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Commentaire des lectures de la messe du XVIIème Dimanche du Temps Ordinaire (Année B), 29 juillet 2018
Le Miracle naît de la fidélité de Dieu à l’homme
1) Pain à partager.

Ce dimanche, la liturgie interrompt la lecture continue de l’Evangile de Saint Marc et pendant cinq dimanches consécutifs (à partir d’aujourd’hui, 17e dimanche du Temps Ordinaire, jusqu’au 21e dimanche) elle nous propose le chapitre 6 de Saint Jean. La raison d’une telle insertion découle de la volonté d’approfondir le thème du « pain ». Ce chapitre 6 de Saint Jean débute avec la narration de la multiplication des pains, et nous offre un très bel exemple de la compassion que Jésus avait pour ceux qui le suivaient et qui avaient « oublié » de manger tant l’envie de voir Ses miracles et de se nourrir de Sa parole était forte.

Pour bien comprendre le passage de l’Evangile d’aujourd’hui, reconstruisons, cette fois-ci encore, le contexte : Jésus est suivi d’une « grande foule, voyant les signes qu’il faisait sur les infirmes ». Les personnes sont attirées par la puissance miséricordieuse de Jésus qui se préoccupe des malades et les guérit. Cependant, Jésus n’est pas seulement un guérisseur ; Il est le Maître : pour cela il monte sur le Mont, comme Moïse était monté sur le Sinaï afin de recevoir la loi du Seigneur pour Israël. Toutefois, Jésus ne va pas sur le mont pour recevoir la parole de Dieu, mais pour la donner. C’est pour cela qu’il s’assoit (dans le texte original en grec : il se met en chaire), non pas à cause de la fatigue mais parce que c’est le comportement du Maître, qui, lorsqu’il enseigne, monte en chaire. Jésus avait déjà agi ainsi lorsqu’il avait proclamé la « nouvelle loi » des béatitudes : « Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. » (Mt 5,1). Toujours en ce qui concerne le passage de l’Evangile d’aujourd’hui, il est utile de mettre en évidence la connotation du temps : « La Pâque était proche » (Jn 6,4). Nous sommes donc au printemps. Cette information temporelle nous replonge en arrière, lors de la grande histoire de l’exode qui commence pendant la première pleine lune du printemps, il y a des milliers d’années, et aux nombreux signes que Dieu avait envoyé à Moïse pour la libération des Hébreux, puis pendant leur marche vers la Terre Promise. Mais la référence à la Pâque nous invite à regarder également en avant et anticipe symboliquement le don que Jésus fera de son corps et de son sang pendant la dernière Cène.

Ce don du Pain de Vie est à partager comme fut partagé le pain multiplié par Jésus pour nourrir ceux qui l’avaient suivi.

Le pain partagé enseigne l’attention envers l’autre et l’humilité de n’exclure personne, et de se fier à un Dieu qui se fie à nous et qui nous donne la capacité de distribuer le pain à une foule nombreuse.

Outre prendre le pain qui nous est donné et qui est partagé à travers une vie de charité, je propose d’adresser à Dieu cette prière : « Si je désire soigner mes plaies, tu es le médecin. Si je brûle de fièvre, tu es la source restauratrice. Si j’ai besoin d’aide, tu es la force. Si je suis opprimé par mon péché, tu es le pardon. Si je crains la mort, tu es la vie éternelle. Si je désire le ciel, tu es la vie. Si je fuis les ténèbres, tu es la lumière. Si je cherche la nourriture, tu es l’aliment (Saint Ambroise de Milan). Donc, prions Dieu, « Notre Père » pour qu’« il nous donne le pain quotidien » de notre corps et de notre esprit.

Si donner à manger à des milliers de personnes avec un peu de pain est un miracle, donner le pain de la vérité, de la joie, est un miracle encore plus grand. Il s’agit du Pain Vrai, du Pain de la Vérité à partager avec les affamés de justice.

Le pain multiplié dans la dernière Cène deviendra Pain de Vie. Le grand miracle n’est pas celui de nourrir une foule, mais celui de montrer la gloire de Dieu révélée en Jésus, Parole faite Chair, Verbe fait nourriture eucharistique pour les Chrétiens. En effet, le passage de l’Evangile d’aujourd’hui raconte que Jésus prit les pains, rendit grâce et les distribua : trois verbes dont nous nous souvenons à chaque messe.

Pendant que les disciples le distribuaient, le pain ne manquait pas, et pendant qu’il passait d’une main à l’autre, ce pain partagé restait dans chaque main.

2) Pain de miséricorde.

Ce jour-là, Jésus ressenti de la compassion parce qu’il est fait du même amour que le Père et manifeste la miséricorde de Dieu en parlant à la foule et en assouvissant leur faim.

Aujourd’hui, en nous aimant hors de toute mesure, le Christ multiplie le Pain de Vie pour nous. Lors du sacrement de l’Eucharistie, Jésus devient nourriture de vraie vie, heureuse pour la miséricorde reçue.

En ce dimanche, le signe de la miséricorde, de la compassion de Jésus Christ est la narration des pains multipliés et partagés qui nous aide à comprendre que le Christ se donne à nous et donne sa vie en s’offrant à nous sous la forme du pain eucharistique. Lui qui remercia le Père, bénit et divisa le pain matériel qui lui avait été donné par un enfant, se laisse diviser pour nous comme pain spirituel. En mangeant ce pain, corps eucharistique du Christ, qui est la « miséricorde de Dieu incarnée » (Pape François), nous aussi nous devenons miséricorde.

La Cène eucharistique n’est donc pas une action à regarder, c’est un geste à vivre. Faire la communion n’est pas seulement recevoir et se laisser sanctifier par la présence du Christ, c’est ouvrir notre cœur pour porter à l’autel le « oui » de notre amour à Dieu ; c’est ouvrir nos mains aux frères et sœurs qui ont faim et que nous devons secourir avec des œuvres miséricordieuses et spirituelles. Mais n’oublions pas que la première et plus grande miséricorde est d’enseigner la vérité et de donner des choses vraies, parce que « le bien est la vérité et la proposition de la vérité naît de l’amour » (Card. Giacomo Biffi).

Un exemple significatif de la façon de vivre la miséricorde est celui offert par les vierges consacrées qui sont « les fleurs de l’arbre qu’est l’église » (Saint Ambroise de Milan).

En effet, les vierges consacrées dans le monde sont appelées à être l’annonce et la réalisation de cette miséricorde, à en être l’image et savoir l’offrir, avec une vie faite de patience vigilante dans la prière, d’attention, de discrétion et de réserve. En cela, la vocation virginale est en relation profonde avec le mystère de l’Eucharistie. « En effet dans l’Eucharistie, la virginité consacrée trouve inspiration et nourriture pour son don total au Christ. Elle tire aussi de l’Eucharistie réconfort et impulsion pour être, en notre temps également, signe de l’amour gratuit et fécond que Dieu a pour l’humanité. Enfin, à travers son témoignage spécifique, la vie consacrée devient objectivement rappel et anticipation des « noces de l’Agneau » (Ap 19, 7-9), qui sont le but de toute l’histoire du salut. En ce sens, elle renvoie de manière efficace à l’horizon eschatologique dont tout homme a besoin pour pouvoir orienter les choix et les décisions de sa vie » (Sacramentum caritatis, n. 81).

En imitant la toujours Vierge Marie, ces femmes vierges témoignent de la vérité du Magnificat : « Le Tout-puissant a fait de grandes choses en moi, et Saint est son nom : de génération en génération, sa miséricorde s’étend sur ceux qui le craignent », que l’on peut paraphraser ainsi : « Celui qui m’a fait devenir grand est celui qui est puissant, et son nom est saint, car la Puissance Divine œuvra le miracle de la virginité et son Infinie sainteté la remplit de grâces ». Et la chorale virginale répond en magnifiant la miséricorde de Dieu qui, par Marie, Vierge et Mère, passa de génération en génération, en faisant éclore de la boue du monde les fleurs de la sainte virginité qui parfument la terre et le ciel. La virginité signifie suivre Jésus. Ce n’est donc pas renoncer à aimer, mais se laisser posséder complètement par l’Amour, comme nous l’enseigne Saint Ambroise de Milan : « Vierge consacrée, cherche le Christ dans ta lumière, dans tes bonnes pensées, dans tes bonnes actions, dans tes nuits, cherche-le dans ta chambre, parce que même dans la nuit il vient et frappe à ta porte. Il veut te trouver vigilante à chaque moment, il veut trouver la porte de ton âme ouverte. Ta bouche chante les louanges et la profession de foi dans la croix, pendant que dans ta chambre tu répètes le Credo et tu chantes les psaumes. Quand il viendra, qu’il te trouve éveillée et prête. Que ton corps dorme mais que ta foi soit vigilante. Que tes membres soient parfumés de la croix du Christ et de la fragrance de sa sépulture. (La Virginité, 46-47).

 

Lecture patristique

Saint Ephrem (v. 306-373),

Diatessaron, 12, 1-4

L’Eucharistie, un don grand et gratuit

Au désert, notre Seigneur a multiplié le pain (Mt 14, 13-21 ; Mt 15, 32-38 ; Jn 6, 1-13), et à Cana il a changé l’eau en vin (Jn 2, 1-11). Il a habitué ainsi la bouche de ses disciples à son pain et à son vin, jusqu’au moment où il leur donnerait son corps et son sang. Il leur a fait goûter un pain et un vin de transition pour susciter en eux le désir de son corps et de son sang vivifiant. Il leur a donné ces petites choses généreusement, pour qu’ils sachent que son don suprême serait gratuit. Il les leur a données gratuitement, bien qu’ils auraient pu les lui acheter, afin qu’ils sachent qu’on ne leur demanderait pas de payer une chose inestimable : en effet, s’ils pouvaient payer le prix du pain et du vin, ils n’auraient certainement pas pu payer son corps et son sang.

Non seulement il nous a comblés gratuitement de ses dons, mais encore il nous a traités avec affection. Car il nous a donné ces petites choses gratuitement pour nous attirer, afin que nous venions à lui et recevions gratuitement ce bien si grand qu’est l’Eucharistie. Ces petites portions de pain et de vin qu’il a données étaient douces en bouche, mais le don de son corps et de son sang est utile à l’esprit. Il nous a attirés par ces aliments agréables au palais afin de nous entraîner vers ce qui donne la vie à nos âmes. Il a caché la douceur du vin qu’il avait fait, afin de montrer aux convives quel trésor magnifique est caché dans son sang vivificateur.

Comme premier signe, il fit un vin réjouissant pour les convives afin de montrer que son sang réjouirait toutes les nations. Le vin intervient dans toutes les joies imaginables, et de même toutes les délivrances se rattachent au mystère de son sang. Il donna aux convives un vin excellent qui transforma leur esprit, pour leur faire savoir que la doctrine dont il les abreuverait transformerait leur cœur. Ce qui n’était d’abord que de l’eau fut changé en vin dans les amphores ; c’était le symbole du premier commandement amené à la perfection ; l’eau transformée, c’était la loi perfectionnée. Les convives buvaient ce qui avait été de l’eau, mais sans goûter l’eau. De même, lorsque nous entendons les anciens commandements, nous les goûtons dans leur saveur nouvelle. Au précepte : «Gifle pour gifle» (cf. Ex 21,24 Lv 24,20 Dt 19,21), a été substituée la perfection : «À celui qui te frappe, présente l’autre joue» (Mt 5,39).

L’œuvre du Seigneur atteint tout ; en un clin d’œil, il a multiplié un peu de pain. Ce que les hommes font et transforment en dix mois de travail, ses dix doigts l’ont fait en un instant. Ses mains furent comme une terre sous le pain ; et sa parole comme le tonnerre au-dessus de lui ; le murmure de ses lèvres se répandit sur lui comme une rosée et le souffle de sa bouche fut comme le soleil; en un très court instant il a mené à bout ce qui demande normalement toute une longue heure. De la petite quantité de pain est née une multitude de pains ; comme lors de la première bénédiction : «Soyez féconds, et multipliez-vous» (Gn 1,28). Les morceaux ont fructifié par sa bénédiction, à la manière de femmes auparavant stériles et privées d’enfants, et des fragments multiples en sont provenus.

Le Seigneur a démontré la vigueur pénétrante de sa parole à ceux qui l’exécutaient, et la rapidité avec laquelle il octroyait ses dons à ceux qui en bénéficiaient. Il n’a pas multiplié le pain autant qu’il l’aurait pu, mais jusqu’à la mesure suffisante pour les convives. Ce n’est pas sa puissance qui a mesuré son miracle, mais la faim des affamés. Si, en effet, le miracle avait été mesuré à la puissance, il serait impossible d’évaluer la victoire de celle-ci. Mesuré à la faim de milliers de gens, le miracle a dépassé les douze corbeilles (Mt 14,20). Chez tous les artisans, la puissance est inférieure au désir des clients ; ils ne peuvent pas faire tout ce que demandent leurs clients. Les réalisations de Dieu, au contraire, surpassent les désirs. Et il est dit : « Rassemblez les morceaux, de manière qu’absolument rien ne périsse » (Jn 6,12) pour qu’on ne pense pas que le Seigneur n’a agi qu’en imagination. Mais, lorsque les restes auront été conservés un jour ou deux, ils croiront que le Seigneur a agi en vérité, et que ce ne fut pas une vision inconsistante.

 


Commentaire des lectures de la messe du XVIIIème Dimanche du Temps Ordinaire (Année B), 5 août 2018
On cherche le don de Dieu et non Dieu comme don
L’œuvre de la foi

Pain quotidien et pain eucharistique

1 – Le problème est que l’on cherche le don de Dieu et non Dieu comme don.

L’Évangile de ce XVIIIème dimanche du Temps Ordinaire nous parle de Jésus qui invite les gens à ne pas chercher en Lui seulement la personne qui nourrit le corps, mais surtout l’esprit et il dit de lui-même : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim » (Jn 6, 35). Ce Pain est étrange : contrairement à tout autre pain, ce n’est pas la personne qui l’assimile à lui-même, mais c’est le Pain lui-même qui nous assimile à Sa nature : « Nous devenons ce que nous mangeons » (Saint Ambroise de Milan). Le Christ nous fait devenir comme Lui.

Jésus est la nourriture de l’éternité dont nous devons aller à la recherche continuellement et sans laquelle la vie n’a pas de sens ou, en tout cas, perd sa valeur et sa consistance. Ce n’est que dans le Pain de Vie que nous avons une vie qui dure pour toujours.

C’est la nourriture dont le monde a vraiment besoin. C’est une nourriture qui ne périt pas et qui empêche de périr. Dans le pain humain il y a la joie, l’effort et l’amour humain, dans le pain divin il y a la joie, l’effort et l’amour divin, qui nous fait vivre l’Eucharistie. Et vivre l’Eucharistie ne signifie pas seulement « remercier », mais également partager.

Quand le cœur de l’homme est alimenté avec le Pain du Ciel, ce cœur fait en sorte qu’il y ait du pain pour tous.

Dieu nous nourrit et à travers nous nourrit le monde. En nous nourrissant de lui-même, le Christ fait une action de Dieu. Il offre des bouchées de vie aux crampes de notre faim : celle du corps et celle du cœur que le pain de la terre ne peut rassasier. Nous, pauvres êtres humains, nous cherchons un pain qui ne fasse pas mourir : le Pain du Ciel, la nourriture de l’âme. En faisant la communion, nous « épaississons » la Vie, et nous sommes rassasiés d’amour.

L’important est de comprendre que ce Pain est un don immense qui vient d’un Dieu qui ne demande pas, mais donne, qui ne prétend pas mais offre, qui n’exige rien, mais donne tout. Non seulement Il donne quelque chose, mais Il se donne lui-même.

Avec l’Eucharistie, notre vie sur terre et notre vie au ciel se croisent, et en nous entre un courant d’amour qui fait fleurir les racines du cœur.

Par conséquent, la chose la plus urgente à faire pour chaque chrétien est de communier fréquemment et de « dépenser » son temps quotidien à recueillir les fragments du Pain céleste, qui sont aussi dans la Parole et dans les sacrements, afin de pouvoir les semer – à leur tour – continuellement dans les champs du monde.

Notre vie a besoin de devenir Eucharistie, qui veut dire merci, mais c’est un merci spécial, car à l’œuvre de l’homme se joint l’amour de Dieu, qui rend le cœur juste en le remplissant de miséricorde. Pour qu’il y ait justice parmi les hommes, doit d’abord germer dans les cœurs la justice miséricordieuse que ne peut grandir sans la nourriture vitale du Pain de Vie.

Sans ce pain, l’homme ne vit pas dans la vérité et dans l’amour. Il utilise toute la création pour se détruire. En partageant le pain eucharistique nous pouvons partager l’autre pain en apportant le Christ au pauvre, qui aspire à la nourriture mais aussi à l’amour.

2 – L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qui l’a envoyé (Jn 6, 29).

Dans le premier paragraphe, j’ai donné des éléments de réflexion pour comprendre l’affirmation du Christ : « Je suis le Pain de Vie », mais il y a une autre phrase de l’Évangile d’aujourd’hui qui est utile pour bien comprendre : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qui l’a envoyé » (Jn 6, 29).

Parmi les divers débats sur la croyance et la pratique, sur la moralité et la justice, l’Évangile d’aujourd’hui est comme si on demandait : « Nos œuvres ‘en qui’ sont-elles faites ? Dans l’Évangile de Jean foi et œuvres coïncident presque : l’œuvre par excellence, en effet, c’est croire. C’est l’œuvre « faite en Dieu » qui ouvre la porte de la vie à la lumière. Croire, c’est avoir confiance en Jésus Christ. Croire, c’est demeurer dans le Seigneur. Tout dans l’évangile de Jean conduit à une relation d’intimité avec Jésus. Voir c’est croire, et croire c’est être profondément et indissolublement uni à Lui. Croire en Jésus Christ coïncide avec le fait d’être en Lui.

Saint Augustin explique à ce propos : « Jésus n’a pas dit de le croire ni de croire ce qu’on dit de lui, mais de croire en lui…. Donc, si nous voulons accomplir l’œuvre de Dieu, puisque l’œuvre de Dieu consiste effectivement en ceci : croire en celui qui justifie l’impie ». Puis Saint Augustin ajoute : « Le Seigneur ne voulait pas distinguer la foi des œuvres, mais il a défini la foi elle-même comme une œuvre. Car la foi c’est agir par le biais de l’amour (cf. Ga 5, 6) ». Que notre œuvre consiste à croire au Christ avec une confiance aimante et un abandon total, et à nous nourrir de Lui. Jésus, le vrai pain de vie qui étanche notre soif de sens et de vérité, ne peut « se gagner » par le travail humain. Il ne vient à nous que comme un don de l’amour de Dieu, comme une œuvre de Dieu à demander et à accueillir.

Un exemple de vie eucharistique laborieuse, c’est-à-dire d’une vie passée à remercier Dieu et partager chastement Son amour avec son prochain, nous vient des Vierges consacrées.

La consécration virginale reçoit son sens de la référence au Christ, vivant et présent dans le sacrement de l’Eucharistie. Comme le Pape émérite Benoît XVI l’a enseigné en écrivant : « En plus du lien avec le célibat sacerdotal, le Mystère eucharistique a aussi un rapport intrinsèque avec la virginité consacrée, en tant qu’elle est expression du don exclusif de l’Église au Christ, qu’elle accueille comme son Époux avec une fidélité radicale et féconde. Dans l’Eucharistie, la virginité consacrée trouve inspiration et nourriture pour sa donation totale au Christ » (Sacramentum caritatis, n. 81).

Recevant le Christ comme inspiration et nourriture, la Vierge consacrée se nourrit quotidiennement de l’Eucharistie. Et, fortifiée par cette nourriture spirituelle, elle rend l’amour conjugal du Christ en priant Dieu et servant les plus petits. Et à cet égard, l’Ecclesiae Sponsae Imago, la récente Instruction de la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique, propose : « Au centre de leur existence, elles mettent l’Eucharistie, sacrement de l’Alliance sponsale d’où jaillit la grâce de leur consécration » (n.32)

Ces femmes consacrées témoignent que dans l’Eucharistie ont lieu deux faits miraculeux. Le premier est le miracle du pain et du vin qui devient le corps et le sang du Christ (transsubstantiation). Le second est ce qui fait de nous « un sacrifice vivant qui plaît à Dieu », qui nous unit au sacrifice du Christ qui est un sacrifice de communion pour le salut et la joie du monde.

Dans le pain et le vin consacrés, non seulement le Christ s’offre lui-même, mais nous aussi en nous transformant (mystiquement, pas réellement) en Lui. Il nous donne à nous aussi la valeur de son don d’amour au Père. Nous sommes aussi dans ce pain et ce vin : « Dans ce qu’elle offre, l’Église s’offre elle-même » (Saint Augustin d’Hippone).

Certes, la Vierge Marie est la vierge la plus eucharistique de toutes les femmes. Celle-ci n’était pas présente à la dernière Cène, mais le Vendredi Saint, c’est elle qu’il l’accueillit dans ses bras et déposa le corps de son Fils, détaché de la croix, sur ses genoux. Je crois qu’elle s’est dit : « Ceci est mon corps ». Et elle continua à croire au Fils de Dieu. Si sa foi a donné chair au Verbe de Dieu le jour de l’Annonciation à Nazareth. Si cette foi accrue nous accepta comme ses enfants. Cette foi du Vendredi Saint avec ces mots « ceci est mon corps » l’a unie encore plus profondément au sacrifice de son Fils et avec lui elle est devenue une offrande agréable à Dieu pour le salut du monde. Que les vierges consacrées prennent exemple de la Mère de Dieu, et nous exemple de ces Vierges, et notre Eucharistie sera célébrée et vécue en vérité et sainteté.

Ceux qui croient en Jésus Christ réalisent l’œuvre de Dieu. La Vierge l’a fait : en disant toujours oui dans une foi totale, elle a réalisé l’œuvre de Dieu et a donné la chair qui est devenue le Pain de Vie. Les Vierges consacrées, et nous avec elles, imitons-la « en pratiquant la justice, en aimant la pitié, en marchant humblement avec notre Dieu » (cf. Mic 6, 8).

Traduction d’Océane Le Gall

 

Lecture patristique

Théophylacte (v. 1050 – 1109)
Commentaire sur l’évangile de Jean (PG 123, 1297-1301)

Au désert, nos pères ont mangé la manne. Comme dit l’Écriture: Il leur a donné à manger le pain venu du ciel (Jn 6,31).

Ainsi les Juifs veulent-ils pousser Jésus à accomplir lui-même un prodige semblable qui aurait pour effet de leur procurer une nourriture corporelle et, en raison de leur extraordinaire gloutonnerie, ils lui rappellent la manne.

Que leur répond donc l’infinie Sagesse de Dieu, Jésus notre Seigneur? Voici: Ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain (Jn 6,32), ce qui revient à dire: « Moïse ne vous a pas donné le vrai pain, mais tout ce qui s’est passé alors était la figure de ce qui arrive aujourd’hui. Moïse était la figure de Dieu, le vrai chef des Israélites spirituels. Ce pain était ma propre image. Étant descendu du ciel, je suis la vraie nourriture et le pain véritable. » Il se déclare « pain véritable », non que la manne eût été une chose trompeuse, mais parce que cette figure était aussi une ombre, non la réalité même.

Assurément, ce pain qui est Vie par nature, du fait qu’il est le Fils du Père vivant, accomplit l’œuvre qui lui est propre, car il vivifie tout. Comme le pain qui vient de la terre conserve e la fragile substance de notre chair et prévient sa destruction, de même le Christ, lui aussi, vivifie l’âme par l’action de l’Esprit, et en outre il préserve le corps même en vue de son incorruptibilité. Car le Christ a fait don à l’humanité de la résurrection d’entre les morts et de l’immortalité des corps.

Et Jésus leur dit: Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif (in 6,35). <> Il n’a pas dit: « Le pain qui vous alimente », mais « le pain de la vie ». En effet, après que la mort eût mené tous les êtres à leur perte, le Christ, qui est le pain, nous a vivifiés par lui-même. Nous croyons en effet que le levain de la pâte humaine a été cuit au feu de sa divinité. Il est le pain, non de cette vie ordinaire, mais de la vie transformée à laquelle la mort ne met pas de fin.

Si quelqu’un croit en ce pain, il ne connaîtra pas la faim, cette faim qui torture celui qui n’écoute pas la parole de Dieu, et il ne connaîtra pas la soif spirituelle de celui qui n’a pas reçu l’eau du baptême ni la sanctification de l’Esprit. L’un n’a pas été baptisé: manquant du rafraîchissement de l’eau sainte, il éprouve la soif et une grande sécheresse. L’autre a été baptisé: il possède l’Esprit et jouit sans cesse de son réconfort.

 


Commentaire des lectures de la messe du XIXème Dimanche du Temps Ordinaire (Année B), 12 août 2018
Le Christ est nécessaire comme le pain. Le pain descendu du Ciel pour porter en Ciel
1) Faim de ciel.

Dans l’évangile de ce XIXe dimanche du Temps Ordinaire, Jésus dit à la foule : “Je suis le pain descendu du Ciel”. Et les gens objectent : « Celui-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire maintenant : “Je suis descendu du ciel” ? » (Jn 6, 41s). La surprise et l’incrédulité des auditeurs du Messie, dont les mots sont “durs”, sont grandes.

Aujourd’hui le Christ nous adresse ces mots et il nous rappelle qu’il est le Pain pour la faim de notre cœur et que chaque Eucharistie, comme celle que nous célébrons aujourd’hui, ne peut pas être réduite à un simple acte de culte, mais elle est un don immense de la vie de Dieu. Elle est un cadeau qui est nous donné à travers le pain, afin que dans notre vie nous aussi devenons du pain pour la faim des frères.

Le Christ est le Pain.

Pourquoi?

Parce que la faim est l’exigence constante et incontournable qui fait partie de la définition de l’homme, qui est une structure de demande. La personne humaine est un être qui a faim et soif. Elle est un être non autosuffisant, dont l’existence a besoin d’être constamment alimentée, au niveau physique par l’air pour respirer, par la nourriture et par les boissons matérielles, et au niveau spirituel par le savoir, par la joie, par l’amour. L’être humain reçoit la vie de l’extérieur de lui : de l’extérieur il reçoit ce qu’il lui faut pour vivre, ce qui manque à son existence, à son développement, à sa santé, à son bonheur. Pour cela il désire, étudie, souffre, prie, espère : il attend, car il est toujours tendu vers quelque complément qui le soutienne et qui le fasse vivre en plénitude, et, si possible, qui le fasse vivre pour toujours.

Mais sur la Terre il n’y a pas de pain qui donne l’immortalité. Pour cela le Christ est descendu du Ciel, pour assouvir cette faim de Ciel. Le Christ est le pain extraordinaire, qui assouvit la faim extraordinaire, démesurée de l’homme, capable et désireux de s’ouvrir à des aspirations infinies (Cfr. S. Augustin d’Hippone, Confessions, 1,1).

De nombreuses personnes, parmi lesquelles nous aussi souvent y sommes, sont tentées de penser qu’en réalité le Christ ne correspond pas aux besoins, aux désirs, aux destins de l’homme. Surtout l’homme moderne, qui souvent se leurre d’être né par d’autres aliments supérieurs que celui divine, et il essaie de s’assouvir de choses infinies et pas de l’Infini, qui dans le Christ a montré son bon visage, bon comme le pain.

Ce pain n’est pas seulement la nourriture pour notre cœur, mais un soutien à la charité pour les frères, notamment ceux qui ont besoin d’aide, de compréhension, de solidarité. Le Christ est le pain de la vie. Le Christ est nécessaire, pour chaque homme, pour chaque communauté, pour chaque fait vraiment social, c’est à dire fondé sur l’amour et sur le sacrifice de soi, pour le monde. Le Christ est nécessaire comme le pain.

2) Marie et l’Eucharistie.

Le fait que dans quelques jours, le 15 aout, l’Eglise nous fasse célébrer la solennité de l’Assomption me donne l’idée de montrer le lien entre Marie assumée en Ciel et l’Evangile de ce XIXe dimanche, dans lequel le Christ dit : “Je suis le pain vivant descendu du Ciel” (Jn 6,51). La Vierge a été « assumée » en Ciel duquel son Fils était « descendu ». Naturellement ce langage, qui est biblique, exprime en termes figurés quelque chose qui ne rentre jamais complètement dans le monde de nos concepts et de nos images.

Mais méditons un instant sur qu’est-ce que cela veut dire parler de “ciel” au niveau spirituel et existentiel. Le Messie se présente comme le vrai pain descendu du Ciel. Le Christ est le pain capable de maintenir en vie pas seulement pour un moment ou pour un trait de chemin, mais pour toujours. Il est la nourriture qui donne la vie éternelle, parce qu’il est le Fils unique de Dieu, qui est dans le sein du Père qui est dans les cieux. Le Verbe de Dieu est venu des cieux pour donner à l’homme la vie en plénitude, pour introduire l’homme à la vie du ciel. Le Verbe s’est fait chair pour se donner à nous comme pain. Il est le vrai pain, c’est à dire la nourriture qui contient la vie de Dieu et il est capable de la communiquer à celui qui mange de Lui, la vraie nourriture qui donne la vie : “si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie” (Jn 6,51).

Mais de qui le Fils de Dieu a pris sa “chair”? Il l’a prise de la Vierge Marie. Le Verbe de Dieu a assumé d’Elle le corps humain pour entrer dans notre condition terraine. De sa part, à la fin de l’existence sur terre, le corps de la Vierge a été assumée en ciel de la parte de Dieu et fait entrer dans la condition céleste. C’est un échange merveilleux, dans lequel Dieu prend toujours l’initiative, mais il a également besoin (il serait plus juste de dire qu’il veut avoir besoin) de Marie, de l’ « oui » de la créature, de sa chair, de son existence concrète, pour préparer la matière de son sacrifice : le corps et le sang, à offrir sur la Croix comme instrument de vie éternelle et, dans le sacrement de l’Eucharistie, comme nourriture et boisson célestes. Grace à l’ « oui » de la Vierge, Jésus a un corps, qui pour nous est pain vivant pour alimenter notre cœur, et un sang, qui pour nous est de l’eau vivante qui étanche la soif de notre esprit.

Par l’intercession de Marie et sur son exemple, nous accueillons le Christ et mettons à sa disposition notre cœur, notre corps : notre existence entière (notre chair, comme l’Evangile le dirait) pour qu’il puisse habiter dans le monde.

Le premier tabernacle qui l’a accueilli fut la Vierge. « L’ancien tabernacle, l’arche de l’Ancienne Alliance était faite par des bois précieux laminés d’or. Le tabernacle de la nouvelle loi, Marie, l’immaculée Mère de Jésus et notre Mère, Dieu l’a créé sans péché pour qu’elle reçoive la Pureté vivante et essentielle » (Marthe Robin). Comme la Vierge l’a fait, unions-nous au Christ dans le sacrement de l’Eucharistie, Pain rompu pour la vie du monde, pour être comme Elle, des tabernacles vivants.

Adorons le Christ comme sa Mère l’a fait. Après qu’il a monté au Ciel, elle « adorât son Fils sous la forme du pain, comme elle l’avait adoré pendant tout son ministère publique, et dans le divine Crucifix du Calvaire » (Marthe Robin).

Quand nous faisons la Communion, nous disons oui (=amen) au Christ comme Marie l’a dit et le Verbe de Dieu descend dans notre cœur, comme il est descendu sous celui de sa Mère.

Autrement mais réellement, ce qui s’est passé en Marie vaut également pour chacun de nous, car Dieu demande à chacun de nous de l’accueillir, de mettre à sa disposition notre cœur et notre corps, notre existence entière, notre chair – dit l’Evangile -, pour qu’il puisse habiter dans le monde.

Prions la Sainte Vierge Marie, assumée en ciel, pour qu’elle nous aide à nous nourrir toujours et avec la foi du Pain de vie éternelle pour expérimenter déjà sur terre la joie du Ciel.

La vie eucharistique des Vierges Consacrées témoigne que cette prière est exaucée.

Et le Ciel commence ici sur Terre car la fête de Dieu commence ici : c’est le mystère de foi, d’espoir et d’amour, qui se célèbre dans la vie et dans la liturgie, notamment eucharistique, et s’exprime dans la communion fraternelle et dans le service pour l’autre, grâce à la force de ce Pain de la Vie qui est donné à l’humanité pour son chemin de charité.

Lecture Patristique

Eutychius de Constantinople (ca 512 – 582)
Sur la Pâque et la très sainte Eucharistie, 2-3

(PG 86/2, 2393-2396)
J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir (Lc 22,15). Assurément, la Pâque que Jésus a mangée avant de souffrir était, de toute évidence, une Pâque sacramentelle: elle n’aurait pas été appelée Pâque sans sa passion. Il s’est donc immolé sacramentellement lorsque, de ses propres mains, il prit le pain à la fin du repas, il l’éleva et le rompit, en s’unissant lui-même intimement à l’élément sacramentel.

De même, il remplit la coupe du produit de la vigne, il rendit grâce et l’éleva vers Dieu le Père. Il dit: Prenez, mangez et Prenez, buvez. Ceci est mon corps et Ceci est mon sang (Mt 26,26-27). Donc quiconque reçoit une partie de ces éléments, reçoit en entier le saint corps et le précieux sang du Christ. Et en raison de son union intime avec ces éléments, le Christ se partage entre tous ceux qui communient, mais sans se diviser.

Ainsi en va-t-il d’un sceau qui transmet toute son empreinte et toute sa forme aux matières sur lesquelles il est apposé. Il reste unique, sans subir de diminution après avoir été apposé ni d’altération par les objets, si nombreux soient-ils, sur lesquels il a laissé sa marque.

Ainsi un son produit par la bouche humaine se propage-t-il dans l’air en restant tout entier en celui qui l’a émis. Il se répand dans l’air, pénètre tout entier dans les oreilles de tous, et un auditeur n’en perçoit pas une part plus grande ou moins grande qu’un autre. Mais il parvient à tous dans sa totalité, sans être divisé ni altéré, lors même qu’il est entendu par des milliers de personnes. Le son n’est pourtant qu’un phénomène matériel, puisqu’il ne se compose de rien d’autre que d’une vibration de l’air.

Que personne donc ne suppose qu’après le sacrifice sacramentel et la sainte résurrection du Seigneur, son corps et son sang incorruptibles, immortels, saints et vivifiants, présents dans les éléments sacramentels grâce aux rites sacrés, fassent moins sentir leur efficacité propre que les choses que nous venons de prendre comme exemples. Il faut tenir au contraire que son corps et son sang sont présents tout entiers dans tous les éléments sacramentels. Car la plénitude de la divinité du Verbe de Dieu habite corporellement, c’est-à-dire réellement, dans le corps même du Seigneur. Quant à la fraction de ce pain précieux, elle signifie la mort sacramentelle du Seigneur. Aussi a-t-il déclaré qu’il désirait cette Pâque, parce qu’elle nous procure le salut, l’immortalité et la parfaite connaissance.

 


Commentaire des lectures de la messe du XXème Dimanche du Temps Ordinaire (Année B), 19 août 2018
Manger le Pain du Ciel pour être capables d’aimer comme nous sommes aimés
1. Le pain du ciel à manger et à partager.

En ce XX dimanche du Temps Ordinaire la liturgie nous fait écouter encore l’Évangile de Saint-Jean, en proposant la suite du chapitre 6, entièrement centré sur l’Eucharistie. Les dimanches précédents nous avons contemplé le don du pain que Jésus fait sur la rive du lac de Tibériade, où les gens sont repus de leur faim et il reste douze paniers pleins. De cette manière, nous avons vu que les gens cherchent le Messie parce qu’ils veulent du pain. Le Christ explique que l’important n’est pas le pain de la terre. Le vrai pain qu’il souhaite donner c’est Lui-même, le Pain du Ciel qui nous met en communion avec le Père et nos frères.

Ce pain donne la vie éternelle. Il est la vie éternelle qui est de demeurer en Dieu, en paix et dans la joie. Même aujourd’hui le Christ dit : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde… il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement » (Jn 6, 51.58).

En affirmant cela, Jésus va au cœur de son enseignement sur le pain de la vie et dévoile que quiconque croit en Lui, le Messie envoyé par le Père, non seulement professe la foi en lui, mais s’en nourrit et vivra pour toujours.

Dans toute l’histoire, plus ou moins récente, des « experts » ont enseigné que Jésus ne pensait qu’en termes symboliques et qu’il ne s’agissait pas de son propre corps, mais seulement du pain qui symbolisait son corps. Il s’agit d’une fausse interprétation. Jésus parle très clairement et il utilise le verbe « manger », le même verbe qui est utilisé pour un déjeuner sur terre.

Lorsqu’ils entendaient parler le Christ de cette façon et qu’ils auraient dû manger son corps, ses disciples ont été troublés, et seulement eux… ils se sont presque scandalisés. Probablement, nous aussi nous nous serions scandalisés si nous n’avions pas eu l’expérience du Christ ressuscité, avec son vrai corps et le Magistère de l’Eglise qui nous propose constamment cet enseignement du Christ.

Grâce à la liturgie de ce dimanche, encore aujourd’hui le Seigneur nous manifeste son désir, qui est ancien mais ne s’est jamais éteint, de vivre parmi les hommes qu’il aime, et de se faire notre vraie nourriture céleste mais pas moins réelle que celle sur terre. Jésus n’est pas comme la manne du désert, il est la vraie manne du ciel pour que notre vie trouve la plénitude, une plénitude que nous ne pouvons trouver qu’en Lui.

On peut alors se demander : « Quelles sont les conditions nécessaires pour manger ce pain plein de vie ? ». La première condition est de cultiver en nous la faim de Dieu. Seul celui qui n’étouffe pas le désir de Dieu est en mesure de répondre à l’invitation du banquet céleste et peut être nourri par Dieu. La deuxième condition est d’avoir un cœur contrit, qui mendie la vie et la nourriture qui la nourrit, en demandant le pardon pour l’avoir cherchée si loin de Lui et pour avoir cherché à satisfaire la faim de l’infini en nous remplissant d’une infinité de choses.

Prions le Seigneur qui par l’Eucharistie nous met en mesure de mener une existence dans laquelle nous sommes toujours témoins de la vérité de ces paroles, et de vivre en lui, pour lui, à cause de lui.

Prions, enfin, afin qu’ensemble, tous les chrétiens, nous soyons capables de recevoir Jésus dans le pain eucharistique, mais aussi dans le malade, dans l’indigent, dans le pauvre, dans le souffrant et dans tous les frères et sœurs en humanité.

2. Mots qui font discuter. Pourquoi ?

La scène de l’Evangile décrite aujourd’hui est dramatique. La réaction de l’auditoire après avoir entendu Jésus leur dire qu’il veut se donner, est de discuter durement entre eux. Les personnes se disputent mais en fin de compte c’est au Christ et à ses paroles qu’ils s’opposent. Pour les Juifs qui écoutent le Christ dans la synagogue de Capharnaüm il y a une barrière insurmontable, la chair de Jésus.

Tous croient le connaître. Ils l’ont vu grandir et ils savent tout sur sa famille. Jésus de Nazareth a la même histoire qu’eux. Un comme eux ne peut pas les sauver. Le corps de Christ est fait de chair comme la leur, il ne peut pas donner la vie. Leurs yeux, leurs pensées, leurs cœurs s’arrêtent sur le seuil de la maison, ils ne peuvent pas entrer. Ils demeurent à la surface des choses et ne comprennent pas que le don est Jésus. Bien sûr, c’est un don qui dépasse toute imagination : c’est le Don de Soi même, comme nourriture de la Vie.

C’est un don que les juifs ne peuvent pas comprendre, accueillir… ils discutaient vivement – et nous ?

Nous aussi nous avons du mal à comprendre comment la chair de Christ peut être la nourriture de l’esprit. Nous pouvons comprendre assez facilement le caractère extraordinaire d’un miracle qui guérit le corps. Nous pouvons comprendre cette grâce particulière qui, par le sacrement de la Confession, nous aide à saisir la grandeur du cœur de Dieu. Ce cœur qui nous donne sa miséricorde sans compter, en créant en nous le désir de la conversion, en effaçant nos péchés.

Toutefois, comprendre et accepter la phrase du Christ selon laquelle « Celui qui mange ce pain vivra éternellement » était dur pour les disciples de ce temps et pour nous, disciples d’aujourd’hui, qui oscillons entre une Communion vécue de façon routinière et un éloignement de la Messe, en prétextant le manque de temps ou pensant que cela ne change pas notre vie.

Si le monde, et beaucoup parmi les chrétiens, ne connait pas la vérité et la beauté de la vie, c’est parce qu’il ne connaît pas et n’accepte pas le Pain de la Vie.

Faisons un examen de conscience pour voir quel est la place de l’Eucharistie dans notre vie. En ce Sacrément, Jésus dévoile un mystère merveilleux : Il est nourriture et vraie vie qui nous amène à vivre pour Lui, en Lui et avec nos frères aimés en Lui. Jésus Christ est le pain de la vraie vie « par lequel nous sommes déjà transportés et immergés du flux rapide du temps à la rive de l’éternité » (Paul VI, 5 juin 1969). L’Eucharistie n’est pas une simple dévotion, mais Dieu Lui-même qui se fait notre

a. Nourriture pour nous donner la force d’être des pèlerins dans le monde et de marcher dans l’exode de la vie

b. Remède pour soigner les blessures de la vie et

c. Ami pour converser avec nous comme il l’a fait avec les disciples d’Emmaüs, et notre boisson.

Faisons de nos eucharisties un temps et un espace d’authenticité et de foi, de beauté et de louange, afin que personne ne puisse se passer d’y participer.

Sur les tables de nos maisons il y a tout pour la vie du corps, sur la “table” de notre cœur mettons le pain nécessaire pour la vie de l’esprit : Jésus Christ. Lui est le seul Pain qui rassasie notre faim de félicité, d’infini, d’éternité, en nous accompagnant dans les épreuves de notre existence vers l’unique destination définitive : la Maison de Dieu.

Dans l’Eucharistie, en se donnant, le Fils de Dieu donne la paix et la joie au « métier de vivre » auquel nous sommes appelés.

En vivant comme femmes eucharistiques, les Vierges consacrés nous rappellent que le Christ Epoux dans l’Eucharistie c’est d’abord la Communion :

a. avec Lui qui est Dieu née de Dieu, Lumière née de la Lumière, Amour née de l’Amour, vivant, vrai, essentiellement et sacramentalement présent,

b. avec Lui qui est Agneau immolé pour notre salut, manne réconfortante pour la vie éternelle, ami, frère et – veuillez m’excuser si je le répète – époux avec lequel demeurer dans le cœur di Père.

Dans l’Eucharistie, les Vierges consacrés trouvent inspiration et nourriture pour leur plein dévouement au Christ. Grâce à l’Eucharistie, elles peuvent être fiels images de l’Eglise Epouse et témoignent que, s’il est vrai que l’Eucharistie est un grand mystère que l’esprit ne comprend pas, il est vrai aussi que l’on peut accueillir l’amour qui rayonne dedans, en vivant la vie de manière eucharistique, c’est-à-dire comme don du Corps de Christ reçu, comme remerciement d’être aimés par Lui et comme chaste partage de cet amour.

 

Lecture patristique

Théophylacte (ca 1050 – 1109)
Commentaire sur l’évangile de Jean

PG 123, 1309-1312.

Nous venons d’entendre cette parole : Si vous ne mangez pas la chair du Fils, vous n’aurez pas la vie (Jn 6,53). Lorsque nous participons aux divins mystères, il ne faut donc pas que notre foi chancelle, ni que nous cherchions à connaître la manière dont cela se fait. Car l’homme laissé à sa seule nature, j’entends celui qui obéit à des pensées purement humaines ou naturelles, n’accueille pas les réalités surnaturelles et spirituelles.

Ainsi ne comprend-il pas ce qu’est la nourriture spirituelle procurée par la chair du Seigneur. Ceux qui ne la reçoivent pas en communion n’auront aucune part à la vie éternelle, parce qu’ils n’auront pas reçu Jésus, qui est la vraie vie. Car la chair que nous mangeons n’est pas celle d’un être simplement humain, mais celle d’un Dieu. Unie à la divinité, elle est assez puissante pour nous déifier. Elle est aussi une vraie nourriture : son efficacité ne dure pas seulement quelques instants, et elle ne se décompose pas à la manière d’une nourriture passagère, mais elle est un secours pour la vie éternelle.

De même, la coupe du sang du Seigneur est une vraie boisson, car elle n’étanche pas notre soif pour un temps limité, mais elle préserve pour toujours de la soif celui qui la boit, et elle ne le laisse pas insatisfait. Comme le Seigneur l’a dit à la Samaritaine : Celui qui boira de l’eau que moi, je lui donnerai, n’aura plus jamais soif (Jn 4,14). En effet, quiconque recevra la grâce de l’Esprit Saint en participant aux divins mystères, ne souffrira ni de la faim spirituelle ni de la soif, comme ceux qui n’ont pas la foi.

Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi (Jn 6,56-57). Cette parole nous apprend à connaître le mystère de la communion. Ainsi celui qui mange la chair et boit le sang du Seigneur demeure-t-il dans le Seigneur, et le Seigneur en lui. Ainsi s’opère un mélange merveilleux et inexplicable, si bien que Dieu est en nous et nous en Dieu.

La parole que tu viens d’entendre ne te remplit-elle pas de crainte ? Nous ne mangeons pas Dieu purement et simplement, car il est impalpable et incorporel, et il ne peut être saisi ni par les yeux ni par les dents. Nous ne mangeons pas non plus la chair d’un être simplement humain, car elle ne pourrait nous être d’aucun secours. Mais depuis que Dieu s’est uni un corps selon une union ineffable, ce corps aussi est vivifiant. Non qu’il se soit changé en la nature divine – absolument pas – mais de la même manière que le fer rougi au feu reste du fer et dégage l’énergie du feu.

C’est ainsi que le corps du Seigneur, étant le corps du Verbe de Dieu, a aussi le pouvoir de donner la vie tout en restant un corps. De même que je vis par le Père, dit Jésus, c’est-à-dire de même que je suis engendré par le Père, qui est Vie, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi, en étant uni à moi, et pour ainsi dire transformé en moi, qui ai le pouvoir de donner la vie.


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