Biographie et histoire de saint Jacques
Jacques est un nom théophore, assez commun au temps du Christ, qui signifie « que (Dieu) protège », comme Jacob, dont il est la forme grécisée. Deux apôtres de Jésus portent le nom de Jacques : Jacques, dit le majeur, fils de Zébédée, dont on célèbre aujourd'hui la fête ; l'apôtre Jacques, dit le mineur, fils d'Alphée, premier évêque de Jérusalem et auteur de l'épître.
Frère aîné de Jean l'évangéliste, Jacques était fils de Zébédée et de Salomé ; il habitait Bethsaïde ou Capharnaüm et pratiquait la pêche sur le lac de Génésareth, en compagnie de son père et de mercenaires embauchés. Sans doute était-il par sa mère cousin de Jésus et appartenait-il au groupe des disciples de Jean-Baptiste, qui sur les bords du Jourdain furent conquis par Jésus. Sa famille jouissait d'une certaine aisance, puisque son père avait des mercenaires et que sa mère aura la possibilité d'accompagner le Seigneur dans ses randonnées apostoliques, de lui venir en aide et d'acheter des aromates d'embaumement.
Choisi comme Apôtre, Jacques ne tarda pas à figurer presque en tête des Douze, si l'on en juge par la place qu'il occupe dans les quatre listes apostoliques et par le comportement de Jésus à son égard. Avec Pierre et Jean, il formait le groupe des intimes de Jésus, seuls admis au spectacle de certains grands événements comme la résurrection de la fille de Jaïre, la Transfiguration et la sainte Agonie de Notre Seigneur au Mont des Oliviers. C'est sans doute cette situation privilégiée qui l'enhardit à faire plusieurs demandes intempestives, révélatrices de ses tendances naturelles. De passage en Samarie il réclama l'extermination par la foudre d'un village inhospitalier ; en route vers Jérusalem et dans la persuasion où il était d'une prochaine instauration sur terre du royaume messianique, il sollicita, ou poussa sa mère à solliciter, pour lui et son frère, les premières places dans ce royaume ; à l'annonce de la ruine du Temple, il s'enquit immédiatement de la date exacte de cet événement. Son impétuosité était telle qu'il reçut de Jésus, avec son frère Jean, le surnom de « Fils du tonnerre. » Il n'en imitera pas moins la défection des autres apôtres, après l'arrestation de son Maître au jardin de l'Agonie.
Figure importante de l'Église primitive, c'est sur lui et sur Pierre que porte, vers 41-44, le choix meurtrier du roi Hérode Agrippa I° qui voulait abattre les têtes de l'Église pour plaire aux Juifs. Jacques le majeur périt alors par le glaive, donnant sa vie en témoignage de sa foi, comme Jésus le lui avait prédit.
Les traditions grecques et latines ne disent presque rien sur Jacques le Majeur ; il y est simplement fait mention ici ou là de son nom et de son martyre. Eusèbe de Césarée est le seul auteur des premiers siècles à rapporter une anecdote qu'il dit venir de Clément d'Alexandrie qui la tenait des ancêtres. Jacques, dit Eusèbe de Césarée, à la suite d'une trahison, est mené devant le tribunal juif où il confesse sa foi ; à l'audition de son témoignage, l'homme qui l'avait livré se convertit. Tous deux sont condamnés à être décapités. Sur le chemin du supplice, le nouveau converti demande pardon à sa victime.
Les traditions postérieures parlent de la richesse de ses parents, de leur installation à Jérusalem, sur le mont Sion, de leurs relations avec le grand prêtre qui louait une partie de leur maison, de son apostolat en Judée, en Samarie et en Espagne, d'une épître, de sa mort et des prodiges qui la précédèrent, de son tombeau à Jérusalem, à Césarée ou en Espagne. Les dates de la fête de saint Jacques le Majeur, tant par l'Église latine (25 juillet) que par l'Église grecque (30 avril) ou l'Église syriaque (27 décembre), ne correspondent guère pas les Actes des Apôtres (XII 3) qui situent la mort de l'Apôtre juste avant la Pâque, fin mars ou début avril.
Saint Jacques serait venu en Espagne débarquant à l'extrémité ouest de la côte cantabrique à Iria Flavia (l'actuelle Padron). Il aurait prêché en Galice et sur les bords de l'Ebre. Un soir d'octobre 39, il priait près de l'Ebre, quand il fut ébloui par une lumière éclatante où lui apparut la Vierge, assise sur un pilier de jaspe, escortée par des milliers d'anges. Marie lui dit : « C'est ici que je veux étre honorée. Tu vas me construire un temple où ce pilier restera jusqu'à la fin du monde. Là j'accomplirai des miracles ». Saint Jacques édifia une chapelle, qui aurait été à l'origine de la basilique Notre-Dame del Pilar, à Saragosse.
Revenu en Judée, après un séjour de sept ans en Espagne, saint Jacques y fut exécuté. La légende espagnole dit que sept de ses disciples s'embarquèrent à Jaffa avec son corps dans un sarcophage ; l'embarcation « poussée par les anges », franchit les Colonnes d'Hercule (Gibraltar) et remonta le long de la péninsule pour venir s'echouer à l'extrémité ouest de la côte cantabérique à l'embouchure du rio Ulla. Le sarcophage fut enfoui, en sorte que le lieu de l'inhumation resta longtemps ignoré.
Au début du IX° siècle, la Reconquête ayant chassé les Maures de Galice, un ermite vit en songe le corps de saint Jacques et annonça la découverte prochaine de ses restes ; quelques jours plus tard, des bergers, guidés par la lumière d'une nouvelle étoile, découvrirent dans un champ le sarcophage ; d'où le nom de Campus stellæ (le champ de l'étoile), Compostelle. Dès qu'il l'apprit, Alphonse II le Chaste, roi des Asturies, y fit bâtir un sanctuaire ; il envoya l'os frontal du squelette à Charlemagne qui, ayant vu saint Jacques en songe, organisa l'expédition d'Espagne. Autour du premier sanctuaire naquit Saint-Jacques-de-Compostelle, Santiago (par contraction des deux mots Sant et Jago).
Saint national des Espagnols, saint Jacques devint le guerrier qui force la victoire. La veille de la bataille de Clavijo qui opposa Abdérame III à Ramiro I° (844), saint Jacques apparut au roi des Asturies et lui promit la victoire. Au cours de la bataille, on vit descendre du ciel un cavalier revêtu d'une armure étincelante, brandissant une épée flamboyante, avec laquelle il fit un carnage parmi les Maures. D'où le nouveau surnom de Matamore, par déformation de matamoros (tueurs de Maures) donné à saint Jacques, et sa statue équestre, maintes fois recopiée, promenée dans les processions, le représentant coiffé d'un vaste feutre dont le bord est relevé sur le front et brandissant une courte épée qui ressemble à un cimeterre ; un Maure pourfendu par cette arme est foulé par les pieds de sa monture. D'où encore et désormais, le cri de guerre Santiago, poussé par les Espagnols, lorsqu'ils foncent contre leurs ennemis.
Visions de la Bienheureuse Anne Catherine Emmerich sur la vie de Saint Jacques
Jacques était grand, il avait les épaules larges sans être trapu, ses cheveux étaient noirs et sa barbe brune. Il avait le teint blanc, la physionomie grave et pourtant pleine de sérénité. Il était marié et vivait à Capharnaum, mais il n'avait pas d'enfants. Sa femme était une soeur de la veuve de Naïm et se réunit plus tard aux saintes femmes.
La mère de Jacques s'appelait Marie Salomé, elle était fille d'une soeur de sainte Anne, dont le mari s'appelait Salomo : elle avait demeuré d'abord près de Bethléhem, puis sur les biens de sainte Anne. Marie Salomé épousa Zébédée dont elle eut Jacques le Majeur et Jean. Elle était du même âge que la fille aînée d'Anne, Marie d'Héli, née dix-huit à vingt ans avant la sainte Vierge, et qui épousa Cléophas, dont elle eut Marie de Cléophas : celle-ci épousa Alphée qui avait eu d'un premier mariage le publicain Matthieu et qui eut d'elle Simon, Jacques le Mineur et Thaddée. D'un second mariage avec Sabas, Marie de Cléophas eut José Barsabas et d'un troisième mariage Siméon évêque de Jérusalem, Marie Salomé était donc nièce de sainte Anne et cousine germaine de Marie, la mère de Dieu.
Lorsque Étienne fut lapidé, un an environ après le crucifiement de Jésus-Christ, sa mort ne fut pas suivie d'une persécution en règle contre les apôtres ; seulement, la plupart des chrétiens qui s'étaient établis dans des cabanes autour de Jérusalem, et qui étaient en partie sous la direction d'Étienne, furent chassés de leurs demeures il n'y eut pas d'autre persécution dirigée contre les apôtres et les disciples proprement dits, si ce n'est quelques meurtres isolés. Les Juifs éprouvaient un certain effroi : de temps en temps il y avait un tumulte populaire, puis le calme renaissait. Jacques fut l'un des premiers apôtres qui quittèrent Jérusalem lorsqu'ils se furent partagé les contrées à évangéliser, et il se rendit en Espagne. Il resta un peu plus de quatre ans dans ce pays, fit pendant ce temps plusieurs voyages, rencontra infiniment d'obstacles, et éprouva des tribulations de toute espèce : il eut souvent à soutenir de rudes luttes, et disputa beaucoup avec les savants. Je vis plus d'une fois Marie lui venir miraculeusement en aide lorsqu'il l'invoqua dans ses tribulations. En allant de Jérusalem en Espagne, il passa par les îles grecques et par la Sicile, puis il longea longtemps par mer la côte d'Espagne jusqu'à un étroit passage assez semblable à celui qui est entre la France et l'Angleterre, et enfin, il débarqua à Gadès. Il y a là une presqu'île avec un promontoire de rochers. Sa prédication fut mal accueillie dans cette contrée, et si quelques chrétiens réfugiés là n'avaient pas rendu témoignage de la vérité de ses paroles, on l'aurait mis en prison. Il alla alors dans une autre ville où il ne trouva pas un meilleur accueil, il fut arrêté et on voulait le mettre à mort, mais il fut délivré miraculeusement. Je le vis en prison, rêvant qu'un ange venait à lui et le délivrait en le faisant passer par-dessus une haute muraille. Je vis la chose arriver réellement pendant que Jacques croyait rêver : je le vis au haut du mur se réveiller et regarder derrière lui : il y avait devant le mur une grande étendue d'eau. Je vis un ange descendre du ciel et le transporter de l'autre côté de l'eau. Il se rendit ensuite à Rome, accompagné de deux disciples. Il en laissait derrière lui six ou sept qu'il avait chargés de continuer son oeuvre, leur promettant de revenir en Espagne. Dans son voyage, il passa à Marseille mais il ne vit pas Lazare ni les autres qui étaient plus avant dans l'intérieur du pays. Il continua son voyage par terre, suivant toujours les côtes dans la direction du midi, prêcha en divers endroits et fut mis en prison où il y resta six jours. Il fut ensuite emmené à Rome par des soldats, traduit devant un tribunal, puis remis en liberté. Ce voyage avait bien duré six mois.
Après cela Jacques revint en Espagne ; il retourna à Gadès où le nombre des chrétiens s'était notablement accru par suite des émigrations là, il remonta dans l'intérieur du pays ; il navigua d'abord sur un radeau avec quelques disciples, puis il fit plusieurs journées de voyage à travers des montagnes désertes, évitant les villes avec soin. Il passa devant Tolède et ne s'arrêta nulle part jusqu'à ce qu'il fût arrivé à Cæsar-Augusta (Saragosse). Il y eut dans cette ville un très grand nombre de conversions, des rues entières reconnurent le Seigneur, et on en chassa ceux qui restaient attachés au paganisme. Là aussi je vis Jacques courir de grands dangers ; on lâcha sur moi des serpents qu'il prit dans sa main sans s'émouvoir ; ils ne lui firent aucun mal et se précipitèrent sur les paiens qui se pressaient autour de lui, et que ce prodige frappa de terreur. Je vis aussi des magiciens faire assaillir Jacques par des démons sous toutes les formes. Je vis encore qu'ayant commencé à prêcher à Grenade, il y fut mis en prison avec tous ceux qui étaient devenus ses disciples. Il implora mentalement l'assistance de Marie qui alors était encore à Jérusalem, et un ange envoyé par elle vint le délivrer miraculeusement ainsi que tous ses disciples. Ce fut alors que Marie lui transmit par les anges l'ordre d'aller en Galice, d'y annoncer l'Évangile et de revenir ensuite à Jérusalem.
Le miracle de Saragosse
Je vis Jacques, après son retour à Saragosse, en proie a de vives inquiétudes à cause d'une persécution qui commençait et qui menaçait l'existence de la communauté chrétienne. C'était pendant la nuit : il priait avec quelques disciples au bord du fleuve, devant les murailles de la ville. Les disciples étaient dispersés et couchés par terre et je me disais : " C'est ainsi qu'était Jésus-Christ sur la montagne des Oliviers ".
Jacques était couché sur le dos les bras étendus en croix : il priait Dieu de lui faire connaître s'il devait fuir ou rester. Il pensa à la sainte Vierge et la supplia de prier avec lui pour demander conseil et assistance à son fils qui ne refuserait pas d'exaucer sa mère. Je vis alors une lumière éclatante briller tout a coup dans le ciel au-dessus de lui, et apparaître des anges qui faisaient entendre des chants admirables : ils portaient entre eux une colonne de lumière du pied de laquelle partait un rayon délié qui venait toucher la terre à deux pas en avant des pieds de l'apôtre comme pour marquer une place. La colonne était de couleur rougeâtre, avec un mélange d'autres couleurs qui y formaient comme des veines : elle était très hauts et très mince et se terminait comme un lis par des pétales lumineux qui s'épanouissaient pour former une corolle : l'un d'eux s'allongeait et s'agitait du côté de l'ouest, dans la direction de Compostelle. Dans cette fleur resplendissante, je vis la figure de la sainte Vierge : elle était d'une blancheur diaphane, avec des reflets plus doux et plus beaux que ceux de la soie brute, et se tenait dans l'attitude qui lui était ordinaire lorsqu'elle priait debout. Elle avait les mains jointes : son long voile relevé sur sa tête tombait par derrière sur ses épaules et l'enveloppait jusqu'aux pieds : elle s'élevait ainsi gracieuse et svelte, au milieu des cinq pétales qui formaient la fleur lumineuse. C'était quelque chose de merveilleusement beau Je vis que Jacques se releva sur ses genoux en priant et qu'il reçut de Marie l'avertissement intérieur qu'il devait sans tarder ériger une église dans cet endroit, car l'intercession de Marie devait y prendre racine et s'y implanter comme une colonne. En même temps Marie lui annonça qu'après avoir bâti la maison de Dieu il devrait se rendre à Jérusalem. Jacques se leva et appela les disciples qui déjà accouraient près de lui, car ils avaient entendu les chants et vu la lumière ; il leur fit part des merveilles qu'il avait vues et tous suivirent des yeux la lumière qui s'évanouissait.
Dans la cinquième année qui suivit la mort du Christ, un nouvel orage s'était élevé contre la communauté chrétienne. Marie reçut un avertissement et Jean la conduisit avec d'autres personnes dans les environs d'Éphèse où déjà quelques chrétiens s'étaient établis. Lorsque Jacques eut fait à Saragosse ce qui lui avait été prescrit par Marie, il forma comme un collège de douze disciples parmi lesquels il y en avait de fort instruits et les chargea de continuer l'oeuvre fondée par lui au milieu de tant de difficultés.
Le martyre de Saint Jacques
Lui-même quitta l'Espagne pour se rendre à Jérusalem comme Marie le lui avait ordonné. Dans ce voyage il visita Marie à Éphèse. Elle lui annonça qu'il ne tarderait pas à être mis à mort à Jérusalem, elle l'encouragea et le consola. Jacques prit congé de la sainte Vierge et de Jean son frère et se rendit à Jérusalem. Ce fut à cette époque qu'il se mit en relation avec le magicien Hermogène et un autre qui devint son disciple, et qu'il les convertit l'un et l'autre par un miracle. Il fut plusieurs fois arrêté et traduit devant la synagogue. Je vis qu'on se saisit de lui à Jérusalem peu de temps avant la fête de Pâques, comme il prêchait en plein air sur une colline : c'était bien au temps de Pâques, car je vis les étrangers campés autour de la ville comme à l'ordinaire. Jacques ne resta pas longtemps en prison. Il fut condamné dans le lieu même où Jésus avait été jugé, mais la maison était tout autrement disposée. Tout avait été changé aux endroits où Jésus avait porté ses pas : j'ai toujours pensé que nul autre ne devait y paraître après lui. Je vis qu'on le conduisit du côté du Calvaire : sur le chemin il ne cessa de prêcher et convertit plusieurs personnes.
Note : Ici comme ailleurs Anne-Catherine a dit si formellement que Jacques le Majeur était mort avant la sainte Vierge, et qu'il n'était pas présent lorsqu'elle mourut beaucoup plus tard à Éphèse, qu'il est nécessaire de rectifier ce qu'on lit dans " la Vie de la sainte Vierge ". Si elle fait mention de Jacques en racontant la mort de Marie, elle entend parler de José Barsabas qui y parut comme son représentant, ou peut-être de sa présence en esprit.
Lorsqu'on lui lia les mains, il dit : " Vous pouvez enchaîner ces mains, mais non la bénédiction de Dieu ni ma langue " ! Un boiteux qui était assis sur le chemin, s'adressa à lui, le priant de lui donner la main et de le guérir. Jacques répondit : " Viens à moi et donne-moi la main ". Sur quoi le boiteux se leva, prit les mains lices de l'apôtre et fut guéri. Je vis aussi son dénonciateur, nomme Josias, courir vers lui tout ému de repentir et lui demander pardon. Jacques lui demanda s'il ; désirait le baptême, et l'autre lui ayant répondu qu'il le désirait, l'apôtre l'embrassa en disant : " Tu seras baptisé dans ton sang ". Je vis encore une femme tenant à la main un enfant aveugle courir vers Jacques à l'endroit même où il devait être supplicié et obtenir la guérison de, cet enfant.
Jacques fut d'abord placé avec Josias sur une petite éminence : on proclama les crimes qui lui étaient imputés, et le jugement rendu contre lui. Ensuite il s'assit sur une pierre à laquelle ses mains étaient enchaînées des deux côtés ; on lui banda les yeux, et enfin on lui trancha la tête. Pendant ce temps, on avait renfermé Jacques le Mineur dans sa propre maison. Matthieu, Nathanaël Khased et Nathanaël le fiancé étaient alors à Jérusalem. Matthieu résidait à Béthanie. La maison de Lazare, ainsi que toutes ses autres propriétés en Judée, était depuis longtemps affectée à l'usage de la communauté chrétienne, mais les Juifs s'étaient emparés du château qui était dans la ville. Lors de l'exécution de Jacques, il y eut un soulèvement populaire, et beaucoup de gens se convertirent. Les disciples de Jacques voulaient avoir son corps, mais les Juifs se hâtèrent de le faire emporter par les soldats. Hérode mourut bientôt après à Césarée. Son ventre creva pendant une fête, comme il était sur un théâtre, en présence de tout le peuple ; on l'emporta dans une grande salle où était son trône, et qui pouvait contenir facilement cinq cents personnes. La rage et la douleur l'avaient jeté dans un accès de frénésie ; on ne peut dire à quel point il était dégoûtant à voir. On cacha sa mort pendant un certain temps. Je crois que Pierre ne revint à Jérusalem que plusieurs semaines après, et qu'il fut mis en prison. Plus tard, lorsque les disciples de Jacques réclamèrent son corps, les Juifs ne voulurent pas dire où il était, mais on le sut par un miracle, parce que deux malfaiteurs qu'ils avaient chargés de le porter dans un autre endroit a9n que ses disciples ne pussent pas découvrir où il se trouvait, se trouvèrent dans l'impossibilité de s'éloigner de là. Les disciples lui donnèrent la sépulture dans le voisinage de Jérusalem, mais pendant une persécution postérieure, ils l'enlevèrent secrètement et le transportèrent sur un navire qui les conduisit en Espagne. Parmi eux se trouvaient Ctésiphon, Joseph d'Arimathie et Saturnin. Celui-ci était déjà allé en Espagne précédemment, et il y avait prêché l'Évangile ; il portait toujours des vêtements de lin. J'ai vu aussi dans quel endroit ces disciples se séparèrent, mais je l'ai oublié. J'ai eu touchant Saturnin une vision des plus claires. Il était né à Patras, en Grèce, de parents d'un rang distingué. Avant entendu parler de Jean Baptiste, il quitta ses parents, alla le trouver et devint son disciple zélé. Je le vis au baptême de Jésus-Christ, et lorsque Jean lui dit que le Christ était au-dessus de lui, il suivit le Seigneur dont il ne se sépara plus. Je vis qu'il travailla extraordinairement : il fit de longs voyages après la mort de Jésus, et baptisa un grand nombre de personnes. Je ne puis pas comprendre pourquoi il n'est pas question de lui dans les Évangiles. Je me souviens encore qu'il fut mis à mort dans une ville appelée Tolosa. Les idoles tombèrent là en sa présence, on le maltraita cruellement, et on l'attacha à des taureaux qui le traînèrent jusqu'à ce qu'il eût rendu l'âme. Je me souviens aussi d'un disciple du nom de Nicolas avec lequel il était en relation, et d'un autre nommé Andronic. J'ai vu tant de personnages et j'ai eu tant de visions qui les concernaient, que mon misérable état me rend absolument impossible de me reconnaître au milieu de tout cela. Saturnin fut évêque et il fit immensément de choses. Il prêcha d'abord en Orient et alla jusqu'aux frontières de la Perse. Dans le pays ou il fut martyrisé, il travailla considérablement et fonda plusieurs églises.
Lorsqu'avec Ctésiphon et Joseph d'Arimathie, il porta en Espagne le corps de saint Jacques, j'eus une vision touchant la méchante reine Lupa qui avait persécuté saint Jacques pendant qu'il évangélisait l'Espagne. Elle ne voulait pas permettre qu'on lui donnât la sépulture, mais les disciples l'avaient déposé sur une pierre qui se creusa sous le corps en forme de sépulcre. Il arriva en outre que la terre rejeta d'elle-même à plusieurs reprises d'autres corps qu'on avait enterrés près de lui. Lupa ayant porté des accusations contre les disciples, ils furent mis en prison, mais ils s'en échappèrent miraculeusement, et comme le roi les poursuivait, accompagné de quelques cavaliers, un pont sur lequel il passait s'écroula, en sorte que ses gens et lui périrent. Lupa fut saisie d'un tel effroi qu'elle dit aux disciples d'aller prendre dans un désert des taureaux sauvages et de les atteler ensemble : elle leur permettait de bâtir une église dans l'endroit où ils conduiraient le corps. Elle croyait que ces animaux farouches briseraient tout dans leur fureur. Les disciples, en entrant dans le désert, rencontrèrent un dragon qui tomba mort lorsqu'ils firent sur lui le signe de la croix Les taureaux se laissèrent atteler et conduisirent le corps de Jacques au château de Lupa. Ce fut là qu'on l'enterra, et le château devint une église, car Lupa se convertit et devint chrétienne ainsi que son peuple. J'eus ensuite une vision touchant une femme païenne de Rome : elle était vieille et toute contrefaite, et une impulsion intérieure l'excitait à se convertir. Elle s'adressa en esprit au tombeau de saint Jacques Et ; Espagne : alors Jacques lui apparut décapité et lui dit qu'il voulait lui montrer Jésus pour qu'elle le reçût en elle, et qu'elle irait ensuite visiter le tombeau de l'apôtre. Je vis qu'elle recouvra la santé et qu'elle alla en effet en Espagne au tombeau de saint Jacques. Il s'y opéra beaucoup de miracles, et le corps fut transféré dans un endroit dont le nom ressemble à celui de Constantinople (Compostelle).
Jacques le Mineur fut martyrisé plusieurs années après Jacques le Majeur. Je le vis sept jours de suite traîné devant le tribunal et chaque fois on l'accabla de mauvais traitements pendant une heure. Après avoir été précipité du haut du temple, il fut encore lapidé et achevé à coups de bâton. Il était évêque de Jérusalem. Je vis aussi un disciple du nom de Jacques à Babylone avec Abdias. Tout son désir était de mourir de la même mort que le Seigneur et il fut en effet crucifié plus tard dans un autre endroit.
Litanies de Saint Jacques le Majeur
Seigneur, ayez pitié de nous.
Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus-Christ, écoutez-nous.
Jésus-Christ, exaucez-nous.
Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils Rédempteur du monde qui êtes Dieu,ayez pitié de nous.
Esprit-Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.
Sainte Mère de Dieu, priez pour nous.
Sainte Vierge des vierges, priez pour nous.
Sainte Marie, Reine des Apôtres, priez pour nous.
Saint Jacques, priez pour nous.
Saint Jacques, qui fûtes un des premiers Apôtres que Jésus appela à Sa suite, priez pour nous.
Saint Jacques, qui fûtes un des trois Apôtres que Jésus aima spécialement, priez pour nous.
Saint Jacques, qui avez mérité de voir la Gloire de Jésus sur le Mont Thabor, priez pour nous.
Saint Jacques, qui avez mérité d'être un des témoins de l'Agonie de Jésus au Jardin des Oliviers, priez pour nous.
Saint Jacques, qui avez prêché avec un zèle intrépide la divinité de Jésus dans la Judée et la Samarie, priez pour nous.
Saint Jacques, qui avez annoncé aux païens de l'Espagne l'Évangile de Jésus, priez pour nous.
Saint Jacques, qui devant Hérode avec confessé Jésus comme Dieu vivant, priez pour nous.
Saint Jacques, qui le premier de tous les Apôtres, avez versé votre sang pour Jésus, priez pour nous.
Saint Jacques, qui le premier de tous les apôtres, avez donné par votre martyre un glorieux témoignage à Jésus, priez pour nous.
Saint Jacques, colonne inébranlable et appui de l'Église de Jésus, priez pour nous.
Saint Jacques, qui êtes un avocat spéciale et un protecteur particulier dans toutes les nécessités,
Soyez-nous propice, pardonnez-nous, Seigneur.
Soyez-nous propice, exaucez-nous, Seigneur.
Soyez-nous propice, ayez pitié de nous, Seigneur.
Priez pour nous, ô Saint Jacques,
Afin que nous devenions dignes des promesses de Jésus-Christ.
Prions
Dieu Tout-Puissant, puisque Saint Jacques fut le premier de Tes Apôtres à offrir sa vie pour l'Évangile, accorde à Ton Église de trouver dans son témoignage une force, et dans sa protection un appui. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.
L'apôtre Saint Jacques le Majeur
TÉMOIGNAGES DU NOUVEAU TESTAMENT.
Les faibles références documentaires sur la vie de Saint Jacques le Majeur, un de des douze apôtres de Jésus-Christ et le premier des martyrs, viennent des Évangiles et des Actes des Apôtres. Il serait né dans la ville de Béthsaïde, sur la côte nord-ouest de la mer de Galilée, près de l'embouchure du fleuve Jourdain.
Les Évangiles (Mt 4.21 ; Mc. 1.19 ; Lc. 5,10) nous informent brièvement que Saint Jacques et son frère Jean, l'Évangéliste, étaient des fils de Zébédée et des pêcheurs comme leur père. Ils ont été, après Simon et André, les premiers disciples choisis par Jésus, qui les rencontra près de la mer de Galilée, travaillant aux tâches propres de leur métier; il les invita à le suivre et ils acceptèrent sur le champ. Leur mère était Salomé, une des trois femmes qui assistèrent à la mort de Jésus sur la croix (Mc. 15.40 -41 ; 16,1).
Saint Jacques, comme Pierre et Jean, appartenait au cercle intime de Jésus, comme le démontre le fait qu'il fut choisi pour être témoin d'événements très importants de la vie de son Maître: la résurrection de la fille de Jaïre (Mc. 5.37 ; Lc. 8, 51), l'agonie au jardin de Getsemani (Mt 26.37 ; Mc. 14,33) et, plus spécialement, la transfiguration au mont Thabor (Mt 17.1 ; Mc. 9.2 ; Lc, 9,28). Sa personnalité était ardente et active : Jésus l'appela "bonaerge", fils du tonnerre (Mc.3,17) et le reprit pour sa conduite fougueuse (Lc. 9,55).
ACTION EVANGELISATRICE. L'APÔTRE EN ESPAGNE.
Après la mort de Jésus, les seuls faits démontrés de la vie de Saint Jacques sont sa prédication dans les synagogues de Judée et de Samarie, et son arrestation et sa mort par décapitation (44 ap. JC.). Dans les sources historiques des premiers siècles du christianisme, il n'y a aucun fait qui garantit la présence de Saint Jacques en Espagne. C'est postérieurement, dans le Bréviaire des Apôtres (VI° siècle) qu'on mentionne sa prédication dans les régions occidentales, bien que la véracité de ce fait soit niée par les historiens. A partir de ce livre commence à être diffusée en Europe la présence supposée de Santiago dans la péninsule ibérique. Dans la seconde moitié du VII° siècle, le moine et savant britannique Bède le Vénérable reprend ces événements et indique la localisation précise du corps de l'Apôtre en Galice. La première donnée de source hispanique est de cette même époque, et provient d'une interpolation dans l'oeuvre de Saint Isidore "Ortu et obitu de patrum". Après l'invasion de l'Islam et la découverte de sa tombe (IX°), ces références feront partie de la légende de l'Apôtre.
La Légende Dorée, la plus grande oeuvre hagiographique médiévale, dit que le Saint, après l'Ascension de Jésus, prêcha pendant un certain temps en Judée et en Samarie; il se déplaça ensuite en Espagne, où sa tâche évangelisatrice n'obtint pas de grand succès, puisqu'après avoir prêché pendant beaucoup de temps il put seulement convertir neuf disciples; pour cette raison, il laissa deux d'entre eux pour qu'ils continuent sa tâche, et avec les sept autres retourna en Judée.
À partir de la découverte de sa tombe et sur la base des textes mentionnés rédigés à une époque très postérieure à sa mort, la tradition élabora la légende de l'Apôtre. Selon elle, après la crucifixion de Jésus, Saint Jacques serait allé en Espagne dans l'un des bateaux consacrés au commerce entre la côte atlantique péninsulaire et les ports de la Méditerranée orientale, débarquant sur la côte d'Andalousie, où il commença sa prédication. Il continua sa mission évangélisatrice à Coïmbra et à Braga, passant ensuite à Iria Flavia, près du "finis terrae".
L'Apôtre serait retourné en Terre Sainte en passant par Lugo, Astorga et Saragosse. Dans cette ville, abattu par les faibles résultats de sa mission évangélisatrice, la Vierge lui apparut sur un pilier romain sur les bords de l'Ebre, en lui donnant consolation et encouragement et en lui indiquant que l'on construise une église en ce lieu, événement mythique qui provoquera la fondation de l'important sanctuaire marial de Saragosse. De là, Saint Jacques se dirigea, en suivant l'Ebre, vers la côte méditerranéenne, pour embarquer à destination de la Judée (42-44 ap.JC.).
MORT DE SAINT JACQUES ET TRANSFERT DE SES RESTES EN GALICE.
De retour à Jérusalem, Saint Jacques rentra dans le noyau de base de l'Église primitive formé autour des apôtres. L'époque était agitée, marquée par le trouble causé par l'activité chrétienne naissante dans la monarchie judéohellenistique de Hérode Agripa, et dû à la méfiance que la nouvelle communauté éveillait chez les autorités religieuses. Pour cette raison, le roi commença une persécution contre les chrétiens, choisissant l'énergique Saint Jacques comme objet principal de la répression. L'Apôtre fut condamné à mort et fut exécuté par décapitation en l'année 44 (Actes des Apôtres, 12.1-2), en accomplissant ainsi la promesse que lui avait faite Jésus de boire de son propre calice (Mt 20,22 suiv.).
Suivant la légende, la tête de l'Apôtre décapité ne tomba pas à terre mais fut recueillie entre ses bras, desquels personne ne put l'extraire jusqu'à ce que soient arrivés ses disciples Athanase et Théodore; ceux-ci portèrent les restes sur un navire guidé par Dieu et servi par des anges, qui après sept jours de navigation arriva à Iria Flavia, en remontant la rivière Ulla. Le corps de Saint Jacques fut enlevé dans les airs et conduit vers le soleil; ensuite, les disciples le trouvèrent déjà enterré sous une monument d'arches de marbre dans un endroit galicien indéterminé.
La tradition légendaire a inclus d'autres épisodes dans cette phase finale du transfert des restes de l'Apôtre, rassemblés dans le Codex Calixtinus. Le personnage fondamental dans cette histoire est la reine nommée Lupa, une femme païenne régnant dans la région, qui vivait dans le château Lupario ou château de Francos, à peu de distance de l'actuelle Compostelle, et à laquelle les disciples demandèrent l'autorisation d'enterrer les restes du Saint dans son territoire. Lupa les renvoya à Philotrus, le légat romain qui résidait à Dugium, dans les environs du Finisterre, lequel rejeta la demande et ordonna leur emprisonnement. Les disciples s'enfuirent aidés par un ange et dans leur fuite, poursuivis par les soldats romains, traversèrent le pont d'Ons (Puente Pias) sur la rivière Tambre, lequel s'effondra immédiatement en leur permettant de s'échapper. Après cela, la reine Lupa, avec une bienveillance simulée, les conduisit au mont Iliciano (l'actuel Monte Sagrado), où malignement elle leur offrit un char pour transporter le corps et des taureaux sauvages qui broutaient là pour qu'ils tirent ce dernier; les taureaux se laissèrent mettre le joug doucement, à l'étonnement de la reine Lupa, qui décida à ce moment de se convertir au christianisme.
Finalement, les animaux commencèrent leur chemin en marchant sans guide, et s'arrêtèrent, mus par la soif, à un endroit où ils grattèrent la terre et d'où jaillit de l'eau, endroit qui est identifié aujourd'hui comme la fontaine del Franco, dans la rue compostellane du même nom. Ensuite, les taureaux continuèrent jusqu'à arriver à un terrain propriété de Lupa, qui en fit don pour la construction du monument funéraire, et où ensuite s'élèvera la cathédrale.
Conférence donnée par le Dr. Bertrand Saint-Macary, Président de l’Association des Amis des Chemins de Saint-Jacques en Pyrénées-Atlantiques, dans les locaux de la Bibliothèque de Culture Religieuse à Pau, le lundi 17 mai 2010.
LES ORIGINES DU CULTE DE SAINT JACQUES A COMPOSTELLE
1. Les premiers temps du christianisme et le culte des reliques.
Sur les douze apôtres, trois occupent dans les Évangiles une place privilégiée: Pierre, Jean et son frère Jacques; tous trois témoins de plusieurs miracles, seuls à assister à la Transfiguration du Christ sur le mont Thabor, ils sont enfin présents dans le jardin de Gethsémani, au pied du Mont des Oliviers, la veille de la Passion.
Saint Jacques, appelé le Majeur pour le différencier de l’autre apôtre, Jacques "le Mineur", était pêcheur, et ils préparaient leur filet sur le lac de Tibériade quand le Christ les invita à le suivre. Les Actes des apôtres nous apprennent que saint Jacques a été le premier apôtre à recevoir la palme des martyrs, sans donner de précision sur le devenir du corps décapité du saint. Les premiers chrétiens, souvent persécutés, développèrent le culte des martyrs qui se prolongera au cours des siècles par celui des reliques.
2. Le christianisme devient la religion officielle de l’empire romain.
Au début du IVème siècle, le christianisme devient la religion de l’empire romain. L’empereur Constantin édifie à Jérusalem une église sur le tombeau vide du Christ: l’église du Saint-Sépulcre, dont les traces archéologiques révèlent le plan initial des églises de pèlerinage, avec une rotonde entourée d’un déambulatoire, adaptée aux dévotions des pèlerins. Elle servira de modèle aux édifices construits par la suite sur des reliques très vénérées, par des rois, princes ou évêques, à l’image du premier empereur chrétien.
On ignore comment, sur le plan purement historique, le christianisme s’est introduit en Espagne dans la société hispano-romaine constituée depuis le IIIème siècle avant JC autour de grands centres urbains. On sait néanmoins que, dès le IVème siècle, des évêques furent nommés dans les principales villes romaines de la péninsule. C’est Osius de Cordoue qui représente Rome au concile de Nicée où est réaffirmée la notion de Trinité et la consubstantialité (la même nature) du Père, du Fils et du Saint Esprit, face à l’arianisme qui subordonne le Fils et le Saint Esprit au Père.
3. Le royaume wisigothique d'Espagne et saint Isidore.
Les Wisigoths pénètrent en Espagne dès 414 et installent leur capitale à Tolède. Ariens, ils subissent cependant l’influence de Rome et de Byzance, et finissent par se convertir au catholicisme lors du troisième concile de Tolède (589). Les évêques occupent une place prépondérante dans cette société, et rassemblent autour d’eux des intellectuels venus de tout le monde méditerranéen. C’est dans ce contexte particulièrement propice qu’intervient au VIIème siècle Isidore de Séville, évêque très érudit: il fixe le rite chrétien wisigothique qui sera aussi celui des chrétiens mozarabes, et introduit en Espagne la tradition empruntée aux Byzantins selon laquelle l'apôtre Jacques le Majeur serait l'évangélisateur de l'Espagne. Ainsi, il écrit: "Jacques, fils de Zébédée et frère de Jean [...] prêcha l'Évangile en Hispanie, dans les régions occidentales, et diffusa la lumière de sa prédication aux confins de la Terre. Il succomba sous le coup de l'épée du tétrarque Hérode. Il fut enseveli à Achaia Marmarica (partie hellénique de l’Égypte autour d’Alexandrie)…".
4. L'émirat omeyyade de Cordoue et les chrétiens mozarabes.
Les Arabes pénètrent en Espagne en 711. En 750, un héritier de la dynastie Omeyyade s’établit à Cordoue. La cité connaît alors un rayonnement qui dépasse la péninsule, tant sur le plan économique qu’artistique ou culturel. Toute la population ne se convertit pas à l’islam: les chrétiens fidèles à leur foi, appelés mozarabes, sont globalement tolérés, et peuvent exercer leur culte moyennant un impôt. Cependant, isolés, héritiers des wisigoths ariens, et influencés par l’islam rigoureusement monothéiste, ils ne reconnaissent pas totalement la nature divine du Christ. L’archevêque métropolitain Elipand de Tolède embrasse même à la fin du VIIIème siècle la doctrine de l’adoptianisme selon laquelle le Christ ne serait que le fils adoptif de Dieu.
5. Les chrétiens d’Asturies et l’invention du tombeau de saint Jacques.
Au nord de la péninsule, des chrétiens des Asturies sont rejoints par Beatus, moine mozarabe établi dans l’actuel monastère Santo-Toribio de Liébana. Contre cette tendance syncrétique entre christianisme et islam, il met en valeur la nature divine du Christ dans son fameux Commentaire de l'Apocalypse, appelé "Beatus", remarquablement illustré et souvent recopié. Le Christ, relégué au rang de simple prophète sous l’influence musulmane, est affirmé dans ce texte de saint Jean qui annonce son triomphe à la fin des temps comme Dieu tout puissant ("pantocrator") et regagne sa vraie place au sein de la Trinité.
Si le moine Beatus s’est intéressé aux écrits prophétiques de saint Jean, enterré à Éphèse en Orient, dans l'hymne "O Dei Verbum", fidèle à saint Isidore, il considère son frère saint Jacques comme l’évangélisateur de l'Espagne: il va devenir ainsi le véritable "prophète" de l'Occident, face au monde musulman ou hérétique.
Et lorsqu'on trouve, au début du IXième siècle, près de l'ancienne cité romaine d'Iria Flavia, un mausolée de marbre, en latin "arca marmorica", ces mots entrent en résonance avec l'expression grecque employée auparavant par saint Isidore pour désigner le tombeau de saint Jacques à "Achaia Marmarica". L'Invention, c'est-à-dire "la découverte", du tombeau de l’apôtre est accomplie. Le rapprochement peut paraître mince et infondé, mais la foi ne s’appuie pas seulement sur des considérations historiques: la réalité de l’objet vénéré n’est indispensable qu’à l’idolâtre; le chrétien, lui, s’appuie sur la force spirituelle de la tradition. A l’exemple de Constantin, Alphonse II le Chaste, roi des Asturies, fait alors construire la première église de Compostelle, achevée en 835.
6. Le grand pèlerinage d'Occident.
Après deux siècles de troubles marqués par des incursions - Normands venant du nord puis musulmans venant du sud - les chrétiens établis au nord de l'Espagne reprennent confiance. Sanche le Grand, roi de Pampelune, fédère au début du XIème siècle tout le monde chrétien du nord de l'Espagne et même au-delà. Les moines bénédictins de l'abbaye de Cluny directement placée sous l'autorité de Rome entrent en Espagne. Dans le cadre de la réforme grégorienne, la liturgie romaine remplace la liturgie mozarabe. Les Clunisiens travaillent à l’essor du pèlerinage à Saint-Jacques, tandis que chaussées et ponts sont construits pour faciliter le chemin vers la Galice.
Au début du XIIème siècle, la construction de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle s'achève, et Compostelle devient la nouvelle "Jérusalem" d'Occident où convergent des pèlerins du monde entier.
Dr. Bertrand Saint-Macary, Président de l’Association des Amis des Chemins de Saint-Jacques en Pyrénées-Atlantiques
La promptitude à accueillir l’appel du Seigneur
par Mgr Lorenzo Bianchi
Jacques dit le Majeur, fils de Zébédée et frère de Jean, que les Évangiles et les Actes de Apôtres nomment à la seconde place après Pierre, ou à la troisième après André ou Jean, est présent aux principaux miracles de Jésus, à Sa Transfiguration sur le mont Tabor et à Son agonie au jardin de Gethsémani, la veille de la Passion. De caractère impétueux, lui et son frère sont appelés par Jésus Boanergéw (fils du tonnerre). Il fut le premier des apôtres à subir le martyre, qui eut lieu à Jérusalem, à une date qui doit être située entre 42 et 44; cette information est donnée succinctement par Luc dans les Actes des Apôtres: «Vers ce temps-là, le roi Hérode mit la main sur quelques membres de l’Église pour les maltraiter. Il fit périr par le glaive Jacques, frère de Jean» (Ac 12, 1-2). Cet Hérode est Hérode Agrippa Ier, petit-fils du tétrarque Hérode Antipa le Grand et ami de Caligula, par lequel il est envoyé en Palestine avec le titre de roi. Il régnera sur la Palestine de 41 à 44, année de sa mort. Comme le rapporte Clément d’Alexandrie (cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 9, 2-3), Jacques mourut décapité après avoir converti son accusateur: «Clément», écrit Eusèbe, «dans le septième livre des Hypotyposes cite un détail digne d’intérêt, qu’il reproduit tel qu’il lui a été légué par la tradition de ses prédécesseurs: celui qui l’avait conduit [saint Jacques] au tribunal fut si ému par le témoignage que celui-ci rendit qu’il confessa être lui aussi chrétien». On n’a pas d’informations sur l’activité missionnaire de Jacques entre le jour de l’ascension de Jésus et celui de son martyre; cette activité se déroula probablement entre la Judée et la Samarie, même si une tradition parle d’un voyage qu’il aurait fait en Espagne, où, par la suite, parviendra, selon une autre tradition encore, sa dépouille mortelle. Ces deux traditions sont totalement indépendantes l’une de l’autre.
La tradition de l’apostolat de Jacques en Espagne apparaît pour la première fois dans la version latine du texte byzantin du Breviarium Apostolorum. Cette version remonte au VIIe siècle et a été composée hors d’Espagne: la phrase sur la prédication de Jacques en Espagne est un ajout du traducteur; elle n’est pas présente dans le texte grec original. De cette version dépend encore au VIIe siècle Isidore de Séville (Sur la naissance et sur la mort des Pères, 71), mais le passage contenu dans l’œuvre d’Isidore est lui-même une interpolation, peut-être de la fin du VIIIe siècle, et remonte donc à quelqu’un qui a réélaboré le texte. D’autres textes, du Xe au XIIIe siècle, issus également du milieu espagnol, rejettent la tradition de la prédication de Jacques en Espagne, tradition qui, au contraire, prendra racine au siècle suivant au point d’être insérée dans le Martyrologe Romain de 1586 par le cardinal Baronio, lequel la rejettera en fait par la suite.
La tradition relative à la présence du corps de Jacques en Espagne est différente et plus solide. Malgré l’existence de nombreuses traditions discordantes qui assignent ses reliques, en le confondant parfois avec l’apôtre homonyme Jacques le Mineur, à différents lieux en Europe (est conservé à Rome, par exemple, un bras considéré comme appartenant à Jacques dans l’église Saint Chrysogone, au Transtévère, à l’intérieur de l’autel central, où se trouvent aussi les reliques d’une partie du crâne et du corps de saint Chrysogone), la tradition espagnole est celle qui prévaut absolument. On ne sait quand ni par l’œuvre de qui les reliques de l’apôtre seraient arrivées en Espagne, à l’extrémité nord-ouest de la péninsule, en Galice, en un lieu appelé Compostelle. Le nom du lieu, qui, selon une étymologie récurrente liée au récit de la découverte du corps, dériverait decampus stellae, vient en fait probablement de l’expressioncompostum tellus, c’est-à-dire nécropole. Selon la tradition, le sépulcre contenant la dépouille de Jacques aurait été découvert au temps de Charlemagne, entre 812 et 814, par un anachorète du nom de Pélage à la suite d’une vision lumineuse. L’évêque Théodomir d’Iria-Flavia, après être arrivé sur les lieux et avoir ouvert le sépulcre, trouva à l’intérieur les reliques de l’apôtre. La recherche historique a établi que la découverte de la tombe et son identification comme celle de Jacques ne dérivent pas de la suggestion de la tradition de sa prédication supposée en Espagne; il s’agit, comme on l’a dit, de deux traditions totalement indépendantes et certains textes qui les citent toutes les deux les présentent même comme antithétiques. Le premier texte qui cite le sépulcre en Galice est le Martyrologe de Flore (808-838), au jour du 25 juillet, repris à la lettre par celui d’Adon (850-860); les premiers textes qui racontent la translation du corps de Jacques de Jérusalem en Espagne, tout de suite après le martyre, datent du Xesiècle. Quant à la description de la découverte du sépulcre, et à sa datation précise au temps de l’évêque Théodomir d’Iria-Flavia et du roi Alphonse II le Catholique ou le Chaste (donc, comme on l’a dit entre 812 et 814), elles se trouvent encore plus tardivement, dans un acte de 1077, puis dans un texte de la fin du XIe et du début du XIIe siècle.
L’habitude du pèlerinage au sépulcre, très vivante encore aujourd’hui, naît presque immédiatement. Disons en passant que, dans les sources que nous avons citées, le tombeau est décrit à travers une expression déformée de façons diverses mais qui a été interprétée comme in arcis marmoreis (il s’agirait donc d’un sarcophage de marbre). Sur ce sépulcre, Alphonse II fait construire une petit église qui sera agrandie et embellie par Alphonse III le Grand en 899, puis détruite en 997 (mais sans que le sépulcre soit touché) et enfin reconstruite par le roi Vermude. Au-dessus de cette église, commence en 1075, la construction de la grandiose basilique romaine dédiée à Jacques, qui sera terminée en 1128. C’est celle que nous pouvons voir aujourd’hui augmentée de quelques éléments ajoutés jusqu’au XIXe siècle.
Si la tradition de la découverte des reliques de Jacques, et en particulier le récit plus tardif de leur translation depuis Jérusalem, furent l’objet de vives critiques relatives à leur valeur historique (il suffit de citer celles de l’abbé Louis Duchesne), les fouilles archéologiques de la tombe (1878-1879 et 1946-1959) confirment au contraire la description que donnent les sources, pourtant tardives, du sépulcre. Le pape Léon XIII, par la bulle Deus omnipotens du 1er novembre 1884, déclara solennellement l’authenticité des reliques conservées à Saint-Jacques-de-Compostelle.