Pour un roi le plus important n’est pas son territoire, mais ses sujets. Ceux-là mêmes qui vivent sur ce territoire et qu’il représente. Son rôle est de les protéger, d’en prendre soin, de leur donner tout ce dont ils ont besoin. Un vrai roi doit être capable de mourir pour ses sujets. Jésus le confirme : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10,11). Si Jésus prend cette image du berger, c’est en référence au roi David qui était un petit berger que Dieu a choisi comme roi de son peuple. Jésus reprend cette image du berger car celui-ci a conduit son troupeau, le mène vers de frais pâturages, connaît chacune de ses brebis, en prend soin, guérit celle qui est malade, va chercher celle qui est perdue.
Voilà donc le vrai roi de l’univers, celui qui donne sa vie pour ses sujets et c’est pourquoi son trône est une croix, un instrument de mort qu’il va transfigurer en un instrument de Vie. C’est bien ce qui se passe dans cet évangile. Ce brigand que l’on appelle le bon larron après avoir reconnu le mal qu’il a pu faire, reconnaît son roi : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23,42). Ce royaume n’est pas pour plus tard mais pour aujourd’hui : « Je te le dis, aujourd’hui, avec moi tu seras dans le Paradis » (Lc 23,43). Pénétrer dans le royaume de Dieu, devenir le sujet de ce roi capable de donner sa vie pour moi par amour, c’est entrer dans une relation personnelle et intime : tu seras avec moi.
C’est cette intimité, cette proximité, cette communion qui manifeste cette royauté : « Le Règne de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17,21). Autrement dit, le royaume de Dieu est déjà là, il ne correspond pas à un territoire particulier. Dieu ne règne que dans nos cœurs. Il faut donc simplement ouvrir nos cœurs à l’amour de Dieu pour entrer dans son royaume. « Voici que je me tiens à la porte et je frappe, si tu m’entends, si tu m’ouvres, j’entrerai et avec toi je prendrai mon repas » dit Jésus dans le livre de l’Apocalypse (cf. Ap 3,20). Il nous dit aussi : « Si quelqu’un m’aime, mon Père et moi nous viendrons chez lui et chez lui nous ferons notre demeure ». Dans le Royaume de Dieu, on ne peut régner que par l’amour.
Aujourd’hui, par la confirmation vous avez demandé à recevoir l’Esprit Saint. C’est l’Esprit du Père et du Fils qui vous est communiqué, qui pénètre en vous. Cet Esprit, c’est l’amour que vous accueillez pour apprendre à aimer comme le Christ lui-même. Vous ne serez plus esclaves de passions humaines fluctuantes mais vous deviendrez des maîtres d’amour. Vous saurez reconnaître le Christ dans ce pauvre malade agonisant, dans cet homme en prison, dans cette personne abîmée par le handicap ou dans cet autre en guenilles dont l’odeur vous incommode peut-être. C’est donc une manière de vivre qui rend sujets de Dieu, dès aujourd’hui, dans l’imitation de Jésus Christ. En Lui le Royaume est devenu accessible et il est offert à tous. Telle est « la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu » que Jésus est venu proclamer (Lc 4,43 ; 8,1). Vous en êtes témoins par vos paroles et par votre vie.
Entrer dans le Royaume de Dieu, c’est changer son regard, c’est devenir sujet de celui qui nous apprend à aimer en vérité jusqu’au bout de sa vie et au-delà de la mort.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris
Pourtant, nous sommes appelés à mener un combat. Saint Paul le précise. C’est le combat de la lumière, le combat de la liberté.
Le plus grand des combats, c’est le combat contre soi-même afin que l’homme puisse conquérir sa liberté en s’extirpant de son conditionnement animal ou physiologique comme le demande l’Apôtre quand il écrit aux Romains en ordonnant les pulsions, en condamnant la rage, la jalousie et les débauches en tout genre. La chasteté, dont tout le monde se moque aujourd’hui, est un puissant moyen de conquête de la liberté et de respect d’autrui. Certains deviennent végétariens pour respecter les animaux, nous devenons chastes pour respecter les humains. Tous les péchés d’emprise qui sont à l’origine des abus viennent d’un manque de chasteté. Quand le Christ parle de la venue de son Royaume, il ne parle jamais de conquête sanglante, spectaculaire et destructrice. C’est l’avènement du Royaume en nous et pas en dehors de nous. Il vient sans éclat comme l’enfant de Noël, l’enfant de la crèche, vulnérable, faible, sans armes. Il lui faut des bras qui l’accueillent, il lui faut l’amour. Cette liberté que nous avons conquise n’a pas d’autre but que d’aimer. Car pour aimer, il faut être libre, libre de toutes les contingences, libre de tous les esclavages, libre pour pouvoir s’offrir tout entier.
La seule véritable question que nous devons nous poser : désirons-nous vraiment la venue du Christ ? Est-ce que je suis prêt à l’accueillir ? Quand nous aimons véritablement quelqu’un qui revient de loin, nous allons le chercher à la gare ou à l’aéroport. En ce temps de l’Avent, il nous faut nous demander si nous avons véritablement le désir du retour du Christ et de son avènement. Ai-je vraiment la volonté d’accourir au-devant du Christ qui vient vers moi ?
+Michel Aupetit, archevêque de Paris
Voilà pourquoi il erre, il cherche son chemin, le sens de sa vie et parfois se heurte à l’absurdité. Quand il croit saisir Dieu, il se retrouve face à l’inaccessibilité de Dieu. Cela se traduit par cette phrase terrible du livre de l’Exode dans la Bible : « Nul ne peut voir Dieu sans mourir » (Ex 33,20).
En réalité, c’est Dieu qui cherche l’homme : Nous venons de l’entendre : « Adam, où es-tu » ? (Gn 3,9)
Pourquoi Dieu recherche l’homme ? Parce que l’humanité a flétri l’image de Dieu dans laquelle elle a été créée. Homme et femme, il le créa à son image. L’homme et la femme ont été conçus pour n’être qu’une seule chair comme Dieu est unique dans la communion des Personnes divines. En accueillant le soupçon plutôt que la grâce, ils ont failli.
Aujourd’hui nous fêtons celle qui est sainte, Immaculée dans l’amour, la Vierge Marie. A la question de Dieu : « Où es-tu ? », elle a répondu : « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1,38).
Magnifique Vierge Marie ! En elle, il n’y a aucun obstacle à la grâce divine. Elle est vraiment « pleine de grâce » comme le révèle l’Ange Gabriel. Immaculée dès sa conception.
Elle est aussi une vraie femme, qui fait partie de notre humanité. Quand l’ange vient la voir, elle est toute bouleversée. La rencontre avec Dieu ou avec ses envoyés célestes nous bouscule, nous bouleverse. Elle sait que sa vie va radicalement changer. Dieu nous entraîne toujours au-delà de ce que nous avions prévu. Sommes-nous prêts à nous laisser bouleverser ?
Mais Marie est aussi tout accueil. En effet, Dieu ne se conquiert pas, ne s’apprivoise pas, ne se possède pas. Dieu, simplement, s’accueille et doit s’accueillir tout entier.
Ce n’est pas une question de mérite ou de capacité. Marie le comprend et se rend disponible.
Avez-vous remarqué que Marie pose une question ? Aurait-elle un doute comme il nous arrive peut-être de douter nous-mêmes ? Non, elle fait simplement droit à son intelligence. Un enfant est conçu de la rencontre d’un homme et d’une femme. Or, elle est vierge. Elle ne doute pas de la toute-puissance de Dieu. Elle croit à la parole de l’ange. Elle sait que cela se fera puisque Dieu le veut. Mais, pour répondre librement à Dieu, elle demande comment cela va-t-il faire pour que son Fils vienne en elle. Quand l’ange répond à sa question : « L’Esprit-Saint te prendra sous son ombre » (Lc 1,35), elle répond : « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1,38). Elle entre dans la foi, dans la confiance totale en la Parole de Dieu. Le discernement d’une vocation se fait dans un acte d’intelligence que précède la foi. Marie dans sa liberté permet notre salut en retrouvant l’image de Dieu capable d’accueillir le Verbe. Elle ouvre la voie à toutes nos vocations révélées dans la Parole de saint Paul : « Dieu, le Père, nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés dans l’amour » (Ep 1,4).
Voilà pourquoi nous pouvons l’invoquer de tout notre cœur. Elle s’est ajustée parfaitement à la volonté de Dieu. C’est pourquoi elle fait remonter nos prières en les ajustant à Dieu pour qu’elles correspondent parfaitement à son Amour.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Et oui, imaginez Jean Baptiste qui vient au milieu de tous ces juifs en criant : « Engeance de vipères » ! Cela dérange. Et c’est cela la vraie question : qu’est-ce qu’un prophète ? Qu’est-ce que Jean-Baptiste est venu faire ? Il est venu nous réveiller ! Tout simplement parce que nous sommes endormis. Nous nous habituons aux choses ordinaires, et malheureusement nous nous habituons aussi aux choses extraordinaires.
Vous rendez-vous compte de ce qui se passe au cours de cette eucharistie ? Vous rendez-vous compte que le Seigneur vient jusqu’à nous ? Qu’il est vraiment présent ? Nous habituons-nous à cela ? Au fond, je pense que le vrai danger pour les chrétiens, comme pour tout le monde d’ailleurs, c’est l’habitude. Il faut que nous retrouvions cette capacité, qui doit être celle des chrétiens, de nous laisser déranger, de nous laisser bousculer. Sommes-nous capables de nous laisser bousculer ? Dans combien de paroisses je passe, et dans combien de services diocésains, pour m’entendre dire : « Mais, Monseigneur, on a toujours fait comme cela » ! Tout cela participe de la paralysie et l’immobilisme dans l’Église. Et pourtant l’Esprit Saint n’est pas immobile, il est toujours neuf, chaque jour il nous renouvelle. Que faisons-nous de l’Esprit Saint ? L’habitude est bien la pire chose qui puisse exister.
L’habitude est ce qui tue l’amour. Regardez tous ceux qui s’aiment, qui se marient, qui se promettent de s’aimer chaque jour pour toujours, et ils sont sincères. Mais voilà, la force de l’habitude tue l’amour. Comme c’est triste…
Savez-vous que l’amour en Dieu porte un nom et que c’est même une Personne divine ? L’Esprit Saint. Cet Esprit Saint, qui est l’amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, est toujours neuf, cet Esprit Saint est l’amour même de Dieu, comment pourrait-il se dessécher ? Lui ne se dessèche pas, mais c’est peut-être nous qui nous laissons dessécher ?
Je me rappelle du jour de mon ordination, c’était à Notre-Dame - voilà pourquoi nous sommes attachés tout spécialement à Notre-Dame -, j’étais là le nez dans le tapis, je vivais ce geste de la prostration qui est le signe du don, de l’abandon total de sa vie, comme le jour du mariage on donne sa vie à un autre par amour. Là je donnais ma vie à Dieu et au peuple de Dieu par amour. J’ai demandé une seule chose au Seigneur : « Seigneur, fais que je ne m’habitue jamais à la messe que je devrai célébrer tous les jours ». Tous les jours ! Tous les jours les mêmes mots, les mêmes gestes, comment peut-on ne pas s’habituer ? J’avais vu auparavant dans un métier, qui pourtant n’admet pas les habitudes, qu’on pouvait quand même tomber dans la routine, alors ces mêmes gestes, ces mêmes mots ne portent-ils pas le risque de s’habituer ?
J’ai demandé cette grâce et j’ai été exaucé : plus je célèbre la messe et moins je m’habitue. Posez-vous cette question, vous qui avez la chance de venir ici : avez-vous toujours le même feu, le même enthousiasme quand vous venez rencontrer notre Seigneur Jésus-Christ qui vient jusqu’à nous ? Si vous venez à la messe simplement par habitude ou par obligation vous allez finir par vous dessécher comme l’amour humain peut s’estomper au fil des jours. Et je pense que si beaucoup ont abandonné la messe c’est parce que justement ils sont tombés dans l’habitude, ils ont oublié de réveiller ce don de Dieu qu’est l’Esprit Saint qui nous permet de toujours garder un cœur jeune, enthousiaste et dynamique, qui nous permet toujours d’être dérangés.
Être dérangés, mais pourvu que nous soyons dérangés ! Et je sais bien ce que cela veut dire car je suis naturellement un pantouflard, et mon problème c’est que Dieu n’est pas d’accord ! Comme je l’ai dit à l’évêque d’Angoulême celui-ci m’a offert des vraies charentaises, mais je les ai pendues au clou car hélas je ne peux pas être un pantouflard, mais vous non plus frères et sœurs, vous ne pouvez pas être pantouflards ! On ne peut pas s’habituer à être chrétiens, on ne peut pas s’habituer à l’amour extraordinaire de Dieu que nous vivons ici, où le Seigneur nous rejoint. A chaque eucharistie c’est la mort et la résurrection du Christ qui sont rendues présentes au travers du temps et de l’espace. Nous sommes comme au pied de la Croix, nous sommes comme au jour de la Résurrection. Est-ce que nous vivons les dispositions du cœur de la Vierge Marie au pied de la Croix ? Est-ce que nous sommes dans les dispositions du cœur de Marie-Madeleine qui trouve le Seigneur Jésus en disant « Rabbouni » ? Ou bien venons-nous simplement par habitude pour nous approcher du Corps du Christ comme on va chercher une baguette chez le boulanger ?
Frères et sœurs, je vous en prie, demandez cette grâce d’être toujours renouvelés par la joie de Dieu.
Je me rappelle cette belle prière de sainte Thérèse de Lisieux : « Rien que pour aujourd’hui ». Chaque matin je me lève et la première prière est à l’Esprit-Saint. Je demande tous les jours à l’Esprit Saint de venir en moi car tout ce que je dois faire, tout ce que je dois dire me dépasse infiniment. J’ai besoin du don de l’Esprit Saint mais chaque jour je le demande « rien que pour aujourd’hui ». Demain je le redemanderai, « rien que pour aujourd’hui ». Chacun d’entre nous doit faire sienne cette prière de sainte Thérèse de Lisieux, rien n’est acquis à jamais. Bien sûr le don de l’Esprit Saint, nous l’avons reçu en plénitude le jour de notre confirmation, vous l’avez reçu, vous êtes tous confirmés, je l’imagine. Si vous ne l’êtes pas inscrivez-vous rapidement au catéchuménat car c’est une force nécessaire pour avoir la joie, pour avoir l’amour. Donc vous avez reçu l’Esprit Saint en plénitude, Dieu vous l’a donné, mais il faut l’accueillir. Il se donne totalement mais l’accueillons-nous en plénitude ? Nous savons bien tous les obstacles qui peuvent être là. L’habitude ne viendra jamais du Seigneur, elle viendra de nous. Quand nous nous habituons : bof la prière, bof l’Esprit Saint, bof la messe… Non, demandez de savoir accueillir le don de l’Esprit Saint chaque matin, pour retrouver cette joie, cette force.
Imitons la Vierge Marie le jour de l’Annonciation. L’ange vient la voir, elle est bouleversée, sommes-nous encore bouleversés par la présence du Seigneur ? Lorsque le Seigneur vient jusqu’à nous sommes-nous capables d’être bouleversés ? Elle sait que sa vie va changer, que sa vie ne lui appartient plus, et pourtant elle dit : « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1,38). Chaque jour, lorsque nous nous levons sommes-nous capables de dire : « Je suis le serviteur du Seigneur » en étant bouleversés ? Oui c’est l’amour qui vient jusqu’à nous, il n’y a pas de raison d’avoir peur de l’amour. L’amour s’incarne sous les traits d’un petit enfant. Avez-vous peur d’un petit enfant ? Avez-vous peur d’un petit bébé qui vient de naître qui ne peut rien vous faire de mal, qui simplement dépend de nos bras pour en prendre soin ? L’amour quand il s’incarne s’offre à nous, à notre générosité, à notre bonté. S’il ne trouve personne pour l’accueillir comme un petit enfant, cet amour peut mourir. N’ayez pas peur de l’amour qui vient jusqu’à nous. Et même si quelqu’un essaye de nous réveiller en criant « Engeance de vipère » ce n’est que pour vous permettre d’ouvrir votre cœur à l’amour.
Il reste encore du temps pour se préparer à Noël, frères et sœurs, ouvrons notre cœur jour après jour. Soyons ces joyeux enthousiastes qui attendent le Seigneur, qui l’accueillent et qui sont bouleversés de joie et d’amour.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris
Il n’y a pas qu’à la fin de sa vie que l’on peut se poser cette question. Aujourd’hui, on s’aperçoit que de jeunes adultes après avoir réussi brillamment leurs études et trouvé un travail très rémunérateur se posent la question du sens de leur vie. A 40 ans il est bon de se demander si l’on est vraiment fait pour vendre des serviettes hygiéniques aux Chinois ou des espadrilles aux Esquimaux. On en voit beaucoup qui changent d’orientation en devenant boulanger, ou qui passent un CAP de menuisier.
Jean-Baptiste est en prison et il connaît la veulerie d’Hérode qui, même s’il l’admire, n’hésitera pas à le tuer pour plaire à son entourage. Peut-être se pose-t-il la question : « Ai-je fais ce que je devais faire ? Ne me suis-je pas trompé ? »
Au sommet de sa gloire il aurait pu, sans difficulté, se faire passer pour le Messie. Les gens le croyaient déjà. Mais il savait qu’il n’était que le Précurseur. C’est pourquoi le jour du baptême de Jésus, il l’a désigné comme l’Agneau de Dieu en laissant partir ses propres disciples. Dans sa prison, plutôt que d’écouter les rumeurs, il préfère s’adresser à Jésus.
Or, Jésus le renvoie à la Parole de Dieu : « Les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés » (Mt 11,5). Ce que fait Jésus est l’accomplissement de cette prophétie. Si la Parole de Dieu s’accomplit par Jésus, c’est qu’il est lui-même la Parole. Jean le Baptiste n’a pas couru pour rien.
Nous aussi, lorsque nous traversons des périodes d’incertitudes, il faut revenir à la Parole du Seigneur qui peut nous éclairer dans notre nuit. Il faut la lire, la prier et demander l’Esprit Saint pour en comprendre le sens pour nous aujourd’hui.
Mais comme vous-mêmes êtes très attentifs à la Parole de Dieu vous avez remarqué que Jésus ne dit pas toute la prophétie d’Isaïe. Il manque : « Le Seigneur libère les prisonniers » (Is 61,1) alors que Jean, justement, est en prison. En revanche, vous avez remarqué que Jésus ajoute quelque chose à la prophétie : « Les morts ressuscitent » (Mt 11,5).
En effet, Jésus ne se contente pas de rétablir les choses dans leur bonté originelle puisque les yeux sont faits pour voir, les oreilles pour entendre, les jambes pour marcher. Jésus, en ressuscitant des morts, nous ouvre à la vraie libération : la vie éternelle en communion avec Dieu qui nous libère de toutes nos prisons terrestres.
C’est cette joie que nous célébrons aujourd’hui. Nous sommes appelés à entrer en amitié avec Dieu par cette communion et non pas seulement en adoration. Cette communion ici-bas se réalise par la sainte Eucharistie où Dieu se donne tout entier.
Et c’est pourquoi Jean-Baptiste, qui est le plus grand des enfants des hommes selon la loi, est plus petit que les enfants nés de la grâce divine apportée par le Christ. Demandons à Dieu d’être dignes de cette grâce infinie en préparant nos cœurs à le recevoir, non plus dans une crèche obscure, mais dans tout notre être qui devient le tabernacle de la présence de Dieu.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Cet enfant que nous venons de déposer dans la crèche, c’est le Fils de Dieu, c’est Dieu lui-même qui se montre au milieu de nous. Étonnant, non ?
Nous voyons que si l’humanité est à l’image de Dieu, Dieu n’est pas à l’image de l’homme. Si nous voulions manifester notre présence à des êtres inférieurs que nous aurions créés, nous aurions voulu leur manifester notre force et notre toute puissance. Enfin ce que nous croyons être la toute-puissance : tonnerre, bruit, lumière éblouissante, bref Hollywood, quoi ! Nous aurions montré nos muscles. Et bien Dieu n’agit pas comme nous. Dieu qui a fait l’homme à son image, vient habiter l’humanité en prenant le chemin de humanité, en acceptant d’être conçu, de grandir dans le ventre d’une maman, comme nous, de naître tout nu, comme nous.
Il faut avoir le cœur simple pour comprendre cette merveilleuse révélation :
Dieu est tellement grand qu’il se fait petit enfant. Dieu est tellement puissant qu’il se fait vulnérable et fragile. Dieu est tellement autre qu’il se fait l’un de nous. C’est le miracle de la grandeur et de l’amour de Dieu. Un tout petit enfant qui vient de naître, si personne ne s’en occupe risque de mourir très vite de froid et assez vite de faim ou de soif. Dieu, va manifester la toute-puissance de son amour dans l’étable de Bethléem où il se livre entre les mains des hommes.
Est-ce qu’il existe un plus grand l’amour que de se livrer à l’amour d’autrui en sachant que ceux à qui on donne sa vie ne savent pas aimer de la même manière que vous ? D’ailleurs personne ne l’accueille cet enfant vulnérable. Il n’y a pas de place pour lui dans la salle commune. Il va naître dans une étable pour les animaux. Mais il y a Marie, il y a Joseph. L’amour du cœur de Marie et les bras de Joseph suffisent pour que Dieu se livre, se donne par amour. Le Verbe de Dieu s’est fait chair dans un petit enfant. « Enfant » en latin veut dire : « sans parole ».
Dieu ne s’exprime pas par des mots humains mais par sa présence.
C’est alors que Marie va poser un geste prophétique : elle va le déposer dans une mangeoire. Une mangeoire, c’est là où on met la nourriture. Jésus dira plus tard : « Mon corps est la vraie nourriture ». Il est le pain du Ciel, le pain de la Vie, le pain qui donne la Vie éternelle : « Celui qui mange ma chair a la vie éternelle ».
Ce soir, comme à chaque fois que nous célébrons la messe, Dieu dans son Fils, dans sa Parole, dans son Verbe se donne à nous, se livre à nous. Comme Marie et comme Joseph qui accueillent avec joie et reconnaissance le petit enfant de la crèche, aujourd’hui encore, il faut des mains ouvertes pour le recevoir, un cœur plein de tendresse pour l’aimer. Le monde ne veut pas de Dieu. Le monde ne veut plus de Dieu. Comme à Bethléem il n’y a pas de place pour lui. D’autres défigurent le visage de Dieu en le faisant à leur image : violent, cruel, vengeur et semant la mort. Mais vous, chers frères et sœurs, vous êtes là pour l’accueillir et le reconnaître dans ce petit enfant vulnérable. Que vos mains deviennent aujourd’hui la mangeoire qui accueille ce Dieu d’amour.
Mgr Michel Aupetit,
archevêque de Paris
Ensuite, il s’est adressé aux hommes : Abraham, Moïse et tous les prophètes. Il les appelle par leur nom : « Abraham, Abraham ; Moïse, Moïse ; Samuel, Samuel ». Par sa Parole il a créé le monde, et par sa Parole il entre en relation personnelle avec nous.
C’est normal puisque aujourd’hui c’est aussi par ma parole que je m’adresse à vous et que je rentre en relation avec vous. Dieu peut aussi vont rejoindre dans une Parole qui ne vient pas frapper l’oreille mais remplir le cœur. Certains ont pu faire personnellement cette expérience.
Mais comment la Parole de Dieu peut-elle rejoindre l’ensemble de l’humanité, sinon en venant dans sa création, en se faisant l’un de nous : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». Le Verbe, c’est la Pensée, la Parole et l’Action de Dieu tout ensemble.
Et comment le Verbe va-t-il devenir jusqu’à nous ? Dans un petit enfant. L’étymologie du mot enfant vient du latin « in fans » qui signifie sans parole. C’est extraordinaire que le Verbe de Dieu soit sans parole, sans paroles humaines qui puisse toucher notre intelligence. Car c’est le cœur que Dieu veut toucher. Car celui qui est né, c’est l’amour incarné, l’amour qui se livre, l’amour qui se donne, l’amour qui s’offre. Il ne faut pas dresser son oreille pour l’entendre, il faut ressembler à la Vierge Marie et à saint Joseph. Il faut ouvrir ses bras pour l’accueillir, tendre ses mains pour le protéger et ouvrir son cœur pour le reconnaître. Alors qu’il n’a pas trouvé de place dans la cité des hommes, c’est au milieu d’une étable qu’il va naître pour s’adresser à ceux qui, justement eux aussi, n’ont pas de place dans la cité. Rien ne peut arrêter l’amour de Dieu, ni le mépris des hommes, ni les portes des prisons, ni le refus des cœurs endurcis.
C’est ainsi que nous comprenons la Bonne Nouvelle annoncée par le prophète Isaïe dans la première lecture. Dieu est tellement grand qu’il se fait petit enfant. Dieu est tellement puissant qu’il se fait vulnérable et fragile. Dieu est tellement toute autre qu’il se fait l’un de nous. C’est le miracle de la grandeur et de l’amour de Dieu. C’est ainsi que nous devenons enfants de Dieu quand nous le reconnaissons dans ce petit enfant qui vient jusqu’à nous et nous permet de trouver sa Parole en son Fils pour nous laisser habiter par l’amour.
Mgr Michel Aupetit,
archevêque de Paris
Je me pose la question de savoir si des savants astronomes de nos jours seraient capables de lire les signes au-delà de la stricte connaissance objective. La méthode scientifique est un principe de connaissance qui s’appuie sur l’observation et la vérification expérimentale dans une interaction constante entre la théorie et l’expérience. La science constate en nous faisant connaître ce qui est dans l’univers. Mais comment passer du fait observé à la compréhension de ce monde et à sa finalité ultime ? Nous savons aujourd’hui que la découverte du mouvement d’expansion du cosmos provient d’une explosion de l’espace à la naissance de l’univers qu’on appelle Big Bang, théorie confirmée par la découverte d’une lumière fossile en 1965. Nous savons aussi que ce que nous voyons briller dans le ciel, les 100 milliards de galaxies observables ne représentent que 0,5 % du contenu total de l’univers. La plus grande partie n’émet aucune sorte de lumière et nous n’avons aucune idée de 96 % du contenu de l’univers. Ces connaissances parfaitement vérifiables nous empêcheraient-elles aujourd’hui d’y voir des signes qui nous permettraient de comprendre spirituellement le sens de nos existences comme l’ont fait les mages ? Il est de l’ordre de l’intelligence humaine de passer de l’observation à l’explication et de l’explication à la contemplation.
C’est un phénomène extraordinaire qui a mis en route les savants mages de l’orient. Mais ils ne se sont pas contentés de l’observer, ils en ont recherché le sens. N’est-ce pas ce qui nous manque aujourd’hui ? A contrario, l’attitude des religieux de Jérusalem, dont le rôle est de comprendre les signes donnés par Dieu, ont été incapables de voir au travers des signes la présence de celui qu’ils attendent depuis toujours.
Il y a donc deux attitudes qui empêche de trouver le Christ qui vient jusqu’à nous. La première est le positivisme incapable de déployer une intelligence spéculative capable de donner du sens à la matière observée. La seconde consiste à s’approprier la chose religieuse au point de l’enfermer dans nos petites certitudes étriquées en refusant de se laisser bousculer par l’inattendu.
Voilà pourquoi l’attitude de ces mages est extraordinaire. Savants magnifiques, ils se réjouissent de la contemplation de l’étoile. Le terme de « grande joie » employé est le même que celui des apôtres au jour de la Résurrection quand ils revoient leur Seigneur. Mais vous avez remarqué que les mages ne se prosternent pas devant l’étoile, mais devant l’enfant. Tout en se réjouissant d’avoir trouvé l’étoile mystérieuse, ils comprennent qu’au-delà du visible, celui qui est là devant eux, tout fragile, tout petit, est le vrai roi, auquel ils offrent l’or, l’unique prophète vainqueur de la mort qui reçoit la myrrhe et le vrai Dieu vers qui monte l’encens. Comme les mages, chers amis, soyez assez intelligents pour vous laisser surprendre.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris
Dans les années 1980, beaucoup de parents chrétiens qui eux-mêmes avaient reçu le baptême dans l’enfance ont jugé qu’il était préférable de différer le baptême de leurs propres enfants. Le prétexte était de ne rien leur imposer pour qu’ils puissent choisir eux-mêmes plus tard. Aujourd’hui, parmi les nombreux catéchumènes adultes qui seront baptisés dans la nuit de Pâques, beaucoup disent relever de ce choix parental. Certains ont éprouvé au fond d’eux-mêmes un manque alors qu’ils sentaient ce désir de connaître Dieu. Au fond, c’est comme si le baptême n’était qu’une appartenance à un parti politique quelconque qu’il faudrait choisir en fonction de son opinion ou de son évolution personnelle provoquée par les rencontres que permet la vie. Ou bien, la religion ne serait qu’un produit ordinaire que l’on peut choisir en fonction de ses goûts comme on le fait pour les produits de consommation courante dans les grandes surfaces.
Cela veut dire que le baptême n’est pas du tout compris. Pourquoi le Christ lui-même s’est fait baptiser alors qu’il n’en avait pas besoin comme Jean-Baptiste le signale dans cet évangile ? Le baptême nous fait devenir enfants de Dieu alors que nous ne sommes que des créatures. Nous accédons à un statut extraordinaire et inatteignable par nos propres forces ou notre propre volonté. Jésus n’a pas besoin de baptême puisqu’il est vraiment Fils de Dieu et engendré par le Père de toute éternité. Mais, c’est dans notre humanité qu’il a voulu recevoir cette filiation qu’accompagne le don de l’Esprit Saint pour que nous-mêmes puissions devenir enfants de Dieu par adoption. Cela va très loin puisque Jésus va jusqu’à accepter notre condition mortelle. Sa plongée dans les eaux qui l’engloutissent en est le symbole.
Il est dit dans l’évangile que les cieux s’ouvrirent. Cela répond à une grande prière du prophète Isaïe : « Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais » (Is 64,1). Cela se réalise aujourd’hui au baptême de Jésus. En hébreu, les cieux se traduisent exactement par « les eaux d’en haut », c’est-à-dire la sphère divine. Nous arrivons péniblement à marcher sur la Lune, peut-être sur Mars, mais même si nous arrivions à circuler dans l’ensemble du cosmos, nous ne serions que dans le monde créé. Le monde divin, incréé, nous est définitivement inaccessible quelles que soient nos inventions techniques. Il fallait donc que Dieu vînt jusqu’à nous. C’est parce que Jésus assume jusqu’au bout notre humanité que nous pouvons recevoir par lui la divinité qui nous fait entrer dans le ciel pour partager l’éternité de Dieu. C’est ce fameux « accomplissement ».
Les parents, qui ont raison de penser à leurs enfants et à leur avenir, les obligent à aller à l’école pour préserver cet avenir. Ils ne leur demandent pas leur avis parce qu’ils veulent le meilleur pour eux. Nous pensons tous à notre avenir et ce qui se passe aujourd’hui à propos des retraites en est bien l’expression. Mais notre avenir ne s’arrête pas à nos retraites, Dieu soit loué !
Alors je crois que les parents devraient être véritablement plus soucieux de l’avenir éternel de leurs enfants. Si nous croyons vraiment que Jésus nous ouvre les portes du Ciel, qu’il est le Fils de Dieu et qu’il nous aime au point de donner sa vie, il est grave et inconséquent de ne pas faire du baptême une priorité pour nos enfants. Peut-être n’est-ce simplement qu’un manque de foi et le reflet de notre société sécularisée ?
Pourtant, peut-on se permettre de laisser les enfants sans cette perspective magnifique d’un avenir éternel dans l’amour auprès de Dieu. Oui, le baptême nous divinise car, nous dit saint Paul, par lui « nous sommes morts avec le Christ pour ressusciter avec le Christ » (Rm 6,8). Quelle grâce et quelle merveille !
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.