage davantage dans le mystère de Dieu et nous fait éprouver davantage encore l’amour dont il aime chacun d’entre nous.
« Sonnez de la trompette dans Jérusalem, prescrivez un jeûne sacré, annoncez une solennité, réunissez le peuple » (Jl 2, 15-16), voilà ce que le prophète demandait à Israël, voilà ce que Dieu nous demande aujourd’hui : vivre ce temps de grâce, ce jour du salut, dans la joie de l’espérance. Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Célébration de l’appel décisif des catéchumènes adultes - Samedi 16 février 2013
Frères et Sœurs, Catéchumènes,
Chacune et chacun d’entre vous, à quelque moment de sa vie, s’est trouvé dans la situation de Bartimée, le fils de Timée, mendiant, aveugle au bord du chemin, et pas seulement pour quelques instants mais parfois pour de longues années.
Chacune et chacun d’entre vous a porté dans sa conscience, dans son cœur, dans son esprit, différentes souffrances de sa vie, différents espoirs. Bien sûr, tout au long de ces années vous n’étiez pas sans savoir que quelqu’un passait au milieu de la foule qui vous entourait, vous n’étiez pas sans connaître le nom de Jésus, ou au moins la trace de son souvenir historique, mais avant que vous ayez pu concevoir que Jésus de Nazareth pouvait représenter pour vous une espérance, il a fallu que se creuse en vos cœurs le désir de le connaître.
Pour différentes raisons qui vous sont propres, est arrivé un moment dans votre vie où sa présence, son passage, se sont faits plus proches. Il était là, tout à côté de vous, soit par l’écoute d’une parole de l’Évangile, soit par le sentiment d’une présence à travers votre prière, soit par la médiation de telle ou telle personne de votre entourage. Bref, Jésus n’était plus seulement Jésus de Nazareth qui a vécu il y a deux mille ans, il était Jésus, le Christ, le Seigneur, vivant, aujourd’hui. Et chacune et chacun d’entre vous sait quelle force il a fallu surmonter et déployer pour passer de cet état d’attente à l’état d’appelant, Jésus, « Fils de David, ait pitié de moi » (Mc 10, 48).
Combien d’autres solutions a-t-il fallu essayer pour s’en sortir sans lui ? Non seulement vous avez pu fréquenter les horoscopes, les visionnaires, les charlatans, les gens qui ont tous une solution pour vous…, sauf qu’elle ne s’applique jamais ! Vous avez tous pu essayer par vos propres moyens de construire quelque chose sans jamais aboutir à un résultat. Il a fallu que ce vide en vos cœurs se creuse pour qu’un jour vous ayez le courage de crier : Jésus, « Fils de David, ait pitié de moi », et ce cri vous l’avez exprimé d’abord dans le secret de votre cœur, ensuite peut-être dans une prière plus extériorisée. C’est bien de parler de Jésus, Christ et Seigneur ! Mais où est-il en ce temps ? Où est-il en ce monde ? Y a-t-il quelque part un lieu, un peuple, une communauté qui puisse être le signe de sa présence ? Quand vous avez commencé à répondre à cette question, votre cri s’est transformé en une démarche : vous avez eu assez de désir et de force pour franchir le seuil d’une église, non seulement pour y trouver le calme et le recueillement si difficiles à rencontrer dans notre monde, mais pour y rencontrer quelqu’un, pas simplement la présence confuse de Jésus au secret de votre cœur, mais quelqu’un qui puisse vous parler de Lui, quelqu’un qui puisse être pour vous l’intermédiaire, non pas pour vous faire taire - comme beaucoup de gens autour de Jésus voulaient faire taire le fils de Timée -, mais au contraire pour vous dire : « confiance, lève-toi ; il t’appelle » (Mc 10, 49). Le jour où cette parole de confiance a répondu à votre cri de pitié, le chemin qui vous conduisait à la rencontre du Christ s’est ouvert devant vous, c’était la manière dont le Christ vous disait : « que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10, 51).

Et vous avez répondu à cette question du Christ en disant : « Rabbouni, que je voie » (Mc 10, 51), que je connaisse les chemins du Seigneur, que je connaisse la force de Dieu, que je connaisse la paix de la réconciliation. C’est à cette réponse que correspond le chemin dans lequel vous vous êtes engagés pour rencontrer le Christ, non seulement dans l’incertitude de votre prière personnelle, mais avec la garantie sacramentelle de l’Église. Il vous appelle pour recevoir les sacrements de sa présence, de sa force, de sa lumière, de sa vie, le sacrement du baptême, le sacrement de la confirmation et le sacrement de l’eucharistie.
Ainsi, en partant d’une expérience tout à fait particulière et unique, celle de chacune et de chacun d’entre vous, et que personne d’autre n’a vécu à votre place, en partant de cette expérience profonde, qui a pu être faite de désarroi, de souffrance, ou tout simplement du désir de voir votre vie trouver la plénitude de ses possibilités, vous avez été conduits à vous tourner vers le Christ, vous êtes engagés dans un chemin où la rencontre du Christ est indissociable de la participation à la vie de l’Église. Et c’est par ce chemin que peu à peu vous avez appris à connaître non plus simplement une figure lointaine, mais la figure concrète de Jésus de Nazareth tel que nous le révèlent les évangiles, sa présence par la puissance de son Esprit, son geste, sa parole, « que veux-tu que je fasse pour toi ? ». C’est en cheminant progressivement dans cette Église que vous avez découvert que la communion avec le Christ est indissociable de la communion avec le peuple de ceux qui le suivent et qui continuent de le chercher, indissociable de la communion avec les frères que constituent ses disciples. C’est ainsi que vous vous êtes levés et que vous avez commencé à suivre Jésus sur la route.
Aujourd’hui, au nom de l’Église, comme responsable principal du diocèse de Paris, chargé du ministère des Apôtres pour annoncer la Bonne nouvelle et accueillir les nouveaux disciples du Christ, je vais appeler chacun et chacune d’entre vous pour l’ultime étape qui va le conduire au baptême, à la confirmation et à l’eucharistie. Le chemin que vous avez parcouru plus ou moins longtemps, de façon plus ou moins chaotique, de façon plus ou moins claire, ce chemin aujourd’hui je l’authentifie et je le reconnais comme le chemin par lequel Dieu a voulu vous conduire jusqu’à la foi.
Pendant ces quarante jours qui nous séparent de la célébration de la Pâque où vous serez baptisés dans l’Esprit Saint, vous allez franchir les ultimes étapes du combat spirituel commencé à travers votre chemin catéchuménal. C’est une grande joie de vous recevoir et de vous accueillir, non seulement pour moi, mais pour l’Église de Paris, et à travers elle pour l’Église toute entière. Au moment où beaucoup s’interrogent pour savoir quel est l’avenir de l’Église, moi je m’interroge pour savoir combien d’hommes et de femmes resteront aveugles à la vie du Christ présent en notre monde. Et cette vie du Christ présent en notre monde, vous allez en être les témoins et les signes par votre participation à la vie des disciples du Christ. Nous vivons donc un moment plein de reconnaissance pour ce que Dieu vous a donné, un moment plein de force pour la décision que vous avez prise, un moment plein d’espérance pour ce que Dieu accomplira avec vous à travers votre vie.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Messe à ND de Nazareth - 1er dimanche de Carême – Année C - Dimanche 17 février 2013
Frères et Sœurs, chers amis,
Chaque année, à l’ouverture du Carême, l’Église dans sa liturgie nous invite à méditer sur les tentations de Jésus au désert, et chaque fois que nous entendons ce récit de l’Évangile, c’est une nouvelle invitation qui nous est adressée, non pas à vérifier la qualité de notre mémoire, mais à vérifier l’actualité de cette parole pour nous.
Tout d’abord, nous devons remarquer - particulièrement dans l’évangile de saint Luc que nous avons en lecture continue cette année - que Luc insiste sur le fait que c’est l’Esprit Saint lui-même qui conduit Jésus au désert où il doit être mis à l’épreuve. C’est une façon de nous aider à comprendre que cette épreuve entre Jésus et le démon, qui s’exprime à travers les trois tentations que Satan présente au Christ, n’est pas un accident contraire au plan de Dieu, puisque c’est l’Esprit lui-même qui conduit Jésus au désert. Si Jésus est entraîné par l’Esprit pour connaître la tentation, c’est parce que cette tentation évoque et représente le combat dans lequel le Christ est engagé et qui se terminera apparemment par sa défaite quand il sera mis en croix, et finalement par sa victoire lorsqu’il ressuscitera. Ainsi, ouvrir ce temps de carême par l’évocation de ce combat est une façon de nous aider à comprendre l’esprit dans lequel nous devons nous aussi entrer dans le carême. Nous entrons dans ce temps de conversion et de pénitence non pas d’une façon accidentelle, comme si c’était par hasard, mais nous y entrons comme dans un chemin que Dieu lui-même ouvre devant nous. Il nous conduit par son Esprit pour que nous vivions avec le Christ l’épreuve de la tentation et qu’avec Lui nous apprenions à mener le combat jusqu’au bout.
Ainsi, nous préparons, semaine après semaine, notre participation à la semaine Sainte de notre liturgie, c’est-à-dire aux jours au cours desquels le Christ entrera dans la phase ultime du combat par son agonie au Jardin des Oliviers, par son procès, sa condamnation, son exécution et enfin par sa résurrection. Mais quelle est la nature de ce combat dans les tentations que Jésus rencontre au désert ? Les quarante jours pendant lesquels il ne prend pas de nourriture évoquent, évidemment, dans la symbolique de l’histoire d’Israël, les quarante ans que le Peuple a passés dans le désert avant d’atteindre la Terre Promise. Quarante années au cours desquelles ce Peuple a eu à connaître la faim et la soif, le péril des serpents, bref toutes les menaces qui pesaient sur sa vie et au cours desquelles, grâce à Moïse et à ses successeurs, il va découvrir que celui qui sauve, celui qui peut lui permettre de franchir l’épreuve de la mort sans succomber, c’est Dieu lui-même. Ce temps de privation, tel que l’Évangile nous le présente dans la vie de Jésus et tel que nous sommes invités à le vivre dans notre propre vie, est une expérience pour découvrir que ce qui nous fait vivre et ce qui nous permet de surmonter les difficultés de l’existence, ce ne sont pas nos propres ressources et nos propres forces, mais c’est la force de Dieu lui-même. D’ailleurs, dans le récit de l’évangile sur les trois tentations, nous voyons bien le soin de l’évangéliste de nous faire découvrir comment Jésus réagit aux propositions du démon : à chaque fois, il y répond par une phrase de l’Écriture, c’est-à-dire par la Parole de Dieu, qui est la ressource principale pour mener ce combat.

Évidemment, si nous évitons la dimension de frustration que représentent les privations du Carême, nous n’avons aucune raison de nous tourner vers Dieu et de chercher en Lui notre secours. Nous avons suffisamment de force par nous-mêmes, croyons-nous, pour affronter les différentes péripéties de notre existence, et notre monde fournit suffisamment de ressources pour nous permettre de surmonter les épreuves. C’est par un choix volontaire que nous éprouvons dans notre privation la pénurie. Hélas aujourd’hui, nous le savons, beaucoup de nos contemporains connaissent la pénurie non pas par choix volontaire, mais parce qu’ils n’ont pas les moyens de pourvoir à leurs besoins. Cependant, même quand nous sommes pauvres, nous pouvons éprouver cette pauvreté d’une façon plus profonde en découvrant que c’est Dieu, et Dieu seul, qui nous aide à surmonter les difficultés de l’existence. C’est donc à travers l’épreuve de la privation, un acte de foi auquel nous sommes appelés, et en cette année de la foi, cet acte de foi est une façon particulièrement importante de vivre notre conversion pour l’année 2013.
Dans cette conversion, nous le voyons dans l’Évangile et l’épître aux Romains nous le rappelait, cette épreuve la foi est la ressource principale. Cette parole, nous dit saint Paul, « c’est le message de la foi que nous proclamons. Donc si tu affirmes que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé » (Rm 10, 8-9), « la Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur » (Rm 10, 8). Ce retour sur la Parole de Dieu déposée en nos cœurs, non seulement parce que nous l’entendons ou la lisons et la méditons, mais parce que Dieu l’inscrit en nos cœurs par la puissance de son Esprit, est notre principale ressource pour raviver notre foi en celui qui est Seigneur et que Dieu a ressuscité d’entre les morts.
Ainsi, alors que nous essayons de vivre une consommation plus restreinte et plus raisonnable des biens de ce monde, nous sommes invités en même temps à développer notre recours à la Parole de Dieu par une fréquentation plus assidue, plus ouverte, de l’Écriture telle que nous la propose la foi chrétienne. Nous en avons de multiples occasions, non seulement par la célébration du dimanche à laquelle nous participons, mais encore par la manière dont nous pouvons préparer cette célébration en lisant d’avance et en méditant les lectures que nous y entendrons, ou encore par la méditation quotidienne de quelques versets de l’Écriture. « Cette Parole elle est dans ton cœur et dans ta bouche », c’est-à-dire que c’est une parole qui transforme l’intérieur de nous-même et qui devient en même temps le contenu du témoignage que nous sommes appelés à rendre au Seigneur à travers notre existence. Oui, la vie de Jésus, les événements qui ont marqué sa vie, les enseignements qu’il a donnés à travers sa vie, et plus que tout le signe définitif de l’amour de Dieu pour les hommes dans l’offrande de sa vie sur la croix, tout cela constitue le message que nous recevons comme une espérance à travers l’histoire des hommes, l’histoire de chacune de nos existences, et comme une richesse à partager avec nos frères.
En ce temps de carême de l’Année de la foi, j’ai souhaité que les communautés eucharistiques du diocèse de Paris fassent un geste particulier pour manifester de façon visible leur implication dans le combat du Christ, leur participation au combat des catéchumènes, leur communion avec ceux qui s’approchent du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie, et le renouveau auquel ils souhaitent participer par la conversion de leur vie. Je souhaite que ces étapes hebdomadaires, dimanche après dimanche, vous soutiennent et vous aident à retrouver la fraicheur de votre vie baptismale, et à renouveler votre engagement à la suite du Christ.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris


Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Appel décisif des catéchumènes adolescents - St Séverin - Samedi 23 février 2013
Frères et Sœurs,
Saint Paul nous a dit tout à l’heure « puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés » (Col 3, 12), chacune et chacun d’entre vous qui se prépare au baptême a été choisi par Dieu. On ne sait pas comment ! Il ne nous dit pas comment il fait pour nous choisir. Vous pourriez dans votre cœur, dans votre mémoire, revoir les visages des personnes de votre famille, de votre entourage, des amis, qui ont été pour vous des messagers du Seigneur, afin de vous aider à découvrir quelqu’un qui traverse l’histoire des hommes. Ce quelqu’un, c’est Jésus de Nazareth. Comme nous le voyons marcher en sortant de Jéricho pour aller vers Jérusalem, à travers une foule empressée autour de lui, il marche tout au long de l’histoire des hommes et il traverse l’histoire de chacun et de chacune d’entre nous.
Comme le Fils de Timée, aveugle, nous aussi nous avons entendu parler de Jésus, nous avons entendu ce qu’il a fait, ce qu’il a dit, et à plusieurs moments de notre vie nous disons : Seigneur, aie pitié de moi, viens à mon aide. Tout le monde ne comprend pas que l’on dise à Jésus de venir à notre aide. Tout le monde ne comprend pas que Jésus soit quelqu’un pour nous. Mais cela n’a pas d’importance, notre dialogue avec le Christ n’est pas fait pour être publié dans les journaux ou à la télévision, c’est une parole de notre cœur en direction de Jésus, et Jésus nous répond. Et il ne nous répond pas seulement dans notre cœur, mais il nous répond par des personnes qu’il met sur notre route. Il nous répond par la proposition qui nous est faite de participer complètement à sa vie par le baptême et l’eucharistie. Alors, un jour, vous avez compris que Jésus vous a appelé, il vous a appelé à vous approcher de lui et à lui demander ce que vous cherchez. Comme il le dit au fils de Timée quand il lui demande : « que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10, 51), à chacune et à chacun d’entre nous, Jésus dit souvent « que veux-tu que je fasse pour toi ? », que vas-tu me demander ? On aurait beaucoup de choses à demander, mais évidemment on demande ce qui compte le plus, et pour cette homme qui est aveugle, ce qui compte le plus c’est de voir, et il dit : fais « que je voie » (Mc 10, 51).
Pour vous aujourd’hui, ce qui compte le plus, c’est de demander à être baptisé et à entrer dans l’Église. Alors comme Jésus l’a dit à Bartimée, je vous réponds : « ta foi t’a sauvé » (Mc 10, 52). Parce que tu as cru que Jésus pouvait quelque chose pour toi, aujourd’hui, il t’appelle ; « confiance, lève-toi ; il t’appelle » (Mc 10, 49), il t’appelle à t’approcher du baptême, de l’eucharistie, il t’appelle à devenir membre de son Église, mais plus que tout encore, il t’appelle à vivre une vie nouvelle, car le baptême c’est le commencement d’une vie nouvelle, et cette vie nouvelle transforme notre manière de vivre. Saint Paul nous le dit : « débarrassez-vous des agissements de l’homme ancien » (Col 3, 9), qui appartient encore à la terre, « colère, emportement, méchanceté, insultes, propos grossiers. Plus de mensonge entre vous » (Col 3, 8-9). Quand nous entendons cela nous savons bien que nous aussi nous sommes capables de nous mettre en colère, de nous emporter, d’être méchant, de mentir, et il nous dit « revêtez l’homme nouveau » (Col 3, 10), et l’homme nouveau vit une vie nouvelle, c’est-à-dire qu’il revêt « son cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience… Agissez comme le Seigneur, il vous a pardonné, faites de même. » (Col 3, 12-13). Voilà le chemin dans lequel vous vous engagez, et pour lequel je vous appelle au nom de l’Église qui est à Paris pour que vous deveniez membre de cette Église.
C’est le commencement d’un long chemin, vous aurez à répondre au Christ tout au long de votre vie, en étant disponible et à l’écoute de sa parole, en étant désireux de faire ce qu’il souhaite. Que vous demandera-t-il ? Je n’en sais rien, mais vous non plus ! Mais vous le découvrirez le moment venu.
Tout à l’heure, le diacre, qui a lu l’évangile pour nous, se prépare pour être ordonné prêtre. Il y a quelques années, il était exactement dans la même situation que vous, jeune collégien ou jeune lycéen, à attendre et à chercher ce que le Seigneur désirait qu’il fasse. Mais pour l’instant, qu’il suffise de regarder ce que fait l’aveugle guéri, l’Évangile nous dit : « Aussitôt l’homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route » (Mc 10, 52). Maintenant je vais vous appeler pour suivre Jésus sur la route.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.


Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Messe au Sacré-Coeur pour la « Marche de Saint Joseph 2013 » du pèlerinage des pères de famille - Samedi 23 février 2013
La transfiguration de Jésus devant ses trois disciples est une manifestation de la présence de Dieu parmi les hommes. Pour nous, c’est à travers la vie sacramentelle et dans la Parole de Dieu reçue que s’actualise cette présence. La paternité est appelée à être vécue comme don de soi, à l’exemple du don que Jésus a fait de lui par l’offrande de sa vie dans suprême acte d’amour.
Frères et Sœurs,
Pierre, Jacques et Jean sont entraînés par Jésus sur la montagne pour découvrir, à travers son humanité transfigurée, la présence de Dieu parmi les hommes. Mais nous savons bien, pour connaître la suite de l’histoire, que les trois mêmes disciples, Pierre, Jacques et Jean, se retrouveront au Jardin des Oliviers pour découvrir ce que signifie la présence de Dieu dans l’histoire des hommes : non pas une sorte d’exaltation extraordinaire qui les ferait échapper à leur condition, mais au contraire une offrande totale de soi pour recevoir, jusque dans le combat de la liberté, l’épreuve que l’humanité doit subir au cours des âges. C’est le même Jésus qu’ils ont vu transfiguré sur la montagne et qu’ils verront verser des larmes de sang au Jardin des Oliviers.
C’est pour enraciner, approfondir et fortifier leur foi que Jésus les entraîne dans cette vision extraordinaire afin que, s’il est possible, leur foi ne défaille pas au moment de l’épreuve. Parce qu’ils auront vu Jésus glorifié dans sa transfiguration, ils seront à même de ne pas méconnaître Jésus défiguré dans sa Passion.
Cette expérience extraordinaire de la présence de Dieu dans leur histoire, n’est pas simplement une sorte de vision qui leur serait réservée. C’est une forme particulièrement intense de ce qu’ils vivent habituellement avec le Christ. Jésus, présent avec eux sur les chemins de leur vie, c’est Dieu qui est venu à leur rencontre. Et c’est cette présence de Dieu dans leur histoire et dans leur existence qui est le fondement de leur espérance.
Quant à nous, nous ne sommes pas appelés à vivre la même expérience. Nous sommes invités à reconnaître Jésus, non pas dans la vision splendide de la transfiguration, mais dans la manifestation habituelle de sa résurrection à travers la vie sacramentelle à laquelle l’Église nous permet de participer. Aujourd’hui, Jésus vivant dans notre histoire, c’est le sacrement de la présence du Christ que constitue l’eucharistie. Aujourd’hui, Jésus vivant dans notre histoire c’est l’actualité de sa parole telle que nous la recevons dans la liturgie évidemment, mais aussi dans la lecture et la méditation personnelles. Nous ne verrons pas Jésus dans sa gloire, entouré de Moïse et d’Elie, mais nous voyons les fruits de sa résurrection, à travers l’œuvre de l’Esprit tout au long de notre histoire et de notre existence. Aujourd’hui, Dieu continue de s’adresser à nous, aujourd’hui, comme sur la montagne de la transfiguration, il nous dit « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi, écoutez-le » (Lc 9, 35).
En cette Année de la Foi que le Saint Père nous a invités à vivre pour marquer le cinquantième anniversaire du Concile Vatican II, cet appel à écouter la parole du Christ résonne à nouveau ; et nous savons que écouter, ce n’est pas simplement prêter l’oreille, mais c’est accueillir au plus profond de notre esprit et de notre cœur, c’est « garder sa parole » (Jn 8, 51), comme nous dit l’évangile de Jean, et garder sa parole c’est la mettre en pratique. Aujourd’hui, écouter la parole du Christ, c’est nourrir notre relation avec Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, c’est alimenter notre foi en Celui qui est venu pour sauver tous les hommes, en Celui qui reviendra à la fin des temps, en Celui qui vient aujourd’hui pour notre monde à travers les sacrements de son Église, à travers le témoignage que les chrétiens lui rendent par la puissance de l’Esprit Saint.
Puisque vous avez vécu aujourd’hui ce pèlerinage des pères de famille, permettez-moi simplement de vous encourager, de vous fortifier dans votre recherche, pour vivre la paternité dans le sens où Dieu veut qu’elle soit vécue, c’est-à-dire comme un don de soi pour l’épanouissement, le développement, la croissance, et, nous l’espérons, le bonheur de celles et de ceux que Dieu a confiés à votre amour.
Tout au long de ces mois, nous avons eu de grandes discussions - sinon un débat organisé -, nous avons eu des expressions multiples dans lesquelles sans doute vous n’avez pas retrouvé l’expérience que vous vivez d’un amour qui se donne et qui se reçoit. Brandir le droit pour revendiquer une relation de service est un paradoxe que l’intelligence humaine a du mal à comprendre. Se donner pour accueillir des enfants, pour leur permettre de grandir, pour les aider à découvrir le sens de leur vie, pour leur annoncer la grâce de Dieu, cela n’est pas avoir un droit, c’est avoir un devoir. Mais nous le savons, tous ces arguments ont largement été exposés et détaillés, et nous savons que les arguments ne convainquent jamais que ceux dont le cœur est ouvert et l’intelligence éveillée. Nous savons que dans ce grand débat qui traverse notre société, l’affectivité tient plus de place que l’intelligence, l’attrait du consensus plus de place que l’amour de la vérité. Aussi, devons-nous apporter quelque chose que seuls nous pouvons apporter, et qui est la pierre de fondement de tout l’édifice familial auquel nous croyons. Ce que nous devons et ce que nous pouvons apporter, plus que des arguments de débat, c’est le témoignage rendu, non pas d’une vie sans difficulté, lisse et idyllique, mais d’une vie ordinaire assumée dans l’amour, portée dans l’amour et fécondée par l’amour, en un mot : le poids de ce que nous pouvons dire, ou de ce que nous pouvons soutenir par la parole, dépend étroitement du signe que nous donnons à travers notre manière de vivre.
C’est ainsi que Dieu, à travers l’histoire des hommes, fait apparaître la vérité de son amour, non seulement par la sagesse de sa révélation, mais encore par l’exemple du don que Jésus fait de sa vie par amour pour les hommes. Jamais sa parole n’aurait suffi à convertir le monde s’il n’était mort et ressuscité. C’est ce passage par la mort et cette résurrection dans la vie dont notre foi est le signe et le moyen, c’est ce passage par la mort et cette résurrection dans la vie qui est le plus beau témoignage que nous pouvons rendre à la paternité de Dieu et le plus beau témoignage que nous pouvons rendre de la justesse de notre expérience de la vie familiale.
C’est pourquoi en ces jours, frères et sœurs, nous devons non seulement redoubler de prière, non seulement rester ouverts à toute discussion et à tout échange d’arguments, mais surtout nous devons vivre ces événements comme une invitation, et, pourquoi ne pas le dire, comme une provocation à mettre notre expérience familiale sous le sceau de l’Évangile, à manifester que vraiment, tel que Dieu nous l’a montré, l’amour est indéfectible et perpétuel comme son alliance.
Amen.

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

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