Vous l’avez entendu dans l’évangile : Hérode est bouleversé au récit des mages. Cela me rappelle l’Annonciation par l’ange Gabriel. Il est dit que : « Marie fut toute bouleversée » (Lc 1, 29).
La venue de Dieu dans nos vies nous bouleverse.
Face à ce bouleversement il existe deux attitudes :
La première est celle de Marie dont l’intelligence s’appuie sur la foi. Quand elle dit : « Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais pas d’homme ? », elle croit que cela se fera puisque Dieu le veut. Une fois son intelligence éclairée par la parole de l’ange qui lui annonce que l’Esprit-Saint la prendra sous son ombre, elle déclare avec une entière disponibilité du cœur : « Voici la servante du Seigneur ».
L’intelligence d’Hérode ignore la foi. Lui, qui ne croit pas à la Parole de Dieu et qui n’attend rien de personne que de lui-même, va mettre en œuvre un stratagème ignoble pour éliminer un éventuel concurrent.
Je crois profondément que cette alternative sera toujours la nôtre. Dieu nous a donné l’intelligence pour diriger consciemment notre action. Soit elle s’appuie sur la foi qui l’éclaire en l’élargissant au-delà de ce qu’elle peut percevoir, soit elle se contente de ces petits raisonnements intéressés et souvent étriqués qui ne mènent au fond qu’à la mort.
Regardons d’ailleurs ce que sont ses fruits :
Marie exulte, le cœur rempli de joie ainsi que les mages dont on nous dit « qu’ils se réjouirent d’une très grande joie ».
Hérode est taraudé par l’inquiétude et va commettre le plus abominable des crimes.
Les mages ont quitté leur pays en suivant une étoile. Quelle est cette étoile ? Cette étoile est le signe de la foi.
Est-ce que l’étoile qui guide notre vie est vraiment celle de la foi ? Dans les ténèbres de notre monde c’est la foi qui nous éclaire et nous fait découvrir Celui qui est vraiment la Lumière du monde.
Tout part d’abord de la foi. Avez-vous assisté à une entrée en catéchuménat ? A celui qui demande le baptême, le prêtre ou le diacre pose la question : « Que demandez-vous à l’Église de Dieu » ? Le postulant répond : « la foi ». On ne demande pas le baptême parce qu’on a la foi, on demande le baptême pour avoir la foi. C’est la foi qui mène jusqu’à l’enfant de la crèche. C’est la foi qui nous fait connaître Jésus comme vrai Dieu et vrai Homme. C’est la foi qui nous fait accueillir son Corps dans chacune de nos Eucharisties.
Le Pape François nous le rappelle :
« La foi n’est pas une lumière qui dissiperait toutes nos ténèbres, mais la lampe qui guide nos pas dans la nuit, et cela suffit pour le chemin ».
Peut-être allez-vous demander comment acquérir la foi ?
Écoutons encore le Pape François : « La foi consiste dans la disponibilité à se laisser transformer toujours de nouveau par l’appel de Dieu ».
Puissiez-vous être ces nouveaux mages aujourd’hui qui se laissent transformer, bousculer, déplacer par l’appel de Dieu. Amen
+ Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Vous êtes-vous demandé pourquoi les prêtres embrassaient l’autel au début de la messe ? N’est-ce pas étrange ?
Ce geste signifie que l’autel représente Dieu. Lorsque Jacob voit dans un songe les anges monter et descendre du ciel, il comprend que le Seigneur est présent en cet endroit (Gn 28). Alors il dresse une stèle pour en garder la mémoire et élève un autel pour manifester la Présence divine en ce lieu. Il appelle cet endroit Béthel, c’est-à-dire la maison de Dieu.
Plus tard, quand Moïse réalise l’alliance du peuple avec Dieu, il prend le sang d’un taureau dont il verse la moitié sur l’autel et l’autre moitié sur le peuple. C’est le sang de l’alliance. L’autel est donc le signe de Dieu sur lequel on fonde l’alliance.
Aujourd’hui l’alliance n’a plus besoin du sang d’un taureau. Ce n’est plus l’alliance exclusive de Dieu avec un seul peuple, c’est l’alliance de Dieu avec l’humanité tout entière grâce à Celui qui vient de Dieu, qui est né dans ce peuple de la souche de Jessé, le Christ Jésus notre Seigneur. Il est à la fois l’offrande, l’autel et celui qui offre. Il prie en tant que vrai homme, il est prié comme vrai Dieu et il s’offre comme l’unique grand prêtre.
Venir à l’autel, c’est venir à Jésus-Christ.
Contrairement aux sacrifices d’animaux, l’unique sacrifice d’amour réalisé par le Christ sur la croix n’a pas besoin d’être renouvelé. Il est simplement rendu présent à chaque Eucharistie.
Au baptême de Jésus, les cieux s’ouvrent pour nous en réponse à la grande prière du prophète Isaïe : « Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais » (Is 64, 1). Comme le Christ plongé dans les eaux, qui des profondeurs de la mort ouvre la porte du Ciel, nous sommes baptisés pour ressusciter avec lui et recevoir la vie divine.
Par son baptême, Jésus fait entrer l’humanité dans la filiation divine. En lui nous devenons Fils de Dieu par adoption. Mais les enfants adoptés héritent comme les enfants engendrés selon la chair. Et que recevons nous en héritage ? Ce qu’il est : la Vie et l’Amour.
Alors si nous ouvrons l’oreille de notre cœur, nous entendons à notre tour le Père nous dire : « Tu es mon fils bien-aimé ».
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Nous venons d’entendre Jésus : « l’Esprit du Seigneur et sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction ». Voilà qui est étrange ! Jésus n’est-il pas en communion avec le Père dans l’Esprit comme Fils de Dieu ? Pourquoi est-il nécessaire qu’il reçoive le Saint Esprit ?
Puisqu’il a intégré la nature humaine, il fallait que cette nature humaine assumée par lui accueille en elle-même le Saint Esprit. Cet accueil a lieu dès la conception dans le sein de la Vierge et il est manifesté pour nous au Baptême dans les eaux du Jourdain. Là, le Père a désigné Jésus comme son Fils et lui a envoyé l’Esprit. Cela signifie qu’en Jésus de Nazareth, c’est toute la Trinité qui se donne à nous.
En raison de cela, nous, qui sommes de nature humaine, nous pouvons recevoir l’Esprit de Dieu, l’Esprit-Saint. C’est exactement ce qui se passe à notre baptême. Saint Paul nous dit qu’à notre baptême : « nous sommes plongés dans la mort du Christ pour ressusciter avec le Christ ». Le fait d’être engloutis dans l’eau signifie la mort mais nous savons aussi que l’eau est donatrice de vie.
Le baptême du Christ signifie que Jésus assume notre condition mortelle pour que nous revêtions la condition divine. Ainsi notre existence, soumise à la mort naturelle due à notre finitude, est appelée à la résurrection en raison de notre filiation divine acquise au baptême.
Le jour de notre baptême, nous avons aussi reçu une onction. Celle du Christ dont parle l’évangile. Cette onction qui l’a fait prêtre, prophète et roi. Il est le véritable messie.
Par notre baptême nous participons à cette onction du Fils de Dieu : prêtre, prophète et roi.
Comme prêtres, nous participons à l’unique sacerdoce du Christ. C’est lui qui fait le lien entre le ciel et la terre, entre Dieu et les hommes puisqu’il est à la fois vrai Dieu et vrai Homme. Par notre baptême nous sommes aussi devenus prêtres. Nous faisons monter notre prière pour le monde et descendre du Ciel la bénédiction. A la messe, le peuple sacerdotal des baptisés rend présent et offre le sacrifice d’amour du Christ pour le salut du monde. Il s’offre avec lui. Voilà pourquoi il est tellement important que nous assistions fidèlement à la messe car c’est notre mission d’offrir à Dieu l’unique sacrifice d’amour pour le salut du monde. Notre absence serait une désertion, comme un agriculteur qui laisserait son champ en jachère ou un médecin qui fuirait son cabinet.
Prophètes. Nous avons été établis prophètes. Le prophète est celui qui anticipe l’accomplissement de l’œuvre de Dieu. Il l’annonce, non seulement par sa parole, mais par toute sa vie. Il s’agit pour nous de porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, la Bonne Nouvelle du salut à la multitude car tous sont appelés au salut opéré par le Christ. Nous ne pouvons laisser personne sur le bord du chemin. Il faut annoncer aux captifs la libération parce que tous sont captifs. Dieu seul est libre. Les aveugles doivent retrouver la vue. Pour cela il faut la lumière. Les yeux sans la lumière sont inopérants. Jésus est la vraie lumière et nous en sommes les témoins.
Rois : notre façon d’envisager la monarchie est particulière. Le mot vient du grec : mono archè qui veut dire « un seul principe ». Notre manière habituelle de voir la royauté est de la croire fondée sur un pouvoir centralisé qui s’appuie sur la force, la puissance. Mais le Christ a révélé sa royauté au sommet de la croix en nous montrant que la royauté divine n’a d’autre principe que l’amour qui va jusqu’au bout du Don.
Voilà pourquoi vous tous, jeunes, vous êtes revêtus d’une dignité extraordinaire en raison de votre baptême. Le pape vous appelle à être disciples missionnaires. Disciples pour vivre dans l’intimité de Jésus. Missionnaires pour annoncer la joie du salut au monde. Votre mission baptismale consiste à ouvrir les portes du Ciel pour tous en honorant votre vocation sacerdotale, à annoncer par la parole et votre vie la bonté de Dieu et à l’accomplir en vivant de cet amour qui nous vient du Christ : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34). Il est temps d’allumer le feu !
+ Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Deux vieillards, Siméon et Anne. Ils sont sans doute le signe de l’Ancienne Alliance. Je crois plutôt qu’ils sont le signe de la patience, de la fidélité, de l’espérance indéfectible qui habite le cœur des croyants. Certains ricanent en disant : « il n’y a que des vieux dans vos églises ». On peut leur conseiller d’y mettre plus souvent les pieds. La semaine dernière, 4000 jeunes étaient réunis à Saint-Sulpice, fervents, profonds, priants.
Mais, acceptons ces critiques. Imaginez qu’il y ait que des jeunes dans nos églises. Cela voudrait dire qu’en vieillissant, en prenant de l’expérience, de la sagesse, nous rejetterions la foi.
En fait, c’est l’inverse qui se passe, car la vie est comme le tamis des chercheurs d’or. Au fur et à mesure que se déroule notre existence, seul ce qui reste au fond est précieux. Et ce qui est précieux est la vie spirituelle, la relation à Dieu, l’accueil de son amour infini.
Siméon et Anne sont le signe de la fidélité du peuple de Dieu.
Aujourd’hui, nous fêtons ceux qui sont consacrés au Seigneur, comme Jésus au temple. Les consacrés sont des signes prophétiques de contradiction. Etre un signe de contradiction est une œuvre de salut public. Dans un monde qui se coupe de Dieu, ils rappellent que Dieu doit être le premier servi.
Si l’on se coupe de Dieu, on retourne à la barbarie. Pas seulement dans les pays au pouvoir tyrannique. Mais aussi dans des pays civilisés comme le nôtre, au gouvernement démocratique. Chez nous, on prépare en effet des lois pour trier les embryons comme on trie des lentilles, pour fabriquer des enfants comme on fabrique des voitures, pour supprimer les vieillards comme on achève les chevaux.
Les consacrés sont signes de contradictions par la pauvreté dont ils ont fait le vœu. Cela est très important dans notre société occidentale dirigée par l’argent. Car ce n’est pas la politique qui dirige le pays, c’est d’abord l’argent. On le voit bien avec la puissance et la suprématie des GAFA. La congélation des ovocytes encouragée par certaines entreprises « en pointe » est exclusivement au service du profit. Elle prétend se justifier pour donner à des femmes de poursuivre une carrière. En vérité elle permet à de grands industriels de « presser le citron » davantage en faisant oublier ce qui fait le trésor de notre humanité : l’amour conjugal, l’amour maternel et la tendresse. L’abandon à la Providence que permet la pauvreté est un signe divin qui nous humanise davantage.
La chasteté dans un monde hédoniste nous rappelle la beauté et la spécificité de l’amour humain. L’excitation exprime le « langage du corps », l’émotion y intègre le « langage du cœur » qui implique la personne humaine intégrale, le don libre de sa vie exprime l’engagement qui est le véritable langage de l’amour et accomplit en nous l’image de Dieu : « Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».
L’obéissance, enfin, le fait de se soumettre à une autre loi que sa propre loi est le signe qu’il existe une volonté supérieure à la nôtre qui reconnaît ce pour quoi nous sommes créés : la volonté divine. « Mettre son oreille sous », écouter, est sans doute ce qui manque le plus aujourd’hui pour construire un monde juste et fraternel. Merci d’être ces prophètes pour aujourd’hui.
+ Michel Aupetit, Archevêque de Paris.
Les textes d’aujourd’hui nous montrent que nous vivons souvent dans la plus complète illusion.
Beaucoup d’entre nous croient qu’ils choisissent Dieu, comme on choisit un métier, une maison, une épouse. En réalité, c’est Dieu qui nous choisit. Ecoutons ce qu’il dit au prophète Jérémie : « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais » (Jr 1, 5). Dieu nous a choisis, Dieu nous a voulus et ceci avant même que nous soyons conçus. C’est dire la responsabilité que nous avons par rapport à toute vie humaine, et ceci dès la conception. Aucune vie ne nous appartient même si nous en sommes à l’origine. Rappelons-nous cela au moment où nous préparons des lois pour trier les embryons comme on trie des lentilles, pour fabriquer des enfants comme on fabrique des voitures, pour supprimer les vieillards comme on achève les chevaux.
Nous sommes prêts à accueillir Dieu, à condition que ce soit un Dieu à notre mesure. Nous choisissons un Dieu à notre image. Comme les habitants de Nazareth qui sont tout d’abord fiers d’avoir un prophète sorti de chez eux, et qui se mettent en colère lorsque Jésus ne correspond pas à leur désir et qu’ils comprennent qu’il est venu pour le monde et pas pour eux. Nous avons la tentation d’instrumentaliser Dieu pour le mettre en notre camp, au détriment des autres.
Nous voulons choisir notre religion comme on choisit sa boisson gazeuse au supermarché. Ainsi les habitants de Nazareth n’ont pas voulu recevoir ce simple fils de charpentier, banal et qu’ils croient connaître par cœur. De même, dans les années 1970, en France, un nombre important de nos contemporains se sont tournés vers le bouddhisme, Krishna et les religions orientales. Leur propre religion chrétienne leur paraissait sans aucun intérêt et ils l’abandonnèrent allègrement. Leurs enfants et petits-enfants aujourd’hui m’écrivent des lettres de catéchumènes. Ils se préparent à recevoir le baptême, fascinés par la personne de Jésus-Christ que leurs parents n’ont pas voulu leur apprendre. Ils redécouvrent le trésor qui a formé et inspiré ce qu’il y a de meilleur dans notre patrie.
Nous voulons choisir d’aimer à notre manière, pour, comme on disait alors : « jouir sans entraves », profiter de la vie, se donner du plaisir. Après bien des dégâts, des souffrances multiples et une déstructuration de la société où les relations sont devenus liquides, inconsistantes, on se rend compte que cet amour égoïste, cet amour possessif, n’est pas l’amour, même pas un ersatz. L’amour en effet « prend patience, rend service, ne jalouse pas ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ». « Il ne cherche pas son intérêt, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais » (I Co 13). C’est cet amour seul qui peut nous rendre heureux et restaurer l’image divine déposée en nous dès la création. Le Christ nous l’a révélé par sa vie et par ses paroles : « Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13).
Cet amour constitue notre vocation à laquelle Dieu nous appelle dès avant notre naissance. Cet amour nous a créés. Cet amour seul nous humanise et nous fait accéder à la communion avec le Père.
+Michel Aupetit, Archevêque de Paris.
Supposez que vous vouliez aller à la pêche pour ramener un maximum de poissons. Iriez-vous avec un pêcheur professionnel ou avec un charpentier fils de charpentier ? Bien sûr avec un pêcheur professionnel : Pierre. Et oui, mais dans cet évangile le professionnel est dépassé par plus grand que lui.
Supposez qu’il faille annoncer par toutes les Nations la sainteté de Dieu. Qui choisiriez-vous ? Un saint, bien sûr ! Quelqu’un qui, sans atteindre la sainteté de Dieu, s’en rapproche par sa perfection personnelle. Mais là encore vous vous êtes trompés... C’est un homme impur aux lèvres impures que Dieu choisi : Isaïe.
Enfin, si vous aviez à annoncer une nouvelle invraisemblable à des étrangers incapables de l’entendre. Qui choisiriez-vous ? Quelqu’un qui a vu de ses yeux les événements qu’il rapporte. Un solide qui a fait ses preuves. Eh bien non, c’est un avorton, comme il se décrit lui-même, un persécuteur de ceux qui annonçaient la nouvelle en question, ce cher saint Paul.
Nous connaissons tous cette phrase que Dieu prononce au livre d’Isaïe : « Mes pensées ne sont pas vos pensées » (Is 55, 8). Mais alors comment comprendre l’articulation entre la « compétence » et la « grâce » ? Entre le nécessaire travail de l’homme et le don de Dieu ?
En effet, quand le Christ retourne avec Pierre, c’est bien ce dernier qui lance les filets, les ramène et met les poissons dans la barque. Sa compétence est honorée.
C’est parce qu’il est pêcheur que le prophète Isaïe comprend la grandeur de la sainteté de Dieu.
Enfin saint Paul est un grand théologien formé au pied de Gamaliel en même temps qu’un être passionné et plein de courage.
Nous comprenons alors comment la grâce de Dieu qui seule assure une véritable fécondité passe aussi par la compétence des hommes. N’est-ce pas ce que nous disons au moment de l’offertoire : « Tu es béni, Dieu de l’univers toi qui nous donne ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes » ? Et voilà comment nous comprenons ce que disait saint Ignace de Loyola : « Agir comme si tout dépendait de notre action et prier comme si tout dépendait de Dieu ».
Nous sommes donc affrontés à deux tentations. La première est de croire que tout dépend de nous et que seule notre efficacité est nécessaire. C’est de la prétention. Ce que le pape François appelle le « nouveau pélagianisme ».
La seconde consiste à ne rien faire en pensant que Dieu accomplira sans nous sa volonté. C’est de la paresse.
Voilà pourquoi dans notre Église les chrétiens doivent se former spirituellement et intellectuellement pour pouvoir se mettre au service de la grâce qui toujours les précède. Car rappelez-vous la parabole du semeur : c’est dans la bonne terre que la semence peut germer. Nous savons que cette bonne terre est celle que le laboureur a préparée, retournée pour que la semence ne se dessèche sur un sol pierreux ou ne s’étouffe au milieu des ronces.
Soyons donc ces bras dont Dieu se sert dans son amour et sa bienveillance.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
L’homme et la femme ont désobéi à Dieu. Dieu les a-t-il punis en raison de leur désobéissance ? Non, ce n’est pas une punition.
Mais l’homme et la femme, en n’écoutant pas Dieu, provoquent une rupture avec lui. Le serpent avait dit à la femme : « Vous serez comme des dieux ». C’est une tentation permanente de notre humanité que celle de prendre la place de Dieu. Mais l’expérience montre que lorsqu’on veut se débarrasser de Dieu dans l’illusion d’être plus libre, on n’engendre souvent que la barbarie qui écrase la dignité de l’homme, en particulier des plus faibles. Car la dignité vient du fait que chaque homme est à l’image de Dieu parce qu’il porte en lui le souffle de Dieu.
Dieu est amour. Il n’est pas possible à l’humanité d’aimer comme Dieu, sauf si Dieu lui donne son amour, l’Esprit-Saint. Se mettre à la place de Dieu, c’est se couper de la source de l’amour. L’homme et la femme vivaient dans l’harmonie divine et donc ils vivaient aussi en harmonie entre eux. L’harmonie est rompue. Qui peut la rétablir ? Le Seigneur lui-même ! C’est pourquoi Dieu, en son Fils, s’est fait homme. Jésus est donc à la fois vrai Dieu et vrai homme. Il rétablit le lien entre le Créateur et l’humanité. Il a aimé de l’amour même de Dieu dans un cœur humain. La multiplication des pains est le signe de la surabondance de son amour. Avec presque rien, il peut nourrir une foule entière. Il suffit que nous acceptions de participer. Il bénit le pain et le donne à ses disciples pour qu’ils le distribuent. C’est ainsi que nous, qui sommes baptisés, disciples du Christ, nous sommes les mains de Dieu quand nous accueillons l’amour dont il nous aime.
C’est comme cela que nous pourrons vivre chacun notre vocation. Comme saint Jean Paul II qui a donné sa vie pour que le monde connaisse Jésus, parfaite image du Dieu d’amour. Ou comme le bienheureux Frédéric Ozanam qui, dans le mariage, a manifesté envers son épouse tout l’amour qu’il a reçu de Dieu. Chacun d’eux a pu témoigner de cet amour dans sa vie. Ils ont ainsi manifesté pour le monde une grande lumière.
Jésus nous appelle chacun par notre nom parce qu’il nous connaît personnellement. Quand il dit : « Viens suis moi », c’est pour que nous accueillions tout l’amour qu’il veut nous transmettre de la part du Père. Il le réalise quand il nous donne l’Esprit-Saint qui est l’amour du Père et du Fils et que vous recevez en plénitude le jour de votre confirmation pour accomplir cette vocation à la sainteté. Lorsque chacun de nous aura accueilli cet amour de Dieu pour en vivre comme les saints, le monde sera changé, transfiguré. C’est là le rôle des chrétiens. C’est là votre mission.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
Est-ce notre destinée ? Sommes-nous condamnés à connaître des petits bonheurs successifs qui disparaissent a jamais ?
Le bonheur est cette recherche éternelle de l’homme depuis toujours. Comment être comblé ? L’expérience nous montre qu’il y a toujours ce sentiment d’insatisfaction, d’incomplétude qui nous fait chercher plus loin un bonheur qui semble inaccessible.
Quelquefois nous sommes comblés mais jamais durablement. Si nous avons la chance de vivre un vrai bonheur, nous aurons toujours cette échéance inévitable : la mort.
Qu’est-ce qui nous donne le sentiment du bonheur ?
Nous nous rendons compte que nous sommes vraiment heureux lorsque nous aimons et lorsque nous sommes aimés. Le luxe satisfait la mollesse mais ne comble pas. Il faudra toujours plus de richesses. Le pouvoir satisfait l’orgueil, mais ne comble pas. Là aussi il en faudra toujours plus et on gravit l’échelle sociale sans être totalement satisfait.
Pourtant lorsque nous aimons vraiment nous voudrions fixer le temps. Nous voudrions que ce moment heureux devienne éternel. Et c’est bien ce que le Christ est venu nous offrir : l’éternité de l’amour. Cela s’appelle la béatitude.
Déjà, Jérémie donnait la source du bonheur : « Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur » (Jr 17,7). C’est Dieu qui est la source de l’amour, et donc du bonheur. Le bonheur durable s’appelle la béatitude et n’existe qu’en Dieu.
Dans l’évangile, la béatitude semble n’être qu’un bonheur paradoxal : « Heureux les pauvres, les persécutés, les affamés, heureux êtes-vous quand on dira du mal de vous ». En réalité, le bonheur ne vient pas de ces situations difficiles, mais simplement du fait que Dieu s’occupe alors de nous : il nous enrichit de son Royaume, il vient lui-même nous consoler….
C’est ainsi que l’amour éternel dépasse les frontières de la vie terrestre. Nous ne sommes pas soumis aux aléas des petits bonheurs terrestres mais à l’immensité de l’amour de Dieu.
La résurrection du Christ dont parle Saint Paul est le signe de l’amour qui triomphe de la haine, de la vie qui triomphe de la mort. Voilà pourquoi il est impensable que des chrétiens ne croient pas à la résurrection du Seigneur. Elle est le gage de leur foi, leur espérance et l’assurance de la charité. Grâce à la résurrection, le bonheur devient durable et s’établit en éternelle béatitude. Voilà pourquoi saint Paul affirme : « Si le Christ n’est pas ressuscité (…) vous êtes les plus malheureux des hommes » (I Co 15, 14).
Élargissons notre bonheur aux dimensions divines et il pourra devenir dès à présent béatitude. Pour cela il faut apprendre de l’Esprit Saint à nous aimer les uns des autres en Dieu et rien ne pourra nous terrasser.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.
La première question qui se pose est de savoir si l’Église est une communauté de gens parfaits, une élite de la sainteté que Dieu préserverait du mal en laissant le reste de l’humanité dans la turpitude et la déchéance. En fait, il n’en a jamais été ainsi à aucun moment de son histoire, même quand le Christ vivait au milieu de nous. Autour de lui il y avait aussi des lâches, des traîtres, des renégats.
Le Seigneur lui-même nous a prévenus : dans le champ où il a semé le bon grain, il existe aussi l’ivraie que le diable a semée dans la nuit, c’est-à-dire dans les ténèbres de l’âme humaine.
Prenons la figure de David. Dans l’épisode qui nous est rapporté aujourd’hui, il montre une extraordinaire grandeur d’âme en épargnant Saül, ce roi fou de jalousie qui voulait le tuer. Il agit ainsi en raison de sa foi. En revanche, quand il a pris la femme de son lieutenant Urie pour coucher avec elle, et qu’il n’a pas hésité à faire tuer son serviteur fidèle pour éviter le scandale, le roi David se montre sous un jour moins sympathique. Et ce n’est plus au nom de Dieu qu’il agit, mais en raison de cette ivraie qu’il y a dans le cœur de l’homme : les pulsions désordonnées, la lâcheté, l’absence de scrupules, la folie meurtrière.
Saint Paul nous le dit : il y a le premier Adam, homme pétri de la terre, mal dégrossi et le second Adam, Jésus, qui vient du Ciel. « Ce qui vient d’abord c’est le physique ; ensuite seulement vient le spirituel ». Nous sommes tous sans exception partagés entre ce premier homme marqué de faiblesse et celui qui vient du Ciel et dont nous devons refléter l’image.
C’est ainsi que chacun de nous est mis devant une véritable alternative : consentir au péché ou se convertir. Consentir au péché, c’est vouloir rester dans sa fange en justifiant ses turpitudes. Se convertir, c’est opérer un retournement vers Dieu et changer véritablement de vie. Ceci est vrai que nous soyons clercs ou laïcs.
C’est bien le combat de toute l’Église, c’est-à-dire le combat de chacun de nous. La ligne de démarcation entre l’ivraie et le bon grain qui poussent ensemble dans le champ ne se situe pas entre les bons et les méchants mais à l’intérieur de chacun de nos cœurs.
Depuis les commencements, l’Église a porté le message d’amour de notre Seigneur Jésus au monde entier. Sans elle ce message ne serait jamais parvenu jusqu’à aujourd’hui. Elle ne l’a ni transformé ni défiguré pour l’adapter aux modes du moment. Elle l’a transmis et vécu dans son intégralité grâce à ceux qui se sont laissé sanctifier par l’Esprit-Saint sans que le péché des hommes puisse l’altérer.
C’est un message révolutionnaire, comme nous venons de l’entendre dans l’évangile d’aujourd’hui. Il ne suffit plus d’avoir de bonnes relations. La règle d’or commune à toutes les civilisations qui nous dit « ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent », devient dans la bouche du Christ « ce que vous voulez que les autres fassent pour vous faites-le aussi pour eux ».
Ce n’est plus le minimum exigé pour la vie commune, c’est la révolution de l’amour qui va jusqu’à aimer ses ennemis, à faire du bien ceux qui nous haïssent, à prier pour ceux qui nous calomnient.
Nous sommes bien au-delà des sentiments humains, nous entrons dans une volonté divine qui éclaire notre liberté. C’est ce que signifie notre prière : « que ta volonté soit faite ».
Ce message inouï qui, non seulement change la face de la terre, mais ouvre à tous les portes du Ciel, nous a été donnée par Jésus-Christ, lui qui a été jusqu’au bout du pardon et de l’amour des ennemis.
Frères et sœurs, nous avons été baptisés pour devenir enfants de Dieu et annoncer le salut à tous les hommes pour qu’ils y trouvent la joie. Oui, le Christ nous a sauvés de la mort et du péché. Sa résurrection annonce la victoire de la vie sur la mort et de la miséricorde sur le péché.
Ensemble, nous sommes son Eglise. Et comme le disait Jeanne d’Arc : « M’est avis que du Christ et de l’Église, c’est tout un ». Si la barque est secouée par la tempête, nous sommes confiants. Nous savons qu’il est là avec nous, même s’il semble dormir.
Pour terminer, je vous révèle un des secrets de ma prière : Chaque jour je prie pour ne pas être moi-même objet de scandale car, comme tous les consacrés, j’ai donné ma vie pour que le plus grand nombre de mes frères humains puissent connaître cette joie de la rencontre suprême. Si une parole de ma part, un comportement inadéquat, devaient faire tomber un seul de ces petits qui croient en Jésus-Christ, je serais alors dans la plus profonde des douleurs. Voilà pourquoi nous devons nous porter mutuellement dans la prière.
+ Michel Aupetit,
archevêque de Paris
La question qui nous est posée est donc celle-ci : où est mon trésor ? Qu’est-ce qui est le plus important pour moi ? Nous sommes tous obligés de hiérarchiser. On ne peut pas tout faire, tout avoir. Il faut faire des choix. Et pour faire un choix, il faut savoir ce qui est le plus important pour moi.
Pourquoi, pour qui, suis-je capable de tout abandonner ? Pourquoi, pour qui, vais-je donner ma vie ?
Car le plus important est bien de savoir ce que j’aime vraiment. Le Seigneur nous l’a rappelé : « Il y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».
Donner sa vie, c’est aimer vraiment. Et accueillir la vie ? Y a-t-il un rapport ? Faut-il donner sa vie pour accueillir la vie ?
Attendre un enfant, accueillir la vie est une des joies humaines les plus profondes. Quand cette attente est déçue, cela génère une souffrance extrême, et je voudrais dire ma communion à tous ceux qui portent une telle souffrance…
La Bible en parle à plusieurs reprises. Rappelez-vous, la mère de Samson, Anne, la mère du prophète Samuel, Elisabeth, la mère de Jean le Baptiste, toutes ont été confrontées à cette souffrance. Et rappelez-vous le cri de Rachel envers son mari Jacob : « Fais-moi un enfant ou je meurs ». Vous connaissez la détresse de Jacob qui ne peut que répondre : « Suis-je Dieu ? »
Il est intéressant de voir aussi la figure de Sarah, la femme d’Abraham, qui ne pouvait pas avoir d’enfants. Suivant la loi mésopotamienne, c’est sa servante Agar qui portera l’enfant d’Abraham. Mais Dieu avait promis qu’Abraham aurait une descendance par Sarah et celle-ci alors qu’elle était déjà trop âgée a mis au monde Isaac. La leçon qu’il faut en tirer est que la véritable fécondité ne peut naître que de l’amour.
Cet amour trouve sa source en Dieu. C’est ce que nous explique saint Jean dans la deuxième lecture. Avoir l’amour du Père céleste est différent des « désirs égoïstes de la nature humaine », c’est-à-dire « le désir de regard ou l’orgueil de la richesse » (1 Jn 2,16). Le désir donne du plaisir, certes. Mais c’est l’amour qui donne la vie.
Dans le livre de la Genèse, lorsque Dieu crée les êtres vivants, il insuffle en eux son haleine de vie. Dieu créé les vivants, mais la vie, c’est Dieu lui-même qui se donne.
Aussi, il faut se poser la question : comment accueillons-nous les dons de Dieu ? Est-ce de manière subalterne ? Est-ce que cela compte vraiment pour nous ? Est-ce que cela change quelque chose dans ma vie ?
Je crois qu’accueillir un enfant est du même ordre. Je ne peux pas l’accueillir de manière subalterne. Est-ce que je suis prêt à bousculer ma vie, notre vie et à permettre à celui qui va venir de transformer radicalement mes projets, mes plans de carrière, mon petit confort ?
Cela est vrai de Dieu, cela est vrai aussi d’un enfant. C’est sans doute pour cela que Jésus disait qu’il faut accueillir le Royaume des Cieux à la manière d’un enfant.
+Michel Aupetit, archevêque de Paris.