Par conséquent, dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus nous enseigne non seulement comment « faire usage » des choses, mais comment « faire usage » du temps. Il nous dit que nous devons vivre notre existence quotidienne à la lumière de l’horizon définitif qu’est l’éternité. Cet horizon n’est pas la fin mais le but de la vie à atteindre en cheminant et en servant.
Pour cheminer sans trébucher, il fallait, en ces temps-là, avoir sa ceinture serrée sur les côtés de manière à avoir sa tunique un peu soulevée pour éviter d’y trébucher. C’était la tenue de celui qui était prêt à se mettre en route, comme les Hébreux pendant la célébration de la Pâque en Égypte (cf. Ex 12, 11). C’est pourquoi le Christ nous invite à être « en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées » (Lc 12, 35). Mais la tunique relevée n’était pas seulement la tenue de voyage mais celle du travail et donc la tenue pour servir. Certes à cette époque les serviteurs étaient en général des esclaves.
Mais les Hébreux, alors, et nous aujourd’hui, nous sommes appelés à effectuer le chemin de l’exode pour servir Dieu en l’adorant et le servir dans notre prochain. L’exode auquel nous sommes appelés est un chemin de liberté, qui n’implique pas de faire ce qui nous voulons et qui nous plaît. Cela n’est pas la liberté, c’est de l’égoïsme. La vraie liberté est d’aimer et de servir. Nous sommes appelés à servir et non à asservir, à soumettre les autres en nous servant d’eux.
Et le fait que le Christ demande d’avoir nos lampes allumées veut dire que nous sommes appelés à marcher dans la nuit et à vivre en veillant dans l’attente de quelqu’un, dans l’attente de son retour, lui qui ne nous avise pas de quand il arrivera.
Lui seul connaît le jour et l’heure où il nous invitera à faire le dernier, et non moins douloureux, tronçon de notre vie terrestre pour commencer notre vie éternelle : « Dieu éternel et tout-puissant, toi que nous pouvons déjà appeler notre Père, fais grandir en nos cœurs l’esprit filial, afin que nous soyons capables d’entrer un jour dans l’héritage qui nous est promis » (Oraison de ce jour). Le Christ nous demande d’avoir le cœur et les yeux ouverts, auxquels les lampes allumées permettent de voir celui qui vient, qui frappe à la porte. Si nous lui ouvrons, il entre et dîne avec nous et nous avec lui (Ap 3, 20).
Attente vigilante et fidèle
Avec la parabole du maître qui revient de nuit, Jésus présente la vie comme une veille dans l’attente. L’image de la vie terrestre comme une veille nocturne dans l’attente du jour indique que l’homme est attente et que la « nuit » de la vie terrestre n’est pas un temps vide, pendant lequel on peut simplement chercher à résister à a peur de menaces et de dangers imminents. C’est un temps actif où l’on s’efforce de faire au mieux de ses capacités.
Après cette brève parabole du maître qui rentre des noces et du Seigneur qui vient comme un voleur à l’improviste, Jésus raconte la parabole de l’intendant fidèle (vv. 41-48). Ainsi le thème de la vigilance est enrichi de celui de la « fidélité » dans l’administration des biens du maître, le sens des responsabilités.
Le serviteur est « fidèle » parce que le maître est quelqu’un qui nous appelle amis. C’est quelqu’un qui s’est fait l’esclave de ses serviteurs qu’il trouve encore éveillés et vigilants à son retour à l’improviste Alors, il a ceint sa ceinture autour de ses reins et s’est mis à les servir (cf. Lc 12, 37).
Ce n’est donc pas dans la logique de la peur du maître ou de la crainte d’une punition probable de sa part que nous devons vivre l’attente du Royaume, mais dans une vigilance amoureuse et active, avec la simple conviction que la véritable utilité et le vrai progrès de nous-mêmes et des autres ne deviennent effectifs que dans le service fidèle et constant : vigilant.
Nous devons donc avoir les mains actives et le cœur ouvert. Donner est plus avantageux que recevoir parce que cela nous libère de tout lien en vue de l’amour du Christ.
Comme des voyageurs et des pèlerins de l’exode, nous sommes dans l’obscurité du moment et de l’heure du départ, mais tout à fait sûrs de devoir partir avec Dieu.
Comme les dix vierges en attente, au cœur de la nuit, nous ne connaissons pas l’arrivée de l’époux, mais nous attendons pour marcher avec le Christ-Époux.
Comme des serviteurs qui attendent le retour du maître de maison, qui ne savent pas quand il arrivera, nous veillons.
Comme de simples fidèles qui se nourrissent d’espérance, nous élevons notre regard vers le ciel (en Dieu) parce que l’avenir est garanti par la fidélité au Seigneur. Que le Christ nous aide, lui qui est venu pour nous rendre heureux, et qui revient pour nous rendre bienheureux.
Gardons à l’esprit que le retour du Seigneur n’est pas un épisode quelconque de notre existence : c’est là que conflue notre espérance, c’est à ce moment que se joue notre salut, la vie éternelle. Nous ne devons donc pas être vigilants en vue d’un départ et d’une rencontre finale, mais aussi être prêts à saisir le moment – que nous ne pouvons pas programmer – de la grâce, de la conversion et peut-être l’occasion quotidienne qui nous est offerte d’accomplir le bien. La libération par Dieu de l’esclavage d’Égypte s’est produite au cœur de la nuit, d’une nuit déjà annoncée à l’avance par les prophètes, mais dont on ignorait le moment précis : voici alors la nécessité de la vigilance et de l’attente. Nous en devenons capables quand notre foi en Dieu se traduit dans un complet abandon à sa volonté et dans la certitude de sa fidélité, qui ne manque jamais. Notre fidélité a sa demeure dans le cœur toujours fidèle de Dieu.
Un vol ?
Nous autres, serviteurs devenus amis, nous attendons le Christ qui vient à l’improviste comme un voleur (c’est la troisième image de l’Évangile d’aujourd’hui, qui n’emporte pas quelque chose mais notre cœur.
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a écrit : « Il est dit dans l’Évangile que le Seigneur viendra comme un voleur (Mt 24, 43). Il viendra bientôt me voler. Comme je voudrais aider le voleur ! »
Si nous sommes prêts pour ce vol, il nous « dérobe » de tout ce qui fait obstacle à notre rencontre avec Dieu, pour passer de l’esclavage de la loi au service de l’amour, de la nuit de la libération à la lumière de la terre promise, et nous mettrons notre cœur là où est le véritable trésor.
Les Vierges consacrées non seulement se sont laisser dérober par le Christ, mais avec joie elles aident ce « voleur » en lui offrant tout joyeusement : âme et corps, biens matériels set spirituels. Elles s’efforcent de vivre une véritable pauvreté d’esprit.
En outre, par leur vie et leur prière, elles mettent en pratique l’invitation de Jésus-Époux : « Gardez vos lampes alluées » (cf. Lc 12, 35) : la lampe de la foi, la lampe de la prière, la lampe de l’espérance et de l’amour. Il est vrai qu’il s’agit d’une invitation adressées à tous les chrétiens, toutefois il est important de rappeler que les vierges consacrées dans le monde représentent de manière particulière tous les fidèles dans une attitude d’attente et de tension vers le Royaume ; les lampes allumées sont le symbole de la vigilance. Il s’agit d’une vigilance nuptiale, par conséquent active et joyeuse.
Ces femmes montrent que le chrétien marche dans la nuit du monde, portant la lumière et veillant, parce que celui qui aime veille.
Le fait qu’elles ont aussi reçu une lampe, le jour de leur consécration, indique que notre condition de chrétiens est un chemin nuptial : nous avons besoin de lumière et en même temps, nous sommes appelés à devenir lumière, en la reflétant.
Lecture Patristique
Saint Grégoire de Nysse (+ 395)
Homélies sur le Cantique des cantiques, 11
Quand Jésus dit: Restez en tenue de service (gardez votre ceinture aux reins) et tenez vos lampes allumées (Lc 12,35), il nous enseigne le moyen de rester éveillés. En effet, l’éclat de la lumière frappe les yeux pour en chasser le sommeil. Et la ceinture, serrée autour des reins, produit une sensation de gêne qui ne permet pas au corps de se relâcher ni de s’abandonner au sommeil.
Le sens des symboles est tout à fait clair. L’homme portant la ceinture de la tempérance passe sa vie dans la lumière d’une conscience pure, qui jaillit de la lampe de la droiture pour éclairer sa conduite. La vérité ainsi manifestée tient son âme en éveil, la garde de l’erreur et l’empêche de jamais se distraire par des rêves trompeurs.
Si nous pratiquons ces vertus conformément à l’enseignement du Verbe, la vie angélique nous sera en quelque sorte communiquée. Car le Christ nous déclare semblables aux anges en nous donnant ce divin commandement: Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte (Lc 12,35). En effet, les anges attendaient que le Seigneur revienne des noces. Ils se tenaient, les yeux grands ouverts, aux portes du ciel, avec l’espoir que le Roi de gloire, de retour des noces, rentrerait par là dans le céleste et bienheureux séjour.
Il en était sorti comme sort de sa chambre le jeune époux, dont parle le psaume (cf. Ps 18,6). Nous sommes la vierge prostituée aux idoles, qu’il s’est unie par la renaissance sacramentelle, rétablissant notre humanité dans son incorruptibilité virginale. Ainsi, une fois les noces célébrées, l’Église est devenue l’Épouse du Verbe, selon cette parole de Jean Baptiste: Celui qui a l’épouse est l’époux (Jn 3,29). Elle a été admise dans la chambre des mystères, tandis que les anges attendaient patiemment que le Roi revienne à la béatitude qui convient à sa nature.
Il faut donc, comme il l’a dit, que notre vie soit semblable à la leur. Parce qu’ils vivent en se gardant du vice et de l’erreur, ils sont bien préparés à accueillir la venue du Seigneur. Comme eux, nous veillerons aussi à l’entrée de notre demeure et nous nous préparerons à lui obéir lorsqu’il se tiendra à la porte et frappera (cf. Ap 3,20). Heureux, dit-il, ces serviteurs, que leur maître, en arrivant, trouvera occupés de la sorte (Lc 12,43)!
Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus, le Verbe de Dieu fait homme pour le salut de tous, parle de son désir intense et angoissé de réaliser dans le temps, la mission que le Père lui a confié. Avec des paroles de feu, le Christ nous communique un amour sans fin qui a pour fin, pour but de nous faire entrer dans l’Amour.
Avant de commenter ces paroles, je propose de les relire : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère » (Lc 12,49-53)
Naturellement, lorsque le Rédempteur parle de division, de « haine », il ne l’entend pas de la même façon que nous, c’est-à-dire un sentiment pervers contre quelqu’un mais le détachement total de soi pour faire place à l’Amour : un Amour qui en Jésus était vraiment un « baptême », un « feu » d’amour qui Le brûlait à l’intérieur.
Le Fils de Dieu a le désir d’allumer le feu de l’amour sur la terre. Il s’agit d’un feu de lumière et d’amour parce que :
1. c’est le feu du Saint Esprit donné à la Pentecôte ;
2. c’est le feu qui fait en manière la vérité devienne en nous charité et que la charité allume comme le feu le prochain que nous rencontrons parce que l’amour est comme le feu, si tu ne l’alimentes pas, il s’éteint ;
3. c’est le feu purificateur du jugement de Dieu, feu d’Amour miséricordieux qui sauve le monde.
Donc, Jésus a cet immense désir d’allumer le feu,
1. qui est l’Amour qui donne forme au monde,
2. qui est l’Amour qui purifie et transforme
3. qui est l’Amour puissant qui donne lumière et chaleur.
Si nous passons devant un feu allumé, nous en ressentons la chaleur. Le Christ est le feu allumé, qui réchauffe et renouvelle, et qui rend capable d’aimer et de servir l’homme, notre prochain avec un amour divin.
Jésus est le feu qu’il faut porter « dans » la terre de notre coeur.
Jusqu’à quand tous les coeurs et les esprits humains ne seront pas incendiés par ce feu, la parole de l’évangile aura un son inefficace et le Règne sera encore loin.
Pour renouveler la fragile et malade famille des hommes, il est nécessaire qu’il y aie un incendie de douleur et de passion. La saleté qui barbouille le corps, obstrue la bouche les oreilles et suffoque les coeurs, doit être incinérée par le feu spirituel que Jésus est venu allumer. Ce feu n’est pas seulement la destruction du mal, mais il est salut du bien, feu de sainteté.
Le Christ nous donne un feu qui ne s’éteint pas, qui vient du ciel, c’est le feu de l Esprit du Christ. Un feu de l’Esprit qui renouvelle la face de la terre et la rend en une expression lumineuse et chaude de la présence divine entre nous : c’est le feu de son Esprit, c’est le baptême de l’Amour, baptême d’Esprit et de feu.
2) Angoisse.
Toujours dans l’Évangile d’aujourd’hui, le Christ parle de son désir d’allumer le feu de l’Amour sur la terre. En même temps, il parle aussi de son angoisse qui accepte que ce feu doit passe à travers l’eau de sa mort. Aussi notre vie présente est toujours une lutte entre le désir du bien et l’angoisse du mal, entre la paix et les choix difficiles. C’est un conflit que nous sommes appelés à vivre avec discernement, en sachant que toujours, en chaque jour de notre vie, nous sommes appelés à choisir ce qui est juste, même s’il y a un coût à payer.
Mais pourquoi Jésus parle d’angoisse? Le Christ nous dit qu’Il est dans l’angoisse, parce qu’il sait que ce feu sera allumé et partagé à travers sa mort sur la Croix. Ce saint Bois est le berceau de la nouvelle Bethléem, qui signifie « ville du pain », c’est la mangeoire du Pain consommé, c’est la nouvelle auberge d’Emmaüs du pain rompu, la nouvelle Béthanie, que signifie « maison du pain » parfumé offert aux hommes pour toujours. C’est à Béthanie que Marie lava les pieds au Christ avec le baume de nard, symbole de la miséricorde.
Jésus est angoissé parce qu’il sait que ce feu vient d’un baptême, d’une eau qui jaillit de Lui sur la croix. La croix est le creuset capable de nous transformer en témoins (en grec : martyres) qui suivent le Christ, le martyre par excellence. Dans le coeur de l’Eglise le coeur du Christ bat : l’angoisse et le désir ardent qui l’ont poussé à témoigner dans l’urgence sur la vérité, poussent les apôtres et tous les chrétiens à annoncer l’Évangile.
3) Division ou Paix?
Le feu du Christ est capable de s’étendre sans faire les dégâts d’un incendie. Il crée des liens chaleureux avec un vif échange animé : un feu de vie et de paix. La paix de Jésus repose sur l’amour désintéressé et libre qui se donne gratuitement.
A ce point, une question spontanée nait : « Pourquoi, si le Christ est le Prince de paix, dit qui est venu porter la division et non la paix? ».
Cette contradiction naît non pas parce que Jésus est venu pour porter la division et la guerre dans le monde, mais parce que la division et le contraste naissent inévitablement de sa venue à cause du fait qu’il met les personnes face à la décision. Et devant la nécessité de se décider, la liberté humaine réagit différemment et de façon contradictoire. La parole du Rédempteur et sa propre personne font ressortir tout ce qui est caché au plus profond du coeur humain. Le vieux Siméon l’avait prédit en prenant dans ses bras l’enfant Jésus : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre » (Lc 2, 34-35). Le Christ sera la première victime de cette contradiction, le premier à souffrir de l’ « épée » qu’ il est venu porter sur la terre. Ce sera Lui qui en ce conflit perdra la vie pour nous donner la Vie.
4) Les Vierges consacrées dans le monde et la division.
Dans la vie, l’attente des belles choses ouvre notre coeur à la joie : l’attente de choses tristes et moches nous mettent face au dramme de la peur, de l’inconnu. Dans ce cas, c’ est un saut dans le noir. Jésus, au contraire est lumière, espoir, joie et sérénité : il est Tout.
Les vierges consacrées dans le monde s’offrent à ce Tout sans réserve. Elles aussi expérimentent la division que le Christ porte. En effet, la virginité implique ce détachement radical de la chaire pour être en totale et exclusive communion avec le Christ.
Ce n’est pas seulement une division qui nous sépare de « quelque chose » mais qui nous détache de choses pour être unis a « Quelqu’un », au Christ qui nous aime jusqu’à donner sa propre vie. Donc le division du monde devient un partage de grâce et un signe pour le monde que c’est beau et heureux se donner à Dieu, qui est leur constant interlocuteur. Ces femmes dans le dialogue avec Dieu s’ouvrent au dialogue avec toutes les personnes qui vivent dans le monde, vers lesquelles elles devient mères, mères des enfants de Dieu (cf. RCV, 29).
De cette façon, avec leur don virginal, les vierges consacrées témoignent qu’être disciples du Christ signifie Lui appartenir. C’est le sens plus profond des paroles dures et difficiles de l’Évangile d’aujourd’hui : il faut « oser » la haine, la division , même la plus dure, sans jamais se retourner en arrière pour ensevelir ou dire au revoir à nos familiers. Pour amour des nôtres, souvent, nous sommes appelés à couper radicalement, parce que « l’adversaire rusé, quand il se voit chassé du coeur des bons, cherche ce qui sont beaucoup aimés par eux et parle à travers leur mots affectueux et séduisants afin que, le coeur pénétré avec la force de l’amour, l’ épée persuasive de la tentations perce facilement dans les fortifications de la rectitude intérieure » (St Grégoire le Grand).
Lecture patristique
Denys le Chartreux (+ 1471)
Commentaire sur l’évangile de Luc
Opera omnia, 12, 72-74.
Je suis venu apporter un feu sur la terre, je suis descendu du haut du ciel et, par le mystère de mon Incarnation, je me suis manifesté aux hommes pour allumer dans les coeurs humains le feu de l’amour divin; et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé (Lc 12,49), c’est-à-dire qu’il prenne et devienne une flamme activée par l’Esprit Saint, et qu’il fasse jaillir des actes de bonté! Le Christ annonce ensuite qu’il subira la mort sur la croix avant que le feu de cet amour n’enflamme l’humanité. C’est, en effet, la très sainte passion du Christ qui a valu à l’humanité un don aussi grand, et c’est avant tout le souvenir de sa passion qui allume une flamme dans les coeurs fidèles.
Je dois recevoir un baptême, autrement dit: « Il m’incombe et il m’est réservé par une disposition divine de recevoir un baptême de sang, de me baigner et de me plonger comme dans l’eau, dans mon sang répandu sur la croix pour racheter le monde entier; et quelle n’est pas mon angoisse <> jusqu’à ce qu’il soit accompli (Lc 12,50), en d’autres termes jusqu’à ce que ma passion soit achevée, et que je puisse dire: Tout est accompli (Jn 19,30)! » Le Christ, en effet, était sans cesse animé par l’amour. <>
Il expose ensuite le moyen de parvenir à la perfection de l’amour divin: Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde (Lc 12,51)? C’est comme s’il disait: « Ne pensez pas que je sois venu donner aux hommes la paix selon la chair et le monde, la paix sans aucune règle, qui les ferait vivre en bonne entente dans le vice et leur assurerait la prospérité sur cette terre. »
Non, je vous le dis, ce qui signifie: « Je ne suis pas venu apporter une paix de ce genre, mais la division (Lc 12,52), une bonne et très salutaire séparation des esprits et même des corps. Ainsi, parce qu’ils aiment Dieu et recherchent la paix intérieure, ceux qui croient en moi se trouveront naturellement en désaccord avec les méchants; ils se sépareront de ceux qui tentent de les détourner du progrès spirituel et de la pureté de l’amour divin, ou s’efforcent de leur créer des difficultés ».
Donc, la paix spirituelle, intérieure, la bonne paix, c’est la tranquillité de l’âme en Dieu, ou la bonne entente selon l’ordre juste. Le Christ est venu apporter cette paix avant toutes choses. <> La paix intérieure a sa source dans la charité. Elle consiste en une joie inaltérable de l’âme qui est en Dieu. On l’appelle la paix du coeur. Elle est le commencement et un certain avant-goût de la paix des saints qui sont dans la patrie, de la paix de l’éternité.
L’Assomption au Ciel de Marie est la Pâques du Jésus pleinement réalisée en Elle. La Vierge Mère qui avait donné sa chair au Verbe de Dieu est intimement unie à son Fils ressuscité, qui a pardonné le péché et vaincu la mort.
L’Assomption est un fait qui nous touche aussi, parce qu’il nous montre d’une manière lumineuse le destin de chacun de nous et de toute l’humanité. En célébrant cette solennité nous faisons mémoire du fait que, en nous ouvrant à Dieu, nous ne perdons rien. Au contraire notre vie devient riche, grande et pleine comme fut la vie de Marie.
La vie de notre chère maman fut une vie vécue dans la plénitude de la Grâce, sans échapper à ses devoirs d’épouse, de mère, dans la simplicité de la vie de Nazareth, suivant avec une grande discrétion son Fils dans Sa mission jusqu’à se tenir fermement proche de lui sous Sa Croix, avec un partage de l’amour et de la douleur totale.
Elle fut, enfin, plein de joie à la Résurrection de son Fils, et avec l’Eglise naissante vit la Pentecôte et attendit le retour au Père, auprès de son Fils: l’Assomption, en fait.
Cette façon de vivre est proposée par cette Mère pour nous tous ses enfants. Il est merveilleux de savoir que notre vie n’est pas une impasse, mais un chemin qui, dépassant la limite de la mort, trouve son éternité dans le Ciel. Combien d’églises sont dédiées à l’Assomption, comme pour nous indiquer toute la beauté de la vie qui nous attend si nous suivons Marie.
Le Pape François a dit: « Le chemin de Marie vers le Ciel a commencé à partir du ‘oui’ prononcé à Nazareth, en réponse à l’Ange Gabriel, qui a annoncé la volonté de Dieu pour elle ». Et en réalité, c’est ainsi : chaque ‘oui’ à Dieu est une étape vers le ciel, vers la vie éternelle. Parce que c’est ce que le Seigneur veut: que tous ses enfants aient la vie en abondance.
Dieu, le Père de miséricorde, nous veut tous, ses enfants, avec Lui dans sa maison.
Si nous lisons avec attention le récit de l’évangile de ce dimanche, nous remarquons que Jésus ne réponds pas directement à la question: « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? », mais il invite à être sérieux dans le résolutions et dans les choix : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas » (Lc 13,24).
Pour le Christ il n’est pas important répondre à la question sur combien de personnes se sauvent. Pour Lui c’est plus important dire comment nous pouvons nous sauver et Il indique le chemin du salut qui passe par une porte étroite.
En effet, la vraie question que nous devons nous poser n’est pas : « N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? », mais : « Qu’est-ce qu’il faut faire pour ne pas être exclus du salut ». C’est pour cela que le Christ commence sa réponse par un impératif : « Luttez ». La traduction officiel en français est « Efforcez-vous », mais le texte grecque utilise « agonìzesthe » de « agonizo » (d’où vient le parole « agonie » qui est la lutte finale avant la mort), qu’il faudrait traduire « luttez » avec toutes le forces, sans relâche et avec fermeté d’orientation, c’est à dire avec le regard et le cœur orientés vers le Christ.
En outre, il faut faire attention au fait que, au lieu de répondre à une question sur les autre (« N’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »), Jésus donne une réponse qui concerne directement ce qui L’écoutent : « Luttez ».
« Luttez », « efforcez-vous d’entrer par la porte étroite ». Par la porte large passe qui croit d’avoir sur lui l’odeur de Dieu, pris grâce aux encenses, rites et prières, et il vante de ça. Par la porte étroite entre « qui a sur lui l’odeur des brebis » (Pape François), l’ouvrier de Dieu avec les mains marque par le travail et par le cœur bon. C’est la porte du service d’amour, du se mettre à disposition de Dieu et du prochain.
Jésus nous dit qu’il faut parcourir le chemin tracé par Lui et passe par la porte qui est Lui-même : « Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé » (Jn 10, 9).
Pour se sauver il faut prendre comme Lui notre croix, renier nous-mêmes dans nos aspirations contraires à l’idéal évangélique et Le suivre sur son chemin : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive » (Lc 9,23).
Pour tous ceux qui le veulent, le passage à la vie éternelle est ouvert, mais il est ‘étroit’ parce qu’il est exigeant, il exige des efforts, abnégation, mortification de son égoïsme : il est crucifiant. Mais ça vaut vraiment la peine d’accueillir l’appel de l’unique Rédempteur qui invite tous et toutes au banquet de la vie immortelle.
Déjà de maintenant er pour l’éternité, la vie est belle et herbeuse non pas parce qu’elle est dans l’égoïsme, mais parce qu’elle fais sien la croix et la remplie d’un amour qui libère, qui déchaine tout le bien qui est en nous.
Mais il faut satisfaire à une unique condition qui est égale pour tous: celle de s’efforcer, de lutter pour suivre le Christ et L’imiter en prenant sur soi, comme Il a fait, notre propre croix et en dédiant notre vie au service des frères et soeurs en humanité.
2) La Porte de la miséricorde.
Jésus parle de soi-même comme Porte et, en allant sur la croix, il montre que la clef de cette Porte est la Croix. C’est une porte « étroite » parce que le sien est un amour exigeant et parce que nous sommes « larges », gonflés par l’orgueil et l’amour propre.
Le Christ est la Porte de miséricorde qui pardonne à notre coeur contrit, c’est à dire haché, effrité, parce que les fragmentes du cœur de pierre brisé par la douleur ont permis à Dieu de s’en servir pour nous donner en cœur de chair. Porte étroite dont la clef est la Croix qui nous permet d’ouvrir la porte de son cœur même s’il s’agit des derniers moments de vie, comme il est arriva au bon larron qui grâce à cette clef eut ouvert la porte du Paradis (Lc 23, 39-43).
Nous-aussi pouvons et devons “utiliser” cette clef, qui nous fait renoncer à la vie pour avoir la Vie, pour rentrer dans le Royaume de Dieu et demeurer dans son amour et dans sa joie pour toujours.
Le Christ est la porte « étroite », mais il est aussi la porte « large », parce qu’elle a la largeur de l’infinie miséricorde de Dieu.
Je m’explique avec un exemple pris de la vie de Saint Jérôme[1] qui – après sa conversion – pour faire pénitence de ses péchés choisit Bethleem pour les derniers 35 ans de sa vie. Jusqu’à sa mort, pendant tous ce sans, il vit dans une pauvre cellule à cote de la grotte de la Nativité, priant, étudiant et traduisant en latin la Bible. Une nuit de Noël l’Enfant Jésus lui apparut et lui demanda: – Jérôme, n’as tu rien à me donne dans le jour de ma Naissance?
Le Saint Lui répondit :
– Je Te donne mon cœur !
– D’accord, mais je désire des autres choses encore.
– Je Te donne mes prières !
Mais Jésus insistait :
– D’accord, mais je veux quelque chose encore davantage.
– Je n’ai plus rien. Qu’est-ce que Tu veux que je Te donne ?
L’Enfant Jésus répondit :
– Donne-moi tes péchés, Jérôme, afin que je puisse avoir la joie de te les pardonner encore.
Jésus nous demande tout, même les péchés, pour nous tout donner (tout par-donner).
Au fil des siècles, aussi en vraiment beaucoup d’autres chrétiens la miséricorde de Dieu a triomphé. L’amour miséricordieux de Jésus poursuit, avec une force douce, son chemin à la conquête des cœurs. Parmi ces cœurs, une place spéciale est occupée par les Vierges Consacrées dans le monde qui vivant dans la virginité du don total de soi au Christ, acceptent avec joie de passer par la porte étroite pour appartenir étroitement à Lui qui dit: « Voici, je me tiens à la porte (du coeur) et je frappe: si quelqu’un entend ma voix et ouvre, je viendrai chez lui et je ferai une grande fête avec lui » (cf. Ap 3, 20).
Avec leur vie vécue dans la simplicité et l’humilité, ces femmes témoignent que la porte étroite est l’appartenance nuptiale au Christ par l’humble acceptation, dans la foi pure et dans la confiance sereine, la parole de Dieu, de son dessin d’amour exigeant, amoureusement contraignant leur personnes, le monde et l’histoire. C’est l’observance des commandements, comme une expression de la volonté d’amour de Dieu, en vue d’un plus grand bien qui réalise le vrai bonheur. C’est aussi l’acceptation de la souffrance comme un moyen d’expiation et de rédemption pour soi-même et pour les autres, et comme expression suprême d’amour.
Les vierges consacrées témoignent que la porte étroite est, en un mot, l’accueil de la mentalité évangélique qui trouve dans le Sermon sur la montagne la plus pure synthèse et dans la virginité la plus haute réalisation. C’est l’amour pur et chaste qui sauve. L’amour qui déjà sur la terre est félicité intérieure de ceux qui, dans des manières variées, dans la douceur, dans la patience, dans la justice, dans la souffrance et dans les pleurs, il oublie soi-même et s’offre en don. La croix – porte étroite parce strictement exigeant – est le symbole et l’icône de l’amour virginale, parce que la croix est la plénitude suprême de l’amour maximale pour Dieu et pour chaque personne humaine. C’est un amour qui embrasse tout le monde et n’exclut personne. Il est la synthèse au plus haut degré d’amour reçu et donné, d’amour crucifié et déjà ressuscité ou – au moins – illuminé par la lumière de l’aube de la résurrection. La croix est le cœur du monde, et les femmes qui ont choisi cet amour virginal accueillent en elles-mêmes ce cœur.
[1] St. Jérôme naquit à Stridon vers 347 dans une famille chrétienne, qui lui assura une formation soignée, l’envoyant également à Rome pour perfectionner ses études. Dès sa jeunesse, il ressentit l’attrait de la vie dans le monde (cf. Ep 22, 7), mais en lui prévalurent le désir et l’intérêt pour la religion chrétienne. Après avoir reçu le Baptême vers 366, il s’orienta vers la vie ascétique et, s’étant rendu à Aquilée, il s’inséra dans un groupe de fervents chrétiens, qu’il définit comme un « chœur de bienheureux » (Chron. ad ann. 374) réuni autour de l’Evêque Valérien. Il partit ensuite pour l’Orient et vécut en ermite dans le désert de Calcide, au sud d’Alep (cf. Ep 14, 10), se consacrant sérieusement aux études. Il perfectionna sa connaissance du grec, commença l’étude de l’hébreu (cf. Ep 125, 12), transcrivit des codex et des œuvres patristiques (cf. Ep 5, 2).
La méditation, la solitude, le contact avec la Parole de Dieu firent mûrir sa sensibilité chrétienne. Il sentit de manière plus aiguë le poids de ses expériences de jeunesse (cf. Ep 22, 7) et il ressentit vivement l’opposition entre la mentalité païenne et la vie chrétienne.
En 382, il partit s’installer à Rome: là, le Pape Damase, connaissant sa réputation d’ascète et sa compétence d’érudit, l’engagea comme secrétaire et conseiller; il l’encouragea à entreprendre une nouvelle traduction latine des textes bibliques pour des raisons pastorales et culturelles.
Après la mort du Pape Damase, Jérôme quitta Rome en 385 et entreprit un pèlerinage, tout d’abord en Terre Sainte, témoin silencieux de la vie terrestre du Christ, puis en Egypte, terre d’élection de nombreux moines (cf. Contra Rufinum 3, 22; Ep 108, 6-14). En 386, il s’arrêta à Bethléem, où, furent construits un monastère masculin, un monastère féminin et un hospice pour les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte. Il resta à Bethléem jusqu’à sa mort, en continuant à exercer une intense activité: il commenta la Parole de Dieu; défendit la foi, s’opposant avec vigueur à différentes hérésies; il exhorta les moines à la perfection; il enseigna la culture classique et chrétienne à de jeunes élèves; il accueillit avec une âme pastorale les pèlerins qui visitaient la Terre Sainte. Il s’éteignit dans sa cellule, près de la grotte de la Nativité, le 30 septembre 419/420.
Lecture patristique
Saint Anselme d’Aoste (1033 – 1109)
Lettre 112, à Hugues le Reclus
Opera omnia, t. 3, 244-246.
Dieu proclame qu’il a mis en vente le Royaume des cieux. Mais ce Royaume est si beau que l’oeil de l’homme mortel ne peut voir, ni l’oreille entendre, ni l’esprit imaginer sa félicité et sa gloire. <> Tout homme qui cherche à en connaître le prix obtiendra cette réponse: « Celui qui veut nous donner un Royaume dans le ciel n’a pas besoin d’argent terrestre, et nul ne peut rien donner à Dieu qui ne lui appartienne déjà, puisqu’il possède tout. »
Par ailleurs, Dieu ne donne pas un bien si précieux d’une manière totalement gratuite, car il ne l’accorde pas à celui qui n’aime pas. Personne, en effet, ne donne une chose qui lui est chère à celui pour qui elle n’a aucune valeur. Et comme Dieu n’a pas besoin de ce que tu as, et qu’il n’a pas à donner un bien si précieux à celui qui ne veut pas aimer ce bien, ce qu’il demande simplement, c’est l’amour, sans lequel il ne doit pas faire ce don. Donne donc l’amour et reçois le Royaume; aime, et il est à toi.
En somme, régner dans le ciel signifie simplement être uni à Dieu, à tous les anges et à tous les saints, ne faire qu’une volonté avec eux par l’amour, de façon à exercer tous ensemble une même puissance. Aime donc Dieu plus que toi-même et tu commenceras déjà à avoir ce que tu veux posséder parfaitement dans le ciel. Sois en accord avec Dieu et avec les hommes – à la seule condition qu’ils ne soient pas en désaccord avec lui – et tu commenceras aussitôt à régner avec Dieu et avec tous les saints. Car, dans le ciel, Dieu et tous les saints ajusteront leur volonté à la tienne, dans la mesure où tu auras ajusté en cette vie ta volonté à la leur. Si donc tu veux être roi dans le ciel, aime Dieu et les hommes comme tu dois le faire, et tu mériteras de devenir ce que tu désires.
Mais tu ne pourras parvenir à ce parfait amour qu’après avoir vidé ton coeur de tout autre amour. <> Voilà pourquoi ceux qui remplissent leur coeur de l’amour de Dieu et du prochain, ne veulent que les choses voulues par Dieu ou par les autres, pourvu que les choses voulues par ces derniers n’aillent pas à rencontre de la volonté de Dieu.
En conséquence, ils sont assidus aux prières, aux entretiens et aux pensées célestes, car il leur est doux de soupirer après Dieu, de lui parler, de l’entendre et de penser à celui qu’ils aiment tant. De là vient qu’ils sont joyeux avec ceux qui sont dans la joie, qu’ils pleurent avec ceux qui pleurent, qu’ils prennent les malheureux en pitié, qu’il donnent à ceux qui sont dans le besoin, car ils aiment les autres comme eux-mêmes. Aussi dédaignent-ils les richesses, les pouvoirs, les plaisirs, les honneurs et les louanges, car celui qui aime ces choses agit souvent contre Dieu et son prochain.
C’est ainsi que tout ce qu’il y a dans la Loi et les prophètes dépend de ces deux commandements (Mt 22,40). Donc, celui qui veut parvenir à l’amour parfait avec lequel s’achète le Royaume, aimera le détachement, la pauvreté, l’effort et l’obéissance, comme font les saints.