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Homélie de la Messe en Eurovision de la Solennité de la Toussaint depuis l’église Notre-Dame de Stockel à Woluwé-St-Pierre (archidiocèse de Malines-Bruxelles) le 1er novembre 2010, de 11h00 à 12h00 sur « La Deux »
Mes frères et mes sœurs,
Il faut vous en faire une raison ! Nous sommes tous appelés, vous et moi, à devenir des saints et des saintes, à l’image de tous ceux et celles que nous fêtons aujourd’hui. Vaste programme, me direz-vous ! Comment faire des saints avec nos vies telles qu’elles sont, avec nos lumières et nos ombres, nos fidélités et tant d’infidélités ? Et pourtant Dieu y parviendra. Il n’a d’ailleurs créé le monde qu’en vue d’aspirer des créatures libres dans le bonheur de sa propre vie éternelle. Et il y parviendra. Car Dieu veut le salut de tous les hommes. Et ce que Dieu veut, il le veut vraiment, avec son amour sans faille et sa toute-puissance. Car « il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés ».
Il n’y a qu’une chose qui pourrait faire échouer son plan, si j’ose ainsi parler. Ce serait notre refus lucide, pleinement volontaire et obstiné de nous laisser aimer par lui. Ce serait de préférer, jusqu’au bout, d’être malheureux par moi-même plutôt que d’être heureux par l’amour d’un autre. Mais sauf cette possibilité, qui est celle de l’enfer, Dieu réussira à faire de nous des saints, avec le concours de notre liberté.
Oui, nous rejoindrons un jour cette foule immense que Jean a contemplée dans l’Apocalypse, « de toutes nations, races, peuples et langues », infiniment plus large encore que l’Eurovision ! Oui, les béatitudes, dont ont vécu exemplairement les saints et les saintes qui peuplent nos calendriers, seront un jour le cœur de notre éternelle félicité et de notre intarissable joie. Déjà maintenant, dans nos moments de grâce, nous en goûtons la beauté et la fécondité, pâle reflet, anticipé dans le clair-obscur de cette vie, de la joie débordante qui nous attend. Car si, « dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, (…) ce que nous serons ne paraît pas encore clairement ». Mais quelle béatitude ce sera « lorsque le Fils de Dieu paraîtra » !
Pour devenir des saints, nous avons cette vie, si brève, que nous menons sur la planète Terre. Heureux sommes-nous si, du mieux que nous avons pu, nous avons déjà donné à Dieu notre jeunesse ! Mais si, durant le printemps et l’été de notre vie, l’étourdissement du travail, de nos succès ou de nos échecs, nous a détournés du Seigneur en nous faisant nous cramponner à nos petits bonheurs fugaces, l’automne arrivera, qui nous dépouille de nos illusions. Alors, tout ce qui n’est pas béatitude authentique, tous nos bonheurs étriqués, s’en vont, emportés comme feuilles au vent de novembre. Alors l’unique nécessaire de cette vie reprend tout doucement ses droits.
Et puis, sauf cas de mort prématurée, viendra l’hiver de notre séjour terrestre, quand la vie s’engourdit, quand les problèmes de santé se multiplient, quand vient enfin le temps de l’agonie et de la mort. Que d’hommes et de femmes – et nous serons probablement du nombre – deviennent des saints dans les dernières années, dans les derniers mois, jours ou minutes de la vie, quand il faut enfin tout lâcher de ce à quoi l’on s’était tant accroché auparavant ! Alors, avec une lucidité dont seule la miséricorde de Dieu atténue la crudité, je réaliserai que, souvent, j’ai mal vécu de moi-même et suis passé à côté des sources de la vraie joie. Alors, comme saint Augustin, je m’écrierai dans les larmes du repentir : « Tard je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et pourtant toujours nouvelle, tard je t’ai aimée ! » C’est pourquoi, entre autres raisons, il est si important de respecter, avec l’aide des soins palliatifs, la fin naturelle de notre existence sur la terre. Cela permet à notre vie de porter ses derniers fruits, des fruits de conversion, de réconciliation avec Dieu et avec ses proches, des fruits de paix et de joie.
Mais si même le défilé étroit de l’agonie et de la mort n’a pas suffi à libérer notre cœur de ses étroitesses et à l’ajuster à la joie de Dieu, alors, même au-delà de la mort, l’amour de Dieu nous purifiera encore. Il suffit, pour cela, qu’il y ait dans notre cœur, ne fût-ce qu’une petite brèche, une petite porte ouverte à l’amour de Dieu. C’est ce qu’on appelle le purgatoire, c’est-à-dire l’amour de Dieu qui nous purifie, nous dilate et nous sanctifie au-delà même de la mort, avec le consentement de notre liberté. Car, il faut nous en faire une raison, nous n’entrerons dans la joie du Dieu trois fois saint que quand nous serons devenus des saints, enfin libérés de leurs égoïsmes, aptes à être comblés du bonheur même de Dieu.
Que nos frères et sœurs aînés, les saints, nous remplissent d’espérance sur ce chemin de la sainteté ! Et heureux sommes-nous si nous nous y engageons dès maintenant, sans attendre le soir de notre vie ! Amen.
 
Homélie pour la nuit de Noël 2010
Nous avons beau le connaître par cœur, l’évangile de la Nativité nous touche et nous remue. C’est lui a inspiré nos crèches de Noël. Et pourtant, comme tout le reste de l’évangile de Luc, ce récit a été composé à la lumière du Christ crucifié et ressuscité, tel qu’il vit désormais au milieu de nous dans l’Église, tout spécialement chaque fois que nous célébrons la messe. Luc rapporte un événement historique. Mais il le fait, en contemplant ce que l’enfant de la crèche est devenu et est maintenant : celui que les hommes ont crucifié parce qu’il se présentait comme le Fils même de Dieu, mais que Dieu a ressuscité le troisième jour.
La crèche où Jésus est couché annonce déjà le tombeau où il sera déposé après nous avoir aimés jusqu’au bout. Les langes dans lesquels il est enveloppé préfigurent le suaire et le linceul avec lesquels il sera enseveli. Les anges qui chantent la joie de sa naissance sont les mêmes qui se tiendront au bord du tombeau vide, dans la joie du jour de Pâques. Et si Luc souligne à plusieurs reprises que Jésus est déposé, à Noël, dans une mangeoire, c’est pour que nous pensions à l’Eucharistie où il nous est donné en nourriture. Car chaque fois que nous célébrons la messe, Jésus ressuscité est personnellement présent parmi nous et nous dit :
« Prenez et mangez, ceci est mon corps qui est donné pour vous ». À Noël, Jésus nous le dit déjà, sans paroles, en étant simplement couché dans une mangeoire.
Nous risquons de nous habituer à la Bonne Nouvelle de Noël. Elle est pourtant la source de la plus grande joie qui puisse habiter le cœur de l’homme. À savoir que Dieu lui-même est devenu pour toujours un homme parmi les hommes. Oui, vraiment, « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi » - « Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ». Et quel enfant, quel fils ! Le Dieu-Fort devenu un enfant, le Prince-de-la-paix ! Paul résume bien notre émerveillement et notre gratitude : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. » En ce soir de Noël, nous pensons particulièrement à tous les hommes et femmes qui sont, aujourd’hui encore, victimes de la violence, ceux pour lesquels le joug, le bâton et le fouet, évoqués par Isaïe, sont toujours d’actualité. Je pense tout spécialement à nos frères et sœurs chrétiens sauvagement persécutés en Irak et dans d’autres pays encore.
Je pense aussi aux personnes sans domicile fixe et aux candidats réfugiés qui souffrent beaucoup en cet hiver. Et je remercie et félicite les paroisses qui, en accord avec les autorités civiles, ont mis provisoirement à leur disposition des salles paroissiales bien équipées.
Mais comment ne pas mentionner tout spécialement les enfants qui furent victimes d’abus sexuels atroces de la part de personnes jouissant d’une autorité morale. Nous savons que cela se passe dans tous les milieux, à commencer par les familles. Mais quand ces abus de pouvoir et ces violences sont le fait de prêtres ou de religieux, ils sont particulièrement sordides. En cette matière, l’Église doit se montrer à l’avenir plus vigilante, plus transparente et plus résolue que jamais. Comme nous l’avons rappelé constamment depuis le mois d’avril dernier, les victimes peuvent et doivent toujours s’adresser par priorité à la justice civile et aux organismes agréés par l’autorité civile pour accueillir les plaignants, même quand les faits sont anciens. Mais je remercie et félicite aussi les centaines de victimes qui ont eu le courage, à la suite de mon appel du 23 avril dernier, de s’adresser à la justice ou encore à la défunte Commission-Adriaenssens et ont ainsi, finalement, pu être entendues et honorées dans leur tragique récit. J’espère de tout cœur que les organismes agréés poursuivront cette tâche indispensable pour rétablir les victimes dans leur honneur bafoué. Pour sa part, l’Église continuera la mission qui est la sienne propre, à savoir d’écouter, sur le plan pastoral, les personnes qui souhaitent être entendues dans leur souffrance, mais sans jamais les détourner de s’adresser à la justice civile. Merci à tous ceux et celles qui nous aident à réaliser cet indispensable travail d’accueil et d’écoute !
Que l’enfant de Bethléem nous y aide, lui qui « s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien. » Amen.
Homélie pour le jour de Noël 2010
Durant la messe de cette nuit, nous avons accueilli la joie de Noël en regardant avec gratitude l’enfant de la crèche. Et de là nous sommes remontés jusqu’à l’amour du Père qui nous l’a donné. Ce matin, nous pratiquons en quelque sorte le chemin inverse. Nous partons de l’amour que Dieu est depuis toujours à l’intérieur de lui-même et nous rendons grâce de ce qu’il soit venu jusqu’à nous. J’ai l’impression que saint Jean a rédigé à genoux l’évangile qui vient d’être proclamé. Il commence par contempler la Parole d’amour que le Père prononce de toute éternité et qui est son propre Fils. C’est dans cette Parole, c’est dans son Fils qu’il a créé toutes choses. En lui se trouvent donc la vie et la lumière de tout être. Et voici que cette lumière éternelle est venue briller dans nos ténèbres. Avec saint Jean, nous nous prosternons devant un tel amour qui vient nous rejoindre dans cette fragilité de notre condition humaine que désigne, en hébreu, le terme « chair ». Et nous rendons grâce, car « le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous ». Déjà la loi donnée par Dieu à Israël, par l’intermédiaire de Moïse, était un beau cadeau, mais « la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ », en plénitude, grâce sur grâce. Et Jean nous invite à accueillir ce merveilleux cadeau qui fait de nous des membres de la famille divine, car, si Dieu lui-même est devenu un homme parmi les hommes, alors nous faisons vraiment partie de la vie de Dieu. Il suffit d’ouvrir son cœur à cette grâce qui nous est donnée en Jésus. C’est pourquoi Jean ajoute : « À tous ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu ».
Nous risquons de nous habituer à la Bonne Nouvelle de Noël. Elle est pourtant la source de la plus grande joie qui puisse habiter le cœur de l’homme. À savoir que « dans les derniers temps, en ces jours où nous sommes, Dieu nous a parlé par ce Fils », par son propre Fils, descendu au milieu de nos ténèbres, de nos souffrances et de nos péchés.
En ce jour de Noël, nous pensons particulièrement à tous les hommes et femmes qui sont, aujourd’hui encore, victimes de la violence, ceux pour lesquels le joug, le bâton et le fouet, évoqués par Isaïe, sont toujours d’actualité. Je pense tout spécialement à nos frères et sœurs chrétiens sauvagement persécutés en Irak et dans d’autres pays encore.
Je pense aussi aux personnes sans domicile fixe et aux candidats réfugiés qui souffrent beaucoup en cet hiver. Et je remercie et félicite les paroisses qui, en accord avec les autorités civiles, ont mis provisoirement à leur disposition des salles paroissiales bien équipées.
Mais comment ne pas mentionner tout spécialement les enfants qui furent victimes d’abus sexuels atroces de la part de personnes jouissant d’une autorité morale. Nous savons que cela se passe dans tous les milieux, à commencer par les familles. Mais quand ces abus de pouvoir et ces violences sont le fait de prêtres ou de religieux, ils sont particulièrement sordides. En cette matière, l’Église doit se montrer à l’avenir plus vigilante, plus transparente et plus résolue que jamais. Comme nous l’avons rappelé constamment depuis le mois d’avril dernier, les victimes peuvent et doivent toujours s’adresser par priorité à la justice civile et aux organismes agréés par l’autorité civile pour accueillir les plaignants, même quand les faits sont anciens. Mais je remercie et félicite aussi les centaines de victimes qui ont eu le courage, à la suite de mon appel du 23 avril dernier, de s’adresser à la justice ou encore à la défunte Commission-Adriaenssens et ont ainsi, finalement, pu être entendues et honorées dans leur tragique récit. J’espère de tout cœur que les organismes agréés poursuivront cette tâche indispensable pour rétablir les victimes dans leur honneur bafoué. Pour sa part, l’Église continuera la mission qui est la sienne propre, à savoir d’écouter, sur le plan pastoral, les personnes qui souhaitent être entendues dans leur souffrance, mais sans jamais les détourner de s’adresser à la justice civile. Merci à tous ceux et celles qui nous aident à réaliser cet indispensable travail d’accueil et d’écoute ! Je vous souhaite une sainte et joyeuse fête de Noël !
Homélie de Noël 2013
Par quelle magie se fait-il que, chaque année, même dans notre monde sécularisé, la fête de Noël touche les cœurs ? Le folklore lié à cette fête, les sapins, les retrouvailles familiales y sont pour quelque chose. Mais, même si c’est souvent refoulé dans l’inconscient, les gens savent encore qu’il s’agissait de l’anniversaire d’une naissance. C’est d’ailleurs la signification du mot : « Noël » est la déformation de « natal ». Nous y célébrons la « nativité », le jour « natal » de Jésus.
Ce ne peut qu’être source d’émerveillement. L’émerveillement que l’amour de Dieu pour nous soit si grand qu’il ait voulu devenir lui-même un homme parmi les hommes, un homme parmi nous. Et d’abord un enfant. Le Fils de Dieu en et par lequel l’univers entier fut créé, a été comme nous un minuscule embryon, un simple fœtus dans le sein de sa mère, avant de naître à Bethléem et d’être déposé dans une mangeoire pour animaux.
Pourquoi s’est-il fait si petit, un petit enfant totalement dépendant de son entourage ?
Pourquoi sinon pour que, devant lui, nous ne perdions pas la face, malgré notre petitesse ? Et nous savons qu’après l’humilité déconcertante de sa naissance viendra l’effrayante humiliation de sa mort en croix, entre deux brigands, dans le silence de Dieu. Pourquoi un tel abaissement, une telle solitude ? Pourquoi sinon pour que même le plus grand pécheur n’ait pas peur de s’approcher de lui ? Ne craignons donc pas de venir à lui, tels que nous sommes, en ce jour de Noël. Il nous réservera un accueil au-delà de toute espérance.
Il est de tradition qu’en cette fête familiale, notre pensée, notre prière et notre engagement se tournent vers les plus fragiles de nos frères et sœurs en humanité. Cette année, je vous propose de tourner votre cœur vers nos frères et sœurs dans la foi, gravement menacés, voire franchement persécutés, en Syrie et en plusieurs autres pays où pourtant ils sont présents depuis parfois près de vingt siècles, tels que, par exemple, l’Irak ou l’Égypte. Dans nos pays sécularisés, beaucoup de baptisés prétendent avoir la foi, mais sans la pratiquer. Entendons le cri de ceux pour qui la pratique de leur foi implique quotidiennement une menace de mort. Je vous voudrais répercuter ici le cri de Mgr Samir Nassar, archevêque maronite de Damas, publié sous le titre : « le bruit infernal de la guerre étouffe le Gloria des anges » : « La Syrie en ce Noël ressemble le mieux à une crèche : une étable ouverte sans porte, froide, démunie et si pauvre… L’enfant Jésus ne manque pas de compagnons en Syrie… Des milliers d’enfants qui ont perdu leurs maisons vivent sous des tentes aussi pauvres que la crèche de Bethléem…Les enfants syriens abandonnés et marqués par les scènes de violences souhaitent même être à la place de Jésus qui a toujours Marie et Joseph qui l’entourent et le chérissent…Ce sentiment d’amertume est bien visible dans les yeux des enfants syriens, leurs larmes et leur silence… Certains envient même l’Enfant divin parce qu’il a trouvé cette étable pour naître et s’abriter alors que certains de ces malheureux enfants syriens sont nés sous les bombes ou sur la route de l’exode. »
Je pourrais poursuivre la citation. Et celle d’autres confrères évêques, comme Mgr Warduni, évêque auxiliaire à Bagdad. Mais je me limite à ceci. Ne restons plus indifférents en Occident à tant de frères et sœurs chrétiens qui sont discriminés, menacés, persécutés, qui doivent quitter leur patrie pour assurer la sécurité de leur famille et, par cette émigration, affaiblissent encore la position de leur frères dans leur pays d’origine.
Et n’oublions pas que, depuis que nous sommes confortablement rassemblés dans cette cathédrale, 5 ou 6 de nos frères dans la foi sont morts de mort violente à cause de leur foi en Jésus. Il en tombe, en moyenne, un toutes les cinq minutes. Par amour de l’enfant Jésus dans la crèche, portons-les dans notre prière et attirons sur eux l’intérêt de nos médias. Amen.
Homélie de Noël 2014
Il se passe toujours d’étonnantes merveilles la nuit et le jour de Noël. En lisant les chroniques de la Grande Guerre, j’ai lu, comme vous, comment, un soir de Noël, par-dessus les tranchées qui les séparaient, des combattants anglais et allemands ont alterné des chants de Noël et en sont venus à fraterniser entre eux. Car, ce soir-là, ils n’étaient plus des belligérants, mais des frères en humanité et, souvent, dans la même foi chrétienne. Le lendemain, hélas, les « ordres » reçus d’en-haut leur imposaient à nouveau de se tirer dessus au nom d’intérêts dits supérieurs.
Mais, pour quelques heures, ce fut un moment d’intense humanité au milieu d’un océan de barbarie collective. Pour un instant s’était vérifiée la prophétie d’Isaïe entendue à la messe de minuit : « Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés ! » (Is 9, 4).
Et cela simplement parce que « Oui ! Un enfant nous est né, un fils nous été donné ! » (Is 9, 5). Tout nouveau-né soutire de ses parents des merveilles de générosité et de tendresse. Ah !
Les trésors d’amour et de patience qu’un nourrisson peut susciter même au milieu des bombes et de la violence !
Il en va de même quand l’amour de Dieu fait homme est déposé dans une mangeoire pour animaux dans la nuit du premier Noël. Que de cœurs s’attendrissent devant une crèche !
Certes, beaucoup fêtent « Noël », c’est-à-dire la « naissance » de Jésus, sans même lui souhaiter « bon anniversaire » et sans même penser à le rejoindre dans l’Eucharistie et la communion, alors que, dans sa « mangeoire », l’Enfant-Jésus leur dit déjà, sans paroles : « Prenez et mangez, ceci est mon corps qui est livré pour toi ».
Mais beaucoup se laissent attirer. Mes confrères et moi avons été impressionnés de constater qu’en plein milieu des « plaisirs d’hiver » (Winterpret) à Bruxelles, des milliers de personnes entrent dans l’église Sainte-Catherine sur le Vismet, pour regarder, visiter, mais aussi allumer un cierge, prier un instant devant le Saint-Sacrement, et même se confesser. Et cela se passe en bien d’autres lieux encore.
Oui ! Ce n’est pas pour rien qu’en ce jour « la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tite 2, 11). Quand le Verbe éternel de Dieu se fait chair dans le temps et vient habiter parmi nous, plein de grâce et de vérité (cf. Jn 1, 14), cela touche le cœur humain et suscite des sursauts d’amour et d’oubli de soi.
Je pense aux équipes qui, en ce jour, sillonnent les rues des grandes villes pour y offrir accueil, chaleur et douceurs de Noël aux personnes sans abri.
Je pense à la détenue qui, lors de mon premier Noël en prison, à Namur, m’a confié : « Moi aussi, je suis née à nouveau, en prison. Je suis entrée ici en odieuse criminelle. Mais, grâce à des visiteurs de prison, j’ai rencontré Jésus. Et, même si je dois demeurer enfermée ici jusqu’à la fin de ma vie – et je le mérite – je suis désormais une femme libre. Jésus m’a permis de renaître en prison ».
Je garde aussi le souvenir ému d’un Noël à la prison d’Ittre. Au moment de la prière universelle, un détenu s’est exprimé ainsi : « Je devrais être heureux aujourd’hui. C’est le soir de Noël et demain je verrai ma famille. Mais je ne peux pas être pleinement heureux. Je pense aux gens qui, à Bruxelles, vont dormir dans la rue, sur un carton, dans le froid. Moi, je loge dans une cellule chauffée et je dispose d’un lit. Seigneur, je te prie de veiller sur eux ». Quelle splendide prière de Noël !
Et, à titre tout à fait personnel, je te remercie, Jésus, pour ce jour de Noël 1946. J’avais 6 ans et demi. Ce fut ma toute première communion. Après la messe, au pied de la crèche, tu as obtenu de moi ce mot d’enfant, devenu ensuite l’idéal et la réalité de toute ma vie d’homme : « Jésus, pour toi je serai prêtre ! ». Merci, Seigneur, pour tout ce que tu obtiens de notre cœur à chacun. De mes frères détenus. Et même de moi, aussi. Surtout en ce jour de Noël !