Le début de l’Évangile d’aujourd’hui: « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi » (Mt 10, 37) semble incompréhensible pour ne pas dire inhumain. Et aussi les deux versets suivants: « Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 10, 38-39) ne sont pas non plus facilement compréhensibles. Si nous raisonnions comme les Juifs et les Grecs d’il y a deux mille ans, nous considérerions ces paroles du Christ comme insensées et scandaleuses.
Essayons d’en comprendre la sagesse pleine de bon sens, en tenant compte de ce que Saint Paul affirme: « Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous proclamons nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens; mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1 Cor 1, 22-25).
En premier lieu, pour avoir cette capacité de compréhension, nous devons demander au Christ de nous envoyer son Esprit afin qu’il nous aide à lire les Écritures avec la même intelligence et le même amour qu’il a eus quand il les expliquait aux disciples sur la route d’Emmaüs. A la lumière des Saintes Écritures, le Christ aida les deux disciples d’Emmaüs à découvrir la présence de Dieu dans les événements choquants de sa condamnation et de sa mort. Ainsi la croix qui semblait être la fin de toute espérance, a finalement été comprise par eux comme source de vie et de résurrection.
En second lieu, gardons présent que l’Évangile d’aujourd’hui nous dit que:
- l’amour envers Jésus doit surpasser l’amour envers le père et la mère ainsi qu’envers les enfants (Mt 10, 37);
- la croix fait partie de la vie des disciples de Jésus (Mt 10, 38);
- il faut perdre sa vie pour pouvoir la posséder (Mt 10, 39);
- Jésus s’identifie au missionnaire et au disciple (Mt 10, 40-41) ;
- le plus petit des gestes fait au plus petit des plus petits (par exemple offrir un verre d’eau) obtient la récompense la plus grande: le Christ lui-même.
A la lumière de cela, nous pouvons comprendre que l’amour du Christ ne s’oppose pas à l’amour de nos proches. Jésus ne nous demande pas tant de les aimer moins que de les aimer en lui.
En résumé: le Christ nous demande de ne pas placer devant Dieu ce que Dieu nous a donné. Regardons par exemple le témoignage d’Abraham à qui il fut ordonné de tuer son fils unique et qui, entre son fils et Dieu, choisit Dieu. « Parce que même ce que Dieu te donne de plus grand, tu ne dois pas le mettre devant Celui qui te l’a donné. Et quand Dieu voudra te l’enlever, ne te laisse pas abattre, parce qu’il faut aimer Dieu gratuitement. Quel plus beau cadeau peut-on obtenir de Dieu que Dieu lui-même? » (Saint Augustin, Discours 2, 4). Et en même temps que son Alliance, Dieu « redonna » à Abraham son fils. En effet, c’est seulement rapportés à lui que nos liens et nos affections humaines trouvent fondement et protection.
Le Rédempteur assainit et sanctifie l’amour humain en l’élevant dans son cœur. En donnant la primauté à l’amour que nous avons pour Lui, nos relations sont converties, guéries et rendues vraies.
Dans la croix pascale de sa mort et de sa résurrection, tout renaît saintement, même l’amour entre le père et le fils, entre le mari et la femme. La primauté demandée par le Seigneur est le principe garant de toute relation libérée de toute déviation idolâtrique: seul Dieu est Dieu.
2°) La primauté de l’amour du Christ en famille
Quand le Messie dit de lui-même que nous devons l’aimer plus que notre père et que notre mère, il n’entend pas annuler le quatrième commandement qui est le premier grand commandement à l’égard des personnes.(1) Et nous ne devons pas non plus penser qu’après avoir accompli un miracle pour les époux de Cana, après avoir consacré le lien conjugal entre l’homme et la femme, après avoir ressuscité le fils d’une veuve et la fille d’un centurion en les rendant à la vie familiale, le Seigneur nous demande de nous détacher de ces liens.
Au contraire, quand le rédempteur affirme la primauté de la foi et de l’amour de Dieu, il ne trouve pas une comparaison plus significative que celle des affections humaines.
L’invitation à mettre les liens familiaux dans le domaine de l’obéissance de la foi et de l’alliance avec le Seigneur ne les gêne pas ; au contraire, elle les protège, les libère de l’égoïsme, les met à l’abri de la dégradation, les sauve pour la vie qui ne meurt pas.
« Quand les sentiments familiaux se laissent convertir au témoignage de l’Évangile, ils deviennent capables de choses impensables, qui font toucher du doigt les œuvres de Dieu, ces œuvres que Dieu accomplit dans l’histoire, comme celles que Jésus a accomplies pour les hommes, les femmes, les enfants qu’il a rencontrés. Un seul sourire miraculeusement arraché au désespoir d’un enfant abandonné, qui recommence à vivre, nous explique mieux que mille traités théologiques l’action de Dieu dans le monde. Un seul homme et une seule femme, capables de risquer et de se sacrifier pour le fils de quelqu’un d’autre et pas seulement pour le leur, nous expliquent des choses de l’amour que beaucoup de scientifiques ne comprennent plus. Et là où il y a ces sentiments familiaux, naissent ces gestes du cœur qui sont plus éloquents que les mots. Le geste de l’amour… Cela fait réfléchir » (Pape François).
Enfin, en plus de nous demander d’aimer nos proches en Dieu, c’est à dire de vivre l’amour dans l’Amour, le Christ dans l’Évangile d’aujourd’hui nous enseigne qu’il suffit de peu pour accomplir un geste d’amour : « Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces simples petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non il ne perdra pas sa récompense. » Tout geste d’amour, d’accueil, même le plus simple, le moins engageant, celui qui apparemment ne compte pas, comme un verre d’eau donné à qui le demande, n’est pas évalué selon les critères de l’économie moderne, de l’utilité, du rendement ; s’il est fait avec amour et par amour, il ne perdra pas sa récompense devant Dieu.
3°) La primauté de l’amour chez les vierges consacrées
L’enseignement du Christ qui est présenté aujourd’hui dans l’Évangile peut être résumé ainsi :
a) Si l’on aime en donnant la primauté à Dieu, rien ne peut nous en séparer.
b) Toute chose a un sens dans l’amour, même un verre d’eau, quand Dieu est à la première place.
A ce point, il est juste de proposer les vierges consacrées comme les témoins particuliers de cette primauté à donner à Dieu. Elles offrent le témoignage privilégié d’une recherche constante de Dieu, d’un amour unique et indivisible pour le Christ, d’un dévouement absolu à la croissance de son règne. Sans ce signe concret de la virginité consacrée, le feu de la charité qui anime l’Église entière risquerait de se refroidir, le paradoxe de l’Évangile de la croix courrait le risque de s’émousser. Ces femmes rendent témoignage que la virginité permet une vie heureuse et vraie, faite de simplicité et d’humilité, de spontanéité et de ténacité, de douceur et de force dans la certitude d’une foi laborieuse dans la charité.
A une humanité égarée sans vrai point de référence, les vierges consacrées uniquement à l’amour de Dieu, témoignent que leur adhésion vitale à leur propre fin, c’est à dire au Dieu vivant, par l’alliance de toutes leurs facultés, par la purification de leurs pensées et par la spiritualisation de leurs sens, a réellement unifié et développé la profondeur et la persévérance de leur vie en Dieu.
En bref, elles témoignent d’une façon lumineuse et singulière que le monde peut être transfiguré et offert à Dieu dans l’esprit des béatitudes.
(1) Les trois premiers commandements se rapportent à Dieu, le quatrième et les six autres qui suivent concernent l’être humain.
Lecture Patristique
Saint Hilaire de Poitiers (+ 367)
Homélie
Le Seigneur, ayant commandé à ses Apôtres de quitter ce qu’ils avaient de plus cher dans le monde, ajouta: Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi (Mt 10,38); car ceux qui appartiennent au Christ ont crucifié leur corps avec ses péchés et ses convoitises (cf. Ga 5,24). Nul n’est digne du Christ s’il ne porte pas sa croix, par laquelle nous partag eons la passion, la mort, la sépulture et la résurrection du Seigneur. Nul n’est digne de lui s’il ne suit pas le Seigneur afin de vivre de la nouveauté de l’Esprit dans ce mystère de foi.
Qui veut garder sa vie pour soi la perdra; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera (Mt 10,39). Comprenons que, par la puissance du Verbe et le rejet des fautes passées, ce que la vie gagne se transformera en mort, et ce qu’elle perd en salut. Il faut donc assumer la mort dans une vie nouvelle et clouer ses péchés à la croix du Seigneur; il faut sauvegarder la liberté de proclamer glorieusement la foi en répondant aux persécuteurs par le mépris des choses présentes; et il faut refuser tout gain funeste à l’âme. Nous devons savoir que personne n’a de droit sur notre âme, et que le bénéfice de l’immortalité s’acquiert moyennant le préjudice subi dans cette courte vie.
Qui vous accueille, m’accueille; et qui m’accueille, accueille celui qui m’a envoyé (Mt 10,40). Le Christ prodigue à tous les hommes l’amour de la doctri ne et son attachement aux commandements. Après avoir signalé le danger que couraient ceux qui n’accueillaient pas les Apôtres, en demandant à ceux-ci de secouer la poussière de leurs pieds en témoignage contre eux, il loue le mérite de ceux qui les accueillent. Leur récompense sera plus grande que pour un service escompté. Puis il nous apprend qu’il a aussi un rôle de médiateur si bien que, lorsque nous recevons le Christ, Dieu se répand en nous par lui, parce qu’il est sorti de Dieu.
Et ainsi, celui qui reçoit les Apôtres, reçoit le Christ. Or, celui qui reçoit le Christ, reçoit Dieu son Père, car dans les Apôtres il ne reçoit rien d’autre que ce qui est dans le Christ, et il n’y a rien d’autre dans le Christ que ce qui est en Dieu. Et en raison de cet enchaînement de grâces, recevoir les Apôtres n’est pas autre chose que recevoir Dieu, puisque le Christ habite en eux et que Dieu habite dans le Christ.
L’évangile d’aujourd’hui commence par ces paroles de Jésus: « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.” (Mt 11,25). Le Christ n’est pas content parce qu’il est écouté par des ignorants. Il est dans la joie parce qu’il est écouté par des personnes humbles. Le Verbe, la Parole faite chair ne condamne pas la science et la sagesse, mais l’arrogance et la présomption de l’homme. En effet le mot « tout-petits » est une traduction du terme grec « nepioi » qui veut dire « petits enfants », à savoir ceux qui n’ont pas l’usage de la parole, comme c’est le cas –surtout- chez les nourrissons.
Mais pourquoi les tout-petits, les sans parole, sont-ils les destinataires privilégiés des « choses du Père » et sont-ils capables de les comprendre ? Pourquoi, pour apprendre à parler, ceux qui ne parlent pas, les petits, sont-ils si portés à l’écoute et ne remplacent-ils pas la Parole par les mots, que les grands utilisent pour parler d’eux-mêmes et non pour louer Dieu ?
Ceux qui ont une sagesse faite de bavardages, sont comme les riches et les puissants de tout temps, ils rejettent la nouveauté du royaume parce qu’ils croient savoir déjà qui est Dieu, et leur bien-être social et économique leur donne l’illusion de se suffire à eux-mêmes, de ne pas avoir besoin de changer de vie, de ne pas avoir besoin de la grâce et du pardon.
Dans la ligne droite avec ce que Jésus nous dit aujourd’hui, nous trouvons le Magnificat de la Vierge Marie qui dit : « Mon esprit exulte en Dieu, parce qu’il a élevé les humble (=petits), a dispersé les superbes, a renversé les puissants de leurs trônes, a comblé de bien les affamés, a renvoyé les riches les mains vides… ».
Comment devenir petits et être comme des enfants ? En étant humbles. Ce qui ne veut pas dire se mépriser, s’annuler ou disparaître, mais reconnaître ce que l’on est, à savoir : « humus » (=terre). Reconnaître que l’on est « terre », veut dire d’un côté que l’on a conscience d’être « poussière » et que « l’on retournera poussière » – comme dit la Bible (Gen 3,19). D’un autre côté que cet « humus » est le matériel pour recevoir le souffle de Dieu, son Esprit qui infuse la vie en nous, qui l’infuse en Adam. Ce terrain adapté à recevoir et faire fructifier le grain de la Parole de Dieu. Même nos erreurs, voire nos péchés – s’ils sont reconnus – voilà l’humilité – deviennent, permettent, que nous devenions ce terrain fertile et accueillant pour recevoir le don de Dieu, pour faire la rencontre décisive de toute la vie, à savoir celle avec la miséricorde de Dieu. Cette rencontre avec sa « miséricorde », avec son « cœur donné aux miséreux », avec son amour préférentiel pour les petits, les pauvres, les pécheurs, permet aux « mains » créatrices de Dieu de modeler « l’argile » de notre cœur selon Son coeur.
2) L’humilité du Christ
L’Évangile d’aujourd’hui nous enseigne aussi que l’humilité s’apprend de Jésus: « Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ».
S’il y un saint qui a bien compris l’humilité du Christ c’est saint François. Pour le Saint d’Assise, Jésus-Christ est « humilité ». La contemplation du mystère chrétien comme mystère d’humilité suprême provoque en lui une stupeur totale : humilité du Christ dans sa naissance, dans sa passion, dans l’Eucharistie.
Saint François d’Assise nous enseigne que Jésus est humble parce qu’il vit – en tant que créature – dans la dépendance totale de sa volonté humaine à la Volonté divine: « Je ne suis pas venu pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé ». On peut donc penser à l’humilité de Jésus en tant que créature s’éclipsant devant le Père. Mais saint François va encore plus loin. L’humilité chez François — et voici la grande nouveauté, la merveilleuse découverte de saint François — est la même révélation que l’amour.
Dieu est amour et l’amour ne peut être qu’humilité. Le Christ révèle cette humilité de Dieu en s’incarnant et demeurant parmi les hommes comme celui qui sert. L’humilité de Jésus révèle l’amour d’un Dieu qui se donne totalement pour l’homme, pour sa rédemption. Le Fils de Dieu choisit pour lui le silence, la dernière place : la croix. Il ne se fait « rien » pour que l’homme soit tout. Et cela arrive à chaque fois que le Christ se fait présent à la Messe sous les espèces du pain et du vin pour se faire nourriture et boisson pour nous.
Le Christ est humble parce l’amour se vide de lui pour se donner, parce que l’amour est « don ». Le Fils de Dieu se révèle à l’homme et se fait présent en se donnant au point de « se perdre » en chacun de nous que Lui aime humblement et infiniment. Si nous pouvons connaître et comprendre l’humilité du Christ dans sa naissance à Bethléem, dans sa passion et sa mort, nous pouvons le comprendre, connaître et en faire l’expérience surtout dans l’Eucharistie. Eucharistie dans laquelle se trouve l’humilité d’un Dieu qui, en nous aimant, s’anéantit et se donne tout à nous pour être notre vie, maintenant et pour l’éternité.
3) Les Vierges consacrées et l’humilité
Le Fils de Dieu – humilité s’incarne pour être l’époux qui se donne totalement à l’épouse. Le projet divin se réalise dans l’alliance. Dieu se fait homme pour se donner à toute l’humanité, à chaque homme et chaque femme.
Les Vierges consacrées, qui se donnent totalement à Lui en l’épousant, sont un parfait exemple de réponse au Christ, humble époux. Elles tirent leur l’enseignement de sainte Claire d’Assise qui, dans une lettre à Sainte Agnès de Prague écrivait : « Heureuse certes celle à qui il est donné de prendre part au festin sacré pour s’attacher jusqu’au fond de ton cœur [au Christ] à celui dont toutes les troupes célestes ne cessent d’admirer la beauté, dont l’amitié émeut, dont la contemplation nourrit, dont la bienveillance comble, dont la douceur rassasie, dont le souvenir pointe en douceur, dont le parfum fera revivre les morts, dont la vue en gloire fera le bonheur des citoyens de la Jérusalem d’en haut. Tout cela puisqu’il est la splendeur de la gloire éternelle, l’éclat de la lumière éternelle et le miroir sans tache. Ce miroir, contemple-le chaque jour, ô Reine, épouse de Jésus Christ, et n’arrête d’y contempler ton apparence afin que… tu puisses, intérieurement et extérieurement, te parer comme il convient… En ce miroir brillent la bienheureuse pauvreté, la sainte humilité et l’ineffable charité» (Quatrième lettre: FF, 2901-2903).
Les vierges consacrées sont appelées à vivre l’humilité du et avec le Christ, en acceptant de s’abaisser, pour se laisser porter par l’Amour. Leur vie humble fait d’elles des témoins crédibles du Christ jusqu’au don total de soi, deviennent des « hosties » imitant l’unique hostie pure, sans tache qui plaît à Dieu : le Christ.
Sur ce lien entre «virginité » et « humilité », saint Augustin a écrit : « Nous n’avons rien négligé pour exalter, comme il le mérite, le privilège de la chasteté. Mais plus il est excellent et divin, plus il nous impose aussi la nécessité de parler de sa plus sûre gardienne, l’humilité. Si, appuyées sur les saintes Ecritures, les vierges se comparent aux personnes mariées, elles se trouveront supérieures par leurs oeuvres et par la récompense, par leur veau et par la couronne qui l’attend. Mais qu’aussitôt elles se rappellent ces paroles de l’Ecriture : « Plus tu es grand, plus tu dois en tout t’humilier et tu trouveras grâce devant le Seigneur (1)». La mesure de l’humilité pour chacun, est la mesure même de sa grandeur. De là le danger de l’orgueil, dont les insinuations perverses sont toujours en proportion du degré d’élévation. Il est immédiatement suivi de la jalousie, sa compagne et sa fille. En effet, c’est de l’orgueil qu’est issue la jalousie ; la mère et la fille sont inséparables. Le grand maître de ces deux vices, c’est le démon. Voilà pourquoi la religion chrétienne s’attaque avant tout à l’orgueil et à sa fille, la jalousie. Son précepte par excellence, c’est l’humilité, principe et sauvegarde de la charité. C’est de la charité que l’Apôtre dit : « Elle ne jalouse pas » ; et comme s’il voulait en donner la raison, il ajoute aussitôt : « Elle ne s’enfle pas » ; c’est-à-dire, elle repousse l’envie parce que l’orgueil lui est en horreur. La première chose que fit Jésus-Christ, le grand docteur de l’humilité, fut « de s’anéantir lui-même en prenant la forme d’esclave, en se faisant semblable à l’homme et en prenant l’extérieur de l’homme; il s’est humilié lui-même en se faisant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix » (La Sainte Virginité, 31)
Lecture Patristique
Saint Augustin d’Hippone
SERMON LXVIII. LA SAGESSE DU SIÈCLE
ANALYSE. – Quels sont les prudents et, les sages à qui le Père n’a point révélé les vérités chrétiennes, la divinité de son Fils? Il y en a de deux sortes. Ce sont d’abord ceux qui en s’appliquant à l’étude de la créature ne se sont point élevés jusqu’à la connaissance du Créateur. Ce sont ensuite ceux qui après avoir connu Dieu ne l’ont point glorifié par une humble soumission, mais se sont laissés aller aux vaines fumées de l’orgueil.
1. Nous avons entendu le Fils de Dieu s’écrier: «Je vous confesse, moi Père, Seigneur du ciel et de la terre.» Pourquoi le confesse-t-il? De quoi le loue-t-il? «Parce que, dit-il, vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents et que vous les avez découvertes aux petits.» Quels sont ces sages et ces prudents? Quels sont ces petits? Quelles sont les vérités cachées aux sages et aux prudents, révélées aux petits?
Le Sauveur nomme ici sages et prudents ceux dont Paul a dit: «Où est le sage? Où est le Scribe? Où est l’investigateur de ce siècle? Dieu n’a-t-il pas convaincu de folie les sages de ce monde (1Co 1,20)?» Cherches-tu néanmoins à savoir encore quels sont ces derniers? Ce sont peut-être ces esprits qui ont beaucoup parlé de Dieu pour en dire des faussetés, qui enflés de leurs connaissances n’ont pu s’élever jusqu’à la connaissance de Dieu, et ont vu Dieu, dont la nature est incompréhensible, dans l’air, dans l’éther, dans le soleil, ou dans quelqu’autre partie distinguée de l’univers. En contemplation devant la grandeur, la beauté et la force des créatures, ils se sont arrêtés là sans découvrir le Créateur.
6802 2. Voici leur condamnation dans ces paroles du livre de la Sagesse: «S’ils ont eu assez de force pour connaître l’univers, comment n’en ont-ils pas trouvé le Maître plus facilement (Sg 13,9)?» Leur crime est d’avoir consumé leur temps, leurs travaux et leurs raisonnements à sonder et pour ainsi dire à mesurer la créature; ils ont étudié la marche des astres, la distance respective des étoiles, la route des corps célestes, et à l’aide de certains calculs ils sont parvenus à connaître et à prédire les éclipses de soleil et de lune avec une telle précision, qu’elles arrivent à l’époque, au jour, à l’heure, de la manière et selon les dimensions qu’ils ont annoncées d’avance. Il faut pour cela beaucoup de travail et de pénétration; mais en cherchant si loin le Créateur, ils ne l’ont pas trouvé, car il était près d’eux-mêmes; et s’ils l’avaient trouvé, c’est qu’ils l’auraient eu dans leurs coeurs. Si donc ils ont pu découvrir ainsi les rapports des astres, la mesure des temps, savoir et prédire les éclipses, n’est-ce pas à bon droit, n’est-ce pas avec une souveraine justice qu’ils sont accusés de n’avoir pas connu, pour avoir négligé de le chercher, Celui qui a formé et ordonné tous ces êtres?
Pour toi ne t’inquiète pas beaucoup si tu ignores les courbes que décrivent les astres et les relations réciproques des corps célestes et des corps terrestres. Contemple la beauté du monde et loue les desseins du Créateur. Contemple et aime Celui qui t’a fait. Sois surtout fidèle à ce point: Aime Celui qui t’a fait, parce qu’il t’a fait à son image pour l’aimer.
3. Mais s’il est étonnant qu’à ces sages occupés de la créature, qu’à ces sages qui ont cherché le Créateur avec négligence et sans pouvoir le trouver, aient été cachées les vérités dont parlait le Christ quand il disait: «Ces choses ont été cachées aux sages et aux prudents;» il est plus étonnant encore que des sages et des prudents se soient rencontrés qui aient pu connaître Dieu. «La colère de Dieu, est-il écrit, éclate du ciel sur l’impiété et l’injustice de ces hommes qui retiennent la vérité dans l’injustice.» Quelle est cette vérité qu’ils retiennent dans l’injustice? «C’est que ce qui est connu de Dieu est manifeste en eux.» Manifeste par quel moyen? Le voici: «Dieu le leur a manifesté.» Mais comment le leur a-t-il manifesté, puisqu’il ne leur a pas donné sa toi? Comment? «En effet, ses perfections invisibles, rendues compréhensibles, depuis la création du monde, par les choses qui ont été faites, sont devenues visibles.»
Il y eut donc des hommes, qu’il ne faut comparer ni à Moïse, le serviteur de Dieu, ni à ces nombreux prophètes qui contemplaient et saisissaient ces merveilles, avec le secours de l’Esprit-Saint, de cet Esprit qu’ils avaient puisé à longs traits avec leur foi et leur piété, et dont ils s’étaient nourris intérieurement; il y eut, dis-je, des hommes différents qui purent s’élever par le moyen de la créature à la connaissance du Créateur et dire des oeuvres de Dieu: Voilà ce qu’il a fait, ce qu’il gouverne, ce qu’il maintient; et après avoir tout créé il remplit tout de sa présente. Ils ont pu tenir ce langage; car c’est d’eux que saint Paul rappelle le souvenir dans les Actes des Apôtres. Après avoir dit que nous avons en Dieu la vie, le mouvement et l’existence, comme il parlait à ces Athéniens parmi lesquels avaient vécu ces savants illustres, l’Apôtre ajoute aussitôt: «Ainsi que l’ont dit quelques-uns d’entre vous.» Or ce qu’ils ont dit n’est pas de peu d’importance, c’est que «nous avons en Dieu la vie, le mouvement et l’existence. (Ac 17,28)»
4. D’où vient donc qu’il ne faut pas les comparer aux prophètes, et qu’ils sont justement blâmés et accusés? Ecoute les paroles de l’Apôtre que j’avais commencé de rapporter: «La colère de Dieu éclate du haut du ciel sur toute l’impiété,» sur l’impiété de ceux mêmes qui n’ont pas reçu la loi: «sur toute l’impiété et sur l’injustice de ces hommes qui retiennent la vérité dans l’injustice.» Quelle vérité? «Que ce qui est connu de Dieu est manifeste en eux.» Qui l’a rendu manifeste? «Car Dieu le leur a manifesté.» Comment? «Ses perfections invisibles, rendues compréhensibles, depuis la création du monde, par les choses qui ont été faites, sont devenues visibles, aussi bien que son éternelle puissance et sa divinité.» Pourquoi les a-t-il manifestées? «Afin que ces hommes soient inexcusables.» Mais en quoi sont-ils coupables, s’il a voulu les rendre inexcusables? «En ce que connaissant Dieu ils ne l’ont point glorifié comme Dieu.»
5. Que dites-vous: «Ils ne l’ont point glorifié comme Dieu? – Ils ne lui ont point rendu grâces.» – Glorifier Dieu, c’est donc lui rendre grâces? – Sans aucun doute. Qu’y a-t-il de pire que l’ingratitude envers Dieu dans un être qui est créé à son image et qui le connaît? Oui – 311 – sûrement, glorifier Dieu, c’est lui rendre grâces. Les fidèles savent en quel lieu et à quel moment on dit: Rendons grâces au Seigneur notre Dieu. Or qui rend grâces à Dieu, sinon celui qui élève son coeur vers le Seigneur? Aussi ces hommes déclarés inexcusables sont réellement coupables, parce que connaissant Dieu ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu ni ne lui ont rendu grâces. Et qu’est-il arrivé? «Ils se sont évanouis dans leurs pensées.» Pourquoi se sont-ils évanouis, sinon pour avoir été orgueilleux? La fumée aussi s’évanouit en montant, et le feu brille et chauffe d’autant plus qu’il s’alimente plus près de terre. «Il se sont évanouis dans leurs pensées, et leur coeur insensé s’est obscurci.» Quoique plus élevée que le feu, la fumée n’est-elle pas noire?
6. Considère enfin ce qui suit, voici le point capital: «En se disant sages, ils sont devenus fous (Rm 1,18-22).» Ils se sont arrogés ce qu’ils avaient reçu de Dieu, et Dieu leur a repris ses dons. Il s’est caché à ces orgueilleux, lui qui s’était révélé clairement à eux pendant qu’ils cherchaient le Créateur dans la créature.
Le Sauveur dit avec raison: «Vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents;» soit à ceux qui dans leurs investigations multipliées et leurs actives recherches sont parvenus à connaître la créature mais nullement le Créateur; soit à ceux qui connaissant Dieu ne l’ont pas glorifié comme Dieu, ne lui ont pas rendu grâces et n’ont pu le voir qu’imparfaitement et sans utilité, à cause de leur orgueil. «Vous avez donc caché ces choses aux sages et aux prudents, et vous les avez révélées aux petits.» A quels petits? Aux humbles. «Sur qui repose mon Esprit? Sur l’homme humble et paisible qui redoute mes paroles (Is 66,2).» Pierre a redouté ces paroles; elles n’ont pas été redoutées par Platon. Conserve donc, pécheur, ce qu’a perdu le grand philosophe. «Vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et vous les avez découvertes aux petits.» Vous les avez cachées aux superbes et révélées aux humbles.
Quelles sont ces choses? Quand le Sauveur parlait ainsi, il n’avait en vue ni le ciel ni la terre; il ne les montrait pas du doigt en tenant ce langage. Qui ne voit en effet le ciel et la terre? Les bons les voient comme les méchants; car Dieu fait lever son soleil sur les méchants comme sur les bons (Mt 5,45). Quelles sont donc ces vérités? C’est que «toutes choses m’ont été données par mon Père (Mt 11,27).»
Dans l’Évangile de ce dimanche, Jésus dit la parabole du semeur qui continue à semer dans le cœur des hommes parce qu’il a confiance en nous. Il sait que tôt ou tard l’homme ouvrira ses oreilles, ses yeux et son cœur à l’écoute et commencera une vie de partage constant avec le Christ, la Parole qui dit des paroles efficaces de vie éternelle.
Il faut tenir compte de cette parole qui est efficace lorsque l’homme l’écoute, la comprend et agit en conséquence. Donc, pour que tout notre être soit ouvert à l’écoute de la parole de Jésus et qu’il devienne un écoutant docile et disponibles de la Parole qui sauve, faisons la prière suivante : « Fais, O Seigneur que j’écoute avec attention et que je me souvienne constamment de ton enseignement, que je le mette en pratique avec force et courage, en méprisant les richesses et en éloignant toutes les inquiétudes de la vie mondaine…. Fais que je me fortifie en tout, et que je médite tes paroles en m’enracinant profondément et en me purifiant de toutes les attaques mondaines. (St Jean Chrysostome, commentaire à l’Évangile selon Saint Mathieu, 44, 3-4)
Si, en tant qu’« écouteurs » de la Parole, nous allons aujourd’hui chez le Christ, alors nous l’écouterons nous parler à partir d’une barque. Dans l’Évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous parle d’une barque. Sa cathèdre est un Bois qui navigue sur les eaux, image de la croix, à partir de laquelle Il est le maître de toutes les nations à du jour de sa passion, et attire chaque personne à Lui.
Si nous naviguerons sur la mer de la vie attachés au bois de la Croix, l’Évangile d’ aujourd’hui résonnera en nous avec une grande efficacité, et la croix nous fera saisir le sens plus profond de ce que le Christ nous dit, à nous les pêcheurs sauvés des eaux du mal.
Si nous sommes de vrais « écouteurs » de la Parole, nous devons écouter de façon « pas naïve », comme celui qui attend du Christ la résolution de ses problèmes contingents, ou qui réorganise sa vie selon les petits désirs humains et non selon le cœur qui désire l’ infini.
Celui qui n’est pas mature accueille avec joie la Parole mais, à cause de sa hâte pour faire de l’ordre dans sa vie quotidienne, il ne s’aperçoit pas que sa vie est crucifiée et qu’elle le met en croix dans le Christ qui l’accueille. Les paroles du Rédempteur sont des paroles de vie parce que, à travers la croix, elles nous purifient de chaque œuvre morte et nous unissent au christ crucifié, Parole d’amour et de vérité. Cette Parole a besoin d’un lieu (notre cœur), a besoin de descendre au fond et d’y mourir comme une semence, pour pouvoir s’enraciner, germer, croître, et résister aux tempêtes et aux intempéries, comme une maison construite sur le roc.
Dans la maison construite sur le roc, la Parole n’est pas étouffée pas les préoccupations et peut croître parce qu’ elle a de l’ espace et de l’ air. En elle, le cœur n’est pas dissipé dans les choses du monde, il s’élargit, il est magnanime et accueillant. L’écoute mature et sincère, empêche l’adultère du cœur. C’est l’adultère du cœur est celui qui a rendu difficile l’histoire du peuple d’Israël, et qui a empêché à la Parole de l’alliance de s’accomplir. La chair, la corruption de ce monde, a rendu impossible l’accomplissement de la Loi
La Parole de la croix est folie et scandale pour les intelligents et les savants de ce monde. Ils ne la comprennent pas. Ils écoutent mais c’est comme s’ils ne l’écoutaient pas. Leurs critères sont différents ainsi que, leur propre justice, leurs propres œuvres. Les scribes et les pharisiens ne peuvent « écouter » la Parole de Jésus parce qu’ils sont enfermés en eux-mêmes, par leurs propres préjudices, et par leur présomption d’avoir bien compris comment l’on vit, et d’avoir identifié les comportements justes pour bien vivre.
Ils pensent que c’est un problème de bon sens et de bon cœur. Non, au contraire, c’est plutôt une question de cœur bon, et de sens de la vie, entendue comme direction et signification de la vie selon l’esprit et le cœur du Christ.
Ceci est la réalité, la vérité. Si nous ne sommes pas convertis, nous sommes tous ces terrains dont parle l’Évangile d’aujourd’hui. Ces terrains rendent difficiles, sinon impossible, le rapport entre la Parole et notre vie. Mais l’Évangile d’aujourd’hui est vraiment une Bonne et Joyeuse Nouvelle. Le Seigneur nous dit que nous sommes heureux parce que nous voyons et nous écoutons ce que les prophètes n’ont ni vu ni entendu. Nous sommes heureux parce que le mystère du Règne de Dieu, Amour miséricordieux et prévoyant nous a été révélé.
2) la virginité et la conception de la Parole (comme « concevoir » un enfant)
La Parole que le Christ sème en nous se heurte souvent à l’aridité de notre cœur et elle risque de rester stérile même lorsqu’elle est écoutée. En conséquence, nous devons demander à Dieu la grâce de libérer le terrain de notre cœur, de le libérer de la paresse, des incertitudes et de toutes les peurs qui peuvent le freiner. De cette façon, la Parole du Seigneur sera mise en pratique de façon authentique et joyeuse.
Le cœur de chacun de nous est le champ de la foi. C’est dans notre vie quotidienne que le Rédempteur demande d’entrer avec sa Parole, avec sa Présence.
La chose à reconnaître avec humilité est que nous sommes chemin, cailloux et épines. – le vrai danger dans la vie est de ne pas se rendre compte de cette réalité. Notre chair est incapable – à elle seule- d’avoir la vie qui dure. Pour cela, Dieu a envoyé son Fils unique avec une chair semblable à la nôtre pour qu’Il fasse de nous la terre fertile capable d’accueillir la Parole de salut et de la faire germer dans le monde.
La Croix a labouré la chair du Seigneur, les clous et les épines, la lance et le vinaigre ont complété le travail dans la « terre » du Christ.
C’est pour cela, que notre vie est sauvée dans notre croix de tous les jours.
Les blessures physiques ou spirituelles que nous subissons chaque jour, si elles sont
mises sur la Croix, deviennent les portes à travers lesquelles la Parole de Dieu peut entrer en nous. Lorsque nous partageons l’amour crucifié de Jésus, sa Parole descend sur nous, pénètre jusqu’au fond, s’enracine et donne des fruits abondants dans chaque situation. La Parole crucifiée donne les fruits de la croix : l’amour et la miséricorde, les plaies glorieuses du Seigneur, le sang et l’eau, la vie sur la terre et la vie éternelle.
Un exemple de cet amour crucifié nous est donné par les vierges consacrées dont le don d’elles-mêmes devient fécond à partir de l’écoute. Ces femmes nous témoignent combien il est sage de vivre une vie dédiée à la recherche de Dieu à partir de l’écoute qui commence à être féconde dans l’annonce de sa Parole : « Faciem tuam, Domine, requiram » : je cherche Ton visage, Seigneur, (Ps 26, 8).
La vie consacrée est dans le monde et dans l’Eglise un signe visible de cette recherche du visage du Seigneur et des chemins qui mènent à Lui (cf. Jn 14.8). La personne consacrée témoigne donc de l’engagement, joyeux et en même temps, laborieux en même temps, de la recherche assidue et savante de la volonté divine « (cf. Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et de la société de vie apostolique : Instruction Le service de l’autorité et l’obéissance, Faciem Domine, requiram, 11 mai 2008 n° 1)
En étant auditrices assidues de la Parole, elles acquièrent la sagesse, parce que chaque sagesse de vie nait de la Parole du Seigneur. Le magistère pontifical les invite à être scrutatrices de la Parole, à travers la lecture fréquente de la Bible, la Lectio Divina parce la vie consacrée « nait de l’écoute de la Parole de Dieu et qu’elle accueille l’Évangile comme sa norme de vie. Vivre à la suite du Christ, chaste, pauvre et obéissant est une « exégèse » vivante de la Parole de Dieu. L’Esprit Saint qui a inspiré la Bible est le même que celui qui illumine les consacrées d’une lumière nouvelle ». (Exhortation Apostolique post synodale Verbum Domini,83). Grâce à l’Esprit Saint les vierges consacrées vivent une dimension prophétique qui leur permet de concevoir la Parole et de l’annoncer.
Lecture Patristique
Saint Grégoire le Grand (+ 604)
Homélies sur l’Évangile, 1, 15, 1-24,
PL 76, 1131-1133
Le texte de saint Grégoire, que l’homéliaire propose comme commentaire de l’évangile de Matthieu, explique en fait la parabole telle qu’elle est rapportée dans l’évangile de Luc (Lc 8,4-15).
L’évangile que vous venez d’entendre n’appelle pas d’explication, mais une recommandation. En effet, la Vérité elle-même en a fourni une explication que la faiblesse humaine ne se hasarde pas à discuter. Cependant, en rapport avec l’explication qu’en donne le Seigneur, vous devez examiner avec attention le point suivant: si je vous avais dit que la semence représente la parole, le champ le monde, les oiseaux les démons, et les épines les richesses, vous auriez peut-être, dans le secret de votre cœur, hésité à me croire. Aussi bien le Seigneur a-t-il daigné expliquer lui-même ce qu’il venait de dire, pour que vous soyez capables de rechercher également la signification des paroles qu’il n’a pas voulu expliquer lui-même.
Qui donc m’aurait cru si j’avais avancé que les épines figurent les richesses, d’autant plus que les premières sont acérées et les secondes agréables. Les richesses sont pourtant bien des épines, puisque les soucis qu’elles entraînent avec elles déchirent l’âme de leurs pointes et, après l’avoir poussée au péché, la laissent couverte de sang, comme par une blessure. D’après un autre évangéliste qui rapporte la même parabole, le Seigneur ne les appelle pas richesses mais, avec raison, richesses trompeuses (cf. Mt 13,22). Elles le sont, en effet, puisqu’elles ne peuvent demeurer longtemps en notre possession et qu’elles ne font pas disparaître la pauvreté de notre âme.
Car les seules vraies richesses sont celles qui nous enrichissent de vertus. Aussi, frères bien-aimés, si vous désirez vous enrichir, aimez les vraies richesses. Si vous cherchez à parvenir au sommet de l’honneur véritable, avancez-vous vers le Royaume céleste. Si vous affectionnez la gloire que procure un rang élevé, hâtez-vous de vous enrôler dans la céleste cour des anges.
Après avoir écouté les paroles du Seigneur, retenez-les dans votre âme, car la parole de Dieu est la nourriture de l’âme. La parole que l’on écoute sans la conserver dans les profondeurs de la mémoire, ressemble à une nourriture avalée, puis rejetée par un estomac malade. Aussi bien, celui qui ne garde pas les aliments n’a absolument aucun espoir de vivre. Si donc, après avoir reçu la nourriture de la sainte exhortation, vous ne gardez pas en mémoire les paroles de vie, qui sont les aliments de la justice, craignez le péril de la mort éternelle.
Veillez dès lors à ce que la parole que vous avez reçue résonne au fond de votre cœur et y demeure. Prenez garde que la semence ne tombe le long du chemin, de crainte que l’Esprit mauvais ne vienne enlever la parole de votre mémoire. Prenez garde que le sol pierreux ne reçoive la semence et ne produise une bonne action dépourvue des racines de la persévérance. Beaucoup, en effet, se réjouissent en entendant la parole, et se disposent à entreprendre de bonnes œuvres. Mais à peine les épreuves ont-elles commencé à les assaillir qu’ils renoncent à ce qu’ils avaient entrepris. Ainsi, le sol pierreux a manqué d’eau, si bien que le germe de la graine n’est pas parvenu à donner le fruit de la persévérance.
Mais la bonne terre donne du fruit par la patience: entendons par là que nos bonnes œuvres ne peuvent avoir aucune valeur si en outre nous ne supportons pas patiemment les désagréments que nous cause notre prochain. D’ailleurs, plus nous avançons vers la perfection, plus nous avons à endurer de souffrances ici-bas. En effet, une fois que notre âme a abandonné l’amour du monde présent, l’hostilité de ce monde grandit. Voilà pourquoi nous en voyons beaucoup peiner sous un lourd fardeau, alors que leurs œuvres sont bonnes. Ils ont, il est vrai, déjà renoncé aux convoitises terrestres, et pourtant ils sont affligés de très cruelles épreuves. Mais, selon la parole du Seigneur, ils portent du fruit par leur constance (Lc 8,15), en supportant humblement ces épreuves, si bien qu’après avoir souffert, ils seront invités à entrer dans la paix du ciel.