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ANGÉLUS, Dimanche 26 décembre 2019
Chers frères et sœurs, bonjour !
Nous célébrons aujourd’hui la fête de saint Etienne, premier martyr. Le livre des Actes des apôtres nous parle de lui (cf. chapitres 6-7) et dans la page de la liturgie de ce jour, il nous le présente dans les derniers moments de sa vie, lorsqu’il est arrêté et lapidé (cf. 6, 12; 7, 54-60). Dans le climat joyeux de Noël, ce rappel du premier chrétien tué en raison de sa foi pourrait sembler déplacée. Toutefois, précisément dans la perspective de la foi, la célébration d’aujourd’hui se trouve en harmonie avec la véritable signification de Noël. Dans le martyre d’Etienne, en effet, la violence est vaincue par l’amour, la mort par la vie: à l’heure du témoignage suprême, il contemple les cieux ouverts et donne son pardon à ses persécuteurs (cf. v. 60)
Ce jeune serviteur de l’Evangile, rempli d’Esprit Saint, a su raconter Jésus à travers ses paroles et surtout à travers sa vie. En le regardant, nous voyons se réaliser la promesse de Jésus à ses disciples: «Quand on vous maltraitera à cause de moi, l’Esprit du Père vous donnera la force et les mots pour rendre témoignage» (cf. Mt 10, 19-20). A l’école de saint Etienne, devenu semblable à son Maître dans la vie comme dans la mort, nous fixons nous aussi notre regard sur Jésus, témoin fidèle du Père. Nous apprenons que la gloire du Ciel, celle qui dure pour la vie éternelle, n’est pas faite de richesses et de pouvoir, mais d’amour et de don de soi.
Nous avons besoin de garder le regard fixé sur Jésus, «qui est à l’origine et au terme de notre foi» (He, 12, 2), pour pouvoir rendre compte de l’espérance qui nous a été donnée (cf. 1 P 3, 15), à travers les défis et les épreuves que nous devons affronter quotidiennement. Pour nous chrétiens, le ciel n’est plus loin, séparé de la terre: en Jésus, le Ciel est descendu sur terre. Et grâce à Lui, avec la force de l’Esprit Saint, nous pouvons assumer tout ce qui est humain et l’orienter vers le Ciel. De sorte que le premier témoignage soit justement notre manière d’être humains, un style de vie façonné selon Jésus: doux et courageux, humble et noble, non violent.
Etienne était diacre, l’un des sept premiers diacres de l’Eglise (cf. Ac 6, 1-6). Il nous apprend à annoncer le Christ à travers des gestes de fraternité et de charité évangélique. Son témoignage, qui a culminé dans le martyre, est source d’inspiration pour le renouveau de nos communautés chrétiennes. Celles-ci sont appelées à devenir toujours plus missionnaires, entièrement tendues vers l’évangélisation, décidées à rejoindre les hommes et les femmes dans les périphéries existentielles et géographiques, où la soif d’espérance et de salut est plus grande. Des communautés qui ne suivent pas la logique du monde, qui ne se placent pas elles-mêmes au centre, leur image, mais uniquement la gloire de Dieu et le bien des personnes, en particulier des petits et des pauvres.
La fête de ce premier martyr Etienne nous appelle à nous souvenir de tous les martyrs d’hier et d’aujourd’hui — ils sont si nombreux aujourd’hui! — à nous sentir en communion avec eux et à leur demander la grâce de vivre et de mourir avec le nom de Jésus dans le cœur et sur les lèvres. Que Marie, Mère du Rédempteur, nous aide à vivre ce temps de Noël en fixant notre regard sur Jésus, pour devenir chaque jour davantage semblables à Lui.



ANGÉLUS, Dimanche 29 décembre 2019
Chers frères et sœurs, bonjour!
C’est vraiment une belle journée aujourd’hui … Nous célébrons aujourd’hui la fête de la Sainte Famille de Nazareth. Le terme «sainte» inscrit cette famille dans le domaine de la sainteté qui est un don de Dieu mais, en même temps, est une adhésion libre et responsable au projet de Dieu. Il en a été ainsi pour la famille de Nazareth: elle a été totalement disponible à la volonté de Dieu.
Comment ne pas rester stupéfaits, par exemple, par la docilité de Marie à l’action de l’Esprit Saint qui lui demande de devenir la mère du Messie? Parce que Marie, comme toutes les jeunes femmes de son temps, allait concrétiser son projet de vie, c’est-à-dire épouser Joseph.
Mais quand elle se rend compte que Dieu l’appelle à une mission particulière, elle n’hésite pas à se proclamer sa «servante» (cf. Lc 1, 38). Jésus exaltera sa grandeur, non pas tant pour son rôle de mère que pour son obéissance à Dieu. Jésus a dit: «Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent!» (Lc 11, 28), comme Marie. Et lorsqu’elle ne comprend pas pleinement les événements qui la concernent, Marie médite en silence, réfléchit et adore l’initiative divine. Sa présence au pied de la croix consacre sa totale disponibilité.
Ensuite, en ce qui concerne Joseph, l’Evangile ne  nous rapporte aucun mot: il ne parle pas, mais il agit en obéissant. C’est l’homme du silence, l’homme de l’obéissance. La page de l’Evangile d’aujourd’hui (cf. Mt 2, 13-15.19-23) rappelle par trois fois cette obéissance du juste Joseph, en référence à la fuite en Egypte et au retour dans la terre d’Israël. Sous la direction de Dieu, représenté par l’ange, Joseph éloigne sa famille des menaces d’Hérode et la sauve. La Sainte Famille se solidarise ainsi avec toutes les familles du monde forcées à l’exil, elle se solidarise avec tous ceux qui sont contraints d’abandonner leur terre à cause de la répression, de la violence, de la guerre.
Enfin, la troisième personne de la Sainte Famille, Jésus. Il est la volonté du Père: en lui, dit saint Paul, il n’y a pas eu «oui» et «non», mais seulement «oui» (cf. 2 Co 1, 19). Et cela s’est manifesté à de nombreux moments de sa vie terrestre. Par exemple, lors de l’épisode dans le temple où, à ses parents qui le cherchaient angoissés, il répond: «Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père?» (Lc 2, 49); quand il répète sans cesse: «Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé» (Jn 4, 34); lors de sa prière dans le Jardin des oliviers: «Mon Père, dit-il, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite!» (Mt 26, 42). Tous ces événements sont la parfaite réalisation des paroles du Christ qui dit: «Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation […]. Alors j’ai dit: Voici, je viens […] pour faire, ô Dieu, ta volonté» (He 10, 5-7; Ps 40, 7-9).
Marie, Joseph, Jésus: la Sainte Famille de Nazareth qui représente une réponse commune à la volonté du Père: les trois membres de cette famille s’aident réciproquement pour découvrir le projet de Dieu. Ils priaient, travaillaient, communiquaient. Et je me demande: toi, dans ta famille, est-ce que tu sais communiquer ou es-tu comme ces jeunes à table, chacun avec un téléphone portable, pendant qu’ils «chattent»? A cette table, il semble que règne un silence, comme s’ils étaient à la Messe… Mais ils ne communiquent pas entre eux. Nous devons reprendre le dialogue en famille: pères, parents, enfants, grands-parents et frères et sœurs doivent communiquer entre eux… C’est une tâche à accomplir aujourd’hui, précisement le jour de la Sainte Famille. Que la Sainte Famille soit le modèle de nos familles, afin que parents et enfants se soutiennent mutuellement dans l’adhésion à l’Evangile, fondement de la sainteté de la famille.
Confions à Marie, «Reine de la famille», toutes les familles du monde, en particulier celles éprouvées par la souffrance ou les difficultés, et invoquons sur elles sa protection maternelle.



ANGÉLUS, Dimanche 1er janvier 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Et bonne année!
Hier soir, nous avons conclu l’année 2019 en rendant grâce à Dieu pour le don du temps et pour tous ses bienfaits. Aujourd’hui, nous commençons 2020 avec la même attitude de gratitude et de louange. Il ne faut pas tenir pour acquis que notre planète ait commencé un nouveau tour du soleil et que nous, les êtres humains, continuions d’y vivre. Ce n’est pas un fait acquis, au contraire, c’est même toujours un «miracle» dont il faut s’émerveiller et être reconnaissant.
Le premier jour de l’année, la liturgie célèbre la Sainte Mère de Dieu, Marie, la Vierge de Nazareth qui a donné naissance à Jésus, le Sauveur. Cet enfant est la bénédiction de Dieu pour tout homme et toute femme, pour la grande famille humaine et pour le monde entier. Jésus n’a pas ôté le mal du monde mais l’a vaincu à la racine. Son salut n’est pas magique, mais c’est un salut «patient», c’est-à-dire qu’il comporte la patience de l’amour, qui prend en charge l’iniquité et lui ôte son pouvoir. La patience de l’amour: l’amour nous rend patients. Très souvent, nous perdons patience; moi aussi, et je vous demande de m’excuser pour le mauvais exemple d’hier. [le Pape fait probablement référence à sa réaction envers une personne qui l’avait brutalement tiré par le bras alors qu’il se rendait à la crèche place Saint-Pierre]. C’est pourquoi, en contemplant la crèche, nous voyons, avec les yeux de la foi, le monde renouvelé, libéré de la domination du mal et placé sous la seigneurie royale du Christ, l’Enfant couché dans la crèche.
C’est pourquoi, aujourd’hui, la Mère de Dieu nous bénit. Et comment la Vierge nous bénit-elle? En nous montrant son Fils. Elle le prend dans ses bras et nous le montre, et ainsi elle nous bénit. Elle bénit toute l’Eglise, elle bénit le monde entier. Jésus, comme les anges le chantaient à Bethléem, est la «joie pour tout le peuple», il est la gloire de Dieu et la paix pour les hommes (cf. Lc 2, 14). Et c’est la raison pour laquelle le saint Pape Paul vi a voulu consacrer le premier jour de l’année à la paix — c’est la journée de la paix — à la prière, à la prise de conscience et de responsabilité à l’égard de la paix. Pour cette année 2020, le Message est le suivant: la paix est un chemin d’espérance, un chemin sur lequel on avance à travers le dialogue, la réconciliation et la conversion écologique.
Fixons donc notre regard sur la Mère et son Fils qu’elle nous montre. Au début de l’année, laissons-nous bénir! Laissons-nous bénir par la Vierge avec son Fils.
Jésus est la bénédiction pour ceux qui sont opprimés par le joug des esclavages, des esclavages moraux et des esclavages matériels. Il nous libère par son amour. A ceux qui ont perdu l’estime d’eux-mêmes parce que prisonniers de cercles vicieux, Jésus dit: le Père t’aime, il ne t’abandonne pas, il attend ton retour avec une patience inébranlable (cf. Lc 15, 20). A ceux qui sont victimes d’injustice et d’exploitation et qui ne voient pas d’issue, Jésus ouvre la porte de la fraternité, où trouver des visages, des cœurs et des mains accueillants, où partager l’amertume et le désespoir, et retrouver un peu de dignité. Jésus s’approche de celui qui est gravement malade et se sent abandonné et découragé; il touche ses plaies avec tendresse, verse l’huile de la consolation et transforme la faiblesse en force de bien pour défaire les nœuds les plus emmêlés. A ceux qui sont en prison et tentés de se renfermer sur eux-mêmes, Jésus rouvre un horizon d’espérance, à partir d’un petit rayon de lumière.
Chers frères et sœurs, descendons des piédestaux de notre orgueil — nous avons tous la tentation de l’orgueil — et demandons la bénédiction de la Sainte Mère de Dieu, l’humble Mère de Dieu. Elle nous montre Jésus: laissons-nous bénir, ouvrons notre cœur à sa bonté. Ainsi, l’année qui commence sera un chemin d’espérance et de paix, non pas en paroles, mais à travers des gestes quotidiens de dialogue, de réconciliation et de sauvegarde de la création.



ANGÉLUS, Dimanche 5 janvier 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
En ce deuxième dimanche du Temps de Noël, les lectures bibliques nous aident à élargir notre regard, pour avoir une pleine conscience de la signification de la naissance de Jésus.
L’Evangile, avec le prologue de saint Jean, nous montre la nouveauté bouleversante: le Verbe éternel, le Fils de Dieu, «se fit chair» (v. 14). Non seulement il est venu habiter parmi le peuple, mais il s’est fait l’un du peuple, l’un d’entre nous! Après cet événement, nous n’avons plus seulement une loi, une institution pour orienter notre vie, mais une Personne, une Personne divine, Jésus, qui oriente notre vie, qui nous fait aller sur la route car lui-même l’a fait auparavant.
Saint Paul bénit Dieu pour son dessein d’amour réalisé en Jésus Christ (cf. Ep 1, 3-6.15-18). Dans ce dessein, chacun de nous trouve sa  vocation fondamentale. Quelle est-elle? Saint Paul nous dit ceci: nous sommes prédestinés à être des enfants de Dieu par l’œuvre de Jésus Christ. Le Fils de Dieu s’est fait homme pour faire de nous, les hommes, des enfants de Dieu. C’est pourquoi le Fils éternel s’est fait chair: pour nous introduire dans sa relation filiale  avec le Père.
Donc, chers frères et sœurs, alors que nous continuons à contempler le signe admirable de la Crèche, la liturgie d’aujourd’hui nous dit que l’Evangile du Christ n’est pas une fable, n’est pas un mythe, un récit édifiant, non. L’Evangile du Christ est la pleine révélation du dessein de Dieu, du dessein de Dieu sur l’homme et sur le monde. C’est un message à la fois simple et grandiose, qui nous pousse à nous demander: quel projet concret le Seigneur a-t-il placé en moi, en actualisant encore sa naissance parmi nous?
C’est l’apôtre Paul qui nous suggère la réponse: «[Dieu] nous a élus [...] pour être saints et immaculés en sa présence dans l’amour» (v. 4). Voilà la signification de Noël. Si le Seigneur continue à venir parmi nous, s’il continue à nous faire don de sa Parole, c’est pour que chacun de nous puisse répondre à cet appel: devenir saints dans l’amour. La sainteté est appartenance à Dieu, est communion avec Lui, transparence de sa bonté infinie. La sainteté est préserver  le don que Dieu nous a donné. Seulement cela: préserver la gratuité. C’est cela être saint. C’est pourquoi, celui qui accueille en lui la sainteté comme don de grâce, ne peut que la traduire en action concrète dans la vie quotidienne. Ce don, cette grâce que Dieu m’a donnés, je les traduis en actions concrètes dans le quotidien, dans la rencontre avec les autres. Cette charité, cette miséricorde envers mon prochain, reflet de l’amour de Dieu,  purifie dans le même temps  notre cœur et nous dispose au pardon, en nous rendant chaque jour plus «immaculés». Mais pas immaculés dans le sens où j’enlève une tache: immaculés dans le sens où Dieu entre en nous, le don, la gratuité de Dieu entre en nous et nous la préservons et la donnons aux autres.
Que la Vierge Marie nous aide à accueillir avec joie et gratitude le dessein divin d’amour réalisé en Jésus Christ.



ANGÉLUS, Lundi 6 janvier 2020, solennité de l'Épiphanie
Chers frères et sœurs, bonjour!
Nous célébrons la solennité de l’Epiphanie, en mémoire des Mages venus de l’Orient à Bethléem, en suivant l’étoile, pour rendre visite au Messie nouveau-né. A la fin du récit évangélique, on dit que les mages «avertis en songe de ne point retourner chez Hérode, prirent une autre route pour rentrer dans leur pays» (v. 12). Une autre route.
Ces sages, provenant de régions lointaines, après avoir beaucoup voyagé, trouvent celui qu’ils désiraient connaître, après l’avoir longtemps cherché, certainement aussi au prix de difficultés et de péripéties. Et quand ils atteignent enfin leur but, ils se prosternent devant l’Enfant, ils l’adorent, lui offrent leurs dons précieux. Après quoi, ils se remettent en chemin sans tarder pour regagner leur pays. Mais cette rencontre avec l’Enfant les a changés.
La rencontre avec Jésus ne retient pas les Mages, au contraire, elle suscite en eux un nouvel élan pour revenir dans leur pays, pour raconter ce qu’ils ont vu et la joie qu’ils ont ressentie. Il y a en cela une démonstration du style de Dieu, de sa façon de se manifester dans l’histoire. L’expérience de Dieu ne nous bloque pas, mais nous libère; elle ne nous emprisonne pas, mais nous remet en chemin, nous ramène aux lieux habituels de notre existence. Les lieux sont et seront les mêmes, mais nous, après la rencontre avec Jésus, nous ne sommes plus les mêmes qu’avant. L’évangéliste Matthieu souligne que les Mages rentrèrent «par une autre route» (v. 12). Ils sont conduits à changer de route par l’avertissement de l’ange, afin de ne pas tomber sur Hérode et ses complots de pouvoir.
Chaque expérience de rencontre avec Jésus nous pousse à prendre des chemins différents, car de lui découle une force bonne qui guérit le cœur et nous détache du mal.
Il existe une sage dynamique entre continuité et nouveauté: on retourne «dans son pays», mais «par une autre route». Cela indique que c’est nous qui devons changer, transformer notre mode de vie même dans l’environnement habituel, changer de critères de jugement sur la réalité qui nous entoure. Voilà la différence entre le vrai Dieu et les idoles qui trahissent, comme l’argent, le pouvoir, le succès...; entre Dieu et ceux qui promettent de vous donner ces idoles, comme les mages, les cartomanciens, les sorciers. La différence est que les idoles nous lient à elles, nous rendent dépendants des idoles, et nous, nous prenons possession d’elles. Le vrai Dieu ne nous retient pas ni ne se laisse retenir par nous: il nous ouvre des voies de nouveauté et de liberté, parce qu’il est le Père qui est toujours avec nous pour nous faire croître. Si tu rencontres Jésus, si tu fais une rencontre spirituelle avec Jésus, souviens-toi: tu dois retourner aux mêmes lieux qu’avant, mais par une autre route, avec un autre style. C’est ainsi, c’est l’Esprit Saint, que Jésus nous donne, qui change notre cœur.
Demandons à la Sainte Vierge de pouvoir devenir témoins du Christ là où nous sommes, avec une vie nouvelle, transformée par son amour.



ANGÉLUS, Dimanche 12 janvier 2020, Baptême du Seigneur
Chers frères et sœur, bonjour!
Une fois encore, j’ai eu la joie de baptiser plusieurs enfants, en la fête de ce jour du Baptême du Seigneur. Aujourd’hui, ils étaient trente-deux. Prions pour eux et pour leurs familles.
La liturgie de cette année nous propose l’événement du baptême de Jésus selon le récit de l’Evangile de Matthieu (cf. 3, 13-17). L’évangéliste décrit le dialogue entre Jésus, qui demande le baptême, et Jean-Baptiste, qui veut refuser et observe: «C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi!» (v. 14). Cette décision de Jésus surprend Jean-Baptiste: en effet, le Messie n’a pas besoin d’être purifié; c’est Lui au contraire qui purifie. Mais Dieu est le Saint, ses voies ne sont pas les nôtres, et Jésus est le Chemin de Dieu, un chemin imprévisible. Rappelons que Dieu est le Dieu des surprises.
Jean avait déclaré qu’entre Jésus et lui il existait une distance abyssale, infranchissable. «Je ne suis pas digne d’enlever ses sandales» (Mt 3, 11), avait-il dit. Mais le Fils de Dieu est venu justement pour combler cette distance entre l’homme et Dieu. Si Jésus est totalement du côté de Dieu, il est aussi totalement du côté de l’homme, et il réunit ce qui était divisé. C’est pourquoi il répond à Jean: «Laisse faire pour l'instant: car c’est ainsi qu’il nous convient d'accomplir toute justice» (v. 15). Le Messie demande à être baptisé, afin que s’accomplisse toute justice, que se réalise le dessein du Père qui passe à travers le chemin de l’obéissance filiale et de la solidarité avec l’homme fragile et pécheur. C’est le chemin de l’humilité et de la pleine proximité de Dieu à l’égard de ses enfants.
Le prophète Isaïe annonce lui aussi la justice du Serviteur de Dieu, qui réalise sa mission dans le monde selon un style contraire à l’esprit du monde: «Il ne crie pas, il n’élève pas le ton, il ne fait pas entendre sa voix dans la rue; il ne brise pas le roseau froissé, il n’éteint pas la mèche qui faiblit» (42, 2-3). C’est l’attitude de la douceur — c’est cela que Jésus nous enseigne à travers son humilité, la douceur —, l’attitude de la simplicité, du respect, de la modération et de la vie cachée, demandées encore aujourd’hui aux disciples du Seigneur. Combien — c’est triste à dire — combien de disciples du Seigneur se vantent d’être des disciples du Seigneur. Celui qui se vante n’est pas un bon disciple. Le bon disciple est humble, doux, c’est celui qui fait le bien sans se faire remarquer. Dans l’action missionnaire, la communauté chrétienne est appelée à aller à la rencontre des autres, toujours en proposant et non en imposant, en rendant témoignage, en partageant la vie concrète des personnes.
A peine Jésus fut-il baptisé dans le fleuve du Jourdain, que les cieux s’ouvrirent et que l’Esprit Saint descendit sur Lui sous forme d’une colombe, tandis qu’une voix résonna d’en-haut en disant: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur» (Mt 3, 17). Dans la fête du Baptême de Jésus, nous redécouvrons notre baptême. Comme Jésus est le Fils bien-aimé du Père, nous aussi, nés à nouveau de l’eau et de l’Esprit Saint, nous savons que nous sommes des enfants bien-aimés — le Père nous aime tous! —, objets de la faveur de Dieu, frères de nombreux frères, investis d’une grande mission pour témoigner et annoncer à tous les hommes l’amour infini du Père.
Cette fête du Baptême de Jésus nous rappelle notre baptême. Nous aussi nous sommes renés dans le baptême. Dans le baptême, l’Esprit Saint est venu pour demeurer en nous. C’est pourquoi il est important de savoir quelle est la date de son baptême. Nous savons quelle est la date de notre naissance, mais nous ne connaissons pas toujours la date de notre baptême. Certains d’entre vous ne la connaissent certainement pas… C’est un devoir à faire chez soi. Quand vos rentrerez, demandez: quand ai-je été baptisée? Quand ai-je été baptisé? Et fêtez dans votre cœur la date de votre baptême chaque année. Faites-le. C’est également un devoir de justice envers le Seigneur qui a été si bon avec nous.
Que la Très Sainte Vierge Marie nous aide à comprendre toujours plus le don du baptême et à le vivre avec cohérence dans les situations de chaque jour.



ANGÉLUS, Dimanche 19 janvier 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Ce deuxième dimanche du Temps ordinaire se situe en continuité avec l’Epiphanie et avec la fête du Baptême de Jésus. Le passage de l’Evangile (cf. Jn 1, 29-34) nous parle encore de la manifestation de Jésus. En effet, après avoir été baptisé dans le Jourdain, il a été consacré par l’Esprit Saint qui s’est posé sur lui et il a été proclamé Fils de Dieu par la voix du Père céleste (cf. Mt 3, 16-17 et par.). L’évangéliste Jean, contrairement aux trois autres, ne décrit pas l’événement, mais nous propose le témoignage de Jean-Baptiste. Il a été le premier témoin du Christ. Dieu l’avait appelé et l’avait préparé pour cela.
Jean-Baptiste ne peut réprimer le désir urgent de témoigner de Jésus et il déclare: «J’ai vu et je témoigne» (v. 34). Jean a vu quelque chose de bouleversant, c’est-à-dire le Fils bien-aimé de Dieu solidaire avec les pécheurs; et l’Esprit Saint lui a fait comprendre cette nouveauté inouïe, un véritable renversement. En effet, alors que dans toutes les religions, c’est l’homme qui offre et sacrifie quelque chose à Dieu, dans l’événement Jésus c’est Dieu qui offre son Fils pour le salut de l’humanité. Jean manifeste son étonnement et son consentement à cette nouveauté apportée par Jésus, à travers une expression saisissante que nous répétons lors de chaque Messe: «Voici l'agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde» (v. 29 ).
Le témoignage de Jean-Baptiste nous invite à repartir toujours à nouveau sur notre chemin de foi: à repartir de Jésus Christ, l’Agneau plein de miséricorde que le Père a donné pour nous; à nous laisser de nouveau surprendre par le choix de Dieu d’être de notre côté, d’être solidaire de nous pécheurs et de sauver le monde du mal en le prenant totalement en charge.
Apprenons de Jean-Baptiste à ne pas présumer que nous connaissons déjà Jésus, que nous savons  déjà tout  sur lui (cf. v. 31). Il n’en est pas ainsi. Arrêtons-nous à l’Evangile, éventuellement en contemplant une icône du Christ, une «Sainte Face». Contemplons avec les yeux et encore plus avec le cœur; et laissons-nous instruire par l’Esprit Saint, qui nous dit intérieurement: c’est Lui! Il est le Fils de Dieu qui s’est fait Agneau, immolé par amour. Lui, Lui seul a pris sur lui, Lui seul a souffert,  a expié le péché, le péché de chacun de nous, le péché du monde, et aussi mes péchés. Tous. Il les a tous pris sur lui et il nous les a enlevés, afin que nous soyons enfin libres, non plus esclaves du mal. Oui, nous sommes encore de pauvres pécheurs, mais pas des esclaves, non, pas des esclaves: des enfants, des enfants de Dieu!
Que la Vierge Marie  nous obtienne la force de témoigner de son Fils Jésus; de l’annoncer avec joie à travers une vie libérée du mal et une parole pleine de foi émerveillée et reconnaissante.



ANGÉLUS, Dimanche 26 janvier 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’Evangile d’aujourd’hui (cf. Mt 4, 12-23) nous présente le début de la mission publique de Jésus. Cela a lieu en Galilée, une terre de périphérie par rapport à Jérusalem, et regardée avec suspicion pour son mélange avec les païens. L’on n’attendait rien de bon ni de nouveau de cette région; cependant c’est précisément là que Jésus, qui avait grandi à Nazareth en Galilée, commence sa prédication.
Il proclame le noyau central de son enseignement résumé dans l’appel: «Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche» (v. 17). Cette annonce est comme un puissant faisceau de lumière qui traverse les ténèbres et perce le brouillard, et évoque la prophétie d’Isaïe qui se lit la nuit de Noël: «Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, sur les habitants du sombre pays, une lumière a resplendi» (9, 1). Avec la venue de Jésus, lumière du monde, Dieu le Père a montré à l’humanité sa proximité et son amitié. Celles-ci nous sont données gratuitement au-delà de nos mérites. La proximité de Dieu et l’amitié de Dieu ne sont pas notre mérite, elles sont un don gratuit de Dieu. Nous devons protéger ce don.
L’appel à la conversion, que Jésus adresse à tous les hommes de bonne volonté, se comprend en plénitude précisément à la lumière de l’événement de la manifestation du Fils de Dieu, sur lequel nous avons médité au cours des derniers dimanches.  Il semble  si souvent impossible de changer de vie, d’abandonner la voie de l’égoïsme, du mal, abandonner la voie   du péché, parce que l’on concentre l’effort de conversion uniquement sur soi-même et sur ses propres forces, et non pas sur le Christ et son Esprit. Mais notre adhésion au Seigneur ne peut pas se réduire à un effort personnel, non. Croire cela serait un péché d’orgueil. Notre adhésion au Seigneur ne peut se réduire à un effort personnel, elle doit au contraire s’exprimer dans une ouverture confiante du cœur et de l’esprit pour accueillir la Bonne Nouvelle de Jésus. C’est cela — La Parole de Jésus, la Bonne Nouvelle de Jésus, l’Evangile — qui change le monde et les cœurs! Nous sommes donc appelés à faire confiance à la parole du Christ, à nous ouvrir à la miséricorde du Père et à nous laisser transformer par la grâce de l’Esprit Saint.
C’est là que commence le véritable parcours de conversion. Précisément comme cela est arrivé aux premiers disciples: la rencontre avec le Maître divin, avec son regard, avec sa parole, leur a donné l’élan pour le suivre, pour changer de vie en se mettant concrètement au service du Royaume de Dieu.
La rencontre surprenante et décisive avec Jésus a marqué le début du chemin des disciples, en les transformant en annonciateurs et en témoins de l’amour de Dieu envers son peuple. A l’image de ces premiers hérauts et messagers de la Parole de Dieu, que chacun de nous  puisse suivre les traces du Sauveur, pour offrir l’espérance à ceux qui en sont assoiffés.
Que la Vierge Marie, à laquelle nous nous adressons en cette prière de l’Angélus, soutienne ces propositions et les confirme par son intercession maternelle.