A très peu de jours de la solennité de Noël, la liturgie d’aujourd’hui nous donne de célébrer la Sainte Famille de Nazareth. De cette façon, nous sommes invités à contempler et à imiter la vie de la famille « terrestre » de Jésus. Que voyons-nous ? L’Évangile de Saint Luc nous fait voir que dans cette singulière famille, ce n’est pas seulement la figure du Fils de Dieu, la personne divine qui assume totalement l’humanité de sa créature, le Dieu avec nous, le Prince de la paix qui ressort. L’évangéliste met aussi en évidence la maman de Jésus, Marie, et Joseph son époux, collaborateur du dessein divin de salut des hommes et « gardien de la Rédemption. »Saint Jean Paul II
Comment une famille aussi particulière peut-elle être un modèle pour nos familles ? Ce cercle familial, seulement en apparence semblable à tous les autres, est si irremplaçable qu’il nous pousse à croire qu’il est inimitable : un Fils qui est Dieu, une maman qui est la Vierge Immaculée, et un papa qui est le juste par excellence.
Et pourtant Jésus, le Dieu fait homme, nous montre un exemple d’enfant à l’intérieur de sa propre famille pour pouvoir devenir un modèle pour toutes les familles de tous les temps et de tous les lieux.
Jésus n’a pas été pressé de se présenter comme le Messie. Dans une petite ville de la périphérie de l’Empire romain, caché dans une famille très simple, ce fils a vécu une vie normale, tout en croissant en grâce et en esprit, jusqu’au moment où arriva l’heure de commencer la mission que lui avait confiée le Père : une mission qui le conduira à la mort et à la résurrection, faisant de nous, d’un peuple sans lendemain, un peuple appelé à le suivre dans la sainteté et la joie de la plénitude de la vie, aujourd’hui et pour toujours.
En regardant la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, je crois que nos familles sont poussées à être toujours davantage des petites églises domestiques, où Dieu est présent et où l’on apprend à vivre, en marchant à la lumière de l’Évangile, la Bonne Nouvelle, seul guide sûr dans un monde qui a perdu la vision de la lumière du ciel et qui regarde seulement vers les lumières de la terre.
A ses parents qui le cherchent depuis trois jours, Jésus répond qu’ils doivent savoir que sa vocation est de faire la volonté de son Père. Il est donc resté trois jours dans le temple de son Père à s’occuper justement des affaires de son Père. Puis comme l’Évangile est à vivre dans le quotidien de la vie, il retourne avec Marie et Joseph dans le quotidien de la vie de Nazareth. Il descend avec ses parents à Nazareth et il leur est soumis. Il laisse le Temple pour le « temple domestique » où tout était organisé pour sa présence divine et où son humanité grandit en sagesse et en grâce.
Le Rédempteur a abandonné les maîtres de la loi qui enseignaient dans le Temple de Jérusalem pour être avec Joseph et Marie qui sont maîtres de vie dans cette école particulière qu’est leur maison de Nazareth. Le fils de Dieu apprend d’eux l’art d’être homme. Il regarde sa maman, Marie, qui est tendre et forte mais jamais passive. Il regarde Joseph, son père légale, qui eut envers lui « par don particulier du ciel, tout cet amour naturel, toute cette affectueuse sollicitude que le cœur d’un père peut connaître » (Pie XII cité dans Redemptoris Custos, n.8)
2) La Sainte Famille comme école de la famille, modèle réel et non pas seulement idéal
La vie simple de Jésus, Marie et Joseph ressemble tellement à la nôtre. Marie est une maman comme nos mamans, attentive et vigilante, mais surtout, en tant qu’immaculée et donc toute donnée à Dieu, elle aura éduqué son fils au vrai sens de la vie qui est d’accomplir la mission que le Père lui avait confiée en l’envoyant parmi nous. La maison de Nazareth n’est donc pas seulement une école pour Jésus, mais aussi pour nous, comme l’enseigne le Bienheureux Pape Paul VI: « La maison de Nazareth est l’école où l’on commence à comprendre la vie de Jésus, c’est à dire l’école de l’Évangile. Là, on apprend à observer et à écouter, à méditer, à pénétrer la signification si profonde et si mystérieuse de cette manifestation du Fils de Dieu, si simple, humble et belle. » (Homélie à Nazareth, 5 janvier 1964).
L’Évangile de Saint Luc nous raconte la vie quotidienne et sainte de Joseph et de Marie qui dans leurs hésitations, leurs interrogations, leurs façons de faire, leurs faiblesses, loin de la perfection et de l’idéal, ressemblent à tant de parents. Ils sont en même temps le modèle réel et originel de la famille, où coexistent la virginité, la conjugalité et la parentalité. Maintenant, le Seigneur demande aux époux chrétiens que se réalise par leur union la double finalité du mariage : le bien des époux eux-mêmes et la transmission de la vie. On ne peut pas séparer ces deux valeurs du mariage sans altérer la vie spirituelle du couple et compromettre les biens du mariage et l’avenir de la famille. Il est demandé aux époux chrétiens de vivre dans la chasteté conjugale. A cet égard le catéchisme de l’Église catholique enseigne : « Les actes qui réalisent l’union intime et chaste des époux sont des actes honnêtes et dignes. Vécus d’une manière vraiment humaine, ils signifient et favorisent le don réciproque par lequel les époux s’enrichissent tous les deux dans la joie et la reconnaissance. » (n. 2362)
La virginité cependant au sens propre appartient aux consacrés et renvoie à l’éternité. Mais la virginité est quand même constitutive de la famille originelle, il existe donc un lien indissoluble entre les époux chrétiens et les consacrés pour le Royaume de Dieu et ce lien se trouve dans la Sainte Famille de Nazareth.
Les vierges consacrées dans le monde témoignent que la virginité n’est pas de ne pas avoir des affections, même si elle implique de renoncer à une famille charnelle et au rapport physique avec un homme, mais c’est être totalement disponible au devoir de fécondité spirituelle et concrète auquel le Seigneur les a appelées. Le Christ est au cœur du mariage chrétien et les vierges consacrées témoignent qu’en donnant tout au Christ, la vie est vraiment féconde. Comme la vierge Marie, elles conservent dans leur cœur un mystère plus grand qu’elles et le portent dans le monde.
Saint Augustin très justement enseigne l’importance de la maternité spirituelle qui ne s’oppose pas à la maternité charnelle : « L’Église reproduit le modèle de la mère de son époux et de son sauveur et elle est, elle aussi, mère et vierge. Si en effet, elle n’est pas vierge, pourquoi tant se préoccuper de son intégrité ? Et si elle n’est pas mère, de qui sont ces enfants à qui nous adressons la parole ? Marie mit au monde physiquement le Chef de ce corps ; l’Église génère spirituellement les membres de ce Chef. Dans un cas comme dans l’autre, la virginité ne fait pas obstacle à la fécondité et la fécondité ne fait pas obstacle à la virginité. L’Église est toute entière sainte de corps comme d’esprit mais dans ses membres, elle n’est vierge que d’esprit et non pas de corps. De quelle sainteté ne devra-t-elle donc pas briller dans ceux de ses membres qui conservent à la fois la virginité dans le corps et dans l’âme ? Un jour – raconte l’Évangile – la mère et les frères de Jésus (c’est à dire ses cousins) se firent annoncer mais restèrent dehors parce que la foule ne leur permettaient pas de s’approcher (du maître). Jésus dit ces paroles : Qui est ma mère ? Et qui sont mes frères ? Et étendant la main vers ses disciples, il dit : Voici mes frères ! Et quiconque fait la volonté de mon père, celui-là est mon frère, ma mère et ma sœur » (La sainte viriginité, 2.2-3.3)
Les vierges consacrées montrent que l’exemple de Marie, Vierge et Mère, est actuelle et possible même aujourd’hui et elles sont appelées à vivre une maternité de grâce.
Marie a ouvert la route à toutes les femmes qui, à sa suite, accueillent l’appel divin à donner tout leur cœur au Seigneur dans la virginité. Certes, ce ne sont pas seulement les femmes qui sont appelées à la vie virginale ; il faut rappeler que le Christ lui aussi s’est engagé sur cette voie et il y a engagé aussi ses apôtres.
Toutefois l’expression des «épousailles avec Dieu» convient davantage à la femme. Les vierges chrétiennes ont été considérées depuis l’antiquité comme les épouses du Christ. On peut dire qu’elles représentent, de la manière la plus appropriée et la plus complète, la qualité d’épouse du Christ que l’on attribue à l’église. Les vierges consacrées personnifient cette relation d’épouse du Christ.
Lecture patristique
Origène (+ 253)
Homélies sur saint Luc, 18, 2-5
SC 87, 266-271
Comme il avait douze ans, il demeure à Jérusalem. Ne sachant où il est, ses parents le cherchent avec inquiétude et ne le trouvent pas. Ils le cherchent parmi leurs parents, ils le cherchent parmi leurs compagnons de route, ils le cherchent parmi leurs connaissances (Lc 2,44), et ils ne le trouvent pas. Jésus est donc recherché par ses parents, par son père nourricier qui l’avait accompagné dans sa descente en Égypte, et pourtant ils ne le trouvent pas aussitôt qu’ils le cherchent. Car on ne trouve pas Jésus parmi les parents et parmi les proches selon la chair, parmi ceux qui lui sont unis par le corps. Mon Jésus ne peut être trouvé dans la foule.
Apprenez-donc où l’ont découvert ceux qui le cherchaient, afin que vous aussi, en le cherchant avec Marie et Joseph, vous puissiez le découvrir. A force de le chercher, dit l’évangéliste, ils le trouvèrent dans le Temple (Lc 2,46). Non pas n’importe où, mais dans le Temple, et là, en outre, au milieu des docteurs de la Loi qu’il écoutait et interrogeait (Lc 2,46-47). Vous aussi, cherchez Jésus dans le Temple de Dieu, cherchez-le dans l’Église, cherchez-le auprès des maîtres qui sont dans le Temple et n’en sortent jamais. Si vous cherchez ainsi, vous le trouverez. Mais si quelqu’un se dit un maître, et ne possède pas Jésus, il n’est maître que de nom, et on ne peut trouver auprès de lui Jésus, qui est le Verbe et la Sagesse de Dieu.
Ils le trouvent assis au milieu des docteurs, et non seulement assis, mais les interrogeant et les écoutant. Maintenant encore Jésus est ici: il nous interroge et il nous écoute parler. Et tous étaient dans l’admiration (Lc 2,48). A propos de quoi? Non de ses interrogations, bien qu’elles fussent admirables, mais de ses réponses (Lc 2,47).
Dans la sainte Écriture, « répondre » ne désigne pas un simple dialogue, mais un enseignement. Que la loi divine te l’apprenne: Moïse parlait, et Dieu lui répondait par sa voix (cf. Ex 19,19). Tantôt Jésus interroge, tantôt il répond et, nous l’avons dit, bien que son interrogation soit admirable, sa réponse l’est bien davantage. Pour que nous puissions l’entendre, nous aussi, et qu’il nous propose des questions qu’il résoudra lui-même, supplions-le et cherchons-le avec beaucoup d’efforts et de douleur, et alors nous pourrons trouver celui que nous cherchons. Ce n’est pas pour rien qu’il est écrit: Moi et ton père, nous te cherchions tout affligés (cf. Lc 2,49). Celui qui cherche Jésus ne doit pas chercher avec négligence, mollement, par intermittence, ainsi que certains le cherchent et qui, à cause de cela, ne peuvent le trouver. Quant à nous, disons: Nous te cherchons tout affligés.
Et quand nous lui aurons parlé ainsi, il répondra à notre âme qui se fatigue à le chercher dans la douleur: Ne le saviez-vous pas? C’est chez mon Père que je dois être (Lc 2,49-50).
Avec la fête de l’Epiphanie[1] les fêtes de Noël ont leur achèvement qui donne au mystère de l’Incarnation la nouvelle perspective d’universalité du salut, sa signification la plus consolante d’espoir infini. En effet, à la question : « A qui Dieu veut-il faire connaître son Fils Incarné? » La réponse qui nous est proposée aujourd’hui est : « A tous ». Mais alors, « pourquoi n’est-t-il pas reconnu par tous? » Parce qu’il ne suffit pas de savoir ce l’Ecriture que dit sur le Messie pour croire en Jésus. C’est qui arriva aux prêtres interrogés par Hérode sur la naissance du Messie. Ils donnèrent la réponse juste mais n’allèrent pas à la grotte de Bethléem. Ils ne peuvent même pas le rencontrer qui Le sent comme ennemi potentiel, comme Hérode qui voulait savoir où Jésus était né pour l’éliminer.
Comme les pasteurs et les gens simples à Noël, seuls les Rois Mages – et aujourd’hui ceux qui ont la même attitude – trouvent Jésus qui se manifeste comme l’objectif de leur voyage (Epiphanie signifie manifestation). Mettons-nous en route nous aussi, il ne nous arrivera pas de ne pas le rencontrer et de ne pas l’accueillir, tandis que des étrangers viendront de loin pour nous demander où le Roi est né.
Qu’avaient-ils en commun les Pasteurs et les Rois Mages? Le désir du salut, reconnu dans un Enfant à qui les premiers donnèrent du lait et de la laine et les seconds de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais surtout ils donnèrent soi-même, en s’agenouillant et en adorant.
Aujourd’hui nous sommes appelés à avoir la même attitude de chercheurs de l’Infini et d’adorateurs de la Vérité qui se manifeste dans cet amour d’Enfant. Dieu ne se manifeste pas comme un enfant, Lui est cet Enfant, qui manifeste le cœur du Père, qui nous le donne pour qu’il devienne nourriture pour notre chemin, médicament pour nos faiblesses, ami de notre conversation.
Cet enfant grandira, sera un jeune homme, adulte, sera Maître et opérateur de miracles, sera moqué, refusé, abandonné, enterré, ressuscitera parmi les morts, à nouveau et éternellement vivant : en tout cela, Lui est « épiphanie » dans laquelle Dieu se manifeste. C’est ce Dieu, que nous, comme les Rois Mages, adorons.
Mais chaque être humain est, dans un certain sens, Epiphanie de Dieu. Dieu a décidé de se révéler en se « cachant » dans chaque homme. Cet écrivain anonyme nous le rappelle et nous invite à chercher et trouver des restes du visage de Dieu dans le visage des frères :
« Il était une fois un moine appelé Epiphane. Un jour il découvrit un don qu’il ne pensait pas posséder : il savait peindre de belles icones. Il voulait absolument peindre le visage de Jésus. Mais où trouver un modèle qui exprime, à la fois, la souffrance et la joie, la mort et la résurrection, la divinité et l’humanité.
Epiphane se mit alors en voyage. Il parcourut la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, examinant chaque visage. Rien : le visage qui pouvait représenter le Christ n’existait pas. Fatigué, il s’endormit en répétant les paroles du psaume : « Je cherche ton visage, Seigneur, montre-moi ton visage! ». Il fit un rêve. Un Ange lui apparut, il le ramena auprès des personnes rencontrées et pour chaque personne il lui indiqua un détail qui rendait ce visage semblable à celui de Jésus : la joie d’un amoureux, l’innocence d’un enfant, la force d’un paysan, la souffrance d’un malade, la peur d’un condamné, la tendresse d’une mère, la consternation d’un orphelin, l’espoir d’un jeune, la joie d’un clown, la miséricorde d’un confesseur, le mystère du visage bandé d’ un lépreux…… Et alors, Epiphane comprit et retourna dans son couvent. Il se mit au travail et l’icône fut prête en peu de temps et la présenta à son abbé. Celui-ci fut surpris: elle était merveilleuse. Il voulut savoir qui était le modèle dont il s’était servi parce qu’il désirait la montrer aux autres artistes du monastère. Le moine répondit « personne, père, ne m’a servi de modèle, parce que personne n’est comme le Christ mais le Christ est semblable à tous. Tu ne trouves pas le Christ dans le visage d’un seul homme, mais tu trouves des fragments du visage du Christ en chaque homme. »
2) Un chemin cohérent à l’idéal
Les Rois Mages sont un modèle pour nous non seulement parce qu’ils furent des chercheurs de l’Infini, mais parce qu’ils l’ont trouvé en sachant le reconnaître dans en enfant ou, mieux exprimé, dans cet Enfant. Ils ont été très grands dans leur fidélité au fragile signe d’une étoile, sans se faire conditionner par la nostalgie des palais qu’ils avaient quittés (cf T.S. Eliot). Ils surent continuer la recherche de l’Exceptionnel, de l’Extraordinaire sur les chemins du quotidien.
Ces trois marcheurs ne se sont pas contentés des richesses et de leur sagesse. Ils ne voulaient pas seulement savoir beaucoup de choses, mais ils voulaient savoir l’essentiel. Ils ont senti le coeur vibrer et se sont déplacés, en accrochant à une étoile au grognement de leurs animaux élevés dans les étables d’Orient. « Où se trouve le Roi des Juifs qui est né? » Ils choisirent le risque de l’inconnu à la sécurité des calculs, avec cette angoisse d’aller trouver un enfant : « la recherche de la Vérité était, pour les Rois Mages, plus importante que la dérision du monde en apparence intelligent » (Benoît XVI).
Dans leurs humbles pas, l’écho de mille voix résonne, de voix qui chantaient et disaient que tout ceci était pure folie. Le risque de la folie ou la sécurité de l’ignorance : les Rois Mages préfèrent le fragile chemin du ciel à la carte habituelle tracée par les hommes. Ils se sont servis de leur intelligence et de leur sagesse d’une façon qui pouvait apparaître humainement absurde et peu scientifique et se sont dirigés vers Bethléem. Ils ont échangé la sécurité de leurs habitudes avec le risque d’un voyage périlleux qui devint un pèlerinage.
En effet, le pèlerin n’a pas comme but un lieu touristique, mais un lieu sacré: un Temple où se trouve Dieu. Paul Claudel l’a bien compris « les choses ne sont plus le mobilier de notre prison mais celles de notre temple », où l’ Enfant Jésus rendit sacré même la paille. La grotte, la paille devenue un lit, les habits nécessaires et essentiels pour le voyage en Judée devient sacrés, se transfigurent autour du noyau essentiel du mystère de l’Incarnation dans une naissance.
L’Epiphanie n’est pas seulement la manifestation de Jésus Christ, Fils de Dieu incarné et Rédempteur de toute l’humanité mais est aussi la solennité de l’adoration et de la donation.
Le texte de l’Évangile d’aujourd’hui nous rappelle l’arrivée des Rois Mages à la grotte de Bethléem et les trois actions importantes de ces rois devant le Roi des juifs : prostration, adoration et donation.
Prostration : c’est l’attitude d’humble révérence vers une autorité morale et spirituelle. Jésus est reconnu, par les sages de son temps, l’autorité morale et religieuse à laquelle se confronter.
Adoration : c’est l’autre action que font les Rois Mages devant Jésus. Ils adorent la divinité. Les païens adoraient les idoles. Dans un moment dramatique les Juif se construirent un veau en or et l’adorèrent pendant que Moïse était sur le Mont Sinaï avec Dieu. Toujours, l’homme se construit des fausses idoles et les a travaillés comme une solution possible de ses propres problèmes existentiels. Aujourd’hui encore, les idoles fascinent, celles du succès, du bien-être, de la carrière, du pouvoir économique, militaire, politique et religieux et tant d’autres qui mettent l’homme dans la condition d’offenser et de détruire d’autres hommes pour arriver à leurs buts. Au contraire, les Rois Mages adorent le Dieu vivant qui dans cet enfant, pauvre, humble, reposant dans cette crèche attire à juste raison toute leur attention et leur prière.
Donation : lorsqu’il y a la bonté dans le cœur et l’ouverture à l’autre presqu’instinctivement se déclenche l’action de donner quelque chose de soi à celui qui se trouve en face. Ici les Rois Mages se trouvent en face du Roi des juifs et leur offrent trois dons, de l’or, de l’encens et de la myrrhe, pour faire ressortir sa royauté, sa mission, sa mort et sa résurrection. A travers ces dons se trouve une signification spécifique qui peut être attribuée à l’ Enfant Jésus, ce Fils d Dieu et Rédempteur de l’humanité. De plus, comme je l’ai mentionné ci -dessus, ils donnent eux-mêmes.
Voilà la fête de l’Epiphanie qui ouvre indirectement sur une autre et plus importante fête liturgique de l’Eglise catholique : la Pâques de Jésus qui a donné soi-même, complètement. Nous serons sages comme les Mages si, en prenant Jésus comme Chemin, nous prenons le chemin de la foi, le chemin de la conversion, le chemin de l’amour.
Un exemple spécial de ce chemin d’amour est donné par les Vierges Consacrées dans le monde. Toute leur vie appartient au Seigneur. Par la consécration, elles se sont mises à la disposition de Dieu sans aucune réserve, de façon à ce que toute leur vie exprime prostration, adoration er donation pure et pleine à Dieu. La vie d’une personne consacrée dans le monde témoigne que l’on peut vivre du Christ à chaque instant et vivre dans l’espoir qui vient de la grotte de Bethléem. A ce propos, ce qui est affirmé dans l’Exhortation post-synodale Vita consecrata est éclairant. « Celui qui veille pour attendre l’accomplissement des promesses du Christ est en mesure de communiquer l’espérance à ses frères et sœurs, souvent découragés et pessimistes face à l’avenir. Son espérance se fonde sur la promesse de Dieu que contient la Parole révélée : l’histoire des hommes avance vers « le ciel nouveau et la terre nouvelle » (Ap 21, 1). » (Vita consecrata, n. 27)
Lecture Patristique
SAINT LÉON LE GRAND
SERMON 3 POUR L’ÉPIPHANIE
1-3. 5; PL 54, 240-244
Dans tout l’univers, le Seigneur a fait connaître son salut.
La miséricordieuse providence de Dieu a voulu, sur la fin des temps, venir au secours du monde en détresse. Elle décida que le salut de toutes les nations se ferait dans le Christ.
C’est à propos de ces nations que le saint patriarche Abraham, autrefois, reçut la promesse d’une descendance innombrable, engendrée non par la chair, mais par la foi ; aussi est-elle comparée à la multitude des étoiles, car on doit attendre du père de toutes les nations une postérité non pas terrestre, mais céleste.
Que l’universalité des nations entre donc dans la famille des patriarches ; que les fils de la promesse reçoivent la bénédiction en appartenant à la race d’Abraham, ce qui les fait renoncer à leur filiation charnelle. En la personne des trois mages, que tous les peuples adorent le Créateur de l’univers ; et que Dieu ne soit plus connu seulement en Judée, mais sur la terre entière afin que partout, comme en Israël, son nom soit grand.
Mes bien-aimés, instruits par les mystères de la grâce divine, célébrons dans la joie de l’Esprit le jour de nos débuts et le premier appel des nations. Rendons grâce au Dieu de miséricorde qui, selon saint Paul, nous a rendus capables d’avoir part, dans la lumière, à l’héritage du peuple saint ; qui nous a arrachés au pouvoir des ténèbres, et nous a fait entrer dans le royaume de son Fils bien-aimé. Ainsi que l’annonça le prophète Isaïe : Le peuple des nations, qui vivait dans les ténèbres, a vu se lever une grande lumière, et sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Le même prophète a dit à ce sujet : Les nations qui ne te connaissaient pas t’invoqueront ; et les peuples qui t’ignoraient accourront vers toi. Ce jour-là, Abraham l’a vu, et il s’est réjoui lorsqu’il découvrit que les fils de sa foi seraient bénis dans sa descendance, c’est-à-dire dans le Christ ; lorsqu’il aperçut dans la foi qu’il serait le père de toutes les nations ; il rendait gloire à Dieu, car il était pleinement convaincu que Dieu a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis.
Ce jour-là, David le chantait dans les psaumes : Toutes les nations, toutes celles que tu as faites, viendront t’adorer, Seigneur, et rendre gloire à ton nom. Et encore : Le Seigneur a fait connaître son salut, aux yeux des païens révélé sa justice.
Nous savons bien que tout cela s’est réalisé quand une étoile guida les trois mages, appelés de leur lointain pays, pour leur faire connaître et adorer le Roi du ciel et de la terre. Cette étoile nous invite toujours à suivre cet exemple d’obéissance et à nous soumettre, autant que nous le pouvons, à cette grâce qui attire tous les hommes vers le Christ.
Dans cette recherche, mes bien-aimés, vous devez tous vous entraider afin de parvenir au royaume de Dieu par la foi droite et les bonnes actions, et d’y resplendir comme des fils de lumière ; par Jésus Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. Amen.
[01] Epiphanie est le mot grec qui signifie “manifestation”.
Après la célébration du Baptême de Jésus qui dimanche dernier a conclu la période de Noël, la Liturgie présente aujourd’hui un passage du premier chapitre de l’Évangile de Jean pour compléter la narration des événements qui ont marqué la manifestation de Jésus comme Messie et Fils de Dieu, qui appelle à le suivre.
Ce n’est pas un hasard, si même pour les deux autres lectures de la messe de ce dimanche, la IIe du temps ordinaire, la vocation est le thème central. Nous avons tous été appelés à suivre une “vocation” à réaliser dans notre vie de tous les jours. Nous sommes tous appelés à vivre notre vocation de fils de Dieu dans le Fils unique dans l’apparente banalité de la vie quotidienne. Nous sommes tous appelés à être avec le Christ, avant que de faire quelque chose pour le Christ. Le plus bel exemple à cet égard nous est offert par la Vierge Marie qui, avant de “faire” la mère, “fut” et “est” encore mère. Et les apôtres aussi dont nous parle l’Évangile de ce jour, avant de faire quelque chose pour le Christ, furent avec le Christ. A Jean et André qui lui demandaient : “Maître, où habites-tu?”, Jésus répondit: “Venez et vous verrez”, c’est-à-dire qu’il leur proposa d’“être” avec Lui, avant de “faire” quelque chose avec Lui.
Ce n’est pas un hasard non plus si la liturgie du temps ordinaire demande que le prêtre porte les ornements verts, pour signifier le temps vert de notre vie. Il s’agit d’un temps chargé d’espoir, qui accompagne et illumine le quotidien que nous devons “passer” à la suite du Christ. Le temps ordinaire n’est pas un temps mineur, c’est le temps dans lequel le Mystère de la vie du Christ et de notre vie en Lui s’écoule sous nos yeux de manière ordinaire et nous, nous sommes appelés à le recevoir et à le comprendre, pour parcourir la voie du salut, en Jésus Christ, notre Voie.
Chaque existence est déjà un appel : Dieu nous a sauvés de l’abîme vertigineux du néant et, en nous offrant l’être, il nous a donné aussi un projet à accomplir, un dessein à réaliser qui est même gravé “sur ses paumes” (Isaïe 49). C’est là le sens de notre vie : être avec Dieu et collaborer au grand projet qu’Il nourrit de toute éternité pour chacun de nous.
Nous sommes souvent tentés de croire que la vocation que Dieu nous donne, est un devoir pénible, une vertu obligatoire et ennuyeuse. Non. Dieu adresse aux hommes un appel à tisser un lien d’amour avec Lui. Il les invite dans sa demeure, les accueille de nouveau dans sa maison quand ils reviennent à son amour. Et non seulement ils peuvent rester avec Lui mais Lui reste dans leur cœur. La philosophie de l’homme dans la quête éternelle de sa maison est la nostalgie de sa patrie, de sa maison natale, comme l’a écrit le philosophe et écrivain allemand Novalis (1772 -1801) : “la philosophie est la nostalgie de retour à la maison”. Eh bien l’Évangile d’aujourd’hui montre comment on arrive à cette maison. En suivant le Christ, en Lui demandant où il habite et en demeurant avec Lui.
L’effet le plus admirable de cette démarche est que nous devenons sa demeure. Car se rapprocher de Dieu c’est devenir une cathédrale vivante. En recevant sa Présence en nous, nous comprenons la grandeur de la condition “humaine” à laquelle nous sommes appelés. La Bible abonde d’histoires de vocation : à titre d’exemple, Abraham, Moïse, David, chacun des prophètes, le petit Samuel dont il est question dans la première lecture d’aujourd’hui (1 Samuel 3,3-10), la Vierge Marie, les apôtres.
Chacun sous des formes différentes, mais nous avons tous en commun de recevoir cette invitation à donner à notre existence la valeur suprême de s’ouvrir à la relation avec Dieu, en disant comme Marie : “Amen, Fiat, que tout se passe pour moi comme tu l’as dit”.
2) Les trois verbes de la vocation, qui n’est pas une profession
Les lectures de la messe d’aujourd’hui montrent que la vocation se caractérise par trois verbes : appeler, écouter, répondre.
Appeler. Excepté les rares appels directs, la vocation se produit par l’intermédiaire d’autres hommes, comme on le voit dans l’épisode d’aujourd’hui : pour les deux disciples du Baptiste, c’est lui l’intermédiaire, qui leur désigne l’Agneau de Dieu ; pour Pierre, c’est son frère André; pour Samuel enfant, c’est son “tuteur” Eli.
Ecouter, comme il le fit le petit Samuel qui répondit à Dieu qui l’appelait par son nom “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute”.
Répondre en allant habiter auprès de Celui qui nous dit, comme à Jean et André: “Venez et vous verrez”.
Revenons au passage de l’Évangile d’aujourd’hui, où il nous est raconté que, remarquant Jean et André qui le suivaient, Jésus se retourna et demanda : “Qu’est-ce que vous cherchez ?”. Jésus ne posa pas cette question pour se renseigner, mais pour provoquer la réponse et les amener à prendre conscience de leur propre recherche. Jésus oblige l’homme à s’interroger sur les raisons de son propre chemin.
La recherche doit être mise en question. Il y a, effectivement, recherche et recherche. Il y a celui qui cherche vraiment Dieu et qui, en réalité se cherche lui-même.
Donc, la première condition est de vérifier continuellement l’authenticité de sa propre recherche de Dieu. La deuxième est de ne pas chercher à comprendre la vocation comme une recherche visant à ordonner le monde ni à trouver sa place dans le monde, parce que la vocation n’est pas le fruit d’un projet humain ou d’une stratégie d’organisation. Elle est vocation à l’Amour reçu et offert. La vocation n’est pas un choix, c’est être choisi : “Ce n’est pas vous qui m’avez choisi; mais c’est moi qui vous ai choisis” (Jn 15, 16).
3) La vocation au bonheur[01] à travers un exode
Dans l’Évangile de Marc on lit : “Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit : Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie la perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. (…) Jésus le regarda et se prit à l’aimer ; il lui dit : « Une seule chose te manque : va, ce que tu as vends-le, et donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel, puis viens, suis-moi.” (Mc 8, 34-35; 10,21).
Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus, en d’autres termes, répète cette invitation à Jean et André pour qu’eux aussi se mettent en route à sa suite. Dans les deux cas, le Christ demande de parcourir avec Lui le nouvel exode, qui n’est pas uniquement de libération du mal et de tout autre esclavage physique ou moral, mais pour la liberté, la vérité[02], l’amour, la joie qui nous tiennent tant à coeur.
Un exemple de saint qui accepta totalement de faire cet exode avec le Christ, c’est celui de Saint François d’Assise (1182 –1226), qui exprima son expérience de libération et de vocation par ces paroles connues sous le nom de La Prière simple :
Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix.
Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.
Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.
Là où il y a la discorde, que je mette l’union.
Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.
Là où il y a le doute, que je mette la foi.
Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où il y a les ténèbres, que je mette votre lumière.
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.
Ô Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer,
car c’est en donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on trouve,
c’est en pardonnant qu’on est pardonné,
c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.
Des siècles avant, un autre saint exprima l’expérience d’être appelé de manière très profonde. Il s’agit de Saint Augustin d’Hippone (354 – 430), dont la vocation-conversion fut obtenue par la prière et les larmes de sa mère, Monique. Dans les Confessions, écrites pour raconter sa vocation et rendre gloire à Dieu pour sa miséricorde, ce grand Saint affirme que “le poids de l’amour élève vers le haut” (Pondus meum amor meus – Confessions, XIII, 9, 10). Autrement dit, l’ Evêque d’Hippone ajoutait : “En quelque lieu que j’aille, c’est l’amour qui m’y porte”.
Lui aussi avait trouvé l’amour et non seulement il ne voulait pas le perdre, mais il voulait lui rester fidèle pour toujours.
Pendant des années il avait cherché la vérité et l’amour. Quand il l’eut rencontré dans la personne du Christ, il resta fidèle à jamais.
A lui aussi, le Christ dit “que cherches-tu?”, et à sa réponse interrogative : “Maître où habites-tu?” la réponse est encore “viens et tu verras”.
4) Le témoignage des Vierges consacrées dans le monde
La vocation de Jean et André fut suscitée par le témoignage de leur “vieux” maître, Jean le Baptiste, qui avait désigné Jésus comme “l’Agneau qui enlève les péchés du monde”, mais elle devint plus claire dans le dialogue avec le Christ : “Que cherchez-vous ?”, “ Maître, où habites-tu?, “Venez et vous verrez”.
A Jean et à André, comme à l’interminable cortège de personnes qui Le cherchent et Lui demandent : “ Où habites-tu?”, Jésus répond par un impératif (“venez”) et par une promesse (“vous verrez”). La recherche n’est jamais finie. La découverte de Dieu n’est jamais terminée. Jésus ne dit pas ce qu’ils verront ni quand. C’est en demeurant avec Lui que l’avenir se dévoilera et s’épanouira.
Suivre Jésus ne signifie pas savoir à l’avance où Il nous conduit ; cela veut dire lui faire confiance, pleinement confiance. Cet abandon total est vécu de manière particulière par le Vierges consacrées. Ces femmes nous donnent le témoignage que la vocation consiste à reconnaitre le Christ comme centre affectif de la vie humaine. A leur exemple, à la question du Christ “Qui, que cherchez-vous ?”, nous répondons : “Toi”, et dans le quotidien “oui” (fiat), elles se conforment à son dessein d’amour, en renouvelant fidèlement le “oui” prononcé entre les mains de l’Evêque le jour de leur consécration.
Nous savons tous que l’amour de Dieu pour l’homme est fidèle et éternel : “ Je t’ai aimé d’un amour éternel ”, dit Dieu à l’homme (Jér 31, 3). Les Vierges consacrées nous témoignent que même nous, nous pouvons vivre la vocation à l’amour de Dieu qui est lumière, bonheur, et épanouissement de la vie ici-bas et pour l’éternité.
Lecture Patristique
Saint Thomas d’Aquin
Ev. sec. Ioan., 1, 15, 1 s.
C’est maintenant le contenu du témoignage du Baptiste qui nous est exposé. Par ces paroles, non seulement il montre le Christ, mais il admire sa puissance. Isaïe avait dit: Il sera appelé l’Admirable. Et vraiment Il est d’une puissance admirable, cet Agneau qui, égorgé, tua le lion, ce lion dont il est dit: Votre adversaire le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Aussi ce même Agneau a-t-il mérité d’être appelé Lion vainqueur et glorieux — Il a vaincu, le Lion de la tribu de Juda.
Jean donne brièvement son témoignage:
VOICI L’AGNEAU DE DIEU, soit parce que les disciples à qui il présentait ce témoignage étaient déjà suffisamment informés sur le Christ par tout ce qu’ils avaient entendu de Jean, soit encore parce que cela fait bien comprendre toute l’intention de Jean, qui était uniquement d’amener ses disciples au Christ. Et Jean ne leur dit pas: « Allez à Lui », pour que ses disciples ne paraissent pas faire une grâce au Christ en Le suivant, mais il met en lumière la grâce du Christ comme un bienfait pour eux s’ils Le suivent. C’est pourquoi il dit VOICI L’AGNEAU DE DIEU, c’est-à-dire voici Celui en qui est la grâce, et la puissance purificatrice des péchés. On offrait en effet un agneau en sacrifice pour les péchés, comme le dit l’Ecriture.
LES DEUX DISCIPLES L’ENTENDIRENT PARLER AINSI, ET ILS SUIVIRENT JESUS.
JESUS SE RETOURNA, LES VIT QUI LE SUIVAIENT ET LEUR DIT: « QUE CHERCHEZ-VOUS? » ILS LUI REPON DIRENT: « RABBI (CE QUI SIGNIFIE MAITRE), OU HABITES-TU? » » VENEZ ET VOYEZ », LEUR DIT-IL. ILS VINRENT DONC ET VIRENT OU IL DEMEURAIT, ET ILS DEMEURERENT AUPRES DE LUI CE JOUR LA. C’ETAIT ENVIRON LA DIXIEME HEURE.
L’Evangéliste rapporte ici le fruit de ce témoignage. Il expose en premier lieu le fruit du témoignage de Jean et de ses disciples, ensuite celui de la prédication du Christ.
Le premier point comporte deux parties. Dans la première, l’Evangéliste expose le fruit du témoignage de Jean, dans la seconde celui de la prédication d’un de ses disciples. Au sujet du fruit provenant du témoignage de Jean, l’Evangéliste indique d’abord sa formation première, puis son achèvement par le Christ.
L’Evangéliste dit d’abord: LES DEUX DISCIPLES qui étaient avec Jean L’ENTENDIRENT qui disait: VOICI L’AGNEAU DE DIEU, et ILS SUIVIRENT JESUS — littéralement: ils s’en allèrent avec Lui.
A ce sujet on peut faire, selon Chrysostome 1, quatre remarques.
Voici la première: Jean parle, le Christ se tait, et c’est à la parole de Jean que ses disciples se rassemblent autour du Christ. Cela correspond à un mystère. Le Christ est en effet l’époux de l’Eglise; Jean, l’ami de l’époux et son paranymphe. Le rôle du paranymphe est de remettre l’épouse à l’époux et, avec les paroles voulues, de livrer la dot. Il revient à l’époux de se taire, comme par réserve, mais, une fois qu’il a reçu l’épouse, de disposer d’elle comme il le veut. Ainsi Jean remet au Christ les disciples qui Lui sont fiancés par la foi. Jean parle, le Christ se tait; mais après les avoir reçus, Il les instruit avec soin.
La seconde remarque est celle-ci: lorsque Jean sou lignait la dignité du Christ en disant: Il existait avant moi, et moi, je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure 2, personne ne s’est converti. Mais quand il a parlé des abaissements du Christ et du mystère de l’Incarnation, alors ses disciples ont suivi Jésus. Car les abaissements du Christ, ce qu’Il a souffert pour nous, nous émeuvent davantage. En ce sens on lit dans le Cantique des Cantiques: Ton nom est une huile répandue 3. Il s’agit de la miséricorde avec laquelle Il a procuré le salut des hommes; aussi l’Ecriture ajoute-t-elle aussitôt: Les jeunes filles t’aiment.
La troisième remarque de Chrysostome est la sui vante. La parole de la prédication est comme une semence qui tombe en diverses terres. Dans l’une elle fructifie, dans l’autre, non. Ainsi, lorsque Jean prêche, il ne convertit pas au Christ tous ses disciples mais deux seulement, ceux qui étaient bien disposés. La jalousie, au contraire, anime les autres contre le Christ; aussi soulèvent-ils à son endroit une accusation: Pourquoi, tandis que les Pharisiens et nous, nous jeûnons souvent, tes disciples ne jeûnent-ils pas? 4
Dernière remarque: ayant entendu son témoignage, les disciples de Jean ne se permirent pas de parler sur-le-champ à Jésus, mais pleins à la fois d’ardeur et de retenue, ils cherchèrent à s’entretenir avec Lui en parti culier dans un endroit retiré — Il y a en effet pour toute chose un temps et un jugement.
1. Ioannem hom., 18, PG 59, col. 115-118.
2. Jean 1, 27.
3. Cant 1, 3.
4. Mt 9, 14.
[01] Cf Le catéchisme de l’Eglise catholique, IIIe Partie, art.2
[02] Pape François, Les vocations comme témoignages de la Vérité, 14 mai 2014.