Évangiles de la nativité et de l'enfance
Le Protévangile de Jacques
Le nom de " Protévangile " fut donné au XVIe siècle par l'humaniste français qui le publia en Occident, parce que le texte relate des événements antérieurs aux récits des évangiles canoniques. Le plus ancien manuscrit connu (Papyrus Bodmer 5) porte le titre : Nativité de Marie, Révélation de Jacques.
Le livre se dit écrit par l'apôtre Jacques le Mineur, frère de Jésus selon l'Évangile, demi-frère selon ce texte. Il est très ancien (milieu du second siècle) et s'inspire librement des récits canoniques de l'enfance.
L'ouvrage ne doit rien aux judéo-chrétiens, comme en témoigne son ignorance des coutumes juives. Probablement son auteur était-il d'origine païenne, issu de l'Egypte ou de l'Asie Mineure. Il rédigea son texte dans un but apologétique, pour régler, auprès des Grecs et des Juifs, la question délicate de l'incarnation de Jésus.
Or, pas d'incarnation sans l'absolue pureté de Marie, non seulement vierge avant, pendant et après, mais maintenue dès sa conception dans une sorte d'état angélique, où hommes et anges prêtent leur concours.
L'écrit a connu à travers les siècles une grande fortune : il a inspiré d'autres livres du même genre, dont le plus connu est l'évangile du Pseudo-Matthieu (VIe siècle), qui force le ton, côté miracles. Il est à l'origine de plusieurs fêtes liturgiques, célébration d'Anne et Joachim, Conception et Nativité de Marie, Présentation de la Vierge. L'art chrétien y a abondamment puisé. Mais surtout cette célébration de la pureté a nourri les développements ultérieurs de l'aspect marial.
PLAN
1-5 Histoire des parents de Marie jusqu'à sa naissance.
6-9 Enfance de Marie, chez elle, puis dans le Temple.
10-16 Conception de Jésus et difficultés de Joseph.
17-21 Naissance de Jésus, épisode de Salomé.
22-25 Poursuite d'Hérode et assassinat de Zacharie.
Nativité de Marie. Révélation de Jacques
I.1 Les histoires des douze tribus racontent qu'un homme fort riche, Joachim, apportait au Seigneur double offrande, se disant : " Le supplément sera pour tout le peuple et la part que je dois pour la remise de mes fautes ira au Seigneur, afin qu'il me soit propice. "
I.2 Vint le grand jour du Seigneur
01, et les fils d'Israël apportaient leurs présents. Or Ruben se dresse devant lui et dit : " Tu n'as pas le droit de déposer le premier tes offrandes, puisque tu n'as pas eu de postérité en Israël. "
I.3 Joachim eut grand chagrin, et il s'en alla consulter les registres des douze tribus du peuple, se disant : " Je verrai bien dans leurs archives si je suis le seul à n'avoir pas engendré en Israël ! " Il chercha, et découvrit que tous les justes avaient suscité une postérité en Israël. Et il se souvint du patriarche Abraham ; sur ses vieux jours, le Seigneur Dieu lui avait donné un fils, Isaac.
I.4 Alors, accablé de tristesse, Joachim ne reparut pas devant sa femme, et il se rendit dans le désert ; il y planta sa tente et, quarante jours et quarante nuits, il je&ûna
02, se disant : " Je ne descendrai plus manger ni boire, avant que le Seigneur mon Dieu m'ait visité. La prière sera ma nourriture et ma boisson. "
II.1 Et sa femme Anne avait deux sujets de se lamenter et de se marteler la poitrine. " J'ai à pleurer, disait-elle, sur mon veuvage et sur ma stérilité ! "
II.2 Vint le grand jour du Seigneur. Judith, sa servante, lui dit : " Jusqu'à quand te désespéreras-tu ? C'est aujourd'hui le grand jour du Seigneur. Tu n'as pas le droit de te livrer aux lamentations. Prends donc ce bandeau que m'a donné la maîtresse de l'atelier. Je ne puis m'en orner, car je ne suis qu'une servante, et il porte un insigne royal. "
II.3 Anne lui dit : " Arrière, toi ! Je n'en ferai rien, car le Seigneur m'a accablée d'humiliations. Et peut-être ce présent te vient-il d'un voleur et tu cherches à me faire complice de ta faute. "
Et Judith la servante dit : " Quel mal dois-je te souhaiter encore, de rester sourde à ma voix ? Le Seigneur Dieu a clos ton sein et ne te donne point de fruit en Israël ! "
II.4 Alors Anne, malgré son désespoir, ôta ses habits de deuil, se lava la tête et revêtit la robe de ses noces. Et vers la neuvième heure
03, elle descendit se promener dans son jardin. Elle vit un laurier et s'assit à son ombre. Après un moment de repos, elle invoqua le Maître : " Dieu de mes pères, dit-elle, bénis-moi, exauce ma prière, ainsi que tu as béni Sarah, notre mère, et lui as donné son fils Isaac. "
III.1 Levant les yeux au ciel, elle aperçut un nid de passereaux dans le laurier. Aussitôt elle se remit à gémir : " Las, disait-elle, qui m'a engendrée et de quel sein suis-je sortie ? Je suis née, maudite devant les fils d'Israël. On m'a insultée, raillée et chassée du temple du Seigneur mon Dieu.
III.2 Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel sont féconds devant ta face, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux animaux stupides, car les animaux stupides sont eux aussi féconds devant toi, Seigneur. Las, à quoi se compare mon sort ? Non plus aux bêtes sauvages de la terre, car les bêtes sauvages de la terre sont fécondes devant ta face, Seigneur.
III.3 Las, à quoi se compare mon sort ? A ces eaux non plus, car ces eaux sont tantôt calmes tantôt bondissantes, et leurs poissons te bénissent, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même à cette terre, car la terre produit des fruits en leur saison et te rend gloire, Seigneur. "
IV.1 Et voici qu'un ange du Seigneur parut, disant : " Anne, Anne, le Seigneur Dieu a entendu ta prière. Tu concevras, tu enfanteras et l'on parlera de ta postérité dans la terre entière. " Anne répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je ferai don de mon enfant, garçon ou fille, au Seigneur mon Dieu et il le servira tous les jours de sa vie. "
IV.2 Et voici, deux messagers survinrent, qui lui dirent : " Joachim, ton mari, arrive avec ses troupeaux. Un ange du Seigneur est descendu auprès de lui, disant : "Joachim, Joachim, le Seigneur Dieu a exaucé ta prière. Descends d'ici. Voici que Anne ta femme a conçue
04 en son sein".
IV.3 Aussitôt Joachim est descendu, il a convoqué ses bergers, leur disant : " Apportez-moi ici dix agneaux sans tache ni défaut. Ces dix agneaux seront pour le Seigneur Dieu. Apportez-moi aussi douze veaux bien tendres et les douze veaux seront pour les prêtres et le Conseil des Anciens. Aussi cent chevreaux, et les cent chevreaux seront pour tout le peuple. "
IV.4 Joachim arriva avec ses troupeaux. Anne l'attendait, aux portes de la ville
05. Dès qu'elle le vit paraître avec ses bêtes, elle courut vers lui, se suspendit à son cou et s'écria : " Maintenant je sais que le Seigneur Dieu m'a comblée de bénédictions ! Voici : la veuve n'est plus veuve et la stérile a conçu
06 ! " Et Joachim, ce premier jour, resta chez lui à se reposer.
V.1 Le lendemain, il apportait ses offrandes : " Si le Seigneur Dieu m'a été favorable, pensait-il, la lame d'or du prêtre me le révélera
07. " Il présenta ses offrandes, et scruta la tiare du prêtre quand celui-ci monta à l'autel du Seigneur ; et il sut qu'il n'y avait pas de faute en lui. " Maintenant, dit-il, je sais que le Seigneur Dieu m a fait grâce et m'a remis tous mes péchés. " Et il descendit du temple du Seigneur, justifié, et rentra chez lui.
V.2 Six mois environ s'écoulèrent ; le septième, Anne enfanta. " Qu'ai-je mis au monde ? " demanda-t-elle à la sage-femme. Et celle-ci répondit : " Une fille. " Et Anne dit : " Mon âme a été exaltée en ce jour ! " Et elle coucha l'enfant. Quand les jours furent accomplis, Anne se purifia
08, donna le sein à l'enfant et l'appela du nom de Marie.
VI.1 De jour en jour, l'enfant se fortifiait. Quand elle eut six mois, sa mère la mit par terre, pour voir si elle tenait debout. Or l'enfant fit sept pas, puis revint se blottir auprès de sa mère. Celle-ci la souleva, disant : " Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, tu ne marcheras pas sur cette terre, que je ne t'ai menée au temple du Seigneur. " Et elle apprêta un sanctuaire dans sa chambre et elle ne laissait jamais sa fille toucher à rien de profane ou d'impur. Et elle invita les filles des Hébreux, qui étaient sans tache, et celles-ci la divertissaient.
VI.2 Quand l'enfant eut un an, Joachim donna un grand festin où il convia les grands prêtres, les prêtres, les scribes, les Anciens et tout le peuple d'Israël. Il présenta l'enfant aux prêtres qui la bénirent : " Dieu de nos pères disaient-ils, bénis cette enfant, et donne-lui un nom illustre à jamais, dans toutes les générations. " Et tout le peuple s'écria : " Qu'il en soit ainsi ! Amen ! " Et ils la présentèrent aux grands-prêtres, et ceux-ci la bénirent, disant : " Dieu des hauteurs, abaisse ton regard sur cette petite fille et bénis-la d'une bénédiction suprême, qui surpasse toute bénédiction. "
VI.3 Et sa mère l'emporta dans le sanctuaire de sa chambre et elle lui donna le sein. Anne éleva un chant au Seigneur Dieu : " Je chanterai un cantique sacré au Seigneur mon Dieu, parce qu'il m'a visitée et m'a enlevé l'outrage de mes ennemis. Et le Seigneur mon Dieu m'a donné un fruit de sa justice, unique et considérable devant sa face. Qui annoncera aux fils de Ruben qu'Anne donne le sein ? Écoutez, écoutez, ô les douze tribus d'Israël : Anne donne le sein ! "
Et elle reposa l'enfant dans le sanctuaire de sa chambre, sortit et servit ses hôtes. Quand le banquet fut achevé, ils descendirent joyeux et ils glorifièrent le Dieu d'Israël.
VII.1 Les mois se succédèrent : l'enfant atteignit deux ans. Joachim dit : " Menons-la au temple du Seigneur, pour accomplir la promesse que nous avons faite. Sinon le Maître s'irriterait contre nous et rejetterait notre offrande. " Mais Anne répondit : " Attendons sa troisième année, de peur qu'elle ne réclame son père ou sa mère. " Joachim opina : " Attendons. "
VII.2 L'enfant eut trois ans. Joachim dit : " Appelons les filles des Hébreux, celles qui sont sans tache. Que chacune prenne un flambeau et le tienne allumé : ainsi, Marie ne se retournera pas et son cœur ne sera pas retenu captif hors du temple du Seigneur. " L'ordre fut suivi, et elles montèrent au temple du Seigneur. Et le prêtre accueillit l'enfant et l'ayant embrassée, il la bénit et dit : " Le Seigneur Dieu a exalté ton nom parmi toutes les générations. En toi, au dernier des jours, le Seigneur manifestera la rédemption aux fils d'Israël. "
VII.3 Et il la fit asseoir sur le troisième degré de l'autel. Et le Seigneur Dieu répandit sa grâce sur elle. Et ses pieds esquissèrent une danse et toute la maison d'Israël l'aima.
VIII.1 Ses parents descendirent, émerveillés, louant et glorifiant le Dieu souverain qui ne les avait pas dédaignés. Et Marie demeurait dans le temple du Seigneur, telle une colombe
09, et elle recevait sa nourriture de la main d'un ange.
VIII.2 Quand elle eut douze ans, les prêtres se consultèrent et dirent : " Voici que Marie a douze ans, dans le temple du Seigneur. Que ferons-nous d'elle, pour éviter qu'elle ne rende impur le sanctuaire du Seigneur notre Dieu ? "
Et ils dirent au grand-prêtre : " Toi qui gardes l'autel du Seigneur, entre et prie au sujet de cette enfant. Ce que le Seigneur te dira, nous le ferons. "
VIII.3 Et le prêtre revêtit l'habit aux douze clochettes
10, pénétra dans le Saint des Saints et se mit en prière. Et voici qu'un ange du Seigneur apparut, disant : " Zacharie, Zacharie, sors et convoque les veufs du peuple. Qu'ils apportent chacun une baguette. Et celui à qui le Seigneur montrera un signe en fera sa femme. "
Des hérauts s'égaillèrent dans tout le pays de Judée et la trompette du Seigneur retentit, et voici qu'ils accoururent tous.
IX.1 Joseph jeta sa hache et lui aussi alla se joindre à la troupe. Ils se rendirent ensemble chez le prêtre avec leurs baguettes. Le prêtre prit ces baguettes, pénétra dans le temple et pria. Sa prière achevée, il reprit les baguettes, sortit et les leur rendit. Aucune ne portait de signe. Or Joseph reçut la sienne le dernier. Et voici qu'une colombe s'envola de sa baguette et vint se percher sur sa tête.
Alors le prêtre : " Joseph, Joseph, dit-il, tu es l'élu : c'est toi qui prendras en garde la vierge du Seigneur. "
IX.2 Mais Joseph protesta : " J'ai des fils, je suis un vieillard et elle est une toute jeune fille. Ne vais-je pas devenir la risée des fils d'Israël ? "
" Joseph, répondit le prêtre, crains le Seigneur ton Dieu, et souviens-toi du sort que Dieu a réservé à Dathan, Abiron et Corê. La terre s'entrouvrit et les engloutit tous à la fois, parce qu'ils lui avaient résisté. Et maintenant, Joseph, crains de semblables fléaux sur ta maison ! "
IX.3 Très ému, Joseph prit la jeune fille sous sa protection et lui dit : " Marie, le temple du Seigneur t'a confiée à moi. Maintenant je te laisse en ma maison. Car je pars construire mes bâtiments. Je reviendrai auprès de toi. Le Seigneur te gardera. "
X.1 Cependant, les prêtres s'étaient réunis et avaient décidé de faire tisser un voile pour le temple du Seigneur.
Et le grand-prêtre dit : " Appelez-moi les jeunes filles de la tribu de David
11, qui sont sans tache. " Ses serviteurs partirent, cherchèrent et en trouvèrent sept. Mais le prêtre se souvint que la jeune Marie était de la tribu de David et qu'elle était sans tache devant Dieu. Et les serviteurs partirent et l'amenèrent. 2. Et l'on fit entrer ces jeunes filles dans le temple du Seigneur. Et le prêtre leur dit : " Tirez au sort laquelle filera l'or, l'amiante, le lin, la soie, le bleu, l'écarlate et la pourpre véritable. "
La pourpre véritable et l'écarlate échurent à Marie. Elle les prit et rentra chez elle.
C'est à ce moment-là que Zacharie devint muet et que Samuel le remplaça jusqu'à ce qu'il e&ût retrouvé la parole.
Et Marie saisit l'écarlate et se mit à filer.
XI.1 Or elle prit sa cruche et sortit pour puiser de l'eau. Alors une voix retentit : " Réjouis-toi, pleine de grâce. Le Seigneur est avec toi. Tu es bénie parmi les femmes. ". Marie regardait à droite et à gauche : d'où venait donc cette voix ? Pleine de frayeur, elle rentra chez elle, posa sa cruche, reprit la pourpre, s'assit sur sa chaise et se remit à filer.
XI.2 Et voici qu'un ange debout devant elle disait : " Ne crains pas, Marie, tu as trouvé grâce devant le Maître de toute chose. Tu concevras de son Verbe. "
Ces paroles jetèrent Marie dans le désarroi. " Concevrai-je, moi, du Seigneur, dit-elle, du Dieu vivant, et enfanterai-je comme toute femme? "
XI.3 Et voici que l'ange, toujours devant elle, lui répondit : " Non, Marie. Car la puissance de Dieu te prendra sous son ombre.
Aussi le saint enfant qui naîtra sera-t-il appelé le fils du Très-Haut. Tu lui donneras le nom de Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. " Et Marie dit alors : " Me voici devant lui sa servante ! Qu'il m'advienne selon ta parole. "
XII.1 Et elle reprit son travail de pourpre et d'écarlate puis l'apporta au prêtre.
Et quand le prêtre le reçut, il la bénit et dit : " Marie, le Seigneur Dieu a exalté ton nom et tu seras bénie parmi toutes les générations de la terre. "
XII.2 Pleine de joie, Marie se rendit chez sa parente Elisabeth et frappa à la porte. En l'entendant Elisabeth jeta l'écarlate, courut à la porte, ouvrit, et la bénit en ces termes : " Comment se fait-il que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car vois-tu, l'enfant a tressailli et t'a bénie. "
Or Marie avait oublié les mystères dont avait parlé l'ange Gabriel
12. Elle leva les yeux au ciel et dit : " Qui suis-je, pour que toutes les femmes de la terre me proclament bienheureuse? "
XII.3 Et elle demeura trois mois chez Elisabeth. Et de jour en jour son sein s'arrondissait. Inquiète, elle regagna sa maison et elle se cachait des fils d'Israël. Elle avait seize ans, quand s'accomplirent ces mystères
13.
XIII.1 Son sixième mois arriva, et voici que Joseph revint des chantiers ; il entra dans la maison et s'aperçut qu'elle était enceinte. Et il se frappa le visage et se jeta à terre sur son sac et il pleura amèrement, disant : " Quel front lèverai-je devant le Seigneur Dieu ? Quelle prière lui adresserai-je ?
Je l'ai reçue vierge du temple du Seigneur et je ne l'ai pas gardée. Qui m'a trahi ? Qui a commis ce crime sous mon toit ? Qui m'a ravi la vierge et l'a souillée? L'histoire d'Adam se répète-t-elle à mon sujet ? Car tandis qu'Adam faisait sa prière de louange, le
serpent s'approcha et surprit Eve seule ; il la séduisit et la souilla. La même disgrâce me frappe. "
XIII.2 Et Joseph se releva de son sac et appela Marie : " Toi la choyée de Dieu, qu'as-tu fait là ? As-tu oublié le Seigneur ton Dieu ? Pourquoi t'es-tu déshonorée, toi qui as été élevée dans le Saint des Saints et as reçu nourriture de la main d'un ange ? "
XIII.3 Et elle pleura amèrement, disant : " Je suis pure et je ne connais pas d'homme. " Et Joseph lui dit : " D'où vient le fruit de ton sein ? " Et elle répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, j'ignore d'où il vient. "
XIV.1 Et Joseph, rempli de frayeur, se tint coi, et il se demandait ce qu'il devait faire d'elle. " Si je garde le secret sur sa faute, se disait-il, je contreviendrai à la loi du Seigneur. Mais si je la dénonce aux fils d'Israël, et que son enfant vienne d'un ange, ce dont j'ai bien peur, alors je livre à la peine capitale un sang innocent. Que ferai-je d'elle ? Je la répudierai en secret. "
La nuit le surprit dans ces réflexions.
XIV.2 Et voici qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe, disant : " Ne t'inquiète pas à propos de cette enfant. Ce qui est en elle vient de l'Esprit saint. Elle t'enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus. Car il sauvera son peuple de ses péchés. "
Joseph se réveilla et glorifia le Dieu d'Israël qui lui avait donné sa grâce. Et il garda la jeune fille.
XV.1 Or le scribe Anne vint le voir et lui dit : " Joseph, pourquoi n'as-tu point paru à notre réunion? -Mon voyage m'avait fatigué, répondit-il, et j'ai passé le premier jour à me reposer. " Mais Anne se retourna et vit Marie enceinte.
XV.2 Et il partit en courant chez le prêtre et lui dit : " Eh bien, ce Joseph dont tu te portes garant, a commis une faute ignoble.-Quoi donc ? " demanda le grand-prêtre. L'autre reprit : " Il a déshonoré la jeune fille que le temple du Seigneur lui avait confiée et il l'a épousée secrètement, sans avertir les fils d'Israël ! " Et le grand-prêtre lui dit : " Joseph a-t-il fait cela ? " Et l'autre répondit : " Envoie tes gens et tu verras que la jeune fille est enceinte. " Des serviteurs partirent et la trouvèrent dans l'état qu'il avait dit. Ils la ramenèrent au temple et elle comparut au tribunal.
XV.3 Le grand-prêtre lui dit : " Marie, qu'as-tu fait là? Pourquoi as-tu perdu ton honneur ? As-tu oublié le Seigneur ton Dieu, toi qui fus élevée dans le Saint des Saints et qui reçus nourriture de la main des anges? Toi qui entendis leurs hymnes et dansas devant eux ? Qu'as-tu fait là ? "
Et elle pleura amèrement et dit : " Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je suis pure devant sa face et ne connais pas d'homme. "
XV.4 Et le grand-prêtre dit : " Et toi, Joseph, qu'as-tu fait? " Et Joseph répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur et que vivent son Christ et le témoin de sa vérité je suis pur vis-à-vis d'elle. " Le grand-prêtre insista.
" Ne rends pas de faux témoignage ! Dis la vérité ! Tu l'as épousée en cachette, tu n'as rien dit aux fils d'Israël et tu n'as pas incliné ta tête sous la puissante main qui e&ût béni ta postérité ! " Et Joseph garda le silence.
XVI.1 Le grand-prêtre reprit : " Rends-nous la jeune fille que tu avais reçue du temple du Seigneur. " Joseph fondit en larmes. Le grand-prêtre ajouta : " Je vous ferai
boire l'eau de l'épreuve rituelle
14 et votre faute éclatera à vos yeux. "
XVI.2 Le grand-prêtre prit de l'eau, en fit boire à Joseph puis il l'envoya au désert
15, Or celui-ci revint indemne. Et il fit boire aussi la jeune fille et l'envoya au désert. Et elle redescendit, indemne. Et tout le peuple s'étonna que leur faute n'e&ût pas été manifestée.
XVI.3 Alors le grand-prêtre dit : " Puisque le Seigneur Dieu n'a pas révélé de péché en vous, moi non plus je ne vous condamne pas. " Et il les laissa partir. Et Joseph prit Marie et rentra chez lui, heureux et louant le Dieu d'Israël.
XVII.1 Il parut un édit du roi Auguste qui invitait tous les habitants de Bethléem en Judée, à se faire recenser. Et Joseph dit : " J'irai inscrire mes fils. Mais que faire avec cette enfant? Comment la recenser? Comme ma femme ? Je ne puis décemment. Comme ma fille ? Mais les fils d'Israël savent que je n'ai pas de fille. Qu'en ce jour donc, le Seigneur en décide à son gré. "
XVII.2 Et il sella son âne et la jucha dessus. Son fils tirait la bride et Samuel suivait. Et ils entamaient le troisième mille quand Joseph se retourna et la vit fort rembrunie. " L'enfant qu'elle porte, pensa-t-il, doit la faire souffrir. " Il se tourna une nouvelle fois et vit qu'elle riait. Il lui dit : " Marie, qu'as-tu donc? Je vois tour à tour joie et tristesse sur ton visage. " Et elle lui dit : " Joseph, deux peuples sont sous mes yeux
16. L'un pleure et se frappe la poitrine, l'autre danse et fait la fête. "
XVII.3 Ils étaient à mi-chemin
17, quand Marie lui dit : " Joseph, aide-moi à descendre de l'âne. L'enfant, en moi, me presse et va naître. " Il lui fit mettre pied à terre et lui dit : " Où t'emmener? Où abriter ta pudeur? L'endroit est à découvert. "
XVIII.1 Mais il trouva là une grotte
18, l'y conduisit et la confia à la garde de ses fils. Puis il partit chercher une sage-femme juive dans le pays de Bethléem. [Il en trouva une qui descendait de la montagne et il l'amena
19.]
XVIII.2 " Or moi
20, Joseph, je me promenais et ne me promenais pas. Et je levai les yeux vers la vo&ûte du ciel et je la vis immobile, et je regardai en l'air et je le vis figé d'étonnement. Et les oiseaux étaient arrêtés en plein vol.
Et j'abaissai mes yeux sur la terre et je vis une écuelle et des ouvriers étendus pour le repas, et leurs mains demeuraient dans l'écuelle. Et ceux qui mâchaient ne mâchaient pas et ceux qui prenaient de la nourriture ne la prenaient pas et ceux qui la portaient à la bouche ne l'y portaient pas Toutes les faces et tous les yeux étaient levés vers les hauteurs.
XVIII.3 Et je vis des moutons que l'on poussait, mais les moutons n'avançaient pas. Et le berger levait la main pour les frapper, et sa main restait en l'air. Et je portai mon regard sur le courant de la rivière et je vis des chevreaux qui effleuraient l'eau de leur museau, mais ne la buvaient pas.
Soudain la vie reprit son cours.
XIX.1 Et je vis une femme qui descendait de la montagne et elle m'interpella : " Eh, l'homme, où vas-tu ? " Je répondis : " Je vais chercher une sage-femme juive.
- Es-tu d'Israël ? me demanda-t-elle encore. - Oui ", lui dis-je. Elle reprit : " Et qui donc est en train d'accoucher dans la grotte ? "
[Et Joseph dit à la sage-femme : " C'est Marie, ma fiancée ; mais elle a conçu de l'Esprit saint, après avoir été élevée dans le temple du Seigneur. "]
Et je lui dis : " C'est ma fiancée. - Elle n'est donc pas ta femme ? " demanda-t-elle. Et je lui dis : " C'est Marie, celle qui a été élevée dans le temple du Seigneur. J'ai été désigné pour l'épouser, mais elle n'est pas ma femme, et elle a conçu du Saint-Esprit. " Et la sage-femme dit : " Est-ce la vérité ? " Joseph répondit : " Viens et vois. "
Et elle partit avec lui,
XIX.2 et ils s'arrêtèrent à l'endroit de la grotte. Une obscure nuée enveloppait celle-ci. Et la sage-femme dit : " Mon âme a été exaltée aujourd'hui car mes yeux ont contemplé des merveilles : le salut est né pour Israël. " Aussitôt la nuée se retira de la grotte et une grande lumière resplendit à l'intérieur, que nos yeux ne pouvaient supporter. Et peu à peu cette lumière s'adoucit pour laisser apparaître un petit enfant. Et il vint prendre le sein de Marie sa mère. Et la sage-femme s'écria : " Qu'il est grand pour moi ce jour ! J'ai vu de mes yeux une chose inouïe. "
XIX.3 Et la sage-femme sortant de la grotte, rencontra Salomé et elle lui dit : " Salomé, Salomé, j'ai une étonnante nouvelle à t'annoncer : une vierge a enfanté, contre la loi de nature. " Et Salomé répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, si je ne mets mon doigt et si je n'examine son corps, je ne croirai jamais que la vierge a enfanté. "
[Et elle s'approcha, et la disposa, et Salomé examina sa nature. Et elle s'écria qu'elle avait tenté le Dieu vivant : " Et voici, je perds ma main, br&ûlée par un feu. " Et elle pria le Seigneur et la sage-femme fut guérie dès cet instant.
Or un ange du Seigneur se dressa devant Salomé, disant : " Ta prière a été exaucée devant le Seigneur Dieu. Approche-toi et touche le petit enfant, et pour toi aussi il sera le salut. " Salomé obéit et fut guérie selon qu'elle avait adoré, et elle sortit de la grotte. Et voici, un ange du Seigneur fit entendre une voix.]
XX.1 Et la sage-femme entra et dit : " Marie, prépare-toi car ce n'est pas un petit débat qui s'élève à ton sujet. " A ces mots, Marie se disposa. Et Salomé mit son doigt dans sa nature et poussant un cri, elle dit : " Malheur à mon impiété et à mon incrédulité ! disait-elle, j'ai tenté le Dieu vivant ! Et voici que ma main se défait, sous l'action d'un feu. "
XX.2 Et Salomé s'agenouilla devant le Maître, disant : " Dieu de mes pères, souviens-toi que je suis de la lignée d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Ne m'expose pas au mépris des fils d'Israël, mais rends-moi aux pauvres. Car tu sais, ô Maître, qu'en ton nom je les soignais, recevant de toi seul mon salaire. "
XX.3 Et voici qu'un ange du Seigneur parut, qui lui dit : " Salomé, Salomé, le Maître de toute chose a entendu ta prière. Étends ta main sur le petit enfant, prends-le. Il sera ton salut et ta joie. "
XX.4 Et Salomé, toute émue, s'approcha de l'enfant, le prit dans ses bras, disant : " Je l'adorerai. Il est né un roi à Israël et c'est lui. " Aussitôt Salomé fut guérie, et elle sortit de la grotte, justifiée. Et voici qu'une voix parla : " Salomé, Salomé, n'ébruite pas les merveilles que tu as contemplées, avant que l'enfant ne soit entré à Jérusalem
21. "
XXI.1 Alors que Joseph se préparait à partir pour la Judée
22, une vive agitation éclata à Bethléem de Judée. Les mages arrivèrent, disant : " Où est le roi des Juifs ? Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer. "
[Cette nouvelle alarma Hérode qui dépêcha des serviteurs, les convoqua et ils le renseignèrent sur l'étoile. Et voici, ils virent des astres en Orient et ils les guidaient jusqu'à leur arrivée dans la grotte et l'étoile s'arrêta au-dessus de la tête de l'enfant
23.]
XXI.2 Cette nouvelle alarma Hérode qui dépêcha des serviteurs auprès des mages. Il convoqua aussi les grands prêtres et les interrogea au prétoire : " Qu'est-il écrit sur le Christ ? demanda-t-il. Où doit-il naître ? " Ils répondirent : " A Bethléem en Judée. Ainsi est-il écrit. " Et il les congédia.
Puis il interrogea les mages, leur disant : " Quel signe avez-vous vu au sujet du roi nouveau-né ? " Et les mages répondirent : " Nous avons vu une étoile géante, parmi les autres constellations, si éblouissante qu'elle les éclipsait toutes. Ainsi avons-nous compris qu'un roi était né à Israël et nous sommes venus l'adorer. "
Hérode leur dit : " Partez à sa recherche, et si vous le trouvez, faites-le moi savoir afin que moi aussi j'aille l'adorer. "
XXI.3 Les mages partirent. Et voici, l'astre qu'ils avaient vu en Orient les conduisit jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à la grotte, et au-dessus de la tête de l'enfant, il s'arrêta
24.
Quand ils l'eurent vu là, avec Marie sa mère, les mages tirèrent des présents de leurs sacs, or, encens et myrrhe.
XXI.4 Mais comme l'ange les avait avertis de ne pas repasser par la Judée, ils rentrèrent chez eux par un autre chemin.
XXII.1 Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit en colère et envoya des tueurs avec mission de faire périr tous les enfants jusqu'à l'âge de deux ans.
XXII.2 Quand Marie apprit ce massacre, saisie d'effroi, elle prit l'enfant, l'emmaillota et le cacha dans une mangeoire à bétail.
XXII.3 Élisabeth, qui avait appris que l'on cherchait Jean, l'emporta et gagna la montagne, et elle regardait à la ronde où le dissimuler mais elle n'apercevait point de cachette. Alors elle se mit à gémir, disant : " Montagne de Dieu, accueille une mère et son enfant ! " Car la frayeur l'empêchait de monter. Aussitôt la montagne se fendit et la reçut en son sein, tout en laissant filtrer une clarté pour elle. Car un ange du Seigneur était avec eux et il les protégeait.
XXIII.1 Mais Hérode cherchait toujours Jean, et il envoya des serviteurs à l'autel, auprès de Zacharie, pour lui demander : " Où as-tu caché ton fils ? " Il répondit : " Je suis le serviteur de Dieu et je demeure attaché à son temple. Est-ce que je sais où est mon fils? "
XXIII.2 Les serviteurs repartirent et rapportèrent à Hérode ses propos. Celui-ci, furieux, s'écria : " Son fils va donc régner
sur Israël ? " Et il renvoya ses serviteurs pour l'interroger encore : " Dis-moi la vérité. Où est ton fils ? Sais-tu que ma main a pouvoir de répandre ton sang? " Les serviteurs partirent et transmirent le message.
XXIII.3 Mais Zacharie lui fit répondre : " Je suis le martyr
25 de Dieu. Dispose de mon sang ; mais mon esprit, le Maître le recevra, parce que c'est un sang innocent qu'à l'entrée du temple tu t'apprêtes à faire couler. "
Et vers l'aube, Zacharie fut assassiné, et les fils d'Israël ignoraient tout de ce meurtre.
XXIV.1 A l'heure de la salutation, les prêtres partirent, et Zacharie ne vint pas, comme à l'accoutumée, au-devant d'eux, en prononçant les bénédictions. Les prêtres s'arrêtèrent, et attendirent Zacharie pour le saluer avec des prières et glorifier le Dieu très haut.
XXIV.2 Son retard cependant les plongea tous dans l'angoisse. L'un d'eux s'enhardit et entra dans le sanctuaire ; près de l'autel du Seigneur, il aperçut du sang figé. Et une voix retentit : " Zacharie a été assassiné. Son sang ne s'effacera pas avant que vienne le vengeur
26 " Ces paroles le remplirent d'effroi. Il sortit et annonça aux prêtres ce qu'il avait vu et entendu.
XXIV.3 Résolument, ils entrèrent et constatèrent le drame. Et les lambris du temple gémirent et eux déchirèrent leurs vêtements du haut en bas. Ils n'avaient pas trouvé son cadavre, mais ils avaient vu son sang pétrifié. Ils sortirent effrayés et annoncèrent que Zacharie avait été assassiné.
A cette nouvelle, toutes les tribus du peuple se lamentèrent et menèrent le deuil trois jours et trois nuits.
XXIV.4 Et après les trois jours, les prêtres délibérèrent pour savoir qui succéderait à Zacharie. Le sort tomba sur Syméon. C'était lui que le Saint-Esprit avait averti qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir contemplé le Christ dans la chair.
XXV.1 Et moi, Jacques, qui ai écrit cette histoire à Jérusalem, je résolus, lors des troubles qui éclatèrent à la mort d'Hérode, de me retirer au désert, jusqu'à ce que la paix f&ût revenue à Jérusalem. Et je glorifierai le Maître qui m'a donné la sagesse d'écrire cette histoire.
XXV.2 La grâce sera avec tous ceux qui craignent le Seigneur.
Amen.
Nativité de Marie. Révélation de Jacques.
Paix à celui qui a écrit et à celui qui lit !
NOTES :
1. Formule imprécise, qui trahit l'ignorance de l'auteur.
2. Durée coutumière du je&ûne, cf. Matthieu 4, 2.
3. Trois heures de l'après-midi.
4. Ou : " concevra ", les manuscrit hésitent. Le passé rend la conception de Marie miraculeuse comme celle de Jésus, puisque effectuée en l'absence de Joachim.
5. Elle le rencontra, précise l'évangile du Pseudo-Matthieu, à la " Porte dorée " : l'art médiéval fera la part belle à cette scène.
6. Même remarque qu'à la note 4.
7. Cette lame d'or était fixée sur la tiare du grand-prêtre. Elle symbolisait la gloire de Dieu, dont elle portait le nom gravé, et seuls les purs en apercevaient l'éclat.
8. Anne ne nourrit son enfant qu'une fois sortie de son temps d'impureté.
9. Symbole de pureté.
10. Pour cette robe de cérémonie, cf. Exode 28, 17-21 et 33-35.
11. Encore une bourde : il n'y a pas de tribu de David.
12. En contradiction avec saint Luc, pour qui Marie garde précieusement toutes choses en son cœur.
13. Nouvelle distraction de l'auteur. Il ne s'est pas écoulé quatre ans depuis la sortie du Temple, cf. p. 74.
14. L'ordalie que subissait la femme soupçonnée d'adultère, cf. Nombres 5, 11-31.
15. Que l'auteur suppose commencer aux portes de Jérusalem.
16. Ce sont les incroyants et les croyants.
17. Géographie fantaisiste. On notera en outre que l'auteur, qui ne fait nulle référence à Nazareth, suppose que Joseph et Marie habitent à Jérusalem. Pourquoi vont-ils se faire recenser à Bethléem ?
18. Première référence à la grotte, avec celle de Justin, Dialogues, 78.
19. Les passages entre crochets reproduisent les variantes du papyrus Bodmer qui diffère en quelques épisodes de tous les autres manuscrits.
20. Ici se place un hors-d'œuvre, influencé par les contes orientaux.
21. Sans doute pour la présentation au temple.
22. L'auteur n'a aucune idée de l'emplacement de Bethléem, de Jérusalem ni de la Judée. Certains en ont conclu, aidés par d'autres indices, que l'auteur était un Égyptien qui n'avait sans doute pas voyagé. Cf. La forme la plus ancienne du protévangile de Jacques, par E. De Strycker, Société des Bollandistes, Bruxelles 1961.
23. Recension incohérente. Comment les mages sont-ils à la fois devant Hérode et en route vers la grotte ? Pourquoi cette allusion à plusieurs étoiles et à une seule ? Cf. E. De Strycker, op. cit.
Le Pseudo-Matthieu ajoute : Le troisième jour après la naissance du Seigneur, Marie sortit de la grotte, entra dans une étable et déposa l'enfant dans la crèche, et le bœuf et l'âne l'adorèrent. Alors s'accomplit la parole du prophète Isaïe : " Le bœuf a reconnu son maître et l'âne la crèche de son maître. " Ces animaux avaient l'enfant entre eux et l'adoraient sans cesse. Alors s'accomplit la parole du prophète Habacuc : " Tu te feras connaître entre deux animaux. "
24. Étoile mentionnée aussi par Ignace d'Antioche (Lettre aux Éphésiens 19, 1-2) et le Pseudo-Matthieu.
25. Le grec martus a à la fois le sens de martyr et de témoin.
26. Allusion probable à l'empereur Titus qui détruisit le Temple en 70.
Évangile du Pseudo Matthieu
Livre de la naissance de la naissance de la bienheureuse Vierge Marie et de l’enfance du Sauveur
CHAPITRE I
1. En ce temps-là, il y avait à Jérusalem un homme du nom de Joachim de la tribu de Juda. Et il faisait paître ses brebis, craignant Dieu dans la simplicité et la bonté de son coeur.
Il n'avait d'autre souci que celui de ses troupeaux dont il employait le produit à nourrir tous ceux qui craignent Dieu ; il offrait des présents doubles à ceux qui travaillaient dans la doctrine et dans la crainte de Dieu, et de simples à ceux qui étaient chargés de leur soin.
Ainsi donc des agneaux, des brebis, de la laine et de tout ce qu'il possédait, il faisait trois parts ; il en donnait une aux veuves, aux orphelins, aux étrangers et aux pauvres ; une seconde à ceux qui étaient voués au service de Dieu ; quant à la troisième, il se la réservait pour lui et pour toute sa maison.
2. Or tandis qu'il agissait ainsi, Dieu multipliait ses troupeaux, au point qu'il n'y avait personne d'égal à lui dans le peuple d'Israël. Il avait commencé lors de sa quinzième année. A l'âge de vingt ans, il prit pour femme Anne, fille d'Isachar de sa tribu, c'est-à-dire de la race de David. Et après qu'il eut demeuré vingt ans avec elle, il n'en avait eu ni fils ni filles.
CHAPITRE II
1. Or il arriva que, lors des jours de fête, parmi ceux qui offraient de l'encens au Seigneur, se trouvait Joachim présentant ses offrandes en présence de Dieu. Et, s'approchant de lui, un scribe du temple, nommé Ruban, lui dit : " Tu ne peux pas te trouver parmi ceux qui font des sacrifice à Dieu, parce que Dieu ne t'a pas béni au point de t'accorder une postérité en Israël ". Plein de confusion sous les regards du peuple, Joachim quitta en pleurant le temple du Seigneur, et il ne retourna pas dans sa maison, mais il s'en alla vers ses troupeaux et il emmena avec lui ses bergers dans les montagnes en un pays éloigné, si bien que pendant cinq mois Anne sa femme n'en eut aucune nouvelle.
2. Et elle pleurait en disant : " Seigneur, Dieu très puissant d'Israël, après m'avoir refusé des fils pourquoi m'as-tu encore enlevé mon époux? Voici en effet que cinq mois se sont passés et que je ne vois pas mon époux. Et je ne sais s'il est mort pour pouvoir du moins lui donner la sépulture ". Tandis qu'elle pleurait abondamment dans le jardin de sa maison, levant dans sa prière les yeux vers le Seigneur, elle vit un nid de passereaux dans un laurier, et, entrecoupant ses paroles de gémissements, elle s'adressa au Seigneur en disant : " Seigneur, Dieu tout-puissant, toi qui as donné de la postérité à toutes les créatures, aux fauves, aux bêtes de somme, aux serpents, aux poissons, aux oiseaux, et qui as fait que toutes se réjouissent de leur progéniture, tu me refuses donc à moi seule ces faveurs de ta bonté? Tu sais, Seigneur, que dès le commencement de mon mariage, j'ai fait voeu que si tu me donnais un fils ou une fille je te l'offrirais dans ton temple saint ".
3. Et tandis qu'elle disait cela, tout à coup apparut devant elle un ange du Seigneur, disant : " Ne crains point, Anne, parce qu'un rejeton issu de toi est dans le dessein de Dieu ; et l'enfant qui naîtra de toi sera un objet d'admiration à tous les siècles jusqu'à la fin ". Et après avoir prononcé ces paroles, il disparut de devant ses yeux. Or celle-ci, tremblante et épouvantée d'avoir eu une pareille vision et d'avoir entendu un pareil discours, entra dans sa chambre et se jeta sur son lit comme morte et durant tout le jour et toute la nuit, elle demeura en prière et dans une grande frayeur.
4. Ensuite elle appela à elle sa servante et lui dit : " Tu me vois désolé de mon veuvage et plongée dans la détresse, et tu n'as même pas voulu venir vers moi? " Et celle-ci lui répondit en murmurant : " Si Dieu a fermé tes entrailles et s'il a éloigné de toi ton époux, que puis-je faire pour toi? " Et en entendant ces paroles, Anne pleurait davantage.
CHAPITRE III
1. En ce même temps un jeune homme apparut dans les montagnes où Joachim faisait paître ses troupeaux, et lui dit : " Pourquoi ne retournes-tu plus auprès de ta femme? " Et Joachim répondit : " Pendant vingt ans je l'ai eue pour compagne ; mais maintenant, parce que Dieu n'a pas voulu que j'eusse d'elle des enfants, j'ai été chassé du temple de Dieu avec ignominie ; pourquoi retournerais-je auprès d'elle, après avoir été une fois repoussé et dédaigné ? Je resterai donc ici avec mes brebis, aussi longtemps que Dieu voudra bien m'accorder la lumière de ce monde ; cependant, par l'intermédiaire de mes serviteurs, je rendrai volontiers leur part aux pauvres, aux veuves, aux orphelins et aux ministres de Dieu ".
2. Et lorsqu'il eut dit ces paroles, le jeune homme lui répondit : " Je suis un ange de Dieu ; j'ai apparu aujourd'hui à ta femme qui pleurait et qui priait, et je l'ai consolée ; sache qu'elle a conçu de toi une fille. Celle-ci demeurera dans le temple de Dieu, et le Saint-Esprit reposera en elle ; et son bonheur sera plus grand que celui de toutes les saintes femmes, de sorte que nul ne pourra dire qu'il y eut une telle femme avant elle, mais jamais après elle non plus il n'en viendra de semblable à elle en ce monde. Descends donc des montagnes et retourne auprès de ta femme, et tu la trouveras ayant conçu dans ses entrailles ; car Dieu a suscité en elle une progéniture, aussi dois-tu lui en rendre grâce, et cette progéniture sera bénie, et Anne elle-même sera bénie et sera établie mère d'une bénédiction éternelle ".
3. Et Joachim l'adorant lui dit : " Si j'ai trouvé grâce devant toi, assieds-toi quelque temps sous ma tente et bénis-moi, moi qui suis ton serviteur ". Et l'ange lui dit : " Ne te dis pas mon serviteur mais mon compagnon ; car nous sommes les serviteurs d'un même maître. Ma nourriture est invisible, et ma boisson ne peut pas être aperçue par les mortels. Et c'est pourquoi tu ne dois pas me demander que j'entre sous ta tente ; mais ce que tu voulais me donner, offre le en holocauste à Dieu ". Alors Joachim prit un agneau sans tache et dit à l'ange : " Je n'aurais pas osé offrir un holocauste à Dieu si ton ordre ne m'avait pas donné le pouvoir de sacrifier ". Et l'ange lui dit : " Moi de mon côté je ne t'inviterais pas à offrir un sacrifice, si je ne connaissais la volonté du Seigneur ". Or il arriva que, tandis que Joachim offrait son sacrifice à Dieu, en même temps que l'odeur du sacrifice et pour ainsi dire avec la fumée, l'ange s'éleva vers le ciel.
4. Alors Joachim tomba la face contre terre, et il resta prosterné depuis la sixième heure du jour jusqu'au soir. Or à leur arrivée, ses serviteurs et ses journaliers, ignorant ce qui s'était passé, s'effrayèrent, pensant qu'il voulait se tuer ; ils s'approchèrent de lui et le relevèrent avec peine. Lorsqu'il leur eut raconté ce qu'il avait vu, ils furent frappés d'une grande frayeur et d'admiration, et ils l'exhortèrent à exécuter sans retard l'ordre de l'ange et à retourner promptement auprès de sa femme. Et tandis que Joachim examinait dans son esprit s'il devait retourner, il arriva qu'il fut pris de sommeil et voici que l'ange qui lui était apparu quand il était éveillé lui apparut encore, pendant qu'il dormait, disant : "Je suis l'ange que Dieu t'a donné pour gardien ; descends en toute sécurité et retourne auprès d'Anne, parce que les ouvres de charité que toi et ta femme vous avez faites ont été proclamées en présence du Très-Haut, et il vous a été donné une postérité telle que jamais ni les prophètes ni les saints n'en ont eu depuis le commencement et qu'ils n'en auront jamais". Et lorsque Joachim se fut réveillé de son sommeil, il appela auprès de lui les gardiens de ses troupeaux et il leur fit connaître son songe. Et ils adorèrent le Seigneur et ils dirent à Joachim : "Prends garde de résister davantage à l'ange du Seigneur ; mais lève-toi ; partons, et allons lentement tout en faisant paître les troupeaux ".
5. Comme ils étaient en route depuis trente jours et que déjà ils approchaient, un ange du Seigneur apparut à Anne en prière, lui disant : " Va à la Porte d'Or, comme on l'appelle, au-devant de ton époux, parce qu'il doit revenir aujourd'hui ". Et elle s'en fut en hâte avec ses servantes, et elle se mit à prier debout tout près de la porte. Et tandis qu'elle attendait depuis longtemps déjà et qu'elle se lassait de cette longue attente, levant les yeux, elle vit Joachim qui s'avançait avec les troupeaux. Et Anne courut se jeter à son cou, rendant grâces à Dieu et disant : " j'étais veuve et voici que je ne le suis plus ; j'étais stérile et voilà que j'ai conçu ". Et il y eut une grande joie parmi ses voisins et tous ceux qui la connaissaient, et toute la terre d'Israël la félicita de cette gloire.
CHAPITRE IV
Or après neuf mois accomplis, Anne mit au monde une fille et l'appela du nom de Marie. Et lorsqu'elle l'eut sevrée la troisième année, Joachim et sa femme Anne s'en allèrent ensemble au temple du Seigneur, et, tout en offrant des victimes au Seigneur, ils présentèrent leur petite fille Marie pour qu'elle habitât avec les vierges qui passaient le jour et la nuit à louer Dieu. Puis quand elle eut été placée devant le temple du Seigneur, elle gravit les quinze marches en courant, sans regarder en arrière, et sans demander ses parents, ainsi que le font d'ordinaire les enfants. Et ce fait frappa tout le monde d'étonnement, au point que les prêtres du temple eux-mêmes étaient dans l'admiration.
CHAPITRE V
Alors Anne, remplie de l'Esprit Saint, dit en présence de tous : " Le Seigneur, le Dieu des armées, s'est souvenu de sa parole, et il a gratifié son peuple de sa visite bénie, afin d'humilier les nations qui se dressaient contre nous et de tourner leurs cours vers lui ; il a ouvert ses oreilles à nos prières et il a éloigné de nous les insultes de nos ennemis. Celle qui était stérile est devenue mère, et elle a engendré la joie et l'allégresse dans le peuple d'Israël. Voici que je pourrai offrir des présents au Seigneur, et mes ennemis ne pourront pas m'en empêcher. Que le Seigneur tourne leurs coeur vers moi, et qu'il me donne une joie éternelle ".
CHAPITRE VI
Or Marie faisait l'admiration de tout le peuple. A l'âge de trois ans, elle marchait d'un pas si sûr, elle parlait si parfaitement et mettait tant d'ardeur à louer Dieu, qu'on l'aurait prise non pour une jeune enfant, mais pour une grande personne, et elle pouvait rester en prières comme si elle avait eu trente ans. Et son visage resplendissait comme la neige, au point que l'on pouvait à peine y attacher les regards. Elle s'appliquait au travail de la laine, et tout ce que les femmes âgées ne pouvaient faire elle était, dans un âge si tendre, en état de le faire.
Elle s'était imposé la règle suivante ; depuis le matin jusqu'à la troisième heure, elle restait en prières ; depuis la troisième heure jusqu'à la neuvième, elle s'occupant à tisser ; mais, à partir de la neuvième heure, elle ne cessait de prier jusqu'au moment où l'ange du Seigneur lui apparaissait, elle recevait sa nourriture de sa main, et elle s'entendait de mieux en mieux à louer Dieu. Enfin, avec les jeunes filles plus âgées, elle s'instruisait si bien dans les louanges de Dieu, qu'on n'en trouvait aucune qui fût plus exacte aux veilles, plus instruite qu'elle dans la sagesse de la loi de Dieu, plus remplie d'humilité, plus habile à chanter les cantiques de David plus gracieuse dans sa charité, plus pure dans sa chasteté, plus parfaite en toute vertu. Car elle était constante, inébranlable, persévérante et chaque jour elle faisait des progrès dans le bien.
Nul ne la vit jamais en colère, nul ne l'entendit jamais dire du mal. Toutes ses paroles étaient si pleines de grâce que l'on reconnaissait la présence de Dieu sur ses lèvres. Toujours elle était occupée à prier ou à méditer la loi, et elle se préoccupait de ses compagnes, veillant à ce qu'aucune d'entre elles ne péchât même en une seule parole, à ce qu'aucune n'élevât la voix en riant, ou ne cherchât à s'élever en faisant tort à une compagne ou en la dédaignant. Elle bénissait Dieu sans cesse ; et pour ne pas être distraite des louanges de Dieu en saluant, lorsque quelqu'un la saluait, elle répondait en guise de salut : "Grâces soient rendues à Dieu". C'est de là qu'est venu pour les hommes l'usage de répondre : "Grâces soient rendues à Dieu", quand ils se saluent. Elle ne prenait chaque jour comme aliment que la nourriture qu'elle recevait elle-même de la main de l'ange ; quant à celle que lui donnaient les prêtres, elle la distribuait aux pauvres. Souvent on voyait des anges s'entretenir avec elle, et ils lui obéissaient avec la plus grande affection. Et si quelque infirme parvenait à la toucher, à l'instant même il retournait chez lui guéri.
CHAPITRE VII
1. A cette époque, le prêtre Abiathar offrit d'innombrables présents aux prêtres en vue d'obtenir Marie comme femme pour son fils. Mais Marie contrecarrait leur projet en disant: "Il ne peut se faire que je connaisse un homme ou qu'un homme me connaisse." Et les prêtres et tous ses proches lui disaient: "On honore Dieu par ses enfants et on l'adore par sa progéniture, comme il a toujours été dans le peuple d'Israël." En réponse Marie leur disait: "C'est avant tout par la chasteté que Dieu est reconnu et adoré.
2. "Car, avant Abel, personne parmi les hommes n'était juste, et celui-ci plut à Dieu par son offrande. Il fut tué cruellement par celui qui avait déplu. Mais il reçut deux couronnes de par son offrande et sa virginité, parce qu'il n'admit aucune souillure dans sa chair. Puis, Elie, pour la même raison, fut enlevé au ciel encore vivant, parce qu'il avait gardé sa chair vierge. Voilà ce que j'ai appris depuis mon enfance dans le Temple de Dieu, que la vierge peut être très chère à Dieu, et pour cette raison j'ai résolu en mon coeur de ne jamais connaître d'homme."
CHAPITRE VIII
1. Mais il arriva qu'elle eut quatorze ans, et pour les Pharisiens c'était l'occasion de dire qu'à cause de son état de femme Marie ne pouvait pas demeurer dans le Temple de Dieu. On prit alors la résolution d'envoyer un héraut dans toutes les tribus d'Israël afin que toutes se réunissent trois jours après dans le Temple du Seigneur. Et, quand tout le monde fut réuni, le grand prêtre Isachar se leva et monta jusqu'aux dernières marches pour être vu et entendu de tout le peuple. Après qu'un grand silence se fut fait, il dit: "Écoutez-moi, fils d'Israël, et ouvrez vos oreilles à mes paroles. Depuis que ce Temple a été construit par Salomon, des filles de rois et de prophètes et de grands prêtres et de pontifes y ont demeuré et se sont montrées grandes et admirables. Cependant, arrivées à l'âge légal, elles ont obtenu des hommes en mariage, et, en se conformant à l'usage des générations précédentes, elles ont plu à Dieu. Seule Marie a trouvé une nouvelle manière d'agir, celle de vivre à l'écart des autres, car elle a fait à Dieu le voeu de rester vierge. Il me semble donc que nous devons chercher à connaître, par notre questionnement et par la réponse de Dieu, à qui elle doit être donnée à garder."
2. Toute la synagogue acquiesça à ces paroles, et les prêtres tirèrent au sort entre les douze tribus, et le sort tomba sur la tribu de Juda. Et tous exhortèrent la tribu de Juda, disant que le lendemain ceux qui étaient sans épouse devaient venir un rameau à la main. C'est pourquoi Joseph, bien qu'âgé au milieu des jeunes gens, apporta son rameau. Après qu'ils eurent remis leurs rameaux dans les mains du grand prêtre, celui-ci présenta une offrande à Dieu et interrogea le Seigneur, et le Seigneur lui dit: "Mets les rameaux de tous dans le Saint des saints et qu'ils y demeurent. Et dis aux gens de revenir demain matin pour les reprendre. Du sommet d'un rameau sortira une colombe, et elle s'envolera vers les cieux. Celui qui aura en main le rameau dont sortira ce prodige, c'est à lui que tu confieras la garde de Marie."
3. Ainsi donc, le lendemain de bonne heure, ils vinrent tous. Et, ayant présenté l'offrande d'encens, le grand prêtre entra dans le Saint des saints et en sortit les rameaux. Après qu'il les eut distribués à chacun et que d'aucune branche ne fut sortie de colombe, le grand prêtre Abiathar se revêtit des douze clochettes du sacerdoce et, entré dans le Saint des saints, il alluma le feu du sacrifice et y exhala une prière. Alors, un ange lui apparut et dit: "Il y a ici un rameau tout petit que tu as négligé et que tu n'as pas sorti avec les autres. Quand tu l'auras sorti et donné, il manifestera le signe dont je t'ai parlé." Or c'était le rameau de Joseph qu'on avait négligé, parce qu'il était vieux et ne pouvait prendre Marie. Mais lui-même ne voulait pas réclamer son rameau. Et, comme il était là, au dernier rang, tout humble, le grand prêtre Abiathar l'appela à haute voix et dit: "Viens et prends ton rameau, car tu es attendu." Et Joseph s'approcha tout apeuré, car le chef des prêtres l'avait appelé à haute voix. Mais, dès qu'il eut tendu la main et pris son rameau, soudain une colombe sortit du sommet de la branche, plus blanche que la neige, extrêmement belle, et, après avoir volé un moment sous la voûte du Temple, elle gagna les cieux.
4. Alors, le peuple tout entier félicita le vieillard en disant: "Tu as obtenu le bonheur dans ta vieillesse, de sorte que Dieu t'a désigné comme digne de recevoir Marie." Mais, quand les prêtres lui dirent: "Prends-la, car de toute ta tribu toi seul as été élu par Dieu", Joseph se mit à leur témoigner son respect, et à les supplier, et à dire avec déférence : "Je suis un vieillard et j'ai des fils, pourquoi me donnez-vous cette fillette, ma petite-fille d'après son âge, et qui est même plus jeune que mes propres petits-enfants ?" Alors, Abiathar, le chef des grands prêtres, dit: "Souviens-toi, Joseph, comment Dathan, Coré et Abiram ont péri, pour avoir méprisé la volonté du Seigneur. Tu auras le même sort si tu méprises obstinément ce que Dieu t'ordonne." Et Joseph lui dit: "Moi, je ne méprise pas la volonté de Dieu, mais je serai son gardien jusqu'à ce que l'on puisse savoir, de par la volonté de Dieu, qui de mes fils peut l'avoir comme femme. Qu'on lui donne quelques jeunes filles d'entre ses compagnes avec lesquelles elle demeure entre-temps." Et le grand prêtre Abiathar répondit en disant: "Oui, des jeunes filles lui seront données pour l'entourer, jusqu'à ce que vienne le jour fixé où tu puisses la recevoir. Car elle ne pourra pas être unie en mariage à un autre."
5. Alors, Joseph reçut Marie avec cinq autres jeunes filles qui devaient être avec elle dans la maison de Joseph. Ces jeunes filles étaient Rébecca, Séphora, Suzanne, Abigéa et Zahel, auxquelles furent donnés par le grand prêtre de la soie, de l'hyacinthe, de l'écarlate, du coton, de la pourpre et du lin. Et elles jetèrent le sort pour savoir ce que chacune d'entre elles devait faire. Et c'est ainsi qu'il échut à Marie de recevoir la pourpre pour tisser le voile du Temple du Seigneur. Et, quand elle la reçut, les jeunes filles dirent: "Bien qu'étant la plus jeune et d'humble origine, tu as mérité d'obtenir la pourpre ?" Et, disant cela par raillerie, elles se mirent à l'appeler reine des vierges. Et, tandis que cela se passait entre elles, un ange apparut au milieu d'elles et dit: "Cette parole ne sera pas sans résultat, mais vous prophétisez une prophétie des plus véridiques." Alors, prises de stupeur à la vue de l'ange et à cause de ses paroles, elles se mirent à supplier Marie de leur pardonner et de prier pour elles.
CHAPITRE IX
Or, le lendemain, comme Marie se tenait près de la fontaine pour remplir sa cruche, un ange apparut et lui dit: "Tu es bienheureuse, Marie, parce que dans ton coeur tu as préparé une demeure pour Dieu. Voici que la lumière viendra du ciel pour habiter en toi et pour que, pas toi, elle resplendisse sur le monde entier." De même, le troisième jour, alors qu'elle travaillait la pourpre de ses doigts, il se présenta à elle un jeune homme dont la beauté ne pouvait être contée. Le voyant, Marie fut prise d'effroi et tressaillit. Et il lui dit: "Ne crains pas, Marie, tu as trouvé grâce devant Dieu. Voici que tu concevras et enfanteras un roi qui gouverne non seulement sur terre, mais aussi dans les cieux, et qui régnera dans les siècles des siècles."
CHAPITRE X
1. Pendant que cela se passait, Joseph était à Capharnaüm occupe à son travail, car il était charpentier, et il y demeura neuf mois. Rentré donc dans sa maison, il trouva Marie enceinte et se mit à trembler de tous ses membres, et pris d'angoisse il s'écria et dit: "Seigneur, Seigneur, reçois mon esprit, car il vaut mieux pour moi mourir que vivre!" Et les jeunes filles qui étaient avec Marie lui dirent: "Nous, nous savons qu'aucun homme ne l'a jamais touchée. Nous savons que l'intégrité et la virginité sont restées sans cesse immaculées en elle. Elle est restée toujours en Dieu, toujours en prière. Chaque jour, un ange du Seigneur parle avec elle, chaque jour elle reçoit sa nourriture de la main de l'ange. Comment peut-il se faire que quelque péché soit en elle? Vraiment, si tu veux que nous te dévoilions nos soupçons, personne ne l'a rendue enceinte si ce n'est l'ange de Dieu."
2. Joseph leur dit: "Pourquoi tâchez-vous de me tromper afin que je croie qu'un ange de Dieu l'a rendue enceinte ? Il est possible que n'importe qui se soit fait passer pour un ange et l'ait séduite." Et ayant dit cela il pleurait et disait: "De quel front irai-je au Temple de Dieu ? De quel visage regarderai-je les prêtres de Dieu ? Que ferai-je ?" Et disant cela, il songeait à se cacher et à la répudier.
CHAPITRE XI
Il prit donc la décision de se lever de nuit et de s'enfuir. Mais voilà, cette nuit même un ange du Seigneur lui apparut dans son sommeil, disant: "Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre Marie comme épouse, car ce qui est dans son sein vient de l'Esprit saint. Elle enfantera un fils qui sera appelé Jésus, car il délivrera son peuple de ses péchés." Quand Joseph se leva au réveil, il rendit grâces à son Dieu, et parla à Marie et aux jeunes filles qui étaient avec elle, et il raconta sa vision. Et il fit amende honorable en disant à Marie: "J'ai péché, car je t'ai soupçonnée."
CHAPITRE XII
1. Mais il arriva que la rumeur se répandit que Marie était enceinte. Et elle fut saisie par les serviteurs du Temple de même que Joseph, et ensemble ils furent conduits au grand prêtre, qui, de concert avec les prêtres, se mit à faire des reproches à Joseph: "Pourquoi as-tu trompé une jeune fille si noble et d'une telle distinction, que l'ange de Dieu nourrissait dans le Temple du Seigneur comme une colombe, qui jamais ne voulait voir d'homme, qui a reçu la meilleure instruction dans la Loi du Seigneur ? Si toi, tu ne lui avais fait violence, elle serait encore vierge aujourd'hui." Mais lui invoqua Dieu, jurant qu'au grand jamais il ne l'avait touchée. Et le grand prêtre Abiathar lui dit: "Par le Dieu vivant, je te ferai boire l'eau de la boisson du Seigneur et aussitôt paraîtra ton péché."
2. Alors, tout le peuple se réunit, une multitude qu'on ne pouvait compter, et Marie aussi fut amenée au Temple du Seigneur. Et les prêtres, ses parents et ses proches, tout en larmes, lui disaient: "Confesse ton péché aux prêtres, toi qui étais comme une colombe dans le Temple de Dieu, et qui recevais ta nourriture de la main de l'ange." Or on appela Joseph et on le fit monter à l'autel, et on lui donna l'eau de la boisson. Quand celui qui avait menti la goûtait et faisait sept fois le tour de l'autel, Dieu faisait apparaître un signe sur son visage. Lors donc que Joseph eut bu avec confiance et eut fait sept fois le tour, aucun signe de péché n'apparut en lui. Alors, prêtres et serviteurs du Temple et tout le peuple le déclarèrent pur en disant: "Tu es bienheureux, car aucune faute n'a été trouvée en toi."
3. Et, appelant Marie, ils lui dirent: "Toi, quelle excuse pourras-tu donner, ou quel signe plus grand pourra apparaître en toi que celui qui t'a trahi, la grossesse de ton ventre ? Nous te demandons seulement ceci : puisque Joseph est sans faute envers toi, avoue qui t'a séduite. Mieux vaut en effet que ton aveu te découvre que de voir la colère du Seigneur te dénoncer au milieu du peuple en mettant un signe sur ton visage." Alors, Marie, ferme et intrépide, dit: "S'il y a en moi quelque souillure ou quelque péché, ou s'il y a eu quelque concupiscence, que le Seigneur me démasque à la face de tous les peuples, afin que je puisse être purifiée et sois pour tous un exemple de purification." Et elle s'approcha de l'autel du Seigneur et prit l'eau de la boisson, en goûta et fit sept fois le tour de l'autel, et aucun signe ni trace de quelque péché ne se trouva en elle.
4. Et, parce que tout le peuple était pris de stupeur voyant la grossesse de son ventre, la foule commença à s'agiter dans une grande confusion de paroles. L'un parlait de sainteté, l'autre au contraire, par mauvaise conscience, l'accusait. Alors, Marie, voyant que le peuple la soupçonnait de ne pas être intégralement justifiée, dit d'une voix claire et entendue de tous : "Par le Seigneur vivant de toutes les armées en présence de qui je me trouve, jamais je n'ai connu d'homme, et même j'ai pris la décision dès ma prime jeunesse de ne jamais en connaître. Et, dès mon enfance, j'ai fait ce voeu à mon Dieu, de rester dans la pureté de celui qui m'a créée, et c'est par ce voeu que j'ai confiance de pouvoir vivre pour lui seul et le servir lui seul, et rester pour lui seul sans aucune souillure tous les jours de ma vie."
5. Alors, tous embrassèrent ses genoux en la priant de leur pardonner leurs méchants soupçons. Et tout le peuple et les prêtres et toutes les jeunes filles la reconduisirent à sa maison, pleins d'allégresse et de joie, criant et disant "Béni soit le nom du Seigneur, car il a manifesté sa sainteté à tout le peuple d'Israël."
CHAPITRE XIII
1. Or il arriva quelque temps après qu'un recensement eut lieu en vertu de l'édit du César Auguste, et chacun devait se rendre dans son lieu d'origine. Ce premier recensement eut lieu sous Cyrinus, gouverneur de Syrie, et il était nécessaire que Joseph partit avec Marie pour Bethléem, car Joseph et Marie étaient de la tribu de Juda, et de la maison et du pays de David. Comme, donc, Joseph et Marie voyageaient par la route qui conduit à Bethléem, Marie dit à Joseph : "Je vois deux peuples devant moi, l'un en larmes l'autre en joie." Joseph lui répondit: "Reste assise et tiens toi sur ta monture, et ne dis pas de paroles superflues." Alors, un bel enfant vêtu d'un habit éblouissant apparut devant eux et dit à Joseph: "Ce que tu as entendu au sujet des deux peuples, pourquoi l'as-tu appelé " des paroles superflues "? Car elle a vu le peuple juif en larmes parce qu'il s'est éloigné de Dieu, et elle a vu le peuple des gentils en joie parce qu'il s'est approché du Seigneur, selon la promesse faite a vos pères Abraham, Isaac et Jacob. Car le temps est arrivé pour que dans la postérité d'Abraham la bénédiction soit accordée à toutes les nations."
2. Et, après avoir dit cela, il fit arrêter la monture et invita Marie à descendre de la bête et à entrer dans une grotte où régnait une obscurité complète, car elle était totalement privée de la lumière du jour. Mais, à l'entrée de Marie, toute la grotte se mit à briller d'une grande clarté, et, comme si le soleil y eût été, ainsi elle commença tout entière à produire une lumière éclatante, et, comme s'il eût été midi, ainsi une lumière divine éclairait cette grotte. Et cette lumière ne s'éteignit ni le jour ni la nuit, aussi longtemps que Marie y accoucha d'un fils, que des anges entourèrent pendant sa naissance, et qu'aussitôt né et debout sur ses pieds ils adorèrent en disant: "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté."
3. Et Joseph, trouvant Marie avec l'enfant qu'elle avait mis au monde, lui dit: "Je t'ai amené la sage-femme Zahel, qui se tient à l'extérieur de la grotte, car elle ne peut pas y entrer à cause de la trop grande clarté." À ces mots, Marie sourit. Mais Joseph lui dit: "Ne souris pas, mais prends soin qu'elle puisse t'examiner, pour voir si tu n'as pas besoin du secours de sa médecine." Et Marie l'invita à entrer. Et, quand Marie lui eut permis l'examen, la sage-femme s'écria a haute voix et dit: "Seigneur grand, pitié! Jamais on n'a entendu ni même soupçonné que des seins soient remplis de lait alors que le fils qui vient de naître manifeste la virginité de sa mère. Ce nouveau-né n'a connu nulle souillure de sang, l'accouchée n'a éprouvé nulle douleur. La vierge a enfanté et après l'enfantement continue d'être vierge."
4. Entendant ces paroles, une autre sage-femme nommée Salomé dit: "Certes, moi je n'y croirai pas, à moins que je ne l'aie constaté moi-même." Et, s'étant approchée de Marie, elle lui dit: "Permets que je t'examine, afin que je sache si les paroles que Zahel m'a adressées sont vraies." Après que Marie l'eut autorisée à l'examiner, dès qu'elle eut retiré sa main droite, celle-ci se dessécha, et Salomé fut oppressée de douleur, et elle s'écria en pleurant: "Seigneur, tu sais que je t'ai toujours craint et que j'ai soigné tous les pauvres sans me soucier de la rétribution. De la veuve et de l'orphelin je n'ai rien accepté, et jamais je n'ai laissé partir l'indigent les mains vides. Et voilà que je suis devenue malheureuse à cause de mon incrédulité, parce que j'ai osé mettre à l'épreuve ta vierge, qui a enfanté la lumière et est restée vierge après cet enfantement."
5. Et, pendant qu'elle parlait ainsi, un jeune homme resplendissant de lumière apparut auprès d'elle et dit : "Approche-toi de l'enfant et adore-le, touche-le de ta main et il te guérira, car il est le Sauveur de tous ceux qui espèrent en lui." Et aussitôt Salomé s'approcha en adorant l'enfant et elle toucha le bord des langes dans lesquels il était enveloppé. Et du coup sa main fut guérie. Et, sortant au-dehors, elle se mit à crier et à raconter les miracles qu'elle avait vus, ce qu'elle avait souffert et comment elle avait été guérie, en sorte que beaucoup reçurent la foi par sa prédication.
6. Des bergers de brebis affirmaient aussi qu'ils avaient vu, au milieu de la nuit, des anges chantant des hymnes à Dieu, et que, de leur bouche, ils avaient appris que le Sauveur des hommes, le Christ Seigneur, était né, en qui serait rétabli le salut d'Israël.
7. De plus, du soir au matin, une grande étoile resplendissait. Cette étoile annonçait la naissance du Christ qui, selon la promesse, viendrait sauver non seulement Israël, mais toutes les nations.
CHAPITRE XIV
Or, deux jours après la naissance du Seigneur, Marie quitta la grotte, entra dans une étable et déposa l'enfant dans une crèche, et le boeuf et l'âne, fléchissant les genoux, adorèrent celui-ci. Alors furent accomplies les paroles du prophète Isaïe disant: "Le boeuf a connu son propriétaire, et l'âne, la crèche de son maître" (Is 1.3), et ces animaux, tout en l'entourant, l'adoraient sans cesse. Alors furent accomplies les paroles du prophète Habaquq disant: "Tu te manifesteras au milieu de deux animaux." (Hab 3.2) Et Joseph et Marie, avec l'enfant demeurèrent au même endroit pendant trois jours.
CHAPITRE XV
1. Le sixième jour, Joseph entra à Bethléem, où il passa sept jours. Le huitième jour, il conduisit l'enfant au Temple du Seigneur. Et, quand l'enfant fut circoncis, ils offrirent pour lui une paire de tourterelles et deux petits de colombes.
2. Or il y avait dans le Temple un homme de Dieu, un prophète et un juste nommé Syméon, âgé de cent douze ans. Il avait reçu de Dieu l'assurance qu'il ne goûterait pas la mort avant d'avoir vu le Christ, le Fils de Dieu dans la chair. Et, après avoir vu l'enfant, il s'écria d'une voix forte: "Dieu a visité son peuple, Dieu a rempli sa promesse", et il s'empressa d'adorer l'enfant. Puis, le prenant dans son manteau, il l'adora et lui embrassa les pieds en disant: "Maintenant, Seigneur, laisse ton serviteur s'en aller en paix, car mes veux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël."
3. Il y avait aussi, dans le Temple du Seigneur, Anne, la fille de Phanuel, qui avait vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité. Et elle était veuve, âgée déjà de quatre-vingt-quatre ans, et n'avait jamais quitté le Temple du Seigneur, adonnée aux jeûnes et aux prières. Et elle, s'approchant de l'enfant, l'adora en disant qu'en lui serait la rédemption du siècle.
CHAPITRE XVI
1. Deux ans après, des mages, porteurs de riches présents, vinrent de l'Orient à Jérusalem. Instamment, ils interrogeaient les juifs, disant: "Où est le roi qui nous est né ? Car nous avons vu son étoile en Orient et nous venons l'adorer." Ces paroles parvinrent au roi Hérode et l'effrayèrent tellement qu'il convoqua les scribes, les pharisiens et les docteurs du peuple, et leur demanda où les prophètes, avaient prédit que le Christ devait naître. Et ils dirent: "A Bethléem. Car voici ce qui est écrit: " Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre parmi les clans de Juda, car de toi sortira le chef qui doit gouverner mon peuple Israël." Alors, le roi Hérode appela les mages chez lui et s'enquit avec soin des circonstances dans lesquelles l'étoile leur était apparue, et il les envoya à Bethléem en disant: "Allez, et quand vous l'aurez trouvé, venez me le dire afin que moi aussi j'aille l'adorer."
2. Or, pendant que les mages étaient en chemin, l'étoile leur apparut et, comme pour leur servir de guide, elle les précédait jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à l'endroit où était l'enfant. Or, voyant l'étoile, les mages eurent grande joie et, entrés dans la maison, ils trouvèrent l'enfant Jésus assis sur les genoux de Marie. Alors, ils ouvrirent leurs trésors et donnèrent de très riches présents à Marie et à Joseph, mais à l'enfant lui-même ils offrirent chacun une pièce d'or. Et l'un offrit en outre de l'or, le deuxième de l'encens ci le troisième de la myrrhe. Et quand ils voulurent s'en retourner vers Hérode, ils furent avertis dans un songe de ce qu'Hérode avait en vue. Alors, ils adorèrent une seconde fois l'enfant et, tout joyeux, retournèrent dans leur pays par un autre chemin.
CHAPITRE XVII
1. Mais, quand le roi Hérode s'aperçut qu'il avait été joué par les mages, son coeur s'enflamma et, lançant ses hommes sur toutes les routes, il projeta de les faire prisonniers. Et, comme il ne parvint pas à les trouver, il envoya ses sbires à Bethléem et fit tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous, se fondant sur la date dont il s'était enquis auprès des mages.
2. Mais, la veille de ce massacre, Joseph fut averti par un ange du Seigneur: "Prends Marie et l'enfant et, par la route du désert, rends-toi en Egypte."
CHAPITRE XVIII
Comme ils étaient parvenus à une grotte et voulaient s'y reposer, Marie descendit de l'ânesse et s'assit, tenant Jésus sur ses genoux. Or il y avait trois jeunes garçons qui accompagnaient Joseph et une jeune fille avec Marie. Et voici que soudain, de la grotte, sortirent de nombreux dragons, ce que voyant, les enfants poussèrent des cris de terreur. Alors Jésus, descendant des genoux de Marie, se dressa devant les dragons ; et ceux-ci l'adorèrent, puis s'en allèrent. Ainsi fut accompli ce qui a été dit par le prophète David : "Sur la terre, louez le Seigneur, vous dragons et tous les abîmes."
Et l'enfant Jésus, s'avançant vers les monstres, leur ordonna de ne faire aucun mal aux hommes. Mais Marie et Joseph craignaient fort que l'enfant fût blessé par les dragons. Mais Jésus leur dit : "Ne craignez pas, et ne me considérez pas comme un enfant. Car j'ai toujours été un homme fait, et il convient que toutes les bêtes fauves des forêts s'adoucissent devant moi."
CHAPITRE XIX
Et de même les lions et les léopards l'adoraient et les accompagnaient dans le désert ; partout où Marie et Joseph allaient, ils les précédaient, montrant la route et, inclinant la tête, ils adoraient Jésus. Mais le premier jour où Marie vit des lions autour d'elle et toutes sortes de fauves, elle eut une grande frayeur. Mais l'enfant Jésus, la regardant le visage tout éclairé de joie lui dit : "Ne craignez pas, Mère ; car ce n'est point pour vous faire du mal mais pour vous servir qu'ils s'empressent autour de vous." Et, par ces paroles, il dissipa toute frayeur de leur coeur.
Les lions faisaient route avec eux, et avec les boeufs, les ânes et les bêtes de somme qui portaient leurs bagages, et ils ne leur faisaient aucun mal ; mais ils étaient pleins de douceur parmi les brebis et les béliers, que Joseph avait amenés de Judée, et même, ils les gardaient avec lui. et ceux-ci marchaient au milieu des loups, et ils ne craignaient rien et nul n'éprouvait de mal. Ainsi s'accomplit ce qui avait été dit par le prophète Isaïe : "Les loups paîtront avec les agneaux, le lion et le boeuf mangeront ensemble du fourrage." Car il y avait deux boeufs et un chariot pour transporter les objets usuels et c'étaient les lions qui les gardaient sur leur route.
CHAPITRE XX
Or il advint que le troisième jour de leur déplacement, Marie se trouva fatiguée par l'ardeur du soleil dans le désert. Apercevant un palmier, elle dit à Joseph : "Je me reposerai un peu sous son ombre." Joseph s'empressa de la conduire auprès du palmier et la fit descendre de l'ânesse. Quand Marie fut assise, elle regarda vers la cime du palmier et la vit chargée de fruits. "Je voudrais, s'il est possible, dit-elle à Joseph, goûter des fruits de ce palmier." Joseph lui répondit : "Je m'étonne que tu parles ainsi : tu vois à quelle hauteur sont les palmes, et tu te proposes de manger de leurs fruits ! Quant à moi, c'est bien davantage le manque d'eau qui m'intéresse, car il n'y en a plus dans nos outres, et nous n'avons pas de quoi nous abreuver, nous et nos montures."
Alors le petit enfant Jésus qui reposait calmement sur sein de sa mère, dit au palmier :"Penche-toi, arbre, et nourris ma mère de tes fruits !" Et obéissant à ces mots, le palmier inclina aussitôt sa cime jusqu'aux pieds de Marie, pour qu'on y cueillît des fruits dont tous se rassasièrent. Quand tous les fruits eurent été cueillis, l'arbre demeurait incliné, attendant l'ordre de celui qui lui avait commandé de s'incliner. Alors, Jésus lui dit : "Redresse-toi, palmier, reprends ta force ! Tu partageras désormais le sort de mes arbres qui sont au Paradis de mon Père. Ouvre de tes racines la source cachée au fond de la terre et que des eaux en jaillissent pour notre soif !" Aussitôt le palmier se redressa, et d'entre ses racines se mirent à jaillir des sources d'eaux très limpides, très fraîches et très douces. Et voyant ces sources, ils furent pleins d'une grande joie ; ils se désaltérèrent eux, leurs gens et toutes leurs bêtes et ils rendirent grâces à Dieu.
CHAPITRE XXI
Le lendemain, tous repartirent, et à l'instant où ils se mettaient en route, Jésus se tourna vers le palmier et lui dit : "Je te donne ce privilège, palmier, que l'un de tes rameaux soit emporté par mes anges et planté au paradis de mon père. Je te confère cette bénédiction, afin qu'à tous ceux qui auront vaincu en quelque lutte, on dise : Vous avez la palme de la victoire !" Et, tandis qu'il disait cela, voici qu'un ange du Seigneur apparut, se tenant au-dessus de l'arbre. Prenant un des rameaux, il s'envola au ciel, le tenant dans sa main. Ce que voyant, ils tombèrent sur la face, et restèrent comme morts. Jésus leur dit alors :"Pourquoi la frayeur envahit-elle vos coeurs ? Ne savez-vous pas que ce palmier que j'ai fait transporter au paradis, sera préparé pour tous les saints en ce lieu de délices, comme il a été préparé pour vous en ce désert ?" Et pleins de joie, ils se relevèrent tous.
CHAPITRE XXII
Comme ils faisaient route à nouveau, Joseph lui dit : "Seigneur, la chaleur nous dévore, s'il te plaît prenons la route du bord de mer, pour pouvoir nous reposer dans les cités maritimes." Jésus répondit : "Ne crains rien, Joseph, j'abrégerai votre route de telle sorte que l'espace qui eût demandé trente jours pour être franchi, vous le traverserez en cette seule journée." Et tandis qu'ils parlaient ainsi, devant eux commencèrent à apparaître les monts de l'Égypte et ses cités.
Joyeux et exultant, ils parvinrent sur le territoire d'Hermopolis, et pénétrèrent dans une des cités d'Égypte qui est appelée Sotinen. N'y connaissant personne dont ils pussent recevoir l'hospitalité, ils entrèrent dans un temple, qu'on appelait le capitole de l'Égypte. Dans ce temple, trois cent soixante-cinq idoles étaient placées, auxquelles chaque jour on rendait les honneurs divins en des cérémonies sacrilèges.
CHAPITRE XXIII
Or il advint que lorsque la bienheureuse Vierge Marie pénétra dans le temple avec son petit enfant, toutes les idoles furent jetées à terre, si bien que toutes gisaient en morceaux, la face brisée, et ainsi leur néant fut prouvé. Ainsi fut accompli ce qui avait été dit par le prophète Isaïe : "Voici que le Seigneur vient sur une nuée légère et entre en Égypte, et tous les ouvrages faits de la main des Égyptiens trembleront devant sa face."
CHAPITRE XXIV
Quand on eut porté cette nouvelle à Afrodisius, il vint au temple avec toute son armée, et avec tous ses amis et compagnons. Tous les prêtres du temple espéraient qu'il ne dirait rien de ceux qui avaient causé la chute des idoles. Et lui, entré dans le temple et voyant qu'était vrai ce qu'il avait entendu, s'approcha aussitôt de Marie et adora l'enfant que Marie tenait sur son sein, l'enfant Maître. Et après l'avoir adoré, il s'adressa à toute son armée et à tous ses amis, et il dit: "Si celui-ci n'était pas le Seigneur de nos dieux que voici, ceux-ci ne se seraient pas prosternés devant lui, et prosternés en sa présence, étendus à terre, ils ne témoigneraient pas qu'il est leur Seigneur. Nous autre, donc, si nous ne faisons pas, pour plus de sûreté, ce que nous voyons nos dieux en train de faire, nous risquerons de provoquer son indignation et nous périrons tous, comme il est arrivé au Pharaon, le roi des Egyptiens, qui régnait en ces jours où Dieu fit de grands miracles en Egypte et fit sortir son peuple par la force de sa main."