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Commentaire de l’Évangile du 24ème dimanche du temps ordinaire - Année C
La relation père-fils n’est pas moins importante que la relation homme-femme
La liturgie de ce dimanche prévoit la lecture de tout le chapitre quinze de l’Evangile de Luc, qui contient les trois paraboles dites « de la miséricorde » : la brebis perdue, la pièce d’argent perdue et le fils prodigue. « Un père avait deux fils… ». Ces trois ou quatre mots suffisent pour que celui qui a un minimum de familiarité avec l’Evangile s’exclame spontanément : parabole du fils prodigue ! J’ai déjà à d’autres occasions souligné la signification spirituelle de cette parabole ; je voudrais cette fois souligner un aspect peu développé mais extrêmement actuel et proche de la vie de cette parabole. Au fond, elle n’est que l’histoire d’une réconciliation entre père et fils et nous savons tous qu’une telle réconciliation est vitale, aussi bien pour le bonheur des parents que celui des enfants.

On pourrait se demander pourquoi la littérature, l’art, le monde du spectacle, la publicité, n’exploitent qu’un seul aspect des relations humaines : la relation sur fond érotique entre l’homme et la femme, entre mari et femme. Il semblerait qu’il n’existe pas autre chose dans la vie. La publicité et le monde du spectacle ne font que cuisiner le même plat avec mille sauces différentes. Nous omettons en revanche d’explorer un autre aspect des relations humaines, tout aussi universel et vital, une autre des grandes sources de joie de la vie : la relation père – fils, la joie de la paternité. En littérature, la seule œuvre qui traite vraiment de ce thème est la « Lettre au père », de F. Kafka (le célèbre roman « Pères et fils » de Tourguéniev ne traite pas en réalité de la relation entre pères et fils naturels mais entre générations différentes).

Si, en revanche, on creuse avec sérénité et objectivité dans le cœur de l’homme, on découvre que dans la majorité des cas, une relation réussie, intense et sereine avec ses enfants n’est pas, pour un homme adulte et mûr, moins important et moins épanouissant que la relation homme – femme. Et nous savons combien cette relation est également importante pour un fils ou une fille et le vide que laisse une rupture.

De même que le cancer attaque généralement les organes les plus sensibles chez l’homme et la femme, la puissance destructrice du péché et du mal attaque les centres les plus vitaux de l’existence humaine. Rien n’est plus soumis aux abus, à l’exploitation et à la violence que la relation homme – femme et rien n’est plus exposé à la déformation que la relation père – fils : autoritarisme, paternalisme, rébellion, refus, incommunicabilité.

Il ne faut pas généraliser. Il existe des cas de relations très belles entre père et fils et j’en ai moi-même connu plusieurs. Nous savons toutefois qu’il existe également, et ils sont plus nombreux, des cas négatifs de relations difficiles entre parents et enfants. Dans le livre d’Isaïe on lit cette exclamation de Dieu : « J’ai élevé des enfants, je les ai fait grandir, mais ils se sont révoltés contre moi » (Is 1, 2). Je crois qu’aujourd’hui, de nombreux parents savent, par expérience, ce que signifient ces paroles.

La souffrance est réciproque ; ce n’est pas comme dans la parabole, où la culpabilité est entièrement et uniquement celle du fils… Il existe des pères dont la souffrance la plus profonde dans la vie est celle d’être rejetés voire même méprisés par leurs enfants. Et il existe des enfants dont la souffrance la plus profonde et inavouée est celle de se sentir incompris, non estimés, voire même refusés par leur père.

J’ai insisté sur le côté humain et existentiel de la parabole de l’enfant prodigue. Mais il ne s’agit pas seulement de cela, c’est-à-dire d’améliorer la qualité de la vie en ce monde. Cela entre dans l’effort pour une nouvelle évangélisation, l’initiative d’une grande réconciliation entre pères et fils et le besoin d’une guérison profonde de leur relation. On sait combien la relation avec le père terrestre peut influencer, de manière positive ou négative, la relation avec le Père des Cieux et donc la vie chrétienne elle-même. Lorsque naquit le précurseur Jean-Baptiste, l’ange déclara que l’une de ses tâches aurait été de ramener le cœur des pères vers leurs enfants et le cœur des fils vers leurs pères (cf. Lc 1, 17). Une tâche plus actuelle que jamais.



Commentaire de l’Évangile du 2ème dimanche du temps ordinaire - Année C
Jésus est invité à un repas de noces
Jésus est invité à un repas de noces

L’Evangile du IIe Dimanche du Temps ordinaire est l’épisode des noces de Cana. Qu’a voulu nous dire Jésus en acceptant de participer à un repas de noces ? Il a ainsi, avant tout, honoré de manière concrète les noces entre l’homme et la femme, en répétant de manière implicite qu’il s’agit d’une chose belle, voulue par le créateur et bénie par lui. Mais il a également voulu nous enseigner autre chose. Par sa venue s’accomplissait dans le monde le mariage mystique entre Dieu et l’humanité qui avait été promis à travers les prophètes, sous le nom d’« alliance nouvelle et éternelle ». A Cana, le symbole et la réalité se rencontrent : le mariage humain entre deux jeunes est l’occasion de parler d’un autre mariage, le mariage entre le Christ et l’Eglise qui s’accomplira à « son heure », sur la croix.

Si nous voulons découvrir comment devraient être, selon la Bible, les relations entre l’homme et la femme dans le mariage, nous devons analyser les relations entre le Christ et l’Eglise. Essayons de le faire, en suivant la pensée de saint Paul sur ce sujet, telle qu’elle est exprimée dans Ephésiens 5, 25-33. Selon cette vision, à l’origine et au centre de tout mariage doit se trouver l’amour : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Eglise : il s’est livré pour elle ».

Cette affirmation selon laquelle le mariage est fondé sur l’amour, nous semble aujourd’hui évidente. Mais cela n’est reconnu que depuis un peu plus d’un siècle seulement, et pas partout. Pendant des siècles et des millénaires le mariage a été une transaction entre familles, une manière de pourvoir à la conservation du patrimoine ou à la main-d’œuvre pour le travail des chefs, ou une obligation sociale. Ce sont les parents et les familles qui prenaient les décisions et non les époux, qui ne faisaient souvent connaissance que le jour du mariage.

Jésus, dit encore saint Paul dans l’Epître aux Ephésiens, s’est donné lui-même « car il voulait se la [l’Eglise, ndlr] présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel ». Est-il possible, pour un mari humain, d’imiter le Christ époux, en cela également ? Peut-il ôter les rides de sa propre femme ? Bien sûr qu’il le peux ! Il y a des rides qui sont provoquées par l’absence d’amour, par le fait d’avoir été laissé seul. Celui qui se sent encore important pour son conjoint n’a pas de rides, ou, s’il en a, ce sont des rides différentes, qui augmentent et non diminuent la beauté.

Et les femmes, que peuvent-elles apprendre de leur modèle qui est l’Eglise ? L’Eglise se fait belle uniquement pour son époux, non pour plaire à d’autres. Elle est fière et enthousiaste de son époux, le Christ, et ne se lasse pas d’en faire les louanges. Traduit sur le plan humain, cela rappelle aux fiancées et aux femmes que leur estime et leur admiration est une chose très importante pour le fiancé ou le mari.

Il s’agit parfois pour eux de ce qui compte le plus au monde. Il serait grave qu’ils en manquent, il serait grave de ne jamais avoir une parole d’appréciation pour leur travail, leur capacité de gouverner, d’organiser, leur courage, le don d’eux-mêmes à la famille ; pour ce qu’il dit, s’il est un homme politique, ce qu’il écrit s’il est écrivain, ce qu’il crée, s’il est un artiste. L’amour se nourrit d’estime et meurt sans elle.

Mais ce que le modèle divin rappelle avant tout aux époux, c’est la fidélité. Dieu est fidèle, toujours, en dépit de tout. Aujourd’hui, la question de la fidélité est devenue une question particulièrement difficile, que personne n’ose plus aborder. Et pourtant le facteur principal de l’effritement de tant de mariages se trouve précisément dans l’infidélité. Certains ne sont pas d’accord et prétendent que l’adultère est l’effet et non la cause des crises matrimoniales. On trahit, en d’autres termes, car il n’existe plus rien avec son propre conjoint.

Parfois, cela pourra aussi être vrai ; mais très souvent il s’agit d’un cercle vicieux. On trahit parce que le mariage est mort, mais le mariage est mort précisément parce que l’on a commencé à trahir, peut-être dans un premier temps seulement avec le cœur. La chose la plus odieuse est que souvent précisément celui qui trahit fait retomber sur l’autre la faute de tout ce qui se passe et se comporte en victime.

Mais revenons au passage de l’Evangile car il contient un message d’espérance pour tous les couples humains, y compris les meilleurs. Ce qui se produisit lors des noces de Cana se produit dans tout mariage. Il commence dans l’enthousiasme et la joie (symbolisés par le vin) ; mais cet enthousiasme initial, comme le vin à Cana, se consume au fil du temps et vient à manquer. On fait alors les choses non plus avec amour et joie mais par habitude. Si l’on n’est pas attentif, une sorte de nuage de grisaille et d’ennui s’abat sur la famille. Il faut également dire, avec tristesse, de ces couples : « Ils n’ont plus de vin ! ».

Le passage de l’Evangile indique aux conjoints un chemin pour ne pas tomber dans cette situation, ou en sortir si l’on y est entré : inviter Jésus à son propre mariage ! S’il est présent, on peut toujours lui demander de répéter le miracle de Cana : transformer l’eau en vin. L’eau de l’habitude, de la routine, de la froideur, en un vin d’amour et de joie meilleurs que le premier, comme le vin multiplié à Cana. « Inviter Jésus à son propre mariage » signifie accorder à l’Evangile une place d’honneur chez soi, prier ensemble, recevoir les sacrements, prendre part à la vie de l’Eglise.

Les deux conjoints ne sont pas toujours au même niveau sur le plan religieux. L’un peut être croyant et l’autre non, ou au moins pas de la même manière. Dans ce cas, que celui des deux qui connaît Jésus l’invite aux noces et qu’il fasse en sorte que – par sa gentillesse, le respect pour l’autre, l’amour et la cohérence de sa vie – il devienne vite l’ami des deux. Un « ami de famille » !



MARIE DANS LE MYSTÈRE DU CHRIST ET DE L’ÉGLISE
Troisième prédication de l'Avent, 18 décembre 2015
1. La mariologie dans Lumen gentium

Cette dernière méditation de l’Avent a pour thème le chapitre VIII de la Constitution Lumen gentium, intitulé « La bienheureuse Vierge Marie, dans le mystère du Christ et de l’Église ». Ecoutons, à ce propos, ce que dit le Concile :

« La bienheureuse Vierge, prédestinée de toute éternité, à l’intérieur du dessein d’incarnation du Verbe, pour être la Mère de Dieu, fut sur la terre, en vertu d’une disposition de la Providence divine, l’aimable Mère du divin Rédempteur, généreusement associée à son œuvre à un titre absolument unique, humble servante du Seigneur. En concevant le Christ, en le mettant au monde, en le nourrissant, en le présentant dans le Temple à son Père, en souffrant avec son Fils qui mourait sur la croix, elle apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère »[01].

A côté du titre de Mère de Dieu et des croyants, le Concile utilise une autre catégorie fondamentale pour illustrer le rôle de Marie : celle du modèle, ou de la figure de l’Église :

« La bienheureuse Vierge, de par le don et la charge de sa maternité divine qui l’unissent à son fils, le Rédempteur, et de par les grâces et les fonctions singulières qui sont siennes, se trouve également en intime union avec l’Église : de l’Église, comme l’enseignait déjà saint Ambroise, la Mère de Dieu est le modèle dans l’ordre de la foi, de la charité et de la parfaite union au Christ »[02].

Avoir inséré la question de Marie dans la Constitution sur l’Église fut, on le sait, la plus grande nouveauté. En faisant cela, le Concile – non sans souffrances et déchirures – procédait à un profond renouvellement de la mariologie, par rapport aux siècles passés[03]. La question de Marie n’est plus discutée à part, comme si elle occupait une position intermédiaire entre le Christ et l’Église, mais rattachée à l’Église, comme c’était le cas à l’époque des Pères. Marie est vue – à la suite de saint Augustin – comme le membre le plus excellent de l’Église, mais un membre à par entière, intérieure à elle et non au dessus d’elle :

« Marie est sainte, Marie est bienheureuse, mais l’Église est plus importante que la Vierge Marie. Pourquoi ? Parce que Marie est une partie de l’Église, un membre saint, un membre excellent, un membre suréminent, mais pourtant un membre du corps tout entier. Si elle est membre du corps pris en son entier, le corps est plus assurément qu’un seul membre »[04].

Les deux réalités s’éclairent mutuellement. En effet, ce qui est dit sur l’Église nous éclaire sur Marie et ce qui est dit sur Marie nous éclaire sur l’Église, sur ce qu’elle est, c’est-à-dire « corps du Christ » et, comme tel, « un prolongement pour ainsi dire de l’incarnation du Verbe ». C’est ce que souligne saint Jean-Paul II dans son encyclique Redemptoris Mater : « Présenter Marie dans le mystère du Christ, c'est aussi pour le Concile une manière d'approfondir la connaissance du mystère de l'Église. »[05].

Autre nouveauté introduite dans le débat mariologique : l’insistance sur la foi de Marie[06]. Une question, là aussi, reprise et développée par Jean-Paul II qui en fait le sujet central de son encyclique sur Marie [07]. On assiste là aussi à un retour à la mariologie des Pères qui, plus que sur les privilèges de la Vierge, faisait levier sur sa foi, comme apport personnel à l’œuvre du salut. Là aussi, on reconnaît l’influence de saint Augustin :

« Marie a cru, et ce qu'elle a cru s'est accompli en elle... Lorsque l'Ange eut ainsi parlé, pleine de foi et recevant le Christ dans son âme avant de le recevoir dans son sein, elle répondit : Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole »[08].


2. Marie, Mère des croyants dans une perspective œcuménique

Maintenant, ce que je voudrais c’est mettre l’accent sur la portée œcuménique de cette mariologie issue du Concile, c’est-à-dire voir en quoi celle-ci peut aider – et elle le fait d’ailleurs déjà – à rapprocher catholiques et protestants sur un terrain aussi délicat et controversé que la dévotion à la Vierge.

Mais d’abord je tiens à clarifier un principe qui sera à la base des réflexions qui suivront. Si Marie se situe fondamentalement à l’intérieur de l’Église, il faut que les catégories et affirmations bibliques de départ, utilisées pour en savoir plus sur elle, aient trait aux personnes humaines qui forment l’Église, appliquées à elle « a fortiori », plutôt qu’aux personnes divines, appliquées à elle « par réduction ».

Pour comprendre correctement, par exemple, le délicat concept de la médiation de Marie dans l’œuvre du salut, il vaut mieux partir de la médiation « créaturale », ou par le bas, comme celle d’Abraham, des apôtres, des sacrements et de l’Église elle-même, plutôt que de la médiation divine et humaine du Christ. Car ce n’est pas entre Marie et le reste de l’Église que l’écart est le plus grand mais entre Marie et l’Église d’un côté, et le Christ et la Trinité de l’autre, autrement dit entre les créatures et le Créateur.

Nous en tirons la conclusion suivante : si Abraham, pour ce qu’il a fait, a mérité dans la Bible d’être appelé « notre père à tous », c’est-à-dire père de tous les croyants (cf. Rm 4, 16 ; Lc 16,24), on comprend mieux que l’Église n’hésite pas à appeler Marie « notre Mère à tous », mère de tous les croyants

Cette comparaison entre Abraham et Marie nous en dit encore plus, non seulement sur le titre qui lui est donné, mais sur le contenu aussi et le sens de celui-ci. L’appeler « Mère des croyants » est-il un simple titre honorifique, ou quelque chose de plus ? Ici on entrevoit la possibilité d’un discours œcuménique sur Marie. Calvin interprète le texte dans lequel Dieu dit à Abraham : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » (Gn 12, 3), en ce sens que « Abraham ne sera pas seulement un modèle, un maître, il deviendra une cause de bénédiction »[09]. Un grand exégète protestant de notre époque dit également ceci :

« On s’est demandé si les paroles de la Genèse 12, 3 [“En toi seront bénies toutes les familles de la terre”] avaient pour seul but d’affirmer qu’Abraham deviendra une espèce de formule pour bénir, et sa bénédiction un proverbe [...]. On doit revenir à l’interprétation traditionnelle qui interprète cette parole de Dieu “comme un ordre donné à l’histoire” (B. Jacob). Dans le plan salvifique de Dieu, Abraham se voit réserver le rôle de médiateur de la bénédiction pour toutes les générations de la terre »[10].

Tout cela nous aide à comprendre ce que la tradition, à partir de saint Irénée, dit sur Marie : qu’elle n’est pas seulement un exemple de bénédiction et de salut, mais aussi – et d’une façon qui ne dépend uniquement que de la grâce et de la volonté de Dieu – cause de salut. « Comme Eve – écrit saint Irénée – devint cause de mort pour elle et pour tout le genre humain en désobéissant, Marie (...), en obéissant, devint cause de salut pour elle et pour tout le genre humain »[11]. Les paroles de Marie : « désormais tous les âges me diront bienheureuse » (Lc 1, 48) sont à interpréter comme « un ordre de Dieu donné à l’histoire ».

Voir que les pionniers de la Réforme ont reconnu à Marie le titre et sa prérogative de Mère, également dans le sens de « notre mère » à tous et « mère du salut » est très encourageant. Lors d’une prédication à une messe de Noël, Luther avait dit : « Quel réconfort et bonté débordante de Dieu que l’homme, parce qu’il croit, peut vanter ce bien précieux : avoir Marie pour vraie mère, le Christ pour frère, Dieu pour Père. (...) Si tu as foi en cela, alors tu es vraiment assis sur les genoux de Marie et tu es son cher enfant »[12]. Zwingli, dans un sermon de 1524, appelle Marie « la pure Vierge Marie, mère de notre salut » et dit n’avoir jamais, à son propos, « pensé et encore moins enseigné ou affirmé quelque chose d’impie, honteux, indigne ou méchant »[13].

Alors comment en sommes-nous arrivés là ? Comment sommes-nous arrivés à cette situation d’embarras vis-à-vis de Marie chez nos frères protestants, au point que dans certains milieux rabaisser Marie, attaquer continuellement les catholiques sur ce sujet, et survoler tout ce que les Ecritures disent sur elle, est devenu monnaie courante ?

Ici n’est pas l’endroit idéal pour refaire l’Histoire ; je veux seulement parler de la voie qui, me semble-t-il, aiderait à sortir de cette triste situation concernant Marie. Cette voie passe par une reconnaissance sincère de notre part à nous, les catholiques, que, très souvent, surtout au cours de ces derniers siècles, nous avons contribué à rendre Marie inacceptable aux yeux de nos frères protestants, en l’honorant de manière parfois exagérée et irréfléchie, mais surtout en n’insérant pas sa dévotion dans un cadre biblique bien clair, où son rôle subordonné par rapport à la Parole de Dieu, à l’Esprit Saint et à Jésus lui-même, se verrait bien. La mariologie, au fil des siècles, a fini par devenir une vraie fabrique de nouveaux titres, de nouvelles dévotions, souvent en opposition avec les protestants, utilisant parfois Marie – notre Mère commune ! – comme une arme contre eux.

Face à ces tendances, le concile Vatican II a réagi de façon opportune. Il a recommandé que les fidèles « se gardent avec le plus grand soin de toute parole ou de tout geste susceptibles d’induire en erreur soit nos frères séparés, soit toute autre personne, sur la véritable doctrine de l’Église » sur ce point et a rappelé aux fidèles qu’ « une véritable dévotion ne consiste nullement dans un mouvement stérile et éphémère de la sensibilité, pas plus que dans une vaine crédulité »[14].

Côté protestant, il faut, je crois, prendre acte de l’influence négative qu’a eu, dans leur attitude envers Marie, la polémique anticatholique mais aussi le rationalisme. Marie n’est pas une idée mais une personne concrète, une femme, et comme telle ne se prête pas à être facilement théorisée ou réduite à un principe abstrait. Elle est l’icône parfaite de la simplicité de Dieu. C’est pourquoi elle ne pouvait pas, dans un climat dominé par un rationalisme exaspéré, ne pas être éliminée de l’horizon théologique.

Une luthérienne, décédée il y a quelques années, Mère Basilea Schlink, a fondé une communauté de religieuses au sein de l’Église luthérienne, appelée « Les Sœurs de Marie », répandues aujourd’hui dans plusieurs pays. Dans un de ses ouvrages, après avoir rappelé divers textes de Luther sur Marie, elle en tire cette conclusion :

« En lisant ces paroles de Luther qui a honoré Marie jusqu’à la fin de sa vie, en a célébré les fêtes et a chanté chaque jour le Magnificat, on sent combien nous nous sommes éloignés, en général, de la juste attitude envers elle... Nous voyons combien nous autres évangélistes nous nous sommes laissés submergés par le rationalisme... Le rationalisme, qui n’admet que ce que l’on peut comprendre avec la raison, en se répandant, a chassé de l’Église évangélique les fêtes de Marie et tout ce qui s’y rapporte ; il a fait perdre le sens de toute référence biblique à Marie. Aujourd’hui encore nous souffrons de cet héritage. Si Luther, par cette phrase : ‘Après le Christ elle est dans toute la chrétienté le précieux joyau, jamais assez loué », nous inculque cette louange, pour ma part, je dois confesser être parmi ceux qui durant de longues années de leur vie ne l’ont pas fait, passant ainsi à côté de ce que dit l’Ecriture : “Désormais toutes les générations me proclameront bienheureuse” (Lc 1,48). Je ne m’étais pas située parmi ces générations »[15] .

Toutes ces prémisses nous permettent de cultiver l’espoir que catholiques et protestants, un jour plus ou moins proche, ne se seront plus divisés, mais unis par Marie dans une vénération commune, peut-être différente de par la forme, mais commune dans la reconnaissance que celle-ci est bien Mère de Dieu et Mère des croyants. Personnellement, j’ai pu constater avec joie quelque signe de changement. Plus d’une fois, j’ai eu l’occasion de parler de Marie à un auditoire protestant, et j’ai remarqué que cela était bien accueilli, une fois même avec beaucoup d’émotion, comme par une guérison de la mémoire.


3. Marie, mère et fille de la miséricorde de Dieu

Laissons maintenant de côté le discours œcuménique et essayons de voir si l’Année de la miséricorde ne nous aiderait pas à découvrir quelque chose de plus sur la Mère de Dieu. Marie, dans le Salve Regina, qui est une prière très ancienne, est invoquée comme « Mater misericordiae », (Mère de la miséricorde) ; dans la même prière, il lui est demandé : « illos tuos misericordes oculos ad nos converte », (tournez vers nous vos yeux pleins de miséricorde). A la messe d’ouverture de l’année jubilaire, place Saint-Pierre, le 8 décembre, était exposée à côté de l’autel une icône très ancienne de la Mère de Dieu. Celle-ci provenait d’un sanctuaire grec-catholique à Jaroslaw (Pologne), connue sous le nom de « Porte de la miséricorde ».

Marie est mère et porte de miséricorde dans un double sens. Elle fut la porte par laquelle la miséricorde de Dieu, avec Jésus, est entrée dans le monde, et elle est maintenant la porte par laquelle nous entrons dans la miséricorde de Dieu, nous nous présentons au « trône de la miséricorde » qu’est la Trinité. Tout cela est vrai mais n’est qu’un aspect du rapport qui lie Marie à la miséricorde de Dieu. Marie n’est en effet pas qu’un simple « canal » ou une médiatrice qui fait passer la miséricorde de Dieu ; elle en est l’objet et la première destinataire. Elle est celle qui obtient miséricorde pour nous, mais aussi celle qui a obtenu miséricorde ; pas seulement « mère », mais aussi « fille » de la miséricorde de Dieu.

Les deux mots « miséricorde » et « grâce » sont synonymes. Dans la Trinité seulement l’amour est « nature » et non « grâce » ; amour, mais pas miséricorde. Que le Père aime le Fils, n’est pas une grâce ou une concession ; c’est un besoin intrinsèque ; le Père a besoin d’aimer pour exister comme Père. Que le Fils aime le Père n’est pas concession et grâce ; c’est une nécessité intrinsèque, même si tout à fait libre ; il a besoin d’être aimé et d’aimer pour être Fils. C’est quand Dieu crée le monde avec des créatures libres que son amour devient un don gratuit et immérité, autrement dit grâce et miséricorde. Et ceci avant même le péché. Ceci ne fera que transformer le « don » en « pardon ».

Le titre « plein de grâce » veut donc aussi dire « pleine de miséricorde ». D’ailleurs, Marie le dit dans son Magnificat : « Il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante », « Il s’est souvenu de sa miséricorde » ; « Sa miséricorde s’étend de génération en génération ». Marie sent qu’elle bénéficie de la miséricorde de Dieu, qu’elle en est un témoin privilégié. En elle, la miséricorde de Dieu n’agit pas pour pardonner des péchés, mais pour la protéger du péché.

Dieu a fait avec elle, disait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, ce que ferait un bon médecin en temps d’épidémie. Il ira de maison en maison soigner les personnes contaminées ; mais s’il a une personne qui lui tient particulièrement au cœur, comme l’épouse ou la mère, il fera en sorte, s’il le peut, qu’elle n’attrape même pas la maladie. C’est ce que Dieu a fait en préservant Marie du péché originel pour les mérites de la passion de son Fils.

Sur l’humanité de Jésus, saint Augustin dit : « Cette humanité unie au Verbe coéternel au Père, de manière à ne former qu'une seule personne avec le Fils unique de Dieu, par quoi et comment avait-elle mérité cette faveur ? Quel bien avait-elle accompli avant l'Incarnation ? Qu'avait elle fait, qu'avait-elle cru, qu'avait-elle demandé, pour qu'elle méritât d'être élevée à un si haut degré de gloire? » Et ailleurs : « Cherche le mérite, cherche la justice, réfléchis, et vois si tu trouves autre chose que de la grâce »[16].

Ces paroles nous en disent également plus sur la personne de Marie. A plus forte raison on doit se demander : qu’avait-elle fait, Marie, pour mériter cette faveur de donner au Verbe son humanité ? Qu’avait-elle cru, demandé, espéré ou souffert, pour venir au monde sainte et immaculée ? Cherche, ici aussi, le mérite, cherche la justice, cherche tout ce que tu veux, et vois si tu trouves en elle, au début, autre chose que de la grâce, c’est-à-dire la miséricorde!

Saint Paul, toute sa vie, ne cessera de se considérer un fruit et un trophée de la miséricorde de Dieu. Il se définit « un homme digne de confiance grâce à la miséricorde du Seigneur » (1 Cor 7, 25). Il ne se limite pas à formuler la doctrine de la miséricorde, il en témoigne : « J’étais autrefois blasphémateur, persécuteur, violent. Mais il m’a été fait miséricorde. » (1 Tim 1, 12).

Marie et l’apôtre nous enseignent que la meilleure façon de prêcher la miséricorde de Dieu est de témoigner de celle que Dieu a eue avec nous. Nous sentir nous aussi des fruits de la miséricorde de Dieu en Jésus Christ (Le sentir et pas forcément le dire). Un jour Jésus délivra un pauvre homme possédé d’un esprit immonde. Celui-ci voulait le suivre et se joindre au groupe des disciples ; Jésus n’y consentit pas, mais lui dit : « Rentre à la maison, auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde » (Mc 5,19 sq).

Marie, dans le Magnificat, glorifie et remercie Dieu pour sa miséricorde envers elle. Elle nous invite à faire pareil tout au long de cette année de miséricorde. Elle nous invite à faire retentir chaque jour dans l’Église son cantique, comme un chœur derrière son coryphée. Permettez-moi donc de vous inviter à proclamer ensemble, debout, comme prière finale, à la place de l’antienne mariale, le cantique à la miséricorde de Dieu qu’est le Magnificat. « Mon âme magnifie le Seigneur... »

Très Saint-Père, mes vénérables pères, frères et sœurs : Bon Noël et Bonne Année de la miséricorde !



[01] LG, 61.

[02] LG, 63

[03] Pour des détails sur le schéma mariologique dans les discussions conciliaires, cf. Histoire du concile Vatican II, de G. Alberigo, II, p. 520-522 ; III, p. 446-449 ; IV, p. 74 sq.

[04] S. Augustin, Sermon 72,7 (Miscellanea Agostiniana, I, Roma 1930, p. 163).

[05] S. Jean-Paul II, Enc. Redemptoris Mater, 5.

[06] Cf. LG, 58.

[07] RM, 5 : « Dans les présentes réflexions je veux évoquer surtout ‘le pèlerinage de la foi’, dans lequel la bienheureuse Vierge avança, gardant fidèlement l’union avec le Christ. »

[08] S. Augustin, Sermons, 215, 4 (PL, 38, 1074).

[09] Calvin, Le livre de la Genèse, I, Genève 1961, p. 195.

[10] G. von Rad, Das erste Buch Moses, Genesis, [Le premier livre de Moïse, la Genèse] Göttingen9 1972 (trad. ital. Genesi, Brescia, 1978, p. 204).

[11] S. Irénée, Adv. Haer. III, 22,4.

[12] Luther, Kirchenpostille (éd. Weimar, 10,1, p. 73).

[13] H. Zwingli, Predigt von der reinen Gottgebärerin Maria (in Zwingli, Hauptschriften, der Prediger, I, Zurich 1940, p. 159).

[14] LG, 67.

[15] Mère Basilea Schlink, Maria, der Weg der Mutter des Herrn, [Marie, l’itinéraire de la Mère du Seigneur] Darmstadt 19824 (éd. italienne, Milan, Ancora, 1983, p.102-103).

[16] S. Augustin, La prédestination des saints, 15,30 (PL 44,981) ; Discours 185,3 (PL 38,999).



L’APPEL UNIVERSEL DES CHRÉTIENS À LA SAINTETÉ (Lumen gentium, cap. V)
Deuxième prédication de l'Avent, 11 décembre 2015
Nous voici entrés depuis quelques jours dans le cinquantième anniversaire de la clôture du concile Vatican II et dans l’année jubilaire de la miséricorde pour laquelle, Saint-Père, nous vous sommes tous très reconnaissants. Il faut dire que le lien entre la miséricorde et le concile Vatican II est loin d’être arbitraire ou secondaire. Dans son discours d’ouverture, le 11 octobre 1962, saint Jean XXIII place les nouveautés et le style du concile sous le signe de la miséricorde.

« L’Église n’a jamais cessé de s’opposer aux erreurs. Elle les a même souvent condamnées, et très sévèrement. Mais aujourd’hui, l’Épouse du Christ préfère recourir au remède de la miséricorde, plutôt que de brandir les armes de la sévérité ».

D’une certaine manière, un demi-siècle plus tard, l’année de la miséricorde célèbre la fidélité de l’Église à cette promesse. On se demande parfois si de trop insister sur la miséricorde, on ne risque pas d’oublier l’autre attribut de Dieu qui est la justice. Mais la justice de Dieu ne contredit pas sa miséricorde, c’est même en cela qu’elle consiste! Dieu est juste en étant miséricordieux. Dieu est amour; Il rend donc justice à lui-même – c’est-à-dire, se montre vraiment pour ce qu’il est – quand il est miséricordieux. Bien avant Luther, saint Augustin avait écrit: « La ‘justice de Dieu’ est celle par laquelle sont justes les hommes que Dieu justifie par sa grâce, exactement comme ‘le salut du Seigneur’ (salus Domini) (Sal 3,9) est celui par lequel le Seigneur nous sauve » .

Tout cela n’épuise pas tous les sens de l’expression « justice de Dieu », mais en donne certainement le sens principal. Arrivera un jour où Dieu rendra justice à chacun selon ses propres mérites (cf. Rom 2, 5-10); mais ce n’est pas de cette justice-là dont parle l’apôtre quand il dit: « Dieu a manifesté en quoi consiste sa justice » (Rom 3, 21). L’une est un événement à venir l’autre un événement présent. Ailleurs, l’apôtre explique: « lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde.” (Tt 3, 4-5).

1. « Soyez Saints car moi, le Seigneur, je suis saint »
Venons-en maintenant au thème de cette deuxième méditation. Celle-ci est consacrée au chapitre V de Lumen gentium, intitulé « La vocation universelle à la sainteté dans l’Église ». Dans les histoires du concile, ce chapitre est évoqué uniquement pour une question, disons, de rédaction. Les nombreux pères conciliaires membres d’ordres religieux avaient demandé avec insistance que la question de la présence des religieux dans l’Église soit traitée à part, comme cela avait été fait pour les laïcs. Si bien que ce qui devait être un chapitre unique sur la sainteté de tous les membres de l’Église, se transforma en deux chapitres, dont un, le second (VI de LG), consacré spécialement aux religieux .
Dès le début, l’appel à la sainteté est formulé en ces termes:
« Dans l’Église, tous, qu’ils appartiennent à la hiérarchie ou qu’ils soient régis par elle, sont appelés à la sainteté selon la parole de l’apôtre : « Oui, ce que Dieu veut c’est votre sanctification » (1 Th 4, 3 ; cf. Ep 1, 4) » .
Cet appel à la sainteté est ce que le concile a réalisé de plus urgent et de plus utile. Sans lui, tout ce qui a été fait ou dit est impossible ou inutile. Mais il y a risque aussi qu’il soit le moins suivi, dans la mesure où Dieu et la conscience sont les seuls à l’exiger et à le réclamer, et non des pressions ou des intérêts venant de groupes humains particuliers de l’Église. On a parfois l’impression, depuis le concile, que certains milieux et certaines familles religieuses se sont davantage appliqués à « faire des saints », c’est-à-dire se sont données plus de mal à porter sur les autels leurs fondateurs ou confrères qu’à prendre exemple sur eux et les imiter dans leurs vertus.
La première chose à faire, quand on parle de sainteté, c’est de délivrer ce mot du sentiment de crainte qu’il suscite, du aux fausses images que nous en avons. La sainteté peut impliquer des phénomènes et des épreuves extraordinaires, mais elle ne s’identifie pas à eux. Si tout le monde est appelé à la sainteté c’est que celle-ci, comprise correctement, est à la portée de tous, qu’elle fait partie de la vie normale du chrétien. Les saints sont comme les fleurs: il n’y a pas que celles que l’on met sur l’autel. Combien d’entre elles naissent et meurent cachées, après avoir parfumé silencieusement l’air qui les entourait! Combien de ces fleurs cachées ont fleuri et fleurissent toujours dans l’Église!
Il est clair depuis le début que la raison profonde de cette sainteté repose sur le fait que Dieu est saint: « Soyez saints parce que moi, le Seigneur, je suis saint » (Lev 19, 2). Dans la Bible, la sainteté résume tous les attributs de Dieu. Isaïe appelle Dieu « le Saint d’Israël », c’est-à-dire celui qu’Israël a connu comme étant Saint. « Saint, saint, saint », Qadosh, qadosh, qadosh, est le cri qui accompagne la manifestation de Dieu au moment de son appel (Is 6, 3). Marie reflète fidèlement cette idée de Dieu des prophètes et des psaumes, quand elle dit dans le Magnificat: « Saint est son nom ».
Quant au contenu de l’idée de sainteté, le terme biblique qadosh suggère l’idée de séparation, de diversité. Dieu est saint parce qu’Il est totalement autre par rapport à tout ce que l’homme peut penser, dire ou faire. C’est l’absolu, dans le sens étymologique d’ab-solutus, c’est-à-dire détaché de tout le reste, à part. C’est le transcendant en ce sens qu’Il est au-dessus de toutes nos catégories. Tout ceci dans un sens avant tout moral avant d’être métaphysique, autrement dit qui concerne l’ « agir » de Dieu et pas seulement son être. Dans les Ecritures, sont qualifiés de « saints » surtout les jugements de Dieu, ses œuvres et ses chemins .
Mais si le mot « saint » indique séparation, absence du mal et fusion en Dieu, son concept n’est pas négatif mais au contraire, extrêmement positif, car il désigne la « pure plénitude ». Pour nous, « plénitude » et « pureté » ne s’accordent jamais totalement. L’une contredit l’autre. On devient pur en nous purifiant et en ôtant le mal de nos actions (Is 1, 16). Pour Dieu; c’est différent : « pureté » et « plénitude » coexistent et forment ensemble l’extrême simplicité de Dieu. La bible exprime à la perfection cette idée quand elle dit qu’à Dieu « rien ne peut être ajouté ni retranché » (Sir 42, 21). Parce qu’Il est « pureté suprême », rien ne doit lui être retranché; parce qu’Il est plénitude suprême, rient ne peut lui être ajouté.
Quand on cherche à savoir comment l’homme entre dans la sphère de la sainteté de Dieu et ce que signifie être saint, on voit très clairement dans l’Ancien testament la place de choix qui est donnée aux rites. Les intermédiaires de la sainteté de Dieu sont des objets, des lieux, des rites, des prescriptions. Des morceaux entiers de l’Exode et du Lévitique sont intitulés « code de sainteté » ou « lois de sainteté ». La sainteté est enfermée dans un code de lois. Et cette sainteté est telle qu’une personne atteinte d’une malformation physique ou venant de toucher un animal immonde, a interdiction de s’approcher de l’autel, au risque de se voir accusée de profanation: « Sanctifiez-vous et vous serez saints…, ne vous rendez pas impurs avec aucun de ces animaux » (Lv 11, 44; 21, 23).
Chez les prophètes et dans les psaumes, le ton change. A la question: « Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? », ou alors: « Qui de nous résistera ? C’est une fournaise sans fin », la réponse arrive sous forme d’indications strictement morales: « L’homme au cœur pur, aux mains innocentes », et « Celui qui va selon la justice et parle avec droiture » (cf. Sal 24, 3; Is 33, 14 s.). Ces voix sont sublimes mais restent encore assez isolées. Au temps de Jésus, chez les pharisiens et à Qumran, on croit encore que la sainteté et la justice ont besoin d’un rituel de pureté et de certains préceptes à observer, en particulier celui du Sabbat, même si, théoriquement, personne n’a oublié que le premier et le plus grand commandement est celui de l’amour de Dieu et du prochain.

2. La nouveauté du Christ
Passés maintenant au Nouveau Testament, nous voyons que la définition de « sainte nation » s’est vite élargie aux chrétiens. Pour Paul, les baptisés sont « saints par vocation », ou « appelés à être saints » . Il appelle habituellement les baptisés des « saints ». Les croyants sont « choisis pour être saints, immaculés devant lui, dans l’amour » (Eph 1, 4). Mais sous l’apparente identité de terminologie nous assistons à de profonds changements. La « sainteté » n’est plus un fait rituel ou légal, mais un fait d’ordre moral, voire ontologique. Elle ne réside pas dans les mains mais dans le cœur; elle ne se décide pas à l’extérieur mais à l’intérieur de l’homme et se résume dans l’amour. « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de la bouche, voilà ce qui rend l’homme impur. » (Mt 15, 11).
Les médiateurs de la sainteté de Dieu ne sont plus des lieux (le temple de Jérusalem ou le mont Garizim), des rites, des objets et des lois, mais une personne, Jésus Christ. Etre saint consiste non pas à se séparer de telle ou telle chose, mais à s’unir au Christ. En Jésus Christ se trouve la sainteté de Dieu, qui nous touche personnellement, et non dans son lointain reflet. « Tu es le Saint de Dieu! »: cette exclamation adressée à Jésus dans les évangile retentit à deux reprises (Jn 6, 69; Lc 4, 34). L’Apocalypse appelle le Christ « le Saint » (Ap 3,7), tout simplement. Et la liturgie lui fait écho en clamant dans le Gloria « Tu solus Sanctus », Toi seul es Saint.
Nous entrons en contact avec la sainteté du Christ et celle-ci nous est transmise de deux façons: par appropriation et par imitation. La première est la plus importante des deux, car elle se réalise dans la foi et par le biais des sacrements. La sainteté est avant tout un don, une grâce, et elle l’œuvre de toute la Trinité. Notre sainteté appartient, comme dit l’apôtre, plus au Christ qu’à nous-mêmes (cf.1 Cor 6, 19-20), et inversement, celle du Christ nous appartient plus que notre propre sainteté. « Ce qui appartient au Christ – écrit le théologien byzantin Nicolas Cabasilas – devient nôtre, bien plus que ce que possédons » . C’est l’élan, ou le coup d’audace, que nous devrions réaliser dans notre vie spirituelle. Sa découverte ne se fait généralement pas au début mais à la fin du cheminement spirituel entrepris; non pas au noviciat, mais plus tard, après avoir testé toutes les autres voies et vu qu’elles ne conduisent pas très loin.
Paul nous enseigne comment faire ce « coup d’audace », quand il déclare solennellement ne pas vouloir être reconnu juste ou saint pour la justice que donne la loi, dérivant de son observance, mais uniquement de celle qui vient de la foi en Jésus Christ (cf. Fil 3, 5-10). Jésus, dit-il, est devenu pour nous « justice, sanctification et rédemption » (1 Cor 1,30). « Pour nous »: nous pouvons donc réclamer sa sainteté comme étant la nôtre à tous les effets. Un coup d’audace c’est aussi ce que fait saint Bernard, quand il s’écrie: « Ce qui me manque, je le prends (littéralement, je m’en approprie) des entrailles du Seigneur » . « S’approprier » la sainteté du Christ, « ravir le royaume des cieux »! Voilà le coup d’audace à répéter souvent dans sa vie, spécialement au moment de la communion eucharistique.
Dire que nous prenons part à la sainteté du Christ, c’est comme dire que nous prenons part à L’Esprit saint qui vient de lui. Être ou vivre « en Jésus Christ » équivaut, pour saint Paul, à être ou vivre « dans l’Esprit Saint ». « Voici comment nous reconnaissons que nous demeurons en lui et lui en nous – écrit à son tour saint Jean (1 Jn 4,13) – : il nous a donné part à son Esprit ». Jésus Christ habite en nous et nous en lui, grâce à l’Esprit Saint.

C’est donc l’Esprit Saint qui nous sanctifie. Pas l’Esprit Saint en général, mais l’Esprit Saint qui fut en Jésus de Nazareth, qui sanctifia son humanité, se recueillit en lui comme dans un vase en albâtre et que Lui, de sa croix, pendant la Pentecôte, répandit sur l’Église. C’est pourquoi la sainteté qui est en nous n’est pas une autre sainteté mais la même que celle qui est en Jésus Christ. Nous sommes vraiment « sanctifiés en Jésus Christ » (l Cor 1,2). Comme dans le baptême, où le corps de l’homme est plongé et lavé dans l’eau, son âme est pour ainsi dire baptisée dans la sainteté du Christ: « vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous êtes devenus des justes, au nom du Seigneur Jésus Christ et par l’Esprit de notre Dieu », dit l’apôtre en parlant du baptême (1 Cor 6,11).
A côté de ce moyen fondamental de la foi et des sacrements, il faut aussi que l’imitation, les œuvres, l’effort personnel, trouvent leur place. Non pas comme un autre moyen à part et diffèrent, mais comme l’unique et seul moyen approprié pour manifester sa foi, la traduire en actes. L’opposition foi – œuvres est un faux problème, du surtout à un conflit d’interprétation historique. Les bonnes œuvres, sans foi, ne sont pas de « bonnes » œuvres et la foi sans bonnes œuvres n’est pas une vraie foi. Il suffit de ne pas entendre par « bonnes œuvres » (comme c’était hélas le cas au temps de Luther) les indulgences, les pèlerinages et pieuses actions, comme des commandements à observer, en particulier celui de l’amour fraternel. Au jugement dernier, déclare Jésus, certains seront exclus du royaume pour ne pas avoir habillé l’homme nu et ne pas avoir donné à manger à l’affamé. On ne gagne pas le salut pour de bonnes actions, mais on ne le gagne pas non plus sans bonnes actions. On peut résumer ainsi la doctrine du concile de Trente.
C’est comme pour la vie physique. L’enfant ne peut absolument rien faire pour être conçu dans le sein de sa mère : il a besoin de l’amour de ses deux parents (enfin, c’était comme ça jusqu’à aujourd’hui!). Mais une fois venu au monde, il doit mettre en marche ses poumons pour respirer, téter le lait ; bref, il doit se donner du mal, sinon la vie qu’il a reçue meurt. La phrase de saint Jacques: « La foi, sans les œuvres est morte » (cf. Gc 2, 26) doit être comprise en ce sens, c’est-à-dire au présent: la foi sans les œuvres meurt.
Dans le Nouveau Testament, à propos de sainteté, deux verbes s’alternent, l’un conjugué à l’indicatif et l’autre à l’impératif: « Vous êtes saints », « Soyez saints ». Les chrétiens sont sanctifiés et appelés à être saints . Quand Paul écrit: « La volonté de Dieu c’est que vous viviez dans la sainteté », il est clair qu’il parle dune sainteté fruit d’un engagement personnel. Il ajoute d’ailleurs comme pour expliquer en quoi consiste la sanctification dont il parle: « en vous abstenant de la débauche, et en veillant chacun à rester maître de son corps dans un esprit de sainteté et de respect » (cf. 1 Ts 4, 3-9).
Lumen gentium met bien en relief ces deux aspects de la sainteté, l’un objectif et l’autre subjectif, fondés respectivement sur la foi et les œuvres. Le texte dit ceci:
« Appelés par Dieu, non au titre de leurs œuvres mais au titre de son dessein gracieux, justifiés en Jésus notre Seigneur, les disciples du Christ sont véritablement devenus par le baptême de la foi, fils de Dieu, participants de la nature divine et, par la même, réellement saints. Cette sanctification qu’ils ont reçue, il leur faut donc, avec la grâce de Dieu, la conserver et l’achever par leur vie » .
Luther, voyant que le Moyen Âge tendait de plus en plus à mettre en relief l’aspect du Christ comme « modèle à imiter », décida d’accentuer l’autre aspect, affirmant que le Christ est un don et que c’est à la foi de l’accepter » . Aujourd’hui nous sommes tous d’accord qu’il ne faut pas superposer les deux choses mais les mettre ensembles. Jésus Christ est avant tout un don à recevoir par le biais de la foi, mais il est aussi un modèle à imiter dans la vie. Il le dit lui-même dans l’évangile: « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. (Jn 13, 15); « devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29).

3. Saints ou ratés
C’est le nouvel idéal de sainteté du Nouveau Testament. Un point resté inchangé, il est même développé, dans le passage de l’Ancien au Nouveau testament. C’est la motivation de fond de l’appel à la sainteté, le « pourquoi » il faut être saints: parce que Dieu est saint. « De même que Celui qui vous a appelé est saint, devenez saints vous aussi ». Les disciples du Christ doivent aimer leurs ennemis, « pour être les fils du Père qui est aux cieux, et qui fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes”. (Mt 5, 45). La sainteté n’est donc pas quelque chose que l’on impose, une responsabilité déposée sur nos épaules, mais un privilège, un don, une charge suprême. Une obligation, oui, mais qui dérive de notre dignité de fils de Dieu. D’où l’expression française « noblesse oblige », qui s’applique parfaitement au cas présent.
La sainteté est une exigence propre à notre état de créature humaine; qui n’arrive pas par accident mais fait partie de notre essence. L’homme doit être saint pour réaliser son identité profonde : être « à l’image et ressemblance de Dieu ». Pour les Écritures, comme pour la philosophie grecque, il n’est pas ce qu’il est déterminé à être depuis sa naissance (physis), autrement dit un « anomal rationnel », mais plutôt ce qu’il est appelé à devenir, dans l’exercice de sa liberté, en obéissant à Dieu. Plus que de nature, il est question de vocation.
Si nous sommes donc « appelés à être saints », si nous sommes « saints par vocation », alors il est clair que nous serons des personnes vraies, des personnes qui ont réussi, dans la mesure où nous serons saints. Dans le cas contraire, nous serons des ratés. Car le contraire de « saint » n’est pas « pécheur » mais « raté » ! Il y a tant de façons d’échouer dans la vie, mais ces échecs sont relatifs, ils ne compromettent pas l’essentiel. Par contre, ici, l’échec est radical, car il est dans ce que l’on est et non plus uniquement dans ce que l’on fait. Mère Teresa avait raison quand une journaliste lui demanda de but en blanc ce qu’elle ressentait à s’entendre appelée « sainte » par tout le monde, et qu’elle répondit: « la sainteté n’est pas un luxe, mais une nécessité ».
Le philosophe Pascal a formulé le principe des trois ordres ou échelles de grandeur : l’ordre des corps ou de la matière, l’ordre de l’intelligence et l’ordre de la sainteté. Un écart quasiment infini sépare l’ordre de l’intelligence de celui des corps, mais l’écart est « infiniment plus infini » entre l’ordre de la sainteté et celui de l’intelligence. Les gènes n’ont pas besoin de grandeurs matérielles; celles-ci n’ajoutent ou n’enlèvent rien du tout. De même, les saints n’ont pas besoin de grandeurs intellectuelles; leur grandeur se situe à un autre niveau. « Ils sont vus de Dieu et des anges et non des corps ni des esprits curieux; Dieu leur suffit » .
Ce principe permet d’analyser correctement les choses et les personnes qui nous entourent. La majorité des personnes reste bloquée au premier niveau et ne soupçonne même pas l’existence d’un niveau supérieur. Ces personnes passent leur vie à accumuler des richesses, à cultiver leur beauté physique, ou à accroitre leur pouvoir. D’autres croient que l’intelligence est la valeur suprême, le sommet de la grandeur. Ils essaient de devenir célèbres dans le domaine de la littérature, de l’art, de la pensée. Peu savent qu’il existe un troisième niveau de grandeur, la sainteté.
Cette grandeur est supérieure, presque éternelle, car c’est ainsi qu’elle apparaît aux yeux de Dieu qui est la vraie mesure de la grandeur, mais aussi parce qu’elle réalise ce qu’il y a de plus noble chez l’être humain : sa liberté. Naitre forts ou faibles, beaux ou moins beaux, riches ou pauvres, intelligents ou peu intelligents, ne dépend pas de nous. Par contre être honnêtes ou malhonnêtes, bons ou méchants, saints ou pécheurs, est de notre ressort. Le musicien Gounod, qui était un génie, avait raison de dire « une goutte de sainteté vaut plus qu’un océan de génie ».
La bonne nouvelle, concernant la sainteté, c’est que l’on n’est pas obligés de choisir entre ces trois genres de grandeur. On peut être saints dans chaque ordre. Il y a eu et il y a des saints, parmi les riches et parmi les pauvres, parmi les forts et parmi les faibles, parmi les génies et parmi les personnes incultes. Nul ne saurait se voir interdire l’accès à cette troisième grandeur.
4. Se remettre en marche vers la sainteté
Notre cheminement vers la sainteté ressemble à la marche du peuple élu dans le désert. Il est lui aussi parsemé de haltes et remises en marche. De temps à autre, le peuple s’arrêtait et plantait les tentes; soit parce qu’il était fatigué, soit parce qu’il avait trouvé de l’eau et de la nourriture, ou tout simplement parce que toujours marcher était fatiguant. Et puis voilà que, tout à coup, le Seigneur ordonne à Moïse de lever les tentes et de reprendre sa marche: « Va, toi et le peuple vers la terre que j’ai juré de donner » (Ex 33, 1).
Dans la vie de l’Église ces invitations à se remettre en marche sont lancées surtout au début des temps forts de l’année liturgique ou à des occasions particulières comme le jubilé de la miséricorde divine ouvert depuis peu par le pape. Pour chacun de nous, pris individuellement, le moment de lever les tentes et de nous remettre en marche vers la sainteté, c’est quand nous sentons au plus profond de nous ce mystérieux appel qui vient de la grâce. Au début, il y a comme un moment d’arrêt. On s’arrête dans le tourbillon de nos occupations pour, comme on dit, prendre du recul et regarder sa vie, comme de l’extérieur ou d’en haut, sub specie aeternitatis. Emergent alors les grandes questions: « Qui suis-je ? Qu’est-ce que je veux? Que fais-je de ma vie ? »
Saint Bernard avait beau être moine, il eut une vie très mouvementée: des conciles à présider des évêques et des abbés à réconcilier, des croisées à prêcher. De temps à autre, déclare son biographe, il se demandait: « Bernard, qu’es-tu venu faire ici ? » (Bernarde, ad quid venisti?) . Pour quelle chose as-tu quitté le monde et es-tu entré au monastère ? Nous pouvons l’imiter; prononcer notre nom (ça aussi c’est utile) et nous demander: Pourquoi es-tu chrétien ? Pourquoi es-tu prêtre ou religieux? Fais-tu ce pourquoi tu es au monde?
La conversion telle que décrite dans le nouveau testament est une conversion de type réveil ou sortie d’un état de tiédeur. Dans l’Apocalypse, on lit sept lettres écrites aux anges (selon certains exégètes aux évêques) de sept Églises d’Asie Mineure. A l’ange de l’Église d’Ephèse, la lettre commence par reconnaître ce que le destinataire a fait de bien: « Je connais tes actions, ta peine, ta persévérance … Tu ne manques pas de persévérance, et tu as tant supporté pour mon nom, sans ménager ta peine. ». Puis arrive la liste des reproches « J’ai contre toi que ton premier amour, tu l’as abandonné », et enfin, comme un cri de trompette au milieu d’endormis, sonne le cri du Ressuscité: Metanòeson, autrement dit, convertis-toi! Secoues-toi! Réveilles-toi! (AP 2, l ss.).

Cette lettre est la première des sept. La dernière, à l’ange de l’Église de Laodicée, est beaucoup plus sévère: « Je connais tes actions, je sais que tu n’es ni froid ni brûlant – mieux vaudrait que tu sois ou froid ou brûlant ». Convertis-toi et retrouve ton zèle et ta ferveur: Zeleue oun kai metanòeson! (Ap 3,15ss.). Ici aussi, comme pour toutes les autres, la lettre finit par ce mystérieux avertissement: « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises” (Ap 3,22).
Saint Augustin nous suggère: commencer par réveiller en nous un désir de sainteté : « Toute la vie du vrai chrétien – écrit-il – est un saint désir [c’est-à-dire, un désir de sainteté]: Tota vita christiani boni, sanctum desiderium est » . Jésus a dit: « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. » (Mt 5, 6). Et comme on le sait, la justice biblique c’est la sainteté. Alors quittons-nous sur une question qui nous aide à réfléchir: « ai-je faim et soif de sainteté, ou me suis-je résigné à la médiocrité ? »

1. Il Concilio Vaticano II. Documenti, Edizioni Dehoniane, Bologna 1967, p.47.
2. S. Agostino, Lo Spirito e la lettera, 32,56 (PL 44, 237).
3. Cf. Storia del concilio Vaticano II, a cura di G. Alberigo, vol. IV, Bologna 1999, pp. 68 ss.
4. Lumen gentium, 40.
5. Cf. Dt 32,4; Dn 3, 27; Ap 16, 7.
6. Cf. Rom 1, 7 e 1 Cor 1, 2.
7. N. Cabasilas, Vita in Cristo IV, 6 (PG 150, 613).
8. S. Bernardo, Omelie sul Cantico, 61, 4-5 (PL 183, 1072).
9. Cf. 1 Cor 1, 2; 1 Pt 1,2; 2, 15.
10. Lumen gentium, 40.
11. Cf. Søeren Kierkegaard, Diario X 1,A 154 (ed. a cura di C. Fabro, Brescia 1962, vol. I, p. 821).
12. B. Pascal, Les Pensées 593.
13. Guillaume de St. Thierry, Sa vie, ses oeuvres, I, 4 (PL 185, 238).
14. St Augustin, In Epist. Joh. 4, 6 (PL 35, 2008).


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