Nécessité de la prière insistante, sans se décourager
1) Nécessité de la prière.
En ce dimanche, les lectures de la Messe nous proposent un enseignement fondamental : la nécessité de prier toujours, sans se décourager
Mais, avant de chercher à comprendre comment il est possible prier toujours et sans relâche, il est utile répondre à cette question : « Qu’est-ce que c’est la prière ? »
Prier a la même racine de précaire. Cela signifie que nous pouvons avoir une chose seulement si nous la demandons et quelqu’un nous la donne. En effet, notre relation avec Dieu, comme avec les personnes, est toujours précaire. Toute relation est précaire : nous l’avons parce que nous la désirons, mais nous ne pouvons pas y prétendre, et, de plus, l’autre nous la donne gratuitement. Donc, en soi, la prière est l’acte fondamental de relation qui existe entre les personnes. En effet la première chose que l’on apprend aux enfants est celle de toujours demander et de toujours dire merci.
C’est pourquoi le Christ dit que « nous devons » toujours prier. Trop souvent, nous en avons assez de prier et nous avons l’impression que la prière n’est pas si utile à la vie, elle n’est pas très efficace. Nous sommes donc tentés de nous consacrer à l’activité, d’utiliser tous les moyens humains pour atteindre nos objectifs, et nous n’avons pas recours à Dieu. Jésus affirme au contraire que « nous devons toujours prier ».
Ce qui n’est pas prière, ce qui ne fait pas partie de la relation de grâce, dans la relation de don, est mort. Tout ce qui n’est pas obtenu par un amour priant, qui n’est pas donné pour un amour gratuit, est donné par l’égoïsme.
La prière constante fait de notre vie un don constant et nous établit dans une relation filiale constante avec Dieu, Créateur et Père. De plus, n’oublions pas que la prière n’a pas pour but d’informer Dieu de nos besoins qu’il connaît infiniment mieux que nous. Elle ne propose même pas de convaincre Dieu de consentir à la satisfaction de nos besoins, mais plutôt de faire coïncider notre volonté avec la sienne, afin que son amour ait dans notre amour une réponse de plus en plus parfaite.
La prière est un abandon, un abandon de nous-mêmes à Dieu le Père qui nous libère et nous fait renaitre. La prière que beaucoup considèrent comme un esclavage, est en vérité la consécration de notre liberté. En fait, à juste titre, elle signifie que nous ne sommes plus enfermés dans le déterminisme du monde physique et que nous sommes libérés de l’emprise impersonnelle des forces inconscientes, mais que nous sommes embrassés par une Présence vivifiante et soutenus par une tendresse infinie, avec la possibilité de pouvoir transformer sans cesse notre dépendance dans une offrande d’amour.
En bref, la prière est notre communion avec le Fils et avec le Père. Cette relation nous met en communion avec la création en tant que don, et avec les autres en tant que frères: c’est la vie humaine pleinement réalisée. C’est pourquoi nous devons toujours prier. Sans nous décourager si Dieu semble sourd et n’écoute pas notre prière. En fait, ce qu’il nous donne n’est pas important: il est important que nous restions avec lui et que nous confions en lui. C’est le vrai fruit de la prière
2) La prière doit être insistante.
La première lecture et l’Evangile de la Messe d’aujourd’hui nous présentent deux personnes qui « utilisent » la prière1: Moïse qui fait gagner la bataille aux hébreux et obtient de Dieu justice contre les ennemis parce qu’il prie avec insistance en gardant ses mains levées vers le Ciel, et la veuve qui obtient qu’un juge injuste lui rend justice, grâce à sa constance insistante.
Le récit évangélique d’aujourd’hui nous parle du Messie qui veut donner un enseignement sur la prière. Pour ce faire, il se sert de la figure d’une femme veuve qui était une personne presque marginée, pour la mentalité de ce temps-là. En effet, dans la Bible, on défend « les orphelins2 et les veuves3 », parce que ce sont les personnes les plus faibles et les plus vulnérables, les plus exposées à toute prépotence, à toute injustice : personne ne les défend. Jésus valorise cette pauvreté et raconte les ennuis de cette femme sans défense qui souffre d’injustices depuis longtemps ; mais elle ne se décourage pas et affronte un juge arrogant, un de ceux que le grand prophète Isaïe stigmatisait ainsi : « Malheur à ceux qui décrètent des décrets d’iniquité, qui écrivent des rescrits d’oppression, pour priver les faibles de justice et frustrer de leur droit les humbles de mon peuple, pour faire des veuves leur butin et dépouiller les orphelins » (Is.10, 1-2).
Avec une stupéfiante obstination, la voix de la veuve se lève contre l’arrogance de ce magistrat : « Rends-moi justice contre mon adversaire ! » (Lc 18,3).
Dans les paroles de cette femme, il y a l’extraordinaire force d’une « orante » qui veut rejoindre le but à tout prix. Il y a une insistance qui semble importune, ennuyante, mais elle est le signe d’une espérance qui ne meurt pas. C’est ainsi que le juge injuste arrive à dire : « Je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse me casser la tête » (Lc18, 5).
Si un homme injuste exauce une prière insistante, Dieu, le Juge juste exaucera infiniment plus une prière infatigable et tenace.
Donc, Jésus est interlocuteur, ami, témoin et maître pour ce qui concerne notre prière. Il nous apprend à prier, non seulement avec la prière du « Notre Père », mais aussi en nous montrant les dispositions requises pour une vraie prière, dispositions que Lui-même nous montre outre le contenu-même de la prière. Ces attitudes sont : « la pureté du cœur qui cherche le Royaume et qui pardonne à ses ennemis, la confiance audacieuse et filiale qui va au-delà de ce que nous ressentons et comprenons, la vigilance qui protège le disciple de la tentation.” (Compendium du Catéchisme de l’Eglise Catholique, n. 544).
Aujourd’hui, le Christ ajoute une autre disposition : l’insistance, et il demande aussi une chose apparemment impossible : celle de prier toujours.
Saint Thomas d’Aquin enseigne que le concours de ces quatre conditions suivantes est requis pour obtenir avec certitude ce que chacun de nous demande dans la prière : 1) que l’on prie pour soi-même, 2- que l’on demande des choses nécessaires pour se sauver et qu’on les fasse, 3- que l’on prie avec piété et 4- que l’on prie avec persévérance »4.
3) Il faut toujours prier.
En effet, l’enseignement selon lequel il faut prier avec une insistance persévérante est assez facile à comprendre et à mettre en pratique, mais l’affirmation du début de cet Evangile « Il faut toujours prier sans jamais se décourager 5 » (Lc 18,1) semble non seulement difficile mais pas praticable, elle ne semble absolument pas viable. Comme c’est Jésus-même qui le dit, nous n’osons pas dire qu’il nous est impossible de mettre en pratique cette indication parce que notre attention n’est pas capable de se concentrer pour un temps long dans une action6 si haute que la prière.
Il y a un psaume qui nous aide plus que d’autres à comprendre d’une façon substantielle comment nous pouvons prier toujours : c’est le psaume où le priant est présenté comme un petit enfant qui « accomplit l’action » de rester dans les bras de sa mère : « Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. Attends le Seigneur, Israël, * maintenant et à jamais. » (Ps 130 (131), 1-3). Cet enfant est la personne qui prie, c’est à dire qui met toujours son espérance dans le Seigneur, comme un enfant met toujours son espérance en son père et en sa mère.
La comparaison biblique est parfaite parce que la prière est aussi la plus simple, même si elle est l’action la plus haute et la plus sublime. De plus, elle est la plus naturelle, comme il est naturel pour le petit enfant de rester dans les bras de sa mère et de contempler toujours et avant tout le visage de celle qui le rassure. L’enfant se blottit dans les bras maternels qui l’entourent, l’accueillent, le protègent, lui donnent confiance et lui transmettent l’amour.
La prière simple et confiante est la certitude que le regard de Dieu est sur nous, comme celui de notre mère. Prier est faire l’expérience de l’amour de Dieu qui nous entoure comme les bras de celle qui nous a mis au monde, qui nous tient de ses mains et nous guide même quand il nous semble que nous sommes seuls.
Dieu répond avec son amour à notre geste de prière. Il nous prend dans ses bras avec tendresse quand nous sommes petits, il nous prend par la main quand nous grandissons, il nous relève quand nous tombons, et il nous met sur ses épaules quand les vagues de la vie semble nous submerger, il nous tend sa main et il nous sauve de la mort. Comme le Psaume d’aujourd’hui nous le rappelle : Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Qu’il empêche ton pied de glisser, qu’il ne dorme pas, ton gardien. Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d’Israël. Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage, se tient près de toi. Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper, ni la lune, durant la nuit. Le Seigneur te gardera de tout mal, il gardera ta vie. Le Seigneur te gardera, au départ et au retour, maintenant, à jamais. (Ps 120 (121) 2-8).
La prière est comme la respiration de la vie et exprime la certitude indubitable que Dieu est avec nous, est pour nous et nous somme la créature à Lui la plus chère. Donc la prière doit être faite toujours, constamment.
A l’objection qu’il est impossible prier toujours, je ne répondrais pas avec un discours, mais avec le conseil de n’être pas avars dans le donner du temps à Dieu, Plus nous prion et plus nous resterons dans la prière.
A qui lui demandait comment apprendre à prier la B. Mère Tersa de Calcutta répondait : « En priant ». Pour Saint Pio de Pietrelcina « prier toujours » était devenu « « chapelet toujours ». P. Luigi Giussani expliquait le « priez toujours » avec l’affirmation « priez plus que vous pouvez ». Le B. Stephan, frère laïque maronite, vit en répétant à soi-même et aux autre « Dieu te voit » : c’est à dire, il se sanctifia en vivant constamment dans la consciente certitude que Die a toujours son regard d’amour sur chacun être humaine.
Dans la tradition des Eglise d’Orient comme prière continuelle l’on utilise celle du mouvement monastique hésychaste7. C’est une prière étroitement liée à la prière du cœur. Elle est appelée la prière de Jésus et consiste dans le dire le plus fréquentèrent possible « Seigneur Jésus, Fils de dieu, aies pitié de moi pécheur ».
Cette manière di prier utilisant la prière « Seigneur Jésus, Fils de dieu, aies pitié de moi pécheur » comme jaculatoire si fréquente de la faire coïncider avec le souffle du corps est particulièrement pratique et est, selon la théologie spirituelle orientale, nécessaire si non indispensable pour l’efficacité de la prière. Cette manière est viable pour tous les chrétiens qui vivent avec piété et cherchent le salut, soient-ils moins ou laïques.
La prière est une relation. Prier signifie s’adresser à quelqu’un ; c’est vivre ce rapport, un rapport qui devient de plus en plus grand, intime et vrai, jusqu’à nous transformer en Celui Qui nous prions, jusqu’à devine une seule chose avec le Christ.
A cette tache le Vierges consacrées sont appelées quand l’Evêque prie sur elle pendant la prière de consécration : « Qu’elles brûlent de charité et n’aiment rien hors de Toi … En Toi elles possèdent tout parce que c’est Toi qui elle préfèrent à tout » (Rite de la consécration des Vierges, n. 24). Ces femmes sont appelées à donner témoignage de fidélité à la prière personnelle et liturgique afin que nous ne nous laissions pas prendre par l’activisme vertigineux.
Avec l’exemple d’une prière non épisodique, mais constante, pleine de confiance en Dieur-Amour « qui concède ce qu’il nous fait demander » (Saint Anselme), les Vierges consacrées communiquent aux personne qui sont leur prochaines, à ceux qui elles rencontre en paroisse ou au travail la joie de la rencontre constante avec le Saigneur, lumière de l’existence du monde entier.
Avec leur fidélité à la vie de prière ces personnes consacrées aident les autre à y s’en cheminer : aussi pour la prière chrétien est vrai que, en cheminant, s’ouvrent des chemins de vérité et d’amour infinis, dont le sommet est la relation de communion qui se fait prière.
Lectures Patristiques
Saint Jean Chrysostome :
“La prière humble et insistante”
Une Cananéenne s’approcha de Jésus et se mit à le supplier à grands cris pour sa fille qui était possédée par le démon… Cette femme, une étrangère, une barbare, sans aucun lien avec la communauté juive, qu’était-elle sinon une chienne indigne d’obtenir ce qu’elle demandait ? « Il n’est pas bien, dit Jésus, de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. »
Pourtant, sa persévérance lui a mérité d’être exaucée. Celle qui n’était qu’une chienne, Jésus l’a élevée à la noblesse des petits enfants ; bien plus, il l’a comblée d’éloges. Il lui dit en la renvoyant : « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux » (Mt 15,28).
Quand on entend le Christ dire : « Ta foi est grande », on n’a pas à chercher d’autre preuve de la grandeur d’âme de cette femme. Vois comme elle a effacé son indignité par sa persévérance. Remarque également que nous obtenons davantage du Seigneur par notre prière que par la prière des autres.
Homélie « Que le Christ soit annoncé », 12-13; PG 51, 319-32
DES CONFESSIONS DE SAINT AUGUSTIN
Notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi.
Tu es grand, Seigneur, et très digne de louange ;
ta puissance est grande, et ta sagesse, infinie.
Pourtant l’homme veut te louer, l’homme qui n’est qu’un fragment de ta création,
l’homme qui porte partout avec lui sa mortalité,
qui porte avec lui le témoignage de son péché et qui témoigne que tu résistes aux superbes.
Cependant, fragment quelconque de ta création, l’homme veut te louer.
C’est toi qui l’excites à chercher sa joie dans ta louange,
parce que tu nous as faits pour toi, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi. Donne-moi, Seigneur, de savoir et de comprendre si l’on doit d’abord t’invoquer, ou te louer ;
si l’on doit d’abord te connaître, ou t’invoquer. Mais qui peut t’invoquer sans te connaître ?
Celui qui t’ignore peut toutefois invoquer autre chose au lieu de toi.
Ou plutôt, n’es-tu pas invoqué afin d’être connu ?
Mais comment invoquer celui en qui l’on ne croit pas ?
Et comment croira-t-on, s’il n’y a pas de prédication ? Ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent .
Ceux qui le cherchent le trouveront, et ceux qui le trouvent le loueront.
Que je te cherche, Seigneur, en t’invoquant, et que je t’invoque, en croyant en toi !
Car tu nous as été révélé par la prédication. Elle t’invoque,
Seigneur, cette foi que tu m’as donnée, cette foi que tu m’as inspirée par l’humanité de ton Fils, par le ministère de ton prédicateur. Et comment invoquerai-je mon Dieu, mon Dieu et mon Seigneur ?
Quand je l’invoquerai, je l’appellerai à venir en moi.
Mais y a-t-il en moi une place où mon Dieu puisse venir ?
où Dieu puisse venir en moi, ce Dieu qui a fait le ciel et la terre ?
Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, il y a en moi quelque chose qui puisse te contenir ?
Est-ce que le ciel et la terre que tu as créés, et dans lesquels tu m’as créé, peuvent te contenir ?
Ou bien, parce que rien de ce qui existe n’existerait sans toi, s’ensuit-il que tout ce qui existe te contienne ? Puisque moi-même j’existe, puis-je te demander de venir en moi, moi qui n’existerais pas si tu n’existais pas en moi ?
Je ne suis pas encore arrivé dans le séjour des morts, et pourtant, tu es là aussi.
Car si je descends chez les morts, tu es là.
Je n’existerais donc pas, mon Dieu, je n’existerais absolument pas, si tu n’étais pas en moi.
Ou plutôt, je n’existerais pas, si je n’étais pas en toi, toi de qui, par qui et en qui sont toutes choses .
C’est bien cela, Seigneur, c’est bien cela.
De quel côté crier pour t’appeler, puisque je suis en toi ? Et d’où viendrais-tu en moi ?
Où donc devrais-je me retirer, hors du ciel et de la terre, pour que, de là, vienne jusqu’à moi le Dieu qui a dit :
C’est moi qui remplis le ciel et la terre ? ~ Qui me donnera de me reposer en toi ?
Qui me donnera que tu viennes dans mon cœur pour l’enivrer,
afin que j’oublie mes maux et que je puisse étreindre mon unique bien, qui est toi ?
Qui es-tu pour moi ? Prends pitié de moi, pour que je puisse parler.
Que suis-je, moi-même, à tes yeux, pour que tu m’ordonnes de t’aimer et, si je ne le fais pas,
que tu sois irrité contre moi et que tu me menaces de terribles misères ?
Est-ce déjà une faible misère, si je ne t’aime pas ? Malheureux que je suis ! Dans ta miséricorde, Seigneur mon Dieu, dis-moi ce que tu es pour moi.
Dis à mon âme : C’est moi ton salut . Dis-le, que je l’entende.
Voici que l’oreille de mon cœur est à l’écoute devant toi, Seigneur :
fais qu’elle t’entende, et dis à mon âme : C’est moi ton salut .
Je veux accourir vers cette parole et te saisir enfin.
Ne détourne pas de moi ton visage . Que je meure, pour ne pas vraiment mourir, mais que je le voie!
Ma part, et l’espoir de mon coeur, c’est Dieu pour toujours. Jusqu’à leur mort les impies ne manquent de rien, avec les autres ils ne sont point frappés. Tous les gens de mon peuple courent derrière les infidèles, puisqu’il y pleut une abondance de biens. Qui s’éloigne de toi périra, Seigneur,pour moi, j’ai mon refuge auprès de toi.
Oraison
Seigneur notre Père, nous en appelons à ta providence qui jamais ne se trompe en ses desseins :
tout ce qui fait du mal, écarte-le, et donne-nous ce qui peut nous aider
1 Voir l’entrée prière dans le Dictionnaire critique de Théologie [Paris 2007 3ème édition] publié sous la direction de Jean-Yves Lacoste.
2 Du grec ὀρϕανός (orphanòs), du latin ŏrphănus, proche de l’étymologie du latin orbus c’est-à-dire « dépourvu« , celui dont les parents sont enlevés par la mort. Ce terme indique donc l’enfant sans famille, un petit être qui n’est de personne et dont personne ne se préoccupe.
3 Du latin viduus/a qui veut dire au sens propre “dépourvu”, c’est-à-dire être vide,, manquer de quelque chose ou de quelqu’un. Le terme grec χῆρος, –α, –ον [chéros] veut aussi dire “dépourvu, vide, manquant” et donc sans mari ou épouse. Par conséquent, “veuve” voudrait dire “elle est sans”, c’est-à-dire qu’il lui manque une partie. Maintenant, du moment que l’épouse est considérée comme telle si elle a son époux, sans époux elle n’est rien, la veuve est sans la chose qui la ferait être « épouse ».
4 Summa Theologica, IIa-IIae, q. 83, a 15 ad 2.
5 Dans le texte grec, on trouve ἐγκακεῖν (egkakeìn), qui signifie être complètement abattu, épuisé, très fatigué, donc mè egkakeìn se traduit par sans se fatiguer en italien et sans se décourager en français, mais pourrait se traduire littéralement par “sans se laisser abattre”.
6 J’ai écrit action et non pas discours, parce que la prière n’est pas seulement et simplement parler, mais est un travail (cfr. Divo Barsotti, La prière travail du chrétien, Milan, 2005, pp. 144).
7 Les Hésychastes pratiquent la prétendue prière de Jésus ou prière du cœur, qui consiste en la répétition incessante de cette formule, jusqu’à la faire coïncider avec le rythme de la respiration : “Seigneur Jésus Christ, fils de Dieu, ait pitié de moi pécheur ». A condition que nous nous mettions à l’abri des distractions et que nous conservions la paix de l’âme, cette pratique permet de nous rapprocher de Dieu et de s’unir à Lui.
L’hésychaste (du grec ἡσυχασμός hesychasmos, de ἡσυχία hesychia, calme, paix, tranquillité, absence de préoccupation) est une doctrine et une pratique ascétique diffusée par les moines de l’Orient chrétien depuis l’époque des Pères du désert (IVème siècle). Le but de l’hésychasme est la recherche de la paix intérieure, en union avec Dieu et en harmonie avec la création. Diffusé par Evagrio Pontico (IVème siècle) et par d’autres maîtres spirituels parmi lesquels, au cours du VIème siècle, se démarque Saint Jean Climaque, auteur de l’Echelle Sainte, la pratique de l’hésychasme est encore vive sur le Mont Athos et dans d’autres monastères orthodoxes. Sur le Mont Athos, elle reçut une impulsion décisive grâce à l’œuvre de Grégoire Palamas (mort en 1359) et dans les siècles suivants grâce aux écrits des théologiens et mystiques rassemblés dans la Philocalie.
Voire l’entrée hésychasme dans Dictionnaire critique de Théologie (Rome 2006 – [Paris 2007 3ème édition]) publié sous la direction de Jean-Yves Lacoste.
1) La prière doit être humble.
La liturgie de la Parole de Dimanche dernier nous a appris que la prière, pour être vraie, doit être pure, confiante, vigilante et constante. La liturgie d’aujourd’hui complète cet enseignement en soulignant que la prière est vraie lorsqu’ elle est humble.
Dans l’introduction du commentaire du « Notre Père » Saint Thomas d’Aquin écrit : « La prière doit être humble parce que Dieu ‘se tourne vers la prière de l’humble et ne méprise pas sa prière’ (Ps 101/102,18). Regarde aussi la parabole du pharisien et du publicain (Lc 18,10-14) et la prière de Judith : « Tu es le Dieu des humbles et le secours des délaissés » (Jdt 9,11). Cette humilité se trouve dans le « Notre Père ». En fait, nous avons une vraie humilité lorsque nous attendons tout de la puissance divine à laquelle nous adressons nos suppliques. »
Pour prier en vérité, il faut de l’humilité qui rend le cœur contrit et rapproche Dieu de l’homme, comme le dit le Psaume : « Dieu est proche de celui qui a le cœur meurtri, de celui qui sauve les esprits écrasés, de celui qui rachète la vie de ses serviteurs; il ne condamne pas celui qui se réfugie en lui » (Ps 33/34, 19 e 23).
Ce Psaume nous aide à bien comprendre la parabole du pharisien et du publicain (Lc 18, 9-11), qui nous est proposée ce dimanche et qui nous parle de la prière humble. Une humilité exprimée non seulement par les paroles du publicain mais aussi par l’attitude de cet homme qui se reconnaît comme pécheur. Lorsque nous prions, non seulement ce que nous disons au Seigneur est important, mais comment nous Lui parlons. Ce qui est important est « comment » nous vivons ce rapport avec Dieu.
Par conséquent, ce qui doit être corrigé et amélioré dans notre prière, ce ne sont pas les paroles que nous disons mais le mode de vivre notre relation avec Dieu. Peut-être en commençant notre moment de recueillement en disant : « Seigneur, avant de parler avec moi, pardonne-moi » (Antequam discutias mecum, Domine, miserere mei – Antienne ambrosienne).
Examinons brièvement les deux protagonistes de ce récit évangélique.
Commençons par le pharisien qui, d’après la mentalité courante, était considéré comme le vrai pratiquant. Cet homme observe scrupuleusement les pratiques de sa religion et a un grand esprit de sacrifice. Il ne se contente pas du strict nécessaire, mais fait plus. Il ne jeûne pas un seul jour par semaine, comme l’exigeait la loi, mais deux.
Mais le Christ dit que celui-ci n’est pas justifié, n’est pas sauvé. Pourquoi? Lui, il observe toutes les prescriptions de la loi et ne peut être accusé d’hypocrite, mais il commet l’erreur d’être sûr de sa propre justice. Il pense avoir du crédit envers Dieu : il n’attend pas Sa Miséricorde, il n’attend pas le salut comme un don gratuit, non mérité, mais plutôt comme une récompense due par le devoir accompli. Il dit : « Mon Dieu, je te remercie » et lui fait la liste de tout ce qu’il sait faire dans sa vie de pratiquant, en présentant à Dieu sa justice humaine. Il a perdu la dépendance originale et gratuite de Dieu qui est un père parce qu’Il nous aime et non parce qu’Il « doit » nous payer à nouveau ce que nous avons fait.
Mis à part ce « je te remercie » que le pharisien prononce au début de sa prière, le pharisien ne prie pas vraiment, il ne regarde pas Dieu, il ne se confronte pas avec lui-même, il n’attend rien de lui, ni il ne lui demande rien. Il se concentre sur lui-même et se confronte avec les autres en les jugeant durement.
Ce comportement ne reflète en rien la prière. Le pharisien ne demande rien et Dieu ne lui donne rien.
Passons maintenant au deuxième personnage de la parabole : un publicain qui se rend au Temple pour prier et dont l’attitude est l’inverse de celle du pharisien. Il s’arrête loin, se frappe la poitrine et dit : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis » [1](Lc 18,13). En se reconnaissant pécheur, il dit la vérité: il est à la solde des romains envahisseurs et païens, et il est avide de prélever des impôts. C’est certainement un pécheur mais il est conscient de l’être. Il a un besoin de changement et, surtout, sait qu’il ne peut rien exiger de Dieu. Il n’a pas à se vanter, rien à exiger. Il peut seulement demander. Il compte sur Dieu et pas sur lui-même. Cet homme a la tête basse mais le cœur est tourné vers le Haut, d’où il attend la Miséricorde.
La conclusion est claire et simple : le seul moyen correct de se mettre face à Dieu et dans la vie, c’est de sentir d’avoir besoin de son pardon et de son amour. Nous devons faire de bonnes œuvres mais il ne faut pas s’en vanter. Comme il ne faut pas nous mesurer avec les autres.
2) Le pardon recrée.
Donc, le publicain « rentra chez lui justifié. Il fut pardonné, non pas parce qu’il était plus humble et meilleur que le pharisien (Dieu ne se mérite pas, même avec l’humilité) mais parce qu’il s’ouvrit – comme une porte entrouverte au soleil- à un Dieu qui ne se mérite pas, mais qui s’accueille, à un Dieu qui, avec le pardon, recrée et rend le cœur du publicain innocent comme celui d’un enfant.
Comme Dieu a rendu « juste » le publicain pécheur, Il nous est « propice », nous qui sommes pécheurs. Sincèrement repentis, nous deviendrons « justes », c’est à dire réadmis dans l’amitié divine, rendus saints, purifiés, rendus à la vie de la foi.
Le pharisien est condamné. Pourquoi? Parce qu’il dit : « Je ne suis pas avide, injuste, adultère comme le reste des hommes » – et jusqu’ici, la généralité n’offense personne – mais il poursuivit « ou même comme ce publicain » ( Lc 18,11). De cette façon, il se mit contre son proche et lointain prochain en commettant l’injustice envers ce même prochain, et donc, envers Dieu qui avait dit : « Car c’est l’amour que je désire, et non les sacrifices, la connaissance de Dieu, plutôt que les holocaustes. » (Os 6,6) ; ce qu’Il avait confirmé à travers son Fils : « Allez apprendre ce que veut dire cette parole: c’est la miséricorde que je désire et non les sacrifices. » (Mt 9,13) et il avait insisté : « Si vous avez compris ce que veut dire cette parole : c’est la miséricorde que je désire et non les sacrifices. Vous n’aurez pas condamné ceux qui n’ont commis aucune faute car le fils de l’homme est maître su sabbat » (Mt 12,7).
Le péché du pharisien ne réside pas formellement dans la condamnation du frère, mais avant tout dans la cause de cette condamnation : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé » (Lc 18,14). C’est la même phrase déjà utilisée pour les invités orgueilleux qui voulaient occuper les meilleures places au festin (cfr Lc 14,11).
Imitons le Christ qui ne s’est pas exalté mais il s’est « vidé » de sa Divinité dans la plus grande des humiliations, celle de la Croix. Pour cette raison, Dieu l’a exalté au-dessus de tout autre nom (« Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix ». Phil 2, 5-8)
Les vierges consacrées sont appelées à vivre, d’une manière spéciale, cette humilité du Christ dans la prière et dans la vie. Ces femmes ont accueilli d’une façon particulière l’invitation du Sauveur : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et vous trouverez le repos ». (Mt 11,29).
Pourquoi l’humilité élève-t-elle l’homme à la hauteur de la sainteté, tandis que la présomption le précipite dans le gouffre du péché? Parce que celui qui se prend pour quelqu’un d’important devant Dieu est à juste titre abandonné par Dieu, puisqu’il pense ne pas avoir besoin de son secours. L’autre reconnaît son néant et, de ce fait, se tourne vers la miséricorde divine. Il trouve à juste raison la compassion, l’assistance et la grâce de Dieu. L’Écriture dit en effet: le Seigneur résiste aux orgueilleux, mais il accorde aux humbles sa grâce (cf. Pr 3,34 grec; Je 4,6; 1 P 5,5). “Selon la parole du Seigneur, quand ce dernier (le publicain) rentra chez lui, c’est lui qui était devenu juste et non pas l’autre. Qui s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé (Lc 18,14). Du fait que le diable est l’orgueil même, et l’arrogance son vice propre, ce mal conquiert puis entraîne avec lui toute vertu humaine à laquelle il se mêle. Pareillement, s’abaisser devant Dieu est la vertu des bons anges : elle triomphe également de tous les vices humains dont sont affligés les pécheurs. Car l’humilité est le char qui nous emmène vers Dieu, sur ces nuées qui doivent emporter jusqu’à lui ceux qui lui seront unis dans les siècles sans fin, selon la prophétie de l’Apôtre: Nous serons emportés, dit-il, sur les nuées du ciel à la rencontre du Seigneur. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur (1 Th 4,17). Car l’humilité est semblable à une nuée : elle prend corps dans le repentir, elle fait jaillir des yeux un torrent de larmes, elle rend dignes les indignes, elle conduit et unit à Dieu ceux qui, en raison de leur volonté droite, sont justifiés par la grâce.” (Grégoire Palamas († 1359) Homélie 2; PG 151, 17-20.28-29. Cette humilité rend les vierges consacrées spirituellement fécondes. Elles vivent de façon particulière l’Esprit de la Vierge Marie et » si, selon la chair, une seule fut la mère du Christ, selon la foi, toutes les âmes génèrent le Christ : chacune accueille en elle le Verbe de Dieu (Saint Ambroise de Milan, Exposition de l’évangile selon Luc, 2.26-27). Dans la prière d’envoi du rite de consécration, l’Evêque prie pour les nouvelles consacrées : « Jésus, notre Seigneur, fidèle époux de celles qui se sont consacrées à lui, vous donne, avec sa parole, une vie joyeuse et féconde » (Rituel de consécration des Vierges, n.77).
De cette façon, l’évêque les invite, et invite chacun de nous, grâce à leur exemple, à agir de façon à ce que dans notre cœur et dans notre vie, le Seigneur trouve sa demeure. Mais non seulement nous devons le porter dans notre cœur, mais nous devons l’« engendrer » et le porter dans notre temps et dans le monde entier.
Lecture Patristique
Saint AUGUSTIN médite la parabole de Jésus
sur le Pharisien et le Publicain
« Jésus dit encore, à l’adresse de certains qui se flattaient d’être des justes et n’avaient que mépris pour les autres, cette parabole :
“Deux hommes montèrent au Temple pour prier ; l’un était Pharisien et l’autre publicain.
Le Pharisien, debout, priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que j’acquiers.’
Le publicain se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel.
Mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis !’ Je vous le dis : ce dernier rentra chez lui justifié, l’autre non. Car tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. » (Lc, c18, 9-18
« Deux hommes montèrent au temple pour y prier, un pharisien et un publicain. Le pharisien disait : Je rends grâce, O Dieu, de n’être pas comme le reste des hommes ».
Il devrait dire au moins comme « beaucoup » d’hommes. Que signifie comme le reste des hommes, sinon comme tous les autres hommes exceptés lui ? Je suis donc juste, dit-il, les autres sont des pécheurs. « Je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont injustes, voleurs, adultères. »
Voici près de toi un publicain qui te donnera lieu de t’enfler davantage encore.
« Comme ce publicain », dit-il. Il fait partie du grand nombre, moi je suis seul de mon espèce. Je ne lui ressemble pas, grâce a mes œuvres de justice, qui me préservent de toute iniquité. « Je jeûne deux fois par semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède. »
Que demande-t-il donc à Dieu ? Qu’on examine ses paroles, et on ne le trouvera pas. Il est monté pour prier mais au lieu de prier Dieu il se loue. Il ne lui suffit pas même de ne pas prier et de se louer, il insulte celui qui prie.
« Le publicain se tenait éloigné », mais le Seigneur était tout proche ; les remords de sa conscience l’écartaient de Dieu, mais sa piété l’attachait à lui. Car le Seigneur est grand et il abaisse ses regards sur les humbles, tandis qu’il ne voit que de loin les orgueilleux ; il voit de loin ces orgueilleux (Ps 137,6), mais il ne les oublie pas.
Considère encore l’humilité du publicain. Non content de se tenir éloigné, « il ne levait pas même les yeux au ciel ». Pour être regardé, il ne regardait pas ; sa conscience le chargeait mais l’espérance le soulevait. Vois encore: « il se frappait la poitrine », aussi le Seigneur pardonnait-il à son aveu. « Seigneur, aie pitié de moi qui suis un pécheur ».
Voila un homme qui prie. Qu’y a-t-il d’étonnant que Dieu lui pardonne puisqu’il se reconnaît si bien ? Après avoir prêté l’oreille à la plaidoirie du Pharisien et du Publicain, écoute la sentence.
Après avoir vu l’orgueil dans l’accusateur, l’humilité dans l’accusé, écoute le Juge.
« En vérité, je vous le déclare – c ’est Dieu, c’est le Juge qui parle – ce Publicain sortit du temple justifié et non le Pharisien. »
Pourquoi, Seigneur ?
Parce que quiconque s’élève sera humilié et quiconque s’humilie sera élevé. »
[1] Le texte grec dit: “Ô Dieu, soit favorable à moi, pécheur.” Cette formule provient aussi des Psaumes (50,1; 78,9). Il s’agit de mots qui sortent d’un cœur contrit et humilié. Le publicain ne sait rien dire de plus, parce que devant la Présence Sainte, les mots manquent douloureusement. En outre, il sait que les mots ne lui seraient utiles en rien. Il s’en remet tout simplement à son Dieu, dans une anxieuse confiance, sachant qu’Il scrute les cœurs et les reins des hommes, comprend tout, et s’Il le veut, pardonne tout : Il réconcilie tout.