Ressources Catholiques Missel Romain

Premier dimanche de l’avent; 27 novembre 1977; Lectures : Isaïe 2,1-5; Romains 13,11-14; Matthieu 24, 37-44.
Caractéristiques de la loi selon saint Thomas d’Aquin
Ces derniers jours nous avons entendu les commentaires de toutes sortes de gens au sujet de la proclamation de la loi de l’Ordre Public. Je ne suis pas un expert en droit, je ne suis pas un avocat, mais j’invite les avocats à faire honneur à leurs connaissances juridiques et à donner eux aussi leur jugement sur cette loi. En tant que pasteur, j’aimerais l’éclairer de cette doctrine classique et théologique de ce que doit être une loi. Je ne rentrerai pas dans les techniques juridiques, quoique j’ai entendu les commentaires de quelques avocats qui ont décelé certains péchés techniques dans cette loi. Il appartient aux avocats de faire honneur à leur profession et de voir s’il s’agit bien là d’une véritable loi, technique ou pas. Du point de vue théologique et sacerdotal, illuminé par la Parole de Dieu, j’ai le droit et le devoir d’éclairer cet événement que nous vivons. Je vais citer une page de notre théologien le plus illustre, saint Thomas d’Aquin dans sa « Primera secunde », la Somme Théologique de saint Thomas contient une partie qui se nomme la Première de la seconde partie « primera secunde », la question 90 étudie la loi et la définit ainsi : « La loi est une prescription de la raison, dans l’ordre du bien commun, promulguée par celui qui a soin de la communauté ».

C’est bref, mais ici nous avons quatre éléments d’une loi véritable. Prescription de la raison, ordinatio rationis, cela veut dire qu’elle ne doit pas être le fruit de l’arbitraire ou du caprice. Les païens distinguaient déjà cet élément rationnel de la loi, de l’élément capricieux du dictateur qui prononce cette phrase fameuse : Sic volo, sic juevo, sic pro ratione voluntas, qui signifie : « Ainsi, je l’ordonne, ainsi je le veux, pour l’unique raison que je le veux ». Cela n’est pas rationnel. L’homme est régi par la raison, non par l’arbitraire et le caprice. C’est pourquoi la première caractéristique d’une loi est d’être rationnelle, ordonnée à la raison.

Deuxièmement, orientée vers un authentique bien commun. Ce n’est pas aux bons désirs d’un gouvernement ou d’un groupe privilégié à qui revient le droit de façonner des lois pour continuer d’opprimer. Les lois doivent être édictées selon la recherche du bien commun afin que tous puissent reconnaître en cette loi la recherche du bonheur, du bien, de la liberté et de la dignité de tous, riches et pauvres.

Troisième élément : « Dictée par celui qui a soin de la communauté ». Ou encore, que celui qui édicte les lois doit se sentir mandataire de la communauté, parce que la communauté entière ne peut se doter elle-même de lois, c’est pourquoi elle nomme quelqu’un à cette fin, un représentant, une assemblée législative, les législateurs et les gouvernants qui doivent se sentir comme l’écho de la communauté, parce qu’uniquement s’ils sont l’écho de la communauté, leur volonté aura force de loi.

Finalement, quatrième élément, qu’elle « soit promulguée ». La loi est une mesure et la mesure n’est seulement efficace que lorsqu’elle s’applique à l’objet que l’on vise. C’est pourquoi, si une loi est faite pour le bien d’une société, elle doit être promulguée, être donnée à cette communauté pour qu’elle soit connue, analysée et acceptée, c’est alors qu’elle devient loi. C’est alors seulement que nous pouvons dire qu’une loi donnée par les hommes est le reflet de la loi naturelle, parce que seule la loi naturelle est la source de toute loi.

C’est pourquoi saint Thomas dans un autre article dit ceci : « La loi qui n’est pas juste, ne doit pas être appelée loi. La force de la loi dépend du niveau de sa justice, et lorsqu’il s’agit des choses humaines, la justice est proportionnelle avec sa conformité aux normes de la raison. Ainsi, la première norme de la raison est la loi naturelle, par conséquent, toute loi humaine possédera le caractère d’une loi dans la mesure où elle dérive de la loi de la nature. Et si elle s’éloigne d’un point de la loi naturelle, elle ne sera plus dès lors loi mais corruption de la loi. » La loi naturelle, c’est celle qui est inscrite au fond de notre cœur, celle qui nous dicte plusieurs droits, par exemple : droit d’association, droit à la liberté, droit de se défendre en justice, droit de ne pas être torturé pour nous extirper la « vérité ». Si toutes ces lois naturelles sont piétinées par une pseudo loi, saint Thomas dit clairement : « Il ne s’agit pas là d’une loi, mais de la corruption de la loi. » 27/11/77, p.3-4, III.
 
Les quatre fonctions de la loi

Saint Thomas analyse aussi quels sont les quatre actes de la loi. En fonction des actions humaines qui sont son objet, la loi régularise les actes humains d’une société, il dit premièrement : « Commander les actes vertueux »; deuxièmement : « Interdits les actes pécheurs »; troisièmement : « Permettre les actes indifférents »; et quatrièmement : « Punir pour amener à l’obéissance de la loi juste. « Nous sommes ainsi d’accord qu’une loi stimule la vertu, interdit les injustices de tous. Nous avons souvent dit qu’il existe en Amérique latine une injustice institutionnalisée et si une loi ne tient pas compte de cette injustice qu’il faut redresser, elle est injuste. La loi ne doit pas être l’écho de cette classe qui a institué l’oppression, mais elle doit se faire également l’écho de la classe qui reçoit la répression et l’oppression. Seulement alors, lorsque primera le bien de ceux d’en haut et de ceux d’en bas et lorsque le mal de ceux d’en haut et de ceux d’en bas sera puni, seulement alors la loi sera juste. 27/11/7, p.4, III.
 
Microphone de Dieu

L’on pourrait faire taire l’Église par la force. Puisse Dieu, qu’on ne nous enlève pas ce microphone qui fait tant de biens, mais si un jour, par la force, disparaissait la voix de l’Église, frères, il existe quelque chose qu’on ne peut faire taire : la conscience d’un peuple qui possède en tant que microphone de Dieu, l’obligation de proclamer même sans émetteur, de toute part, la liberté du message du Christ pour promouvoir les humains afin qu’ils deviennent de véritables fils de Dieu. […] Chaque catholique doit être un martyr, un témoin du message que Dieu doit proclamer librement devant les hommes et les femmes. 27/11/77, p.4, III.
 
Église sans peur

J’ai été invité en tant que participant et observateur au Septième Congrès latino-américain des travailleurs qui s’est tenu au Costa Rica du 21 au 26 novembre dernier. Ne pouvant pas m’y rendre, j’ai supplié le Docteur Jésus Delgado de bien vouloir me représenter. Il m’a raconté avec une profonde émotion l’ovation dont fut l’objet le nom de l’Église du Salvador de la part de ces ouvriers venus de tous les pays du continent latino-américain. Un d’entre eux lui dit : « Ah, si l’Église avait été ainsi, authentiquement l’Église de l’Évangile, sans peur des pauvres de la Terre, nous n’aurions pas à déplorer l’éloignement de la classe ouvrière, ni n’existerait l’athéisme ». Il est triste, très chers frères, de penser que nous sommes responsables de cela parce que nous avons cherché à appuyer notre Église sur les forces de la Terre, mais l’Église qui ne s’appuie pas sur ses propres faiblesses et dans la force omnipotente du Christ finit par tout perdre.» 27/11/77, p.5, III.
 
L’Église n’est pas le jouet des pouvoirs de la Terre

Qu’il est bon d’entendre qu’il existe de nos frères protestants qui ne sont pas d’accord avec cette manipulation et qu’inspirés par le même esprit que l’Église catholique, savent qu’un Évangile qui ne tient pas compte des droits humains, qu’un christianisme qui ne construit pas l’Histoire de la Terre, n’est pas l’authentique doctrine du Christ, mais simplement un instrument du pouvoir. Nous regrettons qu’en d’autres temps notre Église soit tombée elle aussi dans ce péché, mais nous voulons réviser cette attitude et en accord avec la spiritualité authentiquement évangélique, nous, les catholiques et les véritables croyants dans l’Évangile, même au-dehors de l’Église, nous ne voulons plus être les jouets des pouvoirs de la Terre. Nous voulons plutôt être l’Église qui porte l’Évangile authentique, fier de notre Seigneur Jésus-Christ, même s’il est nécessaire pour cela de mourir sur une croix comme Lui. 27/11/77, p.6, III.
 
La violence de l’amour

C’est cela le but mes frères, but que les prophètes nous signalèrent, but que continue d’indiquer l’Église. Les ennemis, ceux qui disent que l’Église ne parle pas, qui la discréditent et disent : « Elle prêche la violence, la politique, le communisme. « Ce sont là les distorsions du péché, mais ceux qui ont surmonté les forces du mal entendent l’Église authentique. Ils entendront toujours l’écho d’Isaïe, l’écho de Christ, l’écho des prophètes. Jamais nous n’avons prêché la violence, seulement la violence de l’amour, celle que nous laissa le Christ cloué sur une croix, celle que se fait à soi-même chacun de nous afin d’arriver à vaincre son égoïsme et pour qu’il n’y ait plus d’inégalités si cruelles parmi nous.

Cette violence n’est pas celle de l’épée, de la haine, c’est la violence de l’amour, celle de la fraternité, celle qui veut transformer les armes en outils pour le travail. Quel magnifique appel pourrions-nous faire ici, alors que le travail abonde dans nos campagnes, afin qu’il ne se convertisse pas en haine, en lutte ou en sang? Depuis dimanche dernier, je clame pour que les récoltes de café, de coton et de canne à sucre soient un chant de louange au Seigneur. Non pas inspiré par des lois, mais par l’amour de fraternité qui unit les propriétaires et les travailleurs. Faisons de nos campagnes un hymne qui naît de la générosité avec laquelle Dieu nous offre ses récoltes. C’est cela notre but, vers la paix nous marchons.» 27/11/77, p.9, III.
 
L’Heure eschatologique

« L’Eschatologie », les derniers temps. Isaïe (2,1-5), sept siècles avant le Christ, nous annonce qu’avec le Christ Fils de Dieu qui s’est fait homme va commencer l’étape ultime de l’Histoire. Combien durera-t-elle? Nous l’ignorons, mais nous sommes déjà en elle nous dit saint Paul (Rom.13,11-14). Maintenant nous sommes plus près de son avènement que lorsque l’ont annoncé les prophètes. Nous vivons déjà à l’heure eschatologique parce que le Christ par son incarnation et sa résurrection a injecté dans la Terre la dernière opportunité que Dieu a donnée aux humains pour être sauvés. Le Salut débute sur cette Terre, il signifie liberté, la véritable libération du péché, des égoïsmes, de l’analphabétisme, de la faim. Ces libérations de la Terre nous préparent pour la grande Liberté du Règne des Cieux.

Déjà le Christ ressuscité doit être la lumière des hommes et des femmes qui construisent l’Histoire. Le Christ doit être l’inspiration de toutes les lois que se donnent les humains, non le caprice des puissants, mais la volonté du Christ qui demandera peut-être la conversion aux puissants. La loi du Christ est l’eschatologie. Seuls ceux qui vivent cette vie en conformité avec le Christ seront réchappés pour la vie éternelle. L’Évangile sous la figure d’un séquestré nous dit cette grande vérité (Mt 24,40-41) : « Qu’à la fin des temps nous dit-il : deux hommes travaillaient, deux femmes aussi travaillaient, mais tandis que l’un d’eux est assumé, l’autre est laissé. « C’est-à-dire que sur cette Terre on ne voit pas toujours la différence, tous travaillent, cependant, certains seront amenés par Dieu dans son Royaume et d’autres seront laissés. Combien tristes seront ceux qui demeureront exclus du Règne des Cieux! Ça, c’est de l’exclusion, ceux qui demanderont : « Et nous Seigneur? »

Et la réponse de l’Évangile est cinglante (Mt 25,41-42) : « Éloignez-vous de moi maudits, dans le feu éternel, parce que j’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger. » C’est-à-dire que vous n’avez pas vécu l’Eschatologie dans le sens chrétien que Je voulais en venant m’incarner sur cette Terre, en me faisant homme, en mourant pour les humains, et en ressuscitant pour vous donner une vie nouvelle et un message de libération. Bienheureux ceux qui l’accueillir. Ceux-là, Je les reconnais tandis que les autres, combien seront-ils? Nous l’ignorons, c’est le mystère de l’Eschatologie. Mais un mystère que nous pouvons résoudre en notre faveur en commençant dès cet avent, préparation de Noël, appel à la pénitence, à nous convertir au Christ, à nous revêtir du Christ et peu importe les considérations humaines, lorsque l’on porte au fond de sa conscience la joie de s’efforcer d’être fidèle au Christ notre Sauveur. »
 
Vigilance : disposition spirituelle de l’avent

Puisse Dieu que cette parole de l’Aven incarnée dans l’histoire si dense de cette semaine, soit entendue par-dessus tous les murmures de la Terre, la Voix du Seigneur : « Je viens à vous, êtes-vous prêts comme la vigile qui n’attend pas l’avertissement du voleur, mais demeure attentif. Vigilance parce qu’à l’heure où vous vous en attendez le moins Il peut vous surprendre. « La vigilance est la disposition spirituelle que doit produire en nous ce merveilleux temps de préparation à Noël. Le Christ vient, ne l’attendons pas comme les enfants qui espèrent des jouets. Attendons-le comme des chrétiens qui savent qu’Il est déjà venu. Il nous annonça dès lors sa seconde venue pour nous surprendre sur le chemin de la vie et nous cueillir là où nous serons tombés morts pour régner avec Lui. Nous devons régner avec Lui par la vertu et par la sainteté.

Soyons de véritables chrétiens, dignes de cette heure eschatologique qui court depuis la première venue du Christ jusqu’à la seconde, ultime période de l’Histoire, sachons la vivre comme ceux qui vivent quelque chose qui n’est pas permanent, mais transitoire. Ne vous installez pas, ne vous attachez pas, ne vous perdez pas pour les biens du pouvoir de la Terre. Les enchantements du Règne de Dieu viennent déjà nous submerger. Comme on enlève, comme on séquestre une personne au point de lui enlever tous traits, ainsi nous serons séquestrés par l’amour du Christ qui nous prendra pour toujours dans son Ciel. Ainsi soit-il. 27/11/77, p.11, III.


Second dimanche de l’avent, 4 décembre 1977, Lectures : Isaïe 11,1-10; Romains 15,4-9; Matthieu 3,1-12.
Le Christ, centre et fin de toute l’histoire
Parole de Dieu incarnée

Saint Paul dit (Rm 15,4) : « Tout ce qui a été écrit dans le passé le fut pour notre instruction, afin que la patience et la consolation que donnent les Écritures nous procurent l’Espérance. » Voyez comment le prédicateur de ce temps devait d’une part, approfondir sa connaissance des Écritures, de la Parole de Dieu, mais non pas une Parole de Dieu écrite il y a des siècles qui demeure éthérée, désincarnée et théorique. D’autre part, le prédicateur doit s’incarner dans la réalité présente. De sorte que, comme dit saint Paul : par notre patience – ici dans le présent – la patience dont nous avons besoin aujourd’hui pour vivre cette heure de l’histoire doit être imprégnée des Écritures Anciennes.
 
Présence qui éclaire le monde

L’histoire actuelle, les événements de cette semaine, de ce jour, ont non seulement un caractère national, mais également familial. Chaque famille a connu différents problèmes au cours de cette semaine. Plus encore, chacun de vous ainsi que moi-même, nous avons eu nos problèmes, nos difficultés personnelles, familiales, dans notre quartier, notre village, notre nation ou dans le monde, et ces circonstances actuelles, le prédicateur ne peut pas les perdre de vue à moins qu’il ne veuille prêcher un Évangile qui ne dise rien aux humains d’aujourd’hui. C’est très facile de faire cela. C’est pour cela que nos détracteurs disent souvent : « Comment se fait-il que dans telle Église, à tel endroit, il n’y ait pas de problème? »Il ne peut pas y avoir de problème si nous parlons des étoiles, en nous référant à des choses qui ne concernent pas les problèmes actuels qui aiguisent notre patience, notre force et notre engagement actuel au sein de l’Histoire.

La Parole de Dieu selon saint Paul dans la lecture d’aujourd’hui (Rm 15,4-9), doit être une parole qui provient de l’éternelle et antique Parole de Dieu, mais qui concerne les plaies présentes, l’injustice et les atteintes à la dignité humaine d’aujourd’hui, et c’est cela qui cause problème. […] Sachez-le une fois pour toutes, nous ne faisons pas de politique. La Parole est comme un rayon de soleil qui vient du ciel et illumine la réalité. Quelle faute a le soleil si sa lumière si pure rencontre de la boue, du fumier ou des ordures sur cette Terre? Il se doit de les éclairer, sinon ce ne serait pas le soleil, ni la lumière, s’il ne découvrait pas la laideur et l’horreur qui existe sur cette Terre, comme il se doit également d’éclairer la beauté des fleurs et l’enchantement de la nature. La Parole de Dieu éclaire également l’horrible, le laid, l’injustice de la Terre et donne courage aux cœurs bons, les cœurs qui grâce à Dieu abondent et qui s’éclairent de la lumière éternelle de la Parole divine. C’est cela qu’a prêché aujourd’hui l’Évangile. Une prédication qui comme dans le temps des prophètes, se doit de causer des problèmes, de réveiller la haine et de secouer le ressentiment jusque dans sa forme la plus vulgaire où nous en sommes arrivés à être l’objet. Mais que les déchets aient de la haine envers la lumière, c’est sa gloire. Être calomnié par ceux qui se sentent touchés dans leurs injustices, c’est pour moi un honneur. 04/12/77, p.19-20, III.
 
Extrêmes qui assombrissent la Noël

Le Concile, en parlant du monde d’aujourd’hui, dit ceci : « Les déséquilibres qui dérangent le monde moderne sont reliés à cet autre déséquilibre fondamental qui plonge ses racines dans le cœur humain. Ils sont nombreux ceux qui, liés au matérialisme pratique, ne veulent rien savoir de cette situation dramatique ou encore, ceux qui sont opprimés par la misère et qui n’ont pas le temps de se mettre à y songer ». Voyez les deux grands maux d’aujourd’hui : vivre si confortablement, si riches qu’en pratique, ils sont des matérialistes. Ils n’ont pas le temps, peu leur importe d’analyser la situation dramatique du pays et de leur propre conscience. Ils sont très à l’aise dans leur prison dorée. D’autre part, la trop grande misère ne laisse pas de temps pour se mettre à considérer la situation sociale. Quel temps disponible peut avoir le pauvre qui doit penser aujourd’hui si demain il trouvera un travail et qui, demain aux aurores, partira avec sa besace pour en chercher et qui au lieu de cela rencontre la prison, la disparition. Ces deux extrêmes assombrissent cet avent. Aucun des deux ne permet de percevoir le Christ qui vient. 04/12/77, p.23, III.
 
Libérations qui ne pensent pas à Dieu

D’autres, dit le Concile. Écoutez bien ceci également afin de ne pas confondre l’Église avec le communisme. « D’autres espèrent du seul effort humain, la véritable et la pleine libération de l’humanité et ils sont convaincus que le futur règne de l’homme sur la Terre comblera tous leurs désirs. « C’est l’illusion des libérations qui ne pensent pas à Dieu et dont l’essentiel se résume à la révolution, dans les forces de la terre. C’est aussi cela l’horreur de l’athéisme pratique parce qu’il ne prend pas le temps de se tourner vers Dieu, il croit qu’ici, sur Terre, il peut rencontrer son paradis. Mais il ne rencontrera pas de paradis et il ne pourra pas non plus le construire par des lois répressives. On ne peut construire un monde meilleur seulement avec des bras humains. C’est l’Insolence de ceux qui pensent que l’existence est dépourvue de toute signification et qui s’efforcent de donner à leur vie un sens purement subjectif. C’est une autre des tentations d’aujourd’hui. Ils sont nombreux parmi les jeunes à avoir cette philosophie du nihilisme : si l’existence n’a pas de raison d’être, pourquoi vivons-nous? Et ils finissent par se suicider ou se droguer parce que pour eux la vie n’a pas de sens.
 
En qui devons-nous placer notre confiance?

Le Concile résume ainsi mon homélie : « L’Église croit que le Christ mort et ressuscité pour tous, donne à l’être humain sa lumière par l’Esprit saint afin qu’il puisse répondre au meilleur de sa vocation et qu’il n’a pas été donné sous le ciel à l’humanité, d’autres noms en qui elle peut être sauvée en dehors du nom de Jésus. L’Église croit également que le Christ est la clé, le centre et la fin de toute l’histoire humaine. »
 
La Noël que veut l’Église

Observant la vie des fauves dans la jungle, la Bible utilisant une image poétique affirme que lorsque le peuple se convertira à Dieu et que les hommes placeront davantage leur confiance en Dieu que dans les armées de la Terre et dans les lois injustes des hommes, alors se produira ceci (Is 11,6-8) : « Le loup habitera avec l’agneau ». Et il poursuit en décrivant ce qui semble impossible : « La panthère se couchera avec le chevreau. Le veau, le lionceau et la bête grasse iront ensemble, conduit par un petit garçon. La vache et l’ourse paîtront, ensemble se coucheront leurs petits. Le lion comme le bœuf mangeront de la paille. Le nourrisson jouera sur le repère de l’aspic, sur le trou de la vipère le jeune enfant mettra la main. »

Ce sont des images pour dire que le monde actuel est semblable à une jungle où les hommes sont des fauves pour les autres hommes, nous nous frappons, nous nous mordons, nous nous entre-dévorons. Mais si nous nous convertissons, si nous laissons entrer le Règne de Dieu en notre cœur, il n’y aura plus de loup pour l’agneau, il n’y aura plus de lion pour le chevreau et nous serons tous riches et pauvres, des frères qui mangerons ensemble, et nous sentirons la paternité du Royaume de Dieu. C’est cela la Noël que l’Église veut. 04/12/77, p.24-25, III.


8 décembre 1977; Lectures : Genèse 3,9-15; Éphésiens 1,3-6; Luc 1,26-38.
L’Immaculée Conception de Marie
Le Péché originel

Il existe deux sortes de péché : le péché originel et le péché personnel. Le péché personnel est celui que tu commets avec ta propre volonté en désobéissant à un commandement de la loi de Dieu. Tu as péché et tu es responsable de ce péché, comme Adam et Ève qui désobéirent personnellement à Dieu en commettant un péché personnel.

Qu’est-ce qui se produit lorsque je commets un péché personnel? On perd l’amitié avec Dieu, le pécheur est quelqu’un qui a désobéi à la loi de Dieu. Tous ceux qui pèchent rompent leur relation d’amitié avec le Seigneur, ils préfèrent leur passion à la volonté, à la loi du Seigneur. Ainsi, Adam et Ève préférèrent atteindre le bonheur non pas par les chemins de la loi de Dieu mais par la tricherie du démon qui se moqua d’eux après les avoir fait tomber en tentation. Pour cela, Adam et Ève furent privés de la grâce de Dieu. De ce couple ne peuvent naître que des enfants naturels. Si Dieu ne leur transmet pas aussi sa vie divine, si les parents ont perdu la vie de Dieu (la grâce), ils ne peuvent plus la transmettre, ils transmettent seulement la vie naturelle. Mais la vie naturelle qu’Adam et Ève commencèrent à transmettre à leurs enfants, cette vie parvenue jusqu’à nous par notre père et notre mère qui nous engendrèrent, est une vie privée de la grâce de Dieu. Cela ne suppose pas une faute personnelle, mais un héritage. Supposons qu’un monsieur, propriétaire d’une hacienda dit à l’administrateur : « comme récompense de la confiance que j’ai pour toi, tu vas être le propriétaire de mes terres tant que tu m’obéiras. Tous les enfants qui naîtront dans ta famille seront considérés comme des héritiers de ces terres tant qu’ils m’obéiront. »

Un jour, cet administrateur, se croyant le maître de tout, commença à mal administrer l’hacienda et à désobéir à son chef, à son patron. Le patron lui dit : « Je t’ai tout donné à condition que tu m’obéisses; tu ne m’as pas obéi, je suis désolé, mais tu dois quitter mes terres, tu demeuras sans héritage. » Et naturellement depuis ce temps, ces enfants qui bénéficiaient du bonheur de cette vie, naissent maintenant au-dehors de l’hacienda, déshérités par leur patron. C’est le cas du péché originel. Adam et Ève commirent un péché personnel et Dieu les expulsa du Paradis, Il leur enleva son amitié divine et leurs enfants, nous demeurons privés de la Grâce. Le péché originel n’est pas une faute, il provient d’un manque dans notre héritage. Dieu n’est pas obligé de nous donner son amitié divine alors que ceux qui la perdirent, la perdirent pour toute la famille, c’est un héritage qui a été perdu. 08/12/77, p.36, III.
 
Le Chrétien régénéré

C’est ce que nous dit la première lecture d’aujourd’hui (Gn 3,9-15), de telle sorte que Marie, également fille d’Adam devait naître déshéritée de la grâce de Dieu, dans le péché. Cependant, aujourd’hui nous célébrons l’Immaculée Conception de Marie. Elle fut conçue sans péché. Comment est-ce possible? Saint Paul (Ep 1,3-6; 11-12) nous apporte aujourd’hui l’explication. Si aujourd’hui nous, chrétiens, avons la chance de nous retrouver à nouveau dans la grâce de Dieu, c’est parce qu’un prêtre nous l’administra par le baptême. Et le fils du péché originel qui fut l’enfant qui naquit, qui fut moi, fut racheté par le baptême, par le sang du Christ sur la croix. Cet enfant est devenu enfant de Dieu, le paradis a été récupéré grâce au Christ. Et si, par disgrâce, moi baptisé je commets un péché personnel, une désobéissance à la loi de Dieu, le Christ m’a laissé un sacrement de réconciliation. Le prêtre dans le confessionnal a le pouvoir de rendre le paradis à plusieurs âmes qui ont perdu l’amitié avec Dieu.

Frères, si vous avez expérimenté le bonheur d’une bonne confession, vous comprenez ce que je suis en train de dire : c’est comme retourner au Paradis. Le jeune, la jeune, l’époux infidèle, l’enfant qui a désobéi, quiconque a commis un péché sent le reproche de Dieu dans sa conscience, il n’est pas heureux. Ceux qui dans cette assemblée sont dans le péché ne me trompent pas avec leur apparence de bonheur, là dans leur cœur ils portent le remords, ils portent la faute, ils portent la perte du Paradis. Ils ne seront heureux que lorsqu’ils se seront repentis et obéiront à l’Évangile du Christ; qu’ils viennent demander pardon à Dieu et qu’au nom de Dieu, un prêtre les accueillera dans le paradis de son Église. Comme si on leur enlevait un voile sur le cœur, comme s’ils sortaient de la tombe où ils étaient enterrés dans la pourriture. L’âme dans le péché est retournée au Paradis. Pourquoi le pardon des péchés? Parce que Jésus-Christ vient de nous dire saint Paul, parce que le Christ seul est le Rédempteur des péchés. 08/12/77, p.36-37, III
 
Marie préservée du péché

Pie IX, le 8 décembre 1854, déclara : « Le Christ est le Rédempteur de tous les hommes. » Marie aussi est sauvée, mais il y a deux sortes de Rédemption : une Rédemption qui sauve de la chute celui qui est tombé, qui le sort du trou, de l’abîme où il est tombé. C’est ainsi que le Christ nous a tous rachetés parce que nous sommes tous tombés dans l’abîme du péché originel, nous sommes tous nés marqués de cette désobéissance d’Adam. Mais il existe une autre sorte de Rédemption qui consiste à ne pas tomber. Marie te recueille dans ses bras avant que tu ne succombes, elle te soutient hors du danger. Comme tous ceux qui sont tombés, tu devrais avoir succombé, mais tu n’es pas tombé grâce à son amour spécial.
C’est le cas de Marie qui a été préservée du péché. Elle devrait être tombée dans le péché originel parce qu’elle est l’héritière d’Adam et Ève. Elle aussi appartient à notre race des pécheurs et c’est pourquoi le Christ l’a rachetée avec cette Rédemption si luxueuse, la Rédemption de préservation. Elle est l’unique à avoir été rachetée d’une telle Rédemption qui l’a protégée du péché originel. Et vous allez entendre dans quelques instants lorsque nous allons chanter la préface de cette messe de l’Immaculée Conception, où l’Église dit : « Immaculée et pure devait être la chair de celle qui devait donner naissance au Rédempteur de l’humanité, parce que le Christ voulait une mère qui n’aurait pas la gêne de dire : « J’ai été conçue dans le péché. » Il devança les mérites de sa Rédemption. Mère, Je vais te préserver parce que tes entrailles sont pures. Je vais me faire chair en toi, Moi le Rédempteur. 08/12/77, p.37-38, III.
 
Marie, Image de l’Église

Nous approcher de ce mystère du péché originel et de la Rédemption de Marie, c’est s’approcher de la source de l’Église. Vous allez entendre également dans le chant de préface d’aujourd’hui que Marie est l’origine et l’image de l’Église. Saint Paul dit que le Christ demeura cloué sur la croix pour se faire une épouse : l’Église. Marie Immaculée est l’image de ce que nous sommes tous une Église dirigée par cette parole que prêchent l’évêque, les prêtres, les religieuses et qu’enseignent les catéchistes et les célébrants de la Parole. Nous ne faisons pas autre chose que prêcher cette Rédemption du Christ, nous ne faisons pas autre chose que dénoncer le péché. 08/12/77, p.38, III.
 
Ce qui intéresse le Christ

Si le Christ avait recherché la grandeur humaine et la grandeur économique en choisissant sa mère, il aurait fait d’elle la femme la plus riche. Si le Christ avait placé son enthousiasme dans le pouvoir politique, il aurait fait de Marie une grande reine, dominatrice d’un grand empire. Si le Christ avait considéré la beauté comme le considèrent aujourd’hui tant de femmes et tant d’hommes, il aurait fait sa mère avec un joli visage, dans un beau corps, il aurait fait de Marie une beauté comme il n’en existe pas. Mais le Christ a choisi précisément de sauver du péché, toutes ces choses qui sont belles, en faisant Marie sans péché. C’est ce qui intéresse le Christ et c’est ce qu’Il a laissé comme responsabilité à l’Église. Prenez garde au péché! Il mourut sur la croix pour avoir dénoncé le péché, Il mourut sur la croix parce qu’Il s’est rendu responsable du péché des hommes et pour qu’ils soient pardonnés. Dieu ne châtie pas avec cet épouvantable tourment de la crucifixion. Comme l’affirme le prophète Isaïe : « Il porte sur ses épaules toutes nos iniquités et pour cela sa chair est bénite. » Dieu châtie tous nos péchés, et Il laissa la charge à l’Église de libérer le monde du péché. » 08/12/77, p.38-39, III.
 
L’Église, purificatrice du péché

C’est cela la grande mission de l’Église. C’est pour cela que le Christ a fait Marie sans péché. Il veut que son Église soit chargée de se purifier du péché et de purifier le monde du péché. Ce sont là les grands conflits de l’Église parce qu’elle dénonce le péché, parce qu’elle dit aux riches : « N’abusez pas, ne péchez pas avec votre argent », parce qu’elle dit aux puissants : « N’abusez pas de la politique, n’abusez pas des armes, n’abusez pas de votre pouvoir. Vous ne voyez donc pas que c’est péché! » Parce qu’elle dit aux pécheurs, à ceux qui torturent : « Ne torturez pas, vous êtes en train de pécher, d’offenser Dieu, vous êtes en train d’implanter le règne de l’Enfer sur la Terre. « C’est parce que l’Église condamne tout ce qui est péché, que surgissent contre elle de grands conflits, mais elle ne peut se taire. » L’Église ne sera authentique et persécutée que lorsqu’elle sera davantage unie à Marie Immaculée et sans péché.

C’est à partir de sa pureté qu’elle tente de purifier, qu’elle essaie également de laver les autres de leurs péchés, car elle ne désire pas condamner, comme le Christ le dit : « Je ne suis pas venu pour vous perdre, Je veux vous sauver, Je veux que ceux qui manœuvrent l’argent, la politique, les armes, le pouvoir et la beauté de la Terre, se sauvent. N’abusez pas de ces choses, mais usez-en selon la volonté de Dieu parce qu’on peut être riche, politicien ou militaire sans pécher. L’Église veut purifier ces hommes qui précisément font de leur charge, assez souvent, un art du péché, de la grossièreté, de l’inhumanité. » 08/12/77, p.39, III.
 
Pleine de grâce également

Lorsque l’Église dénonce le péché, c’est pour dire à l’humanité de ne pas placer leur enchantement dans les choses terrestres. Élevez-vous, faites la promotion des choses du ciel, des valeurs célestes, gagnez-vous l’amitié de Dieu avec les richesses de la Terre. Usez de ces biens conformément à la volonté de Dieu. Repentez-vous de vos péchés et au lieu de mettre votre joie dans les plaisirs du sexe, de la chair, du vice, de la boisson, des choses qui transforment les hommes en bêtes. Élevez-vous à être des hommes de vérité, fils de Dieu comme Marie qui ne mit jamais son enchantement dans les joies terrestres et pécheresses, mais dans les joies du ciel. 08/12/77, p.40, III.
 
La grande tâche de l’Église

C’est la promotion de l’humanité que l’Église est en train de mener à terme. C’est pourquoi, mes frères, l’Église, un jour comme celui-ci, s’est immergée dans la source pure qu’est Marie Immaculée. À partir de cette âme bénite, sans le péché du monde, l’Église cherche à remplir les êtres humains de la grâce, de la force et de la consolation de la Vierge Marie. Et je dis à nos prêtres bien-aimés, à nos religieuses, aux agents de la Parole, aux catéchètes : soyez courageux, au-devant de nous se dresse cette grande mission de laver le monde du péché et de le remplir de la grâce de Dieu. Il n’existe pas de tâche semblable à la nôtre. Et je dis également à ceux qui comprennent mal cette mission de l’Église, ceux qui nous espionnent en pensant que nous sommes devenus subversifs et communistes, à ceux qui persécutent et nous calomnient : « Soyez conscients que c’est le Christ que vous persécutez. C’est le Christ qui continue de prêcher la Rédemption aux hommes. Ne l’empêchez pas, laissez-le prêcher pour votre propre bien, gouvernants et puissants. C’est pour votre propre bien qu’il y a des chrétiens promus par la grâce de Dieu qui prêchent pour arracher le péché de notre société. Il y aura davantage d’honnêteté, il n’y aura plus de terreur, de crimes et de vices lorsqu’on écoutera le véritable message de l’Église qui travaille pour le bien véritable et la grandeur véritable de la Patrie. » 08/12/77, p.40-41, III.


Troisième dimanche de l’avent, 11 décembre 1977; Lectures : Isaïe 35,1-6a, 10; Saint Jacques 5,7-10; Matthieu 11,2-11.
L’Église du Salut
Nous pourrions intituler l’homélie de ce dimanche, l’Église du Salut parce que la mission de l’Église est de sauver comme le Christ et c’est cela sa fonction dans l’histoire. Et comme Dieu continue de sauver dans l’histoire des peuples, l’Église ne saurait ignorer l’histoire concrète du contexte où elle doit se développer. Avant de faire un commentaire de la Parole divine pour éclairer notre histoire, notre réalité, il est bon de tenir compte des réalités que nous vivons. Je voudrais vous remercier avant tout pour les félicitations et les marques de solidarité avec ma pensée qui me sont parvenues à propos de mon commentaire théologique en ce qui concerne la Loi de la Défense et de la Garantie de l’Ordre Public. Je n’ai rien fait d’autre que souligner quelques-unes des pages de notre théologie classique, de saint Thomas d’Aquin, et inviter, à partir de ce point de vue théologique, les experts de la loi pour qu’ils se prononcent au sujet d’un instrument si transcendantal pour la vie du pays. 11/12/77, p.49, III.
 
Comité œcuménique

J’ai également reçu des lettres de certains protestants qui s’expriment plus ou moins ainsi. Une des lettres dit ceci : « Comme chrétien, peu importe notre dénomination, nous sommes obligés, si nous sommes de véritables chrétiens, de partager et de vivre les enseignements de Jésus-Christ malgré toutes les persécutions. Malheureusement, plusieurs préfèrent vivre une vie commode et facile, sans complication ni risque qui pourraient mettre en péril leur sécurité. » Frères, peu importe d’être catholique ou non. Ce qui importe, c’est d’être de véritables chrétiens et de porter l’Évangile de Jésus-Christ. Non seulement par une proclamation très facile d’un spiritualisme sans engagement envers l’Histoire, sinon en annonçant que ce qui prévaut dans l’Évangile, c’est de suivre ce Christ qui n’a pas peur de se retrouver cloué sur une croix lorsqu’il s’agit de défendre la sainteté dans l’Histoire. C’est là où nous manquons à notre tâche, non seulement les protestants, mais aussi de nombreux catholiques qui comme l’affirme cette lettre d’un protestant, aiment leur vie commode et ne veulent pas avoir de complications. Que cela serve donc comme d’un appel pour mes chers catholiques à ne pas avoir peur de l’Évangile, mais à nous donner entièrement pour lui, même si celui-ci nous demande de faire des sacrifices supérieurs à nos commodités. 11/12/77, p. 51, III.
 
Plan de l’homélie :
1) Dieu seul peut nous sauver
2) Dieu sauve dans l’Histoire de chaque Peuple
3) La mission de l’Église est de faire en sorte que l’histoire de son peuple soit une Histoire de Salut
 
1) Dieu seul peut nous sauver

C’est ce que je conclus des lectures d’aujourd’hui, (Is 35,1-6a.10; Jc 5,7-10; Mt 11,2-11), que Dieu seul peut nous sauver. C’est là l’objet de ces prédications, de répéter ce que le Concile Vatican II a dit à ceux qui espèrent que la solution aux problèmes de la terre va venir de l’effort humain et qu’il y aura un jour un paradis sur cette terre qui sera créé par les êtres humains. C’est ce que l’Église a toujours dit. C’est un mensonge d’affirmer que nous les hommes pouvons apporter le Salut dont l’humanité a besoin. […]

Frères, c’est que le Salut que l’Église annonce n’est pas un salut au ras du sol. C’est pour cela que cela nous dérange lorsqu’on dit que l’Église fait de la politique, qu’elle est devenue communiste et subversive. 11/12/77, p.55, III.
 
La Libération que l’Église apporte

L’Église regarde avec tristesse ces libérateurs qui n’ont pas l’audace de lever leur espérance jusqu’où l’Église peut le faire. L’Église désarme toutes les libérations que peut offrir n’importe quel mouvement qui ne possède pas la foi et l’espérance chrétienne. La libération que l’Église espère et proclame est une libération qui part de la véritable liberté du cœur de l’homme vis-à-vis du péché. C’est pourquoi nous devons espérer d’un Dieu qui peut pardonner le péché, la racine de la libération. La libération que l’Église attend est une libération cosmique. L’Église sent que c’est toute la nature qui gémit sous le poids du péché.

Quels merveilleux caféiers, quels beaux champs de cannes à sucre, quels jolis champs de coton, quelle belle terre, celle que Dieu nous a donnée! Quelle nature est plus belle que celle-ci! Mais lorsque nous la voyons gémir sous l’oppression, sous l’injustice, sous les violations, alors, l’Église souffre et attend une libération qui ne sera pas seulement faite d’un bien-être matériel, sinon qu’elle proviendra du pouvoir d’un Dieu qui libère des mains pécheresses des hommes. Une nature qui avec les humains rachetés, va chanter la félicité en un Dieu libérateur. 11/12/77, p.55-56, III.
 
Isaïe et Jean le Baptiste

Le Christ vient également pour sauver ce qui est perdu, mais depuis le contexte de la conversion. Convertissez-vous. Comme tu l’as prêché, je le prêche aussi. Cette conversion fait le pauvre se sentir non pas triomphant, mais humble dans une véritable pauvreté qui s’appuie totalement en Dieu. Le pauvre face au riche ne doit pas se sentir rempli de ressentiments ou de haine, mais il doit savoir que le puissant aussi est appelé à la conversion pour se faire pauvre d’esprit. Cette pauvreté doit exister en ce monde puisque c’est à partir de là que Dieu lance son message de conversion à tous les hommes. Pauvres et riches doivent déposer leurs attitudes d’orgueil, d’autosuffisance, et de pouvoir pour se faire pauvres d’esprit (humble de cœur). Même s’ils possèdent des richesses, cela importe peu, qu’ils sachent en user comme des mendiants de Dieu, qu’ils sachent se sentir pauvres devant Notre Seigneur et frères de tous les pauvres. 11/12/77, p. 57, III.
 
Résumé de la Première Pensée

C’est cela le messianisme que le Christ annonça et que l’Église continue de prêcher. C’est pourquoi, frères, c’est un Salut que Dieu seul peut nous apporter. Les humains peuvent semer des rancœurs, ils peuvent mettre des armes dans les mains des faibles, ils peuvent écrire des lois terriblement répressives. Les hommes peuvent outrager avec des armes et avec le pouvoir, mais, comme nous dit la lettre diplomatique que je vous ai lue aujourd’hui, cela ne nous amènera pas le Salut véritable, non seulement à partir d’une perspective diplomatique, mais évangélique également. Je vous dis présentement, le Salut que la chrétienté, le monde croyant dans le Christ espère, ne peut venir que de Dieu seul. […] C’est cela la première réflexion des lectures d’aujourd’hui. Dieu seul peut nous sauver. Il faut éveiller dans le cœur de l’homme, cette grande espérance que Dieu va nous sauver. 11/12/77, p.57, III.
 
2) Dieu sauve dans l’Histoire de chaque Peuple

Le Concile dit : « En tout temps et en tout peuple, reçoit la grâce de Dieu, celui qui Le craint et qui pratique la justice. Ce fut cependant la volonté de Dieu de sanctifier et de sauver les hommes non pas isolément sans qu’il n’y ait aucune connexion entre eux, sinon en constituant un peuple qui le confesse en vérité et le serve saintement. » Et il ajoute : « Ce peuple ce fut Israël et c’est pour cela que l’histoire d’Israël est si différente des histoires des autres peuples. Elle possède une garantie très sûre, nous ne devons pas nous confondre en cela. »

L’histoire d’Israël est une histoire théocratique. Dieu l’écrit avec ses prophètes, avec ses hommes, avec ses faits. Les faits, les événements historiques d’Israël, possèdent un sens prophétique. Ce que Dieu fait avec Israël, Il veut le faire avec tous les autres peuples. De la Bible, de l’Histoire sacrée, les autres peuples doivent apprendre, c’est le paradigme de toutes les histoires. C’est pourquoi, dans cette première lecture (Is 35,1-6a.10) d’aujourd’hui que nous, Salvadoriens, lisons et après laquelle nous aspirons, comme Judas qui se restaure pendant son retour d’exil à Babylone, alors que les chemins du désert sont transformés en jardins. Judas refleurit en sainteté et en justice, purifié des péchés sociaux. C’est ainsi que le Salut reviendra au Salvador, Il espère la purification des péchés de notre histoire, Il attend la modération de tant d’abus, Il souhaite l’élévation et la promotion de tant d’exclus.
 
Dieu veut sauver dans l’histoire

Les Salvadoriens se sauveront dans leur histoire nationale. Nous n’avons pas à copier d’autres histoires, nous devons être autochtones, nous devons connaître chez nous les véritables causes du mal. Et comme Salvadoriens, tous sans exception, nous avons le droit de participer au bien commun de la patrie. Il ne s’agit pas là du patrimoine d’un seul parti, ni le privilège de quelques-uns qui sont déjà au pouvoir ou qui possèdent les armes, c’est le devoir de tous les Salvadoriens qui ressentent dans leur cœur la douleur de leur patrie et qui doivent collaborer, en cherchant à trouver les voies politiques pour développer leur apport personnel et civique au bien-être de tout le pays. Dieu veut sauver le Salvador par les Salvadoriens, par ses politiciens, par ses professionnels, par ses gens de la campagne, par tout ce qui s’appelle Salvadorien. 11/12/77, p. 57-58, III.
 
3) La mission de l’Église est de faire en sorte que l’histoire de son peuple soit une Histoire de Salut

L’étranger qui travaille ici au Salvador est plus Salvadorien que celui qui ne respecte pas l’idiosyncrasie des Salvadoriens. 11/12/77, p.58, III.
 
Notre Vocation

La patrie se construit selon les desseins de Dieu et la véritable vocation de ma patrie, c’est d’être une patrie de Salut. La véritable vocation des Salvadoriens c’est que nous parvenions un jour à constituer ce Règne de Dieu, non seulement baptisés de nom, mais effectivement chrétiens, engagés à faire de nos foyers, de nos plantations, de nos fermes, de nos chemins, de nos lois, toute une structure de Salut, toute une structure où le Salvadorien se sent véritablement réalisé comme chrétien, capable d’adorer son Dieu en toute liberté et de proclamer la religion intégrale que Dieu lui envoie proclamer. De se réunir dans des groupes de réflexions de la Parole sans peur d’être épié ou d’être dénoncé. D’aimer Dieu en se réunissant dans ses chapelles sans qu’on soupçonne qu’il est en train d’y faire autre chose.  C’est pour cela qu’avait dit cet évêque hongrois : « Quand nous ne pouvions plus chanter l’hymne national dans les rues de nos villes, nous avons pu le chanter dans les églises de notre patrie. » On chantera toujours notre patrie dans les églises parce que nous sentons qu’elle est cela, une histoire où Dieu réalise son grand travail de sauver ceux qui ont connu le bonheur de naître sur ce sol. Que nul ne se sente honteux d’être Salvadorien! Ressentons tous la satisfaction, l’orgueil de vivre dans une patrie où nous servons le bien commun sans peur. Nous sommes en train de construire la félicité du Salut éternel. 11/12/77, p.58-59, III.
 
La Patrie de l’avent

C’est là la tâche de l’Église dans l’histoire de chaque pays. Faire de chaque histoire une histoire de Salut. […] Comme saint Jacques (5,7-10), l’apôtre le répète : soyez patient. Mais non pas une patience faite de conformisme, une patience qui endort. Soyez patient, dit l’apôtre, et travaillez à votre propre perfection, améliorez-vous. Faites le bien en espérant que l’histoire de notre patrie, dans la mesure où nous la travaillons, sera véritablement, non pas l’histoire d’Israël qu’il nous suffirait de copier, sinon l’histoire de Dieu qui fit des merveilles en Israël et qu’Il veut réaliser ici au Salvador avec les éléments incomparables de nos paysages salvadoriens. Ainsi soit-il. 11/12/77, p. 59, III.

suivant