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Jésus a commandé à ses disciples de « ressusciter les morts »
Méditation de l'Evangile du dimanche 9 mars 2008, cinquième dimanche de carême
La résurrection du coeur
Les histoires de l'Evangile ne sont pas écrites uniquement pour être lues mais aussi pour être re-vécues. L'histoire de Lazare a été écrite pour nous dire ceci : il y a une résurrection du corps et une résurrection du coeur ; la résurrection du corps aura lieu « au dernier jour », mais celle du coeur se produit, ou peut se produire, chaque jour.
C'est la signification de la résurrection de Lazare que la liturgie a voulu mettre en évidence à travers le choix de la première lecture d'Ezéchiel sur les ossements desséchés. Le prophète a une vision : il voit une immense étendue d'ossements desséchés et comprend qu'ils représentent le moral du peuple qui est au plus bas. Les gens disent : « Notre espérance est détruite, c'en est fait de nous ». La promesse de Dieu leur est adressée : « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir... Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez ». Même dans ce cas, il ne s'agit pas de la résurrection finale des corps mais de la résurrection actuelle des coeurs à l'espérance. Ces cadavres, est-il expliqué, reprirent vie, se mirent debout sur leurs pieds et étaient une « grande, immense armée ». C'était le peuple d'Israël qui recommençait à espérer, après l'exil.
De tout cela nous déduisons quelque chose que nous savons aussi par expérience : que l'on peut être mort, même avant de...mourir, en étant encore dans cette vie. Et je ne parle pas seulement de la mort de l'âme à cause du péché ; je parle également de cet état d'absence totale d'énergie, d'espérance, d'envie de lutter et de vivre que l'on ne peut appeler par une expression plus appropriée que celle de « mort du coeur ».
Pour tous ceux qui, pour les raisons les plus diverses (échec d'un mariage, trahison du conjoint, fourvoiement ou maladie d'un enfant, revers de fortune, dépression, incapacité de sortir de l'alcoolisme, de la drogue) se trouvent dans cette situation, l'histoire de Lazare devrait arriver comme le son des cloches le matin de Pâques.
Qui peut nous apporter cette résurrection du coeur ? Nous savons qu'aucun remède humain ne peut venir à bout de certains maux. Les paroles d'encouragement laissent derrière elles le terrain même qu'elles ont trouvé. Chez Marthe et Marie il y avait aussi « beaucoup de Juifs... venus manifester leur sympathie à Marthe et à Marie, dans leur deuil » mais leur présence n'avait rien changé. Il faut faire appeler Jésus, comme le firent les soeurs de Lazare. L'invoquer, comme les personnes ensevelies sous une avalanche ou sous les décombres d'un tremblement de terre attirent l'attention des secouristes par leurs gémissements.
Souvent, les personnes qui se trouvent dans cette situation ne sont en mesure de rien faire, ni même de prier. Elles sont comme Lazare dans la tombe. Il faut que d'autres fassent quelque chose pour elles. Jésus adressa un jour ce commandement à ses disciples : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts » (Mt 10, 8). Que voulait-il dire ? Que nous devons ressusciter les morts physiquement ? Si c'est le cas, les saints qui ont mis en pratique ce commandement de Jésus tout au long de l'histoire, se comptent sur les doigts de la main. Non, Jésus signifiait également et surtout les personnes dont le coeur est mort, celles qui sont mortes spirituellement. En parlant de son fils prodigue, le père disait : il « était mort et il est revenu à la vie » (Lc 15, 32). Et il ne s'agissait certes pas d'une mort physique puisqu'il était revenu à la maison.
Le commandement : « Ressuscitez les morts » s'adresse donc à tous les disciples du Christ, et également à nous ! Parmi les oeuvres de miséricorde que nous avons apprises lorsque nous étions enfants, il y en avait une qui disait : « enterrer les morts » ; maintenant nous savons qu'il y aussi celle de « ressusciter les morts ».


« Si quelqu'un veut être le premier... »
Commentaire de l'Évangile du dimanche 24 septembre 2006
Si quelqu'un veut être le premier...
« S'étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ». Par ces paroles Jésus condamne-t-il par hasard le désir d'exceller, de faire de grandes choses dans la vie, de donner le meilleur de soi-même, et privilégie-t-il au contraire l'apathie, un esprit de renoncement, la paresse ? C'est ce que pensait le philosophe Friedrich Nietzsche. Il se sentit le devoir de combattre férocement le christianisme, coupable selon lui d'avoir introduit dans le monde le « cancer » de l'humilité et du renoncement. Dans son ouvrage « Ainsi parlait Zarathustra » il oppose à cette valeur évangélique celle de la « volonté de puissance », incarnée par le surhomme, l'homme de la « grande santé », qui veut s'élever et non s'abaisser.
Il est possible que les chrétiens aient parfois mal interprété la pensée de Jésus et donné lieu à ce malentendu. Mais ce n'est certes pas ce que veut nous dire l'Evangile : « Si quelqu'un veut être le premier... ». Il est donc possible de vouloir être le premier, ce n'est pas interdit, ce n'est pas un péché. Jésus non seulement n'interdit pas, par ces paroles, le désir de vouloir être le premier, mais il l'encourage. Il révèle seulement une manière nouvelle et différente pour y parvenir : non pas au détriment des autres, mais en faveur des autres. Il ajoute en effet : « ...qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ».
Mais quels sont les fruits de l'une et l'autre manière d'être le premier ? La volonté de puissance conduit à une situation dans laquelle l'un domine et les autres servent ; l'un est rendu « heureux » (s'il peut exister un bonheur en cela), les autres malheureux ; un seul en sort vainqueur, tous les autres vaincus ; l'un domine, les autres sont dominés.
Nous savons avec quels résultats l'idéal du surhomme fut mis en pratique par Hitler. Mais il ne s'agit pas seulement du nazisme ; presque tous les maux de l'humanité viennent de là. Dans la deuxième lecture de ce dimanche, saint Jacques se pose l'éternelle et angoissante question : « D'où viennent les guerres ? » Jésus nous donne la réponse dans l'Evangile : du désir de dominer ! La domination d'un peuple sur un autre, d'une race sur l'autre, d'un parti sur les autres, d'un sexe sur l'autre, d'une religion sur l'autre...
Dans le service en revanche, tous bénéficient de la grandeur de l'un. Celui qui est grand dans le service, est lui-même grand et rend les autres grands ; au lieu de s'élever au-dessus des autres, il élève les autres avec lui. Alessandro Manzoni conclut son évocation poétique des actions de Napoléon par la question : « Fut-ce une vraie gloire ? Aux descendants l'ardue sentence ». Ce doute, si ce fut une vraie gloire, ne se pose pas pour Mère Teresa de Calcutta, Raoul Follereau et tous ceux qui chaque jour servent la cause des pauvres et des blessés de la guerre, souvent au péril de leur propre vie.
Un seul doute demeure. Que faut-il penser de l'antagonisme dans le sport et de la concurrence commerciale ? Ces choses sont-elles également condamnées par la parole du Christ ? Non, lorsqu'elles entrent dans les limites de l'honnêteté sportive et commerciale, ces choses sont bonnes, elles servent à élever le niveau des prestations physiques et... faire baisser les prix dans le commerce. Indirectement, elles servent au bien commun. L'invitation de Jésus a être le dernier ne s'applique certes pas aux courses cyclistes et aux compétitions de Formule un !
Le sport permet précisément de mettre en lumière la limite de cette grandeur par rapport à celle du service. « Dans les courses du stade, tous courent mais un seul obtient le prix », dit saint Paul (1 Co 9, 24). Il suffit de penser à ce qui se passe à la fin d'une finale de 100 mètres : le vainqueur jubile, il est entouré des photographes et porté en triomphe ; tous les autres s'éloignent tristes et humiliés. « Tous courent mais un seul obtient le prix ».
Saint Paul tire cependant des courses d'athlétisme également un enseignement positif : « L'athlète se prive de tout », ne devrions-nous pas nous aussi faire, pour la couronne impérissable de la vie éternelle ce qu'ils font eux pour une couronne périssable ? En avant donc pour la nouvelle course inventée par le Christ, que gagne celui qui se fait le dernier de tous et le serviteur de tous.


« Notre société a besoin de fortes doses d'Esprit Saint »
Commentaire de l'Évangile du dimanche 13 janvier 2008
Jésus lui-même a donné une explication de ce qui s'est passé pour lui au cours de son baptême dans le Jourdain. De retour du Jourdain, dans la synagogue de Nazareth, il applique à lui-même les paroles d'Isaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction... ». Pierre utilise ce même terme d'onction dans la deuxième lecture, en parlant du baptême de Jésus : « Dieu l'a oint de l'Esprit Saint et de puissance... » (1)
Il s'agit d'un concept fondamental pour la foi chrétienne. Il suffit de rappeler que le nom Messia en hébreu et Christos en grec signifient précisément cela : Oint. Nous nous appelons nous-mêmes chrétiens, disaient les Pères antiques, car nous avons été oints, à l'image du Christ, l'Oint par excellence. Dans notre langage, le mot « oint » a de nombreuses significations, pas toutes positives. Dans l'antiquité, l'onction était un élément important de la vie. Les athlètes s'enduisaient le corps avec de l'huile pour être sveltes et agiles dans les courses, les hommes et les femmes s'enduisaient le corps d'huiles parfumées pour être beaux et avoir le visage resplendissant. Il existe aujourd'hui, dans ce même but, une infinité de produits et crèmes en tous genres, en grande partie également dérivés de différents types d'huiles.
En Israël, le rite avait une signification religieuse. Les rois, les prêtres et les prophètes s'enduisaient d'un onguent parfumé. Ceci était le signe qu'ils étaient consacrés au service divin. En Jésus Christ, toutes ces onctions symboliques deviennent réalité. Lors de son baptême dans le Jourdain, il est consacré roi, prophète et prêtre éternel, par Dieu le Père. Non pas par l'utilisation d'une huile matérielle, mais par l'huile spirituelle qui est l'Esprit du Seigneur, « l'huile d'allégresse », comme l'appelle un psaume. Ceci explique pourquoi l'Eglise donne une telle importance à l'onction avec le saint chrême. Il y a un rite d'onction dans le baptême, dans la confirmation, dans la consécration des prêtres, et il y a une onction des malades (jadis appelée « extrême onction »), parce qu'à travers ce rite, on participe à l'onction du Christ, c'est-à-dire à sa plénitude d'Esprit Saint. On devient littéralement « chrétiens », c'est-à-dire oints, consacrés, appelés, dit saint Paul, à répandre dans le monde « la bonne odeur du Christ ».
Essayons de voir ce que tout cela nous dit, à nous, aujourd'hui. Il est actuellement à la mode de parler d'aromathérapie. Il s'agit de l'utilisation des huiles essentielles (c'est-à-dire celles qui distillent un parfum) pour maintenir en bonne santé ou pour soigner certains troubles. Internet est rempli de publicités sur l'aromathérapie. Celles-ci ne se limitent pas à promettre un bien-être physique ; il y a aussi les « parfums de l'âme », par exemple le parfum pour obtenir « la paix intérieure ».
Il ne m'appartient pas de porter un jugement sur cette médecine alternative. Je vois cependant que les médecins invitent à se méfier de cette pratique qui n'est pas prouvée scientifiquement et qui comporte même dans certains cas, des contre-indications. Ce que je veux dire, c'est qu'il existe une aromathérapie sûre, infaillible, qui ne comporte aucune contre-indication : celle qui est faite avec l'arôme spécial, l'onguent parfumé, qui est l'Esprit Saint !
Cette aromathérapie à base d'Esprit Saint guérit les maladies de l'âme et parfois, si Dieu le veut, aussi celles du corps. Il y a un negro spiritual qui ne fait que répéter continuellement ces quelques mots : « Il y a un baume à Gilead qui guérit les âmes blessées » (There is a balm in Gilead / to make the wounded whole...). Gilead, ou Galaad, est une localité célèbre dans l'Ancien Testament pour ses parfums et ses baumes (cf. Jr 8, 22). Le cantique se poursuit en disant : « Parfois je me sens découragé et je pense que mon travail est inutile, mais l'Esprit Saint redonne alors vie à mon âme » (Sometimes I feel discouraged and think my work's in vain but then the Holy Spirit revives my soul again). Galaad est pour nous l'Eglise, et le baume qui guérit est l'Esprit Saint. Il est l'effluve parfumée que Jésus a laissée derrière lui, en passant sur cette terre.
L'Esprit Saint est un spécialiste des maladies du mariage. Le mariage consiste à se donner l'un à l'autre, c'est le sacrement du don. L'Esprit Saint est le don devenu personne ; c'est le don du Père au Fils et du Fils au Père. Là où il arrive renaît la capacité de se donner et avec elle la joie et la beauté de vivre ensemble.
Le philosophe Heidegger a émis un jugement alarmant sur l'avenir de la société humaine : « Seul un dieu peut nous sauver », a-t-il dit. Moi je dis que ce Dieu qui peut nous sauver existe, c'est l'Esprit Saint. Notre société a besoin de fortes doses d'Esprit Saint.


« Mais pour vous qui suis-je ? »
Méditation de l'Évangile du dimanche 26 novembre 2006
Voici qu'il vient parmi les nuées...
Dans l'Evangile d'aujourd'hui, Pilate demande à Jésus : « Es-tu le roi des Juifs ? » et Jésus répond : « C'est toi qui dis que je suis roi ». Peu de temps auparavant Caïphe lui avait posé la même question sous une autre forme : « Es-tu le Messie, le Fils du Dieu béni ? » et là également Jésus avait répondu par l'affirmative : « Je le suis ! » (Mc 14, 61-62). Selon l'Evangile de Marc, Jésus renforce même cette réponse en citant et en appliquant à lui-même ce que le prophète Daniel avait dit du Fils de l'homme qui vient avec les nuées du ciel et reçoit le royaume qui ne passe jamais (1ère lecture). Une vision grandiose dans laquelle le Christ apparaît à la fois dans l'histoire et au-dessus de l'histoire, à la fois temporel et éternel.
A côté de cette image glorieuse du Christ nous trouvons, dans les lectures de cette fête [du Christ Roi, ndlr], l'image de Jésus humble et souffrant, plus soucieux de faire de ses disciples des rois que de régner sur eux. Dans le passage tiré de l'Apocalypse il est défini comme Celui « qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous le royaume et les prêtres de Dieu son Père ».
Il a toujours été difficile de garder unies ces deux prérogatives du Christ - majesté et humilité - dérivant de ses deux natures, divine et humaine. L'homme d'aujourd'hui n'a pas de difficulté à reconnaître en Jésus l'ami et le frère universel, mais il a du mal à le proclamer également Seigneur et lui reconnaître un vrai pouvoir sur lui.
Si nous considérons les films sur Jésus, cette difficulté saute aux yeux. En général, le cinéma opte pour le Jésus doux, persécuté, incompris, proche de l'homme au point de partager ses luttes, ses rébellions, son désir d'une vie normale. C'est la ligne de Jésus Christ Superstar et, plus cru et désacralisant, La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese. Pier Paolo Pasolini, dans l'Evangile selon Matthieu nous présente lui aussi ce Jésus ami des apôtres et des hommes, à notre portée, même s'il possède une certaine dimension de mystère, exprimée avec beaucoup de poésie, surtout à travers quelques silences extrêmement efficaces. Seul Franco Zeffirelli, dans son Jésus de Nazareth s'est efforcé de conserver ces deux aspects. Jésus y est présenté comme un homme parmi les hommes, avenant et accessible, mais, dans le même temps, comme quelqu'un qui, avec ses miracles et sa résurrection, nous place devant le mystère de sa personne qui transcende l'humain.
Il ne s'agit pas de discréditer les tentatives de proposer à nouveau en termes accessibles et populaires la vie de Jésus. A son époque, Jésus ne se sentait pas offensé si « les gens » le considéraient comme l'un des prophètes. Il demandait cependant aux apôtres : « Mais pour vous qui suis-je ? » sous-entendant que les réponses des gens n'étaient pas suffisantes.
Le Jésus que l'Eglise nous présente aujourd'hui, à l'occasion de la fête du Christ Roi, est le Jésus complet, profondément humain et transcendant. A Paris est conservée, sous protection spéciale, la « barre » qui sert à établir la longueur exacte du mètre, afin que cette unité de mesure, introduite à partir de la révolution française, ne s'altère pas avec le temps. De même, dans la communauté des croyants qui est l'Eglise, est conservée la vraie image de Jésus de Nazareth qui doit servir de critère pour mesurer la légitimité de toute représentation de Jésus dans la littérature, le cinéma et l'art.
Il ne s'agit pas d'une image fixe et inerte à conserver sous vide, comme le mètre, mais d'un Christ vivant qui grandit dans la compréhension même de l'Eglise, grâce également aux questions et aux provocations toujours nouvelles posées par la culture et le progrès humain


« LAISSEZ-VOUS RECONCILIER AVEC DIEU »
Prédication du vendredi saint, 25 mars 2016
« Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation […].Nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. Car il dit dans l’Écriture : Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut! (2 Cor 5, 18-21- 6,1-2).

Ce sont les paroles de Saint Paul dans sa deuxième lettre aux Corinthiens. L’appel de l’apôtre à se réconcilier avec Dieu ne regarde pas la réconciliation historique entre Dieu et l’humanité (celle-ci – il vient de le dire – a eu lieu par le Christ sur la croix) ; ni même la réconciliation sacramentelle qui a lieu dans le baptême et dans le sacrement de la réconciliation; il renvoie à une réconciliation existentielle et personnelle à mettre en pratique maintenant, dans l’instant présent. L’appel s’adresse aux chrétiens de Corinthe qui sont baptisés et vivent dans l’Eglise depuis longtemps ; il s’adresse donc aussi à nous, maintenant et ici. « Le moment favorable, le jour du salut » c’est, pour nous, l’année de la miséricorde que nous sommes en train de vivre.

Mais que signifie, dans un sens existentiel et psychologique, se réconcilier avec Dieu? Une des causes, peut-être la principale, de l’éloignement de l’homme moderne de la religion et de la foi est l’image déformée que celui-ci a de Dieu. Quelle est, en effet, l’image « prédéfinie » de Dieu dans l’inconscient humain collectif? Pour le découvrir, posons-nous la question: « Quelle association d’idées faisons-nous et comment réagissons-nous, sans même réfléchir, quand, dans la prière du « Notre Père », arrive le moment de dire: « Que ta volonté soit faite » ?

On prononce la phrase en baissant intérieurement la tête, comme résigné, comme si on se préparait au pire. Inconsciemment, on relie la volonté de Dieu à tout ce qui est désagréable, douloureux, à ce qui, d’une façon ou d’une autre, sera vu comme quelque chose qui porte atteinte à la liberté et au développement individuel, nous mutile. Un peu comme si Dieu était l’ennemi de toute fête, de toute joie et de tout plaisir. Un Dieu hargneux et inquisiteur.

Dieu est vu comme l’Etre suprême, le Tout-puissant, le Seigneur du temps et de l’histoire, c’est-à-dire comme une entité qui s’impose à l’individu de l’extérieur; aucun détail de la vie humaine ne lui échappe. Enfreindre sa Loi entraine inexorablement un désordre qui exige une réparation adéquate que l’homme sait ne pas être en mesure de lui donner. D’où la peur et parfois cette sourde rancune contre Lui. Nous avons là les restes de l’idée païenne de Dieu, jamais tout à fait déracinée, et peut-être bien indéracinable, du cœur humain. Toute la tragédie grecque est basée sur ça; Dieu intervient, par punition divine, pour remettre en place l’ordre moral troublé par la faute. Tout dérive de cette image de Dieu « jaloux » de l’homme que le serpent à l’origine instilla en Adam et Eve.

Certes, dans le christianisme, la miséricorde de Dieu n’a jamais été ignorée! Mais on ne lui reconnaissait pour seule tâche que celle de modérer les rigueurs absolues de la justice. La miséricorde était l’exception, pas la règle. L’année de la miséricorde est l’occasion pour ramener au jour la vraie image du Dieu biblique, un Dieu qui ne se limite pas à faire miséricorde, mais qui est miséricorde.

Cette affirmation audacieuse se base sur le fait que « Dieu est amour » (1 Jn 4, 8.16). Dans la Trinité seulement, Dieu est amour, sans être « miséricorde ». Que le Père aime le Fils, n’est pas une grâce ou une concession ; c’est une nécessité ; il a besoin d’aimer pour exister en tant que Père. Que le Fils aime le Père, n’est pas un acte de miséricorde ou une grâce ; même très libre, c’est une nécessité ; il a besoin d’être aimé et d’aimer pour être « Fils ». Pareil pour l’Esprit Saint qui est l’amour personnifié.

C’est quand Dieu crée le monde et y met des créatures libres, que son amour cesse d’être de l’ordre de la nature et devient une grâce. Cet amour est une libre concession, qui pourrait ne pas exister; il est ḥesed, grâce et miséricorde. Le péché de l’homme ne change pas la nature de cet amour, mais provoque en lui un saut de qualité: de la miséricorde comme don on passe à la miséricorde comme pardon. D’un amour de donation, on passe à un amour de souffrance, parce que Dieu souffre de voir son amour refusé. « J’ai fait grandir des enfants, je les ai élevés, mais ils se sont révoltés contre moi » (Is 1, 2). Demandons à tant de pères et tant de mères qui en ont fait l’expérience, s’il ne s’agit pas là d’une souffrance, et parmi les plus amères de la vie.

* * *

Et qu’en est-il de la justice de Dieu? Serait-elle oubliée, sous-estimée? Saint Paul a répondu une fois pour toutes à cette question. Dans sa Lettre aux Romains, il commence son annonce du salut en disant: « Maintenant la justice de Dieu s’est révélée» (Rom 3, 21). On se demande : quelle justice ? Celle qui donne « unicuique suum », à chacun ce qui lui revient, autrement dit des récompenses ou des châtiments selon ses mérites? Bien sûr, le jour arrivera où cette justice de Dieu, qui consiste à donner à chacun ce qu’il mérite, aura lieu. Car, comme écrit l’apôtre, Dieu, « rendra à chacun selon ses œuvres. Ceux qui font le bien avec persévérance et recherchent ainsi la gloire, l’honneur et une existence impérissable, recevront la vie éternelle ; mais les intrigants, qui se refusent à la vérité pour se donner à l’injustice, subiront la colère et la fureur » (Rom 2, 6-8).

Mais l’apôtre ne parle pas de cette justice-là quand il écrit: « Maintenant la justice de Dieu s’est révélée». Dans le premier cas il s’agit d’un événement futur, dans le deuxième d’un événement en cours, qui se réalise « maintenant ». Si ce n’était pas le cas, l’affirmation de Paul serait absurde, démentie par les faits. Du point de vue de la justice rétributive, rien n’a changé dans le monde avec la venue du Christ. On continue, disait Bossuet[01], à voir souvent les coupables sur le trône et les innocents à l’échafaud ; mais pour qu’on ne croit pas qu’il existe une quelconque justice ou ordre fixe dans le monde, même si dans le sens opposé, voilà qu’il nous arrive parfois de voir le contraire, autrement dit l’innocent sur le trône et le coupable à l’échafaud. Non, ce n’est pas cela la nouveauté apportée par le Christ. Ecoutons ce que nous dit l’apôtre:

« Tous les hommes ont péché, ils sont privés de la gloire de Dieu, et lui, gratuitement, les fait devenir justes par sa grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus. Car le projet de Dieu était que le Christ soit instrument de pardon, en son sang, par le moyen de la foi. C’est ainsi que Dieu voulait manifester sa justice, lui qui, dans sa longanimité, avait fermé les yeux sur les péchés commis autrefois. Il voulait manifester, au temps présent, en quoi consiste sa justice, montrer qu’il est juste et rend juste celui qui a foi en Jésus. » (Rm 3, 23-26).

Dieu manifeste sa justice, en manifestant sa miséricorde! Voilà la grande révélation. L’apôtre dit que Dieu est « juste et rend juste », c’est-à-dire qu’il est juste avec lui-même, quand il rend juste l’homme ; il est à la fois amour et miséricorde; c’est pourquoi il est juste avec lui-même – c’est-à-dire, qu’il se montre vraiment pour ce qu’il est – quand il exerce sa miséricorde.

Mais on ne comprend rien de tout cela, si l’on ne comprend pas ce que veut dire exactement l’expression « justice de Dieu ». Il y a risque que l’on entende parler de cette justice mais qu’au lieu de nous sentir encouragés, nous en ayons peur parce qu’on ignore son sens. Saint Augustin l’avait déjà clairement expliqué: « La ‘justice de Dieu’, écrivait-il, est celle par laquelle sont justes les hommes que Dieu justifie par sa grâce, exactement comme ‘le salut du Seigneur’ (salus Domini) (Sal 3,9) est celui par lequel le Seigneur nous sauve »[02]. En d’autres termes, la justice de Dieu est l’acte par lequel Dieu rend justes ceux qui croient en son Fils. Ce n’est pas se faire justice, mais rendre justes.

Luther a eu le mérite de ramener au jour cette vérité, après des siècles d’oubli, du moins dans la prédication chrétienne, et c’est de cela que la chrétienté est surtout redevable à la Réforme, qui célèbrera l’année prochaine son cinquième centenaire. « Quand je découvris cela, avait écrit plus tard le réformateur, je me sentis carrément renaître et il me sembla entrer au paradis même par des portes grandes ouvertes »[03].Mais Augustin et Luther ne furent pas les premiers à expliquer de la sorte le concept de « justice de Dieu » ; les Ecritures elles-mêmes l’avaient fait avant eux:

« Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde.” (Tt 3, 4-5). « Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. » (Ep 2, 4-5)

Donc dire que « la justice de Dieu s’est manifestée », revient à dire que Dieu a manifesté sa bonté, son amour, et sa miséricorde. Non seulement la justice de Dieu ne contredit pas sa miséricorde, mais c’est en cela qu’elle consiste!

* * *

Qu’est-il arrivé de si important sur la croix qui justifie un changement aussi radical dans le destin de l’humanité ? Dans son livre sur Jésus de Nazareth, Benoît XVI écrit:

« L’injustice, le mal comme réalité, ne peut pas être simplement ignoré, ne peut être laissé là. Il doit être éliminé, vaincu. C’est là seulement la vraie miséricorde. Et puisque les hommes n’en sont pas capables, Dieu lui même s’en charge maintenant – c’est là la bonté inconditionnelle de Dieu »[04] .

Dieu ne s’est pas contenté de pardonner à l’homme ses péchés. Il a fait infiniment plus, il a pris sur lui ces péchés, les a portés sur ses épaules. Le fils de Dieu, dit saint Paul, « s’est fait péché pour nous ». Une parole terrible! Déjà au Moyen Age certains avaient du mal à croire que Dieu exige la mort de son Fils pour se réconcilier avec le monde. Saint Bernard leur répondait: « Ce n’est pas la mort du Fils qui lui a plu mais sa volonté de mourir spontanément pour le salut du monde »: « Non mors placuit sed voluntas sponte morientis »[05]. Ce n’est donc pas la mort qui nous a sauvés mais l’amour!

L’amour de Dieu a rejoint l’homme dans ses retranchements les plus extrêmes, c’est-à-dire dans la mort. La mort du Christ devait apparaître aux yeux de tous comme la preuve suprême de la miséricorde de Dieu envers les pécheurs. Et c’est pourquoi elle n’a pas non plus la majesté d’une mort solitaire, mais liée à la mort de deux brigands. Jésus veut rester l’ami des pécheurs jusqu’au bout. Il meurt donc comme eux et avec eux.

* * *

L’heure est venue de nous rendre compte que l’opposé de la miséricorde n’est pas la justice, mais la vengeance. Jésus n’a pas opposé la miséricorde à la justice, mais à la loi du talion: « Œil pour œil dent pour dent ». En pardonnant les péchés, Dieu ne renonce pas à la justice, mais à la vengeance; il ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et vive (cf. Ez 18, 23). Jésus sur la croix n’a pas demandé au Père de venger sa cause ; il lui a demandé de pardonner à ceux qui l’ont crucifiés.

La haine et la brutalité des attaques terroristes de cette semaine à Bruxelles nous aident à comprendre la force divine contenue dans les dernières paroles du Christ: «Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font» (Lc 23, 34). Pour grande qu’elle soit la haine des hommes, l’amour de Dieu a été, et sera, toujours plus fort. C’est à nous qu’elle est adressée, dans les circonstances actuelles, l’exhortation de l’apôtre Paul: «Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12,

Nous devons démythifier la vengeance! Celle-ci est devenue un mythe envahissant qui contamine tout et tout le monde, à commencer par les enfants. Une grande partie des histoires portées à l’écran et des jeux électroniques sont des histoires de vengeance, que l’on fait parfois passer pour une victoire du gentil héros. 50%, voire plus, de la souffrance présente dans le monde (quand il ne s’agit pas de maux naturels) vient du désir de vengeance, tant dans les relations interpersonnelles que dans les rapports entre Etats et peuples.

Dostoïevski a dit que « la beauté sauvera le monde »[06]; mais la beauté peut aussi porter à la ruine. La miséricorde est la seule chose qui puisse vraiment sauver le monde! La miséricorde de Dieu pour les hommes et des hommes entre eux. Et celle-ci peut sauver, aujourd’hui tout particulièrement, ce qu’il y a de plus précieux et de plus fragile en ce moment dans le monde : le mariage et la famille.

Dans le mariage il arrive en quelque sorte ce qui est arrivé entre Dieu et les hommes, dans leurs relations, que l’Eglise décrit en utilisant justement l’image des noces. Au tout début, disais-je, est présent l’amour, pas la miséricorde. Dans le mariage aussi, au début il n’y a que l’amour. On ne se marie pas par miséricorde mais par amour. Mais après des années, ou des mois, de vie commune, des limites commencent à apparaître de part et d’autre, des problèmes de santé, de finance, des enfants. La routine s’installe et la joie s’éteint.

Ce qui peut sauver un mariage de la dégringolade et l’aider à remonter la pente c’est la miséricorde, comprise au sens biblique, c’est-à-dire non seulement comme pardon réciproque mais comme un « revêtement de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience » (Col 3, 12). La miséricorde ajoute l’agape à l’eros, l’amour du don de soi et la compassion à celui de la recherche. Dieu « prend pitié » de l’homme (Ps 102, 13): mari et femme ne devraient-ils pas prendre pitié l’un de l’autre? Et ne devrions-nous pas, nous qui vivons en communauté, avoir pitié les uns des autres, au lieu de nous juger?

Prions. Père céleste, pour les mérites de ton Fils qui « s’est fait péché » sur la croix pour nous, sors le désir de vengeance du cœur des personnes, des familles et des peuples, et fais-nous aimer la miséricorde. Fais en sorte que l’intention du Saint-Père à proclamer cette année sainte de la miséricorde, trouve une réponse concrète dans nos cœurs et nous fasse tous connaître la joie d’être réconcilié avec Toi au plus profond de nous mêmes. Ainsi soit-il !

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[01] Jacques-Bénigne Bossuet, « Sermon sur la Providence » (1662), dans Œuvres de Bossuet, éd. B. Velat et Y. Champailler (Paris, coll. « La Pléiade », 1961), p. 1062.

[02] Saint Augustin, L’Esprit et la lettre, 32,56 (PL 44, 237).

[03] Martin Luther, Préface aux œuvres latines, ed . Weimar, 54, p. 186.

[04] Cf. J. Ratzinger – Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Partie II, Librairie éditrice du Vatican, 2011, p. 151.

[05] Saint Bernard de Clairvaux, Contre les erreurs d’Abélard, 8, 21-22 (PL 182, 1070).

[06] F. Dostoïevski, L’Idiot, partie III, chap. 5.



Marcher vers l’unité des chrétiens - réflexion sur Unitatis redintegratio
Cinquième prédication de carême, 18 mars 2016
1. Le mouvement œcuménique après Vatican II

L’herméneutique moderne a permis de se familiariser avec la logique de l’ « histoire des effets » (Wirkungsgeschichte) de Hans-Georg Gadamer. Selon cette méthode, pour comprendre un texte il faut tenir compte des effets que celui-ci produit dans l’histoire, en s’insérant dans cette histoire et dialoguant avec elle[01]. Tel principe, appliqué à l’interprétation des Ecritures, se révèle d’une grande actualité. Il nous dit qu’on ne saurait bien comprendre l’Ancien Testament qu’en tenant compte de son accomplissement dans le Nouveau Testament et comprendre le Nouveau Testament qu’en tenant compte des fruits qu’il a produits dans la vie de l’Eglise. La méthode historique et philologique, c’est-à-dire l’étude des « sources », des influences, qu’un texte a subit, ne suffit donc pas ; il faut aussi tenir compte des influences que celui-ci a exercé. C’est la règle formulée par Jésus longtemps auparavant, en disant que chaque arbre se reconnaît à son fruit (cf. Lc 6, 44).

Toutes proportions gardées, ce principe – nous l’avons vu dans les précédentes méditations – s’applique aussi aux textes du concile Vatican II. Aujourd’hui je voudrais montrer comment il s’applique tout particulièrement au décret sur l'œcuménisme, Unitatis redintegratio, thème de notre méditation aujourd’hui. Cinquante années de marche et de progrès dans l'œcuménisme montrent les virtualités contenues dans ce texte. Après avoir rappelé les raisons profondes qui induisent les chrétiens à rechercher l’unité entre eux, et avoir pris acte, à cet égard, de la diffusion d’un nouveau comportement parmi les croyants des différentes Eglises, voici comment les pères conciliaires illustrent les objectifs du document:

« Voilà pourquoi le Concile, considérant avec joie tous ces faits, après avoir exposé la doctrine relative à l’Église, pénétré du désir de rétablir l’unité entre tous les disciples du Christ, veut proposer à tous les catholiques les moyens, les voies et les modes d’action qui leur permettront à eux-mêmes de répondre à cet appel divin et à cette grâce. »[02]

Les réalisations, ou les fruits, de ce document furent de deux ordres. Sur le plan doctrinal et institutionnel, il y a eu la création d'un « Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens »; puis l’ouverture de dialogues bilatéraux avec la quasi totalité des confessions chrétiennes pour promouvoir une meilleure connaissance réciproque et des échanges d’opinion, permettant de surmonter les préjugés.

A côté de cet œcuménisme officiel et doctrinal, s’est développé dès le début un œcuménisme de la rencontre et de la réconciliation des cœurs. En 50 ans, il y a eu dans ce domaine, de célèbres rencontres : entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras, puis toutes celles entre Jean Paul II, Benoît XVI et les chefs des différentes églises chrétiennes, et celles du pape François avec le patriarche Bartholomée en 2014. Dernièrement, celle avec le patriarche Cyrille de Moscou à Cuba qui a ouvert au mouvement œcuménique de nouveaux horizons.

Toutes les initiatives au cours desquelles les croyants de différentes Eglises se rencontrent pour prier et proclamer ensemble l’Evangile, entrent dans cet œcuménisme spirituel, sans aucune intention de prosélytisme et en restant chacun totalement fidèle à sa propre Église. J’ai eu la grâce de participer à tant de ces rencontres. Le souvenir de l’une d’elle est encore très vif en moi parce qu’elle fut comme une prophétie visuelle de ce vers quoi devrait nous amener le mouvement œcuménique.

En 2009 se tint à Stockholm une grande manifestation de foi appelée « Jesus manifestation », « Manifestation pour Jésus ». Le dernier jour, les croyants des différentes Églises, chacun par une rue différente, avançaient en procession vers le centre-ville. Le petit groupe de catholiques aussi, sous la conduite de l’évêque local, nous avancions de notre côté en priant. Arrivés au centre, les rangs se sont rompus et on ne formait plus qu’une immense foule proclamant la seigneurie du Christ. Devant une foule de 18 000 jeunes et des passants stupéfaits. Cette manifestation qui se voulait « pour » Jésus, s’était transformée en une puissante manifestation « de » Jésus. Dans un pays qui n’a pas l’habitude de ce genre de manifestations religieuses, on pouvait presque toucher du doigt sa présence.

Ces développements du document sur l’œcuménisme sont eux aussi fruit de l’Esprit Saint et signe d’une nouvelle Pentecôte. Comment le Seigneur ressuscité avait-il fait pour convaincre les apôtres à s’ouvrir aux gentils et les accueillir au sein de la communauté chrétienne? Il avait conduit Pierre chez le centurion Corneille, l’avait fait assister à la venue de l’Esprit sur les personnes qui étaient là. Les manifestations sont les mêmes que celles vécues par les apôtres lorsque l’Esprit est descendu sur eux à la Pentecôte : parler en langue étrangère, glorifier Dieu à voix haute. Pierre n’avait plus qu’à en tirer les conclusions: « Si Dieu leur a fait le même don qu’à nous, parce qu’ils ont cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je, moi, pour empêcher l’action de Dieu ? » (Ac 11, 17).

Le Seigneur Ressuscité est en train de faire la même chose aujourd’hui. Il envoie son Esprit et ses charismes sur les croyants des différentes Eglises, même sur celles que nous pensions si distantes de nous, souvent avec les mêmes manifestations visibles. Comment ne pas voir en cela un signe qui nous pousse à nous accepter et à nous reconnaître mutuellement comme des frères, même si notre marche vers une unité plus pleine sur le plan visible est toujours en cours ? Ce fut, de toute façon, ce qui m’a converti moi à l’amour pour l’unité des chrétiens, habitué comme j’étais, par mes études préconciliaires, à ne voir les orthodoxes et protestants que comme des « adversaires » à réfuter dans nos thèses de théologie.

2. Un an avant le Vème centenaire de la réforme protestante (1517)

Au carême de l’année dernière, j’ai voulu montrer les résultats auxquels était arrivé, au niveau théologique, le dialogue œcuménique avec l’orient orthodoxe. J’ai intitulé le livret qui réunit ces méditations « Deux poumons, une seule respiration » qui dit à lui seul ce vers quoi nous tendons et qui s’est, en grande partie, déjà réalisé[03]. A cette occasion je voudrais attirer l’attention sur nos relations avec l’autre grand interlocuteur du dialogue œcuménique, le monde protestant, sans entrer dans les questions historiques et doctrinales, mais pour montrer comment tout nous pousse à progresser dans nos efforts visant à recomposer l’unité de l’occident chrétien.

Une circonstance rend cet effort particulièrement actuel. Le monde chrétien se prépare à célébrer le cinquième centenaire de la Réforme en 2017. Il est vital pour l’avenir de l’Eglise de ne pas gâcher cette occasion, en restant prisonniers du passé, ou se bornant à utiliser des tons plus iréniques lorsqu’il s’agit de déterminer les torts et les raisons de part et d’autre. C’est le moment, je crois, de faire un saut de qualité, comme lorsqu’un bateau arrive à l’écluse d’un fleuve ou d’un canal qui lui permettrait de poursuivre sa navigation à un niveau supérieur.

En 50 ans, la situation a profondément changé, mais comme toujours, on peine à en prendre acte. Les questions qui provoquèrent la séparation entre l’Eglise de Rome et la Réforme au XVIème siècle furent surtout les indulgences et la façon dont se réalise la justification de l’impie. Mais pouvons-nous dire que ceci est le problème décisif pour l’homme d’aujourd’hui? A une conférence organisée au centre « Pro unione » de Rome, le cardinal Walter Kasper faisait remarquer à juste titre que si pour Luther le problème existentiel numéro un consistait à surmonter le sentiment de culpabilité et obtenir un Dieu bienveillant, aujourd’hui on assistait plutôt à l’inverse. Le problème est : comment redonner à l’homme d’aujourd’hui le vrai sens du péché qu’il a totalement perdu.

Je crois que toutes les discussions sur la foi et les œuvres qu’il y a eu entre catholiques et protestants au fil des siècles, ont fini par nous faire perdre de vue le cœur du message de Paul. Ce que l’apôtre tient surtout à affirmer dans la lettre aux Romains 3 ce n’est pas tant que nous devenons justes par la foi, mais que nous devenons justes par la foi en Jésus Christ. La personne de Jésus Christ est le cœur du message, avant même la grâce et la foi.

L’apôtre, après avoir présenté l’humanité dans sa condition universelle de péché et de perdition, dans les deux précédents chapitres de sa Lettre, a le courage incroyable de proclamer que cette situation a maintenant radicalement changé « en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus », « par l’obéissance d’un seul homme » (Rom 3, 24; 5, 19).

L’affirmation selon laquelle on reçoit le salut par la foi et non par les œuvres que l’on pratique, est présente dans le texte et c’était ce qu’il y avait de plus urgent à mettre en lumière au temps de Luther, quand il était pacifique, du moins en Europe, qu’il était question de foi en Jésus Christ et de grâce du Christ. Mais celle-ci vient en deuxième, pas en premier. Nous avons commis l’erreur de réduire à un problème d’écoles, interne au christianisme, ce qui était pour l’apôtre une affirmation d’une portée bien plus vaste et cosmique. Aujourd’hui nous sommes appelés à redécouvrir et proclamer ensemble le fond du message de Paul.

Dans la description des batailles médiévales il y a toujours un moment où, passés les archers, la cavalerie et tout le reste, la mêlée se concentre autour du roi… Dans la bataille de la foi, la personne de Jésus Christ est aujourd’hui le véritable enjeu. En termes d’évangélisation, nous avons besoin de revenir aux apôtres. Il y a une analogie entre notre temps et le leur. Ils avaient devant eux un monde pré-chrétien; en Occident, nous avons devant nous un monde largement post-chrétien.

Quand Paul veut résumer en une phrase l’essence du message chrétien, il ne dit pas: « Nous vous annonçons telle ou telle doctrine »; il dit: « Nous proclamons le Christ crucifié » (1 Cor 1,23), et : « Nous proclamons Jésus Christ le Seigneur » (2 Cor 4,5). C’est celui-ci le vrai « articulus stantis et cadentis Ecclesiae », c’est-à-dire l’article par lequel l’Eglise reste debout ou s'écroule.

Cela ne signifie pas ignorer tout ce que la Réforme protestante a produit de nouveau et de valable, tant dans le domaine de la théologie que celui de la spiritualité, surtout avec la réaffirmation du primat de la Parole de Dieu. Cela signifie plutôt permettre à toute l’Eglise de bénéficier de ses conquêtes positives, après avoir libéré celles-ci de certains excès et durcissements dus à l’atmosphère surchauffée du moment, aux ingérences de la politique et aux polémiques successives.

La « déclaration conjointe sur la doctrine de la justification », signée le 31 octobre 1999 entre l’Eglise catholique et la fédération mondiale des Eglises luthériennes[04], représente un pas significatif dans cette direction. Il y est dit en conclusion:

« La compréhension de la doctrine de la justification présentée dans cette déclaration montre qu’il existe entre luthériens et catholiques un consensus dans des vérités fondamentales de la doctrine de la justification. A la lumière de ce consensus sont acceptables les différences qui subsistent dans le langage, les formes théologiques et les accentuations particulières dans la compréhension de la justification. […] C’est pourquoi les présentations luthérienne et catholique de la foi en la justification sont, dans leurs différences, ouvertes l’une à l’autre et ne permettent plus d’infirmer le consensus atteint dans des vérités fondamentales. »[05].

J’étais présent quand l’accord fut proclamé à Saint-Pierre durant les Vêpres solennelles présidées par Jean Paul II et par l’archevêque d’Uppsala, Bertil Werkström. Une observation faite par le pape au cours de l’homélie me frappa. Si je me souviens bien il a dit: le moment est venu d’arrêter de faire de cette doctrine de la justification par la foi un sujet de luttes et de disputes entre théologiens, et de chercher au contraire à aider tous les baptisés à faire de cette vérité une expérience personnelle et libératrice. Depuis ce jour-là, à chaque fois que j’en avais l’occasion dans mes prédications, je n’ai cessé d’exhorter nos frères à faire cette expérience.

Toute l’Eglise devrait prêcher la justification par la foi en Jésus Christ et avec plus de vigueur que jamais. Non plus en opposition aux « bonnes œuvres », une question dépassée et résolue, mais en opposition, éventuellement, à la prétention du monde sécularisé de pouvoir se sauver tout seul, en utilisant sa propre science, la technique, ou des techniques spirituelles de son invention. Je suis convaincu que s’ils étaient vivants aujourd’hui c’est comme ça que Luther, Calvin et les autres réformateurs prêcheraient la justification gratuite par la foi!

« Les sociétés modernes – lit-on dans un livre qui a fait son temps – sont construites sur la science. Elles lui doivent leur richesse, leur puissance et la certitude que des richesses et des pouvoirs bien plus grands encore seront demain, s’il le veut, accessibles à l’Homme […]. Armées de tous les pouvoirs, jouissant de toutes les richesses qu’elles doivent à la science, nos sociétés tentent encore de vivre et d’enseigner des systèmes de valeurs, déjà ruinés, à la racine, par cette science»[06].

Des systèmes de valeurs dépassés. Pour l’auteur, il s’agit naturellement des systèmes religieux. Jean-Paul Sartre arrive à la même conclusion en partant d’un point de vue philosophique. Il fait dire à un de ses personnages: « c’est moi qui m’accuse aujourd'hui, moi seul qui peux m’absoudre ; moi, l’homme. Si Dieu existe, l’homme est néant »[07]. C’est à ce type de défis lancés par le scientisme athée et par le sécularisme que les chrétiens d’aujourd’hui doivent répondre par la doctrine que l’homme devient juste devant Dieu, non pas par ses actions, mais par grâce et foi (cf. Gal 2, 16).

3. Au-delà des formules

Je suis persuadé que le rôle freinant des formules pèse lourdement sur le dialogue œcuménique avec les Églises protestantes. Je m’explique. Les énoncés doctrinaux et dogmatiques qui étaient à l’origine le fruit de processus vitaux et reflétaient le mouvement choral de la communauté et la vérité péniblement atteinte, tendent au fil du temps à se figer, à devenir des « mots d’ordre », des étiquettes pour indiquer une appartenance. La foi n’a plus pour terme ultime la réalité des choses, mais son énoncé. Nous sommes aux antipodes de ce qui devrait être selon la célèbre affirmation de Thomas d’Aquin: « Fides non terminatur ad enuntiabile, sed ad rem »: un acte de foi n’a pas pour terme ultime l’énoncé, mais la réalité[08].

Le formalisme est un phénomène déjà présent dans l’Antiquité, une fois terminée la phase créative des grands dogmes[09]. Seulement récemment, on a compris par exemple que les divisions au sein de l’Orient chrétien, entre les Églises chalcédoniennes et celles que l’on appelle Églises monophysites ou nestoriennes, s’appuyaient, le plus souvent, sur des formules et sur le sens diffèrent que chacune donnait aux termes ousia e hypostasis, qui ne touchaient pas à la substance de la doctrine. On a pu rétablir, ainsi, la communion entre et avec certaines Églises d’Orient.

Cet obstacle est particulièrement visible dans les relations avec les Églises de la Réforme. Foi et œuvres, Écriture et la tradition: au début ces oppositions sont compréhensibles et en partie justifiées. Mais elles deviennent vite trompeuses à force de les répéter et de vouloir les garder, comme si rien n’avait changé en 500 ans.

Prenons l’opposition entre la foi et les œuvres. Celle-ci a un sens si par « bonnes œuvres » on entend principalement (comme c’était hélas le cas au temps de Luther) les indulgences, les pèlerinages, les jeûnes, les aumônes, les chandelles votives et ainsi de suite. Elle devient trompeuse si par bonnes œuvres on entend les œuvres de charité et de miséricorde. Jésus, dans l’Evangile, nous prévient que sans elles on n’entre pas au royaume des cieux et lui sera obligé de dire: « Éloignez-vous de moi ». On ne devient donc pas justes devant Dieu pour de bonnes œuvres, mais on n’est pas sauvés sans elles. La justification est sans conditions, mais elle n’est pas sans conséquences. Nous le croyons tous, catholiques et protestants et le concile de Trente le disait déjà.

On doit dire la même chose pour l’opposition entre l’Ecriture et la tradition. Celle-ci refait surface dès qu’on touche au problème de la révélation, comme si les protestants n’avaient que la Sainte écriture et les catholiques l’Ecriture et la tradition ensemble. Mais en réalité aucune Eglise n’est sans une tradition qui lui est propre. Qu’est-ce qui explique l’existence de tant de dénominations différentes au sein du protestantisme, si ce n’est leur manière différente d’interpréter les Écritures ? Et qu’est-ce que la Tradition, dans son contenu le plus vrai, sinon la Sainte Écriture lue dans l’Eglise et par l’Eglise?

La formule luthérienne « Simul iustus et peccator », « à la fois juste et pécheur », elle non plus n’est pas un écueil insurmontable à la communion. La définition de l’Eglise comme « chaste prostituée » (casta meretrix) et comme « sainte et toujours à réformer », fait partie de la tradition catholique, depuis le temps des Pères[10]. Ce que l’on dit de l’Eglise dans son ensemble, comme corps du Christ, ne devrait-il pas s’appliquer aussi, de quelque manière, à chacun de ses membres?

Ce qui peut être sujet à une autre explication différente et complémentaire c’est la façon dont cette coprésence de sainteté et de péché dans l’homme sauvé est comprise. Dans le texte qui accompagne la déclaration conjointe sur la justification, l’explication de la formule « simul iustus et peccator » n’est pas en contraste avec la doctrine catholique. On y affirme que la justification opère un renouvellement réel dans la vie du baptisé, même si elle ne devient jamais un bien acquis, sur lequel on peut s’appuyer devant Dieu, mais reste toujours dépendante de l’action du Saint Esprit.

En 1974, une nouvelle étonna et amusa le monde entier. Un soldat japonais, envoyé dans une île des Philippines pour s’infiltrer entre l’ennemi et recueillir des informations, pendant la seconde guerre mondiale, avait vécu 30 ans caché ici et là dans la jungle, ne se nourrissant que de racines, fruits et quelque proie, convaincu que la guerre était toujours en cours et lui encore en mission. Quand on le retrouva, il y eu de la peine à le convaincre que la guerre était finie et qu’il pouvait rentrer chez lui, dans sa patrie. Je crois que c’est un peu ce qui se passe entre les chrétiens. Il y en a qu’il faut convaincre, dans les deux camps, que la guerre est finie, que les guerres de religion entre catholiques et protestants sont finies. On a bien d’autre chose à faire que de nous faire la guerre l’un et l’autre! Le monde a oublié, ou n’a jamais connu, son Sauveur, celui qui est la lumière du monde, le chemin, la vérité et la vie, et on perd notre temps à polémiquer entre nous?

4. L’unité dans la charité

Mais cette raison pratique ne suffit pas pour faire l’unité des chrétiens. Il ne suffit pas d’être unis sur le front de l’évangélisation et de l’action caritative. C’est le chemin qu’avait pris l'œcuménisme à ses débuts avec le mouvement « Vie et action » (« Life and Work »), mais qui se révéla vite insuffisant. Si l’unité des disciples doit refléter l’union qui lie le Père et le Fils, il doit être question avant tout d’unité d’amour, car c’est de cela qu’il s’agit dans la Trinité. Les trois personnes divines ne sont pas unies parce qu’elles « réalisent conjointement » la création et toutes les autres œuvres ad extra; elles le sont par essence même. Les Écritures nous exhortent à « vivre dans la vérité de l’amour – veritatem facientes in caritate »(Ep 4, 15). Et saint Augustin affirme que « l’on n’entre pas dans la vérité si ce n’est par l’amour – non intratur in veritatem nisi per caritatem»[11].

La chose extraordinaire, concernant ce chemin d’amour qui mène à l’unité, c’est qu’il est déjà grand ouvert devant nous. Nous ne pouvons pas « brûler les étapes » dans le domaine de la doctrine, car il y a des différences et celles-ci doivent se résoudre avec patience en des lieux appropriés. Par contre nous pouvons brûler les étapes en amour, et être pleinement unis, dès à présent. Le signe vraiment sûr de la venue de l’Esprit n’est pas de parler différentes langues, écrit encore saint Augustin, mais d’aimer l’unité: « Sachez que vous avez l’Esprit Saint quand vous consentez à ce que votre cœur adhère à l’unité par une charité sincère »[12].

Repensons à l’hymne à l’amour de saint Paul. Chaque phrase acquiert une signification actuelle et nouvelle, si on l’applique à l’amour entre membres des différentes Églises chrétiennes, dans nos relations œcuméniques:

« L’amour prend patience …
L’amour ne jalouse pas …
Il ne cherche pas son intérêt [ou uniquement l’intérêt de son Église].
Il n’entretient pas de rancune.
Il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais trouve sa joie dans ce qui est vrai [ne se réjouit pas des difficultés des autres Églises, mais se réjouit de leurs succès spirituels].
Il supporte tout, fait confiance en tout, espère tout, endure tout » (l Cor 13, 4 ss).

« S’aimer », on l’a dit, « ne signifie pas se regarder mutuellement, mais regarder ensemble dans la même direction ». Entre chrétiens aussi, s’aimer signifie regarder ensemble dans la même direction, vers le Christ. « Il est notre paix » (Ep 2, 14). En nous convertissant au Christ, en allant ensemble vers Lui, nous chrétiens nous nous rapprocherons également entre nous, jusqu’à former, comme il l’a demandé, « une seule chose avec lui et avec le Père » (cf. Jn 17, 21). Il arrive la même chose qu’aux rayons d’une roue. Ceux-ci partent de points loin de la circonférence, mais au fur et à mesure qu’ils se rapprochent du centre, ils se rapprochent aussi entre eux, jusqu’à ne former plus qu’un seul point. Il arrive comme ce jour-là à Stockholm …

Nous allons bientôt célébrer Pâques. Sur la croix Jésus « a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine […] Par lui, les uns et les autres, nous avons, dans un seul Esprit, accès auprès du Père » (Ep 2, 14.18). Ne manquons pas de le faire, pour la joie du Cœur du Christ et pour le bien du monde.

[01] Cf. H.G. Gadamer, Wahrheit und Methode, Tübingen 1960.

[02] UR, 1.

[03] Deux poumons, une seule respiration. Orient et Occident face aux grands mystères de la foi. Librairie éditrice du Vatican, 2015.

[04] On peut trouver le texte de la Déclaration conjointe dans l’Enchiridion Vaticanum (EV) 17,744-817.

[05] Ibid, n. 40.

[06] J. Monod, Le hasard et la nécessité, éd. du Seuil, 1973.

[07] J.-P. Sartre, Le diable et le bon Dieu, X, 4, Gallimard, Paris 1951, p. 267 s.

[08] S. Thomas d’Aquin, Somma teologica, II-IIae , q. 1,a.2,ad 2.

[09] G. L. Prestige, God in Patristic Thought, Londres 1952, chap. XIII; éd. française: Dieu dans la pensée patristique, Paris 1955 (Le triomphe du formalisme).

[10] Cf. H.U. von Balthasar, Casta meretrix, in Sponsa Chnristi, Morcelliana, Brescia, 1969.

[11] Augustin, Contra Faustum, 32, 18 (CCL 321, p. 779).

[12] Augustin, Sermons, 269, 3-4 (PL 38, 1236 s).


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