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Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe de l’Assomption de la Sainte Vierge Marie
Sanctuaire de Lourdes - 15 août 2021

La Sainte Vierge Marie monte au Ciel avec son corps et son âme. Telle est notre foi que nous fêtons solennellement aujourd’hui. Comment comprendre ce grand mystère ?

L’âme, pour les grecs, c’est le principe de vie qui organise tous les êtres vivants.
L’âme, pour les hébreux, c’est l’âme vivante qui vient du souffle de Dieu invariablement liée au corps comme nous le lisons dans le livre de la Genèse (Gn 2, 7).

Nous croyons que l’homme possède une âme spirituelle directement créée par Dieu. Cette âme, capable de Dieu, de le connaître, de le contempler, d’entrer en relation avec lui, retourne à Dieu au moment de la mort corporelle.

Nous avons plus de mal avec notre corps, ce corps charnel, et pourtant… Ce corps est magnifique, non parce que nous serions des étalons sculpturaux ou des mannequins à la plastique irréprochable, mais parce que le Verbe s’est fait chair, parce qu’en Jésus, Dieu lui-même a habité ce corps humain. Il a assumé ce corps avec ses limites, ses faiblesses, ses souffrances, sa mort pour le transfigurer dans la gloire de sa Résurrection.

Nous croyons ainsi que notre corps, qui nous permet d’entrer en relation les uns avec les autres, ressuscitera comme le corps que Jésus, le Fils de Dieu, a assumé. Notre corps n’est pas destiné à partir définitivement en fumée dans un crématorium, ni à être rongé par les vers.
Notre corps, qui a porté et exprimé notre vie est appelé à rejoindre la communion d’amour en Dieu, c’est-à-dire la Trinité dans laquelle l’humanité du Verbe est présente depuis l’ascension de Jésus à la droite du Père.
Notre corps, abîmé, blessé par le péché, la maladie, la vieillesse, sera transfiguré par l’amour divin. Chacune de nos blessures, chacune de nos limites, chacune de nos rides se présente comme une ouverture pour aimer plus encore.

Face aux blessures et à la mort de son fils, la Vierge Marie s’est laissée transpercer non pas tant par l’injustice et la cruauté des hommes mais par le glaive de l’amour divin, de cet amour qui donne tout. Et c’est dans cet amour qu’elle se laisse assumer entièrement, corps et âme.

Connaissez-vous le poème d’Aragon chanté par Jean Ferrat : « La Femme est l’avenir de l’homme » ? Je ne sais pas si ces poètes en avaient conscience, mais ils sont véritablement de grands prophètes. Aujourd’hui nous fêtons notre avenir. C’est Marie qui accomplit aujourd’hui ce que sera notre avenir.

Quand le Christ reviendra, nous serons avec Dieu corps et âme, comme Marie. Comme nous l’affirme saint Paul : « Au retour du Christ les hommes ressusciteront. Tous recevront la vie ».
Voilà pourquoi Marie est l’avenir de l’homme car son Assomption réalise notre vocation : celle d’aimer et de se laisser aimer plus profondément que le mal, le péché et la mort. Marie est notre chemin, « La première en chemin », comme nous le chantons souvent.
En effet, elle accueille le Verbe de Dieu : nous accueillons le Corps du Christ à l’eucharistie.
Elle donne son « oui » librement : nous aurons à entrer dans la liberté qui nous donne de suivre le Christ.
Elle pose une question qui n’est pas un doute : nous devons former nous aussi notre intelligence.
Elle médite toutes choses dans son cœur : nous avons à scruter la Parole de Dieu pour en vivre
Elle pose un acte de foi : nous aurons à le faire comme elle.
Mais surtout, elle laisse en elle s’exprimer l’amour. Dieu nous a créés par amour et la vocation de l’homme, c’est l’amour. C’est cet amour qui la pousse vers Elisabeth, sa cousine. Cette charité toute simple qui lui fait dépasser les questions que pose sa propre grossesse pour se mettre au service.
Cet amour « comme Jésus » lui donne d’aimer comme Dieu lui-même. Cet amour rayonne, diffuse, il est contagieux.
Voilà pourquoi Marie exulte dans son Magnificat. C’est cet amour dont parle Jésus quand il nous dit : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ».

+Michel Aupetit,
archevêque de Paris









Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois
Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Dimanche 5 septembre 2021

Il faut reconnaître que ça commence plutôt mal. Le prophète Isaïe nous dit : « Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient » (Is 35,4). La vengeance, nous la connaissons. Elle est la source de tous les conflits, des guerres, de la violence. Bref, la vengeance est le signe de notre inhumanité. Alors ? Ici, il s’agit de la vengeance de Dieu qui est tout autre chose que ces misérables rancœurs qui nous rongent l’âme et nous conduisent aux pires excès. La vengeance de Dieu, nous venons de l’entendre, c’est que « les aveugles voient, que les sourds entendent, que les boiteux bondissent, que les muets parlent ». « La vengeance de Dieu, c’est le Christ » affirme saint Jérôme. C’est donc la seule vengeance qui soit permise aux chrétiens.

« Effata » ! Ouvre-toi ! Oui, Jésus accomplit la vengeance de Dieu : Il ouvre les yeux des aveugles, l’oreille des sourds, la bouche des muets. Mais il ouvre aussi nos cœurs fermés, confinés dans nos petites certitudes étriquées. Surtout, Jésus, dont le nom signifie « Dieu sauve », nous ouvre un avenir nouveau qui dépasse largement notre vision limitée d’un salut réduit à la bonne santé qui n’est en réalité qu’un sauvetage pour échapper temporairement à la mort. Nous luttons contre la mortalité due à la Covid 19 évaluée à 0,05%, alors que nous sommes certains de notre mort inéluctable à 100 %. La santé est précieuse, le salut est vital.

Jésus n’est pas venu d’abord pour guérir. Il faut bien reconnaître qu’il serait dérisoire que Dieu vienne habiter l’humanité pour jouer les médecins exceptionnels. Jésus nous « ouvre » à la vie divine et nous sauve de la mort éternelle en nous faisant entrer dans la communion d’amour avec Dieu qui dépasse le temps et l’espace.

C’est ce salut universel qu’il nous propose quand il entre dans la Décapole, cette confédération de 10 villes de culture grecque rattachée à la province de Syrie. Nous sommes en territoire païen. Ses gestes peuvent nous paraître étranges. Il s’agit de gestes des thérapeutes connus et décrits dans les traités de médecine grecque. Mais en levant les yeux au Ciel, Jésus rapporte la guérison à son Père et son soupir révèle l’action de l’Esprit Saint.

Tout vient de Dieu.

Jésus agit différemment en terre païenne et en Israël. Les juifs savent, en effet, que la Parole de Dieu accomplit ce qu’elle dit. A Jéricho, il suffit que Jésus dise à l’aveugle Bartimée : « vois » pour que celui-ci retrouve la vue. En terre païenne, il va dépasser les lois juives de pureté rituelle pour faire ce que lui demandent ces étrangers. Son salut est bien universel : en touchant ce sourd-muet, il surpasse la loi de Moïse qui interdit aux juifs tout contact avec les païens. En même temps, il signifie que l’évangile transfigure sans la défigurer la culture de chaque peuple.

La connaissance intime de Jésus-Christ qui fait de nous des « disciples » et la certitude de son amour universel pour l’humanité nous conduisent à devenir des « missionnaires » qui offrent à notre société ce que le Christ a apporté en son temps : la guérison, la paix, la joie, la bienveillance, l’amour, la concorde, le pardon et l’amitié de Dieu qui conduisent au salut éternel.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris.





Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à St Germain l’Auxerrois
Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Dimanche 12 septembre 2021

« Pour les gens qui suis-je » ? Voilà une très bonne question qu’en réalité nous nous posons en permanence. C’est vrai ça : pour les gens qui suis-je ? Et vous, qui êtes-vous ? Est-ce que cela nous importe vraiment de savoir ce que les autres pensent de nous ? Il faut bien le reconnaître nous attachons beaucoup d’importance à ce que les autres pensent de nous et nous cherchons toujours à correspondre à ce qu’ils attendent. C’est vrai pour ce qui concerne les personnes qui nous aiment mais également au regard de la société dans laquelle nous vivons qui nous donne des modèles, des images auxquelles il nous faut correspondre si nous ne voulons pas être mis sur la touche.

« Que dites-vous de vous-même » ? Comment vous présentez vous quand on vous interroge sur votre identité ? Je m’appelle Charlotte. Ah bon ? Qui vous a donné ce prénom ? Vos parents ? Et votre nom de famille, c’est important aussi. Cela vous inscrit dans une histoire familiale. Comment vous dites ? Dupont ? Ah oui, les Dupont qui habitent Conflans-Sainte-Honorine depuis trois générations et qui viennent du village de Loudheix dans l’Indre. Vous êtes un homme, une femme. Ça en principe, c’est évident. Vous avez un métier. Les gens vous connaissent comme cela et c’est ainsi que vous vous définissez vous-mêmes.

Et pour Dieu ? Qui êtes-vous pour Dieu ? Voilà la question essentielle, au fond la seule qui vaille. Car le seul qui connaisse mon identité la plus profonde, c’est Dieu. Je suis dans le projet de Dieu de toute éternité. Il le dit aux prophètes qu’il appelle : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais » (Jr 1, 5).

Bien sûr, je vis dans ce temps-là, dans ce monde-là et ce que j’y fais, cela compte beaucoup. Mais mon nom ne restera que sur une pierre tombale et dans la mémoire de ceux qui m’ont aimé pour un peu de temps. Que restera-t-il de cette identité qui m’a constitué dans ce monde et qui m’a fait vivre ? Cela se résume-t-il à un éternel jeu de rôle ? Mais qui me dira ce que je suis vraiment ?

Écoutons ce que dit Jésus à Pierre : « Heureux es-tu Simon, fils de Yonas, car ce que tu dis-là ne vient pas de la chair et du sang, mais de mon Père qui est au Ciel » (Mt 16,17). Si la véritable identité de Jésus n’est connue que de Dieu, cela est vrai aussi pour chacun d’entre nous. Nous en faisons l’expérience si nous prions comme Jésus nous le dit : seul devant le Père, sans artifices ni faux-semblants. Dans le silence de ce cœur à cœur, Dieu nous révèle peu à peu chaque jour ce que nous sommes en vérité devant lui.

Heureux es-tu car si tu te connais en Dieu, tu te connais vraiment. Heureuse es-tu, Charlotte, fille de Pierre Dupont, car ce que tu es ne vient pas de toi, de ceux qui te regardent quotidiennement et qui te font jouer un rôle, de cette société qui te donne ta place en elle, mais du Père qui te révèle qui tu es vraiment.

Alors tu pourras entendre et comprendre cette phrase si importante de la Bible : « Tu as du prix à mes yeux et moi je t’aime » (Is 43,4).

+Michel Aupetit, archevêque de Paris





Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois - Journée mondiale du Migrant et du Réfugié
Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Dimanche 26 septembre 2021

Eh bien, notre seigneur Jésus-Christ est un chirurgien expéditif : couper la main, couper le pied et arracher l’œil. Il arrive que des chirurgiens soient obligés d’amputer un patient pour lui sauver la vie. Par exemple en cas de gangrène. Si Jésus est aussi radical, c’est qu’il s’agit aussi d’une question de vie ou de mort. Dans le cas de la gangrène, c’est la vie terrestre, dans le cas du Christ, c’est la vie éternelle.

Mais je me dis que nous aurons une drôle d’allure en arrivant au paradis : manchot, boiteux et borgne. En effet, lequel d’entre nous pourrait dire en vérité : ma main ne m’a jamais entraîné au péché, mon pied ne m’a jamais conduit sur des chemins de perdition et mon œil a toujours été parfaitement pur. C’est justement pour nous éviter d’être totalement défigurés que le Fils de Dieu est venu sur la terre.

Le combat contre la mort, même lorsqu’on la retarde par l’amputation en cas de gangrène, est perdu d’avance. Le combat pour la vie qu’a mené le Christ scelle une victoire définitive. Pour éviter que le péché qui nous sépare de Dieu nous livre à la mort éternelle, pour que nous puissions entrer dans la vie éternelle avec un corps resplendissant, il a accepté lui-même d’être défiguré et de passer par la mort corporelle. Sa mort, accomplie par amour par le don de sa vie, est sceau définitif de la victoire de la vie sur la mort.

La mort de Jésus nous ouvre à la résurrection pour peu que, malgré nos misères, nous soyons accueillant à la grâce de Dieu, au don de son Esprit en lui restant fidèles. C’est ainsi qu’un simple verre d’eau donné en son Nom a un poids infini de vie et participe déjà à la résurrection.

Nous savons bien que dans l’Église il peut y avoir des causes de scandales très graves comme le dit l’évangile. L’Église n’est sainte qu’en raison de la présence du Christ qui en est la pierre de fondation. Ce n’est pas une Église de purs, de cathares qui se croiraient différents des autres ou supérieurs à eux. Le vrai danger consiste justement à s’approprier les dons que Dieu destinait à tous les hommes. Cela nous rend arrogants. Combien de membres de communautés un temps florissantes, ont affirmé qu’ils allaient sauver l’Église. Ils ont juste oublié que le seul sauveur est notre Seigneur Jésus-Christ.

Il nous faut passer du désir de posséder à la joie de donner. C’est ce qu’explique saint Jacques quand il dit que notre argent est pourri. Il n’est pas pourri si nous l’utilisons pour faire du bien. Il l’est si notre désir de posséder nous fait mépriser et ignorer nos frères. Le désir de posséder ne concerne pas seulement l’argent mais aussi le pouvoir sur les autres qui peut entraîner toute sorte d’abus. Il ne s’agit pas de prendre mais de recevoir, de recevoir pour donner.

L’essentiel c’est la vie éternelle avec Dieu dans une communion d’amour à laquelle le Christ nous a appelés. Lorsque nous faisons du bien en son nom, que nous apprenons à aimer comme il aime lui-même, nous permettons à beaucoup d’autres de le connaître, de vivre de sa vie, et d’accueillir l’amour infini de Dieu. La moindre action, même un verre d’eau au nom du Christ, est un acte qui nous fait entrer dans cette communion divine. Ne négligeons jamais les actes les plus humbles qui manifestent la toute-puissance de Dieu.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris





Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois
Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Dimanche 3 octobre 2021

En écoutant cet évangile nous voyons bien que les polémiques et des disputes autour du mariage et de l’union de l’homme et de la femme ne sont pas d’aujourd’hui. La question posée à Jésus par les pharisiens est un piège puisqu’il s’agissait de le faire prendre parti pour l’un ou l’autre des courants religieux divisés sur cette question.
Jésus n’entre pas dans la polémique, et les renvoie seulement « au commencement », c’est-à-dire à l’intention originelle de Dieu.

Au commencement, Dieu crée « l’humanité à son image », c’est-à-dire fondée sur la relation essentielle qui unit les trois personnes divines, le Père, le Fils et le Saint Esprit, dans un unique amour. Dieu est amour parce qu’en lui la relation distingue chacune des personnes dans le Don qu’elle réalise totalement dans l’unicité divine. Dieu est unique mais il n’est pas solitaire. Voilà pourquoi Dieu dit : « Faisons l’humanité à notre image, mâle et femelle il les créa » (Gn 1,27).

L’image de Dieu dans l’humanité est donc cette relation d’amour de l’homme et de la femme qui fait qu’ils ne sont qu’une seule chair de la même façon que Dieu est unique par la relation d’amour des trois personnes divines. S’il n’est pas bon que l’homme soit seul c’est parce que Dieu dont il est appelé à être l’image n’est pas solitaire. Ainsi Jésus rappelle les fondements primordiaux de la volonté divine sur l’humanité.

S’ils sont créés « mâle et femelle » comme les animaux, ce qui les unit n’est pas fondé comme eux sur une affinité biologique, mais sur une attirance issue d’une relation personnelle pour leur permettre d’être introduit dans un amour plus grand à l’image de Dieu.

Le mariage voulu par Dieu n’est pas une simple union des personnes, c’est un sacrement, c’est-à-dire un Don de Dieu pour entrer dans son amour. C’est pourquoi Jésus dit : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas » (Mc 10,2).
Le mariage est une création nouvelle. C’est pourquoi la Genèse décrit cette création de la femme à partir de la côte de l’homme, ce qui nous paraît pour le moins étrange. Pour en comprendre la signification qui ne relève pas de la physiologie, il faut connaître ce Midrash, explication rabbinique, qui permet d’entrer dans l’intelligence des mots et qui était déjà connu en France au 12e siècle. Voilà ce que disent les rabbins : « Si Dieu avait créé la femme à partir de la tête de l’homme, la femme aurait dominé sur l’homme ». Ces sociétés matriarcales ont existé au néolithique. Les rabbins continuent : « Si Dieu avait créé la femme à partir du pied de l’homme, l’homme aurait méprisé sa femme ». C’est ce qui est apparu à partir du 12e siècle avant Jésus-Christ avec le passage à un système patriarcal. Non, disent les rabbins : « Dieu a pris un os de la côte, en face du cœur, pour que l’homme aime sa femme ».

Il nous faut donc retrouver la beauté de l’intention divine sur l’homme et la femme dès le commencement. Dieu a fait alliance avec l’humanité par une initiative gratuite de sa part. Mais le mot hébreu qui signifie l’alliance (berit) désigne toujours la capacité d’engager une liberté. L’alliance avec Dieu qui permet l’alliance de l’homme et de la femme, se fonde sur une liberté qui seule permet le véritable amour. Sans doute, pour cela conviendrait-il d’arrêter l’épouvantable guerre des sexes qui dure depuis toujours pour entrer dans l’éternité d’un amour à l’image de Dieu.

+Michel Aupetit, archevêque de Paris





Homélie de Mgr Michel Aupetit - Messe à Saint-Germain l’Auxerrois
Saint-Germain l’Auxerrois (1er) - Dimanche 10 octobre 2021

Qu’est-ce qu’il cherche cet homme qui vient voir Jésus ? Dans son évangile, Luc nous dit que c’est un jeune homme. Il a tout : il est riche, il est en règle, il fait tout comme il le faut.

Alors pourquoi vient-il voir Jésus ? Le jeune homme de l’évangile est un bon religieux. Il obéit parfaitement à la Loi : tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne commettras pas l’adultère, tu honoreras ton père et ta mère. Est-ce que cela suffit ? Visiblement non !

Il lui manque quelque chose et il le sait. Qu’est-ce qui lui manque ?

Être en règle, est-ce cela qui fait de nous des personnes religieuses ? C’est quoi la religion ? Est-ce accomplir des rites pour être en règle ?

« Je suis un bon chrétien parce que je viens à la messe tous les dimanches et j’ai reçu tous les sacrements. Donc, je suis en règle. »

De même d’autres pourraient dire : « Je suis un bon musulman parce que je fais le ramadan, le pèlerinage à la Mecque. Je suis en règle avec Dieu. »

Et encore, « je suis un vrai juif, parce que j’observe le sabbat et je vais à la synagogue tous les vendredis soirs. »

Et vous, pourquoi êtes-vous venus aujourd’hui à la messe ? Est-ce pour être en règle ou parce qu’il vous manque quelque chose que vous êtes venus chercher ? Quel est ce sentiment d’incomplétude qui demeure même quand nous pensons avoir tout ce qu’il faut ?

Ce qui nous manque, c’est Dieu. Avez-vous remarqué que Jésus cite le Décalogue mais pas les quatre premiers commandements qui nous relient à Dieu ?

Il ne suffit donc pas d’être en règle pour entrer en relation avec Dieu ? Pour communier avec lui ? Pour vivre de sa vie ?

Faisons attention de ne pas vivre la religion comme une convenance sociale car alors nous vivrons sous le regard des hommes. Quand on vit sous le regard des hommes ou de la société on risque trop de dissimuler ce qui ne va pas, ce dont on a honte, et le pire est à craindre comme on le voit aujourd’hui. Vivre sous le regard de Dieu, c’est être en vérité. On ne peut pas tricher devant Dieu.

L’Église n’est pas une institution humaine, elle est le corps du Christ dont Jésus est la tête et nous les membres de ce corps. Si un seul membre se gangrène, c’est le corps tout entier qui est atteint. Il nous faut accepter d’être une Église de pécheurs et non une Église de parfaits. Sinon pourquoi Jésus dit aux pharisiens : « Je ne suis pas venu pour les justes mais pour les pécheurs » (Mc 2,17) ? Pourquoi récitons-nous le confiteor au début de chaque messe ?

Le pécheur est celui qui regarde le mal qu’il peut faire, en prend conscience, le regrette, demande pardon et désire profondément changer dans son cœur. Alors la miséricorde de Dieu peut l’accompagner sur son chemin de conversion. En revanche, le corrompu refuse de voir le mal qu’il fait, le justifie, refuse de changer et persévère dans le mal.

Nous sommes une Église de pécheurs, certes, mais non une Église de corrompus.

La vérité n’est pas cachée aux yeux du Seigneur et aussi dure soit-elle, il importe de faire la vérité pour pouvoir bâtir à nouveau sur le roc de la Parole de Dieu, sur le Christ qui s’est laissé défigurer par le mal en allant jusqu’au bout de l’amour.

Vivre en chrétien, c’est bouleverser notre vie, quitter nos certitudes, nos habitudes, changer de mentalité, pour suivre Jésus-Christ.

La religion chrétienne, c’est la religion des gens qui se laissent déranger, bousculer : « Vends tout ce que tu as et suis moi » (Mc 10,21).

Mais quelle joie inouïe de suivre le Christ pour rencontrer Dieu en vérité !!!

Michel Aupetit, archevêque de Paris