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MESSAGE DU SAINT-PÈRE BENOîT XVI AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA XXVIIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 2013
« Allez ! De toutes les nations faites des disciples. » (cf. Mt 28, 19)
Chers jeunes,
J’adresse à chacun de vous mes salutations pleines de joie et d’affection. Je suis sûr que beaucoup d’entre vous sont revenus de la Journée Mondiale de la Jeunesse de Madrid 2011, encore plus « enracinés et fondés dans le Christ, affermis dans la foi » (cf. Col 2, 7). Dans les différents diocèses, nous avons célébré cette année la joie d’être chrétiens, inspirés par le thème : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ! » (Ph 4, 4). A présent, nous nous préparons à la prochaine Journée Mondiale qui sera célébrée à Rio de Janeiro au Brésil en 2013.
Je voudrais tout d’abord vous renouveler mon invitation à participer nombreux à cet événement important. La célèbre statue du Christ Rédempteur qui surplombe la belle ville de Rio de Janeiro en sera le symbole éloquent : ses bras ouverts sont le signe de l’accueil que le Christ Rédempteur réservera à tous ceux qui viendront à lui et son Cœur représente l’immense amour qu’il a pour chacun et chacune d’entre vous. Laissez-vous attirer par lui ! Vivez cette expérience de rencontre avec le Christ avec de nombreux autres jeunes qui convergeront vers Rio de Janeiro pour la prochaine rencontre internationale ! Laissez-vous aimer par lui et vous serez les témoins dont le monde a besoin.
Je vous encourage à vous préparer à la Journée Mondiale de Rio de Janeiro, en méditant dès à présent le thème de cette rencontre : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (cf. Mt 28, 19). Il s’agit de la grande exhortation missionnaire que le Christ a laissée à l’église tout entière et qui, après 2000 ans, n’a rien perdu de son actualité.
Cet appel missionnaire doit maintenant retentir avec force dans votre cœur. L’année de préparation à la rencontre de Rio de Janeiro coïncide avec l’Année de la foi, au début de laquelle le Synode des évêques a consacré ses travaux sur « la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi ». C’est pourquoi je suis heureux que vous soyez, vous aussi, chers jeunes, associés à cet élan missionnaire de toute l’église : faire connaître le Christ est le don le plus précieux que vous pouvez faire aux autres.
1. Un appel pressant
L’histoire nous a montré combien de jeunes ont contribué grandement, par le don généreux d’eux-mêmes, à l’avènement du Royaume de Dieu et au développement de ce monde par l’annonce de l’évangile. Avec un grand enthousiasme, ils ont porté la Bonne Nouvelle de l’Amour de Dieu manifesté dans le Christ, avec des moyens et de facilités bien inférieurs à ceux dont nous disposons aujourd’hui. Je pense, par exemple, au bienheureux José de Anchieta, jeune religieux jésuite espagnol du XVIe siècle, parti en mission au Brésil âgé de moins de vingt ans, et devenu un grand apôtre du Nouveau Monde. Mais je pense aussi à tous ceux d’entre vous qui donnent généreusement de leur personne pour la mission de l’église : j’en ai été un témoin émerveillé lors de la Journée Mondiale de Madrid, en particulier lors de ma rencontre avec les volontaires.
Aujourd’hui tant de jeunes doutent profondément de la bonté de la vie et cherchent comment avancer dans la vie. Plus généralement, face aux difficultés actuelles que traverse le monde, de nombreux jeunes s’interrogent : que pouvons-nous faire ? La lumière de la foi éclaire cette obscurité et nous fait comprendre que toute existence a une valeur inestimable parce qu’elle est le fruit de l’amour de Dieu. Il aime aussi celui qui s’est éloigné de lui et l’a oublié. Avec patience, Il l’attend. Bien plus, il a donné son Fils, mort et ressuscité, pour nous libérer radicalement du mal. Et le Christ a envoyé ses disciples pour porter à tous les peuples cette joyeuse nouvelle du salut et d’une vie nouvelle.
Dans sa mission d’évangélisation, l’église compte aussi sur vous. Chers jeunes, vous êtes les premiers missionnaires parmi vos pairs. à la fin du Concile Œcuménique Vatican II, dont nous fêtons le 50ème anniversaire, le Serviteur de Dieu Paul VI avait adressé aux jeunes du monde, un message qui commençait ainsi : « C’est à vous enfin, jeunes gens et jeunes filles du monde entier, que le Concile veut adresser son dernier message. Car c’est vous qui allez recueillir le flambeau des mains de vos aînés et vivre dans le monde au moment des plus gigantesques transformations de son histoire. C’est vous qui, recueillant le meilleur de l’exemple et de l’enseignement de vos parents et de vos maîtres, allez former la société de demain: vous vous sauverez ou vous périrez avec elle.” Et il concluait par cet appel : « construisez dans l’enthousiasme un monde meilleur que celui de vos aînés ! » (Message de Paul VI aux jeunes, 8 décembre 1965).
Chers amis, cette invitation reste encore de grande actualité ! Nous traversons une période de l’histoire de l’humanité très particulière. Le progrès technique nous a offert des possibilités sans précédent d’interaction entre les hommes et entre les peuples. Mais la mondialisation des échanges que nous observons ne sera réussie et ne fera grandir le monde en humanité que dans la mesure où elle sera fondée non pas sur le matérialisme mais sur l’amour, la seule réalité capable de combler le cœur de l’homme et d’unir les peuples. Dieu est amour. L’homme qui oublie Dieu est sans espérance et devient incapable d’aimer son semblable. Voilà pourquoi il est urgent de témoigner de l’existence de Dieu, afin que chacun puisse en vivre. Il en va du salut de l’humanité et du salut de chacun de nous. Celui qui comprend cette nécessité, ne peut que s’écrier avec saint Paul : « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’évangile ! » (1 Co 9, 16).
2. Devenez mes disciples
Cet appel missionnaire vous est aussi adressé pour une autre raison : vous en avez besoin pour votre cheminement personnel de foi. Le bienheureux Jean-Paul II écrivait : « La foi grandit quand on la donne » (Encycl. Redemptoris Missio, 2). C’est en annonçant l’évangile que vous vous enracinez profondément dans le Christ et devenez des chrétiens mûrs. L’engagement missionnaire est une dimension essentielle de la foi : on ne peut être un croyant véritable sans évangéliser. Et l’annonce de l’évangile n’est autre que la conséquence de la joie d’avoir rencontré le Christ et d’avoir trouvé en lui le roc sur lequel fonder notre existence. En vous engageant à servir les autres et à leur annoncer l’évangile, votre vie, si souvent éparpillée entre des activités différentes, trouvera son unité dans le Seigneur. Vous vous construirez vous-mêmes, vous grandirez et deviendrez toujours plus riches en humanité.
Mais que signifie être missionnaires ? être missionnaire suppose d’abord d’être soi-même disciple du Christ, écouter sans cesse l’appel à le suivre, l’appel à le regarder, lui : « Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). Un disciple, c’est donc celui qui se met à l’écoute de la Parole de Jésus (cf. Lc 10, 39), le reconnaissant ainsi comme le Bon Maître qui nous a aimés jusqu’au don de sa vie. Il s’agit donc, pour chacun de vous, de se laisser façonner chaque jour par la Parole de Dieu : elle fera de vous des amis de Jésus, capables d’introduire d’autres jeunes dans cette amitié avec lui.
Je vous conseille de faire mémoire des dons reçus de Dieu pour les transmettre à votre tour. Apprenez à relire votre histoire personnelle, prenez aussi conscience de l’héritage magnifique reçue des générations passées : tant de croyants nous ont transmis la foi avec courage, affrontant parfois de dures épreuves et des incompréhensions. Rappelons-nous toujours que nous faisons partie d’une chaîne immense d’hommes et de femmes qui nous ont transmis la vérité de la foi et qui comptent sur nous pour que d’autres la reçoivent. être missionnaire suppose de connaître ce patrimoine reçu qui constitue la foi de l’église : vous devez connaître ce en quoi vous croyez, pour pouvoir l’annoncer. Comme je vous l’ai écrit dans l’introduction du YouCat, le catéchisme des jeunes que je vous ai remis lors de la rencontre internationale de Madrid, « vous devez connaître votre foi avec la même précision avec laquelle un spécialiste en informatique connaît le système d’exploitation d’un ordinateur; vous devez la connaître comme un musicien connaît son morceau ; oui, vous devez être bien plus profondément enracinées dans la foi que la génération de vos parents, pour pouvoir résister avec force et détermination aux défis et aux tentations de ce temps. » (Benoît XVI, Introduction au YouCat)
3. Allez !
Jésus a envoyé ses disciples en mission, avec cet ordre : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. » (Mc 16, 15-16). évangéliser, c’est porter à d’autres la Bonne Nouvelle du salut et cette Bonne Nouvelle est une personne : Jésus Christ. Quand je le rencontre, quand je découvre à quel point je suis aimé par Dieu et sauvé par lui, alors naît en moi non seulement le désir, mais la nécessité de le faire connaître à d’autres. Au début de l’évangile de Saint Jean, nous voyons comment André rencontre le Seigneur et s’empresse de conduire son frère Simon à Jésus (cf. Jn 1, 40-42). L’évangélisation part toujours de la rencontre avec le Seigneur Jésus. Qui s’est approché de lui et a fait l’expérience de son Amour veut aussitôt partager la beauté de cette rencontre et la joie qui naît de cette amitié. Plus nous connaissons le Christ, plus nous désirons L’annoncer. Plus nous parlons avec lui, plus nous désirons parler de lui. Plus nous sommes conquis par le Christ, plus nous désirons conduire les autres à lui !
Par le baptême, qui nous fait naître à la vie nouvelle, l’Esprit Saint habite en nous et embrase notre esprit et notre cœur. C’est lui qui nous fait connaître Dieu et nous guide toujours plus loin dans l’amitié avec le Christ. C’est l’Esprit qui nous pousse à faire le bien, à servir les autres, à donner de nous-mêmes. Par la confirmation nous sommes fortifiés par les dons de l’Esprit pour témoigner de l’évangile de manière de plus en plus mûre. L’Esprit d’amour est donc l’âme même de la mission : Il nous pousse à sortir de nous-mêmes pour « aller » et évangéliser. Chers jeunes, laissez-vous faire par la force de l’amour de Dieu ; laissez faire cet amour pour vaincre la tendance à vous replier sur vous-mêmes, chacun replié sur ses propres problèmes et sur ses propres habitudes. Ayez le courage de « partir », de sortir de vous-mêmes pour « aller » à la rencontre des autres et les guider vers la rencontre avec Dieu.
4. à toutes les nations
Jésus a envoyé ses disciples pour témoigner de sa présence salvifique à toutes les nations parce que Dieu, dans la surabondance de son amour pour tous les hommes, veut que tous soient sauvés et qu’aucun ne soit perdu. Par son sacrifice d’amour sur la croix, Jésus a ouvert la voie afin que tout homme, toute femme puisse connaître Dieu et entrer dans la communion d’amour avec Lui. Et il a formé une communauté de disciples pour porter la bonne nouvelle du salut jusqu’aux confins de la terre, pour rejoindre les hommes et les femmes de toutes les nations et de tous les temps. Faisons nôtre ce désir de Dieu !
Chers amis, ouvrez les yeux et regardez autour de vous : tant de jeunes ont perdu le sens de leur existence. Allez ! Le Christ a aussi besoin de vous. Laissez-vous entraîner par son amour ; devenez les instruments de cet amour immense afin qu’il puisse rejoindre tous les hommes, en particulier ceux qui sont « éloignés ». Certains sont loin géographiquement, d’autres sont loin parce que leur culture ne laisse pas de place à Dieu, d’autres sont loin parce qu’ils n’ont pas encore accueilli l’évangile de façon personnelle. D’autres encore sont loin parce que, bien qu’ayant reçu la foi, ils vivent comme si Dieu n’existait pas. à tous, ouvrons notre cœur ; cherchons à entrer en dialogue avec eux, dans la simplicité et le respect réciproque. Un tel dialogue, s’il est habité par une vraie amitié, portera du fruit. Ces « nations » auxquelles nous sommes envoyés sont non seulement tous les pays du monde, mais aussi les lieux où nous vivons : nos familles, nos quartiers, nos lieux d’études ou de travail, nos cercles d’amis, nos les lieux de loisirs. L’annonce joyeuse de l’évangile vise tous ces espaces où nous vivons, sans aucune limite.
Je voudrais signaler deux domaines dans lesquels votre engagement missionnaire est particulièrement requis. Le premier champ d’apostolat est le monde des communications sociales, en particulier le monde d’internet. Très chers jeunes, comme j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire, « engagez-vous à introduire dans la culture de ce nouvel espace communicatif et informatif les valeurs sur lesquelles s’appuie votre vie ! (…) C’est à vous, jeunes, qui vous trouvez presque spontanément en syntonie avec ces nouveaux moyens de communication, qu’incombe, en particulier, la tâche de l’évangélisation de ce « continent digital ». » (Benoît XVI, Message pour la XLIIIe Journée Mondiale des communications sociales, 24 mai 2009). Usez donc ce moyen de communication avec sagesse, en évitant les pièges inhérents à internet, en particulier le risque de dépendance, le danger de confondre le monde réel et le monde virtuel, de substituer la rencontre et le dialogue direct avec les personnes par des contacts sur le web.
Le deuxième domaine est celui des voyages. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes ont l’occasion de voyager, soit pour leurs études, soit pour leur travail, soit pour des loisirs. Je pense aussi à tous les mouvements migratoires, où des millions de personnes se déplacent et changent de régions ou de pays pour des raisons économiques ou sociales. Ces phénomènes peuvent aussi devenir de providentielles occasions pour la diffusion de l’évangile. Chers jeunes, n’ayez pas peur de témoigner de votre foi dans ces contextes aussi. Communiquer la joie de la rencontre avec le Christ : voilà un cadeau magnifique que vous pourriez faire à ceux qui vous accueillent.
5. Faites des disciples !
Je suis sûr que vous avez, au moins une fois, rencontré la difficulté de faire faire à vos amis une expérience de foi. Vous avez sans doute constaté à quel point de nombreux jeunes, spécialement dans certaines phases de la vie, nourrissent le désir de connaître le Christ et de vivre les valeurs de l’évangile, mais s’en sentent inadéquats et incapables. Que faire ?
Tout d’abord, nous devons leur être proches et par notre témoignage tout simple, le Seigneur pourra toucher leurs cœurs. L’annonce de l’évangile ne se réduit pas seulement à parler de Dieu, mais englobe toute la vie et se traduit par des gestes d’amour. C’est l’amour du Christ versé en nos cœurs qui nous fait devenir des apôtres. Notre amour doit donc ressembler au sien. Comme le Bon Samaritain, nous devons toujours être attentifs aux personnes que nous rencontrons, savoir écouter, comprendre, aider. C’est seulement ainsi que nous pouvons conduire ceux qui sont à la recherche de la vérité et du sens de leur vie vers la maison de Dieu qu’est l’église, où ils trouveront l’espérance et le salut (cf. Lc 10, 29-37).
Chers amis, n’oubliez pas que le premier geste d’amour envers le prochain consiste à partager avec lui la source de notre espérance : qui ne donne pas Dieu, donne trop peu ! Jésus ordonne à ses apôtres de « faire des disciples de toutes les nations », et il poursuit : « les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit et leur apprenant à garder tous les commandements que je vous ai donnés » (Mt 28, 19-20). Les moyens que nous avons pour « faire des disciples » sont donc principalement le baptême et la catéchèse. Cela signifie que nous devons conduire ceux que nous évangélisons à rencontrer le Christ vivant, en particulier dans sa Parole et dans les sacrements : ainsi ils pourront croire en Lui, connaîtront Dieu et vivront de sa grâce. J’aimerais que chacun se pose les questions suivantes : ai-je déjà osé proposer le baptême à des jeunes qui ne l’ont pas encore reçu ? Ai-je déjà invité des personnes à suivre un parcours de découverte de la foi chrétienne ? Chers amis, ne craignez pas de proposer à vos amis la rencontre avec le Christ. Invoquez l’Esprit Saint : Il vous introduira toujours plus profondément dans la connaissance et dans l’amour du Christ et vous rendra créatifs dans la transmission de l’évangile.
6. Affermis dans la foi
Face à la difficulté de la mission d’évangélisation, vous serez parfois tentés de dire comme le prophète Jérémie : « Ah, Seigneur Dieu, vois, je ne sais pas parler : je suis trop jeune ! » Mais à vous aussi, le Seigneur répond toujours : « Ne dis pas ‘je suis jeune’ ! Mais va vers tous ceux à qui je t’enverrai. » (cf. Jr 1, 6-7). à chaque fois que vous vous sentirez inadéquats et pas à la hauteur de la mission d’annoncer et de témoigner la foi, soyez sans crainte. En effet, l’évangélisation n’est pas d’abord notre initiative et elle ne dépend pas d’abord de nos talents, mais elle est une réponse confiante et obéissante à l’appel de Dieu. Par conséquent, elle se fonde avant tout sur sa force et non sur la nôtre. Saint Paul lui-même en a fait l’expérience : « Ce trésor, nous, les Apôtres, nous le portons en nous comme dans des poteries sans valeur; ainsi, on voit bien que cette puissance extraordinaire ne vient pas de nous, mais de Dieu. » (2 Co 4, 9)
C’est pourquoi, je vous exhorte à vous enraciner dans la prière et dans les Sacrements. L’évangélisation authentique naît toujours de la prière et est portée par la prière. Il nous faut d’abord parler avec Dieu pour pouvoir parler de Dieu. Dans la prière, nous présentons au Seigneur les personnes vers qui nous sommes envoyés. Nous le supplions de toucher leurs cœurs. Et nous demandons à l’Esprit Saint de faire de nous les instruments de son salut pour ces personnes. Nous demandons au Christ de mettre sur nos lèvres ses paroles et de faire de nous des témoins de son amour. Et, plus largement, nous confions au Seigneur toute la mission de l’église, selon le commandement explicite de Jésus : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. » (Mt 9, 38). Sachez trouver dans l’Eucharistie, la source de votre vie de foi et de votre témoignage chrétien, en participant assidument à la messe du dimanche et autant que vous pouvez aux messes célébrées en semaine ! Recourez souvent au sacrement de réconciliation : c’est le lieu de la rencontre précieuse avec la miséricorde de Dieu qui nous accueille, nous pardonne et renouvelle nos cœurs dans la charité. Et n’hésitez pas à recevoir le sacrement de confirmation, si vous ne l’avez pas encore reçu, vous y préparant avec soin et engagement ! Avec l’Eucharistie, c’est le sacrement par excellence de la mission, celui qui nous donne la force et l’amour de l’Esprit Saint pour professer sans crainte notre foi. Je vous encourage aussi à pratiquer l’adoration eucharistique : se recueillir dans l’écoute et le dialogue avec Jésus avec présent dans le Saint Sacrement devient le point de départ d’un nouvel élan missionnaire.
Si vous suivez ces recommandations, le Christ lui-même vous donnera d’être pleinement fidèles à sa Parole et de témoigner de lui avec franchise et courage. Parfois vous serez appelés à faire preuve de persévérance, spécialement lorsque la Parole de Dieu suscite des fermetures ou des oppositions. Dans certaines régions du monde, des jeunes chrétiens souffrent de ne point pouvoir témoigner publiquement de leur foi au Christ par manque de liberté religieuse. Et certains ont même déjà payé de leurs vies le prix de leur appartenance à l’église. Je vous encourage à demeurer fermes dans la foi, sûrs que le Christ est à vos côtés dans chaque épreuve. Il vous répète : « Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! » (Mt 5, 11-12)
7. Avec toute l’église
Chers jeunes, pour rester fermes dans la confession de la foi chrétienne là où vous êtes envoyés, vous avez besoin de l’église. On n’est pas témoin de l’évangile tout seul. Jésus a envoyé les disciples en mission ensemble. Son exhortation « Faites des disciples » est au pluriel. C’est toujours comme membres de la communauté chrétienne que nous témoignons. Et notre mission est fécondée par la communion que nous vivons dans l’église : c’est à l’amour que nous avons les uns pour les autres, que l’on reconnaîtra que nous sommes disciples de Jésus (cf. Jn 13, 35). Je loue Dieu pour la précieuse œuvre d’évangélisation de nos communautés chrétiennes, de nos paroisses et de nos mouvements ecclésiaux. Les fruits de cette mission appartiennent à toute l’église : « l’un sème, l’autre moissonne » disait Jésus (Jn 4, 38).
à cet égard, je ne peux que rendre grâce pour le don si grand des missionnaires, qui offrent toute leur vie pour l’annonce de l’évangile aux quatre coins du monde. De même, je bénis Dieu pour les prêtres et les personnes consacrées, qui se donnent sans compter pour que le Christ Jésus soit annoncé et aimé. Et je désire ici encourager les jeunes qui se sentent appelés par Dieu à s’engager dans ces vocations avec enthousiasme : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir ! » (Ac 20, 35) à ceux qui ont tout quitté pour le suivre, Jésus a promis le centuple et la vie éternelle ! (Cf. Mt 19, 29)
Je rends grâce aussi pour tous les laïcs qui ont à cœur de vivre leur quotidien comme une mission, là où ils se trouvent, dans leur famille et sur leur lieu de travail afin que le Christ soit aimé et servi, et que le Royaume de Dieu grandisse. Je pense en particulier à tous ceux qui travaillent dans le domaine de l’éducation, de la santé, de l’entreprise, de la politique et de l’économie, et dans tant d’autres domaines de l’apostolat des laïcs. Le Christ a besoin de votre engagement et de votre témoignage. Que rien – ni les difficultés, ni les incompréhensions – ne vous fasse renoncer à annoncer l’évangile du Christ dans les lieux où vous êtes : chacun de vous est précieux dans la grande mosaïque de l’évangélisation !
8. « Me voici, Seigneur ! »
En conclusion, chers jeunes, je voudrais vous exhorter à entendre au plus profond de vous-mêmes l’appel du Christ à annoncer son évangile. Comme l’indique si bien la grande statue de Rio, son Cœur est brûlant d’amour pour tous les hommes, sans distinction, et ses bras ouverts veulent rejoindre tous les hommes. Devenez le cœur et les bras de Jésus ! Allez témoigner de son amour, soyez les nouveaux missionnaires animés par l’amour et le sens de l’accueil ! Suivez l’exemple des grands missionnaires de l’église tels que Saint François Xavier et bien d’autres.
Au terme de la Journée Mondiale de la Jeunesse à Madrid, j’ai eu la joie de bénir quelques jeunes des différents continents qui partaient en mission. Ils représentaient les très nombreux jeunes qui, à la suite du prophète Isaïe, disent au Seigneur : « Me voici, envoie-moi ! » (Is 6, 8). L’église vous fait confiance et vous remercie profondément pour la joie et le dynamisme que vous lui apportez. Déployez tous vos talents avec générosité au service de l’annonce de l’évangile. Nous savons que l’Esprit Saint se donne à profusion à ceux qui acceptent, avec un cœur humble, de se rendre disponibles pour l’annonce de l’évangile. Et vous, soyez sans crainte : Jésus, le Sauveur du monde, est avec nous, tous les jours jusqu’à la fin du monde (cf. Mt 28, 20).
Cet appel que j’adresse à tous les jeunes du monde entier, prend un relief particulier pour vous, chers jeunes d’Amérique Latine. En effet, lors de la Ve Conférence Générale de l’épiscopat Latino-Américain qui s’est tenue à Aparecida en 2007, les Evêques ont lancé une « mission continentale ». Et les jeunes, qui représentent la majorité de la population de ce continent, constituent un potentiel important et précieux pour l’église et la société. Soyez donc les premiers missionnaires ! Et, alors que la Journée Mondiale de la Jeunesse se déroule en Amérique Latine, j’exhorte tous les jeunes de ce continent : transmettez à vos jeunes amis du monde entier l’enthousiasme de votre foi !
Que la Vierge Marie, étoile de la Nouvelle évangélisation, invoquée aussi sous le nom de Notre-Dame d’Aparecida et de Notre-Dame de Guadalupe, accompagne chacun de vous dans sa mission de témoin de l’Amour de Dieu !
De tout cœur, j’accorde à chacun de vous ma bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 18 octobre 2012
BENEDICTUS PP. XVI
MESSAGE DU SAINT-PÈRE LE PAPE FRANÇOIS AUX JEUNES DU MONDE À L'OCCASION DE LA XXIXe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE 2014
« Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3)
Bien chers jeunes,
L’extraordinaire rencontre que nous avons vécue à Rio de Janeiro, lors de la XXVIIIème  Journée Mondiale de la Jeunesse, est encore imprimée dans ma mémoire : une grande fête de la foi et de la fraternité ! La population brésilienne nous a accueillis à bras ouverts, comme la statue du Christ Rédempteur qui, du haut du Corcovado domine la magnifique baie de Copacabana. Au bord de la mer, Jésus a renouvelé son appel pour que chacun de nous devienne son disciple-missionnaire, qu’il le découvre comme le trésor le plus précieux de sa vie et partage cette richesse avec les autres, proches et lointains, jusqu’aux extrêmes périphéries géographiques et existentielles de notre temps.
La prochaine étape du pèlerinage intercontinental des jeunes sera à Cracovie, en 2016. Pour rythmer notre marche, j’aimerais, durant les trois années qui viennent, réfléchir avec vous sur les Béatitudes évangéliques que nous pouvons lire dans l’évangile selon saint Matthieu (5, 1-12). Cette année nous commencerons par méditer la première : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3) ; pour 2015 je propose « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8) ; et enfin, en 2016, le thème sera « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7).
1. La force révolutionnaire des Béatitudes
Cela fait toujours du bien de lire et de méditer les Béatitudes ! Jésus les a proclamées au cours de sa première grande prédication, au bord du lac de Galilée. Il y avait une grande foule et il est monté sur la colline, pour instruire ses disciples, c’est pourquoi cette prédication est appelée “le discours sur la montagne”. Dans la Bible, la montagne est perçue comme le lieu où Dieu se révèle, et Jésus en prêchant sur la colline se présente comme le maître divin, comme le nouveau Moïse. Et que révèle-t-il ? Jésus révèle le chemin de la vie, ce chemin qu’il parcourt lui-même, plus encore, qu’il est lui-même, et il le propose comme le chemin du vrai bonheur. Pendant toute sa vie, de sa naissance dans la grotte de Bethléem jusqu’à sa mort sur la croix et sa résurrection, Jésus a incarné les Béatitudes. Toutes les promesses du Royaume de Dieu se sont accomplies en lui.
En proclamant les Béatitudes Jésus nous invite à le suivre, à parcourir avec lui la voie de l’amour, la seule qui conduise à la vie éternelle. Ce n’est pas une route facile, mais le Seigneur nous assure de sa grâce et il ne nous laisse jamais seuls. La pauvreté, les afflictions, les humiliations, les luttes pour la justice, les fatigues de la conversion quotidienne, les combats pour vivre l’appel à la sainteté, les persécutions et bien d’autres défis sont présents dans notre vie. Mais si nous ouvrons la porte au Christ, si nous le laissons entrer dans notre histoire, si nous partageons avec lui nos joies et nos souffrances, nous ferons l’expérience d’une paix et d’une joie que seul Dieu, amour infini, peut nous donner.
Les Béatitudes de Jésus sont porteuses d’une nouveauté révolutionnaire, d’un modèle de bonheur contraire à celui qui nous est communiqué habituellement par les médias, par la pensée dominante. Pour la mentalité du monde, c’est un scandale que Dieu soit venu se faire l’un d’entre nous, qu’il soit mort sur une croix ! Dans cette logique mondaine, ceux que Jésus proclame bienheureux sont considérés comme “perdants”, faibles. Au contraire le succès à tout prix, le bien être, l’arrogance du pouvoir, l’affirmation de soi au dépens des autres, sont exaltés.
Jésus nous interpelle, chers jeunes, pour que nous répondions à son offre de vie, pour que nous décidions quelle voie nous voulons parcourir pour arriver à la vraie joie. Il s’agit d’un grand défi pour la foi. Jésus n’a pas eu peur de demander à ses disciples s’ils voulaient vraiment le suivre ou s’ils préféraient s’en aller par d’autres chemins (cf. Jn 6, 67). Et Simon surnommé Pierre a eu le courage de répondre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68). Si vous aussi savez dire “oui” à Jésus, votre vie de jeune se remplira de sens, et ainsi, elle sera féconde.
 
2. Le courage du bonheur
Mais que signifie au juste le mot “bienheureux” (en grec makarioi) ? Cela veut dire vraiment heureux. Alors, dites-moi : aspirez-vous vraiment au bonheur ? à une époque où l’on est attiré par tant d’apparences de bonheurs, on risque de se contenter de peu, ou d’avoir une idée de la vie “en miniature”. Au contraire, aspirez à de grandes choses ! élargissez vos cœurs ! Comme disait le bienheureux Pier Giorgio Frassati, « vivre sans foi, sans patrimoine à défendre, sans soutenir une lutte continue pour la vérité, ce n’est pas vivre mais vivoter. Nous ne devons jamais vivoter, mais vivre » (Lettre à I. Bonini, 27 février 1925). Le jour de la Béatification de Pier Giorgio Frassati, le 20 mai 1990, Jean-Paul II l’a appelé “l’homme des Béatitudes” (Homélie de la Messe : AAS  82 [1990], 1518).
Si vraiment vous laissez émerger les aspirations les plus profondes de votre cœur, vous vous rendrez compte qu’il y a une soif inextinguible de bonheur en vous, et c’est cela qui vous permettra de distinguer et de refuser les nombreuses offres “à bon prix” que vous rencontrez autour de vous. Quand nous recherchons le succès, le plaisir, la possession égoïste et que nous en faisons des idoles, nous pouvons, certes, expérimenter des moments d’ivresse, une fausse impression de satisfaction ; mais à la fin nous devenons esclaves, nous ne sommes jamais satisfaits, nous sommes poussés à vouloir toujours plus. Et c’est vraiment triste de voir une jeunesse “repue”, mais molle.
Saint Jean écrivait aux jeunes en leur disant : « vous êtes forts, la parole de Dieu demeure en vous et vous avez vaincu le Mauvais » (1 Jn 2, 14). Les jeunes qui choisissent le Christ sont forts, ils se nourrissent de sa Parole et ils ne “se goinfrent” pas d’autres choses ! Ayez le courage d’aller à contre-courant. Ayez le courage du vrai bonheur ! Dites non à la culture du provisoire, de la superficialité et du rejet, qui ne vous estime pas capables d’assumer des responsabilités et d’affronter les grands défis de la vie !
 
3. Heureux les pauvres de cœur…
La première Béatitude, le thème de la prochaine Journée Mondiale de la Jeunesse, déclare bienheureux les pauvres de cœur, parce que le Royaume des Cieux leur appartient. En des temps où de nombreuses personnes souffrent à cause de la crise économique, associer la pauvreté et le bonheur peut sembler un contre sens. Comment pouvons-nous concevoir la pauvreté comme une bénédiction ?
Essayons d’abord de comprendre ce que signifie “pauvres de cœur”. Quand le Fils de Dieu s’est fait homme, il a choisi la voie de la pauvreté, du dépouillement. Comme le dit saint Paul dans la Lettre aux Philippiens : « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes ». (2, 5-7). Jésus est Dieu qui se dépouille de sa gloire. Nous voyons ici le choix de la pauvreté de Dieu : de riche qu’il était, il s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté (cf. 2 Cor 8, 9). C’est le mystère que nous contemplons dans la crèche, en voyant le Fils de Dieu dans une mangeoire ; puis sur la croix, où le dépouillement arrive à son comble.
L’adjectif grec ptochós (pauvre) n’a pas seulement une signification matérielle, mais veut dire “mendiant”. Il est relié au concept juif d’anawim, les “pauvres du Seigneur”, qui évoque humilité, conscience de ses propres limites, de sa propre condition existentielle de pauvreté. Les anawim se fient au Seigneur, ils savent qu’ils dépendent de Lui.
Comme a bien su le voir sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, dans son Incarnation Jésus se présente comme un mendiant, un nécessiteux en quête d’amour. Le Catéchisme de l’église Catholique parle de l’homme comme d’un “mendiant de Dieu” (n. 2559) et il nous dit que la prière est la rencontre de la soif de Dieu avec notre soif (n. 2560).
Saint François d’Assise a très bien compris le secret de la Béatitude des pauvres de cœur. En effet, quand Jésus lui parla en la personne du lépreux et du Crucifié, il reconnut la grandeur de Dieu et l’humilité de sa propre condition. Dans sa prière le Poverello passait des heures à demander au Seigneur : « Qui es-tu ? Qui suis-je ? ». Il se dépouilla d’une vie aisée et insouciante pour épouser “Dame Pauvreté”, pour imiter Jésus et suivre l’évangile à la lettre. François a vécu l’imitation du Christ pauvre et l’amour pour les pauvres de façon indissociable, comme les deux faces d’une même médaille.
Vous pourrez donc me demander : comme pouvons-nous concrètement  transformer cette pauvreté de cœur en un style de vie qui influence réellement notre existence ? Je vous réponds en trois points.
Essayez avant tout d’être libres en face des choses. Le Seigneur nous appelle à un style de vie évangélique caractérisé par la sobriété, à ne pas céder à la culture de la consommation. Il faut rechercher ce qui est essentiel, apprendre à se dépouiller des mille choses superflues et inutiles qui nous étouffent. Détachons-nous du désir de posséder ; ne faisons pas de l’argent une idole, pour ensuite le gaspiller. Mettons Jésus à la première place. Lui peut nous libérer de l’idolâtrie qui nous rend esclaves. Chers jeunes, ayez confiance en Dieu ! Il nous connaît, il nous aime et ne nous oublie jamais. De même qu’il prend soin du lys des champs (cf. Mt 6, 28), il ne nous laissera manquer de rien ! Pour vaincre la crise économique, il faut aussi être prêt à changer de style de vie, et à éviter les nombreux gaspillages. De même qu’il est nécessaire d’avoir le courage du bonheur, il faut avoir aussi le courage de la sobriété.
Deuxièmement, pour vivre cette Béatitude nous avons tous besoin d’une conversion en ce qui concerne les pauvres. Nous devons prendre soin d’eux, être sensibles envers leurs nécessités spirituelles et matérielles. à vous les jeunes, je confie d’une façon particulière la tâche de remettre la solidarité au centre de la culture humaine. Face aux anciennes et aux nouvelles formes de pauvreté – le chômage, l’émigration, les dépendances en tout genre –, nous avons le devoir d’être attentifs et vigilants, et de vaincre la tentation de l’indifférence. Pensons aussi à ceux qui ne se sentent pas aimés, qui n’ont pas d’espoir pour l’avenir, qui renoncent à s’engager dans la vie parce qu’ils sont découragés, déçus, craintifs. Nous devons apprendre à rester avec les pauvres. N’ayons pas la bouche pleine de belles paroles sur les pauvres ! Rencontrons-les, regardons-les dans les yeux, écoutons-les. Les pauvres sont pour nous une occasion concrète de rencontrer le Christ lui-même, de toucher sa chair souffrante.
Mais – et voici le troisième point – les pauvres ne sont pas seulement des personnes à qui nous pouvons donner quelque chose. Eux aussi ont beaucoup à nous offrir et à nous apprendre. Nous avons tant à apprendre de la sagesse des pauvres ! Pensez qu’un saint du XVIIIème siècle, Benoît Joseph Labre, qui dormait dans les rues de Rome et vivait des dons faits par les gens, était devenu le conseiller spirituel d’un grand nombre de personnes, parmi lesquelles même des nobles et des prélats. D’une certaine façon, les pauvres sont comme des maîtres pour nous. Ils nous montrent qu’une personne ne vaut pas tant par ce qu’elle possède ou par ce qu’elle a sur son compte en banque. Un pauvre, une personne privée de biens matériels, conserve toujours sa dignité. Les pauvres peuvent nous en apprendre beaucoup aussi sur l’humilité et la confiance en Dieu. Dans la parabole du pharisien et du publicain (Lc 18, 9-14), Jésus présente ce dernier comme un modèle parce qu’il est humble et se reconnaît pécheur. De même la veuve qui jette deux petites pièces dans le trésor du temple est un exemple de la générosité de celui qui n’ayant pratiquement rien, donne tout (Lc 21,1-4).
 
4. … parce que le Royaume des Cieux est à eux
Le thème central de l’évangile de Jésus est le Royaume de Dieu. Jésus est le Royaume de Dieu en personne, il est l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. C’est dans le cœur de l’homme que s’installe le Royaume de Dieu et que son règne avance. Le Royaume est à la fois un don et une promesse. Il nous est déjà donné en Jésus, mais il doit encore s’accomplir en plénitude. C’est pourquoi nous prions le Père chaque jour : « Que ton règne vienne ».
Il existe un lien profond entre pauvreté et évangélisation, entre le thème de la dernière Journée Mondiale de la Jeunesse – « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19) – et celui de cette année : « Heureux les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5, 3). Le Seigneur désire une église pauvre et qui évangélise les pauvres. Quand il envoya les Douze en mission, Jésus leur dit : « Ne vous procurez ni or, ni argent, ni menue monnaie pour vos ceintures, ni besace pour la route, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton : car l’ouvrier mérite sa nourriture » (Mt 10, 9-10). La pauvreté évangélique est la condition fondamentale pour que le Royaume de Dieu s’étende. Les joies les plus belles et spontanées que j’ai vues au cours de ma vie sont celles de personnes pauvres et qui ont peu de choses à quoi tenir. L’évangélisation de notre temps sera possible seulement à travers la contagion de la joie.
Comme nous l’avons vu, la Béatitude des pauvres de cœur oriente notre rapport avec Dieu, avec les biens matériels et avec les pauvres. Face à l’exemple et aux paroles de Jésus, nous sentons combien notre conversion est nécessaire, afin que la logique de l’être plus l’emporte sur celle de l’avoir plus ! Les saints peuvent vraiment nous aider à comprendre le sens profond des Béatitudes. La canonisation de Jean-Paul II le deuxième dimanche de Pâques, est en ce sens un événement qui remplit notre cœur de joie. Ce sera lui le grand patron des JMJ, dont il a été l’initiateur et le leader. Et il restera pour vous tous, dans la communion des saints, un père et un ami.
Au mois d’avril prochain nous fêterons également le trentième anniversaire de la remise aux jeunes de la Croix du Jubilé de la Rédemption. C’est justement à partir de cet acte symbolique de Jean-Paul II que commença le grand pèlerinage des jeunes qui, depuis lors, continue de traverser les cinq continents. Beaucoup se souviennent des paroles avec lesquelles, le dimanche de Pâques 1984, le Pape accompagna son geste : « Très chers jeunes, au terme de cette Année Sainte, je vous confie le signe même de cette année jubilaire : la Croix du Christ ! Apportez-la au monde comme signe de notre Seigneur Jésus-Christ pour l'humanité, et annoncez à tous que le Salut et la Rédemption ne se trouvent que dans le Christ, mort et ressuscité ».
Chers jeunes, le Magnificat, le cantique de Marie, pauvre de cœur, est aussi le chant de quiconque vit les Béatitudes. La joie de l’évangile jaillit d’un cœur pauvre, qui sait exulter et s’émerveiller pour les œuvres de Dieu, comme le cœur de la Vierge, que toutes les générations appellent “bienheureuse” (cf. Lc 1, 48). Mère des pauvres, étoile de la nouvelle évangélisation, qu’Elle nous aide à vivre l’évangile, à incarner les Béatitudes dans notre vie, et à avoir le courage du bonheur.
 
Du Vatican, le 21 janvier 2014, mémoire de sainte Agnès, vierge et martyre.
FRANCISCUS
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