Première leçon que l’on peut en tirer : plus on est grand, plus on est tout puissant, comme Dieu l’est en effet, et moins on a besoin de décorum. Cela laisse à penser que Celui, justement, qui a cette Toute puissance n’a pas besoin de décorum pour se manifester au monde. A contrario, moins on est signifiant et plus on a besoin de décorum. Étant donnée la magnificence de cette église, signe du génie humain qui veut rendre gloire à Dieu, de ce que nous avons chanté, de ce que nous chanterons, qui est aussi le résultat des compositions et du génie humain, je me dis que ce que nous avons à vivre, étant donné le décorum qu’il y a ici, est simplement le reflet de mon insignifiance ! Au fond, cela me permet de me remettre à ma juste place et me donne une leçon d’humilité car Celui qui est tout puissant vient sans faste, humblement.
Il est venu et pourtant personne ne l’a vu. Tous ceux qui l’attendaient, en mettant en lui tous leurs espoirs ne l’ont pas vu. Tous ? Ah non, pas tous ! Pas tous, il y ces fameux bergers qui sont venus jusqu’à la crèche, jusqu’à l’étable. Et puis les mages, que nous célébrons aujourd’hui, qui viennent de loin, qui viennent de l’Orient.
Cela veut dire que Dieu nous touche par ce que nous sommes capables de connaître. Les bergers sont juifs, ils croient aux anges et quand Dieu envoie les anges pour chanter la gloire de celui qui va naître, ils se laissent déplacer et viennent à la crèche. Les Mages, sont peut-être des mésopotamiens, on n’en sait rien, mais ils viennent d’Orient. Nous savons qu’ils connaissaient parfaitement les cartes du ciel, qu’ils étaient maîtres de l’astrologie et étaient attentifs aux signes. Aussi Dieu va leur parler par ce qu’ils sont capables de connaître.
Deuxième leçon : Dieu nous parle. Il nous parle par ce que nous sommes capables d’entendre, ce que nous savons. Il ne nous parle pas un langage ésotérique, il nous parle simplement à partir de ce que nous pouvons connaître. Dieu nous rejoint là où nous en sommes. Et la question qui se pose à nous : sommes-nous attentifs aux signes qu’il nous donne ?
Les mages de l’évangile posent un acte prophétique. Ils amènent l’or, l’encens et la myrrhe. L’or, c’est l’attribut des rois. Ils signifient simplement que celui-là, le tout petit dans cette étable, a les signes de la royauté, il est roi. L’encens n’est destiné qu’à Dieu, autrement dit, ils signifient que celui-là est Dieu. Et le troisième mage est encore plus prophétique étonnamment, il offre de la myrrhe. En offrant de la myrrhe, il signifie que ce petit est homme, qu’il a la condition humaine et qu’il va aller jusqu’au bout de cette condition humaine, même jusque dans sa finitude, c’est-à-dire jusque dans la mort. En offrant la myrrhe, il manifeste plus encore cette condition humaine qui va jusqu’à la mort, il signifie aussi cette résurrection qui fait que Jésus ne sera pas embaumé, contrairement aux morts de l’époque.
Voilà ce que font aujourd’hui les mages. En offrant les vrais attributs divins au-delà des apparences, au-delà de ce qu’ils peuvent voir de ce pauvre petit dans cette étable, les mages voient plus loin, plus haut. Ils sont capables d’accueillir la foi en apprenant à reconnaître la dignité divine dans les plus petits, ce tout petit.
Nous avons aussi à reconnaître la dignité divine dans les plus faibles et tout spécialement dans les plus pauvres, dans les plus fragiles. Nous avons à poser un acte de foi au-delà de ce que nous pouvons croire et connaître par nos seuls moyens de l’observation qui sont importants, bien sûr, mais qui ne peuvent s’adresser qu’au monde matériel et ne peuvent pas atteindre jusqu’à Dieu. C’est Dieu qui nous atteint.
Autrement dit, la troisième leçon : le renversement des valeurs opérées par Dieu nous oblige à accueillir la foi au-delà de nos certitudes.
Nous venons de passer Noël, et nous nous sommes offert de très beaux cadeaux sans aucun doute, des cadeaux qui sont le reflet de notre affection, de notre amour, de notre tendresse à ceux à qui nous les avons offerts, même si certains ont pu trouver qu’ils n’étaient pas extraordinaires et les ont revendus immédiatement sur Internet ! La question qui se pose pour nous, c’est quel est celui qui a offert le cadeau le plus ajusté à celui qui vient de la part de Dieu ? Quel est celui qui peut offrir le plus beau cadeau, et, peut-être, comme nous aimons les questions un peu inutiles, lequel des trois mages a-t-il offert le plus beau cadeau ? Aucun d’entre eux ! Aucun d’entre eux n’a offert un cadeau ajusté à Dieu. Tout simplement parce que le cadeau qu’ils offrent est simplement la révélation de ce qu’est celui-là, dans sa réalité divine, royale et humaine.
Le plus beau cadeau a été offert par Marie et par Joseph. Ils ont offert leurs bras pour accueillir ce petit, leur cœur et leur tendresse pour l’aimer. Et voilà le plus beau cadeau, c’est eux, et eux seuls, qui ont donné la seule réponse juste à Celui qui vient au milieu de nous dans un acte suprême d’amour. Seul l’amour peut répondre à l’amour.
Dans quelques instants, sur cet autel, Celui qui est le tout autre, celui qui est indicible, dont nous ne pouvons rien dire d’autre qu’avec nos pauvres mots, ce Verbe éternel de Dieu va une fois encore s’emparer de la pauvreté de nos mots humains, comme il s’est emparé de cette humanité si fragile qui est la nôtre, jusque dans sa finitude. Il va employer ces mots humains et dans la bouche du prêtre, ce que nous avons offert sur l’autel et qui est au fond si dérisoire, la banalité du pain, la banalité du vin, vont devenir par cette Parole de Dieu -une parole performative- véritablement son Corps et véritablement son Sang. Voilà comment, Celui qui fut déjà couché dans une mangeoire par sa maman, devient la nourriture céleste. N’est-ce pas lui qui nous a dit : mon Corps est la vraie nourriture, mon Sang est la vraie boisson, celui qui mange ma Chair et celui qui boit mon Sang a la Vie éternelle. Ce que nous allons faire dans quelques instants c’est un peu comme ce qui s’est passé à la crèche, le Seigneur va venir sous les apparences très simples, les plus simples possible pour venir jusqu’en nous. Et nous avons à l’accueillir, lui qui va venir sans mitre et sans crosse, et pourtant c’est Lui qui est Dieu ! Il va se livrer nu entre nos mains tout à l’heure, quand nous nous avancerons et que le prêtre vous dira : « le Corps du Christ ».
Pour le reconnaître, il faut la foi des mages et des bergers. Pour l’accueillir et pour qu’il donne la vie, il faut l’amour de Marie et de Joseph.
Cette belle liturgie est la reconnaissance du peuple de Dieu et la manifestation de son enthousiasme fervent devant Celui qui se livre humblement dans nos mains. C’est cela qu’il faut voir.
S’il vous plaît, chères sœurs, chers frères et chers amis, ne donnez pas raison à ce célèbre proverbe chinois : « quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt ».
Eh bien, je vous dis chers frères et sœurs : Ne regardez pas l’archevêque, contemplez le Christ !
+ Michel AUPETIT, archevêque de Paris.
Ou bien, à la manière d’Einstein, nous pouvons voir que ce monde est ruisselant d’intelligence et que, forcément, il existe une intelligence supérieure qui est à l’origine de ce monde intelligible ! Mais nous ne pouvons pas connaître Dieu, il nous est impossible de le saisir en ce qu’Il est fondamentalement.
Voilà que nous sommes devant ce grand mystère ! Notre exploration se limite au monde matériel, et si nous faisons des progrès magnifiques dans la connaissance, en particulier scientifique, cela ne concerne en fait que le monde matériel. Dans l’infiniment petit, nous avons découvert des choses fantastiques, qui nous montrent simplement les mystères étranges de la matière corpusculaire que l’on appelle physique quantique, ou l’exploration de l’infiniment grand qui nous révèle l’exponentielle croissance de ce monde dans lequel nous sommes. Au fond, nous n’arrivons à connaître qu’à peu près cinq à dix pour cent de la réalité matérielle. Alors qu’en est-il de la réalité spirituelle ? Puisque Dieu est pur esprit comment pourrions-nous le connaître ?
Eh bien, il faut que Dieu se révèle à nous tout simplement ! Il le fit, Il le fit par sa Parole. C’est bien par sa Parole d’abord qu’Il a créé. Sa Parole s’est fait connaître mais il ne s’agit pas encore d’une parole matérielle. Celle par laquelle je vous parle en ce moment qui n’est constituée que des vibrations vocales qui viennent perturber la membrane tympanique, tout cela c’est du matériel. Non, Dieu quand Il parle, parle d’un appel personnel intérieur, une évidence intérieure en vous qui touche votre esprit.
C’est ainsi qu’Abraham s’est mis en route, que Moïse a entendu, que Samuel aussi a répondu, et ainsi de tous ceux à qui Dieu a parlé.
Un appel personnel, percutant, intérieur, qui n’a rien à voir avec le monde matériel mais qui nous fait comprendre que Dieu est personnel et qu’Il s’adresse personnellement à chacun de nous. Mais cela ne suffit pas aux hommes. On voit bien dans la Bible cette quête permanente de la connaissance de Dieu autrement que par une parole intérieure évidente. Les psaumes nous le disent : « quand pourrais-je m’avancer, paraître face à Dieu ? » (Ps 41) Moïse réclame de voir Dieu face à face. Il lui est dit simplement qu’il verra Dieu de dos, c’est-à-dire de manière indirecte comme au travers de la Création de tout ce que nous pouvons comprendre au travers du monde matériel. Chacun cherche effectivement à connaître Dieu. A Moïse il sera répondu : « nul ne peut connaître Dieu sans mourir » (Ex 33,20). Quelle perspective ! Même Philippe, en présence de Jésus : « montre-nous le Père et cela nous suffit » (Jn 14,8). Voir Dieu, c’est la grande quête de l’humanité. Comment connaître Dieu s’il ne s’était pas manifesté ? Aujourd’hui, le voilà qui se manifeste en tant que Dieu !
Nous fêtons à l’Épiphanie trois manières de la manifestation de Dieu au travers du Christ-Jésus, c’est-à-dire de sa Parole incarnée. Tout d’abord par la présence de ce tout-petit à la crèche, puis par le baptême où le Père le désigne : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », aux Noces de Cana où ses disciples croient en Lui parce que là, c’est le premier signe de sa divinité qu’Il a montré aux hommes.
Ainsi, Dieu se manifeste et Il a pris un visage. Impossible pour nous de le connaître sans passer par Celui qui a pris un visage. « Nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils » (Mt 11,27), nous dit Jésus. Personne ne va vers le Père sans passer par moi. Il ne nous est pas possible de connaître Dieu sans Jésus. Le voilà qui se manifeste dans ce tout petit enfant. Qui peut reconnaître Dieu dans cette fragilité ? Qui peut le reconnaître ? Il faut la foi. Seule la foi peut nous faire reconnaître Jésus dans cet enfant, seule la foi peut nous faire connaître Jésus dans ce morceau de pain que nous allons recevoir. Seule la foi peut nous faire mettre à genoux devant le Saint-Sacrement, car ceux qui n’ont pas la foi n’y voient qu’un morceau de pain banal. Oui, c’est la foi qui a poussé ces mages vers l’étable ; c’est la foi qui a fait dire à Marie : « oui » ; c’est par la foi que Joseph l’a prise avec lui et a accueilli cet enfant qui venait de Dieu. La foi, ce n’est pas comme la lumière qui nous permet de voir avec les yeux, car les yeux ne servent à rien s’il n’y a pas de lumière. Mais, comme le dit le pape François dans son encyclique La lumière de la foi, je le cite : « la foi n’est pas une lumière qui dissiperait nos ténèbres, mais la foi, c’est la lampe qui guide nos pas dans la nuit et cela suffit pour le chemin. » Voilà ! Notre étoile à nous, c’est la foi. Les mages voyaient une étoile inscrite dans le ciel que Dieu a bien voulu leur montrer, mais notre étoile à nous, c’est la foi.
Mais il ne suffit pas d’avoir la foi. Reconnaître le Christ, c’est bien mais certains l’ont reconnu et l’ont crucifié ! Il faut l’accueillir. Ceux qui l’accueillent sont ceux qui sont capables d’accueillir son amour, qui sont capables de répondre à son amour. Le pape François continue dans la même encyclique, La lumière de la foi, « et pour cela il faut la disponibilité du cœur ». Comment pouvez-vous aimer si votre cœur est fermé, s’il ne se laisse pas surprendre, s’il ne se laisse pas déranger comme les mages, s’il ne se laisse pas bouleverser comme Marie au moment où l’ange vient la visiter ? Voilà ce que dit le pape François : pour l’accueillir, il faut la disponibilité, c’est-à-dire se laisser transformer par l’appel de Dieu. C’est ce qu’a fait Marie, c’est ce qu’a fait Joseph, c’est ce qu’ont fait les mages.
Et qu’est-ce que cela nous donne ? Nous l’avons entendu dans l’évangile : « ils se réjouirent d’une très grande joie » (Mt 2,10). Trouver Jésus, c’est trouver la plus grande joie. Voilà pourquoi il est important de faire connaître Jésus, pour ne pas le garder pour soi ! Nous n’avons pas à garder Jésus pour nous parce que nous l’avons trouvé nous-mêmes, nous avons à l’annoncer et voilà pourquoi nous sommes partis, vous êtes partis en mission partager cette joie qui vous habite, parce qu’il n’y a pas de plus grand égoïsme que de ne pas partager la joie.
Nous prions aujourd’hui pour les donateurs, qu’ils soient ceux qui donnent peu d’argent mais qui donnent tout, comme la veuve, que ce soit ceux qui donnent largement. Ceux qui donnent, donnent ce qu’ils ont, mais donner la joie, c’est donner ce qui vient de Dieu, c’est encore plus important. Trouver Jésus, c’est trouver la plus grande joie, la joie d’être aimé infiniment, la joie d’entrer dans la spirale de l’amour.
Alors le plus beau cadeau que Dieu nous a fait pour se faire connaître, c’est Jésus, Jésus qui s’offre au monde à chacune de nos eucharisties puisque c’est lui le prêtre, l’offrande et celui à qui est offert l’offrande. C’est l’acte parfait d’amour auquel nous avons la grâce d’être associés chaque fois que nous répondons à l’invitation du Seigneur et que nous sommes à la messe, quelle grâce !
Puisse cela, frères et sœurs, être votre très grande joie !
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Comment entendre la voix de Dieu ? C’est impossible car Dieu n’a pas de voix, il a une Parole. Ce n’est pas un son qui frappe nos oreilles comme la voix, c’est une Parole qui inonde tout notre être, corps et âme. Oui, notre être tout entier. Cette Parole vient habiter en nous et nous avons à l’accueillir.
« Et le Verbe s’est fait chair ». La Parole est venue habiter notre corps, notre humanité. En Jésus Christ par la sainte Vierge Marie. En nous aussi vient la Parole par le don de L’Esprit Saint : « Votre corps est le sanctuaire de l’Esprit Saint » nous affirme Saint Paul. Voilà pourquoi l’Apôtre dit que notre chair aussi doit être sanctifiée.
Le Verbe, la Parole Dieu s’est incarnée en Jésus Christ. Jésus engage de manière nouvelle la relation à l’humanité. Ce n’est plus une parole qui appelle au fond de nous, c’est une voix qui s’adresse à nous. La Parole se place en vis-à-vis, se laisse entendre comme dans un face à face. Il faut devenir disciple, c’est-à-dire entrer dans son intimité.
Notre pape François nous appelle à être disciple-missionnaire.
Être disciple, c’est être avec Jésus. Regardez André et Jean. Ils suivent Jésus : « Que cherchez-vous ? ». Jésus nous pose cette question à nous maintenant : « Que cherchez-vous ? ». Que lui répondez-vous ? « Venez et voyez », ils demeurèrent avec lui seulement quelques heures et leur cœur a été transformé. Dans La Joie de l’évangile, le pape François nous dit « j’invite chaque chrétien, en quelque lieu où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ». Pratiquement tous les adultes qui demandent le baptême le font en raison d’une rencontre avec le Christ. Parfois, il a fallu que quelqu’un leur dise comme Saint Jean Baptiste : « C’est lui, l’Agneau de Dieu ». Il faut quelqu’un qui nous le désigne, quelqu’un en qui nous avons confiance. Qui nous l’a désigné ? Et nous-mêmes, sommes-nous capables de le désigner comme l’Agneau de Dieu ?
Ce n’est qu’après avoir fait l’expérience de cette intimité avec le Seigneur que nous pouvons devenir missionnaires. Pourrions-nous donner envie de le connaître si cette proximité ne nous fait pas rayonner ? Que pourrions-nous dire de juste le concernant si la Parole ne pénètre pas au plus intime de nous ? Aussitôt après cette expérience de l’intimité de Jésus, André va chercher son frère Pierre : « nous avons trouvé le Messie ». L’intimité qui nous fait brûler de l’amour de Dieu par le don de l’Esprit Saint nous oblige à le faire connaître. C’est l’impérieuse nécessité de l’amour : « malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile ».
Ne craignons pas ceux qui nous accusent de prosélytisme. Le pape François rappelle cette évidence : « l’Église ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction ». Donnons-nous envie de connaître Jésus ? Quelle joie de faire du bien en annonçant le Christ ! François affirme à juste titre : « seul celui qui se sent porté à chercher le bien du prochain et désire le bonheur des autres peut être missionnaire ».
Faites-vous du bien et faites du bien aux autres : devenez disciples missionnaires !
+ Michel Aupetit, archevêque de Paris.
C’est bien ce que font ces proches de Jésus. Ces « gens de chez lui » sont certainement les familiers de Nazareth qui le connaissent bien, qui ont grandi avec lui et qui déjà, devant ses miracles, disaient : « mais n’est-il pas le fils du charpentier, sa mère n’est-elle pas avec nous » ? Ils s’étonnaient ainsi de tout ce qu’on disait de lui alors que, eux, pensaient le connaître bien davantage.
Ce sont sans doute les mêmes qui, à Nazareth, alors que Jésus lisait le prophète Isaïe : « le Seigneur m’a consacré par l’onction » en commentant lui-même ce passage : « c’est aujourd’hui que cela s’accomplit » ont cherché à le précipiter depuis une hauteur à la sortie du village.
Comme il est difficile de changer notre regard sur les autres. Comme il est difficile de sortir de nos schémas, de nos classifications et tellement facile de coller une étiquette sur quelqu’un pour l’enfermer dans nos certitudes paisibles.
Alors que Jésus s’affirme l’oint du Seigneur, ces proches de Nazareth, ses amis qui ont grandi avec lui, ne respectent pas l’oint du Seigneur parce qu’ils ne veulent pas le reconnaître tel. Ils ont le cœur dur.
Quel contraste avec l’attitude généreuse et magnanime de David envers le roi Saül. Ce dernier a cherché à le tuer par jalousie, l’a obligé à fuir et à vivre en exilé. Et voilà qu’il pleure sincèrement ce Saül, de la même manière qu’il l’avait épargné lorsqu’il était à portée de son épée. David pardonne à son ennemi parce que le roi Saül est l’oint du Seigneur. Le respect de David envers Dieu est tellement grand qu’il est capable de pardonner à son ennemi.
La Bible nous révèle que David est un grand pécheur, mais il devient une figure évangélique anticipée car il sait s’en remettre à la miséricorde de Dieu dans une confiance totale. Puissions-nous comme lui apprendre à changer notre regard et notre attitude afin que la grâce divine ne se heurte pas à la raideur de nos certitudes. C’est alors que nous serons vraiment configurés au Christ serviteur.
Assouplissons notre cœur !
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
« Docteur » : c’est celui qui sait, qui possède la doctrine. Mais voilà que celui qui sait, apprend peu à peu qu’il ne sait pas grand-chose… La première chose qu’il doit apprendre, c’est justement son incomplétude. Heureusement, si nous en avions un doute, les mathématiques viennent à notre secours aujourd’hui, grâce au théorème de Gödel. Ce fameux mathématicien allemand a montré que les mathématiques ne pourraient jamais démontrer l’ensemble du réel et qu’il y aura toujours une partie du réel qui restera indémontrable. Ceci nous rend très humble par rapport au savoir que l’on peut connaître. Faire l’expérience de son incomplétude veut dire que nous aurons toujours à chercher, que la vérité ne peut pas être enfermée dans notre intelligence et que, pour pouvoir comprendre et avancer dans la connaissance, il nous faut grandir en humilité.
« Père » : cela fait référence à l’unique paternité de Dieu, parce que Dieu n’est pas père comme nous. C’est nous qui devons apprendre la paternité à l’image de Dieu. Par ailleurs, il faut apprendre, nous en faisons l’expérience dans notre vie terrestre, à être fils. Être fils, c’est d’abord accepter de se recevoir d’autres. Nous avons effectivement reçu la vie d’autrui. Nous l’avons reçue de nos parents, nous ne nous sommes pas donnés à nous-mêmes notre vie. On doit se recevoir d’un autre et que c’est parce qu’on a assumé le fait que notre vie ne vient pas de nous-mêmes, que nous pouvons grandir et, à notre tour un jour, devenir père.
Apprendre à se recevoir permet de se donner. C’est bien la vie que nous avons à vivre, puisqu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie, encore faut-il avoir appris à la recevoir.
Voilà comment, effectivement, nous pouvons être père, non pas par nous-mêmes ou par nos qualités personnelles, mais en recevant cette paternité de celui qui en est la source, c’est-à-dire de Dieu lui-même.
Que nous reste-t-il encore ? La maîtrise ? Celui qui est le vrai maître et qui se reconnaît tel d’ailleurs, le fait quand Il est aux pieds de ses disciples pour les laver. Quand on parle du haut d’une chaire, comme le son monte, il est inaudible, alors que, lorsqu’on est aux pieds de quelqu’un et qu’on lui parle, il devient audible. Ce n’est pas seulement un phénomène acoustique, c’est la réalité des choses. Le maître doit se mettre au service s’il veut vraiment que son enseignement puisse être accueilli. Etre maître, c’est apprendre humblement à devenir serviteur comme le Seigneur nous le demande : « Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”, et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » (Jn 13,13-14).
Reconnaître la grandeur de celui à qui nous transmettons un message. Reconnaître la grandeur immense de celui à qui nous faisons connaître quelque chose qu’il ne connaît pas encore. Sa grandeur ne vient pas de son savoir, sa grandeur vient de sa dignité et ce n’est pas nous qui la lui avons donnée, elle existe bien avant nous ; voilà pourquoi le maître doit apprendre à se mettre à genoux devant son disciple pour lui laver les pieds. Voilà peut-être ce qui nous permet d’entrer dans ce mystère. Si nous possédons quelques titres, que ces titres nous apprennent simplement à imiter Celui qui est le Fils, Celui qui nous fait connaître le Père, Celui qu’on peut appeler en vérité, Le vrai docteur. La vérité, nous le savons bien, n’est pas un concept, la vérité, c’est une personne. C’est en entrant dans cette relation avec la personne que nous pouvons découvrir la vérité. Lorsque nous connaissons quelqu’un depuis longtemps, nous en faisons l’expérience, nous n’arrivons jamais à la connaître totalement. Cela nous permet justement de continuer à nourrir une relation de sorte que cette relation porte du fruit. Si le Seigneur nous dit qu’il est lui-même la vérité, c’est pour que nous apprenions à le connaître. Pour le connaître, il faut être son disciple. Pour être son disciple, il faut être avec Lui, comme il l’a dit à ses apôtres. Il les a choisis pour être avec Lui.
Voilà pourquoi cette eucharistie nous permet d’être avec le Seigneur et de suivre le chemin qu’il nous a donné, afin que nous puissions, quels que soient nos titres, entrer dans ce grand mystère d’une vérité qui nous dépassera toujours.
+Michel AUPETIT, archevêque de Paris, chancelier de l’ICP.
J’y vois une première raison qui fera plaisir aux plus anciens dont je fais partie maintenant. Les années qui passent sont comme l’assiette que le chercheur d’or plonge dans la rivière et vide au fur et à mesure en laissant partir d’abord ce qui est plus léger et sans valeur. Ne reste au fond que ce qui a du poids c’est-à-dire les pépites d’or. Dans notre jeunesse nous ramassons tout ce qui passe à notre portée. On appelle cela l’expérience. Mais quand notre vie s’écoule nous ne gardons que le plus précieux et il est réjouissant et plein d’espérance que ce plus précieux soit l’amour de Dieu.
La deuxième raison me semble plus importante. S’ils ont reconnu en Jésus le messie, c’est avant tout parce qu’ils sont des chercheurs de Dieu. On peut chercher la gloire, le pouvoir, la fortune, le plaisir, l’amour. Eux, Syméon et Anne cherchent Dieu. Le Seigneur nous l’a dit : « cherchez le royaume de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît ». Croyons-nous cela ?
Le chercheur de Dieu trouve sa joie dans cette recherche. Il y a longtemps que Syméon avait préparé son cœur à cette rencontre. La prophétesse Anne servait Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière en restant toute proche du Temple. C’est en cherchant Dieu qu’ils trouvaient leur joie. Voilà pourquoi cette fête est aussi celle des religieux, religieuses et consacrés. Ces chercheurs de Dieu sont les veilleurs d’aujourd’hui qui indiquent au monde, celui qui vient, donne la vie, transforme toute chose, embellit le monde et transfigure nos vies. Celui aussi qui nous a rendus libres de la mort par sa résurrection, nous ouvrant ainsi les chemins nouveaux. Pour nous sortir de la situation d’esclave, comme le dit l’auteur de la lettre aux Hébreux.
Ceux qui consacrent leur vie à cette recherche en y engageant leur personne toute entière, leur esprit et leur corps illuminent ce monde en lui donnant son sens ultime. Tout est transfiguré de nos activités quand elles sont imprégnées de cette recherche : le labeur quotidien, l’œuvre artistique, le soin des malades, l’éducation des jeunes, toutes choses que les religieux, religieuses et consacrés ont mis en place depuis des siècles.
Il n’est pas du tout anodin de soigner les malades, d’éduquer les jeunes, de porter le monde dans la prière lorsque l’on est consacré, car c’est le visage du Christ que ceux-là reconnaissent dans ceux qu’ils servent. Il ne s’agit pas seulement d’exercer une fonction particulière.
C’est le don de soi même que l’on a offert au Christ qui se prolonge dans le don de soi aux autres.
Chercheurs de Dieu, merci de nous montrer le chemin d’un amour plus grand !
+ Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Que lui reste-t-il ? Le suicide assisté ? Une demande d’euthanasie au nom de sa perte de dignité ?
Non, il s’adresse à Dieu. C’est cela qui est extraordinaire ! Si Job s’adresse à Dieu, c’est qu’il sait qu’il n’a pas perdu sa dignité, qu’il est encore assez digne pour s’adresser à Dieu. Son entourage le juge indigne. Lui a compris la plus grande dignité de l’homme qui, au-delà des apparences, lui permet de parler à Dieu.
Quand nous sommes réduits à rien, le monde ne nous pense plus dignes d’exister.
Quand nous sommes réduits à rien, Dieu nous donne l’insigne dignité de nous adresser à lui.
Là où le monde prône la mort comme solution des problèmes : par exemple pour l’enfant non désiré, le futur handicapé, le vieillard cacochyme, Dieu, lui, prône l’amour.
Devant un surcroît de souffrances, la seule réponse digne est un surcroît d’amour.
C’est la réponse de Jésus. La belle-mère de Simon Pierre est malade. Il la guérit plutôt que de la laisser au fond de son lit. Ensuite il se dépense sans compter pour ces pauvres gens accablés de souffrances en les délivrant de leurs maux. Mais il n’oublie pas la source de l’amour, son Père, qu’il rejoint la nuit dans la prière. C’est cela, la vraie dignité.
Aujourd’hui on nous parle de mort digne pour justifier l’euthanasie. On se sert de la belle notion de dignité pour donner la mort.
Mon père jusqu’à ses 98 ans était autonome, il avait toute sa tête et nous étions très fiers de lui. A ce moment-là, il a fait une méningite fulgurante qui ne l’a pas tué mais qui lui a laissé des séquelles cognitives. Ses propos n’étaient plus cohérents, mais il nous reconnaissait et il était heureux de nous voir. Nous nous sommes relayés, ses enfants, afin que presque tous les jours nous soyons près de lui. Un an après, il est mort, paisiblement, en souriant et nous avons même pu joyeusement fêter son anniversaire quelques jours avant son décès.
La seule dignité de l’homme, c’est d’être aimé jusqu’au bout.
La seule liberté de l’homme, c’est d’aimer jusqu’au bout.
Voilà le message du Christ transmis par sa Parole et par toute sa Vie. Voilà aussi la raison du cri de saint Paul : « malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile ».
Soyons, nous chrétiens, les messagers de l’évangile de l’amour, non seulement par notre parole mais surtout par notre façon de vivre.
+ Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Serait-ce une nouvelle opposition entre la loi et la foi ?
Qu’est-ce qui pousse cet homme à transgresser la loi ? C’est sa certitude que Dieu veut notre bien, notre bonheur. C’est cela même la foi : croire que Dieu nous aime, que la loi a été donnée pour nous éduquer comme les interdits donnés aux enfants sont faits pour les protéger et les faire grandir.
Cet homme a confiance en Dieu. Il a reconnu en Jésus l’envoyé de Dieu. En écoutant sa Parole et en ayant entendu tout le bien que Jésus accomplit, il croit profondément que Jésus est de Dieu, qu’il vient bien de Dieu. C’est pourquoi il s’en remet à sa volonté avec une confiance absolue : « si tu le veux, tu peux me purifier ». Car rien n’est impossible à Dieu. C’est là, l’acte de foi suprême.
Le cœur du Seigneur, qui est le cœur de Dieu est rejoint par cette absolue confiance, cet abandon total.
Ce qui nous paraît plus surprenant, c’est que Jésus, à son tour, transgresse la loi. Il touche le lépreux montrant ainsi que la loi est ordonnée au bien de l’homme. Rappelons-nous ce qu’il disait : « le sabbat est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le sabbat » (Mc 2,27). Il s’agit de redire la finalité de la loi. Il ne s’agit pas d’une transgression comme nous l’entendons aujourd’hui, c’est-à-dire un contournement de la loi. La preuve, c’est qu’il demande à cet homme de se montrer aux prêtres suivant les exigences de la loi pour authentifier la guérison.
N’est-ce pas ce que nous faisons aussi aujourd’hui après un miracle ? Car il y a encore de nombreux miracles opérés par le Seigneur aujourd’hui. L’Église demande une authentification médicale, non pour apporter une preuve de l’acte divin, mais pour protéger la personne d’une éventuelle illusion ou supercherie.
C’est ainsi que nous pouvons comprendre les dons que Dieu fait à l’humanité.
La loi est faite pour protéger.
La foi est faite pour sauver.
C’est bien ce salut que le Christ est venu apporter sur la terre et dont saint Paul se réclame pour sa mission quand il dit : « sans chercher mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes pour qu’ils soient sauvés. Imitez-moi, comme moi aussi, j’imite le Christ » (1 Co 10,33).
C’est bien cette mission de salut apportée par le Christ dont l’Église se charge quand elle prend soin des malades. Au travers des sacrements, en particulier celui des malades, c’est le Christ qui nous rejoint et vient lui-même nous toucher pour que son amour nous donne la force dans l’épreuve, l’assurance d’un bonheur éternel en Dieu et, s’il le veut, notre guérison.
Que notre foi, comme celle du lépreux, soit le chemin qui nous ouvre le cœur du Seigneur !
+ Michel Aupetit, archevêque de Paris.