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REGINA CÆLI, Dimanche 17 mai 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’évangile de ce dimanche (cf. Jn 14, 15-21) présente deux messages: l’observance des commandements et la promesse de l’Esprit Saint.
Jésus relie l’amour pour Lui à l’observance des commandements, et il insiste sur ce point dans son discours d’adieu: «Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements» (v. 15); «Celui qui a mes commandements et qui les garde, voilà celui qui m’aime» (v. 21). Jésus nous demande de l’aimer, mais il explique: cet amour ne s’épuise pas dans un désir de Lui, ou dans un sentiment, non, il requiert la disponibilité à suivre son chemin, c’est-à-dire la volonté du Père. Et celle-ci se résume dans le commandement de l’amour mutuel — le premier amour [dans la mise en œuvre] — donné par Jésus lui-même: «Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres» (Jn 13, 34). Il n’a pas dit: «Aimez-moi, comme je vous ai aimés», mais «aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés». Il nous aime sans rien nous demander en retour. L’amour de Jésus est gratuit, il ne nous demande jamais rien en retour. Et il veut que son amour gratuit devienne la forme concrète de la vie entre nous: c’est sa volonté.
Pour aider les disciples à marcher sur ce chemin, Jésus promet qu’il priera le Père d’envoyer «un autre Paraclet» (v. 16), c’est-à-dire un Consolateur, un Défenseur qui prenne sa place et leur donne l’intelligence pour écouter et de courage pour observer ses paroles. C’est l’Esprit Saint, qui est le Don de l’amour de Dieu qui descend dans le cœur du chrétien. Après la mort et la résurrection de Jésus, son amour est donné à ceux qui croient en lui et qui sont baptisés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. L’Esprit lui-même les guide, les éclaire, les fortifie, afin que chacun puisse marcher dans la vie, même dans l’adversité et les difficultés, dans les joies et dans les peines, en restant sur le chemin de Jésus. Cela est possible justement en restant dociles à l’Esprit Saint, afin que sa présence active puisse non seulement consoler mais transformer les cœurs, les ouvrir à la vérité et à l’amour.
Face à l’expérience de l’erreur et du péché — que nous faisons tous —, l’Esprit Saint nous aide à ne pas succomber et il nous fait saisir et vivre pleinement le sens des paroles de Jésus: «Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements» (v. 15). Les commandements ne nous sont pas donnés comme une sorte de miroir, dans lequel se reflètent nos misères, nos incohérences reflétées. Non, il n’en n’est pas ainsi. La Parole de Dieu nous est donnée comme Parole de vie, qui transforme le cœur, la vie, qui renouvelle, qui ne juge pas pour condamner, mais guérit et a pour but le pardon. La miséricorde de Dieu est ainsi. Une Parole qui est lumière pour nos pas. Et tout cela est l’œuvre de l’Esprit Saint! Il est le Don de Dieu, il est Dieu lui-même, qui nous aide à être des personnes libres, des personnes qui veulent et savent aimer, des personnes qui ont compris que la vie est une mission pour annoncer les merveilles que le Seigneur accomplit en qui a confiance en Lui.
Que la Vierge Marie, modèle de l’Eglise qui sait écouter la Parole de Dieu et accueillir le don de l’Esprit Saint, nous aide à vivre l’Evangile avec joie, dans la conscience d’être soutenus par l’Esprit, feu divin qui réchauffe les cœurs et illumine nos pas.

À l'issue du Regina Cæli
Chers frères et sœurs! C’est demain le centenaire de la naissance de saint Jean-Paul II, à Wadowice, en Pologne. Nous le rappelons avec beaucoup d’affection et une grande reconnaissance. Demain matin, à 7h00, je célébrerai la Messe, qui sera retransmise dans le monde entier, à l’autel où repose sa dépouille mortelle. Du Ciel, qu’il continue à intercéder pour le Peuple de Dieu et la paix dans le monde.
Dans certains pays, les célébrations liturgiques avec les fidèles ont recommencé; dans d’autres, on est en train d’évaluer cette possibilité; en Italie, à partir de demain, on pourra célébrer la Messe avec le peuple; mais s’il vous plaît, respectons les règles, les prescriptions qui nous sont données, pour préserver ainsi la santé de chacun et de la population.
Au mois de mai, dans de nombreuses paroisses c’est la tradition de célébrer les Messes de première communion. Evidemment, à cause de la pandémie ce beau moment de fête a été reporté. C’est pourquoi je désire envoyer une pensée affectueuse aux petits garçons et aux petites filles qui auraient dû recevoir pour la première fois l’Eucharistie. Très chers enfants, je vous invite à vivre ce temps d’attente comme une opportunité pour mieux vous préparer: en priant, en lisant le livre du catéchisme pour approfondir la connaissance de Jésus, en grandissant dans la bonté et dans le service aux autres. Bon chemin!



REGINA CÆLI, Dimanche 24 mai 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, en Italie et dans d’autres pays, on célèbre la solennité de l’Ascension du Seigneur. Le passage de l’Evangile (cf. Mt 28, 16-20) nous montre les apôtres qui se réunissent en Galilée, «sur la montagne que Jésus leur avait indiquée» (v. 16). C’est là qu’a lieu la dernière rencontre du Seigneur ressuscité avec les siens, sur la montagne. La «montagne» a une forte valeur symbolique, évocatrice. C’est sur une montagne que Jésus a proclamé les Béatitudes (cf. Mt 5, 1-12); c’est sur les montagnes qu’il se retirait pour prier (cf. Mt 14, 23); c’est là qu’il accueillait les foules et qu’il guérissait les malades (cf. Mt 15, 29). Mais cette fois-ci, sur la montagne, ce n’est plus le Maître qui agit et enseigne, mais c’est le Ressuscité qui demande aux disciples d’agir et d’annoncer, en leur confiant la mission de continuer son œuvre.
Il leur confie une mission auprès de toutes les nations. Il dit: «Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit» (vv. 19-20). Les contenus de la mission confiée aux apôtres sont  les suivants: annoncer, baptiser, enseigner et marcher sur le chemin tracé par le Maître, c’est-à-dire l’Evangile vivant. Ce message de salut implique avant tout le devoir du témoignage — sans témoignage on ne peut pas annoncer — auquel nous aussi, les disciples d’aujourd’hui, nous sommes également appelés pour rendre compte de notre foi. Face à une tâche aussi exigeante, et en pensant à nos faiblesses, nous nous sentons inadaptés, comme les apôtres eux-mêmes se sont certainement sentis. Mais il ne faut pas se décourager, en se souvenant des paroles que Jésus leur a adressées avant son Ascension au ciel: «Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde» (v. 20).
Cette promesse assure de la présence constante et consolante de Jésus parmi nous. Mais de quelle manière se réalise cette présence? Par son Esprit, qui conduit l’Eglise à marcher dans l’histoire comme compagne de route de chaque homme. Cet Esprit qui, envoyé par le Christ et par le Père, opère la rémission des péchés et sanctifie tous ceux qui, repentis, s’ouvrent avec confiance à son don. Avec la promesse de rester avec nous jusqu’à la fin des temps, Jésus inaugure le style de sa présence dans le monde en tant que Ressuscité. Jésus est présent dans le monde mais avec un autre style, le style du Ressuscité, c’est-à-dire une présence qui se révèle dans la Parole, dans les sacrements, dans l’action constante et intérieure de l’Esprit Saint. La fête de l’Ascension nous dit que Jésus, bien que monté au Ciel pour demeurer glorieux à la droite du Père, est encore et toujours parmi nous: c’est de là que découlent notre force, notre persévérance et notre joie, précisément de la présence de Jésus parmi nous avec la puissance de l’Esprit-Saint.
Que la Vierge Marie accompagne notre chemin de sa protection maternelle: apprenons d’Elle la douceur et le courage pour être des témoins dans le monde du Seigneur ressuscité.




REGINA CÆLI, Dimanche 31 mai 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Maintenant que la place est ouverte, nous pouvons revenir. C’est un plaisir!
Nous célébrons aujourd’hui la grande fête de Pentecôte, en mémoire de l’effusion de l’Esprit Saint sur la première communauté chrétienne. L’Evangile d’aujourd’hui (cf. Jn 20, 19-23) nous ramène au soir de Pâques et nous montre Jésus Ressuscité qui apparaît au Cénacle, où les disciples se sont réfugiés. Ils avaient peur. «Il se tint au milieu d’eux et il leur dit: “La paix soit avec vous!”» (v. 19). Ces premières paroles prononcées par le Seigneur ressuscité: «La paix soit avec vous», doivent être considérées comme plus qu’une salutation: elles expriment le pardon, le pardon accordé aux disciples qui, pour dire la vérité, l’avaient abandonné. Ce sont des paroles de réconciliation et de pardon. Et nous aussi, lorsque nous souhaitons la paix aux autres, nous donnons  le pardon et nous demandons aussi le pardon. Jésus offre sa paix précisément à ces disciples qui ont peur, qui ont du mal à croire à ce qu’ils ont pourtant vu, c’est-à-dire le tombeau vide, et qui sous-estiment le témoignage de Marie de Magdala et des autres femmes. Jésus pardonne, il pardonne toujours, et il offre sa paix à ses amis. N’oubliez pas: Jésus ne se lasse jamais de pardonner. C’est nous qui nous lassons de demander pardon.
En pardonnant et en rassemblant ses disciples autour de lui, Jésus fait d’eux une Eglise, son Eglise, qui est une communauté réconciliée et prête à la mission. Réconciliée et prête à la mission. Lorsqu’une communauté n’est pas réconciliée, elle n’est pas prête à la mission: elle est prête à discuter en elle-même, elle est prête aux [discussions] internes. La rencontre avec le Seigneur Ressuscité bouleverse l’existence des apôtres et les transforme en témoins courageux. En effet, immédiatement après, il dit: «Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie» (v. 21). Ces paroles font comprendre que les apôtres sont envoyés pour prolonger la même mission que le Père a confiée à Jésus. «Je vous envoie»: ce n’est pas le moment de rester enfermés, ni d’avoir des regrets: regretter le «bon temps», ces moments passés avec le Maître. La joie de la résurrection est grande, mais c’est une joie expansive, qui ne doit pas être gardée pour soi-même, elle est faite pour la donner. Lors des dimanches du temps de Pâques, nous avons d’abord entendu ce même épisode, puis la rencontre avec les disciples d’Emmaüs, puis le bon Pasteur, les discours d’adieu et la promesse de l’Esprit Saint: tout cela est orienté pour fortifier la foi des disciples — et la nôtre aussi — en vue de la mission.
Et précisément pour animer la mission, Jésus donne son Esprit à ses apôtres. L’Evangile dit: «Il souffla sur eux et dit: “Recevez l’Esprit Saint”» (v. 22). L’Esprit Saint est un feu qui brûle les péchés et qui crée des hommes et des femmes nouveaux; c’est un feu d’amour avec  lequel les disciples pourront «incendier» le monde, cet amour de tendresse qui a une prédilection pour les petits, les pauvres, les exclus… Dans les sacrements du baptême et de la confirmation nous avons reçu l’Esprit Saint avec ses dons: sagesse, intelligence, conseil, force, connaissance, piété, crainte de Dieu. Ce dernier don — la crainte de Dieu — est précisément l’opposé de la crainte qui paralysait les disciples auparavant: c’est l’amour pour le Seigneur, c’est la certitude de sa miséricorde et de sa bonté, c’est la confiance de pouvoir avancer dans la direction indiquée par Lui, sans que sa présence et son soutien ne fassent jamais défaut.
La fête de la Pentecôte renouvelle la conscience que la présence vivifiante de l’Esprit Saint demeure en nous. Il nous donne également le courage de sortir à l’extérieur des murs protecteurs de nos «cénacles», des petits groupes, sans nous habituer à une vie tranquille ou nous enfermer dans des habitudes stériles. Elevons à présent nos pensées vers Marie. Elle était là, avec les apôtres, quand l’Esprit Saint est venu, protagoniste avec la première communauté de l’admirable expérience de la Pentecôte, et prions-la pour qu’Elle obtienne pour l’Eglise un ardent esprit missionnaire.




ANGÉLUS, Dimanche 7 juin 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’Evangile d’aujourd’hui (cf. Jn 3, 16-18), fête de la Très Sainte Trinité, montre — avec le langage synthétique de l’apôtre Jean — le mystère de l’amour de Dieu pour le monde, sa création. Dans le bref dialogue avec Nicodème, Jésus se présente comme celui qui mène à son accomplissement le plan salvifique du Père en faveur du monde. Il affirme: «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique» (v. 16). Ces paroles servent à indiquer que l’action des trois Personnes divines — Père, Fils et Saint-Esprit — est entièrement un unique dessein d’amour qui sauve l’humanité et le monde, c’est un dessein de salut pour nous.
Dieu a créé le monde bon, beau, mais après le péché, le monde est marqué par le mal et par la corruption. Nous, hommes et femmes, sommes pécheurs, tous, Dieu pourrait donc intervenir pour juger le monde, pour détruire le mal et châtier les pécheurs. En revanche, Il aime le monde, malgré ses péchés; Dieu aime chacun de nous, même quand nous sommes dans l’erreur et nous éloignons de Lui. Dieu le Père aime tellement le monde que, pour le sauver, il donne ce qu’il a de plus précieux: son Fils unique, qui donne sa vie pour les hommes, ressuscite, retourne au Père et, avec Lui, envoie l’Esprit Saint. La Trinité est donc Amour, entièrement au service du monde, qu’elle veut sauver et recréer. Aujourd’hui, en pensant à Dieu le Père et Fils et Saint-Esprit, nous pensons à l’amour de Dieu! Et il serait beau que nous nous sentions aimés. «Dieu m’aime»: tel est le sentiment d’aujourd’hui
Quand Jésus affirme que le Père a donné son Fils unique, nous pensons spontanément à Abraham et à l’offrande de son fils Isaac, dont parle le livre de la Genèse (cf. 22, 1-14): voilà la «mesure sans mesure» de l’amour de Dieu. Et pensons également à la façon dont Dieu se révèle à Moïse: plein de tendresse, miséricordieux, plein de pitié, lent à la colère et riche de grâce et de fidélité (cf. Ex 34, 6). La rencontre avec ce Dieu a encouragé Moïse, qui, comme le raconte le livre de l’Exode, n’eut pas peur de s’interposer entre le peuple et le Seigneur, en lui disant: «Oui, c’est un peuple à la nuque raide, mais pardonne nos fautes et nos péchés, et fais de nous ton héritage» (v. 9). Et c’est ce qu’a fait Dieu en envoyant son Fils. Nous sommes fils dans le Fils avec la force de l’Esprit Saint! Nous sommes l’héritage de Dieu!
Chers frères et sœurs, la fête d’aujourd’hui nous invite à nous laisser à nouveau fasciner par la beauté de Dieu; beauté, bonté et vérité inépuisable. Mais également beauté, bonté et vérité humble, proche, qui s’est faite chair pour entrer dans notre vie, dans notre histoire, dans mon histoire, dans l’histoire de chacun de nous, pour que chaque homme et femme puisse la rencontrer et avoir la vie éternelle. Et cela est la foi: accueillir Dieu-Amour, accueillir ce Dieu-Amour qui se donne dans le Christ, qui nous fait vivre dans l’Esprit Saint; se laisser rencontrer par Lui et avoir confiance en Lui. Telle est la vie chrétienne. Aimer, rencontrer Dieu, chercher Dieu; c’est Lui qui nous cherche le premier, c’est Lui qui nous rencontre le premier.
Que la Vierge Marie, demeure de la Trinité, nous aide à accueillir avec le cœur ouvert l’amour de Dieu, qui nous remplit de joie et donne un sens à notre chemin dans ce monde, en l’orientant toujours vers l’objectif qu’est le Ciel.




ANGÉLUS, Dimanche 14 juin 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
On célèbre aujourd’hui, en Italie et dans d’autres pays, la solennité du Corps et du Sang du Christ, le Corpus Domini. Dans la deuxième lecture de la liturgie d’aujourd’hui, saint Paul réveille notre foi dans ce mystère de communion (cf. 1 Co 10, 16-17). Il souligne deux effets du calice partagé et du pain rompu: l’effet mystique et l’effet communautaire.
Au début, l’apôtre dit: «La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ?» (v. 16). Ces mots expriment l’effet mystique ou pourrait-on dire, l’effet spirituel de l’Eucharistie: celui-ci concerne l’union avec le Christ, qui s’offre pour le salut de tous dans le pain et le vin. Jésus est présent dans le sacrement de l’Eucharistie pour être notre nourriture, pour être assimilé et devenir en nous cette force rénovatrice qui redonne de l’énergie et redonne l’envie de se remettre en chemin, après chaque halte ou après chaque chute. Mais cela requiert notre assentiment, notre disponibilité à nous laisser transformer nous-mêmes, ainsi que notre façon de penser et d’agir; sinon les célébrations eucharistiques auxquelles nous participons se réduisent à des rites vides et formels. Très souvent, on va à la Messe, mais parce que l’on doit y aller, comme un acte social, respectueux, mais social. Mais le mystère est une autre chose: c’est Jésus présent qui vient pour nous nourrir.
Le deuxième effet est communautaire et il est exprimé par saint Paul avec ces mots: «Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps» (v. 17). Il s’agit de la communion réciproque de ceux qui participent à l’Eucharistie, au point de devenir un seul corps entre eux, comme le pain que l’on rompt et que l’on distribue est unique. Nous sommes une communauté, nourris par le corps et par le sang du Christ. La communion au corps du Christ est un signe concret d’unité, de communion, de partage. On ne  peut pas participer à l’Eucharistie sans s’engager dans une fraternité réciproque, qui soit sincère. Mais le Seigneur sait bien que nos seules forces humaines ne suffisent pas à cela. Et il sait même que parmi ses disciples il y aura toujours la tentation de la rivalité, de l’envie, des préjugés, de la division… Nous connaissons tous ces choses. C’est également pour cela qu’il nous a laissé le Sacrement de sa Présence réelle, concrète et permanente, de façon à ce qu’en restant unis à Lui, nous puissions toujours recevoir le don de l’amour fraternel. «Demeurez dans mon amour» (Jn 15, 9), a dit Jésus; et c’est possible grâce à l’Eucharistie. Demeurer dans l’amitié, dans l’amour.
Ce double fruit de l’Eucharistie: le premier, l’union avec le Christ, et le second, la communion entre tous ceux qui se nourrissent de Lui, génère et renouvelle constamment la communauté chrétienne. C’est l’Eglise qui fait l’Eucharistie, mais ce qui est plus fondamental c'est que l’Eucharistie fait l’Eglise et lui permet d’être sa mission, avant même de l’accomplir. Voilà le mystère de la communion, de l’Eucharistie: recevoir Jésus pour qu’il nous transforme de l’intérieur et recevoir Jésus pour qu’il fasse de nous l’unité et non la division.
Que la Sainte Vierge nous aide à toujours accueillir avec émerveillement et gratitude le grand don que Jésus nous a fait en nous laissant le Sacrement de son Corps et de son Sang.



ANGÉLUS, Dimanche 21 juin 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans l'Evangile de ce dimanche(cf. Mt10, 26-33) retentit l'invitation que Jésus adresse à ses disciples à ne pas avoir peur, à être forts et confiants face aux défis de la vie, en les avertissant à l'avance des adversités qui les attendent. Le passage d'aujourd'hui fait partie du discours missionnaire, avec lequel le Maître prépare les apôtres à la première expérience d'annonce du Royaume de Dieu. Jésus les exhorte avec insistance à “ne pas avoir peur”. La peur est l'un des ennemis les plus laids de notre vie chrétienne. Jésus exhorte: «N'ayez pas peur», «N'ayez pas peur». Et Jésus  décrit trois situations concrètes qu'ils devront affronter.
Tout d'abord, la première,  l'hostilité de ceux qui voudraient faire taire la Parole de Dieu, en l'édulcorant, en la diluant, ou en réduisant au silence celui qui l'annonce. Dans ce cas, Jésus encourage les apôtres à diffuser le message de salut qu'Il leur a confié. Pour le moment, Il l'a transmis avec précaution, presque en cachette, dans le petit groupe des disciples. Mais eux devront parler “au grand jour”, c'est-à-dire ouvertement, et annoncer “des toits” – c'est ce que dit Jésus –, c'est-à-dire publiquement, son Evangile.
La deuxième difficulté que les missionnaires du Christ rencontreront est la menace physique contre eux, c'est-à-dire la persécution directe contre leurs personnes, jusqu'à la mort. Cette prophétie de Jésus s'est réalisée à toutes les époques: c'est une réalité douloureuse, mais elle atteste la fidélité des témoins. Combien de chrétiens sont persécutés aujourd'hui aussi dans le monde entier! Ils souffrent pour l'Evangile avec amour, ce sont les martyrs de notre époque. Et nous pouvons dire avec certitude qu'ils sont plus nombreux que les martyrs des premiers temps: tant de martyrs, seulement parce qu'ils sont chrétiens.  A ces disciples d'hier et d'aujourd'hui qui souffrent de la persécution, Jésus recommande: «Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps, mais ne sauraient tuer l'âme» (v. 28). Il ne faut pas se laisser effrayer par ceux qui cherchent à éteindre la force évangélisatrice par l'arrogance et la violence. En effet, ces derniers ne peuvent rien contre l'âme, c'est-à-dire contre la communion avec Dieu: personne ne peut enlever celle-ci aux disciples parce qu'elle est un don de Dieu. La seule peur que le disciple doit avoir est celle de perdre ce don divin, la proximité, l'amitié avec Dieu, en renonçant à vivre selon l'Evangile et en se procurant ainsi la mort morale, qui est l'effet du péché.
Le troisième type d'épreuve que les disciples devront affronter est indiqué par Jésus dans la sensation, dont certains pourront faire l'expérience, que Dieu lui-même les a abandonnés, en restant éloigné et silencieux. Ici aussi, il exhorte à ne pas avoir peur, car bien que traversant ces épreuves et d'autres, la vie des disciples est solidement entre les mains de Dieu, qui nous aime et nous protège. Elles sont comme les trois tentations: édulcorer l'Evangile, le diluer; la deuxième, la persécution; et la troisième, la sensation que Dieu nous a laissés seuls. Jésus aussi a souffert cette épreuve dans le jardin des oliviers et sur la croix: «Père, pourquoi m'as-tu abandonné?», dit Jésus. On ressent parfois cette sécheresse spirituelle; nous ne devons pas avoir peur. Le Père prend soin de nous, parce que notre valeur est grande à ses yeux. Ce qui importe c'est la franchise, c'est le courage du témoignage, du témoignage de foi: “reconnaître Jésus devant les hommes” et aller de l'avant en faisant du bien.
Que la Très Sainte Vierge, modèle de confiance et d'abandon en Dieu à l'heure de l'adversité et du danger, nous aide à ne jamais céder au découragement, mais à nous confier toujours à Lui et à sa grâce, parce que la grâce de Dieu est toujours plus puissante que le mal.



ANGÉLUS, Dimanche 28 juin 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
En ce dimanche, l'Evangile (cf.  Mt 10, 37-42) fait retentir avec force l'invitation à vivre en plénitude et sans hésitations notre adhésion au Seigneur. Jésus demande à ses disciples de prendre au sérieux les exigences évangéliques, même quand cela demande des sacrifices et des efforts.
La première requête exigeante qu'Il adresse à celui qui le suit est celle de placer l'amour envers Lui au-dessus de ses liens d'affection familiaux. Il dit: «Qui aime son père ou sa mère, […] son fils ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi» (v. 37). Jésus n'entend certainement pas sous-évaluer l'amour pour les parents et les enfants, mais il sait que les liens de parenté, s'ils sont mis à la première place, peuvent dévier du vrai bien. Nous le voyons: certains cas de corruption dans les gouvernements ont précisément lieu parce que l'amour pour les proches est plus grand que l'amour pour la patrie, et des postes sont donnés aux parents. C'est la même chose avec Jésus: quand l'amour [pour la famille] est plus grand que [celui pour] Lui, cela ne va pas. Nous pourrions tous donner de nombreux exemples à cet égard. Sans parler de situations où les liens d'affection familiaux se mélangent avec des choix opposés à l'Evangile. Quand, en revanche, l'amour envers les parents et les enfants est animé et purifié par l'amour du Seigneur, alors il devient pleinement fécond et produit des fruits de bien dans la famille elle-même et bien au-delà de celle-ci. C'est dans ce sens que Jésus dit cette phrase. Rappelons-nous également comment Jésus réprimande les docteurs de la loi qui font manquer leurs parents du nécessaire, sous prétexte de le donner à l'autel, de le donner à l'Eglise (cf. Mc 7, 8-13). Il les réprimande! Le véritable amour pour Jésus requiert un véritable amour pour les parents, les enfants, mais si nous cherchons tout d'abord l'intérêt de la famille, cela conduit toujours sur une mauvaise route.
Jésus dit ensuite à ses disciples: «Qui ne prend pas sa croix et ne vient pas à ma suite n'est pas digne de moi» (v. 38). Il s'agit de le suivre sur la voie que Lui-même a parcourue, sans chercher de raccourcis. Il n'y a pas de vrai amour sans croix, c'est-à-dire sans un prix à payer en personne. C'est ce que disent tant de mères, tant de pères qui se sacrifient tant pour leurs enfants et qui supportent de véritables sacrifices, des croix, parce qu'ils aiment. Et portée avec Jésus, la croix ne fait pas peur, parce qu'Il est toujours à nos côtés pour nous soutenir à l'heure de l'épreuve la plus dure, pour nous donner force et courage. Cela ne sert également à rien de s'agiter pour préserver sa propre vie, avec une attitude craintive et égoïste. Jésus admoneste: «Qui aura trouvé sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi – c'est-à-dire par amour, par amour pour Jésus, par amour pour son prochain, pour le service des autres –, la trouvera» (v. 39). C'est le paradoxe de l'Evangile. Mais, grâce à Dieu,  nous avons également de très nombreux exemples de cela! Nous le voyons ces jours-ci. Combien de personnes, combien de personnes portent de croix pour aider les autres! On se sacrifie pour aider les autres qui en ont besoin pendant cette pandémie. Mais, toujours avec Jésus, on arrive à le faire. La plénitude de la vie et de la joie se trouve en se donnant soi-même pour l'Evangile et pour nos frères, avec ouverture, accueil et bienveillance.
En agissant ainsi, nous pouvons faire l'expérience de la générosité et de la gratitude de Dieu. Jésus nous le rappelle: «Qui vous accueille m'accueille […]. Quiconque donnera à boire à l'un de ces petits rien qu'un verre d'eau fraîche […] ne sera pas frustré de sa récompense» (vv. 40; 42). La gratitude généreuse de Dieu le Père tient également compte du plus petit geste d'amour et de service rendu à nos frères. Ces jours derniers, j'ai entendu un prêtre qui était ému, parce que dans sa paroisse un enfant s'est approché de lui et a dit: “Père, voilà mes économies, pas grand chose, c'est pour vos pauvres, pour ceux qui ont besoin à cause de la pandémie... Petite chose, mais grande chose! C'est une reconnaissance contagieuse, qui aide chacun de nous à avoir de la gratitude envers ceux qui prennent soin de nos nécessités. Quand quelqu'un nous rend un service, nous ne devons pas penser que tout nous soit dû. Non, tant de services se font de manière gratuite. Pensez au volontariat, qui est l'une des plus grandes choses que possède la société italienne. Les bénévoles... Et combien d'entre eux ont perdu leur vie dans cette pandémie! On le fait par amour, simplement par service. La gratitude, la reconnaissance est avant tout un signe de bonne éducation, mais c'est également un signe distinctif du chrétien. C'est un signe simple mais authentique du royaume de Dieu, qui est un royaume d'amour gratuit et reconnaissant.
Que la Très Sainte Vierge Marie, qui a aimé Jésus plus que sa propre vie et l'a suivi jusqu'à la croix, nous aide à nous présenter toujours à Dieu avec un cœur disponible, en laissant sa Parole juger nos comportements et nos choix.



ANGÉLUS, Dimanche 29 juin 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Nous fêtons aujourd’hui les saints patrons de Rome, les apôtres Pierre et Paul. Et c’est un don de nous retrouver ici, de prier ici, près du lieu où Pierre est mort martyr et a été enterré. Cependant, la liturgie du jour nous rappelle un épisode complètement différent: elle raconte que plusieurs années auparavant, Pierre a été libéré de la mort. Il avait été arrêté, il se trouvait en prison et l’Eglise, craignant pour sa vie, priait incessamment pour lui. Alors, un ange descendit le libérer de prison (cf. Ac 12, 1-11). Mais des années après également, quand Pierre était prisonnier à Rome, l’Eglise a certainement prié à nouveau. A cette occasion, toutefois, sa vie ne fut pas épargnée. Pourquoi a-t-il été libéré la première fois de cette épreuve et ensuite non?
Parce qu’il y a un parcours dans la vie de Pierre, qui peut éclairer le parcours de notre vie. Le Seigneur lui a accordé tant de grâces et l’a libéré du mal: il fait aussi cela avec nous. D’ailleurs, nous allons souvent à Lui uniquement dans les moments de besoin, pour demander de l’aide. Mais Dieu voit plus loin et nous invite à aller au-delà, à chercher non seulement ses dons, mais à le chercher Lui, qui est le Seigneur de tous les dons; à lui confier non seulement nos problèmes, mais à lui confier notre vie. Il peut ainsi finalement nous donner la plus grande grâce, celle de donner la vie. Oui, donner la vie. Le plus important dans la vie est de faire de la vie un don. Et cela vaut pour tous: pour les parents envers leurs enfants et pour les enfants envers leurs parents âgés. Et ici me viennent à l’esprit tant de personnes âgées, qui sont laissées seules par  leur famille, comme si — je me permets de le dire — elles étaient du matériel de rebut. C’est un drame de notre époque: la solitude des personnes âgées. La vie de leurs enfants et leurs petits-enfants ne se fait pas don pour les personnes âgées. Faire de soi un don, pour celui qui est marié et celui qui est consacré; cela est valable  partout, à la maison et au travail, et envers quiconque est proche de nous. Dieu souhaite nous faire grandir dans le don: ce n’est qu’ainsi que nous deviendrons grands. Nous ne grandissons que si nous nous donnons aux autres. Regardons saint Pierre: il n’est pas devenu un héros parce qu’il a été  libéré de prison, mais parce qu’il a donné sa vie ici. Son don a transformé un lieu d’exécutions en ce beau lieu d’espérance où nous nous trouvons.
Voici ce qu’il faut demander à Dieu: non seulement la grâce du moment, mais la grâce de la vie. L’Evangile d’aujourd’hui nous montre précisément le dialogue qui a changé la vie de Pierre. Il a entendu Jésus lui demander: «Pour toi, qui suis-je?». Et il a répondu: «Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant». Et Jésus lui dit: «Heureux es-tu, Simon fils de Jonas» (Mt 16, 16-17). Jésus le dit bienheureux, c’est-à-dire heureux. Tu es heureux d’avoir dit cela. Notons: Jésus dit heureux à Pierre qui lui avait dit Tu es le Dieu vivant. Quel est alors le secret d’une vie bienheureuse, quel est le secret d’une vie heureuse? Reconnaître Jésus, mais Jésus comme Dieu vivant, pas comme une statue. Parce qu’il n’est pas important de savoir que Jésus a été grand dans l’histoire, il n’est pas important d’apprécier ce qu’il a dit ou fait: ce qui est important est la place que je lui donne dans ma vie, quelle  place je donne à Jésus dans mon cœur. C’est à ce moment que Simon a entendu Jésus lui dire: «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise» (v. 18). Il n’a pas été appelé «pierre» parce que  c’était un homme solide et fiable. Non, il commettra  tant d’erreurs après, il n’était pas vraiment fiable, il commettra tant d’erreurs, il ira même jusqu’à renier son Maître. Mais il a choisi de construire sa vie sur Jésus, le roc; pas  sur «la chair et le sang» — dit le texte —, c’est-à-dire sur lui-même, sur ses capacités, mais sur Jésus (cf. v. 17), qui est la pierre. C’est Jésus qui est le roc sur lequel Simon est devenu la pierre. Nous pouvons dire la même chose de l’apôtre Paul, qui s’est donné totalement à l’Evangile, en considérant tout le reste comme immondice, pour gagner le Christ.
Aujourd’hui, devant les apôtres, nous pouvons nous demander: «Et moi, comment est-ce que j’organise ma vie? Est-ce que je pense seulement à mes besoins du moment ou est-ce que je crois que mon vrai besoin est Jésus, qui fait de moi un don? Et comment est-ce que je construis ma vie, sur mes capacités ou sur le Dieu vivant?». Que la Vierge Marie, qui s’est entièrement confiée à Dieu, nous aide à Le mettre à la base de chaque journée; et qu’elle intercède pour nous afin que nous puissions, avec la grâce de Dieu, faire de notre vie un don.



ANGÉLUS, Dimanche 5 juillet 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Le passage évangélique de ce dimanche (cf. Mt 11, 25-30) s'articule en trois parties: tout d'abord, Jésus élève un hymne de bénédiction et d'action de grâce au Père, parce qu'il a révélé aux pauvres et aux simples le mystère du Royaume des cieux; ensuite, il révèle le rapport intime et singulier qui existe entre Lui et le Père; et, enfin, il invite à aller à Lui et à le suivre pour trouver le réconfort.
En premier lieu, Jésus loue le Père, parce qu'il a gardé cachés les secrets de son Royaume, de sa vérité,  «aux sages et aux habiles» (v. 25). Il les appelle ainsi avec une pointe d'ironie, parce qu'ils pensent être sages, savants, et que leur cœur est donc fermé, très souvent. La vraie sagesse vient également du cœur, ce n'est pas seulement comprendre les idées, la vraie sagesse entre également dans le cœur. Et si tu sais beaucoup de choses, mais que tu as le cœur fermé, tu n'es pas sage. Jésus dit que les mystères de son Père sont révélés aux «tout petits»,  à ceux qui s'ouvrent avec confiance à sa Parole de salut, qui ouvrent leur cœur à la Parole de salut, qui ressentent le besoin de Lui et attendent tout de Lui. Le cœur ouvert et confiant envers le Seigneur.
Ensuite, Jésus explique qu'il a tout reçu du Père, et il l'appelle «mon Père», pour affirmer l'unicité de son rapport avec Lui. En effet, ce n'est qu'entre le Fils et le Père qu'il y a une totale réciprocité: l’un connaît l'autre, l'un vit dans l'autre. Mais cette communion unique est comme une fleur qui éclot, pour révéler gratuitement sa beauté et sa bonté. Voilà alors l'invitation de Jésus: «Venez à moi...» (v. 28). Il souhaite donner ce qu'il puise au Père. Il veut nous donner la vérité, et la vérité de Jésus est toujours gratuite: c'est un don, c'est l'Esprit Saint, la Vérité.
De même que le Père a une préférence pour les «tout petits», Jésus s'adresse lui aussi à ceux qui «peinent et sont opprimés». Il se place d'ailleurs lui-même parmi eux, parce qu'Il est «doux et humble de cœur» (v. 29), c'est ce qu'il dit être. Comme dans la première et dans la troisième béatitude, celles des humbles ou pauvres en esprit; et celle des doux (cf.  Mt 5, 3.5): la douceur de Jésus.  Ainsi Jésus, «doux et humble», n'est pas un modèle pour les résignés, ni simplement une victime, mais il est l'Homme qui vit «de tout cœur» cette condition en pleine transparence dans l'amour du Père, c'est-à-dire dans l'Esprit Saint. Il est le modèle des  «pauvres en esprit» et de tous les autres « bienheureux » de l'Evangile, qui accomplissent la volonté de Dieu et témoignent de son Royaume.
Et ensuite, Jésus dit que si nous allons à Lui, nous trouverons le réconfort: le «réconfort» que le Christ offre à ceux qui peinent et aux opprimés n'est pas seulement un soulagement psychologique ou une aumône élargie, mais la joie des pauvres d'être évangélisés et d'être des constructeurs de la nouvelle humanité. Voilà ce qu'est le soulagement: la joie, la joie que nous donne Jésus. Elle est unique, c'est la joie qu'Il a lui-même. C'est un message pour nous tous, pour tous les hommes de bonne volonté, que Jésus adresse encore aujourd'hui au monde, qui exalte qui devient riche et puissant. Combien de fois disons-nous: «Ah, je voudrais être comme celui-ci, comme celle-là, qui est riche, qui a tant de pouvoir, il ne lui manque rien!». Le monde exalte le riche et le puissant, peu importe par quels moyens, et bafoue parfois la personne humaine et sa dignité. Et nous voyons cela tous les jours, les pauvres qui sont bafoués. Et c'est un message pour l'Eglise, appelée à vivre les œuvres de miséricorde et à évangéliser les pauvres, à être douce, humble. C'est ainsi que le Seigneur veut que soit son Eglise, c'est-à-dire nous.
Que Marie, la plus humble et la plus élevée des créatures, implore de Dieu pour nous la sagesse du cœur, afin que nous sachions discerner ses signes dans notre vie et participer à ces mystères qui, cachés aux orgueilleux, sont révélés aux humbles.



ANGÉLUS, Dimanche 12 juillet 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans l’Evangile de ce dimanche (cf. Mt 13, 1-23) Jésus raconte à une grande foule la parabole — que nous connaissons tous bien — du semeur, qui jette la semence sur quatre types de terrains différents. La Parole de Dieu, symbolisée par les semences, n’est pas une Parole abstraite, mais c’est le Christ lui-même, le Verbe du Père qui s’est incarné dans le sein de Marie. C’est pourquoi, accueillir la Parole de Dieu signifie accueillir la personne du Christ, le Christ lui-même.
Il y a différentes façons de recevoir la Parole de Dieu. Nous pouvons le faire comme une route, où les oiseaux arrivent immédiatement et mangent les semences. Il s’agirait de  la distraction, un grand danger de notre temps. Assaillis par tant de bavardages, par tant d’idéologies, par les possibilités permanentes de se distraire à la maison et à l’extérieur, on peut perdre le goût du silence, du recueillement, du dialogue avec le Seigneur, au point de risquer de perdre la foi, de ne pas accueillir la Parole de Dieu. Nous voyons tout, distraits par tout, par les choses mondaines
Une autre possibilité:  nous pouvons accueillir la Parole de Dieu comme un terrain pierreux, avec peu de terre. Là, la semence germe vite, mais elle se dessèche aussi rapidement, car elle ne réussit pas à prendre racine en profondeur. C’est l’image de ceux qui accueillent la Parole de Dieu avec l’enthousiasme momentané qui reste cependant superficiel, qui n’assimile pas la Parole de Dieu. Et ainsi, face à la première difficulté, pensons à une souffrance, à un trouble de la vie, cette foi encore faible se dissout, comme la semence qui tombe au milieu des pierres se dessèche.
 Nous pouvons aussi — une troisième possibilité dont Jésus parle dans la parabole — accueillir la Parole de Dieu comme un terrain où poussent des buissons épineux. Les épines sont la tromperie de la richesse, du succès, des préoccupations mondaines... Là, la Parole grandit un peu, mais elle est étouffée, elle n’est pas forte, elle meurt ou ne porte pas de fruit.
Enfin — la quatrième possibilité —, nous pouvons l’accueillir comme le bon terrain. C’est ici, et seulement ici, que la semence prend et porte du fruit. La semence tombée sur ce terrain fertile représente ceux qui écoutent la Parole, l’accueillent, la conservent dans leur cœur et la mettent en pratique dans la vie de tous les jours.
La parabole du semeur est un peu la “mère” de toutes les paraboles, parce qu’elle parle de l’écoute de la Parole. Elle nous rappelle que la Parole de Dieu est une semence  qui est féconde et concrète en elle-même; et Dieu la répand partout avec générosité, sans se soucier du gaspillage. Le cœur de Dieu est ainsi! Chacun de nous est un terrain sur lequel tombe la semence de la Parole, personne n’est exclu. La Parole est donnée à chacun de nous. Nous pouvons nous demander: moi, quel type de terrain suis-je? Est-ce que je ressemble à la route, à la terre pierreuse, au buisson? Mais, si nous le voulons, nous pouvons devenir un bon terrain, défriché et cultivé avec soin, pour faire mûrir la semence de la Parole. Celle-ci est déjà présente dans notre cœur, mais la faire fructifier dépend de nous, dépend de l’accueil que nous réservons à cette semence. On est souvent distraits par trop d’intérêts, par trop d’appels, et il est difficile de distinguer, parmi tant de voix et tant de paroles, celle du Seigneur, l’unique qui nous rend libres. C’est pourquoi il est important de s’habituer à écouter la Parole de Dieu, à la lire. Et je reviens, une fois de plus, sur ce conseil: emportez toujours avec vous un petit Evangile, une édition de poche de l’Evangile, dans votre poche, dans votre sac... Et ainsi, lisez chaque jour un petit passage, pour être habitués à lire la Parole de Dieu et bien comprendre quelle est la semence que Dieu vous offre, et réfléchir au terrain dans lequel je la reçois.
 Que la Vierge Marie, modèle parfait de terre bonne et fertile, nous aide, par sa prière, à un devenir un terrain disponible sans épines ni pierres, afin que nous puissions porter de bon fruits pour nous et pour nos frères.