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HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II : VISITE AU SANCTUAIRE DE POMPÉI, Dimanche 21 octobre 1979
1. "Missus est Angelus..."

"L'Ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth" (Lc 1, 26).

C'est avec une émotion toute particulière que je prononce aujourd'hui ces paroles sur la Place du Sanctuaire où se trouve entourée d'une exceptionnelle vénération la Vierge qui s'appelait Marie (cf. Lc 1, 27). Cette Vierge à qui fut envoyé Gabriel.

C'est avec une émotion toute particulière que nous écoutons ces paroles aujourd'hui, ce dimanche d'octobre qui a le caractère de dimanche missionnaire. Et même les paroles de l'Évangile de Saint Luc parlent du début de la mission.

La mission veut dire être envoyé, être chargé d'accomplir une action déterminée.

Dieu envoya Gabriel à Marie de Nazareth pour lui annoncer — et, par elle, à tout le genre humain — la mission du Verbe. Voilà, Dieu veut envoyer son Fils afin que, devenu homme, il puisse donner à l'homme la vie divine, la filiation divine, la grâce et la vérité.

La mission du Fils commence proprement en ce moment à Nazareth quand Marie écouta les paroles qui franchissaient les lèvres de Gabriel : "Tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu concevras et enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus" (Lc 1, 30-31).

La mission de ce Fils. Verbe éternel, commence alors, au moment où Marie de Nazareth "une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David" (Lc 1, 27), entendant ces paroles de Gabriel, répondit : "Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole !" (Lc 1, 38). C'est en ce moment que commence la mission du Fils sur la terre. Le Verbe, de la même substance que le Père, devient chair dans le sein de la Vierge. La Vierge elle-même ne peut comprendre comment tout cela se réalisera. Aussi avant de répondre "qu'il advienne de moi..." elle demande : "Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d'homme ?" (Lc 1, 34). Et elle reçoit la réponse déterminante : "L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'enfant sera saint et appelé Fils de Dieu... car rien n'est impossible à Dieu" (Lc 1, 37).

En ce moment Marie comprend déjà. Elle ne demande plus rien. Elle dit seulement : "...qu'il advienne de moi selon ta parole" (Lc 1, 38). Et le Verbe devint chair (cf. Jn 1, 14). Commence la mission du Fils dans l'Esprit Saint. Commencent la mission du Fils et la mission de l'Esprit Saint. Dans cette première étape la mission s'adresse à Elle seule : à la Vierge de Nazareth. L'Esprit Saint descend d'abord sur Elle. Marie, dans son humaine et virginale substance, est par la puissance du Très Haut prise sous son ombre. Grâce à cette puissance et à cause du Saint-Esprit, Elle devient Mère du Fils de Dieu, tout en restant vierge. La mission du Fils commence en elle, sous son cœur. La mission de l'Esprit Saint qui "procède du Père et du Fils" parvient d'abord à Elle, à l'âme qui est Son Épouse, la plus pure et la plus sensible

Ce commencement dans le temps, ce début historique de la Mission du Fils et de l'Esprit Saint, nous devons le garder dans l'esprit aujourd'hui surtout, en ce dimanche missionnaire annuel du mois d'octobre. C'est vers ce début que l'Eglise doit se tourner tout entière, partout, en tout lieu et en tout cœur. L'Église est tout entière et partout missionnaire parce que persiste éternellement en elle cette mission du Fils et de l'Esprit Saint qui a fait son début sur la terre, précisément à Nazareth dans le cœur de la Vierge.

Devenant, par l'opération du Saint-Esprit, homme en son sein, Dieu le Fils est entré dans l'histoire de l'homme pour apporter cet Esprit à tout homme et à toute l'humanité. La mission qui a commencé sous le cœur de la Vierge de Nazareth a été couverte d'ombre par la puissance du Très Haut, a mûri à travers tout le temps secret du Fils de Dieu, puis à travers la vive parole de son Évangile et à travers le sacrifice de la Croix et le témoignage de la Résurrection jusqu'à ce jour dans le cénacle ; et cela, la liturgie de ce jour nous le rappelle également. C'est ce jour où non seulement Marie, mais toute l'Église, tout le Peuple de la Nouvelle-Alliance ont reçu l'Esprit Saint et sont devenus participants avec Lui de la mission du Seigneur ressuscité et de l'unique Oint (Messie). Obtenant de participer à sa mission sacerdotale, prophétique et royale, le Peuple de Dieu, c'est-à-dire l'Église, est devenu totalement missionnaire.

3. Et précisément ce dimanche-ci, le Peuple de Dieu, c'est-à-dire l'Église, fixe les yeux avec gratitude sur le mystère de sa mission qui a commencé d'abord à Nazareth, puis dans le cénacle de Jérusalem. Méditant donc sur son propre caractère missionnaire, le Peuple de Dieu, c'est-à-dire l'Église s'adresse, avec la sollicitude et la ferveur les plus profondes de l'Esprit, à toutes les dimensions de sa mission contemporaine ; à tous les lieux et tous les continents et à tous les Peuples, parce que le Christ a dit un jour : "Allez donc et de toutes les nations faites des disciples..." (Mt 28, 19); "...proclamez la Bonne Nouvelle à toutes créatures" (Mc 16, 15). Et donc ainsi, le dimanche missionnaire, l'Église suit les traces de son enseignement, de sa mission, de l'évangélisation et de la catéchèse, tant chez les nations et les peuples qui sont déjà chrétiens depuis longtemps que chez ceux qui sont encore jeunes et récents et chez ceux qui n'ont pas encore été touchés par la grâce de la foi et la vérité du salut.

L'Église le fait parce qu'elle a sous les yeux tout l'enseignement du Concile Vatican II, tant la Constitution Lumen Gentium, que Gaudium et Spes ; le Décret sur l'activité missionnaire de l'Église Ad gentes ainsi que le Décret sur l'œcuménisme, la Déclaration sur la liberté religieuse, et la Déclaration sur les relations de l'Église avec les religions non chrétiennes. Tous ces merveilleux documents parlent à l'Église de notre temps, à l'Église de ce vingtième siècle qui touche à sa fin, parlent de ce que signifie être missionnaire et avoir une mission à accomplir. Et ils lui ordonnent, comme autrefois le Christ aux Apôtres, de regarder les champs des âmes humaines qui, toujours de quelque manière "sont déjà blancs pour la moisson" (Jn 4, 35). Sont-ils déjà vraiment mûrs ? Sont-ils près de mûrir ? Ou bien, y pousse-t-il des objections contre la parole de l'Évangile et contre l'Esprit qui "souffle où il veut" (Jn 3, 8) ?

Il ne nous est jamais permis de perdre l'espérance, même quand nous traversons des périodes de lourdes expériences et épreuves. Il ne nous est jamais permis d'oublier que le Seigneur lui-même — Lui qui nous affranchit par son sang (cf. 1 Pier 1, 19 ; Ep 1, 7) — regarde ces champs des âmes et nous dit à nous, ses disciples : Priez ! "Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson" (Mt 9, 38). Faisons-le, surtout ce dimanche-ci.

4. Marie est toujours au cœur même de notre prière. Elle est la première parmi celles qui demandent. Elle est l'Omnipotentia supplex, la Tout-Puissante d'intercession.

Telle était sa maison à Nazareth quand elle parlait avec Gabriel. Nous la saisissons dans la profondeur de la prière. Dans la profondeur de la prière. Dieu le Père lui parle. Dans la profondeur de la prière, le Verbe Éternel devient son Fils. Dans la profondeur de la prière l'Esprit Saint descend sur elle.

Et puis elle transfère cette profondeur de la prière de Nazareth au Cénacle de la Pentecôte où tous les Apôtres : Pierre et Jean, Jacques et Matthieu, Jacques d'Alphée et Simon le Zelon et Jude fils de Jacques, "tous d'un même cœur étaient, avec Elle assidus à la prière" (Ac 1, 13-14).

5. Marie transfère également la même profondeur de la prière en ce lieu privilégié de la terre italienne, non loin de Naples, où nous venons aujourd'hui en pèlerinage. C'est le sanctuaire du Rosaire — c'est-à-dire le sanctuaire de la prière mariale ; de cette prière que Marie dit avec nous comme elle priait avec les Apôtres dans le Cénacle.

Cette prière s'appelle le rosaire. Et elle est notre prière préférée, celle que nous lui adressons, à elle, Marie. Certainement ! Mais n'oublions pas, toutefois, que le rosaire est en même temps, notre prière avec Marie. Elle est la prière de Marie avec nous, avec les successeurs des Apôtres qui ont constitué le commencement du nouvel Israël, du Nouveau Peuple de Dieu. Nous venons donc ici pour prier avec Marie ; pour méditer avec elle les mystères que comme Mère elle méditait dans son cœur (cf. Lc 2, 19) et continue à méditer, continue à considérer. Parce que ce sont là les mystères de la vie éternelle. Tous ont leur propre dimension eschatologique. Ils plongent tous en Dieu lui-même. En ce Dieu qui "habite une lumière inaccessible" (1 Tm 6, 16), plongent tous ces mystères si simples et si accessibles. Et si étroitement liés à l'histoire de notre salut.

Et c'est pour cela que cette prière de Marie, immergée dans la lumière de Dieu lui-même, reste en même temps toujours ouverte vers la terre. Vers tous les problèmes humains. Vers les problèmes de chaque homme et, en même temps, de toutes les communautés humaines, des familles, des nations ; vers les problèmes internationaux de l'humanité comme ceux, par exemple, que j'ai eu l'occasion de rappeler devant l'Assemblée des Nations Unies, le 2 octobre dernier. Cette prière de Marie, ce rosaire, est constamment ouvert vers toute la mission de l'Église, vers ses difficultés et ses espérances, vers les persécutions et les incompréhensions, vers tout service qu'elle accomplit en faveur des hommes et des peuples. Cette prière de Marie, ce rosaire est précisément cela, parce que dès le début il a été pénétré de la "logique du cœur". La mère en effet est un cœur. Et la prière s'est formée dans ce cœur grâce à une expérience extraordinairement belle à laquelle elle a pris part : grâce au mystère de l'Incarnation.

Dieu nous a donné, il y a longtemps déjà, un tel signe : "Voici que la Vierge concevra un fils qu'elle appellera Emmanuel" (Is 7, 14). Emmanuel "qui signifie Dieu avec nous" (Mt 1, 23). Avec nous et pour nous : "pour rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés" (Jn 11, 52).

6. Je viens donc ici, à Pompéi dans l'esprit de cette prière pour vivre avec vous ce signe de la prophétie d'Isaïe. Et en prenant part à la prière de la Mère de Dieu qui est Omnipotentia supplex, je désire exprimer avec tous les pèlerins des remerciements pour cette mission multiple qu'il m'a été permis d'accomplir de septembre à octobre. J'en ai déjà parlé plusieurs fois. J'ai répété les paroles et les pensées que Jésus lui-même avait enseignées aux Apôtres : "Quand vous aurez fait tout ce qui vous a été prescrit, dites : Nous sommes de pauvres serviteurs ; nous n'avons fait que ce que nous devions" (Lc 17, 10). C'est pourquoi je sens d'autant plus le besoin de remercier ici, dans ce sanctuaire Marie, et avec Marie.

Et si ma gratitude se tourne en même temps vers les hommes également, c'est surtout parce que mon service de Pierre, un service papal, ils l'ont préparé si bien à genoux : parce qu'ils lui ont donné un profond caractère de prière, un caractère sacramentel, eucharistique. Pourrais-je penser sans émotion à tous ces hommes, des jeunes souvent, qui moyennant les sacrifices, les veillées nocturnes ont ouvert la voie à l'esprit qui devait parler ? Il faut vraiment s'en souvenir parce que c'est là vraiment le cœur même de ce ministère ; le reste est seulement une manifestation qu'on peut parfois, humainement, considérer trop superficiellement. Le Christ, nous enseigne au contraire que le trésor, c'est-à-dire la valeur essentielle, se trouve dans le cœur (cf. Lc 12, 34).

Je viens donc ici pour remercier de tout. Et si je viens aussi pour demander — oh tout demander ! tout supplier ! — ce que je demande surtout est que la mission de l'Église, du Peuple de Dieu, la mission commencée à Nazareth, au Calvaire, au Cénacle, s'accomplisse à notre époque dans toute sa limpidité originelle et en même temps, en harmonie avec les signes de notre temps. Que, à l'exemple de la servante du Seigneur, je puisse — aussi longtemps qu'il plaira à Dieu — rester le fidèle et humble serviteur de cette mission de toute l'Église et que je sente, me rappelle et répète seulement ceci : que je suis un serviteur inutile.

 
HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II : VISITE À LA PAROISSE ROMAINE SAINT-PIE V, 28 octobre 1979
Très chers frères et sœurs !

"À vous grâce et paix de par Dieu et le Seigneur Jésus Christ" (1 Th 1, 2).

1. Je suis vraiment heureux de me trouver aujourd'hui parmi vous, fidèles de la paroisse dédiée à mon saint prédécesseur Pie V, Antoine Ghislieri, qui occupa le trône de Saint Pierre de 1566 à 1572 et est connu spécialement comme "le Pape du Rosaire" pour l'impulsion qu'il donna, par son exemple et son enseignement. à la diffusion de cette dévotion si chère au cœur du peuple chrétien. Ma visite, accomplie presqu'à la fin du mois d'octobre particulièrement consacré à la Vierge du Rosaire, a pour intention d'être comme un acte de réelle admiration pour saint Pie V, et tout autant de fervente vénération envers la Très Sainte Vierge Marie qui, depuis des siècles est saluée, dans cette zone, par le titre significatif de Madonna del Riposo — Notre Dame du Repos.

Mais il y a encore d'autres motifs qui m'ont incité à venir parmi vous: la proximité topographique de votre paroisse avec la Basilique St-Pierre et avec le Siège apostolique où réside le Pape ; le "jeune âge" — à peine 27 ans — de votre paroisse qui doit sa constitution juridique en 1952 au Pape Pie XII de vénérée mémoire et fut édifiée grâce au financement de la Congrégation dite à l'époque "du Saint-Office"; en outre les liens spirituels qui m'unissent depuis quelques années aux prêtres de cette paroisse où j'ai célébré la sainte messe à diverses reprises et où j'ai conféré le sacrement de la Confirmation en octobre 1977. Depuis quelques années ce lien s'est renforcé également par la présence dans votre clergé d'un prêtre polonais de l'Archidiocèse de Cracovie qui m'était confié avant mon élection au souverain pontificat.

Nombreux sont ceux parmi vous qui, connaissant mon "amitié" pour votre paroisse, m'ont invité lors des audiences générales du mercredi, insistant vivement pour que je vienne chez vous.

2. Me voilà donc ici ! Aujourd'hui je suis avec vous et pour vous ! Pour ceux qui sont présents et pour ceux qui n'ont pu venir. Je désire me tenir parmi vous pour sentir battre le cœur et la vie de votre communauté qui comprend quelque 4.500 familles, au total environ 20 mille personnes. Un tel accroissement de la population, réalisé au cours de ces récentes années, a posé et pose de nombreux problèmes, même et spécialement de caractère religieux et pastoral. Grâce au zèle du curé et des prêtres qui collaborent avec lui, votre paroisse exerce une activité variée qui se développe dans divers groupes aux fins catéchistique, caritative, liturgique où chacun de vous — à tout âge et à tout niveau — peut trouver un espace pour son propre engagement chrétien. Je m'adresse spécialement aux jeunes car c'est eux qui peuvent et doivent apporter la contribution la plus vive, la plus dynamique aux diverses initiatives pastorales et apostoliques de votre communauté.

3. En la présente circonstance, célébrant pour vous le Très Saint Sacrifice, je désire méditer avec vous et demander, à vous comme à moi: Que nous disent, à nous qui nous trouvons réunis dans ce temple, les lectures liturgiques de ce jour ? Que disent-elles précisément à la paroisse Saint-Pie V ? Avant tout, elles nous parlent du Christ qui est "prêtre pour l'éternité, à la manière de Melchisédech" (He 5, 6). L'épître aux Hébreux nous enseigne que le Christ est devenu prêtre en tant que Fils de Dieu qui a assumé la nature humaine. Fils, il l'est éternellement par Dieu son Père. Devenant homme, précisément comme Fils, entièrement consacré au Père il devint, du fait même. Prêtre. En effet, sacerdoce veut dire consécration: consécration, de soi-même à Dieu, et consécration, en soi, de toute créature à Dieu. Jésus-Christ est la plénitude de cette consécration. En lui et par lui tout le monde, l'humanité tout entière, tout homme et tout ce qui est créé sont de manière plus parfaite consacrés, restitués à Dieu.

Une paroisse — votre paroisse — signifie une communauté d'hommes qui, à partir du Baptême, sont personnellement et socialement liés au sacerdoce du Christ : à cette consécration du Christ à Dieu, Créateur et Père. Vous êtes une paroisse avant tout grâce au fait qu'il est ici, parmi vous, avec vous, en vous.

Son éternel sacerdoce qui a atteint sa plénitude historique dans le sacrifice de la Croix, est revêtu d'un signe visible. Le Christ est prêtre "à la manière de Melchisédech".

À la manière de ce mystérieux prêtre-roi des temps d'Abraham, il célèbre, lui aussi, la mémoire de son sacrifice unique offert dans son propre corps et sang sur la croix, le rend présent et le renouvelle dans l'Église comme le sacrifice sacramentel du pain et du vin. Ce sacrifice trace le rythme de la vie de l'Église ; de votre paroisse également.

Dans ce sacrifice, le Christ crée cette paroisse, parce qu'il est avec vous. II est avec tous et chacun, tel Celui qui "compatit" ; il est donc également avec "les ignorants et les égarés" (He 5, 2), tel Celui qui, s'offrant lui même en sacrifice pour les péchés, peut et désire rapprocher tout le monde des sources de la vérité et de la sainteté.

Pour conclure cette partie de notre réflexion sur la lecture liturgique d'aujourd'hui nous nous dirons ceci : "Nous, communauté de Saint-Pie V, nous sommes une paroisse parce que nous restons dans la vivante union avec le sacerdoce du Christ ; parce que nous y participons".

4. Continuons notre méditation sur la Parole de Dieu dans la liturgie d'aujourd'hui. Ce mendiant aveugle, Bartimée, que le Christ avait fait venir devant lui, lui adressa la principale demande de toute sa vie : Rabbouni, que je voie !" ; il reçut la vue et la réponse : "Va, ta foi t'a sauvé" (Mc 10, 51-52).

Je pense, chers paroissiens de St-Pie V, que votre paroisse est un lieu où nombreux sont ceux qui doivent au Christ le don de la vue spirituelle : le don de la foi grâce à laquelle nous connaissons Dieu et "les merveilles de Dieu" (Ac 2, 11) dans l'histoire de l'homme. Oui, la paroisse existe, parce que, dans ce fait de "voir" au moyen de la foi, né du Saint-Esprit, nous nous complétons réciproquement, nous nous aidons l'un l'autre à nous éduquer. Bien que "voir au moyen de la foi" soit le fruit de la grâce de Dieu lui-même en faveur de l'âme humaine, en faveur de notre intelligence, ceci est en même temps, toutefois, confié à notre sollicitude humaine et à notre zèle.

Ceci est également confié à l'action de l'Église, à son enseignement, à sa catéchèse. C'est la fonction principale de la paroisse. Et dans la paroisse cette tâche ne revient pas seulement aux prêtres en tant que maîtres de la foi, mais également aux autres personnes : aux religieuses et aux laïcs. Et en ce domaine, le devoir de la famille a une importance fondamentale toute particulière. C'est précisément à l'adresse des parents que j'ai dit, dans l'Exhortation apostolique Catechesi Tradendae : "L'action catéchétique de la famille a un caractère particulier, et, dans un certain sens, irremplaçable (...) Cette éducation de la foi par les parents — qui doit commencer dès le plus jeune âge des enfants — s'accomplit déjà lorsque les membres d'une famille s'aident les uns les autres à croître dans la foi grâce à leur témoignage de vie chrétienne souvent silencieux, mais persévérant au fil d'une vie quotidienne vécue selon l'Evangile" (n. 68).

Toutefois, il ne faut pas oublier qu'il y a certainement parmi nous, dans cette paroisse, un grand nombre de personnes qui "ne voient pas", qui "sont aveugles" devant Dieu et devant ses merveilles. Elles persistent et insistent dans cette attitude. Et il se peut même qu'elles fassent de ce "sans foi" un programme qu'elles voudraient inoculer ou imposer aux autres... Est vraiment énorme l'importance de la paroisse comme communauté de foi, comme communauté de croyants. Enorme est également sa mission, sa vocation apostolique. Jésus-Christ, notre Sauveur, "a détruit la mort et a fait resplendir la vie et l'immortalité par le moyen de l'Evangile" (2 Tm 1, 10).

5. La paroisse est un lieu d'évangélisation. Elle est donc un lieu de grand et multiple travail, semblable à celui de l'agriculteur dont parle la liturgie de ce jour: "Il marche tout en pleurant, celui qui porte la semence des semailles... Ceux qui sèment dans les larmes, moissonnent avec des cris de joie" (Psaume, 126-125, 6. 5).

En une circonstance qui m'est si chère, la visite à votre paroisse, je veux vous souhaiter ce multiple travail, cette fatigue et peut-être même ces larmes dont parle le psalmiste, qui vous apporteront ensuite les fruits de ce travail: cette moisson, ces gerbes qui se récoltent avec une joie tout ensemble humaine et divine.

 
HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II : VISITE À LA PAROISSE ROMAINE
SAINT-RAPHAËL AU TRULLO, 11 novembre 1979
Très chers frères et sœurs,

Voici, nous tous qui nous sommes assemblés autour de l'autel, nous rendons aujourd'hui grâces au Père, au Fils, à l'Esprit Saint pour ce 25ème anniversaire de la paroisse. Nous rendons grâces pour cette petite portion du Peuple de Dieu qui se nomme "paroisse Saint-Raphaël au Trullo". Ell est une parcelle de l'histoire du salut, limitée dans l'espace et dans le temps, mais tout en même temps incommensurable en ce qui concerne la présence du Dieu vivant, l'oeuvre salvifique du Christ, l'effusion de l'Esprit Saint dans le cœur et la conscience de l'homme.

Aujourd'hui, c'est de tout cela que nous voulons remercier. Ma visite a donc le caractère d'une visite de reconnaissance. Accueillant l'invitation à "élever nos cœurs", nous prononçons aujourd'hui de manière particulièrement convaincue les paroles de la préface :

"Rendre grâces, notre devoir et source de salut, est vraiment chose bonne et juste".

3. Peut-être, sur le fond de ce 25e anniversaire, prend un plus grand relief dans notre conscience la vérité que saint Paul a exprimée dans le merveilleux passage de l'Épître aux Hébreux que nous a proposée la liturgie de ce dimanche. Le voici : Le Christ, Prêtre de la nouvelle et éternelle Alliance entre dans le sanctuaire éternel "afin de paraître maintenant devant la face de Dieu en notre faveur (Hb 9, 24). Il entre pour offrir continuellement pour toute l'humanité, l'unique Sacrifice qu'il a offert une fois pour toutes pour "abolir le péché par son sacrifice" (Hb 9, 26).

Nous participons tous à cet unique saint Sacrifice. Nous prenons tous part à l'unique et éternel sacerdoce du Christ, Fils de Dieu. Et ce temple qui a été édifié dans cette zone de Rome peu de temps après l'érection de la paroisse est précisément le lieu d'une telle participation. La paroisse en effet surgit et existe afin que nous prenions part à la mission sacerdotale, prophétique et royale (pastorale) du Christ comme nous l'enseigne le Concile Vatican II ; afin que, en offrant avec Lui et par Lui nos dons spirituels, nous puissions entrer avec Lui et par Lui dans le sanctuaire éternel de la majesté divine, le sanctuaire qu'il a préparé pour nous comme maison du Père" (Jn 14, 2).

4. Pour parvenir à la maison du Père nous devons nous laisser guider par la vérité que le Christ a exprimée dans sa vie et dans son enseignement. C'est une vérité riche et universelle. Elle dévoile aux yeux de notre âme les vastes horizons des merveilles de Dieu. Et en même temps, elle pénètre ainsi en profondeur, dans les mystères du cœur humain, comme seule la Parole divine peut le faire. Un des éléments de cette vérité est celui qu'avec un accent particulier semble nous rappeler la liturgie d'aujourd'hui :

"Bienheureux les pauvres en esprit parce que le Royaume des Cieux est à eux" (Mt 5, 3).

On peut dire que la liturgie de ce dimanche éclaire de manière particulièrement suggestive cette première béatitude du discours de la montagne, nous permettant de pénétrer à fond la vérité qu'elle contient. Voici, écoutons la première Lecture, celle de la pauvre veuve du temps d'Elie qui habitait Sarepta de Sidon. Puis, après, nous entendons une autre pauvre veuve du temps du Christ, entrée dans la cour du temple de Jérusalem. L'une et l'autre ont donné tout ce qu'elles possédaient. La première a donné à Elie sa dernière poignée de farine pour faire une petite galette. L'autre a jeté dans le trésor du temple deux piécettes, tout ce qu'elle avait (Mc 12, 44). La première ne fut pas déçue car, conformément à la prédiction d'Elie la cruche de farine ne s'épuisa pas jusqu'au jour où le Seigneur donna de la pluie sur la face de la terre (cf. IRs 17, 14). La seconde put entendre les grandes louanges sur les lèvres du Seigneur.

Ces deux figures révèlent la véritable signification de la pauvreté en esprit qui fait l'objet de la première béatitude du discours de la montagne. Cela peut sembler un paradoxe, mais cette pauvreté tient en soi une richesse particulière. Est riche en effet, non pas celui qui possède, mais celui qui donne. Et plus encore quand il se donne lui-même que quand il donne ce qu'il possède. Alors, il peut donner également quand il ne possède rien. Il est donc riche même quand il ne possède rien.

Par contre l'homme est pauvre, non pas parce qu'il ne possède rien, mais parce qu'il est lié — et particulièrement quand il l'est sporadiquement et totalement — à ce qu'il possède. C'est-à-dire quand il est lié de manière telle qu'il n'est pas en mesure de donner quoi que ce soit de lui. Quand il n'est pas en mesure de s'ouvrir aux autres, de se donner à eux. Dans le cœur du riche tous les biens de ce monde deviennent des biens morts. Dans le cœur du pauvre, dans le sens dont je parle, même les plus petits biens revivent et deviennent grands.

Certainement, beaucoup a changé dans le monde depuis que le Christ, dans le discours de la montagne, a parlé de la béatitude des pauvres en esprit. L'époque où nous vivons est bien différente de celle du Christ. Nous vivons un autre moment de l'histoire, de la civilisation, de la technique, de l'économie. Les paroles du Christ n'ont cependant rien perdu de leur exactitude, de leur profondeur. de leur vérité. Elles ont même acquis une portée nouvelle.

Aujourd'hui la vérité de ces paroles du Christ doit servir à juger non seulement le comportement d'une veuve pauvre et de ses contemporains mais tous les systèmes et tous les régimes économico-sociaux, les conquêtes techniques, la civilisation de la consommation et, ensemble, toute la géographie de la misère et de la faim, inscrite dans la structure de notre monde.

Et ainsi aujourd'hui comme à l'époque du discours de la montagne, chacun de nous doit juger ses œuvres et son cœur, les confrontant avec la vérité des paroles du Christ.

Quelle institution merveilleuse, cette paroisse qui nous permet d'entendre constamment les paroles du Christ et de juger nos cœurs avec leurs vérités.

5. Je désire qu'aujourd'hui se serrent les mains tous les époux qui, dans cette paroisse ont édifié sur la base du sacrement autant de communautés familiales. Qu'ils renouvellent aujourd'hui dans leur cœur ces promesses sacrées qui, devant Dieu et l'Église, ont un jour fait d'eux des époux — mari et femme — puis des parents — père et mère. Qu'ils demandent dans leurs prières la grâce de la persévérance dans la fidélité conjugale et dans leurs devoirs de parents. Qu'ils prient pour obtenir l'amour nécessaire à l'accomplissement de la vocation qu'ils ont reçue de Dieu.

Que les enfants trouvent dans cette paroisse une plus vaste maison familiale; qu'ils absorbent dans la catéchèse la vérité de la parole de Dieu ; qu'ils se nourrissent du Corps du Christ.

Que les jeunes cherchent dans cette paroisse un appui pour leurs idéaux et s'efforcent de l'animer par leur nouvelle vie, par leur témoignage, par leur promptitude à servir Dieu et les hommes.

Que les malades et ceux qui souffrent trouvent ici réconfort et soulagement. Que le Christ les visite ; grâce au service des prêtres, et leur explique par la parole intérieure de l'Esprit, la grande dignité et le don de leurs souffrances.

Puisse chacun dans cette paroisse prendre conscience d'être un membre du Corps du Christ et se rendre compte que le royaume de Dieu est proche et, même, qu'il est déjà présent en eux.

Pour tout ceci, je prie aujourd'hui avec vous, confiant surtout dans l'intercession de Marie, Mère de l'Église et cause de notre joie; puis également dans celle de l'archange saint Raphaël que vous avez choisi pour vous guider en chemin. Grâce à leur aide et à leur protection votre communauté pourra, d'un élan renouvelé, progresser sur la voie d'un cohérent et fécond témoignage chrétien, offrant à tous ceux qu'oppressent le doute, la perplexité, ou le désespoir, le message éternel de joie et d'espérance que le Christ nous a laissé dans son Évangile. Amen !

 
HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II, MESSE DANS L'ÉGLISE CATHOLIQUE DU SAINT-ESPRIT À ISTANBUL, Jeudi 29 novembre 1979
PÈLERINAGE APOSTOLIQUE EN TURQUIE
Frères très chers dans le Seigneur,

« À vous la paix, la charité et la foi, en Dieu le Père et en Notre-Seigneur Jésus-Christ » (cf. Ep 6, 23).

Que ce souhait de l’apôtre Paul aux chrétiens d’Éphèse soit aussi celui que je vous adresse.

Je me tourne d’abord vers le patriarche œcuménique, S. S. Dimitrios Ier, et vers le patriarche arménien, S. B. Shnorhk Kalustian, frères vénérés qui ont voulu s’unir à cette célébration et nous faire ainsi honneur, à nous et à toute notre communauté locale. Je leur exprime ma profonde gratitude.

1. Je vous salue cordialement, frères et fils de l’Église catholique, évêques, prêtres, religieux, religieuses, fidèles laïcs, appartenant aux diverses communautés catholiques de la ville et aux divers rites et je salue aussi, à travers vous, tous les catholiques de ce grand pays. Je vous remercie de votre accueil chaleureux et filial, ainsi que pour la joie que vous me donnez. Je voudrais également adresser mes vifs remerciements à tous ceux qui ont rendu possible ce voyage, et d’une manière particulière aux autorités de ce pays, qui m’ont accueilli avec tant de courtoisie. Ma rencontre avec vous, frères et sœurs dans le Seigneur, me remplit d’une immense joie J’apprécie votre présence active dans cette splendide cité historique, riche de tant de témoignages chrétiens admirables. Et comment oublier que les points essentiels de notre foi ont trouvé leur formulation dogmatique dans les Conciles œcuméniques tenus dans cette ville, ou dans les villes voisines, et qui en portent désormais le nom : Nicée Constantinople, Éphèse, Chalcédoine ? Comment ne pas évoquer avec émotion les Pères de l’Église d’Orient, pasteurs et docteurs, qui sont nés dans cette région ou y ont exercé un apostolat hors pair, en nous laissant des écrits lumineux qui sont aujourd’hui une nourriture et une référence pour toute l’Église, en Occident comme en Orient ? Je pense notamment à saint Jean Chrysostome, évêque de Constantinople, dont le courage, la clarté, la profondeur, l’éloquence en ont fait le modèle du pasteur et du prédicateur. Je pense à toute cette vie contemplative qui a fleuri ici au cours des siècles à l’école des maîtres spirituels, je pense à la fidélité de la foi à travers bien des épreuves. Chers frères et sœurs, aujourd’hui, vous héritez en quelque sorte de ce trésor et de ces exemples qui doivent fructifier dans vos âmes. Je suis heureux de vous voir professer cette foi avec conviction, avec persévérance, en esprit de sacrifice. En divers domaines et de diverses manières, vous rendez un service apprécié à l’Église et à ce pays. Que vous agissiez directement dans le domaine ecclésial ou que vous vous adonniez à des activités culturelles plus générales, ou à l’éducation de la jeunesse, ou aux œuvres de charité vous voulez exprimer votre foi en servant toujours l’homme, créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Gn 1, 26-27), et en contribuant à construire l’Église de Dieu, édifiée sur le fondement des apôtres et sur la pierre angulaire qu’est le Christ (cf. Ep 2, 20)

2. Frères et sœurs, j’ai désiré célébrer avec vous cette sainte liturgie, particulièrement en cette heureuse circonstance de la fête de l’apôtre saint André. André fut le premier appelé à suivre Jésus. « Venez et voyez », avait dit le Seigneur (Jn 1, 39). Et André se mit en marche, il le suivit, et il demeura « auprès de lui ce jour-là ». Et non seulement « ce jour-là » ; il le suivit durant toute sa vie ; il le vit opérer des miracles, guérir les malades, pardonner les péchés, rendre la vue aux aveugles, ressusciter les morts ; il connut sa douloureuse passion et sa mort, et il le vit ressuscité. Et il continua à croire en lui jusqu’au témoignage final du martyre.

La célébration de la fête d’un saint nous rappelle notre propre vocation à la sainteté. Saint Pierre, le frère d’André, nous le rappelle d’une manière stimulante dans sa lettre écrite précisément aux chrétiens d’Asie Mineure : « Montrez-vous saints vous aussi dans toute votre conduite, de même que Celui qui vous a appelés est saint. » (1 P 1,15.)

La vocation chrétienne est sublime et exigeante, et elle serait irréalisable pour nous si l’Esprit de Dieu ne nous donnait pas la lumière pour comprendre et la force nécessaire pour agir. Mais le Christ nous a aussi assurés de son assistance : « Voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28, 20.)

Oui, la vocation chrétienne est une vocation à la perfection, pour édifier le Corps du Christ « jusqu’à ce que nous parvenions tous à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme parfait, à la mesure de la taille de la plénitude du Christ » (Ep 4, 13). Fermes dans la foi puissions-nous croître de toutes manières « en pratiquant la vérité dans la charité » (Ep 4,15).

3. Élargissons maintenant notre méditation au mystère de l’Église. Saint André, le premier appelé, patron de l’Église de Constantinople, est le frère de saint Pierre, le choryphée des apôtres, fondateur avec saint Paul de l’Église de Rome et son premier évêque. D’un côté, ce fait nous rappelle un drame du christianisme, la division entre l’Orient et l’Occident, mais il nous rappelle aussi la réalité profonde de la communion qui existe, nonobstant toutes les divergences, entre les deux Églises.

Comme il nous faut remercier le Seigneur d’avoir fit surgir, au cours des dernières décennies, des pionniers éclairés et des artisans infatigables de l’unité, tels que le Patriarche Athénagoras, de vénérée mémoire, et mes grands prédécesseurs, le Pape Jean XXIII — dont cette cité et cette Église conservent avec honneur le souvenir — et le Pape Paul VI qui est venu vous rencontrer avant moi ! Leur action a été féconde pour la vie de l’Église et pour la recherche de la pleine unité entre nos Églises, qui s’appuient sur l’unique pierre angulaire qu’est le Christ et sont édifiées sur le fondement des apôtres.

Les contacts toujours plus intenses de ces dernières années ont fait redécouvrir la fraternité entre nos deux Églises et la réalité d’une communion entre elles, même si elle n’est pas parfaite. L’Esprit de Dieu nous a aussi montré de manière toujours plus claire l’exigence qui s’impose de réaliser la pleine unité afin de rendre un témoignage plus efficace pour notre temps.

Ma visite au Patriarche œcuménique et mon pèlerinage à Éphèse, où Marie a été proclamée « Theotokos « Mère de Dieu», a pour but de servir — dans la mesure où je le puis et pour autant que le Seigneur le permettra — à cette sainte cause. Je remercie la Providence d’avoir guidé mes pas jusqu’en ces lieux.

Nous sommes à la veille de l’ouverture du dialogue théologique entre l’Église catholique et l’Église orthodoxe dans son ensemble. Il s’agit d’une autre phase importante du processus vers l’unité. Ce dialogue sera appelé, en partant de ce que nous avons en commun, à identifier, affronter et résoudre toutes les difficultés qui nous interdisent encore la pleine unité. Demain, je participerai à la célébration de la fête de saint André dans l’église du Patriarcat œcuménique. Nous ne pourrons pas concélébrer. C’est là le signe le plus douloureux du malheur introduit dans l’unique Église du Christ par la division. Mais, grâce à Dieu, nous célébrons désormais ensemble, depuis quelques années, la fête des protecteurs de nos Églises, comme gage et volonté effective de la pleine concélébration ; à Rome, nous célébrons la fête des saints Pierre et Paul en présence d’une délégation orthodoxe, et on célèbre au Patriarcat œcuménique la fête de saint André avec une présence catholique.

La communion dans la prière nous conduira à la pleine communion dans l’Eucharistie. J’ose espérer que ce jour est proche. Personnellement, je le souhaiterais très proche. N’avons-nous pas déjà en commun la même foi eucharistique et les véritables sacrements, en vertu de la succession apostolique ? Souhaitons que la communion totale dans la foi, notamment dans le domaine ecclésiologique, permettra bientôt cette pleine « communicatio in sacris ». Déjà mon vénéré prédécesseur, le Pape Paul VI, avait désiré voir ce jour, tout comme le Patriarche Athénagoras Ier ; ainsi s’exprimait-il en parlant de ce dernier aussitôt après sa mort : « Toujours il résumait ses sentiments en une seule et suprême espérance : celle de pouvoir avec nous boire au même calice, c’est-à-dire célébrer ensemble le sacrifice eucharistique, synthèse et couronnement de la commune identification ecclésiale avec le Christ. Cela, nous l’avons aussi tant désiré ! Maintenant ce désir irréalisé doit demeurer notre héritage et notre engagement. » (Angélus du 9 juillet 1972.) (2) Pour ma part, en reprenant cet héritage, je partage ardemment ce désir, que le temps et les progrès dans l’union ne font qu’aviver.

4. Je sais que vous aussi, catholiques de cette ville et de toute la Turquie, vous êtes conscients de l’importance que revêt la recherche de la pleine unité entre les chrétiens. Je sais que vous priez et que vous travaillez dans ce but, et que vous avez des contacts fraternels avec l’Église orthodoxe et avec les autres chrétiens de votre ville et de votre pays. Je vous en suis profondément reconnaissant.

Je sais aussi que vous cherchez des rapports d’amitié avec les autres croyants qui invoquent le nom du Dieu unique, et que vous êtes des citoyens actifs et loyaux de ce pays où vous formez une minorité. Je vous y encourage de tout cœur.

Que Dieu vous bénisse ! Qu’il bénisse vos communautés, vos familles, vos personnes, spécialement ceux qui souffrent et pour lesquels j’aurai une intention particulière. Et qu’il vous accorde toujours ce dont vous avez besoin pour lui rendre dans votre vie un témoignage toujours plus fidèle.

5. Et maintenant, chers frères et sœurs, je vous invite à prier avec ferveur, au cours de ce sacrifice eucharistique, pour la pleine communion de nos Églises. Le progrès dans l’unité s’appuiera sur nos efforts, sur nos travaux théologiques, sur nos démarches répétées, et spécialement sur notre charité mutuelle ; mais c’est en même temps une grâce du Seigneur. Supplions-le d’aplanir les obstacles qui ont retardé jusqu’ici la marche vers la pleine unité. Supplions-le de donner, à tous ceux qui collaborent au rapprochement, son Esprit-Saint qui les conduira vers la vérité entière, qui élargira leur charité, qui les rendra impatients de l’unité. Suppliez-le pour que nous-mêmes, pasteurs des Églises-sœurs , nous soyons les meilleurs instruments en cette heure de l’Histoire, pour régir ces Églises, c’est-à-dire pour les servir comme le veut le Seigneur, et servir ainsi l’unique Église qui est son Corps. Au cours du second millénaire, nos Églises s’étaient comme figées dans leur séparation. Voici que le troisième millénaire du christianisme est à nos portes. Puisse l’aube de ce nouveau millénaire se lever sur une Église qui a retrouvé sa pleine unité, pour mieux témoigner, au milieu des tensions exacerbées de ce monde, de l’amour transcendant de Dieu, manifesté en son Fils Jésus-Christ.

Dieu seul connaît les temps et les moments. Pour nous, veillons et prions, dans l’espérance, avec la Vierge Marie, la Mère de Dieu, qui ne cesse de veiller sur l’Église de son Fils, comme elle a veillé sur les apôtres. Amen.

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