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Commentaire des lectures de la messe de la Sainte Trinité, année C
La Trinité et sa demeure

1) Le signe de croix et la Trinité

Aujourd’hui nous sommes appelés à fêter le mystère de la très Sainte Trinité. Pour aider à vivre et à célébrer cette fête de l’amour, avant de commenter l’Evangile d’aujourd’hui, je rappelle que la profession de foi en Dieu-Trinité – Père, Fils et Saint-Esprit – est liée au signe de croix. Cette pratique de piété « est et reste le geste fondamental de la prière du chrétien… Le signe de croix est surtout un évènement de Dieu : le Saint Esprit nous conduit au Christ et le Christ nous ouvre la porte vers le Père. Dieu n’est plus le Dieu inconnu ; il a un nom. Nous pouvons l’appeler, et Lui, Il nous appelle » (Benoît XVI).

Avec le signe de croix, nous nous immergeons en Dieu-Trinité, comme l’indique le texte grec de l’Evangile selon Saint-Mathieu (Mt 28,19). En fait, en envoyant ses disciples en mission dans le monde entier, le Christ leur demande de baptiser « au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit.

Tout d’abord, quelques explications sur le texte grec de « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit». Le grec de ce passage ne comporte pas la préposition « en », qui veut dire « dans », c’est-à-dire qu’il n’utilise pas la préposition « au nom » de la Trinité – comme il est d’usage de dire, par exemple, lorsqu’un ambassadeur parle « au nom » de son gouvernement, c’est-à-dire par autorité, et représentation de celui qui l’envoie.

Par contre, le texte grec utilise les mots de : « eis to onoma », c’est-à-dire : « vers ou dans le nom ». Ils expriment un mouvement « vers » ou « dans » le nom, aussi vers l’intimité de la Trinité, vers l’intérieur du nom. Donc, faire le signe de croix est une immersion dans le nom de la Trinité, une insertion en Son nom, une interpénétration de l’être de Dieu et de notre être qui est immergé dans le Dieu-Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, comme par exemple, dans le mariage où deux personnes deviennent une seule chair, elles deviennent une nouvelle et unique réalité avec un seul et nouveau nom » (Ibid.).

« Faire » le signe de croix, c’est aussi dire « oui » à Jésus-Christ qui a souffert pour nous et qui, dans son corps offert pour nous, a rendu visible l’amour de Dieu jusqu’au don total de Lui- même pour nous.

En outre, « faire » le signe de croix est se remettre sous la protection de la croix qui, comme un bouclier, nous défend dans les grandes et petites adversités de la vie, en général, et de la journée en particulier. La croix est un signe de la passion, mais, en même temps, elle est aussi un signe de la résurrection : elle est, pour ainsi dire, le pilier du salut que Dieu nous offre, le pont sur lequel nous surmontons l’abysse de la mort et toutes les menaces du mal et par lequel nous pouvons arriver jusqu’à Lui.

Enfin (mais ces raisons de faire le signe de croix ne sont pas les seules), en faisant le signe de croix – au moins le matin – nous remercions Dieu le Père pour la nouvelle journée qu’il nous concède, nous prions le Christ et lui confions notre vie; nous demandons au Saint Esprit d’illuminer toutes nos actions quotidiennes. En bref, nous commençons la journée sous le signe de l’amour trinitaire en entrant dans la communion d’amour de Dieu le Père, du Fils et du Saint Esprit.

2) La Trinité selon l’Evangile d’aujourd’hui.

Commentons maintenant le très bref texte évangélique (Jn 16.12-15) de la Messe de ce dimanche de la Trinité. L’étroit rapport d’amour, de connaissance et de communion entre le Père, le Fils et le Saint Esprit émerge de ces quelques versets. Les paroles de Jésus nous font immerger dans le mystère de la Trinité avec cette exigence de fond qui est la connaissance de la vérité qui n’est autre qu’amour. Il nous faut toujours comprendre plus que Dieu est Père, c’est-à-dire source féconde, qu’Il est Fils, c’est-à-dire Parole faite chair, amour proche et fraternel, et qu’Il est Esprit c’est-à-dire amour aimant qui nous fait expérimenter la vérité de l’amour.

Il est souvent objecté que le mystère de la Trinité ne sert à rien pour la vie quotidienne. Au contraire, ces Trois Personnes divines sont pour nous les plus intimes dans la vie quotidienne : elles ne sont pas hors de nous, comme l’épouse ou le mari, mais elles sont en nous. Elles demeurent en nous (Jn 14,23), nous sommes leur « temple » et nous demeurons en Elles.

Toute notre vie se déroule dans le signe et dans la présence de la Trinité. Au début de la vie, nous avons été baptisés « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Toujours au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit, nous avons été confirmés, les époux unis par les liens du mariage et les prêtres consacrés par l’évêque. A la fin de notre vie, aspirons à ce que l’on prie avec ces mots près de notre lit : « Ame chrétienne, pars de ce monde : au nom du Père qui t’a créé, du Fils qui t’a racheté et du Saint Esprit qui t’a sanctifié ».

Croire à la Trinité, c’est croire que Dieu est amour, parce que de l’éternité Il a « en son sein » un Fils, le Verbe, qu’il aime avec un amour infini, c’est-à-dire avec le Saint Esprit. Comme le rappelle Saint-Augustin, il y a toujours trois réalités ou sujets dans chaque amour : un qui aime, un qui est aimé et l’amour qui les unit. Ce grand et saint évêque écrivait : « Dieu le Père est l’Aimant, le Fils est l’Aimé et le Saint Esprit est l’Amour ».

Le Dieu chrétien est un et trois parce qu’il est communion d’amour et il est aussi la réponse à certains athées qui disent que Dieu serait une projection que l’homme fait de lui-même, comme quelqu’un qui échange sa propre image reflétée dans une flaque d’eau ou d’un lac avec une personne différente. Ceci pourrait être valable pour une autre idée de Dieu mais pas celle du Dieu chrétien. Quel besoin l’homme aurait-il de se scinder en trois personnes : Père, Fils, et Saint Esprit si Dieu n’est autre que la projection que l’homme se fait de sa propre image?

A l’objection qui dit que ce mystère de la Trinité est trop difficile, je réponds avec l’invitation à célébrer humblement le Dieu tel qu’Il est, en Lui rendant hommage d’une constante reconnaissance. Dieu un et Trois nous a non seulement créé à son image et à sa ressemblance mais il a pris amoureusement possession de notre personne et l’a élevée à une grandeur démesurée : le Père nous a adopté dans son Fils incarné; le Verbe illumine notre intellect par sa lumière, le Saint Esprit nous a élu pour son habitation.

3) La Trinité en nous.

A ce point, nous pouvons nous demander comment garder ce Temple de chair de l’Esprit : pas seulement en évitant le pêché qui profane cette demeure et offense Dieu mais aussi en vivant en la grâce de Dieu et en cultivant un cœur pur et docile à l’Esprit.

Il est vrai qu’avec le Baptême, nous sommes tous devenus Temple, c’est-à-dire demeure sacrée de l’Esprit Saint.

Mais il est pareillement vrai que la « femme » a en elle des connotations spécifiques, qui l’ont rendue symbole du rapport nuptial entre Dieu et son peuple, déjà dans l’Ancien Testament,: des caractéristiques physiques, grâce auxquelles dans le langage courant le mot « vierge » est appliqué quasi exclusivement à la femme: des caractéristiques psychiques et spirituelles, liées à sa connaturelle capacité de s’ouvrir à l’accueil et de se donner avec fidélité (cfr Mulieris Dignitatis, n 20). Donc, plus pour la femme que pour l’homme la virginité consacrée a une valeur de signe et de réalité.

A cet égard, la prière solennelle de consécration des vierges nous aide. Elle dit : « Seigneur notre Dieu, toi qui veux habiter ceux qui te sont consacrés, tu aimes les cœurs libres et purs. Pose ton regard sur ces filles qui déposent dans tes mains la proposition de virginité de laquelle tu es l’inspirateur, pour te faire une offrande pure…..Par le don du Saint Esprit qu’elles soient prudentes dans la modestie, sages dans la bonté, austères dans la douceur, chastes dans la liberté. Ferventes dans la charité elles ne mettent rien avant ton amour ; qu’elles vivent dans les louanges sans aspirer à la louange ; qu’’elles te donnent à Toi seul la gloire dans la sainteté du corps et dans la pureté de l’esprit : qu’elles te craignent avec amour, qu’elles te servent par amour… Qu’elles possèdent tout en toi, Seigneur, parce qu’elles t’ont choisi toi seul, au-dessus de tout. »

Par grâce, nous les chrétiens nous tous sommes un Temple, où Dieu prend sa demeure. Mais les vierges consacrées témoignent d’une façon particulière d’être la demeure sacrée de Dieu. A cet égard, déjà au Moyen Age, Jean de Ford synthétise l’enseignement de l’Eglise: « Le Temple de Dieu est saint et je fais référence à toute l’Eglise des saints qui vivent soit dans un état conjugal, soit dans un état de veuvage ou dans un état de chasteté virginale. Mais la partie plus intérieure de ce Temple, ou, pour ainsi dire, le « sancta sanctorum » est occupée par celles qui, libres des liens conjugaux grâce à la pureté, aspirent aux plus hauts sommets de la virginité » (Sermo 52)

Lecture Patristique
Saint Hilaire de Poitiers (315 – 367)

Sur la Trinité, 12, 55-56 PL 10, 469-472

Selon saint Paul, ton Esprit Saint, mon Seigneur et mon Dieu, scrute et connaît tes profondeurs (cf. 1Co 2,10). Quand il intercède pour moi, il te parle à ma place par des cris inexprimables (cf. Rm 8,26). Rien, en dehors de toi, ne scrute ton mystère. Rien qui soit étranger ou extérieur n’est assez puissant pour mesurer la profondeur de ton infinie majesté. Tout ce qui pénètre en toi est de toi; rien de ce qui est étranger à toi n’a le pouvoir de te scruter.

Que ton Esprit Saint vienne de toi par ton Fils unique, je ne le perçois pas sensiblement, mais j’en ai la conviction. Car, dans le domaine spirituel qui est le tien, mon esprit est obtus, comme l’assure ton Fils unique: Ne sois pas étonné si je t’ai dit qu’il vous faut renaître. Car le vent souffle où il veut: tu entends le bruit qu’il fait mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’eau et de l’Esprit (Jn 3,7-8).

Je crois en ma nouvelle naissance sans la comprendre, et je suis déjà certain de vérités qui m’échappent. Sans que je comprenne comment, je renais, et ma nouvelle naissance s’accomplit réellement. Rien n’empêche l’Esprit de parler quand il veut et là où il veut. Le motif de sa venue et de son départ nous reste inconnu, même si j’ai la conviction de sa présence.

Jean, ton Apôtre, nous enseigne que tout a été fait par ton Fils qui était auprès de toi au commencement, qui est Dieu et Verbe de Dieu (cf. Jn 1,1-3). Et saint Paul énumère tout ce qui a été créé en lui, au ciel et sur la terre, êtres visibles et puissances invisibles ; il souligne que tout a été créé dans le Christ et par le Christ (cf. Col 1,16-17). Quant à l’Esprit Saint, il a jugé suffisant d’affirmer qu’il est ton Esprit.

Pour moi, je penserai comme ces deux hommes (Jean et Paul) que tu as choisis, et avec eux, je ne dirai rien sur ton Fils unique qui dépasse les capacités de mon intelligence: je me contenterai de dire qu’il est né. De même, avec eux, je ne dirai rien de ton Esprit Saint qui dépasse les ressources naturelles de l’homme: je déclarerai seulement qu’il est ton Esprit. Je ne veux pas d’une vaine querelle de mots: je m’en tiens à professer fermement une foi inébranlable.

Je t’en prie, mon Dieu, conserve intacte la ferveur de ma foi, et, jusqu’à mon dernier soupir, donne-moi d’exprimer ce qui est ma conviction, de garder toujours ce que j’ai professé dans le Symbole lors de ma nouvelle naissance, quand j’ai été baptisé dans le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Accorde-moi de t’adorer, toi notre Père, et ton Fils qui ne fait qu’un avec toi; fais que je reçoive ton Esprit Saint, qui procède de toi par ton Fils unique.

J’ai, en faveur de ma foi, un témoin autorisé, celui qui déclare: Père, tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi (Jn 17,10). Ce témoin, c’est mon Seigneur Jésus Christ, lui qui demeure en toi, lui qui vient et qui est toujours auprès de toi, étant toujours Dieu, pour les siècles des siècles. Amen.







Commentaire des lectures de la messe de la solennité du Corps et du Sang de Jésus, année C
Adorer, adhérer, partager

1) Multiplier le pain et rompre le Pain de vie.

Cette année, pour nous faire vivre la Fête-Dieu, la liturgie nous propose un passage de l’Evangile selon saint Luc qui raconte le miracle de la multiplication des pains accompli dans les environs de Bethsaïde (maison de la pêche en juif), le village de Pierre, André et Philippe (cf. Jn 1,44).

De retour, avec ses disciples de son travail ‘d’évangélisation’, Jésus s’était retiré dans ce lieu désert, solitaire, pour se retrouver un peu seul avec les siens et, probablement, leur donner la possibilité de se reposer de leur « lourde » tâche missionnaire. Une grande foule accourt vers Jésus. Toutes ces personnes ont faim de paroles qui leur expliquent la vraie vie, et elles viennent avec des malades. Jésus accueille tout le monde. Il leur parle de Dieu et de son Règne, guérit ceux qui en ont besoin. Car la mission du messie est d’enseigner, guérir et nourrir l’âme et le corps.

Pour la fête du Saint sacrement du Corps et du Sang du Christ (ou Fête-Dieu), c’est à cette prédication et ce soin spirituel et matériel que s’attache aujourd’hui le passage choisi sur la multiplication des pains (Lc 9,11-17), image du pain eucharistique, car « ni pour Dieu ni pour nous, donner Sa parole suffisait. L’homme a trop faim et Dieu a du donner sa Chair et son Sang » (Divo Barsotti).

Les phrases centrales sont celles que l’on répète à chaque fois que nous célébrons l’eucharistie : « Il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule » (cf. Lc 11, 16).

Je crois bon d’affirmer que tout l’Evangile illustre ces paroles, qui sont à lire dans le contexte des versets précédents, en particulier les 12 et 13: « Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. Mais Jésus leur dit : “Donnez-leur vous-mêmes à manger” ».

Jésus avait déjà donné aux Douze le mandat de prêcher l’évangile et de guérir les malades. Maintenant il leur confie la mission de donner à manger aux foules. Ici, l’épisode de la multiplication des pains et des poissons indique que Jésus ne veut pas seulement rassasier, mais accomplir un geste révélateur, montrer comment Dieu veut que les hommes se comportent.

Selon les disciples, c’est aux gens de la foule d’aller s’acheter des vivres. Alors que pour Jésus, au lieu d’acheter il faut partager. Cela signifie que les relations entre nous et les autres, entre nous et la Terre, doivent changer. Nous avons là tout le sens de l’Eucharistie, qui dit non seulement ‘présence’ de Dieu mais une présence transformée en pain rompu et une vie partagée. Les choses que nous possédons – peu ou beaucoup – sont toujours des dons de Dieu, à partager avec les autres, et non à utiliser malgré les autres. Si les disciples étaient allés eux-mêmes acheter du pain pour la foule (« à moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple » – Ibid. 9, 13), ils auraient eu un geste de philanthropie, et non un geste qui ouvre nos relations à une autre logique, celle du don, capable de révéler un nouveau visage de Dieu, communion d’amour et de don.

Et ainsi se lève un nouveau jour. En effet, ce n’est pas par hasard si saint Luc a écrit: « Le jour commençait à baisser » (Ibid. 9, 12) : comment oublier le soir des disciples d’Emmaüs (Ibid. 24, 13-15) mais surtout le soir de la Cène (Ibid. 22, 19-20) quand il institua l’Eucharistie: le jour arrivait à son terme et il en commençait un « nouveau ». Quand nous pensons être à la fin de la journée, cette fin est en fait le début de Sa journée, sans crépuscule.

2) La logique du don.

Il est vrai que dans ce passage de l’évangile, les gestes de Jésus – rompre le pain et le distribuer avec l’aide des disciples – font penser au repas eucharistique. Toutefois, il ne s’agit pas d’une simple préfiguration symbolique de l’Eucharistie mais d’une vraie et profonde révélation de Jésus et de son existence et, donc, d’une vraie révélation du geste eucharistique. Pour saint Luc la distribution des pains, la dernière Cène, le repas d’Emmaüs, sont les piliers autour desquels se manifeste la logique de l’existence de Jésus: une vie offert en don.

L’Eucharistie est ce don: le Corps et la vie du Fils. Dans l’Eucharistie, où nous recevons en don « le corps du Christ donné pour nous et pour tous », s’accomplit toute promesse de Dieu. Nous vivons dans l’Eucharistie toutes les fêtes que nous célébrons dans l’année, de Noël à Pâques, de la Pentecôte à la Trinité. Nous recevons une vie nouvelle, à travers le Fils. L’important est de ne pas garder ce don pour soi, mais de le partager.

Mais ce partage est possible si on brise le pain (ce n’est pas par hasard qu’un des noms de la messe soit « fractio Panis » du latin « frangere » qui veut dire « rompre, briser, émincer, couper en morceaux »). Le verbe « rompre » apparaît dans tous les récits illustrant l’institution de l’Eucharistie, dans ceux parlant de la multiplication des pains et celui des disciples d’Emmaüs. Les verbes sont toujours quatre: il prit, bénit, rompit et donna. Et toujours dans la même séquence. Que de fois les avons-nous entendus : jusqu’à, peut-être, en avoir fait l’habitude.

Si Jésus accepte d’être coupé en morceau sans hésitation ni résistance, c’est par amour pour nous. Il partage sa vie en « la brisant », en se laissant couper en tant de petits morceaux pour les donner à bien plus des 5 000 personnes dont parle l’Evangile du jour.

Comment pouvons-nous apprendre de Lui pour être comme Lui? En faisant la communion et acceptant de nous « distribuer » en toute confiance. Accueillons la vocation à nous donner, en vivant de manière eucharistique, c’est-à-dire en unissant les efforts de notre travail quotidien et ceux d’une vie vécue dans l’amour de Dieu.

Tandis que nous prions le Seigneur de nous aider à imiter dans la vie quotidienne ce qu’aujourd’hui nous célébrons, prenons exemple sur les vierges consacrées dans le monde, car « le Mystère eucharistique a aussi un rapport intrinsèque avec la virginité consacrée, en tant qu’elle est expression du don exclusif de l’Église au Christ, qu’elle accueille comme son Époux avec une fidélité radicale et féconde. Dans l’Eucharistie, la virginité consacrée trouve inspiration et nourriture pour sa donation totale au Christ » (Benoît XVI, Sacramentum caritatis, n. 81)

La vierge consacrée aime avec passion l’Eucharistie. Elle reçoit du Christ « inspiration » et « nourriture ». Toujours prête à recevoir l’amour intime du Seigneur et à le rendre sous forme de prière et de service, elle se nourrit quotidiennement d’eucharistie. Ceci lui donne la force de se présenter publiquement comme vierge, dans une société qui a beaucoup de mal, quand elle ne s’y oppose pas, à accepter la présence de personnes qui sont des femmes non seulement consacrées mais vierges.

Ces vierges témoignent qu’il vaut mieux vivre comme si Dieu existait, que Dieu est la raison de la vie, de la vraie vie, une vie heureuse. En faisant cela, elles sont des « témoins de la joie de l’Evangile » (Pape François).

Leur vie montre que se réalise tout ce que l’évêque promet à l’homélie: « Le Christ, Fils de la Vierge et époux des vierges, sera votre joie et votre couronne sur la terre, jusqu’à ce qu’il vous conduise aux noces éternelles dans son royaume où, en entonnant le chant nouveau, vous suivrez l’Agneau partout où il ira » (Rituel pour la consécration des Vierges, Projet d’homélie, n. 29) et dans la prière de consécration: « Seigneur, sois pour elles la joie, l’honneur et l’unique volonté ; sois leur réconfort dans l’affliction ; sois leur conseiller dans l’incertitude ; sois leur défense dans le danger, leur patience dans l’épreuve, l’abondance dans la pauvreté, nourriture dans le jeûne, leur remède dans la maladie. En toi, Seigneur, qu’elles possèdent tout, parce qu’elles T’ont choisi, Toi seul par dessus tout » (Ibid., n. 38). La vierge consacrée est un don d’amour fidèle à Dieu et spirituellement fécond pour l’Eglise. C’est une histoire d’humilité et de vie cachée, d’une vie déjà éternelle, joie anticipée d’une attente qui est déjà présence.

Lecture Patristique

Saint Thomas d’Aquin (1225 – 1274)

Opusc. 57. lect. 1-4

Le mystère de l’Eucharistie.

Le Fils unique de Dieu, voulant nous faire participer à sa divinité, a pris notre nature afin de diviniser les hommes, lui qui s’est fait homme.

En outre, ce qu’il a pris de nous, il nous l’a entièrement donné pour notre salut. En effet, sur l’autel de la croix il a offert son corps en sacrifice à Dieu le Père afin de nous réconcilier avec lui; et il a répandu son sang pour qu’il soit en même temps notre rançon et notre baptême : rachetés d’un lamentable esclavage, nous serions purifiés de tous nos péchés.

Et pour que nous gardions toujours la mémoire d’un si grand bienfait, il a laissé aux fidèles son corps à manger et son sang à boire, sous les dehors du pain et du vin.

Banquet précieux et stupéfiant, qui apporte le salut et qui est rempli de douceur ! Peut-il y avoir rien de plus précieux que ce banquet où l’on ne nous propose plus, comme dans l’ancienne Loi, de manger la chair des veaux et des boucs, mais le Christ qui est vraiment Dieu ? Y a-t-il rien de plus admirable que ce sacrement ? ~

Aucun sacrement ne produit des effets plus salutaires que celui-ci : il efface les péchés, accroît les vertus et comble l’âme surabondamment de tous les dons spirituels !

Il est offert dans l’Église pour les vivants et pour les morts afin de profiter à tous, étant institué pour le salut de tous. Enfin, personne n’est capable d’exprimer les délices de ce sacrement, puisqu’on y goûte la douceur spirituelle à sa source et on y célèbre la mémoire de cet amour insurpassable, que le Christ a montré dans sa passion.

Il voulait que l’immensité de cet amour se grave plus profondément dans le cœur des fidèles. C’est pourquoi à la dernière Cène, après avoir célébré la Pâque avec ses disciples, lorsqu’il allait passer de ce monde à son Père, il institua ce sacrement comme le mémorial perpétuel de sa passion, l’accomplissement des anciennes préfigurations, le plus grand de tous ses miracles ; et à ceux que son absence remplirait de tristesse, il laissa ce sacrement comme réconfort incomparable.







Commentaire des lectures de la messe du XIIIème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C
Exode, chemin de liberté vers la Terre définitive : le Ciel

1) Le chemin définitif vers Jérusalem.

Le chapitre 9 de Saint Luc, dont la dernière partie nous est proposée par la liturgie de la Messe d’aujourd’hui, rapportent quelques moments importants de la vie du Christ qu’il est utile de rappeler.

Je les évoque rapidement.

Avant tout, Jésus envoie en mission les Douze Apôtres. Ils ont écouté et accueilli sa prédication et donc à leur tour ils peuvent la diffuser (cf Lc 9, 1-6). A leur retour, il les implique dans la multiplication des pains qui n’est pas seulement une anticipation symbolique de l’Eucharistie, mais aussi une vraie et profonde révélation de Jésus et de son existence ainsi qu’une vraie révélation de l’acte eucharistique. Pour l’évangéliste Saint Luc, la distribution des pains, la dernière Cène et la cène d’Emmaüs sont les piliers qui manifestent la logique de l’existence de Jésus: une vie qui se donne. (cf ibid. 9, 10-17)

Puis Pierre reconnaît Jésus comme le Christ, le Messie attendu par le peuple d’Israël (cf ibid. 9, 18-21). Et c’est un moment très important parce que Jésus est reconnu comme le Christ de Dieu. Cependant comme pour le comprendre pleinement, la mort et la résurrection sont nécessaires, Jésus commence à annoncer aux siens son propre destin de passion (cf ibid. 9, 22-23). C’est une vocation qui demande certains renoncements. Qui veut suivre Jésus doit comme Lui renoncer à sa propre vie, pour la retrouver ensuite (cf ibid. 9, 23-26).

Ensuite, pour soutenir ses Apôtres sur ce chemin, Jésus donne un « avant goût » de sa gloire future à ses trois Apôtres préférés: c’est la Transfiguration (cf ibid. 9, 28-36). Descendu de la montagne, il révèle encore une fois sa puissance contre le malin (guérison du garçon épileptique: ibid 9, 37-43) et annonce à nouveau sa passion et sa mort (cf ibid. 9, 43-45), mais les disciples ne comprennent pas et se mettent à discuter pour savoir lequel d’entre eux est le plus grand (cf ibid 9, 43-45).

Et nous voici à la fin du chapitre 9. Cet extrait (v. 51-62), lu pendant la liturgie de ce dimanche, décrit la ferme décision du Christ d’accomplir son exode en se rendant à Jérusalem et donne trois réponses à la façon dont le disciple doit suivre le Maître.

Il vaut la peine de noter que dans cette partie définitive de l’exode du Christ vers le Père, les gestes de miséricorde, les miracles et les enseignements continuent.

2) Les exigences d’un chemin à la suite du Christ.

Jésus prend la route vers Jérusalem où – avec lucidité, courage et décision – il va donner sa vie pour ceux qui le tuent (cf ibid. 9, 51). Le fils de Dieu chemine résolument vers Jérusalem, il tourne son visage, ferme et décidé (en effet le texte grec utilise cette expression : » Son visage devenu de pierre », qui a été traduite par « Jésus prit la ferme décision ») vers sa Pâques de libération pour nous. C’est un chemin fait non sans grande fatigue mais avec fermeté, et c’est un libre chemin de liberté.

Le Christ nous a libérés pour nous donner la liberté des enfants de Dieu. Pour être libre, derrière Jésus, il faut cheminer selon l’Esprit en observant les commandements que Dieu nous a donnés par amour. Les dix commandements ne sont pas un hymne au « non », ils sont un « oui ». Un « oui » à Dieu, un « oui » à l’amour, et si je dis « oui » à l’amour, je dis « non » au non-amour, mais le « non » est une conséquence de ce « oui » qui vient de Dieu et qui nous fait aimer.

Redécouvrons et mettons en pratique les Dix Paroles de Dieu (en grec « logoi » qui est presque toujours traduit par « commandement » mais qui littéralement signifie « parole »). Disons « oui » à ces « dix voies d’amour » perfectionnées par le Christ, pour défendre l’homme et le guider vers la vraie liberté.

Ensuite si nous voulons vivre avec plénitude ces « voies », il ne nous reste qu’à suivre le Christ dans son exode à Jérusalem qui n’est pas seulement la Jérusalem de la Terre Sainte mais aussi celle du Ciel.

Suivre le Christ comporte au moins trois caractéristiques.

La première caractéristique est celle du détachement ou du rapport vrai avec les biens matériels.

En effet dans l’évangile d’aujourd’hui, nous voyons un homme qui, le long de cette route vers la liberté, demande à Jésus de pouvoir le suivre. Cet homme est déjà conscient du fait que suivre le Christ implique une vie itinérante: « Je te suivrai partout où tu iras. » (Ibid. 9, 57). Mais il y a quelque chose d’autre qu’il doit savoir: ce n’est pas simplement la pauvreté matérielle qui nous est demandée, ni simplement la fatigue d’une vie itinérante. Le premier don que Jésus nous fait si nous le suivons dans la pauvreté, c’est celui de la liberté par rapport aux choses: si nous voulons les posséder, elles nous possèdent, si nous en faisons la finalité de notre vie, nous sommes utilisés comme leur moyen de production. Si en revanche elles ne sont pas la fin mais un moyen, nous pouvons les utiliser et elles deviennent utiles. Elles sont utiles pour avoir une vie humaine qui est une vie de fils et de frères. C’est une vie de communion, alors que trop souvent on lutte même jusqu’à la mort. La première condition pour suivre le Christ, c’est d’être une personne libre, le premier don que Dieu veut nous faire, c’est la pauvreté spirituelle. Et si quelqu’un est appelé, même la pauvreté matérielle est un grand don de Dieu. Cette pauvreté signifie que nous ne sommes pas ce que nous possédons, sinon nous nous identifions avec les choses qui deviennent notre dieu ou pour être plus précis, nos idoles, l’objectif à cause duquel nous détruisons les autres et à la fin nous mêmes.

La seconde caractéristique concerne le rapport avec les autres et le fait que rien ne soit mis avant Dieu.

Devant la demande de Jésus: « Suis-moi » pour vivre dans la lumière et dans l’amour, le deuxième homme de l’Évangile d’aujourd’hui demande un délai. La réponse de Jésus est catégorique: « Laisse les morts enterrer leurs morts. » (Ibid. 9, 59-60). Certainement il s’agit d’un langage paradoxal. Il n’est pas question d’enterrer ou non ses proches. Il est question de se rendre compte qu’il y a là quelque chose de nouveau qui fait perdre son éclat à tout le reste.

J’espère ne pas me tromper si j’affirme que c’est une invitation à la chasteté à laquelle nous sommes tous appelés: aucune personne, aucun devoir, aucune affection n’est absolu. Seul Dieu, que nous n’avons jamais vu, est absolu. Tout le reste est relatif et surtout ne doit jamais être possédé. Cette relation d’amour réciproque, c’est à dire cet amour même que Dieu a pour nous, amour gratuit fait de don, est le même amour que nous avons pour l’autre, fait de don réciproque et de pardon.

Si la première caractéristique pour suivre le Christ est le détachement par rapport aux choses et la deuxième le détachement par rapport aux personnes, la troisième est le détachement par rapport à soi-même qui n’est pas réductible à l’histoire passée. L’être humain est construction de demande, désir d’infini, ouverture à la promesse de Dieu.

En effet dans le troisième dialogue, nous lisons qu’un autre inconnu est disposé à suivre Jésus mais il demande le temps de saluer les gens de sa maison. Le verbe grec signifie saluer et laisser. Jésus répond avec une espèce de proverbe. « Quiconque met la main à la charrue et puis regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu. » Si le paysan veut labourer, il va droit, il ne peut se permettre de regarder en arrière. En d’autres mots, suivre le Christ ne supporte ni délais, ni distractions, ni nostalgie. Dit de façon synthétique, suivre le Christ est un choix de liberté qui provient du détachement des choses et des personnes ainsi que de la confiance en Dieu.

3) Suivre le Christ pour les vierges consacrées dans le monde.

Nous comprenons avec l’esprit mais aussi avec le cœur que suivre Jésus signifie donc s’enraciner dans sa parole et accueillir sa personne de Messie et de Fils de Dieu sans réserve, sans mettre avant Lui nos pensées et nos affections familiales.

A cet égard, les vierges consacrées dans le monde témoignent qu’aucune affection ne vient avant Dieu. C’est la chasteté de l’âme et du corps, leur être « épouse » d’un Dieu à aimer de manière absolue. A la première place, il y a Dieu. Se tourner en arrière est regret, hésitation. Le choix pour le Christ est une conversion continue que la virginité rend constante et transforme en offrande, en sacrifice qui plaît à Dieu.

Suivre Jésus virginalement veut dire le suivre inconditionnellement. Suivre le Christ exige une fidélité et un amour qui mettent toujours Dieu et son Royaume à la première place. Le résultat est une vie féconde et joyeuse. En effet le Rédempteur a dit: « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. En effet qui veut sauver sa vie, la perdra; mais qui perd sa vie à cause de moi la sauvera » (Lc 9, 23-24). Suivre le Christ est donc un chemin de croix non parce que la douleur et la mort doivent être l’aboutissement ultime de la vie mais parce que, comme pour le Christ, mystique grain de blé tombé dans la terre, de cette mort rédemptrice doit naître une vie nouvelle.

Ainsi chaque sacrifice fait pour suivre le Fils de Dieu, ne signale pas simplement un chemin de mortification stérile, mais ouvre la vie à une existence qui se renouvelle sans cesse dans la grâce et rend la personne capable de parcourir le chemin de la liberté la plus vraie, celle qui nous est donnée dans le Christ. Les personnes consacrées nous en donnent le témoignage de façon particulière pour que tous les chrétiens puissent répondre à cette vocation: « Vous, frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement que cette liberté ne donne aucune prise à la chair! Mais, par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres… Écoutez-moi: marchez sous l’impulsion de l’Esprit… »

La vocation de chacun de nous d’aller à la suite du Christ est vocation à la liberté authentique, qui est don du Père dans le Fils par l’intermédiaire du Saint Esprit, lequel illumine et conduit à la plénitude de la vie.

Lecture Patristique

Saint Hilaire (+ 367)

Commentaire sur les psaumes, ps 139, 12

CSEL 22, 784-785.

Sûr d’être protégé au jour du combat, le Christ fait aussi cette prière: Seigneur, n’accorde rien au pécheur à l’encontre de mon désir (cf. Ps 139,9). Lui qui a dit: Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé (Jn 6,38), est également pressé de réaliser la tâche entreprise par obéissance, non sans toutefois nous rappeler qu’il peut exercer librement sa volonté.

Il veut, en vérité, ce qu’a voulu le Père. Par ces paroles: Je ne suis pas venu faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé, Jésus montre, en effet, qui est celui qui l’a envoyé et à qui il obéit, sans pourtant supprimer son vouloir propre. Il aspire donc à accomplir toutes les volontés de son Père. Il s’empresse aussi de réaliser tout ce que lui-même désire voir accompli dans sa passion, de peur qu’un pécheur ne prenne les devants pour le déjouer.

Il a ardemment désiré (Lc 22,15) manger la Pâque avec ses disciples. Il a célébré à la hâte le repas de la Pâque. Désirant boire le calice de sa passion, il a dit: Est-ce que je vais refuser la coupe que mon Père m’a donné à boire (Jn 10,11)? Quand les hommes qui le cherchaient se présentèrent pour se saisir de lui et demandèrent qui était Jésus, il s’avança de lui-même. Sachant qu’il devait boire la coupe de vinaigre, il demanda à la boire et, aussitôt après y avoir bu et après avoir ainsi mené à bonne fin son grand dessein, il dit: Tout est accompli (Jn 19,30), mettant dans ces mots toute sa joie de voir réalisé ce qu’il désirait tellement.

Dans les psaumes, le Christ avait souvent prié pour que sa vie soit préservée du glaive. Il avait annoncé qu’aucun de ses os ne serait brisé. Il avait prédit que sa tunique serait tirée au sort (Ps 21).

Il prie pour que tout cela se réalise selon son désir, afin que l’on croie en l’accomplissement des prophéties. Il ne veut pas que les pécheurs aient la possibilité d’agir sur un de ces événements, ni d’empêcher la célébration de la Pâque si ardemment désirée, ou qu’ils n’osent pas lui présenter la coupe de sa passion. Car la première réponse que le Sauveur avait adressée aux pécheurs venus l’arrêter, les avait tous terrassés.

Il ne faut pas que manque le vinaigre qui doit lui être offert, que le soldat lui perce le côté avant qu’il ne rende l’esprit, ni qu’il trouve dans la lenteur de sa mort un motif pour lui briser les os.

Il veut qu’aucune prophétie ne soit retranchée, et que rien de ce qu’il attend ne soit laissé au bon plaisir du pécheur. Il veut que s’accomplissent en lui tous les événements annoncés dans les prophéties et que lui-même désire. Et il prie pour leur réalisation, non qu’ils puissent ne pas s’accomplir, mais afin que les hommes comprennent que ces prophéties le concernaient.







Commentaire des lectures de la messe du XIVème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C
La vie est pèlerinage et mission

1) Chrétiens c’est à dire Missionnaires

L’évangile de dimanche dernier nous a rappelé que nous avons été appelés à être des vrais disciples du Christ en mettant le Rédempteur au-dessus de toute affection, de toute joie. Aujourd’hui nous sommes appelés à vivre la communion avec Lui non pas comme un refuge ou comme une fuite du monde, mais comme une mission et un devoir pour collaborer avec Lui. Sa tache devoir devient notre mission.

Cette mission ne s’adresse pas seulement à quelqu’un de disciples mais à tous les disciples de Jésus, c’est à dure nous tous.

Donc nous sommes tous appelés à être des missionnaires pour porter la Bonne et heureuse nouvelle de la présence d’un Dieu qui s’est fait un de nous pour nous faire comme Lui, riche de miséricorde. La miséricorde de Dieu arrive aux hommes à travers le témoignage de ceux qui l’ont connue et expérimentée dans leur propre personne.

Le Christ appelle pour envoyer porter cette annonce de vérité, de charité et d’espérance. La mission de Jésus est de sauver le monde avec un amour qui jusque-là nous ne connaissions pas : celui de sauver tout le monde sans exclusion et avec un amour vrai. Cette annonce ne consiste pas à enseigner en premier lieu la vérité et des doctrines mais dans l’annoncer une Présence qui fait vivre, agir et penser d’une façon neuve: en frères et sœurs.

En effet, les mots « missionnaire » et « apôtre » dérivent un du latin et l’autre du grec. Ils signifient « mandaté », « envoyé ». Chacun de nous est « envoyé » aux sœurs et aux frères. Donc, la dimension missionnaire, apostolique, est essentielle pour chaque chrétien et se réalise en suivant le Christ et en allant vers le prochain.

C’est pourquoi, lorsque nous disons que l’Eglise est apostolique, nous ne voulons pas dire seulement qu’elle est fondée sur les apôtres, mais c’est à partir de cette graine (des apôtres d’il y a 2000 ans) que la plante s’est développée. S’il est vrai que la mission est l’aspect fondamental de l’Eglise, il est aussi vrai qu’elle est un aspect fondamental de chacun de nous. En effet, en tant que enfants s de Dieu, nous sommes appelés à témoigner notre « être fils et filles » en devenant des frères et des soeurs avec tous les autres sur les routes du monde.

2) Pèlerins donc Missionnaires

Une des caractéristiques de l’Evangéliste Luc est de décrire le Christ dans une attitude de pèlerin qui n’est pas réductible à celle d’un voyageur, parce que pour Lui le chemin n’est pas seulement un moyen pour arriver à une destination, mais une façon d’être, de vivre, typique de qui sait que la terre n’est pas sa demeure stable.

Le Chrétien est un voyageur qui devient pèlerin avec le Christ, Qui enseigne que notre vie est un chemin avec Lui, pour apprendre à se donner par amour, comme Lui a fait qui est le chemin et la joie.

Le pape François nous invite sur ce chemin: « toujours en le chemin avec cette vertu pèlerine : la joie! Vertu qui nous rend crédibles et exprime l’expérience de miséricorde et d’appartenance au Dieu vrai et amoureux.

Dans ce chemin, nous pouvons être guidés par deux phrases du Nouveau Testament.

La première est celle de Jésus qui se définit « chemin » : « Je suis le chemin , la vérité et la vie » (Jn 14,6).

La seconde est celle qui définit les chrétiens et sont appelés « ceux du chemin » (tou odòs) (Act 9, 2) qui est traduit « ceux qui suivent la doctrine du Christ ». « Ceux du chemin » est le premier nom qui a été donné aux disciples du Christ : ce sont ceux qui sont en la route pour suivre ce nouveau Maître, qui a été tué d’une façon honteuse mais qui est ressuscité. Le chemin chrétien est donc une route (le Christ) à parcourir en tenant fixe un objectif, celui de suivre le Christ, de se conformer à Lui. La fin devient un parcours : suivre le Christ est le chemin. C’est vivre la vie avec le cœur qui marche, qui va vers Dieu avec les pas intérieurs de la prière et porte la charité aux autres.

A cet égard, St Grégoire le Grand écrit: « Notre Seigneur et Sauveur, frères très chers, parfois nous instruit pars des paroles, parfois par des faits. Ses actions deviennent des préceptes quand tacitement, avec ce qu’il fait, il nous indique ce que nous devons faire. Voilà qu’il envoie ses disciples prêcher deux par deux. Parce que deux sont les préceptes de la charité : la charité vers Dieu et la charité vers le prochain, et parce qu’il aie l’amour il faut au moins de personnes. L’amour qu’un a pour soi-même personne l’appelle charité ; il doit être dirigé vers un autre, pour qu’il soit appelé charité. Le Seigneur envoie ses disciples deux par deux pour nous faire comprendre que si quelqu’un n’a pas d’amour pour les autre, il ne doit pas se mettre a prêcher » (Hom., 17, 1 – 4.7 s).

3) Vierges et pèlerines

Les personnes qui, d’une façon spéciale, font sienne la spiritualité de la vie comme un chemin, comme un pèlerinage, sont les vierges consacrées dans le monde.

La virginité est la modalité propre au Christ d’aimer et, ces femmes témoignent qu’il est possible de répondre à l’amour du Christ avec le don total de soi-même. En effet, le vrai amour n’est pas de donner des choses, des biens matériels, mais de donner soi-même. Le vrai amour de Dieu est celui de l’aimer pour ce qu’il est et pas pour ce qu’il a.

La virginité est aussi la modalité d’aimer de Marie, la première à être heureuse non pas pour ce qu’elle faisait mais certaine que son nom était inscrit dans le coeur de Dieu, qui avait regardé à son humble servante

Comme la Vierge Marie, Mère du Chemin et Arche de l’Alliance, a marché sur les monts de Judée pour porter Jésus et sa joie à sa cousine Elisabeth, sur les routes de l’exil pour sauver le Fils de Dieu, sur le chemin du Calvaire pour devenir notre Mère, ainsi les vierges consacrées vivent en portant Jésus dans le monde, à travers leur vie vécue simplement et chastement.

Comme Marie porta au monde le Christ sous son cœur, les vierges consacrées aussi portent au monde l’évangile et le salut du Christ qu’elles portent dans leur cœur.

C’est un cœur dédié à Lui seul et à son Règne. Pour ce Règne de Dieu, il faut des personnes qui, le cœur rempli de Dieu, se consacrent à la venue de ce Règne. La virginité consacrée est toujours missionnaire et ne concerne pas seulement les consacrés qui vont vers des Terres lointaines pour annoncer l’Evangile mais concernent toutes les vierges.

Comme pour la Vierge Marie, la virginité ne signifie pas stérilité, mais, au contraire, fécondité maximale. De cette façon, ces femmes consacrées montrent qu’il peut y avoir une fécondité sur un plan différent de celle physique.

La première fois que la virginité apparait dans l’histoire du salut, elle est associée à la naissance d’un enfant: « Voici, la Vierge concevra et enfantera un enfant….. » (Is 7, 14). La tradition de l’Eglise a saisi ce lien en associant constamment le titre de vierge à celui de mère. Maria est la Vierge Mère; l’Eglise est vierge et mère. « Un est le Père de tous, un aussi le Verbe de tous, un et identique est le Saint Esprit et une seule est la vierge mère : ainsi j’aime appeler l’Eglise » (St Clément d’Alexandrie). Enfin chaque âme et, en particulier, chaque âme consacrée est vierge et mère : « Chaque âme croyante, épouse du Verbe de Dieu, mère, fille et sœur du Christ est considérée, à sa manière, vierge et féconde » (Ibid.).

Les personnes consacrées se rappellent que s’il est vrai que le chemin-pèlerinage de Jésus a été son amour jusqu’à la fin, il est aussi vrai que le chemin-pèlerinage suivant Jésus est celui de l’amour nuptial.

Le rite de consécration des vierges est appelé dans le dictionnaire de liturgie, « consécration matrimoniale à Jésus Christ ». C’est la raison pour laquelle chacune de ces femmes est appelée « Sponsa Christi »

Il est vrai que chaque personne chrétienne est épouse du Christ, mais il est demandé aux vierges consacrées de l’être d’une façon éminente. Elles doivent vivre et témoigner l’union « nuptiale » avec Jésus Christ d’une manière religieuse, chaste, dévouée et totale. La virginité consacrée leur permet d’être des fenêtres transparentes entre l’Eglise et le monde, en laissant passer la lumière vraie de l’amour miséricordieux.

 

Lecture patristique

Saint Augustin d’Hippone (354 – 430)

Sermon 101, 1-211

PL 38, 605-607 610

L’évangile qui vient d’être lu nous invite à nous interroger sur la moisson dont le Seigneur a dit: La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson (Lc 10,2). Alors, aux douze disciples auxquels il avait donné le nom d’Apôtres, il en adjoignit soixante-douze autres. Puis il les envoya tous, comme ses paroles l’indiquent, à une moisson déjà préparée.

Quelle était donc cette moisson? Certainement pas la moisson des païens, puisque chez eux rien n’avait été semé. Il nous faut donc l’entendre du peuple juif. C’est pour cette moisson-là qu’est venu le maître de la moisson, et il y a envoyé ses moissonneurs. Quant aux païens, il leur a envoyé des semeurs, non des moissonneurs. Sachons donc que la moisson était faite chez les Juifs et les semailles chez les païens. Le Seigneur avait choisi ses Apôtres dans cette moisson, où le grain était mûr et prêt à être coupé, car les prophètes l’y avaient semé. Quel plaisir de parcourir du regard la terre que Dieu cultive! Quel délice de contempler ses dons et les ouvriers qui travaillent dans son champ!

Vous pouvez y observer deux moissons, l’une qui est en cours, l’autre, encore à faire; celle-ci chez les païens, celle-là chez les Juifs. Prouvons ce que nous venons de dire en nous appuyant simplement sur la divine Écriture, celle du maître de la moisson. Voici. Nous savons qu’il est dit dans le passage que nous venons d’entendre: La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

Il est bien dans mon propos de vous montrer que la moisson a rapport aux peuples parmi lesquels les prophètes ont prêché. Ce sont eux en effet qui étaient les semeurs, afin que les Apôtres puissent être les moissonneurs. Pour germer et grandir, le blé avait dû être semé par les prophètes; arrivé à maturité, il attendait que les Apôtres viennent le moissonner. Le Seigneur n’a-t-il pas déclaré alors à ses disciples: Vous dites que l’été est encore loin. Levez les yeux et regardez les champs, ils sont blancs pour la moisson (Jn 4,35). Il a dit encore: D’autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux (Jn 4,38). Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les prophètes ont pris de la peine. Ils ont peiné pour semer le grain. A son avènement, le Seigneur a trouvé la moisson mûre. Et il a envoyé les moissonneurs avec la faux de l’Évangile.

Les prédicateurs de l’Évangile ne saluent personne en chemin. Ils ne veulent rien faire d’autre qu’annoncer la Bonne Nouvelle par amour de leurs frères. Qu’ils entrent dans les maisons et qu’ils disent: Paix à cette maison (Lc 10,5). Ils ne se bornent pas à en parler, mais ils répandent la paix dont ils sont remplis. Ils proclament la paix et la possèdent. Celui qui est rempli de paix salue en disant: Paix à cette maison. S’il y a là un ami de la paix, la paix du messager ira reposer sur lui (Lc 10,6).







Commentaire des lectures de la messe du XVème Dimanche du Temps Ordinaire – Année C
L’amour et son parcours

1) En marche par amour.
Dans le passage de l’évangile d’aujourd’hui un docteur de la Loi demande à Jésus: « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » (Lc 10,25). Le Messie répond à l’homme en le renvoyant à ce que dit la Sainte Ecriture, qu’il connaît si bien. Alors l’érudit de la Loi, puisant dedans, répond avec exactitude: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » (Lc 10,27: cf. Dt 6,5 et Lv 19,18).
Le malaise de cet homme est si grand après avoir posé une question dont il connaissait bien la réponse – au point de mettre ensemble deux versets de deux livres de l’Ancien testament (le Deutéronome et le Lévite) – qu’il demande: « Et qui est mon prochain ? ». Jésus lui répond en lui racontant la parabole du Samaritain, où je pense qu’il lui enseigne avant tout que le prochain est Dieu, proche de nous et miséricordieux. N’oublions pas que Jésus a commencé sa mission on disant précisément que le « royaume des cieux est proche ».
Par conséquent, si le rédempteur est le bon Samaritain, chacun de nous est cet homme à moitié mort jeté sur le bord d’une route.
Donc, le premier enseignement à tirer de l’Evangile du jour c’est que le Christ en prenant soin de nous avec compassion, nous soigne avec amour. L’amour guérit. Nous comprenons que la vie est amour et que pour avoir la vie il faut aimer.
Le second enseignement nous dit comment il est possible d’aimer: en imitant le Christ bon Samaritain, comme Lui –et avec Lui- en étant proches de nos frères et sœurs en humanité, en les regardant avec une compassion qui devient secours, aide, remède.
La parabole du bon Samaritain révèle donc le vrai visage de l’amour, une révélation qui passe par la miséricorde et la compassion.

2) Le Samaritain.
Rappelons-nous de ce que nous lisons dans les évangiles : que Jésus était l’objet d’accusations de la part de ses adversaires. Ils l’accusaient d’être un diable, un gros mangeur et gros buveur, mais aussi un Samaritain, c’est-à-dire un hérétique. Jésus s’est défendu de ces accusations mais pas de celle d’être un Samaritain. Justement parce qu’il cherchait probablement à s’identifier au bon Samaritain dont parle aujourd’hui la parabole. Les Pères de l’Eglise (Saint Jérôme, saint Ambroise, saint Augustin et tant d’autres) ont interprété cette parabole comme une description des relations qui unissent Dieu aux hommes, une illustration de Sa proximité avec une humanité blessée et abandonnée pour la conduire vers le salut.
En l’homme qui descend de Jérusalem à Jéricho, détroussé par des bandits, les Pères de l’Eglise reconnaissent la figure d’Adam, autrement dit l’humanité expulsée du Paradis terrestre à cause du péché. Sous les traits des brigands ils voient le tentateur qui cherche à diviser l’homme de Dieu, en lui arrachant ses habits, autrement dit en le dépouillant de ses liens d’amitié avec Dieu et en l’abandonnant à moitié mort sur le bord de la vie, symbolisé par la route. Et puis il y a le prêtre et le lévite, qui représentent à leurs yeux l’insuffisance de l’ancienne loi pour notre salut.
Ce salut est porté à son accomplissement par « le Samaritain » Jésus Christ, notre sauveur. Partant lui aussi, comme nous, de Jérusalem, Il nous rejoint et soigne nos blessures, notre péché avec l’huile de la grâce et le vin de l’Esprit.
Enfin, pour les pères de l’Eglise, l’auberge représente l’Eglise, et l’aubergiste les pasteurs de l’Eglise, qui prennent soin du blessé. Cette activité pastorale de miséricorde passe aussi par deux pièces d’argent. Toujours selon les Pères de l’Eglise, ces pièces renvoient aux Saintes Ecritures et aux sacrements qui nous aident à marcher vers le salut.

3) Suivre le Christ, Samaritain de l’humanité.
Nous sommes tous appelés à suivre le Christ en parcourant la voie qui mène au salut, et chemin faisant, fait de nous des Samaritains comme lui.
Jésus montre qu’il est possible d’exercer un amour plein de compassion, en devenant les Samaritains des temps modernes. Mais pour l’Imiter dans cet amour partagé, nous devons avant tout nous convertir à Lui, le Seigneur notre Dieu, de tout notre cœur et de toute notre âme. Ainsi ferons-nous l’expérience de la proximité de Dieu qui soigne et guérit avec amour et tendresse.
Posons-nous la question: « Qui est mon prochain », se traduisant littéralement par : « Et qui est proche de moi ? » que l’on peut, selon moi, paraphraser de la façon suivante : « Et moi qui m’aime ? Pour que je puisse aimer, si on m’aime ». Jésus répond en s’indiquant lui-même comme celui qui nous aime et prend soin de nous. Bref, le Sauveur se décrit en racontant la parabole du bon Samaritain, et conclut par un « va et fais la même chose ».
Laissons donc le Christ venir à notre rencontre, et avec Lui soyons les « prochains » de ceux que la vie a marginalisés, a grièvement blessés. En cela, le Pape François, qui se préoccupe pour les réfugiés, nous offre une belle leçon. L’amour du Christ, et nous avec lui, le pousse à « être proche ». Dieu est amour. L’amour est le sceau divin de Dieu en l’homme. En aimant nous réalisons ce que nous sommes. Mais, hélas, l’amour peut être mal compris, et source de tant de malentendus. Pour éviter ces malentendus et bien vivre cet amour, il faut nous mettre à l’école de saint Ignace de Loyola. Ce grand saint décomposait le mot « amour » en trois termes: louange, révérence, service
– La louange naît de l’expérience libératrice opérée par Dieu comme il est décrit par exemple dans le Psaume 86: « Je te rends grâce de tout mon coeur, Seigneur mon Dieu, toujours je rendrai gloire à ton nom ; il est grand, ton amour pour moi : tu m’as tiré de l’abîme des morts » (v. 12-13). La louange naît dans notre cœur ouvert, qui nous permet de voir – malgré tous les problèmes – la beauté de la création et la bonté que Dieu y met. Louer veut dire exprimer la joie que l’autre soit « un autre », autrement dit différent de nous ; aimer l’autre ce n’est pas vouloir le posséder, mais être plein de joie de sa présence à nos côtés. Donc nous lui rendons gloire, heureux qu’il soit ce qu’il est, et non qu’il soit à nous. Et tout ce qui lui arrive de bon, nous enchante bien plus que si cela nous arrivait à nous.
– La révérence, ici, renvoie au respect et à la dévotion. C’est l’amour vécu purement et humblement, dans la conscience que l’autre vaut plus que nous. Si nous aimons vraiment, elle ou lui est notre vie. Pas un outil qui nous appartient. La révérence nous fait aller près de l’autre comme lorsque nous allons recevoir le Corps du Christ Eucharistie.
– Le service c’est l’amour vécu dans la concrétude, en étant « proches » de quiconque a besoin d’aide. Le Samaritain prend en effet sur lui la condition d’un inconnu, que les brigands ont laissé à moitié mort sur le bord de la route; alors qu’un prêtre et un lévite étaient passés par là pensant qu’au contact du sang, sur la base d’un précepte, ils auraient été contaminés. La parabole doit donc nous inciter à changer de mentalité selon la logique du Christ, qui est la logique de la charité: Dieu est amour, et lui rendre un culte signifie servir nos frères avec un amour sincère et généreux.
Cette logique de la charité, ce regard et cette attention envers les autres, n’est possible que si nous sommes pleins du Christ, car notre instinct nous pousse d’abord, à « posséder » l’autre, à s’imposer.
C’est pourquoi la virginité, qui n’est rien d’autre que le sommet de la charité, est si importante (Raison pour laquelle M. Teresa de Calcutta fit mettre trois bandes bleues sur le voile de ses sœurs. Ces trois bandes symbolisent les trois vœux: pauvreté, obéissance et chasteté. Cette dernière est symbolisée par une bande plus large représentative de l’amour total rendu à Dieu, qui comprend l’amour du prochain), et a comme effet la joie, parce qu’elle nous permet d’ « affirmer » l’autre, de le voir inséré dans une optique éternelle, de le regarder comme Dieu le regarde.

4) Les Vierges consacrées et le Samaritain.
Pour regarder et aimer son prochain en Dieu, donc selon son destin, il y a un sacrifice à faire: sacrifier la réaction immédiate, de plaisir ou de déplaisir, de sympathie ou d’antipathie.
Toutefois, le sacrifice serait incompréhensible et, selon moi impossible, sans le Christ comme point de référence. En définitive, le sacrifice chrétien c’est accepter une Présence qui vient avant nous et qui est infiniment grande. Vivre le sacrifice implique que l’on affirme l’autre avant de penser à nous affirmer nous-mêmes, au prix même de notre vie.
Nous sommes tous appelés à participer au sacrifice que Jésus a fait pour sauver le monde. Concrètement, et tout particulièrement ceux qui sont appelés à vivre la virginité, ont pour tâche de témoigner à l’Eglise et au monde entier que Jésus Christ est l’unique chose pour laquelle il vaut la peine de vivre. La raison pour laquelle il est juste de donner toute sa vie. Bref, la vocation à la virginité c’est être appelés à être un exemple idéal pour toute la communauté. A rappeler à tout le peuple de Dieu que le Christ est ce pourquoi il vaut la peine de se marier, de travailler, de vivre, mourir, manger, veiller et dormir.
Les vierges consacrées, en donnant à Jésus tout leur amour et Lui consacrant leur propre corps et tous les sentiments de leur cœur, vivent une chasteté parfaite. La virginité est une force puissante d’amour pour être des saintes dans l’amour de Dieu et servir l’humanité. Elle permet à ces femmes d’être fécondes en sainteté, contemplation et œuvres de miséricorde (cf. Vita consecrata, n. 88).
Traduction d’Océane Le Gall

Lecture Patristique: Origène (+ 253)
Homélies sur l’évangile de Luc, 34, 3 7-9 (GCS 9, 201 202 204-205)
D’après un ancien qui voulait interpréter la parabole du bon Samaritain, l’homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho représente Adam, Jérusalem le paradis, Jéricho le monde, les brigands les forces hostiles, le prêtre la Loi, le lévite les prophètes, le Samaritain le Christ.
Par ailleurs, les blessures symbolisent la désobéissance, la monture le corps du Seigneur, et le « pandochium », c’est-à-dire l’auberge accueillant tous ceux qui veulent y entrer, est l’image de l’Église. En outre, les deux deniers représentent le Père et le Fils, l’aubergiste le chef de l’Église qui a charge de l’administrer. Et la promesse de revenir, faite par le Samaritain, figure, selon cet interprète, le second avènement du Seigneur.
Le Samaritain avait de l’huile dont l’Écriture dit: Que l’huile fasse briller le visage (Ps 103,15), le visage de celui dont il avait pris soin, assurément. Pour calmer l’inflammation des plaies, il les nettoya avec de l’huile et aussi avec du vin mêlé de quelque substance amère. Puis il chargea le blessé sur sa monture, c’est-à-dire sur son propre corps, puisqu’il a daigné assumer la condition de l’homme.
Ce Samaritain porte nos péchés (Mt 8,17) et souffre pour nous. Il porte le moribond et le conduit dans une auberge, c’est-à-dire dans l’Église. Celle-ci est ouverte à tous, elle ne refuse son secours à personne et tous y sont invités par Jésus: Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos (Mt 11,28).
Après y avoir conduit le blessé, le Samaritain ne part pas aussitôt, mais demeure toute la journée dans l’hôtellerie auprès du moribond. Il soigne ses blessures non seulement le jour, mais encore la nuit, l’entourant de toute sa sollicitude empressée.
Voulant partir le matin, il prélève sur son argent deux pièces d’argent (Lc 10,35) et en gratifie l’aubergiste, qui est certainement l’ange de l’Eglise. Puis il commande de soigner avec diligence et de ramener à la santé celui à qui il a lui-même prodigué aussi ses soins pendant un temps trop court.
Les deux deniers représentent, à mon avis, la connaissance du Père et du Fils et la connaissance du mystère que voici: le Père est dans le Fils et le Fils est dans le Père. C’est là le salaire donné à l’ange pour qu’il soigne avec un plus grand empressement l’homme qui lui a été confié. L’aubergiste reçoit en outre la promesse que tout ce qu’il dépensera de son bien pour la guérison du blessé lui sera aussitôt remboursé.
Vraiment ce gardien des âmes s’est montré plus proche des hommes que la Loi et les Prophètes en faisant preuve de bonté (Lc 10,37) envers celui qui était tombé dans les mains des bandits et il s’est montré son prochain (Lc 10,36) moins en paroles qu’en actes.
Il nous est donc possible, en suivant cette parole: Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même du Christ (1Co 11,1), d’imiter le Christ et d’avoir pitié de ceux qui sont tombés dans les mains des bandits, de nous approcher d’eux, de verser de l’huile et du vin sur leurs plaies et de les ban der, de les charger sur notre propre monture et de porter leurs fardeaux. Aussi, pour nous y exhorter, le Fils de Dieu a-t-il dit en s’adressant à nous tous, plus encore qu’au docteur de la Loi: Va, et toi aussi, fais de même (Lc 10,37). Et si nous le faisons, nous obtiendrons la vie éternelle dans le Christ Jésus, à qui appartiennent la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen (1P 4,11).