Nous, nous comprenons les commandements comme ceux du Décalogue (Ex 34, Dt 4), c’est-à-dire des préceptes négatifs qui nous disent ce qu’il ne faut pas faire : « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne convoiteras pas les biens de ton prochain ». Ils sont du genre de ceux que l’on entend aujourd’hui : « Tu ne sortiras pas sans masque, tu ne t’approcheras pas à moins d’1m 50 de ton voisin, tu ne serreras pas la main de ton voisin, tu ne l’embrasseras pas sur la joue, etc. ». Bref tous ces commandements qui viennent de la loi, c’est-à-dire à l’extérieur de nous. Ils ne sont pas faits pour nous faire vivre, mais pour nous empêcher de mourir. Drôle de loi !
Ah tiens, il y en a qui est positif : « Tu honoreras ton père et ta mère, tu auras ainsi de longs jours ». Vous avez remarqué ? Le seul commandement positif n’est pas pour survivre plus ou moins bien, mais pour vivre en plénitude. Il s’attache à l’amour que nous avons pour ceux qui nous ont donné la vie. Peut-être faudrait-il s’en rappeler au moment où nous laissons les personnes âgées mourir toute seules dans des prisons dorées.
Le commandement de Jésus aussi est positif : « Mon commandement le voici, aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Ce commandement n’est pas inscrit sur une table de pierre ou dans un code civil à l’extérieur de nous-mêmes. Ce commandement ne peut être inscrit que dans le cœur comme l’avait annoncé le prophète Jérémie : « Ma loi je l’inscrirai dans leur cœur » (Jr 31,33).
Comment ? Comment aimer ses ennemis ? Comment dépasser les sentiments spontanés qui nous viennent naturellement vers ceux qui nous aiment ? Il ne suffit pas d’aimer les gens sympathiques mais d’apprendre aussi à aimer tous ceux qui m’envoient des lettres de reproches et d’insultes, comme tout bon évêque doit en recevoir s’il est vraiment un bon évêque.
Écoutons plutôt cette histoire de Jean-Louis. Cet homme vivait dans la rue et demandait l’aumône à la sortie des messes comme beaucoup d’autres. Une vieille dame charmante lui donnait chaque jour une petite pièce car elle avait entendu monsieur le curé lui dire qu’il fallait être généreux et que ce que l’on fait au plus petit c’est aussi à Jésus qu’on le fait. Alors elle le faisait par devoir. Elle était un peu gênée car elle n’osait pas regarder le visage de Jean-Louis, mal rasé et abîmé par les intempéries et par l’alcool.
Un jour, en sortant de la messe, elle se fit une entorse en descendant du trottoir et ne pouvait pas se relever tant elle avait mal. Jean-Louis se précipita vers elle. Il l’aida à se relever avec beaucoup de délicatesse. Pour la première fois elle croisa son regard et y vit tant de tendresse qu’elle fût toute bouleversée.
Depuis ce moment, à chaque fois qu’elle sortait de la messe, elle resterait un long moment à parler avec lui. Un jour Jean-Louis lui a dit : « Ne me donnez plus d’argent. Ce dont j’avais besoin c’est de votre regard amical, que vous me parliez comme si j’étais quelqu’un pour vous, que je vous intéressais un peu. Je n’intéresse personne ».
A la messe, nous prions l’Esprit Saint de venir dans le pain et le vin pour qu’ils deviennent le Corps et le Sang de Jésus. Mais nous prions aussi pour que l’Esprit Saint vienne sur chacun de nous, comme le Seigneur l’a promis, pour transformer nos cœurs de pierre en cœur de chair et que l’amour de Jésus habite aussi notre cœur, lui qui est dans le Père pour être aussi en nous.
Il ne s’agit plus de l’amour de la loi, même si elle est donnée par Dieu.
Il s’agit de la loi d’amour que Dieu donne. Car Dieu est amour.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris
Un jour vous êtes nés, vous êtes venu au monde. Et chaque année vous fêtez cet anniversaire.
Un jour vous êtes nés avec Jésus. C’est le jour de votre baptême. A propos savez-vous la date ?
Le premier anniversaire, c’est la vie terrestre. Elle peut durer un certain temps. Jusqu’à 90 ans pour ceux qui ont la santé. Pour vivre cette première vie il faut manger, respirer, se soigner. Nous avons vu combien c’était important pendant les deux mois qui viennent de passer.
Le second anniversaire, c’est la vie éternelle, la vie de Dieu. Pour vivre la vie de Dieu il est nécessaire d’accueillir le Corps de Jésus à l’eucharistie, de prier pour rester en lien avec Dieu dans une réciprocité d’amour et d’amitié, d’être pardonné pour dépasser ce qui nous sépare de Lui. Pour entrer dans cette vie éternelle il faut se mettre au diapason de Dieu.
Cela veut dire que pour vivre vraiment en chrétiens il faut avoir accueilli en plénitude l’Esprit Saint. Cette force nous est absolument nécessaire car si nous voulons vivre l’évangile en vérité, alors nous serons en décalage avec le monde. Jésus l’affirme : « Ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi ». Dans la deuxième lecture, saint Pierre nous prévient : « Si c’est comme chrétien que l’on vous fait souffrir n’ayez pas de honte. Rendez gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien. Cela veut dire que l’Esprit de Dieu repose sur vous » (1 P 4,16).
Car notre gloire de chrétiens consiste à participer à la gloire du Seigneur Jésus : « Glorifie ton Fils ». Cette gloire n’est pas celle que nous comprenons habituellement et qui consiste à être renommé, célèbre. Cette gloire-là ne se fonde que sur l’apparence. La gloire dont parle Jésus provient du mot hébreu kabôd qui contient l’idée de poids. La gloire dans la Bible n’est pas la renommée mais la valeur réelle estimée à son poids. C’est toute la différence entre la valeur apparente et la valeur réelle. Il s’agit vraiment de la manifestation de la gloire de Dieu qui rayonne sur le visage du Christ.
Cette gloire est la valeur réelle de nos vies qui seront pesées à l’aune de l’amour. L’amour du Père, c’est la gloire du Fils. L’amour du Fils, c’est la gloire du Père. C’est cet amour qui nous faire entrer dans la gloire de la vie éternelle en naissant avec le Christ dans l’amour. Alors nous pouvons dire avec confiance : « Je crois en l’Esprit Saint, à la vie éternelle » !
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Mais, vous l’avez remarqué, nous avons commencé cette célébration par un signe de croix avec lequel nous prononçons cette communion divine : « Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Quel rapport y a-t-il entre la croix et la Trinité ? Il s’agit de la croix du Christ, de la croix de Jésus, de la croix du Fils. En prenant notre humanité, il assume en serviteur notre vulnérabilité et notre condition mortelle même si la nature divine en lui ne peut pas mourir.
Dans cet évangile, il est une phrase qui peut nous réjouir mais aussi nous choquer profondément : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». L’amour infini de Dieu nous réjouit mais pourquoi envoie-t-il son Fils à la mort ? Quel est le père digne de ce nom qui enverrait son enfant subir cet épouvantable supplice de la croix ? Ne pouvait-il pas y aller lui-même ? Ces questions ne sont pas forcément blasphématoires. Elles méritent vraiment qu’on s’y arrête. Pensez-vous vraiment que Dieu le Père a envoyé son Fils au casse-pipe ? Jésus nous a révélé l’indéfectible unité qui existe entre lui et son Père dans l’Esprit : « Le Père et moi, nous sommes un » « Qui m’a vu a vu le Père ». Cette communion divine fondée sur l’amour est inséparable, inaltérable : « Le Père est Père, non par rapport à lui-même, mais par rapport au Fils ; le Fils est Fils, non par rapport à lui-même mais par rapport au Père. De même, le Saint Esprit ne se réfère pas par rapport à lui-même, mais au Père et au Fils parce qu’il est appelé l’Esprit du Père et du Fils. …C’est pourquoi nous déclarons et croyons cette Trinité inséparable et distincte » (IIe Concile de Tolède, 675). Cela signifie que lorsque Jésus est sur la croix, le Père est avec lui. Dans l’amour, c’est-à-dire dans la communion de l’Esprit Saint, il participe à tout ce qu’il vit de manière particulière et intime. Même si Dieu dans sa substance divine ne peut ni souffrir ni mourir, comme Jésus assume notre condition humaine, c’est toute la Trinité qui est en communion avec lui. Comment comprendre alors que celui que nous voyons souffrir c’est Jésus seulement ?
Je vais faire comme Jésus. Je vais prendre une analogie pour faire comprendre humainement ce qui nous est naturellement inaccessible. Je suis en train de vous parler. Ce qui vient jusqu’à vous, c’est ma parole. Moi je reste à l’ambon. Et pourtant, je suis totalement impliqué dans ma parole. En vous parlant de Dieu comme je le fais c’est toute ma personne qui s’implique, c’est le résultat de toute ma vie que je vous livre dans ces mots que je vous dis. Je vous livre ma parole mais en elle c’est moi tout entier qui vient jusqu’à vous. Ainsi du Père et de l’Esprit. Le Logos, la Parole de Dieu s’est faite chair par amour pour pouvoir communiquer la vie éternelle à tous ceux qui voudront bien l’accueillir. Mais c’est Dieu tout entier qui se livre dans cette Parole. C’est pourquoi notre vocation est d’entrer dans cette communion d’amour du Père, du Fils et du Saint Esprit.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Ce sacrement pourrait s’appeler aussi le sacrement de la Présence puisque c’est là où Dieu se rend présent véritablement. Puisque Dieu est réellement présent à la messe, je suis étonné d’entendre des personnes me dire que les messes à la télévision c’était bien pratique et qu’ils n’ont pas trop envie de revenir « en présentiel » comme on dit aujourd’hui alors même qu’ils sont en bonne santé. Est-ce que cela veut dire qu’ils ne croient pas aux paroles de Jésus : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (Jn 6,54) ?
On ne vient pas la messe comme on va au cinéma parce qu’on en a envie. On vient à la messe par amour de Jésus, parce qu’on a foi dans ses paroles et que l’espérance nous pousse à accueillir la vie éternelle qu’il nous donne à chaque eucharistie.
Avec ce qui vient de nous arriver, je me dis que Dieu lui-même aurait pu faire du télétravail... Après tout, il pouvait nous transmettre la grâce du haut du Ciel. Rien de plus facile pour lui. Il serait resté bien tranquillement derrière son ordinateur céleste et aurait pu distribuer ses dons qui nous font vivre, comme un canadair envoie l’eau sur une forêt qui brûle.
Non, l’Incarnation nous montre que Dieu se rend présent dans notre humanité. S’il se fait l’un de nous en son Verbe, c’est pour que nous ayons une véritable relation avec lui. L’homme de la Bible a toujours cherché à voir Dieu sans pouvoir l’obtenir : « Nul ne peut voir Dieu sans mourir ». Il a enfin répondu à cette prière en venant lui-même partager notre existence. Mais à quel prix ?
Nous avons peur d’attraper le coronavirus en venant à la messe ? En effet, la présence est toujours un risque… Oui, absolument. Il n’est qu’à regarder notre Seigneur Jésus-Christ qui a pris le risque de venir partager notre vie pour nous sauver et, à cause de cela, a fini sur une croix torturé par la méchanceté des hommes pour finalement mourir comme un esclave.
Oui, par sa présence Dieu a pris un risque. Jésus est vraiment mort pour nous montrer que la mort n’est pas le dernier mot de la vie. Elle n’est qu’un passage vers la vie divine, la vie éternelle qu’il est venu nous communiquer en nous donnant justement son Corps et son Sang en nourriture. Rappelons-nous ces paroles de Jésus : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme. Craignez plutôt celui qui peut jeter dans la Géhenne l’âme et le corps » (Mt 10, 28).
La présence réelle de Dieu au milieu de nous est le signe de son amour. L’eucharistie est la nourriture de l’amour, comme le lait d’une maman est la nourriture de l’amour pour son enfant. Dieu nous aime au point de se rendre présent et de venir en nous pour nous transformer en lui. L’eucharistie est vraiment le sacrement de l’amour.
Aurons-nous assez d’amour pour lui répondre par notre présence réelle, nous aussi ?
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Le peuple élu a pu pressentir l’immensité du cœur de Dieu qui ne nous aime pas parce que nous sommes des êtres parfaits mais par pure gratuité. Il est tendresse et pitié. La tendresse est cette affection extraordinaire et désintéressée qui existe dans le cœur des parents envers leurs enfants, entre les anciens époux lorsque la passion laisse la place à la bienveillance et à l’indulgence. La pitié est un sentiment divin qui voit au-delà de l’obstacle de nos péchés, au-delà de nos refus d’aimer, qui « N’agit pas envers nous selon nos fautes » mais transfigure le mal par la force de son amour.
Cette intuition du peuple élu a été révélée en plénitude par le Cœur Sacré du Seigneur Jésus. Car « Personne ne connaît le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler » (Mt 11,27). En contemplant Jésus sur la croix, lui qui est allé jusqu’au bout de l’amour pour nous sauver et a laissé couler de son cœur l’eau et le sang qui nous sauve, signe du baptême et de l’eucharistie, nous entrons dans ce mystère d’un amour infini dont nous ne pouvons pas soupçonner la profondeur.
Dieu nous aime d’un amour inconditionnel. Nous avons tendance à nous construire des idoles, des personnes que nous avons besoin d’admirer et qui nous tirent vers le haut. Mais ce peut être une illusion. Car toutes les statues sont déboulonnées un jour ou l’autre comme nous le voyons aujourd’hui. A part la Vierge Marie préservée du péché dès sa naissance, il n’y a pas de perfection ou d’impeccabilité dans aucun d’entre nous. Les saints que nous prions sont des pécheurs que Jésus a fait grandir par la force de son amour.
Souvenez-vous, il est allé manger chez les pécheurs et cela lui a été reproché. Il a choisi des apôtres, non pas parmi les gens respectables, mais dans des hommes faibles qui l’abandonneront à l’heure de la Passion. Il n’y a pas de réciprocité dans l’amour de Dieu car nous sommes incapables d’aimer comme lui. Du moins tant que nous n’avons pas reçu le Saint Esprit, l’Esprit d’amour qu’il nous envoie d’auprès du Père. Alors seulement nous pourrons aimer à notre tour. Non pas en admirant de fausses vertus humaines mais en adorant le Christ et son Cœur Sacré. Ce qu’il faut admirer c’est le travail de la grâce dans le cœur d’un homme qui se laisse guider par le Don de Dieu. Alors nous pouvons dire à la suite de saint Bernard : « J’aime parce que j’aime, j’aime pour aimer ».
Ainsi en est-il pour ceux qui sont chargés de vous porter les bienfaits de Dieu dans ses sacrements. Les prêtres sont de pauvres pécheurs que Dieu a choisis non pas en fonction de leurs mérites mais par un choix libre de son amour. Aussi convient-il de ne pas mettre les prêtres sur un piédestal mais simplement de les remercier d’avoir su donner leur vie pour répondre à cet appel amoureux du Seigneur.
Sept jeunes prêtres vont être ordonnés pour le diocèse de Paris. Ils ont tous une histoire singulière. Jésus les a rejoints personnellement dans leur histoire et leur a montré son cœur. En contemplant ce cœur amoureux ils ont répondu : « Me voici seigneur, je viens faire ta volonté ».
Si vous voulez leur rendre service et leur permettre d’accomplir la mission que Dieu leur donne, ne les admirez pas comme s’ils étaient le Christ lui-même, mais aimez-les simplement, tendrement comme Dieu lui-même le fait. Ils sauront ainsi qu’ils sont à votre service parce que Dieu vous aime et qu’il les envoie pour vous faire grandir dans l’amour.
Quelquefois le joug du Seigneur leur paraîtra bien lourd. C’est en contemplant le Cœur de Jésus qu’ils comprendront que ce joug, c’est Jésus qui l’a porté et qui le porte encore. Alors, il leur semblera léger.
+ Michel Aupetit, archevêque de Paris
Ce que nous dénonçons, c’est le mal. Ce que nous annonçons, c’est le bien. Nous dénonçons à juste titre le mal commis par les hommes. Nous annonçons le bien accompli par Dieu.
Il est peut-être important de dénoncer le mal pour qu’il ne se répande pas et détruise la société des hommes et son harmonie. Mais quelquefois cette dénonciation entraîne encore plus souvent la division, la rancune, la rivalité jusqu’au conflit.
Mais il est beaucoup plus important d’annoncer le bien, d’annoncer l’évangile de Jésus Christ qui nous révèle l’amour de Dieu qui rend belle notre personne. Ce qui nous rend beaux ce n’est pas la plastique physique à laquelle nous apportons parfois tellement de soins. Cette apparence, nous le savons bien, ne sera pas éternelle et subira les assauts redoutables du temps. Quand Jésus nous affirme que « même les cheveux de notre tête sont tous comptés » (Mt 10,30) cela veut dire que nous avons une valeur inouïe aux yeux de Dieu. Tous les jours nous avons des cheveux qui tombent et même ceux-là nous ne savons pas les compter. Dieu, lui, connaît le moindre de nos cheveux. Il nous connaît tout entier, corps et âme. Et nous aime tout entier, corps et âme. Car c’est bien toute notre personne que Jésus est venu sauver. Quand nous nous contentons de dénoncer le mal, nous essayons seulement de nous opposer à Satan qui essaie de nous détourner de Dieu. Et c’est vrai qu’au jour du baptême, il est demandé aux catéchumènes de renoncer à Satan, c’est-à-dire de lutter contre le mal.
Mais sans la force de Dieu, le Saint Esprit, il est impossible de vaincre le mal. Comme le dit la grande prière à l’Esprit Saint récitée le jour de la Pentecôte : « Sans ta puissance divine il n’est rien en aucun homme qui ne soit perverti ».
Il est bien plus essentiel d’annoncer l’amour de Dieu pour chacun de nous. Toute la vie chrétienne consiste à entrer chaque jour davantage dans l’amitié du Seigneur Jésus. Il s’agit bien de se déclarer pour lui devant les hommes et d’entrer chaque jour davantage dans son intimité par la prière, en recevant son Corps, en nous réajustant régulièrement à son amour par la confession.
La profession de foi du jour du baptême : « Je crois en Dieu le, Père, le Fils et le Saint Esprit » est beaucoup plus importante que la renonciation au mal qui est impossible sans l’assistance de la force divine et l’assurance de l’amour de Dieu. Face à la terreur qui a saisi notre société et l’hystérie des dénonciations qui en a résultée, la seule réponse valable est cette phrase que Jésus a dite à ses apôtres le jour de la Résurrection : « N’ayez pas peur » !
+Michel Aupetit, archevêque de Paris
Vous avez peut-être remarqué que Jésus s’adresse aux apôtres. Il ne s’adresse pas à tous. Il ne dit pas cela aux foules ou même à ses disciples. Seulement aux Douze. C’est donc à ceux qu’il a choisis spécialement pour porter son message et la grâce du salut qu’il adresse cette demande. Cela paraît très rude et on comprend que devant une telle radicalité évangélique il y ait si peu de personnes et de jeunes qui se lèvent pour suivre le Christ dans cette radicalité pour marcher à sa suite. Hier j’ai ordonné 7 nouveaux prêtres pour le diocèse de Paris. Comment vais-je leur expliquer cette exigence du Seigneur ?
En plus, Jésus semble nous demander de tenir pour rien ce que nous avons de plus cher : l’amour de nos parents, de nos frères et sœurs, des personnes les plus proches de nous : « Celui qui aime son Père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ». Le Seigneur serait-il jaloux ?
Rappelez-vous aussi cette réponse terrible de Jésus à cet homme qu’il appelle à le suivre et qui demande d’aller d’abord enterrer son père : « Laisse les morts enterrer leurs morts, toi suis moi » (Mt 8,22). La réponse de Jésus nous semble particulièrement douloureuse et sensible après les temps difficiles que nous venons de vivre. Il y a quatre ans j’ai enterré mon père. Je vois combien il était important que je puisse célébrer ses obsèques. Alors comment comprendre cette phrase de Jésus et cette exigence ? Quand j’enterre mon père, je le confie à la terre ou au crématorium où il part en fumée. Mais si je suis dans l’intimité du Christ, je le confie à Dieu avec la certitude que je le reverrai dans la joie céleste. Je crois aussi que grâce au Christ ressuscité je le retrouverai avec un corps glorieux au temps ultime de notre histoire. Sans Jésus, enterrer les morts ou les réduire en cendres est profondément désespérant. Avec Jésus, confier nos morts à Dieu est une espérance inouïe qui nous fait vivre dans l’amour la rupture qu’occasionne la mort.
En réalité, si Jésus nous demande de l’aimer davantage que nos proches, ce n’est pas pour mépriser ces derniers ou pour les considérer comme une quantité négligeable par rapport à l’appel de Dieu. Je suis profondément persuadé, pour l’avoir moi-même expérimenté, qu’en mettant le Christ au cœur de notre vie nous apprenons à aimer davantage.
L’amour pour nos parents, pour nos proches est bien plus fort quand il est enraciné en Christ. Jésus nous apprend à aimer d’un pur amour de gratuité sans rien attendre en retour. Et voilà pourquoi nous sommes absolument disponibles même devant l’ingratitude de nos proches.
Aimer Jésus d’abord, c’est tout simplement apprendre à aimer mieux.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.