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Homélie du Prélat lors de la Messe in Cena Domini (13 avril 2017)

« Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême » (Jean 13, 1). Transportons-nous par l’imagination au Cénacle de Jérusalem pour contempler la grande preuve d’amour que le Seigneur nous donne : l’institution de l’Eucharistie.

Notre Dieu est toujours proche. Mais il s’approche tout spécialement de notre cœur dans l’Eucharistie : avec son corps, avec son sang, son âme et sa divinité. Jésus nous a aimé « jusqu’à l’extrême ». Personne ne se trouve exclu de cet amour. Le Fils éternel de Dieu s’est fait homme pour chacun de nous. Il s’est fait semblable à nous en toutes choses, « hormis le péché », (Hébreux 4, 15). Plus encore : il a voulu prendre sur lui les péchés de tous les hommes, pour réparer à leur place et nous rétablir dans l’amitié avec Dieu le Père, faisant de nous des enfants de Dieu, par la puissance de l’Esprit Saint.

Nous pouvons nous demander : comment répondons-nous à cet amour ? Nous demandons au Seigneur qu’il nous fasse mieux comprendre, plus profondément, l’amour que Dieu éprouve pour chacun de nous et l’amour que nous lui devons en retour, en nous unissant et en imitant Jésus Christ.

(original en anglais)

Notre réponse à l’amour de Dieu se manifeste de façon très variée. Une façon de répondre, par exemple, est de remercier Dieu pour tant d’amour en nous préparant très bien au sacrement de la confession, en nous préparant très bien à assister à la sainte messe et à recevoir la sainte Communion. La participation au Sacrifice Eucharistique n’est pas le simple rappel du don que le Seigneur a fait de lui-même pour nous ; la Messe est bien plus que cela : c’est la représentation sacramentelle du sacrifice du Calvaire, anticipé lors de la dernière Cène. Le Seigneur a dit : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22, 19), lorsqu’il a institué ce sacrement.

Fidèle à ce commandement, l’Église rend présentes la passion et la mort du Christ, dans chaque célébration eucharistique, par l’intermédiaire des prêtres. Saint Jean-Paul II a écrit que le sacrifice de la Croix « est tellement décisif pour le salut du genre humain que Jésus Christ ne l’a accompli et n’est retourné vers le Père qu’après nous avoir laissé le moyen d’y participer comme si nous y avions été présents. » (Enc. Ecclesia de Eucharistia, n.11).

Merci Seigneur pour l’Eucharistie. Et merci pour la foi, notre foi dans l’Eucharistie. Merci pour le sacerdoce, qui perpétue ton amour tout au long des temps. « L’Amour de Dieu pour ses créatures est si grand que, si notre réponse était ce qu’elle doit être, nos montres devraient s’arrêter quand la sainte messe est célébrée» (Forge, n. 436).

(original en espagnol)

La force de la Rédemption jaillit de la Croix, de l’Eucharistie. Là se trouve la source de toute grâce, le modèle de l’amour selon lequel nous devons nous aimer les uns les autres, la racine de l’efficacité apostolique. Lors de la dernière Cène, Jésus nous a donné expressément ce commandement : « que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jean 15,12). Et pour que cela reste bien gravé dans la mémoire de ses disciples et dans nos mémoires, il se mit à laver les pieds des apôtres.

Dans sa première épître, saint Jean écrit : « À ceci nous avons connu l’amour : c’est que lui, Jésus, a livré sa vie pour nous. Nous aussi, nous devons livrer notre vie pour nos frères. » (1Jean 3, 16). Comment faire ? Il y a beaucoup de façons de mettre en pratique ce commandement nouveau. Saint Josémaria nous donne ce conseil : « Plus qu’à ‘donner’, la charité consiste à ‘comprendre’ » (Chemin, n.463).

Le pardon, le fait d’excuser, l’intérêt sincère pour les autres, les attentions pour rendre service dans la vie de tous les jours –en famille, à la faculté, sur son lieu de travail, pendant les moments de détente, etc.- sont autant d’occasions de donner vie à ce commandement du Seigneur et de le faire vie de notre vie.

(original en français)

Pendant la dernière Cène, Jésus a prié son Père pour l’unité de ceux qui seraient appelés à être ses disciples tout au long des siècles. « Pour que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, -pour qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jean 17, 21).

Nous prendrons exemple sur Dieu si nous avons à cœur de renforcer l’unité entre nous, dans l’Église, et entre les croyants, dans la mesure de nos moyens. La vocation du chrétien, vécue à fond, rapprochera nos amis, nos collègues de Jésus, qu’ils se trouvent déjà près de Lui ou pas encore.

« Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi » (Jean 17, 21). Quel grand objectif que celui de prendre part à l’union des personnes de la Sainte Trinité ! Mais le Seigneur nous accorde cette participation de façon éminente dans l’Eucharistie, sacrement de la foi et de l’amour. Que par sa médiation maternelle Sainte Marie, Mère du Bel Amour, nous obtienne la grâce d’une foi plus intense en l’amour de Dieu envers nous et d’une plus grande charité envers les autres.

Ainsi soit-il.












Homélie du Prélat en la fête de saint Josemaría (26 juin 2017)

En rappelant aujourd’hui le message de l’appel universel à la sainteté et à l’apostolat, que saint Josémaria a annoncé tout au long de sa vie, notre cœur se remplit de joie et de reconnaissance envers notre Seigneur.

Et la prière que nous propose la collecte de la messe d’aujourd’hui met en relief cette vérité proclamée par le concile Vatican II. En faisant référence à saint Josémaria, elle ajoute : « Accorde-nous, par son intercession et son exemple, que dans l’exercice de notre travail ordinaire nous nous configurions à ton Fils Jésus Christ. » Cette demande résume, en un certain sens, notre chemin sur la terre : nous identifier chaque jour davantage à Jésus à travers une activité aussi familière qu’est le travail.

La lumière de la foi élargit les horizons de notre travail : elle nous fait voir que l’homme a été créé par Dieu et placé « dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et le garde » (Gn 21, 15). La Terre est confiée aux hommes comme un jardin qu’ils doivent cultiver et soigner chaque jour, tel un champ de potentialités que nous devons découvrir et réaliser pour la gloire de Dieu et pour le service de nos frères.

L’Esprit Saint est, en réalité, le grand protagoniste de cet itinéraire de sainteté au quotidien. Comme saint Paul l’écrit aux Romains, « vous avez reçu un Esprit d’adoption, en qui nous crions : Abba ! Père ! ». C’est un cri, une prière que l’Esprit Saint met sur nos lèvres et que nous pouvons répéter tout au long de la journée, par exemple lorsque nous ressentons la fatigue dans notre activité professionnelle, alors même que nous devons poursuivre ce travail. Se savoir enfant de Dieu nous incite à prier et servir les autres, à ne pas rester indifférent face à ceux qui souffrent à cause de certaines situations, comme le chômage ou un emploi précaire.

La lumière de l’Esprit Saint nous fait trouver Jésus, qui vient à notre rencontre, comme il est allé chercher les premiers disciples au bord du lac de Génésareth. Il entre dans notre vie de la même manière qu’il est monté dans la barque de Pierre et de ses compagnons. Cette barque qui fut le témoin d’un échec professionnel – une pêche dont ils ne purent rien tirer – devient la chaire du Maître, le lieu d’où il révèle les mystères du royaume de Dieu. Plus encore : c’est dans cette barque que commence une aventure surnaturelle préfigurée par la pêche miraculeuse. La présence du Christ transforme notre travail, notre vieille barque, en un lieu de l’agir de Dieu. Et cela peut se réaliser avec des gestes simples mais remplis de charité : aider un collègue avec lequel on ne s’entend pas bien, mais qui a besoin d’un conseil pratique pour terminer ce qu’il est en train de faire ; consacrer quelques minutes à une personne dont nous nous rendons compte qu’elle a besoin de parler, car son visage traduit une certaine préoccupation.

Le Seigneur nous demande d’être des instruments dans ses mains, pour apporter joie et bonheur à ce monde qui en a tant besoin. Il nous adresse la même invitation qu’à Pierre : « Avance en eau profonde et jetez vos filets pour la pêche » (Lc, 5, 4). Cette fois-ci, les filets sont utilisés dans un travail imprégné de grâce divine, qui devient un lieu de témoignage chrétien, d’aide sincère à nos collègues et à toutes les personnes que nous fréquentons. En ce sens, nous pouvons rappeler l’invitation du pape François : « Lorsque les efforts pour réveiller la foi chez vos amis semblent inutiles, comme l’effort nocturne des pêcheurs, rappelez-vous qu’avec Jésus tout change. La Parole du Seigneur a rempli les filets, et la Parole du Seigneur rend efficace le travail missionnaire des disciples » (Discours, 22-IX-2013).

L’Esprit Saint qui habite en nous nous poussera, si nous le lui permettons, à aller en eau profonde, c’est-à-dire à nous aventurer dans ces horizons apostoliques que l’on découvre chaque jour : la famille, le milieu professionnel, les relations avec nos amis et collègues. Les miracles se répéteront, comme le dit Saint Josémaria : « Jésus, quand il sortit en mer avec ses disciples, ne pensait pas seulement à cette pêche. C’est pourquoi, lorsque Pierre se jette à ses pieds et confesse avec humilité : “Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis pécheur”, notre Seigneur lui répond : “Rassure-toi ; désormais ce sont des hommes que tu prendras (Lc, 5, 10) » (Amis de Dieu, n. 261). Parce que nous aussi nous devons être apôtres : apôtres dans notre travail et dans toutes les réalités humaines que nous cherchons à conduire vers Dieu.

Notre Dame est la Reine des apôtres. C’est ainsi que nous l’invoquons dans les litanies du rosaire. Demandons-lui de nous apprendre à collaborer activement à la mission de l’Église pour le salut du monde. Tel est le désir que saint Josémaria portait en son cœur : mettre le Christ au centre et à la racine de chaque activité humaine, en union avec toute l’Église : « Omnes cum Petro ad Iesum per Mariam ! [Tous, avec Pierre, vers Jésus, par Marie !] »







Homélie du Prélat (26 novembre 2017)

« Le Christ est le roi de l'univers. Nous nous réjouissons avec toute l'Église. Nous nous sentons gouvernés par lui, par son amour, par sa toute-puissance. Nous appartenons à un royaume éternel, universel, un royaume de paix qui embrasse tout. C'est également un royaume de sainteté parce que nous pouvons être saints ; et un royaume de grâces, parce que Jésus est celui qui nous soutient : il est notre paix Nous recevons tout l’amour de Dieu par le cœur humain du Christ. »

Le prélat a également invité les fidèles à considérer la manière dont le royaume du Christ est rendu présent. « Demandons-nous : où est ton royaume, Seigneur ? Comment pouvons-nous rendre ton royaume plus visible, plus présent ? Et il nous répondra de la même manière qu’il le fit à Pilate : mon royaume n'est pas de ce monde. Mais il est déjà présent parmi nous, croissant comme la graine qui finit par devenir un arbre. »

Les textes du Nouveau Testament que nous lisons à la messe d'aujourd'hui nous invitent à avoir la foi : « Face à l'expérience des difficultés de notre vie, a continué Mgr Ocariz, il est nécessaire de croire en l'action de Dieu, comme le dit la deuxième lecture de la messe d'aujourd'hui : le Christ doit régner jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Si nous sommes fidèles, le royaume de Dieu sera une réalité dans notre vie. »

Comment est le royaume du Christ ? « La première lecture d'aujourd'hui nous présente le Seigneur comme un berger qui prend soin de ses brebis. Il règne comme un berger qui nous alimente continuellement, qui nous conduit sur des prés d'herbe verte, par sa parole et par l’eucharistie. La parole de Dieu que nous recevons avec foi nous comble, elle offre un sens à toute notre vie et nous donne la force pour qu'il règne sur nous. »

« Remercions spécialement le Seigneur pour l’eucharistie, ce très grand don par lequel Jésus nous donne sa propre vie. Le Christ ne règne pas en donnant des ordres mais il règne en nous donnant sa vie, de manière totale sur la croix et de manière continue dans l’eucharistie. »

« Pour que Jésus règne en toi et en moi nous avons besoin d'une grâce abondante, de sorte que tout, la moindre respiration ou la parole la plus simple, soit une louange adressée au Christ-Roi, disait saint Josémaria. Seigneur, nous ne voulons pas avoir d'autre liberté que celle de t'aimer parce que c'est ainsi que nous serons réellement libres. Nous pouvons tout faire avec joie si nous le faisons avec la liberté de l'amour. C'est cela que nous te demandons, Seigneur ! »

Monseigneur Ocariz a achevé sa méditation en faisant référence à l'Évangile du jour dans lequel « on parle d'un roi qui juge et d'un royaume préparé dès avant la constitution du monde. Nous possédons le royaume qui est un fruit de la charité ; nous le possédons dès à présent par anticipation, à travers ce don que nous faisons de nous-mêmes aux autres, comme Lui-même se donne à nous. »




Homélie du prélat de l’Opus Dei à l’occasion de la mémoire liturgique du bienheureux Alvaro

Voici le serviteur fidèle et prudent que le Seigneur a mis à la tête de sa maison (cf. Lc 12,42). Ces paroles du chant d’entrée nous introduisent dans cette célébration, dans la joie et la piété.

En effet, le bienheureux Alvaro fut un serviteur fidèle qui dépensa sa vie à soutenir saint Josémaria à qui il succéda à la tête de l’Opus Dei. Il fut un fils loyal de l’Église.

Comme le souligna le pape François, à l’occasion de la béatification de don Alvaro :

Son amour pour l'Église, épouse du Christ, était remarquable : il l'a servie avec un cœur dépouillé d'intérêts mondains, loin de toute discorde, accueillant envers tous et recherchant toujours ce qu'il y a de positif chez les autres, ce qui unit, ce qui construit. Jamais une plainte ou une critique, pas même dans les moments les plus difficiles, mais au contraire, selon l'exemple de saint Josémaria, il répondait toujours par la prière, le pardon, la compréhension et la charité sincère[01].

Demandons-nous maintenant : est-ce là pour moi une attitude habituelle dans ma vie quotidienne, face aux difficultés ou aux problèmes ?

Le bienheureux Alvaro était un homme fidèle et prudent. Aussi, ai-je recours maintenant à son intercession pour qu’il nous accorde à tous d’être fidèles et prudents. Demandons-lui la vertu de la prudence pour être, à tout instant, fidèles à l’Évangile dans les circonstances changeantes de nos vies.

Une fidélité pour suivre non pas d’une idée mais une Personne, le Christ-Jésus, Notre Seigneur qui offre toujours un horizon nouveau à la vie de chacune et de chacun.

La liturgie de la Parole de cette célébration nous présente la figure du Bon Pasteur. Dans la première lecture, Dieu parle à travers le prophète Ézéchiel : " Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de nuages et de sombres nuées " (Ez 34,12). Puis, dans l’Évangile de saint Jean, cette figure se concrétise : “Je suis le bon Pasteur […] et je donne ma vie pour mes brebis” (Jn 10,14-15).

En effet, C’est vraiment Jésus qui donne sa vie pour ses brebis, qui va chercher la brebis égarée et la conduit vers des sources tranquilles, comme le dit le psaume responsorial (cf. Sal 22). Aimer les hommes qui lui ont été confiés, tel que le Christ les aime, est l’un des traits essentiels d’un bon pasteur.

Le bienheureux Alvaro le fit ainsi tout au long de son existence : avec son attitude accueillante, compréhensive et pleine de paix.

En effet, “ Qui est très uni à Dieu, sait être proche des hommes. La première condition pour annoncer le Christ aux hommes est de les aimer, parce que le Christ les aime. Il faut sortir de nos égoïsmes et de notre commodité et aller à la rencontre de nos frères.”[02].

Nous sommes en droit de nous demander : À quoi bon renoncer à nos égoïsmes et nos aises ? N’est-ce pas une manière de heurter le standard actuel du bonheur ? Qu’adviendrait-il de ma liberté si je la remettais au bon Dieu et, pour Lui, aux autres ? Ou même, dans la perspective utilitariste, propre à notre société moderne : que me rapporte l’oubli de moi-même, le fait de me donner aux autres ? Ce questionnement ramène à la question essentielle : on ne trouve le vrai bonheur qu’en accueillant le don de Dieu.

Le bonheur s’exprime dans la joie; or la joie chrétienne, comme le dit saint Josémaria, a " des racines en forme de Croix "[03]; c’est la joie "dans le Seigneur " (cf. Ph 4,4): celle que Jésus nous a gagnée sur la Croix. Cette joie est en mesure non seulement de demeurer, mais aussi de croître, devant les difficultés et les souffrances, par la force de la foi, de l’espérance et de l’amour.

C’est ce que nous avons pu constater dans la vie du bienheureux Alvaro, bon pasteur de ses filles et de ses fils.

Ayons recours, en ce mois de mai, à Sainte Marie, Virgo fidelis, Virgo prudentissima, afin qu’elle nous aide à grandir dans la prudente fidélité de savoir et de vouloir donner, jour après jour, notre vie pour les autres, dans la joie. Ainsi soit-il.



[01] François, Lettre au Prélat de l’Opus Dei à l’occasion de la Béatification d’Alvaro del Portillo, 16.VI.2014.

[02] Ibid.

[03] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n°43






Homélie de mgr Ocariz, à l’occasion de la fête du Bienheureux Alvaro del Portillo (11 mai 2019)

Les textes de la Messe d’aujourd’hui nous en parlent lorsqu’ils tracent le portrait du bon pasteur. Dans la première lecture on écoute les paroles du prophète Ézéchiel

La situation du peuple d’Israël était critique. Jérusalem avait été détruite et une grande partie du peuple avait été déportée à l’étranger. Les Israélites attendaient quelqu’un qui soit capable de les reconduire chez eux. Cependant, les plans de Dieu dépassent toujours nos calculs. Cette fois-ci, il fait dire à Ézéchiel : “ Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, (…) C’est moi qui ferai paître mon troupeau (…)

Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces”. (Ez 34,11-16). Étonnamment, le prophète dépasse tout ce que ses contemporains pouvaient espérer: il appelle le peuple à mettre son espérance directement en Dieu et non pas en des solutions purement humaines.

Don Alvaro avait de grandes qualités humaines et surnaturelles. Il savait que la grâce de Dieu était en mesure de faire, dans sa vie, bien plus que ce qu’il pouvait imaginer.

Lorsqu’il fut élu pour être à la tête de l’Opus Dei, il disait: “J’ai de très grandes difficultés, tous mes péchés et mes misères. Mais je sais que Dieu Notre Seigneur (…) accorde des grâces proportionnées à ce qu’Il demande à chacun.”

Nous venons d’écouter l’évangile où Jésus se présente comme le Bon Pasteur. Et, aux motifs explicités par le prophète pour avoir confiance en Dieu, Jésus en ajoute un de plus: le Pasteur “donne sa vie pour ses brebis” (Jn 10,11). C’est ainsi que la figure du pasteur atteint son sens plénier : le Christ est celui qui nous cherche pour nous charger sur ses épaules ; c’est le Christ qui panse, qui guérit nos blessures ; le Christ est Dieu lui-même qui donne sa vie sur la Croix pour nous. Après l’avoir entendu proclamer cela dans l’Évangile comment ne pas avoir confiance en un Dieu qui donne sa vie pour nous ?

Très souvent, le Pape nous a encouragés à considérer que, comme Saint Paul l’écrit, c’est Dieu qui agit en notre vie, aussi bien quand nous projetons de faire quelque chose de bon que lorsque nous nous y mettons.

(cf. Ph 2,13). Parfois, surtout dans nos moments de découragement, il se pourrait que nous fassions peu confiance à la grâce de Dieu pour nous appuyer sur d’autres assurances (cf. Gaudete et exultate, n. 50): sur nos forces, nos idées, nos projets. Le Seigneur qui compte sur tout cela nous dit cependant : Je suis le Pasteur auquel tu peux faire confiance. Y-a-t-il alors quelque chose de plus efficace que Sa propre force ?

C’est dans ce sens que le bienheureux Alvaro se servait fréquemment d’une oraison jaculatoire : “Merci, pardon et aide-moi davantage”.

Ces paroles manifestent la gratitude devant ce que nous ne méritons pas, la reconnaissance de notre faiblesse personnelle et la demande de la force nécessaire pour atteindre le plus grand bonheur qu’est l’union à Dieu. Ce sont ces premiers mots que les mamans apprennent à dire à leurs petits. Demandons à Dieu ce cœur d’enfant, eux qui savent qu’ils sont réellement démunis sans l’aide de leur père. Quand saint Josémaria, parlait, dans un cadre familial, du besoin qu’il avait de la grâce de Dieu, il nous disait qu’il vivait “les mains tendues”, à demander l’aumône au Seigneur.

Quant à nous, demandons, par l’intercession de Don Alvaro, que notre confiance en l’amour de Dieu pour nous grandisse de jour en jour, comme la sienne. Nous pourrons ainsi mieux comprendre que le Seigneur Jésus, Bon Pasteur, est celui qui nous guide et remplit notre vie de ce fruit surnaturel, qui nous parvient toujours par la médiation de Sainte Marie.

Ainsi soit-il




Méditation du prélat (19 mars 2020)

Joseph, homme de foi

La deuxième lecture de la Messe d'aujourd'hui, grande solennité de saint Joseph, qui revêt une si grande importance pour nous et pour toute l'Église, nous présente en premier lieu la figure d'Abraham, ce grand patriarche que l'Église considère comme notre père dans la foi.

Dans l'Épitre aux Romains, saint Paul nous dit aujourd'hui qu'Abraham « dans l'espérance, a cru contre toute espérance ». Il a cru qu’il serait le père de nombreux peuples, et cela lui a valu la justification.

Nous connaissons bien l'histoire d'Abraham et sa disponibilité à la volonté de Dieu, disponibilité peu compréhensible humainement. Être père de nombreux peuples, compte tenu de l'âge qui était le sien ! Ensuite, il se mit en chemin sans savoir où il allait, confiant que Dieu lui montrerait à chaque instant ce qu'il aurait à faire et à planifier. Une grande foi !

C'est ce personnage que la liturgie nous présente aujourd'hui, comme précurseur de saint Joseph, notre père et seigneur, ce grand patriarche du Nouveau Testament. Nous voyons là aussi, en tout premier lieu, la grande foi de saint Joseph.

Aujourd'hui, dans notre prière, nous lui demandons de nous obtenir une très grande foi. Nous l'appelons « notre père et seigneur » et nous lui demandons de nous obtenir une foi sans condition, synonyme de confiance complète en le Seigneur : une confiance en tout.

La liturgie de la messe offre le choix entre deux évangiles. Celui de saint Matthieu nous rapporte comment saint Joseph a fait face à un mystère, le très grand mystère de l'Incarnation. Humainement, saint Joseph est mis devant le fait accompli. Homme juste, il ne veut pas dénoncer Marie et tient à garder le secret. Mais il fait un songe, qui lui transmet rien de moins que le Mystère : « Ce qui est en elle vient de l'Esprit Saint. Elle donnera le jour à un Fils. Tu donneras à l'Enfant le nom de Jésus, parce qu'Il sauvera son peuple de ses péchés. Lorsque Joseph se réveilla, il fit ce que lui avait commandé l'Ange du Seigneur ». Assurément, c'est un songe spécial accompagné, pour sa clarté, de toute la grâce de Dieu.

Ensuite, nous connaissons l'attitude de saint Joseph devant des phénomènes extraordinaires. Il y a d’abord la naissance : de Nazareth, ils doivent se rendre à Bethléem où ils ne trouvent pas de place. Puis il leur faut fuir subrepticement en Égypte. Joseph avait entendu l'Ange lui dire que cet Enfant sauverait le peuple de ses péchés, et il n'est pas capable de se sauver lui-même, il lui faut fuir. Dans la plus grande incertitude, car il ne s'entend pas dire « Rends-toi pour tant de temps en Égypte », mais « vas-y jusqu'à ce que je te dise d'en partir ». Ce pourraient être des mois, des années, des semaines... Telle est la disponibilité que nous devons avoir devant ce que nous demande le Seigneur, lorsque sa demande comporte un doute particulier, quelque chose d'imprévisible, un futur difficilement incontrôlable. Mais c'est là qu'est la foi, la foi de nous en remettre au Seigneur.

Dans notre vie, nous passerons fréquemment par des moments qui ne seront probablement pas aussi extraordinaires mais où, d’une certaine façon, nous devrons d’abord faire confiance au Seigneur. Nous allons le demander, aujourd'hui spécialement, à saint Joseph : que nous sachions mettre notre foi dans le Seigneur. Que nous mettions notre confiance dans les moyens par lesquels il désire nous parler. Saint Joseph aurait pu penser : « J'ai eu un songe, j'ai rêvé cela, mais on m’en reparlera plus clairement ». Mais il n’a pas attendu pour obéir.

Une grande foi, donc. Ensuite, il y a ce retour d'Égypte. Joseph obéit mais en pensant, en assumant sa responsabilité, en prenant des initiatives pour retourner à Nazareth, au lieu de rester à Bethléem. Telle est l'obéissance de la foi : mettre notre confiance dans le Seigneur. Seigneur, aide-nous à mettre notre confiance en Toi. À mettre notre confiance dans tout ce que ta Providence nous envoie, même quand c'est aussi extraordinaire. Que nous sachions obéir. Que, sachant obéir par amour, nous soyons libres.

Une obéissance qui ne consiste pas à arrêter de penser. Saint Josémaria, dans une homélie sur saint Joseph, a montré que dans les différentes circonstances de sa vie, le patriarche n'avait pas renoncé à penser, ni abandonné sa responsabilité. De la même manière, notre obéissance aux plans de Dieu, qu’ils soient grands ou petits, doit se fonder sur notre liberté, sur notre responsabilité de faire les choses parce que nous le voulons. De la sorte, nous serons toujours libres. Combien de fois ne l'avons-nous pas médité, suivant les enseignements de notre fondateur. Nous ne sommes pas libres uniquement par notre capacité de pouvoir choisir ceci ou cela. Nous sommes libres parce que nous pouvons aimer, parce que nous pouvons nous sentir, disait-il, comme des oiseaux. Libres également dans ces circonstances d'enfermement dues au coronavirus. Nous sommes libres comme des oiseaux, parce que nous pouvons aimer. Nous pouvons aimer et, par conséquent, tout faire et tout souffrir par amour ; en un mot, parce que nous en avons envie.

Saint Joseph est aussi pour nous un modèle de tous les jours, dans la monotonie de notre vie ordinaire. Saint Josémaria nous dit : que peut espérer un habitant d'une bourgade perdue comme Nazareth ? Rien d’autre que le travail de tous les jours, toujours dans le même effort. Et, la journée finie, une maison pauvre et petite où refaire ses forces, puis repartir à la tâche le lendemain.

Il en va de même dans notre vie. Un jour de travail après l'autre, sans nouveauté particulière. Mais que pouvons-nous attendre, demandait saint Josémaria ? Que pouvait attendre saint Joseph? Et il poursuivait : « Le nom de Joseph signifie en hébreu Dieu ajoutera. Dieu ajoute à la vie sainte de celui qui accomplit ses volontés, des dimensions insoupçonnées ». Ce qu'il y a d'important, ce qui donne à sa valeur à toute chose, c’est le divin. Telle est notre vie.

Nous Te rendons grâce, Seigneur et nous Te demandons par l'intercession de saint Joseph, de nous faire comprendre la grandeur de la vie ordinaire. Ce sujet que nous avons tant de fois médité et que, tant de fois, nous avons besoin de réapprendre : la grandeur de la vie ordinaire, et concrètement, la grandeur de la vie de travail.

C’est dans notre vie apparemment monotone que Dieu met le divin, disait notre fondateur. Et qu'est ce que le divin ? Le divin, c'est Lui-même. Le divin, c'est sa Présence, sa Grâce. Le divin, c'est l'efficacité surnaturelle de notre travail. C'est rendre divin notre travail, en faire une réalité sainte.

Nous ne connaissons que peu de détails de la vie de saint Joseph, mais nous pouvons imaginer son travail à Nazareth. Comment travaillait-il, particulièrement avec Jésus ? Nous, Seigneur, nous voulons travailler avec toi, nous voulons que notre travail quotidien, courant, ordinaire profite aussi de ce « plus » divin qu’est ta Présence. Que nous travaillions avec Toi, Seigneur. Qu'il nous soit habituel, avec ou sans paroles, de Te dire : « Jésus, nous allons faire cela, toi et moi ». Cela va nous donner joie et sécurité, mais cela implique aussi une certaine responsabilité : nous ne sommes pas en train de réaliser, tout seul, une chose qui soit nôtre ; nous faisons quelque chose qui appartient à Dieu, nous collaborons avec Jésus dans tout ce que nous faisons.

Joseph, homme d’espérance

Foi : la foi de saint Joseph. Espérance : la foi est le fondement de l'espérance. Cette espérance qui, comme nous le lisons dans l'épitre aux Colossiens, est mise dans « ce qui nous est réservé au Ciel ». C’est dans l'espérance de ce «qui nous est réservé aux cieux » que nous devons voir notre travail. Dès à présent, sans attendre, par la grâce et la miséricorde de Dieu, d’aller au Ciel, si nous sommes fidèles ; mais dès maintenant, « ce qui nous est réservé aux cieux » est l'aide de Dieu, l'affection de Dieu, cette façon qu'a Dieu de nous voir amoureusement à tout instant.

Quelle est notre espérance ? Qu'espérons-nous pendant notre journée ? Tant de choses. Mais que notre espérance soit aux cieux. Qu'elle soit le fruit de la foi. Espérons toujours, d'une espérance sûre, que le divin vienne dans notre vie.

Cela nous donnera de l'assurance devant ce qui paraît difficile dans la vie spirituelle ; si souvent, la conscience de notre vocation à la sainteté pourra nous paraître impossible, compte tenu de l'expérience de nos limites et de nos misères. La réalisation de notre mission apostolique pourra également nous paraître impossible : transformer le monde, amener ce monde à Dieu, mettre le Christ au sommet de toutes les activités humaines. Très souvent, nous dirons : « Seigneur, cela est impossible ; mais nous, Seigneur, nous Te demandons ici, devant le Corps de saint Josémaria, de nous donner – comme il l'a eue, l'assurance de l'impossible ».

Saint Joseph a eu l'assurance de l'impossible. Cette assurance nous fera imiter saint Joseph en ce que disait notre fondateur, qui voyait en saint Joseph l'homme au sourire permanent et au haussement d'épaules. Un haussement d'épaules non certes d'indifférence, mais revenant à dire: « Bon, peu m'importe, parce que, quoi qu'il en soit, l'efficacité est là ».

Et le sourire permanent. Dans l'évangile, nous ne voyons pas le sourire de saint Joseph, mais nous pouvons, avec saint Josémaria, nous en imaginer le visage aimable, sympathique, illuminé d’un sourire permanent communiquant la joie aux autres, et leur donnant l'assurance. Seigneur, par l'intercession de saint Joseph, nous te demandons d'être des personnes qui savent sourire. Que nous sachions sourire même devant les difficultés, face à la contrariété. Nous en avons fait l'expérience si souvent : un sourire peut être la meilleure mortification. Parce que, parfois, il en coûte de sourire, devant les difficultés, les préoccupations, la maladie. Oui, il peut en coûter de sourire. Mais alors, le sourire n'est pas factice ; il peut et doit être profondément authentique, parce qu'il consiste à sourire en sachant que là, le Seigneur met le divin dans notre vie. Et savoir sourire pour aider les autres, pour donner joie et assurance.

Dans les situations difficiles, sachons sourire et, surtout, prier. Hier le Pape François, parlant de la pandémie, lançait cette invitation : « Invoque toujours saint Joseph, surtout dans les moments difficiles, et confie ton existence à ce grand saint ». Nous allons donc maintenant nous unir à la prière du Pape, et demander à saint Joseph que s'achève, que s'abrège ce temps difficile pour tant de personnes dans le monde entier.

Charité et fidélité de Joseph

Foi, espérance et charité. L'amour. La foi opère par la charité. Nous pouvons imaginer la tendresse de saint Joseph pour l'Enfant Jésus et pour la Vierge. Une affection qui se traduit dans le service, le don de soi, la responsabilité pour que cette famille sainte puisse aller de l'avant.

La charité a tant à voir avec la fidélité. Une fidélité que nous voulons renouveler aujourd'hui, avec saint Joseph. Dis une fois de plus au Seigneur, maintenant : « Me voici, Seigneur, pour ce que Tu voudras ». En outre, nous rendons grâces, parce que nous sommes conscients que le pouvoir que nous avons de nous donner au Seigneur est un grand don qu’il nous fait, un grand cadeau.

Benoît XVI disait que la fidélité au fil du temps est le nom de l'amour. Effectivement, le renouvellement de notre fidélité est le nom de l'amour, il doit provenir de l'amour, de vouloir, de désirer l'union au Seigneur. Ce renouvellement doit également naître de l'amour des autres, parce que notre fidélité aux plans de Dieu, à notre vocation chrétienne, à notre vocation à l'Œuvre est amour du Seigneur, amour des autres, renouvelé au fil du temps.

Nous demandons au Seigneur, par l'intercession de saint Joseph, la fidélité de tous, que tous renouvellent leur fidélité dans l'Œuvre. Que nous ayons tous une conscience très vive de ce que la fidélité à la vocation est la fidélité à Jésus-Christ. Oui, c'est une fidélité à un mode de vie, à une mission, à un esprit, mais c'est cela la fidélité à Jésus-Christ ; c’est cela qui nous fera nous sentir toujours plus proches du Seigneur.

Saint Paul écrivait : « Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, et si nous mourons, que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons au Seigneur » (Rm 14,8). C'est là notre grande identité : « nous sommes du Seigneur ».

Notre fidélité consiste à réaffirmer avec reconnaissance que « nous sommes du Seigneur ». Tout cela, bien sûr, en étant fidèles à l'esprit reçu de notre fondateur : il est saint ; il est logique que nous recourions spécialement à son intercession.

Cette fidélité qui est la nôtre, que nous voulons renouveler avec une volonté actuelle, ferme, est fidélité à saint Josémaria. Ne le considérons pas, ne le voyons jamais comme une figure de l'histoire, admirable, qui nous a laissé des écrits formidables... Envisageons aussi cette fidélité comme suivant le conseil de saint Paul VI à don Alvaro : « Quand vous avez à dire quelque chose, pensez à la façon dont le dirait votre fondateur, et vous serez dans le vrai ». Et, commenta don Alvaro, ce conseil lui causa une grande joie parce que c'était ce qu'il faisait depuis le premier moment.

Que cette fidélité qui est la nôtre présente cette nuance – pour nous très importante – de fidélité à notre fondateur. Augmentons notre l'intérêt de mieux le connaître, de mieux connaître son esprit, ses écrits, sa vie… Tout cela nous aidera à être plus fidèles dans la vie ordinaire, dans le travail, dans les petites choses de chaque jour, dans le hic et nunc. Cela nous aidera également à être fidèles lorsque nous nous retrouvons, comme à saint Joseph, dans des occasions spéciales, particulièrement difficiles.

Fidélité. La fidélité au fil du temps est le nom de l'amour. Il en est ainsi : notre amour est un amour de réponse. L'objet fondamental de notre foi est la foi en l'amour de Dieu pour nous. Pour que notre amour, notre fidélité soient une réponse, sachons-nous aimés du Seigneur. Comme le disait notre fondateur, nous le rappelions plus haut, sachons que Dieu nous regarde avec amour à chaque instant, oui, à chaque instant. Nous ne sommes jamais seuls, Non seulement parce que nous sommes, grâce à Dieu, entourés de personnes qui nous aiment, mais parce que le Seigneur est avec nous. Il se trouve tellement avec nous que nous lui appartenons en quelque sorte : Domini sumus.

Aussi la fidélité doit-elle être une fidélité pleine de joie. Elle l'est. Et ici, au moment de renouveler notre fidélité, nous voulons qu'elle soit aussi un renouvellement de la joie avec laquelle nous prenons tout ce qui passe par nos mains : le travail, les circonstances actuelles si particulières de l'épidémie. Vivons avec joie.

Vivons avec ce sourire permanent de saint Joseph, parce que c'est ce que le Seigneur veut. Être fidèle au Seigneur, c'est aussi être content. Lorsque nous ne sommes pas contents, nous ne sommes pas fidèles, puisque le Seigneur veut notre joie : « Que ma joie soit avec vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11).

Il est formidable de penser que Dieu veut que nous soyons contents, que nous soyons fidèles. Et pour cela, Il nous donne tous les moyens pour être fidèles. Il nous donne surtout sa présence, son amour, sa compagnie.

Avec cette foi, avec cette espérance, avec cette charité, avec cette réponse fidèle, nous voulons une fidélité apostolique. Il ne peut en être autrement. Notre identification au Christ amène nécessairement au zèle pour les âmes, que nous avons de façon spéciale mises hier dans les mains de saint Joseph. Ici, avec les paroles de saint Josémaria, nous disons au Seigneur, en prenant saint Joseph pour intercesseur : « Des âmes, des âmes d'apôtres, elles sont pour Toi, pour ta gloire. » Nous allons beaucoup le répéter, aujourd'hui peut être. Nous le ferons en parcourant le monde, puisque le monde est à nous – le Seigneur nous l'a donné en héritage : Afrique, Amérique, Asie, Europe, Océanie : « Des âmes, des âmes d'apôtres, elles sont pour Toi ; elles sont pour ta gloire ».

Nous terminons en ayant recours à Marie, avec Joseph ; et en nous tournant, avec Marie et Joseph, vers Jésus. Jésus, Marie, Joseph : la trinité de la terre. Qu'ils nous conduisent par la main vers la Trinité du Ciel, vers ce Dieu à qui nous appartenons. Domini sumus, « nous appartenons à Dieu ».




Méditation du prélat (9 avril 2020)

Unis dans la dernière Cène

Nous approchons de la Semaine Sainte et c'est comme si nous méditions plus spontanément sur la Passion, la Mort et la Résurrection du Seigneur ; moments centraux de l'histoire, qui illuminent notre foi et notre vie.

Depuis Rome, il est facile de parcourir par la prière tous les pays, chaque centre, chacune de vos maisons, surtout là où l'on doit maintenant vivre une période de confinement plus stricte en raison de la pandémie de coronavirus.

Cette pensée et cette prière vont particulièrement à tous les malades et à ceux qui s'occupent d'eux. Pendant cette période, nous pouvons accompagner le Seigneur dans sa Passion depuis un lit d'hôpital ou depuis nos maisons. La Croix est un mystère, mais si, comme le Christ et avec le Christ, nous l'embrassons, elle est lumière et force pour chacun lumière et force à transmettre aux autres.

Nous attendons tous et prions patiemment pour que prenne fin cette pandémie. Dans ces circonstances, cela nous aide bien d'actualiser notre foi dans l'amour de Dieu pour nous, et également en réponse à cet amour par le service des autres.

Comme je vous l'ai rappelé il n'y a pas si longtemps dans une lettre, la communion des saints nous pousse à faire nôtre tout ce qui affecte les autres, car en vérité nous pouvons répéter, avec ces paroles de saint Paul, que « si un membre souffre, tous souffrent avec lui » (1 Co 12, 26). Seigneur, notre Mère, aidez-nous à ce qu'il en soit ainsi.

Dimanche dernier, le Pape a déclaré que « nous voulons répondre à la pandémie de virus par l'universalité de la prière, de la compassion et de la tendresse. Restons unis. Faisons sentir notre proximité aux personnes les plus solitaires et les plus éprouvées ». Prions pour les personnes touchées par le virus. Prions également pour que les conséquences sociales et économiques de cette crise soient aussi légères que possible : pensons à tant de familles soucieuses de leur avenir, aux préoccupations de tant de travailleurs, aux craintes de tant d’entrepreneurs. Il faudra de l’unité, de l'espoir, de la générosité et du sacrifice.

Le Seigneur, à la dernière Cène, nous a dit : « Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, j'ai vaincu le monde. » Avec cette confiance, nous nous préparons pour le Triduum pascal, qui cette année dans de nombreux pays du monde sera célébré dans des églises vides, mais que de nombreux fidèles rempliront avec leurs esprits et leurs cœurs, en les suivant à travers les moyens de communication. Le Seigneur a vaincu, rien ni personne ne doit nous décourager ; de plus, sa victoire nous incite à reprendre le combat avec espoir.

Alors que nous approchons du Jeudi Saint, où nous célébrerons l'institution de l'Eucharistie, il est touchant de lire les paroles de Jésus, dans l'Évangile de Saint Jean : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout » (Jn 13,1).

Allons par l'imagination au Cénacle de Jérusalem, pour contempler la grande démonstration d'amour que le Seigneur nous donne.

Notre Dieu est toujours proche. Mais dans l'Eucharistie, il se donne à nous avec son corps, avec son sang, avec son âme, avec sa divinité. Personne n'est exclu de cet amour. Jésus nous a aimés « jusqu’au bout ».

Dans cet amour extrême, le Seigneur a voulu porter les péchés de toute l'humanité, pour nous ramener à l'amitié avec Dieu le Père.

Le Jeudi Saint, nous nous souviendrons du moment où le Seigneur a institué l'Eucharistie, le sacrifice sacramentel de notre rédemption. C'est un jour où tant de chrétiens manifestent traditionnellement de plusieurs manières leur adoration et leur affection pour Jésus dans le Saint-Sacrement.

Cependant, cette année, le Jeudi Saint a une saveur différente. Nous voudrions tous être en veille devant le Saint-Sacrement... Surtout, ceux d'entre vous qui n'ont pas pu recevoir le Seigneur dans l'Eucharistie depuis longtemps ; tâchez de vivre la Communion spirituelle avec l'assurance que le Seigneur est avec vous.

Nous sommes confrontés à une occasion unique et différente de celles du passé, dans laquelle, avec l'aide de Dieu, nous pouvons grandir dans l'amour pour Jésus-Eucharistie, pour la Messe, d'une manière nouvelle.

Jésus : nous voulons nous souvenir et te remercier pour chacune des fois où nous t'avons reçu dans la Communion. Même si tu es toujours proche, ressentir le manque de ta présence sacramentelle nous servira à accroître le désir de te recevoir à nouveau lorsque cela sera possible.

Saint Josémaria a enseigné à des milliers de personnes cette prière qu'il a apprise d'un religieux des écoles Pies : « Je voudrais, Seigneur, te recevoir avec la pureté, l'humilité et la dévotion, avec lesquelles ta Très Sainte Mère te reçut ; avec l'esprit et la ferveur des saints ».

Ce peut être une bonne préparation pour le Jeudi Saint, de la réciter avec affection : « Je voudrais, Seigneur, te recevoir avec la pureté, l'humilité et la dévotion, avec lesquels ta Très Sainte Mère te reçut ; avec l'esprit et la ferveur des saints ».

La participation au Sacrifice Eucharistique n'est pas seulement le souvenir de quelque chose du passé ; la Messe est l'actualisation sacramentelle du sacrifice du Calvaire, du Seigneur livré pour nous, qui est comme anticipé à la dernière Cène. « Faites cela en mémoire de moi » (Lc 22, 19).

Saint Jean-Paul II a écrit que le sacrifice de la Croix « est tellement décisif pour le salut du genre humain, que Jésus-Christ l'a fait et n'est retourné au Père qu'après nous avoir laissé les moyens d'y participer, comme si nous avions été présents ».

L’Église rend la passion et la mort du Christ sacramentellement présentes dans chaque célébration eucharistique. Aucune messe n'est « privée ». Chaque messe est « universelle », parce que chaque Messe est celle du Christ et, avec Lui, se trouve son Corps, qui est l'Église. Et l'Église, c'est chacun des baptisés : chacun d’entre nous.

Par conséquent, face à l'impossibilité d'assister à la messe ces jours-ci, soyez assurés que dans chaque Eucharistie que les prêtres célèbrent sans l'assistance du peuple, nous sommes tous présents. Comme expliquait saint Josémaria : « Lorsque je célèbre la Sainte Messe avec la seule participation de celui qui m'aide, là aussi se trouve le peuple. Je sens avec moi tous les catholiques, tous les croyants et aussi ceux qui ne croient pas. Toutes les créatures de Dieu sont présentes - la terre et le ciel et la mer, et les animaux et les plantes -, La Création toute entière rendant gloire au Seigneur »[01].

Soyez très confiants dans la force qui continue à nous parvenir à tous dans la célébration du sacrifice eucharistique, également à ceux d’entre vous qui ne peuvent être présents. Nous, prêtres, voulons porter à chaque messe tous nos frères et sœurs, tous nos parents et amis, toute l'Église, toute l'humanité, d'une manière très particulière les malades et ceux qui sont seuls.

Merci, Seigneur, pour l'Eucharistie, pour la Messe. Nous nous souvenons de l'image du Saint-Père bénissant l'humanité avec l'Ostensoir dans ses mains, au bord de la colonnade de la place Saint-Pierre. Merci pour l'Eucharistie, Seigneur. Et merci pour le sacerdoce, qui a perpétué ton amour au fil du temps. Prions beaucoup pour les prêtres.

[01]Homélie « Prêtre pour l’éternité »



Méditation du prélat (9 avril 2020)

Le commandement nouveau du Seigneur

Lors de la Dernière Cène, Jésus nous a donné le commandement nouveau : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12). Et pour que cela reste bien gravé dans la mémoire de ses disciples et dans celle de chacun de nous, il a lavé les pieds des apôtres.

Saint Jean, dans sa première épître, écrit : « Voici comment nous avons reconnu l’amour : lui, Jésus, a donné sa vie pour nous ; nous aussi nous devons aussi donner notre vie pour nos frères » (1 Jn 3,16).

Il y a plusieurs façons de donner sa vie. Les parents, avec leurs efforts pour prendre soin de chacun de leurs enfants ; les professionnels qui travaillent dans un esprit de service, en essayant d'améliorer leur environnement, sans se laisser emporter par la cupidité du profit. Les prêtres donnent leur vie lorsqu'ils s'occupent avec abnégation de tous les hommes et femmes qui viennent à eux pour rencontrer le Christ.

Aujourd'hui, nous voyons d'une manière spéciale comment beaucoup de gens donnent leur vie pour les autres. À commencer par les personnels soignants qui risquent leur vie pour tant de personnes souffrant de la pandémie. Ils portent la souffrance de chaque patient et celle de leurs proches, qui dans bien des cas ne peuvent les accompagner. Ils ne se limitent pas à accomplir leur devoir, ils sont conscients que beaucoup ne résistent que grâce à leur travail généreux. Et il en va de même pour beaucoup d'autres personnes qui, avec leur travail tellement indispensable et peut-être inaperçu, collaborent pour que le monde ne s'arrête pas : les transporteurs, ceux qui sont aux caisses des supermarchés, le personnel des pharmacies, les policiers...

Ceux qui ont le contact le plus direct avec la douleur : médecins, infirmières, personnels soignants de toutes spécialités et bien sûr les prêtres ... rendent proche de diverses manières la compagnie du Christ à ceux qui souffrent de la maladie, de la peur ou de l'isolement. Prions pour eux tous, afin que, lorsqu'ils sont fatigués ou dépassés par la situation, ils se souviennent que Jésus les réconforte.

Nous pouvons tous collaborer d'une manière ou d'une autre, parfois aussi avec de petits détails, comme écrire des messages à des malades ou à des amis ou à des connaissances qui peuvent ressentir la solitude. Nous pouvons tous faire preuve d'initiative et de créativité pour aider les personnes âgées et les plus vulnérables, selon ce que permettent les autorités.

Il faut dire que nous vivons déjà le commandement nouveau du Seigneur dans notre foyer, dans de nombreux petits actes d'amour, qui apportent la paix et la joie à nos familles et aux gens qui nous entourent. Saint Josémaria nous donne ce conseil : « Plus qu'à donner, la charité consiste à comprendre.[01] »

Il y a d'autres moyens de rendre ce commandement vivant et d'en faire notre vie : le pardon, les excuses, l'intérêt sincère pour les autres, les détails de service dans la vie quotidienne, la patience dans la famille, qui se traduit maintenant pour beaucoup dans le fait de vivre avec sérénité le confinement à domicile ...

Aujourd'hui, il est très clair que le travail est avant tout un service et que la charité peut lui donner tout son sens.

Aujourd'hui, il est très clair que le travail est avant tout un service et que la charité peut lui donner tout son sens. Une société se maintient debout grâce à ceux qui mettent leurs talents, leurs efforts, leur travail au profit des autres, même si cela demande des sacrifices.

Pendant la dernière Cène, Jésus a également demandé au Père l'unité de tous ceux qui seraient ses disciples à travers les siècles. « Que tous soient un, Père, comme tu es en moi et moi en toi, qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé » (Jn 17, 21).

« Ut omnes unum sint », qu'ils soient tous un. Il ne s'agit pas seulement de l'unité d'une organisation humainement bien structurée, mais de l'unité que donne l'Amour avec une majuscule : « Comme toi, Père, en moi et moi en toi ». En ce sens, les premiers chrétiens sont un exemple clair : c'est ainsi que cela est relaté dans les Actes des Apôtres : « La multitude des croyants avait un seul cœur et une seule âme » (Actes 4 :32).

Parce qu’elle est une conséquence de l'amour, l'unité que Jésus nous demande n'est pas l'uniformité, mais la communion. Il s'agit de l'unité dans la diversité, qui se manifeste dans la joie de vivre avec des différences, d'apprendre à s'enrichir des autres, de favoriser un environnement d'affection autour de nous, sans mettre de conditions, d'aimer les autres tels qu'ils sont.

Jésus a souligné que cette unité est une condition de fécondité dans la transmission de l’Évangile, dans l’apostolat : « Pour que le monde croie ». Unité qui ne constitue pas un groupe fermé, mais nous pousse plutôt à offrir notre amitié à tous dans cette magnifique mission évangélisatrice. La vocation du chrétien, pleinement vécue, rapprochera de Jésus nos amis, nos collègues, qu'ils soient déjà près du Seigneur ou pas encore.

« Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi » (Jn 17,21). Que le Seigneur nous accorde le don de l'unité et nous aide à le rendre vivant dans les œuvres de service des uns pour les autres.

[01] Chemin, n°463




Méditation du prélat (10 avril 2020)

Le Christ torturé – « Ecce Homo » - apparaît fragile aux yeux des hommes

La liturgie du Vendredi Saint nous place directement devant le grand mystère de la Croix de Jésus-Christ.

Dans l'Évangile, nous contemplons le Seigneur à Gethsémani, fait prisonnier par une cohorte dirigée par Judas ; nous le voyons conduit devant le grand prêtre Caïphe et, après avoir été interrogé, recevoir une gifle injuste.

Puis, en présence de Pilate, le peuple crie : « Crucifie-le, crucifie-le ! » (Jn 19, 6) ; Jésus est ensuite flagellé et couronné d'épines.

Le matin du Vendredi Saint, Pilate présente le Christ, torturé et humilié, devant le peuple, en disant : Ecce Homo « voici l'homme » (Jn 19,5). Quelques heures plus tard, il sera crucifié.

Dans un célèbre tableau du Titien - l'Ecce homo - on peut voir Jésus, détruit en tant qu'homme, mais qui révèle néanmoins sa divinité et sa beauté. Dieu a voulu se rendre visible également dans la vulnérabilité.

Dans la souffrance et peut-être l'obscurité de tant de personnes qui souffrent dans le monde (maintenant aussi à cause de la pandémie de coronavirus), nous pouvons contempler le Christ flagellé et couronné d'épines. Saint Jean-Paul II le contemplait ainsi : « Il est l'homme, l'homme tout entier, chaque homme, dans son être unique et irremplaçable, créé et racheté par Dieu (...) Ecce homo ... ! ».

Il est vrai que nous souffrons ensemble, et il y a tellement de preuves de solidarité qui le montrent, mais finalement la douleur est ressentie par chacun, seul avec Dieu.

La solitude de Jésus montré au peuple nous rappelle ces malades qui, en raison de l'isolement de ces jours-ci, meurent sans pouvoir dire au revoir à leurs familles et ceux qui souffrent seuls de la maladie. Jésus devant le peuple ressent également la solitude. Son cri sur la Croix (« Pourquoi m'as-tu abandonné ? »), a peut-être commencé plus tôt dans le silence serein de l'Ecce Homo.

Le Christ présenté par Pilate au peuple est aussi une icône de la dignité humaine maltraitée. Il y a une mystérieuse présence de Dieu dans la souffrance de chaque personne. Chez l'innocent qui souffre d'une catastrophe naturelle ou d'une injustice humaine, mais aussi chez nous quand nous souffrons à cause de nous-mêmes, principalement à cause de nos péchés. Demandons à Dieu de nous aider, de nous sauver. Il porte toutes les conséquences des péchés des hommes. Il est notre espérance.

Jésus, blessé et doux, est aussi comme un miroir dans lequel nous nous regardons. Le Dieu qui est amour se manifeste dans les blessures du Christ souffrant.

Une présence particulière de Dieu accompagne également ceux qui se donnent aux autres de manière désintéressée, car « là où se trouvent la charité et l'amour, il y a Dieu » : Ubi caritas et amor, Deus ibi est ! Nous avons vu tant de femmes et d'hommes, qui sont comme ces bons samaritains, des figures de Jésus, dans les hôpitaux, les maisons de retraite, les familles. Nous voyons que l'individualisme et l'utilitarisme n'ont pas le dernier mot. Dans une société apparemment autosuffisante, l'Esprit de Dieu bat dans le cœur de nombreuses personnes. D'une manière ou d'une autre, Dieu est toujours présent dans l'histoire et il la féconde à nouveau avec amour.

La figure de l'Ecce Homo peut également nous aider à prendre conscience que nous sommes fragiles et souvent impuissants face à de nombreux événements, comme le Pape nous le rappelait depuis cette place Saint-Pierre vide en nous parlant de cette tempête qui révèle notre fragilité. Reconnaître cette vérité sur nous-mêmes peut nous aider à reconfigurer notre relation avec Dieu et avec les autres.

L'Évangile continue : Jésus porte le bois, il est dépouillé de ses vêtements et, apparemment, aussi de sa dignité. Au moment de la crucifixion, le Seigneur prononce ces paroles d'un psaume : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Mt 27,46).

Pourquoi toute cette souffrance ? Pourquoi la Croix ?

Bien que nous ne puissions pas le comprendre pleinement, la crucifixion nous révèle que là où il ne semble y avoir que de la faiblesse, Dieu manifeste sa puissance illimitée ; là où nous voyons l'échec, la défaite, l'incompréhension et la haine, c'est précisément là que Jésus nous révèle la grande puissance de Dieu : transformer la Croix en une expression d'amour et de victoire.

Dans l'épître aux Hébreux, nous lisons que sur le bois, nous trouvons « le trône de la grâce, pour obtenir miséricorde » (Hébreux 4 :16).

Ce fut l'expérience de l'un de ceux qui furent exécutés à côté du Christ au Calvaire. Le « bon larron » expérimente comment la Croix de Jésus devient le lieu où il se sait pardonné et aimé : « Aujourd'hui même tu seras avec moi au Paradis », lui dit le Seigneur (Lc 23, 43). Sur la Croix, nous entendons prononcer le mot « Paradis ».

Croix et Paradis. D'instrument de torture, de violence et de mépris, la Croix devient un moyen de salut, un symbole d'espérance ; elle est devenue une manifestation de l'amour infini et miséricordieux de Dieu. Saint Josémaria explique que sur le chemin de la Croix, nous voyons comment le Christ « se rend à la mort avec la pleine liberté de l'Amour ». Regarder le Crucifié, c'est contempler notre espérance.

Nous pouvons également la contempler en prenant un crucifix dans nos mains pour simplement regarder le Seigneur. Le pape François nous a invités à « nous laisser regarder par lui au moment où il donne sa vie pour nous et nous attire vers lui. Le Crucifix ne parle pas de défaite, d'échec ; paradoxalement, il nous parle d'une mort qui est vie, qui engendre la vie, parce qu'il parle d'amour, parce qu'il est l'Amour de Dieu incarné, et l'Amour ne meurt pas, et même il vainc le mal et la mort. Celui qui se laisse regarder par Jésus crucifié est recréé, il devient une « nouvelle créature ».

En ces temps, quelle espérance peut nous donner le regard sur le Crucifix ! Il peut s'agir de ce Crucifix que nous avons dans notre chambre ou dans une autre partie de la maison. Arrêtons-nous en silence, montrons-lui nos blessures intérieures, notre fatigue, nos soucis et mettons-les entre ses mains.

De cette façon, nous expérimenterons le pouvoir transformateur de l'Amour de Dieu, qui sur la Croix embrasse les faibles et les remplit d'espoir. Et nous deviendrons aussi un signe concret de l'amour de Dieu : dans nos familles, avec nos amis, dans tous les environnements dans lesquels nous évoluons ... Dans chacun de ces « lieux » nous pouvons être un signe concret d'espoir, si nous rejoignons Jésus sur la Croix et si nous ouvrons avec Lui nos bras aux autres.

Rendons grâces de manière spéciale ce Vendredi Saint pour la miséricorde divine qui vient à nous dans le sacrement de Pénitence. Précisément en cette période de prière et de pénitence plus intenses du Carême et de Pâques, de nombreuses personnes à travers le monde ne peuvent pas s'approcher la confession.

Dans cette circonstance si particulière, le Pape nous a conseillé, il y a quelques jours, de mettre en pratique ce que dit le Catéchisme de l'Église catholique sur les actes de contrition[01] : « si tu ne trouves pas un prêtre pour te confesser, parle à Dieu, qui est ton Père, et dis-lui la vérité : « Seigneur, j'ai fait ceci, ceci, ceci ... Pardonne-moi' » et demande-lui pardon de tout ton cœur, avec un acte de douleur et cette promesse : « Je me confesserai plus tard, mais pardonne-moi maintenant. »

Le Vendredi Saint, l'Église porte son attention sur le Lignum Crucis, l'arbre de la Croix. Dans la liturgie, nous prions : « Nous adorons ta Croix, Seigneur, et nous louons et glorifions ta sainte Résurrection. À travers le bois, la joie est venue au monde ».

La Croix rayonne d'espérance sur le monde entier. Là, nous voyons le Seigneur les bras ouverts, prêt à accueillir et à guérir nos faiblesses. Et là, nous voyons aussi la Vierge Marie.

Le Titien, après l'Ecce Homo, a peint « La Vierge douloureuse avec les mains ouvertes ». Pendant des années, les deux tableaux ont été accrochés côte à côte sur le même mur. Lorsque la souffrance apparaît dans nos vies, lorsque nous regardons Jésus, nous nous saurons également toujours accompagnés par Marie. Nous lui demandons de nous aider à rester proches de la Croix, pour donner l'espérance à ceux qui nous entourent.



[01]N° 1451 et 1452




Homélie du prélat (26 juin 2020)
L'Eucharistie, omnia in bonum (tout est pour le bien !), et le sens de la mission sont les trois thèmes que le prélat a abordés lors de son homélie dans l'Eglise prélatice Saint Marie de la Paix (26 juin 2020)
Nous sommes aujourd’hui réunis dans l'église prélatice de Notre-Dame de la Paix, pour célébrer la fête de saint Josémaria, aux côtés de sa dépouille mortelle. Ayons recours à son intercession pour tous ceux qui souffrent des conséquences du coronavirus, en particulier pour les défunts et leurs familles. Nous prions maintenant plus spécialement pour les pays où la pandémie est encore très présente. La communion des saints nous amène à faire nôtre ce qui touche les autres, car « si un membre souffre, tous souffrent avec lui ». « Nous sommes tous dans le même bateau », a déclaré le pape François. Nous sommes « appelés à ramer ensemble, ayant tous besoin de nous réconforter les uns les autres ».

Les lectures de la messe d'aujourd'hui nous rappellent trois réalités qui étaient très présentes dans le cœur de saint Josémaria : l'Eucharistie, omnia in bonum (tout est pour le bien !), et le sens de la mission.

« Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 28). Ces mots, que nous lirons dans l'antienne de communion, résument le parcours terrestre de Jésus, qui a été marqué par son dévouement envers les autres. « Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice » (1 P 2, 24). Ce sacrifice est à nouveau rendu présent dans la Messe, où le Christ se donne totalement à nous. Il s'offre comme la nourriture qui nous fait vivre, il nous remplit de sa miséricorde et de son amour, comme il l'a fait au Calvaire.

Pendant les mois de confinement, nous avons mieux appris à valoriser la participation au sacrifice eucharistique. La première chose que faisaient chaque jour de nombreuses familles, dans cette situation difficile, était de suivre la Messe à la télévision. C’est là qu’ils tiraient la force nécessaire pour faire face à la journée, tout en faisant croître leur désir de recevoir notre Seigneur sacramentellement.

En ces circonstances difficiles que traverse le monde, un monde dont nous faisons partie et que nous aimons parce qu’il est créé par Dieu, nous sommes réconfortés par ces mots que nous lisons dans la deuxième lecture, et que saint Josémaria a si souvent médités : « Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c’est en lui que nous crions « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! » (Rm 8,15). Nous savoir enfants d'un Dieu omniscient et tout-puissant doit nous donner une joie profonde, qui est le fruit de l'Esprit Saint.

Cela ne signifie pas que nous ne rencontrerons pas de difficultés ni de souffrances. Saint Paul termine ainsi le texte que nous venons de lire : nous sommes « héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si du moins nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire » (Rm 8, 17). Ces mots nous aident à comprendre le sens de la douleur. Quand quelque chose nous fait souffrir, nous pouvons nous unir au sacrifice de Jésus sur la Croix, dans l’espérance de la résurrection. Car « ce qui guérit l'homme n'est pas l'évitement de la souffrance ni la fuite de la douleur, mais la capacité d'accepter la tribulation, d'y mûrir et d'y trouver un sens par l'union avec le Christ, qui a souffert avec un amour infini. »

La foi nous donne l'assurance que tout est pour le bien : Omnia in bonum ! aimait à répéter saint Josémaria avec les mots de saint Paul (cf. Rm 8, 28). Oui, tout est pour le bien, même s'il est parfois difficile de comprendre quel bien peut apporter une situation comme celle que nous vivons. Mais ce qui est certain, c'est que, pendant cette période, nous avons été témoins d'innombrables exemples de générosité, de créativité, d'initiative ; nous avons vu le travail et l’abnégation de tant de personnes, qui n’ont pas hésité à risquer leur propre vie : agents de santé, forces de sécurité, prêtres, bénévoles... Nous avons également entendu des histoires de parents qui se sont dépensés sans compter pour leur foyer durant le confinement. Ces exemples de dévouement nous ont amenés à être plus unis, à être plus conscients que nous avons besoin des autres et que les autres ont besoin de nous.

Dans l'Évangile d'aujourd'hui, nous lisons une invitation de Jésus à Simon-Pierre, qui le pousse à la mission : « Avance au large et jetez vos filets pour la pêche » (Lc 5, 4). Ces mêmes mots s'adressent à chacun d'entre nous aujourd'hui encore : laissons de côté notre confort, allons à la rencontre des autres et transmettons-leur la joie de l'Évangile, la joie d'une vie commune avec Jésus, qui a donné sa vie par amour pour chacun de nous.

Pour se lancer dans les profondeurs, il faut être audacieux, vouloir changer le monde. Mais il faut surtout avoir un cœur amoureux, laisser le Christ être le centre de notre vie, afin qu'il soit « l'unique moteur de toutes nos activités ».

Après l'invitation de Jésus à sortir en eau profonde, nous lisons : « Ils capturèrent une telle quantité de poissons que leurs filets allaient se déchirer » (Lc 5,6). L'efficacité surnaturelle de notre travail ne dépend pas de nos qualités, mais du fait de laisser le Seigneur travailler. « Lorsque nous nous mettons généreusement à son service, explique le pape François, il fait de grandes choses en nous. C'est ainsi qu'il agit avec chacun de nous : il nous demande de l'accueillir dans le bateau de notre vie, de recommencer avec lui à naviguer sur une nouvelle mer, qui se révèle pleine de surprises ». Tel fut l’idéal qui inspira la vie de saint Josémaria. Il sentait que « l’Œuvre est née pour étendre au monde entier le message d’amour et de paix que le Seigneur nous a légué ». Que nous sachions, nous aussi, nous lancer avec cette même confiance dans tout ce que le Seigneur nous demandera.

Nous qui participons à cette Messe, en « présentiel » ou sur le web, nous nous unissons avec prière et émotion à toutes les souffrances du monde. Et nous nous confions aux défunts pour que du ciel, avec saint Josémaria, en sa fête, ils intercèdent pour nous.

Allons tout particulièrement à Sainte Marie, Mère de Dieu et notre Mère. Elle, Consolatrice des affligés, nous aidera à voir avec les yeux de la foi, l'amour de son Fils dans les difficultés que nous traversons. Elle, l'Étoile du matin, nous guidera sur ce chemin d'amour et de confiance en Dieu.

Amen.

Le prélat a ensuite adressé les mots qui suivent en italien. Ils sont un résumé de cette homélie.

Je me tourne maintenant vers ceux qui, dans des conditions normales, auraient participé à cette célébration dans la Basilique saint Eugène. Bien qu'en Italie nous ayons déjà surmonté le moment le plus critique de la pandémie, dans d'autres parties du monde, le confinement dû au coronavirus se poursuit. Unissons-nous maintenant dans la prière à ces pays, et prions pour tous ceux qui nous ont quittés ces derniers mois ; prions pour eux et pour leurs familles.

Il est difficile de comprendre pourquoi Dieu a permis cette situation. Saint Paul écrit que « tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu », ce que saint Josémaria résume sous forme d’oraison jaculatoire : Omnia in bonum ! Tout est pour le mieux ! De toute contrariété, Dieu tire un bien, comme nous l'avons probablement constaté, d'une façon ou d’une autre, ces derniers mois.

En la fête de saint Josémaria, à côté de sa dépouille mortelle, nous pouvons avoir recours à son intercession pour qu’il nous aide à rester toujours très unis entre nous et avec tous ceux qui souffrent. Soutenons-nous les uns les autres par la prière, l'affection et le service désintéressé. Comme l'a dit le pape François lors de sa prière extraordinaire durant la pandémie, « nous sommes tous appelés à ramer ensemble, ayant tous besoin de nous réconforter les uns les autres. Nous sommes tous dans le même bateau ». N'oublions pas de prier pour le Saint-Père et son ministère dans l'Église.

Ainsi soit-il.









Homélie de la Vigile pascale (16 avril 2022)

« Le lendemain du sabbat, elles arrivèrent de grand matin au sépulcre, apportant les aromates qu’elles avaient préparés » (Lc 24, 1). Les mêmes femmes qui avaient suivi le Seigneur jusqu’à la croix viennent maintenant embaumer le corps mort de Jésus. Un geste que personne d’autre ne se risquait à faire par peur des autorités. Ni ceux qui l’avaient acclamé lors de son entrée à Jérusalem, ni non plus les apôtres : il ne se trouve que ces femmes. Leur attitude courageuse révèle la mission du génie féminin dans le monde. Comme le dit le pape François : « Elles nous apprennent à donner du prix, à aimer avec tendresse, rendant beau le monde » (Pape François, Homélie, 9-II-2017). Tandis que les autres qui avaient suivi Jésus restent enfermés dans leur désespoir, elles veulent avoir un ultime geste d’amour envers le corps de Jésus. Elles savaient qu’ainsi le monde, même au milieu de la plus complète obscurité, serait un peu plus beau.

Or Dieu avait préparé une surprise pour ces femmes. Au lieu du corps mort de Jésus, elles trouvèrent deux anges qui leur dirent : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? » (Lc 24, 5). Celui qui suit le Christ fidèlement s’ouvre à de telles surprises. Lui, il dépasse toujours nos attentes, nos aspirations, nos projets. Ces femmes allaient se contenter d’un ultime adieu à leur Seigneur et, soudain, elles apprennent la nouvelle : Jésus vit. Elles sont si déconcertées et effrayées qu’elles se bornent à garder « leurs visages inclinés vers le sol » (Lc 24, 5). Mais quand elles se remémorent les paroles de Jésus, quand il leur disait qu’il convenait qu’il soit crucifié pour qu’il ressuscite, leur crainte se transforme bien vite en joie. Et leur réaction fut d’annoncer à tous que Jésus était ressuscité. D’une certaine façon, on peut dire qu’elles furent les apôtres des apôtres.

Ce qu’elles ont fait ne leur a pas été imposé, mais c’était pour elles ce qu’il y avait de plus naturel. C’est l’élan spontané de qui a reçu un don qui remplit le cœur et change la vie : le Christ vit. C’est là le fondement de notre foi, de notre espérance, de notre amour : Jésus est ressuscité. Il a brisé les chaînes de la mort. Le mal n’a plus le dernier mot, mais le Fils de Dieu. Nous qui sommes chrétiens, comme ces femmes, nous communiquons aux autres cette réalité : Dieu nous a manifesté son immense amour dans le Christ mort et ressuscité pour chacun de nous.

« De même que le Christ est ressuscité d’entre les morts pour la gloire du Père, écrit saint Paul, nous aussi nous marchons dans une vie nouvelle » (Rm 6, 4). La résurrection de Jésus a renouvelé toute notre vie. Cette certitude rend féconde toute notre action, bien que parfois elle ne soit pas tout à fait visible. Telle est la force de la nouvelle vie de la résurrection.

« Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui vit ? » (Lc 24. 5). Cette nouvelle vie fait que le centre de nos aspirations et de nos désirs les plus profonds se trouvent dans le Seigneur. Si nous fondions notre bonheur sur les choses d’ici-bas – dans le plaisir, dans le succès, dans la richesse –, ce serait comme si nous cherchions parmi les morts celui qui est vivant. Le Christ nous invite à lever les yeux, à vivre avec la certitude de nous sentir toujours aimés de lui. Cet amour, qui ne change pas, satisfait les désirs les plus profonds de notre cœur.

Comme le disait saint Josémaria, la résurrection « nous révèle que Dieu n’abandonne pas les siens. (…) Il continue de trouver ses délices parmi les enfants des hommes ». Le Christ demeure au milieu de nous dans son Église, spécialement dans l’Eucharistie, « la racine et l’accomplissement de sa présence dans le monde » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 102). Et il demeure aussi en chacun de nous, comme il l’a promis aux apôtres : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui et nous nous ferons chez lui une demeure » (Jn 14, 23). Le chrétien est appelé à s’identifier au Christ : à penser, à réagir et à agir comme le ferait le Seigneur. En somme, à chercher l’union avec Jésus dans tout ce que nous faisons.

Nous avons le droit de penser que la première personne à qui Jésus est apparu fut sa Mère. Pendant les trois jours précédents, elle a dû attendre ce moment avec une espérance qui a éclaté de joie quand elle l’a eu de nouveau avec elle. Nous pouvons demander à la Vierge de connaître nous aussi la joie d’être avec Jésus ressuscité, nous sachant toutes et tous ouverts à une nouvelle vie.









Homélie du Vendredi Saint (15 avril 2022)

Nous venons de lire le récit de la Passion et nous avons accompagné Jésus de Gethsémani au Calvaire. Parmi toutes les personnes qui apparaissent au cours de ce voyage, je voudrais m'arrêter sur trois d'entre elles, car Jésus leur accorde une attention particulière : Pierre, Jean et la Vierge Marie.

Le Pierre que nous voyons ici est différent du Pierre de la dernière Cène. Là, nous avions vu un Pierre énergique, capable de tout faire pour le Seigneur : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort » (Lc 22, 34). Il l'avait dit avec une conviction totale. Et nous voyons cette intention mise en pratique au Jardin des Oliviers : il tire son épée et en frappe le serviteur du grand prêtre. Il voulait défendre le Maître, malgré le risque qu'un tel geste comportait.

Cependant, au moment du procès, alors que Jésus était interrogé, il s'est montré incapable de défendre son Seigneur, et il a juré qu'il ne le connaissait pas. Les larmes amères qu'il verse ensuite témoignent de sa tristesse et marquent le début de sa conversion. Désormais, il ne comptera plus sur ses qualités, mais sur sa contrition. Pierre sera désormais beaucoup plus un rocher qu'auparavant, car il est plus conscient de sa faiblesse et de la grandeur de l'amour de Dieu. Le regard que Jésus lui adresse, comme il le fera plus tard sur la rive du lac, n'est pas un regard de reproche, mais une confirmation de son rôle de chef de l'Église, « un regard qui touche le cœur et dissout les larmes du repentir » (Pape François, Homélie, 29-VI-2016).

De Jean, nous savons qu'il était « le disciple bien-aimé ». Il était cet apôtre adolescent qui « aimait le Christ avec toute la pureté et la tendresse d'un cœur qui n'a jamais été corrompu » (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n. 266). Très tôt, le Christ était devenu le centre de son existence, et c'est pourquoi nous le retrouvons très proche de lui tout au long de la Passion jusqu'à sa mort sur la croix. Il ne se souciait pas d'être reconnu comme l'un de ses disciples.

Jean nous montre ainsi un témoin courageux et sans complexe qui ne craint pas de prendre la défense du Seigneur dans les moments les plus difficiles. Nous le voyons au milieu de la foule lors du procès, au moment de la flagellation, sur le chemin du Calvaire. Alors qu'il lui aurait été plus facile de fuir comme les autres, il reste là. Sans peur, il se montre tel qu'il est : amoureux du Christ. Jésus, crucifié, l'aura sûrement regardé avec gratitude pour sa fidélité et, surtout, pour avoir pris soin de la Vierge en ce jour de tristesse. C'est pourquoi il s'est exclamé : « Voici ta mère » (Jn 19, 27).

Cela nous amène à tourner maintenant nos regards vers la Vierge. Le jour est venu où la prophétie de Siméon s'est réalisée : « Ton âme même sera transpercée d'un glaive » (Lc 2, 35). Il n'y a pas de douleur pareille à sa douleur. Mais elle ne fuit pas. Comme son Fils, qui a embrassé la croix qui devait causer sa mort, elle embrasse aussi sa Passion et accompagne Jésus dans chacune de ses souffrances. « Celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux est mon frère, ma sœur et ma mère » (Mt 12, 50). Marie est la mère de Jésus non seulement dans un sens physique, mais aussi dans son union parfaite avec la volonté de Dieu, qu'elle embrasse désormais sans réserve.

La soif du Seigneur dans ces moments, c’est la soif de notre salut, de notre bonheur. Et lorsqu'il regarde maintenant sa Mère, il trouve en elle un regard de consolation qui apaise cette soif. Par sa seule présence, Marie lui offre la plus grande des consolations. C'est pourquoi le Christ nous a donné sa Mère, afin que nous trouvions en elle la même consolation.

Jésus regarde aussi chacun de nous pareillement. Lorsque, comme Pierre, nous le renions, il nous regarde, nous invitant à être fidèles à notre vocation de chrétiens. Et comme Jean, il nous regarde avec une affection reconnaissante lorsque, avec un cœur sans partage, nous le suivons fidèlement dans les moments les plus sombres. Et comme la Vierge, il nous regarde avec l'espoir de trouver en nous la même consolation qu'il a trouvée en sa Mère.

Homélie prononcée en anglais

Sur le chemin du Calvaire, Jésus pose un regard particulier sur trois personnes : Pierre, Jean et la Vierge.

Pierre avait dit lors de la dernière Cène qu'il ferait n'importe quoi pour notre Seigneur, et nous voyons ensuite qu'il est incapable de se déclarer en sa faveur. Les larmes amères de Pierre témoignent de sa tristesse et marquent le début de sa conversion. Jésus le regarde. Son regard n'est pas accusateur, mais une confirmation du rôle de Pierre en tant que chef de l'Église.

Quant à Jean, nous savons qu'il était le « disciple bien-aimé ». Très tôt, le Christ était devenu le centre de son existence. C'est pourquoi nous trouvons Jean très proche de notre Seigneur tout au long de la Passion. Jésus a sûrement regardé Jean avec gratitude depuis la croix, à la fois pour sa fidélité et surtout pour avoir pris soin de Notre Dame en ce jour de douleur.

Quand nous regardons la Vierge, nous voyons qu'il n'y a pas de douleur comme la sienne. Mais elle ne s'enfuit pas. Son fils a embrassé la croix qui devait entraîner sa mort, et elle aussi embrasse la Passion et accompagne Jésus dans toutes ses souffrances. Lorsque Jésus regarde sa Mère, il trouve en elle un regard consolateur qui apporte un certain soulagement à sa peine. C'est pourquoi il a voulu nous la donner, afin que nous trouvions aussi en elle la même consolation.









Homélie du Jeudi Saint (14 avril 2022)

Nous reproduisons les homélies prononcées en espagnol et en anglais.

« Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin ». En ces jours du Triduum pascal, nous allons nous souvenir de cet « amour extrême » de Jésus. Un amour qui n'est pas abstrait, mais concret, et qui s’est constamment manifesté au cours de son existence terrestre.

Comment Jésus démontre-t-il cet amour sans limite ? Tout d'abord, saint Jean souligne qu'il a versé de l'eau dans un bassin et a commencé à laver les pieds de ses disciples. Jésus effectue le travail d'un esclave. Il l'avait déjà dit : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir » (Mt 20,28). Lorsque les apôtres se disputaient pour savoir qui serait le plus grand, Jésus dit : « Celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave » (Mt 20, 27). Par ce geste du lavement des pieds, le Seigneur se fait le serviteur de tous. « Alors que les grands de la terre construisent des "trônes" pour leur propre pouvoir », dit le pape François, « Dieu choisit un trône inconfortable, la croix, d'où il règne en donnant sa vie ». Le service n'est pas humiliant, c'est la chose la plus élevée que nous puissions faire, car il incarne la façon de vivre du Christ.

Mais l'amour de Jésus ne s'est pas arrêté à ce geste. Dans la deuxième lecture, nous avons entendu le récit de la dernière Cène par saint Paul. « La nuit où il allait être livré, il prit du pain et, en rendant grâce, le rompit et dit : "Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi" » (1 Co 11, 24). Jésus est resté avec nous pour toujours. Saint Josémaria utilisait l'image des photos que s'échangent les amoureux comme un moyen de se rappeler l’un de l'autre, même quand on est loin. Mais ce que Jésus-Christ nous a laissé n'est pas seulement une image ou un souvenir : « il reste lui-même". Il ira vers le Père, mais il restera avec les hommes » (Quand le Christ passe, n. 83).

Jésus connaît nos faiblesses ; en devenant homme, il a voulu connaître les limites de la nature humaine, à l'exception du péché. Il sait que nous traversons des difficultés et des souffrances. C'est pourquoi son amour extrême l'a conduit à se donner en nourriture, une nourriture qui nous fortifie. Chaque fois que nous le recevons, nous nous unissons à lui, nous sommes transformés en celui qui est l'amour vivant. « Lorsque nous nous nourrissons avec foi de son Corps et de son Sang, son amour passe en nous et nous rend capables de donner (...) notre vie pour nos frères et de ne pas vivre pour nous-mêmes » (Benoît XVI, Audience, 18-III-2007).

Dans la première lecture, nous avons rappelé l'institution du repas de la Pâque, mémorial de la libération de l'esclavage en Égypte. C'est une image prophétique de la Pâque du Christ, qui libère le monde du péché. La Passion est le point culminant de l'amour extrême de Jésus pour l'humanité : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). Un père, lorsqu'il voit son enfant souffrir, souffre avec lui, et fait tout ce qu’il peut pour atténuer cette douleur. Dieu, nous voyant esclaves du péché, n'a pas hésité à envoyer son Fils unique pour nous donner une libération plus profonde que celle vécue par le peuple d'Israël : la liberté des enfants de Dieu. Nous ne sommes plus à la merci du malin. Jésus, par sa Passion, a vaincu le prince de ce monde. Et maintenant, nous pouvons nous aussi répéter avec saint Paul : « Je peux tout en celui qui me rend fort » (Ph 4, 13).

Jésus nous aime jusqu'au bout. Sans limites, mais de manière concrète. Il nous lave les pieds dans chaque confession, nous purifiant de nos péchés. Il s'offre à nous comme nourriture dans l'Eucharistie, afin que nous trouvions la force dans notre lutte quotidienne pour vivre en tant qu'enfants de Dieu. Aujourd'hui, nous pouvons demander à notre Sainte Mère Marie de savoir accueillir sans limites cet amour extrême de son Fils.

Homélie prononcée en anglais

Pendant le triduum pascal, nous rappelons jusqu’où est allé l'amour de Jésus. Son amour n'est pas abstrait – il se traduit tout d'abord dans le lavement des pieds. Le Christ entreprend une tâche qui était réservée aux esclaves. En faisant cela, il devient le serviteur de nous tous. Le service n'est pas humiliant, mais l'activité la plus noble que nous puissions faire, car il incarne la manière dont le Christ a vécu.

Nous voyons aussi jusqu’où va son amour dans sa décision de rester avec nous dans l'Eucharistie. Il connaît notre faiblesse. Il sait que nous passons par des moments difficiles et des souffrances. Et c'est précisément la raison pour laquelle son amour illimité l'a conduit à s'offrir à nous comme nourriture, pour nous aider à devenir forts. Chaque fois que nous le recevons, nous nous unissons à lui, nous nous transformons en celui qui est l'Amour vivant.

La Passion est le sommet de l'amour de Jésus pour les hommes. Lorsque Dieu nous a vus asservis au péché, il n'a pas hésité à envoyer son Fils unique, pour nous offrir la liberté au sens le plus profond du terme : la liberté des enfants de Dieu. Nous ne sommes plus à la merci du malin.

L'amour de Jésus n'a pas de limites, et il est toujours concret. Il nous lave les pieds à chaque confession, nous purifiant de nos péchés. Il s'offre à nous comme notre nourriture dans l'Eucharistie, afin que nous puissions trouver la force dans notre combat quotidien pour aimer en tant qu'enfants de Dieu. Puissions-nous toujours savoir accueillir son amour sans lui fixer de limites. Demandons à Marie, notre Mère, de nous y aider.