ANGÉLUS, Dimanche 17 juillet 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans l’Evangile d’aujourd’hui (cf. Mt 13, 24-43) nous rencontrons encore Jésus qui parle en paraboles du Royaume des cieux à la foule. Je m’arrête uniquement sur la première, celle de l’ivraie, à travers laquelle Jésus nous fait connaître la patience de Dieu, en ouvrant notre cœur à l’espérance.
Jésus raconte que, dans le champ où le bon grain a été semé, pousse aussi l’ivraie, un terme qui résume toutes les herbes nocives, qui infestent le terrain. Entre nous, nous pouvons aussi dire qu’aujourd’hui encore, le terrain est dévasté par de nombreux désherbants et pesticides, qui au final font du mal aussi bien à l’herbe, qu’à la terre et à la santé. Je dis cela entre parenthèses. Les serviteurs vont alors voir le maître pour savoir d’où vient l’ivraie et lui répond: «C’est quelque ennemi qui a fait cela» (v. 28). Parce que nous avons semé du bon grain! Un ennemi, quelqu’un qui est en concurrence, est venu faire cela. Ils voudraient aller arracher tout de suite l’ivraie qui pousse; en revanche le maître s’y oppose, car l’on risquerait d’arracher avec les mauvaises herbes — l’ivraie — également le bon grain. Il faut attendre le moment de la moisson: ce n’est qu’alors qu’ils seront séparés et que l’ivraie sera brûlée. C’est aussi une histoire de bon sens.
On peut lire dans cette parabole une vision de l’histoire. A côté de Dieu — le propriétaire du champ — qui répand toujours et uniquement la bonne semence, il y a un adversaire, qui répand l’ivraie pour empêcher la croissance du blé. Le maître agit ouvertement, à la lumière du jour, et son but est une bonne récolte; l’autre, l’adversaire, au contraire, profite de l’obscurité de la nuit et agit par envie, par hostilité, pour tout gâcher. L’adversaire auquel Jésus se réfère a un nom: c’est le diable, l’opposant de Dieu par excellence. Son intention est d’entraver l’œuvre du salut, faire en sorte que le Royaume de Dieu soit empêché par des ouvriers iniques, des semeurs de scandales. En effet, le bon grain et l’ivraie représentent non pas le bien et le mal de façon abstraite, mais nous êtres humains, qui pouvons suivre Dieu ou bien le diable. Très souvent, nous avons entendu qu’une famille était en paix, puis ont commencé les guerres, les jalousies… un quartier qui était en paix, puis de mauvaises choses ont commencé… Et nous avons l’habitude de dire: «Quelqu’un est venu là pour semer la zizanie», ou «cette personne de la famille sème la zizanie avec ses médisances». C’est toujours semer le mal qui détruit. Et c’est toujours le diable, ou notre tentation qui le fait: quand nous tombons dans la tentation de médire pour détruire les autres.
L’intention des serviteurs est d’éliminer immédiatement le mal, c’est-à-dire les personnes malfaisantes, mais le maître est plus sage, il voit plus loin: ils doivent savoir attendre, car endurer des persécutions et des hostilités fait partie de la vocation chrétienne. Le mal doit certainement être rejeté, mais les mauvais sont des personnes avec lesquelles il faut user de patience. Il ne s’agit pas de la tolérance hypocrite qui cache de l’ambiguïté, mais de la justice adoucie par la miséricorde. Si Jésus est venu chercher les pécheurs plus que les justes, soigner les malades avant les bien-portants (cf. Mt 9, 12-13), notre action de disciples doit elle aussi viser non pas à éliminer les mauvais, mais à les sauver. Et là, il faut de la patience.
L’Evangile d’aujourd’hui présente deux façons d’agir et d’habiter l’histoire: d’un côté, le regard du maître, qui voit loin; de l’autre, le regard des serviteurs, qui voient le problème. Les serviteurs ont à cœur un champ sans mauvaise herbe, le patron a à cœur le bon grain. Le Seigneur nous invite à adopter son regard, celui qui se fixe sur le bon grain, qui sait le protéger également parmi les mauvaises herbes. Ce n’est pas celui qui se met à la chasse des limites et des défauts des autres qui collabore bien avec Dieu, mais plutôt celui qui sait reconnaître le bien qui croît silencieusement dans le champ de l’Eglise et de l’histoire, en le cultivant jusqu’à maturation. Et alors ce sera Dieu, et Lui seul, qui récompensera les bons et punira les méchants. Que la Vierge Marie nous aide à comprendre et à imiter la patience de Dieu, qui veut qu’aucun de ses enfants, qu’il aime d’un amour de Père, ne se perde.
ANGÉLUS, Dimanche 26 juillet 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’Evangile de ce dimanche (cf. Mt 13, 44-52) correspond aux derniers versets du chapitre que Matthieu consacre aux paraboles du Royaume des cieux. Le passage comprend trois paraboles à peine esquissées et très courtes: celle du trésor caché, celle de la perle précieuse et celle du filet jeté à la mer.
Je m’arrête sur les deux premières dans lesquelles le Royaume des cieux est assimilé à deux réalités «précieuses» différentes, à savoir le trésor caché dans le champ et la perle de grande valeur. La réaction de celui qui trouve la perle ou le trésor est pratiquement la même: l’homme et le marchand vendent tout pour acquérir ce qui désormais leur tient le plus à cœur. A travers ces deux similitudes, Jésus se propose de nous impliquer dans la construction du Royaume des cieux, en présentant une caractéristique essentielle de la vie chrétienne, de la vie du Royaume des cieux: ceux qui adhèrent pleinement au Royaume sont ceux qui sont disposés à tout mettre en jeu, qui sont courageux. En fait, aussi bien l’homme que le marchand des deux paraboles vendent tout ce qu’ils ont, abandonnant ainsi leur sécurité matérielle. A partir de cela, on comprend que la construction du Royaume requiert non seulement la grâce de Dieu, mais aussi la disponibilité active de l’homme. La grâce fait tout, tout! De notre côté, il doit y avoir seulement la disponibilité à la recevoir, pas la résistance à la grâce: la grâce fait tout mais elle requiert «ma» responsabilité, «ma» disponibilité.
Les gestes de cet homme et du marchand qui partent en quête, en se privant de leurs biens, pour acheter des réalités plus précieuses, sont des gestes décisifs, ce sont des gestes radicaux, je dirais seulement un aller, pas un aller-retour: ce sont des gestes d’un aller. Et, de plus, accomplis avec joie car tous les deux ont trouvé un trésor. Nous sommes appelés à assumer l’attitude de ces deux personnages évangéliques, en devenant nous aussi des chercheurs sainement inquiets du Royaume des cieux. Il s’agit d’abandonner le lourd fardeau de nos sécurités mondaines qui nous empêchent de chercher et de construire le Royaume: l’avidité de posséder, la soif de gain et de pouvoir, ne penser qu’à nous-mêmes.
De nos jours, nous le savons tous, la vie de certains peut être médiocre et terne car ils ne sont probablement pas partis à la recherche d’un vrai trésor: ils se sont contentés de choses attrayantes mais éphémères, de lumières chatoyantes mais illusoires, car elles laissent ensuite dans l’obscurité. En revanche, la lumière du Royaume n’est pas un feu d’artifice, c’est la lumière: le feu d’artifice ne dure qu’un instant, la lumière du Royaume nous accompagne tout au long de notre vie.
Le Royaume des cieux est l’opposé des choses superflues qu’offre le monde, c’est le contraire d’une vie banale: c’est un trésor qui renouvelle la vie chaque jour et la dilate vers des horizons plus vastes. En effet, celui qui a trouvé ce trésor a un cœur créatif et en quête, qui ne répète pas mais invente, en traçant et en suivant de nouveaux chemins, qui nous conduisent à aimer Dieu, à aimer les autres, à nous aimer vraiment nous-mêmes. Le signe de ceux qui marchent sur cette route du Royaume est la créativité, toujours en cherchant davantage. Et la créativité est ce qui prend la vie et donne la vie, et donne, et donne et donne… Elle cherche toujours de nombreuses façons différentes de donner la vie.
Jésus, qui est le trésor caché et la perle de grande valeur, ne peut que susciter la joie, toute la joie du monde: la joie de découvrir un sens à sa vie, la joie de la sentir engagée dans l’aventure de la sainteté.
Que la Sainte Vierge nous aide à rechercher chaque jour le trésor du Royaume des cieux, afin que dans nos paroles et dans nos gestes se manifeste l’amour que Dieu nous a donné à travers Jésus.
ANGÉLUS, Dimanche 2 août 2020
Chers frères et sœurs bonjour!
L’Evangile de ce dimanche nous présente le prodige de la multiplication des pains (cf. Mt 14, 13-21). La scène se déroule dans un lieu désert, où Jésus s’était retiré avec ses disciples. Mais les gens le rejoignent pour l’écouter et pour se faire guérir: en effet ses paroles et ses gestes guérissent et donnent l’espérance. A la tombée de la nuit, les foules sont encore là et les disciples, hommes pratiques, invitent Jésus à les congédier afin qu’elles puissent aller se procurer à manger. Mais Il répond: «Donnez-leur vous-mêmes à manger» (v. 16). Imaginons la tête des disciples! Jésus sait bien ce qu’il est en train de faire, mais il veut changer leur attitude: ne pas dire «donne-leur congé, qu’ils se débrouillent, qu’ils trouvent eux-mêmes à manger», non, mais: «qu’est-ce que la Providence nous offre à partager?». Deux attitudes contraires. Et Jésus veut les conduire vers la deuxième attitude, parce que la première proposition est celle d’un homme pratique, mais pas généreux: «Donne-leur congé, qu’ils aillent chercher, qu’ils s’arrangent». Jésus pense autrement. Jésus, à travers cette situation, veut éduquer ses amis d’hier et d’aujourd’hui à la logique de Dieu. Et quelle est la logique de Dieu que nous voyons ici? La logique de prendre soin de l’autre. La logique de ne pas s’en laver les mains, la logique de ne pas détourner le regard, non. La logique de prendre soin de l’autre. «Qu’ils se débrouillent» n’appartient pas au vocabulaire chrétien.
Dès que l’un des Douze dit avec réalisme: «Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons!», Jésus répond: «Apportez-les moi» (vv. 17-18). Il prend cette nourriture entre ses mains, lève les yeux au ciel, récite la bénédiction et commence à le partager et à donner les portions aux disciples, afin qu’ils les distribuent. Et ces pains et ces poissons ne finissent pas, ils sont largement suffisants pour des milliers de personnes.
Par ce geste, Jésus manifeste sa puissance, pas de façon spectaculaire, mais comme signe de la charité, de la générosité de Dieu le Père envers ses enfants fatigués et dans le besoin. Il est plongé dans la vie de son peuple, il en comprend la lassitude, il en comprend les limites, mais il ne laisse personne se perdre ou manquer: il nourrit par sa Parole et donne une nourriture abondante pour la subsistance.
Dans ce récit évangélique, on perçoit également la référence à l’Eucharistie, surtout là où il décrit la bénédiction, la fraction du pain, la remise aux disciples, la distribution aux gens (v. 19). Et il faut noter le lien étroit entre le pain eucharistique, nourriture pour la vie éternelle, et le pain quotidien, nécessaire pour la vie terrestre. Avant de s’offrir lui-même au Père comme Pain du salut, Jésus se soucie de la nourriture de ceux qui le suivent et qui, pour rester avec Lui, ont oublié de prendre des provisions. Parfois, on oppose l’esprit et la matière, mais en réalité le spiritualisme, tout comme le matérialisme, est étranger à la Bible. Ce n’est pas le langage de la Bible.
La compassion, la tendresse que Jésus a montrées à l’égard des foules n’est pas sentimentalisme, mais la manifestation concrète de l’amour qui prend en charge les besoins des personnes. Nous sommes appelés à nous approcher de la table eucharistique avec la même attitude que Jésus: [tout d’abord] compassion pour les besoins des autres. Ce mot qui revient dans l’Evangile quand Jésus voit un problème, une maladie ou ces gens sans nourriture. «Il en eut compassion». La compassion n’est pas un sentiment purement matériel; la vraie compassion est pâtir-avec, prendre sur nous la douleur de l’autre. Cela nous fera peut-être du bien aujourd’hui de nous demander: ai-je de la compassion? Quand je lis les nouvelles des guerres, de la faim, des pandémies, tant de choses, ai-je de la compassion pour ces gens? Ai-je de la compassion pour ces gens qui sont proches de moi? Suis-je capable de pâtir avec eux ou est-ce que je regarde ailleurs ou je dis «qu’ils s’arrangent»? N’oublions pas ce mot «compassion», qui est la confiance dans l’amour providentiel du Père et qui signifie partage courageux.
Que la Très Sainte Vierge Marie nous aide à parcourir le chemin que le Seigneur nous indique dans l’Evangile d’aujourd’hui. C’est le chemin de la fraternité, qui est essentiel pour affronter les pauvretés et les souffrances de ce monde, en particulier en ce moment grave, et qui nous projette au-delà du monde, car c’est un chemin qui part de Dieu et qui revient à Dieu.
ANGÉLUS, Dimanche 9 août 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Le passage de l’Evangile de ce dimanche (cf. Mt 14, 22-33) parle de Jésus qui marche sur les eaux du lac en tempête. Après avoir rassasié les foules avec cinq pains et deux poissons – comme nous l’avons vu dimanche dernier – Jésus ordonne aux disciples de monter sur la barque et de retourner sur l’autre rive. Il donne congé à la foule puis il monte sur la colline, seul, pour prier. Il se plonge dans la communion avec le Père.
Durant la traversée nocturne du lac, la barque des disciples reste bloquée par une tempête de vent soudaine. C’est habituel, sur le lac. A un certain moment, ils voient quelqu’un qui marche sur les eaux en venant vers eux. Epouvantés, ils pensent que c’est un fantôme et crient de peur. Jésus les rassure : «Rassurez-vous! c’est moi, n’ayez pas peur! ». Alors, Pierre – Pierre, qui était si décidé – répond: « Seigneur, si c’est bien toi, donne-moi l'ordre de venir à toi sur les eaux». Un défi. Et Jésus lui dit: «Viens!». Pierre descend de la barque et fait quelques pas; puis le vent et les vagues l’effraient et il commence à couler. «Seigneur, sauve-moi!», crie-t-il, et Jésus lui saisit la main et lui dit: «Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?».
Ce récit est une invitation à nous abandonner à Dieu avec confiance à chaque moment de notre vie, en particulier au moment de l’épreuve et du trouble. Quand nous ressentons fortement le doute et la peur, que nous avons l’impression de sombrer, dans les moments difficiles de la vie, où tout devient sombre, nous ne devons pas avoir honte de crier, comme Pierre: «Seigneur, sauve-moi!» (v. 30). Frapper au cœur de Dieu, au cœur de Jésus: «Seigneur, sauve-moi!». C’est une belle prière. Nous pouvons la répéter très souvent: «Seigneur, sauve-moi!». Et le geste de Jésus, qui tend immédiatement sa main et saisit celle de son ami, doit être contemplé longuement: Jésus est cela, Jésus fait cela, Jésus est la main du Père qui ne nous abandonne jamais; la main forte et fidèle du Père, qui veut toujours et seulement notre bien. Dieu n’est pas le grand bruit, Dieu n’est pas l’ouragan, il n’est pas l’incendie, il n’est pas le tremblement de terre – comme le rappelle aujourd’hui également le récit du prophète Elie –; Dieu est la brise légère – il dit littéralement ainsi: il est ce «fil de silence sonore» – qui ne s’impose pas mais demande d’écouter (cf. 1 R 19, 11-13). Avoir la foi, au milieu de la, tempête, veut dire garder son cœur tourné vers Dieu, vers son amour, vers sa tendresse de Père. Jésus voulait enseigner cela à Pierre et à ses disciples, et à nous aussi aujourd’hui. Dans les moments sombres, dans les moments de tristesse, Il sait bien que notre foi est pauvre – nous sommes tous des gens de peu de foi, nous tous, moi aussi, tous – et que notre chemin peut être tourmenté, bloqué par des forces adverses. Mais Il est le Ressuscité ! N’oublions pas cela: Il est le Seigneur qui a traversé la mort pour nous emmener en lieu sûr. Avant même que nous commencions à le chercher, Il est présent à nos côtés. Et en nous relevant de nos chutes, il nous fait croître dans la foi. Peut-être que nous, dans l’obscurité, nous nous écrions: «Seigneur! Seigneur!», en pensant qu’il est loin. Et Lui, nous dit: «Je suis là!». Ah, il était avec moi ! Le Seigneur est comme cela.
La barque en proie à la tempête est l’image de l’Eglise, qui affronte à chaque époque des vents contraires, parfois des épreuves très dures: pensons à certaines persécutions longues et acharnées, du siècle dernier, mais aussi d’aujourd’hui dans certains endroits. Dans ces circonstances, elle peut avoir la tentation de penser que Dieu l’a abandonnée. Mais en réalité, c’est précisément dans ces moments que resplendit davantage le témoignage de la foi, le témoignage de l’amour, le témoignage de l’espérance. C’est la présence du Christ ressuscité dans son Eglise qui donne la grâce du témoignage jusqu’au martyre, dont germent de nouveaux chrétiens et des fruits de réconciliation et de paix pour le monde entier.
Que l’intercession de Marie nous aide à persévérer dans la foi et dans l’amour fraternel, quand l’obscurité et les tempêtes de la vie mettent en crise notre confiance en Dieu.
ANGÉLUS, Dimanche 15 août 2019
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans l’Evangile d’aujourd’hui, solennité de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie, la Vierge Sainte prie en disant: «Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur» (Lc 1, 46-47). Considérons les verbes de cette prière: exalte et exulte. Deux verbes: «exalte» et «exulte». On exulte quand il se passe quelque chose de si beau qu’il ne suffit pas de se réjouir intérieurement, dans l’âme, mais l’on veut exprimer son bonheur avec tout son corps: alors on exulte. Marie exulte en raison de Dieu. Qui sait si à nous aussi il est arrivé d’exulter pour le Seigneur: nous exultons pour un résultat obtenu, pour une belle nouvelle, mais aujourd’hui Marie nous apprend à exulter en Dieu. Pourquoi? Parce que lui — Dieu — fait «des merveilles» (cf. v. 49).
Les merveilles sont rappelées par l’autre verbe: exalter. «Mon âme exalte». Exalter. En effet, exalter signifie magnifier une réalité pour sa grandeur, pour sa beauté... Marie exalte la grandeur du Seigneur, elle le loue en disant qu’il est véritablement grand. Dans la vie, il est important de chercher de grandes choses, sinon on se perd derrière beaucoup de petites choses. Marie nous montre que, si nous voulons que notre vie soit heureuse, il faut mettre Dieu à la première place, parce que Lui seul est grand. Combien de fois, en revanche, nous vivons en suivant des choses de peu d’importance: préjugés, rancœurs, rivalités, envies, illusions, biens matériels superflus… Que de mesquinités dans la vie! Nous le savons. Aujourd’hui, Marie invite à lever les yeux vers les «merveilles» que le Seigneur a accomplies en elle. En nous aussi, en chacun de nous, le Seigneur fait des merveilles. Il faut les reconnaître et exulter, exalter Dieu pour ces grandes choses.
Ce sont les «merveilles» que nous fêtons aujourd’hui. Marie est montée au ciel: petite et humble, elle reçoit la première la plus haute gloire. Elle, qui est une créature humaine, l’une de nous, atteint l’éternité dans son âme et dans son corps. Et elle nous y attend, comme une mère attend que ses enfants rentrent à la maison. En effet, le peuple de Dieu l’invoque comme «porte du ciel». Nous sommes en chemin, pèlerins vers notre maison d’en-haut. Aujourd’hui, nous regardons Marie et nous voyons le but. Nous voyons qu’une créature a été élevée dans la gloire de Jésus Christ ressuscité, et cette créature ne pouvait être qu’elle, la Mère du Rédempteur. Nous voyons qu’au paradis, avec le Christ, le nouvel Adam, il y a aussi elle, Marie, la nouvelle Eve et cela nous apporte du réconfort et de l’espérance dans notre pèlerinage ici-bas.
La fête de l’Assomption de Marie est un rappel pour nous tous, en particulier pour ceux qui sont affligés par des doutes et des tristesses et qui vivent en regardant par terre, qui ne réussissent pas à lever les yeux. Regardons vers le haut, le ciel est ouvert; il n’inspire pas la crainte, il n’est plus distant parce que, sur le seuil du ciel, il y a une mère qui nous attend et qui est notre mère. Elle nous aime, elle nous sourit et nous secourt avec sollicitude. Comme toutes les mères, elle veut le meilleur pour ses enfants et elle nous dit: «Vous êtes précieux aux yeux de Dieu; vous n’êtes pas faits pour les petites satisfactions du monde mais pour les grandes joies du ciel». Oui, parce que Dieu est joie, il n’est pas ennui. Dieu est joie. Laissons la Vierge Marie nous prendre par la main. Chaque fois que nous prenons en main le chapelet et que nous la prions, nous faisons un pas en avant vers le grand but de la vie.
Laissons-nous attirer par la vraie beauté, ne nous laissons pas engloutir par les mesquineries de la vie, mais choisissons la grandeur du ciel. Que la Vierge Sainte, Porte du ciel, nous aide à regarder chaque jour avec confiance et joie, où est notre vraie maison, où se trouve celle qui nous attend comme une mère.
ANGÉLUS, Samedi 15 août 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Quand l’homme mit le pied sur la lune, il prononça une phrase qui devint célèbre: «C’est un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité». En effet, l’humanité avait atteint un objectif historique. Mais aujourd’hui, dans l’Assomption de Marie au Ciel, nous célébrons une conquête infiniment plus grande. La Vierge Marie a posé ses pieds au paradis: elle n’y est pas allée seulement en esprit, mais aussi avec son corps, avec tout elle-même. Ce pas de la petite Vierge de Nazareth a été le grand bond en avant de l’humanité. Il n’est pas utile d’aller sur la lune si nous ne vivons pas comme des frères sur la Terre. Mais le fait que l’une de nous habite au Ciel avec son corps nous donne de l’espérance: nous comprenons que nous sommes précieux, destinés à ressusciter. Dieu ne laissera pas notre corps disparaître dans le néant. Avec Dieu, rien ne sera perdu! Le but est atteint en Marie et nous avons sous nos yeux la raison pour laquelle nous sommes en marche: non pour conquérir les choses d’ici-bas, qui disparaissent, mais pour conquérir la patrie là-haut, qui est pour toujours. Et la Vierge Marie est l’étoile qui nous oriente. Elle y est allée la première. Elle, comme l’enseigne le Concile, «brille déjà devant le Peuple de Dieu en pèlerinage comme un signe d’espérance assurée et de consolation» (Lumen gentium, n. 68).
Que nous conseille notre Mère? Aujourd’hui dans l’Evangile, la première chose qu’elle dit est: «Mon âme exalte le Seigneur» (Lc 1, 46). Nous qui sommes habitués à entendre ces mots, nous ne faisons peut-être plus cas de leur signification. Exalter signifie littéralement «rendre grand», agrandir. Marie «agrandit le Seigneur»: non pas les problèmes, qui ne faisaient pas défaut à ce moment-là, mais le Seigneur. Combien de fois, au contraire, nous nous laissons dominer par les difficultés et prendre par les peurs! Pas la Vierge Marie non, parce qu’elle fait de Dieu la première grandeur de sa vie. Le Magnificat jaillit de là, la joie naît de là: non pas de l’absence de problèmes, qui arrivent tôt ou tard, mais la joie naît de la présence de Dieu qui nous aide, qui est proche de nous. Parce que Dieu est grand. Et surtout, Dieu regarde les petits. Nous sommes sa faiblesse d’amour: Dieu regarde et aime les petits.
Marie, en effet, se reconnaît petite et exalte les «merveilles» (v. 49) que le Seigneur fait pour elle. Lesquelles? D’abord le don inattendu de la vie: Marie est vierge et elle tombe enceinte; et même Elisabeth, qui était âgée, attend un fils. Le Seigneur fait des merveilles avec les petits, avec celui qui ne se croit pas grand, mais qui donne une grande place à Dieu dans sa vie. Il étend sa miséricorde sur celui qui a confiance en Lui et il élève les humbles. Marie loue Dieu pour cela.
Et nous — pouvons-nous nous demander — nous souvenons-nous de louer Dieu? Le remercions-nous des grandes choses qu’il a faites pour nous? Pour chaque jour qu’il nous donne, parce qu’il nous aime et nous pardonne toujours, pour sa tendresse? Et aussi de nous avoir donné sa Mère, des frères et des sœurs qu’il met sur notre chemin, et de nous avoir ouvert le Ciel? Est-ce que nous remercions Dieu, est-ce que nous louons Dieu pour ces choses? Si nous oublions le bien, notre cœur rétrécit. Mais si, comme Marie, nous nous souvenons des grandes choses que le Seigneur accomplit, si au moins une fois par jour nous l’exaltons, alors nous faisons un grand pas en avant. Une fois par jour nous pouvons dire: «Je loue le Seigneur»; «Béni soit le Seigneur»: c’est une petite prière de louange. C’est louer Dieu. Avec cette petite prière, notre cœur se dilatera, la joie grandira. Demandons à la Vierge Marie, porte du Ciel, la grâce de commencer chaque jour en élevant notre regard vers le ciel, vers Dieu, pour lui dire: «Merci!», comme disent les petits aux grands.
ANGÉLUS, Dimanche 16 août 2020
Chers frères et sœurs, bonjour !
L’Evangile de ce dimanche (cf. Mt 15, 21-28) décrit la rencontre entre Jésus et une femme cananéenne. Jésus se trouve au nord de la Galilée, en territoire étranger pour rester avec ses disciples un peu à l’écart des foules, qui le cherchent toujours plus nombreuses. Et voici que s’approche une femme qui implore de l’aide pour sa fille malade: «Aie pitié de moi, Seigneur!» (v. 22). C’est le cri qui naît d’une vie marquée par la souffrance, du sentiment d’impuissance d’une mère qui voit sa fille tourmentée par la maladie et qui ne peut pas la guérir. Tout d’abord, Jésus l’ignore, mais cette mère insiste, insiste, même quand le Maître dit aux disciples que sa mission s’adresse seulement aux «brebis perdues de la maison d’Israël » (v. 24) et non aux païens. Elle continue à le supplier, et Lui, à ce moment-là, la met à l’épreuve en citant un proverbe — cela semble presque un peu cruel —: «Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens» (v. 26). Mais la femme, angoissée, répond immédiatement avec promptitude: «Oui, Seigneur; et justement, les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres» (v. 27).
Par ces paroles, cette mère montre qu’elle pressent que la bonté du Dieu Très-Haut, présente en Jésus, est ouverte à tous les besoins de ses créatures. Cette sagesse pleine de confiance touche le cœur de Jésus et lui arrache des paroles d’admiration: «O femme, grande est ta foi! Qu’il t’advienne selon ton désir!» (v. 28). Quelle est la grande foi? La grande foi est celle qui apporte son histoire, marquée également par des blessures, aux pieds du Seigneur en Lui demandant de la guérir, de lui donner un sens. Chacun de nous a son histoire et ce n’est pas toujours une histoire propre; c’est souvent une histoire difficile, avec tant de souffrances, tant de problèmes et tant de péchés. Qu’est-ce que je fais de mon histoire? Est-ce que je la cache? Non! Nous devons la présenter au Seigneur: «Seigneur, si tu le veux, tu peux me guérir!». C’est ce que nous enseigne cette femme, cette brave mère: le courage d’apporter son histoire de souffrance devant Dieu, devant Jésus; toucher la tendresse de Dieu, la tendresse de Jésus. Faisons l’essai de cette histoire, de cette prière: que chacun pense à son histoire. Il y a toujours des mauvaises choses dans une histoire, toujours. Allons auprès de Jésus, frappons au cœur de Jésus et demandons-Lui: «Seigneur, si tu veux, tu peux me guérir!». Et nous pourrons faire cela si nous avons toujours devant nous le visage de Jésus, si nous comprenons comment est le cœur du Christ: un cœur qui a de la compassion, qui porte sur lui nos souffrances, qui porte sur lui nos péchés, nos erreurs, nos échecs.
Mais c’est un cœur qui nous aime ainsi, comme nous sommes, sans artifice. «Seigneur, si tu veux, tu peux me guérir!”. Et pour cela, il est nécessaire de comprendre Jésus, d’être familier de Jésus. Et je reviens toujours au conseil que je vous donne: emportez toujours un petit Evangile de poche et lisez-en un passage chaque jour. Emportez l’Evangile: dans votre sac, dans votre poche, et aussi dans votre téléphone portable, pour voir Jésus. Et là, vous trouverez Jésus comme il est, comme il se présente; vous trouverez Jésus qui nous aime, qui nous aime tant, qui nous veut beaucoup de bien. Souvenons-nous de la prière: «Seigneur, si tu veux, tu peux me guérir!”. Une belle prière. Que le Seigneur nous aide tous à prier cette belle prière que nous enseigne une femme païenne: pas chrétienne, pas juive, mais païenne.
Que la Vierge Marie intercède par sa prière, pour que grandisse chez chaque baptisé la joie de la foi et le désir de la communiquer à travers le témoignage d’une vie cohérente, qui nous donne le courage de nous approcher de Jésus et de Lui dire: «Seigneur, si tu veux, tu peux me guérir!».
ANGÉLUS, Dimanche 23 août 2020
Chers frères et sœurs, bonjour !
L’Evangile de ce dimanche (cf. Mt 16, 13-20) présente le moment où Pierre professe sa foi en Jésus comme le Messie et le Fils de Dieu. Cette confession de l’apôtre est provoquée par Jésus lui-même, qui veut conduire ses disciples à accomplir le pas décisif dans leur relation avec Lui. En effet, tout le chemin de Jésus avec ceux qui le suivent, en particulier avec les Douze, est un chemin d’éducation de leur foi. Il demande avant tout : « Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme ? » (v. 13). Les apôtres aimaient parler des gens, comme nous tous. On aime le commérage. Parler des autres n’est pas très difficile pour cette raison, parce qu’on aime ça ; de même, « écorcher » les autres. Dans ce cas, c’est déjà la perspective de la foi qui est demandée, et non pas le commérage, c’est-à-dire qu’il demande : « Au dire des gens, qui suis-je ? ». Et les disciples semblent rivaliser pour rapporter les diverses opinions, qu’ils partagent peut-être eux-mêmes dans une large mesure. Eux-mêmes les partageaient. En substance, Jésus de Nazareth était considéré comme un prophète (v. 14).
Avec sa deuxième question, Jésus les prend à partie : « Mais pour vous, qui suis-je ? » (v. 15). Sur ce point-là, il nous semble percevoir quelques instants de silence, parce que chacun des présents est appelé à se mettre en jeu, en manifestant la raison pour laquelle il suit Jésus ; c’est pourquoi une certaine hésitation est plus que légitime. Si je vous demandais à présent moi aussi : « Pour toi, qui est Jésus ? », il y aura un peu d’hésitation. C’est Simon qui les sort de l’embarras, en déclarant de façon impulsive : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (v. 16). Cette réponse, si pleine et lumineuse, ne vient pas de son propre élan, aussi généreux soit-il – Pierre était généreux –, mais elle est le fruit d’une grâce particulière du Père céleste. Jésus lui-même en effet lui dit : « Cette révélation t'est venue, non de la chair et du sang, – c’est-à-dire la culture, ce que tu as étudié – non, cela ne te l’a pas révélé. C’est mon Père qui est dans les cieux qui te l’a révélé » (v. 17). Confesser Jésus est une grâce du Père. Dire que Jésus est le fils du Dieu vivant, qu’il est le Rédempteur, est une grâce que nous devons demander : « Père, donne-moi la grâce de confesser Jésus ». Dans le même temps, le Seigneur reconnaît que Simon correspond à l’inspiration de la grâce et il ajoute donc, d’un ton solennel : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle » (v. 18). A travers cette affirmation, Jésus fait comprendre à Simon le sens du nouveau nom qu’il lui a donné, « Pierre » : la foi qu’il vient de manifester est la « pierre » inébranlable sur laquelle le Fils de Dieu veut construire son Eglise, c’est-à-dire la communauté. Et l’Eglise va toujours de l’avant sur la foi de Pierre, sur cette foi que Jésus reconnaît [chez Pierre] et qui fait de lui le chef de l’Eglise.
Aujourd’hui, nous sentons que la question de Jésus est adressée à chacun de nous : « Et vous, pour vous, qui suis-je ? ». A chacun de nous. Et chacun de nous doit donner une réponse non pas théorique, mais qui implique la foi, c’est-à-dire la vie, car la foi est vie ! « Pour moi tu es … », et dire la confession de Jésus. Une réponse qui nous demande aussi à nous, comme aux premiers disciples, l’écoute intérieure de la voix du Père et la consonance avec ce que l’Eglise, rassemblée autour de Pierre, continue de proclamer. Il s’agit de comprendre qui est le Christ pour nous : s’Il est le centre de notre vie, s’Il est la fin de chacun de nos engagements dans l’Eglise, de notre engagement dans la société. Qui est Jésus Christ pour moi ? Qui est Jésus Christ pour toi, pour toi, pour toi… Une réponse que nous devrions donner tous les jours.
Mais faites attention : il est indispensable et louable que la pastorale de nos communautés soit ouverte aux nombreuses pauvretés et aux urgences qui sont partout. La charité est toujours la voie maîtresse du chemin de foi, de la perfection de la foi. Mais il faut que les œuvres de solidarité, les œuvres de charité que nous accomplissons, ne détournent pas du contact avec le Seigneur Jésus. La charité chrétienne n’est pas une simple philanthropie mais, d’une part, c’est regarder l’autre avec les yeux de Jésus et, d’autre part, c’est voir Jésus dans le visage du pauvre. C’est la véritable voie de la charité chrétienne, avec Jésus au centre, toujours. Que la Très Sainte Vierge Marie, bienheureuse parce qu’elle a cru, soit notre guide et notre modèle sur le chemin de la foi dans le Christ, et qu’elle nous rende conscients que la confiance en Lui donne tout son sens à notre charité et à toute notre existence.
ANGÉLUS, Dimanche 30 août 2020
Chers frères et sœurs, bonjour !
Le passage évangélique d’aujourd’hui (cf. Mt 16, 21-27) est lié à celui de dimanche dernier (cf. Mt 16,13-20). Après que Pierre, au nom des autres disciples également, a professé sa foi en Jésus comme Messie et Fils de Dieu, Jésus lui-même commence à leur parler de sa passion. Le long du chemin vers Jérusalem, il explique ouvertement à ses amis ce qui les attend à la fin dans la ville sainte : il annonce son mystère de mort et de résurrection, d’humiliation et de gloire. Il dit qu’il devra « souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter » (Mt 16, 21). Mais ses paroles ne sont pas comprises, parce que les disciples ont une foi encore immature et trop liée à la mentalité de ce monde (cf. Rm 12, 2). Ils pensent à une victoire trop terrestre, c’est pourquoi ils ne comprennent pas le langage de la croix.
Face à la perspective que Jésus puisse échouer et mourir sur une croix, Pierre lui-même se rebelle et lui dit : « Dieu t'en préserve, Seigneur ! Non, cela ne t'arrivera point ! » (v. 22). Il croit en Jésus – Pierre est comme cela – il a la foi, il croit en Jésus, il croit ; il veut le suivre, mais il n’accepte pas que sa gloire passe à travers la passion. Pour Pierre et les autres disciples – mais pour nous aussi ! – la croix est quelque chose de dérangeant, la croix est un « scandale », tandis que Jésus considère que le « scandale » est de fuir la croix, ce qui voudrait dire se dérober à la volonté du Père, à la mission qu’Il lui a confiée pour notre salut. C’est pourquoi Jésus répond à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! » (v. 23). Dix minutes plus tôt, Jésus a loué Pierre, il lui a promis d’être la base de son Eglise, le fondement ; dix minutes après, il lui dit « Satan ». Comment peut-on comprendre cela ? Cela nous arrive à tous ! Dans les moments de dévotion, de ferveur, de bonne volonté, de proximité envers le prochain, nous regardons Jésus et nous allons de l’avant ; mais dans les moments où nous rencontrons la croix, nous fuyons. Le diable, Satan – comme le dit Jésus à Pierre – nous tente. C’est le propre du mauvais esprit, c’est le propre du diable de s’éloigner de la croix, de la croix de Jésus.
S’adressant ensuite à tous, Jésus ajoute : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive» (v. 24). De cette façon Il indique la voie du véritable disciple, en montrant deux attitudes. La première est « renoncer à soi-même », ce qui ne signifie pas un changement superficiel, mais une conversion, un renversement de mentalité et de valeurs. L’autre attitude est de prendre sa croix. Il ne s’agit pas seulement de supporter avec patience les tribulations quotidiennes, mais de porter avec foi et responsabilité cette part de fatigue, et cette part de souffrance que comporte la lutte contre le mal. La vie des chrétiens est toujours une lutte. La Bible dit que la vie du croyant est une milice : lutter contre le mauvais esprit, lutter contre le Mal.
Ainsi l’engagement de « prendre sa croix » devient participation au salut du monde avec le Christ. En pensant à cela, faisons en sorte que la croix accrochée au mur de notre maison, ou la petite croix que nous portons autour du cou, soit le signe de notre désir de nous unir au Christ pour servir nos frères avec amour, spécialement les plus petits et les plus fragiles. La croix est le signe saint de l’Amour de Dieu, elle est le signe du Sacrifice de Jésus, et elle ne doit pas être réduite à un objet de superstition, ni à un bijou ornemental. Chaque fois que nous fixons le regard sur l’image du Christ crucifié, pensons que, en tant que véritable Serviteur du Seigneur, Il a réalisé sa mission en donnant la vie, en versant son sang pour la rémission des péchés. Et ne nous laissons pas conduire ailleurs, dans la tentation du Malin. Par conséquent, si nous voulons être ses disciples, nous sommes appelés à l’imiter, en dépensant notre vie sans réserve par amour de Dieu et du prochain.
Que la Vierge Marie, unie à son Fils jusqu’au calvaire, nous aide à ne pas reculer face aux épreuves et aux souffrances que le témoignage de l’Evangile comporte pour nous tous.
ANGÉLUS, Dimanche 6 septembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour !
L’Evangile de ce dimanche (cf. Mt 18, 15-20) est tiré du quatrième discours de Jésus dans le récit de Matthieu, connu comme discours “communautaire” ou “ecclésial”. Le passage d’aujourd’hui parle de la correction fraternelle, et nous invite à réfléchir sur la double dimension de l’existence chrétienne : la dimension communautaire, qui exige la protection de la communion, c’est-à-dire l’unité de l’Eglise, et la dimension personnelle, qui impose de l’attention et du respect pour toute conscience individuelle.
Pour corriger son frère qui a commis une faute, Jésus suggère une pédagogie du rattrapage. La pédagogie de Jésus est toujours une pédagogie du rattrapage; Il cherche toujours à récupérer, à sauver. Et cette pédagogie du rattrapage est articulée en trois passages. Il dit en premier lieu : «Va le trouver et reprends-le, seul à seul» (v. 15), c’est-à-dire sans faire étalage de son péché. Il s’agit d’aller voir son frère discrètement, non pour le juger mais pour l’aider à se rendre compte de ce qu’il a fait. Nous avons souvent fait cette expérience: quelqu’un vient et nous dit: “Mais, écoute, là tu t’es trompé. Tu devrais changer un peu comme cela”. Nous nous fâchons peut-être au début, mais ensuite nous remercions, parce c’est un geste de fraternité, de communion, d’aide, de récupération.
Il n’est pas facile de mettre en pratique cet enseignement de Jésus, pour différentes raisons. Nous craignons que notre frère ou notre sœur réagisse mal; parfois la confiance n’est pas suffisante avec lui ou elle… Et d’autres motifs. Mais à chaque fois que nous avons fait cela, nous avons senti que c’était précisément le chemin du Seigneur.
Cependant, il peut arriver que, malgré mes bonnes intentions, la première intervention échoue. Dans ce cas, il est bon de ne pas renoncer et de ne pas dire: “Qu’il se débrouille, je m’en lave les mains”. Non, cela n’est pas chrétien. Ne pas renoncer, mais avoir recours au soutien d’un autre frère ou d’une autre sœur. Jésus dit: «S’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi un ou deux autre, pour que toute l'affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins.» (v. 16). C’est un précepte de la loi mosaïque (cf. Dt 19,15). Bien que cela puisse sembler être contre l’accusé, cela servait en réalité à le protéger de faux accusateurs. Mais Jésus va plus loin : les deux témoins sont sollicités non pas pour accuser et juger, mais pour aider. “Mettons-nous d’accord, toi et moi, allons parler à celui-ci, à celle-ci qui se trompe, qui se ridiculise. Allons lui parler en frères”. C’est l'attitude du rattrapage que Jésus nous demande. Jésus envisage en effet que cette approche – la deuxième approche – avec les témoins puisse également échouer, à la différence de la loi mosaïque, pour laquelle le témoignage de deux ou trois était suffisant pour la condamnation.
En effet, même l’amour de deux ou trois frères peut être insuffisant, parce qu’il ou elle est têtu. Dans ce cas – ajoute Jésus –, «dis-le à la communauté» (v. 17), c'est-à-dire à l'Eglise. Dans certaines situations, toute la communauté est impliquée. Il y a des choses qui ne peuvent pas laisser les autres frères indifférents: il faut un amour plus grand pour retrouver ce frère. Mais parfois, cela peut ne pas suffire. Jésus dit: «Et s'il refuse d'écouter même la communauté, qu'il soit pour toi comme le païen et le publicain» (ibid.). Cette expression, en apparence si méprisante, invite en réalité à remettre ce frère entre les mains de Dieu: seul le Père pourra montrer un amour plus grand que celui de tous les frères rassemblés. Cet enseignement de Jésus nous aide beaucoup, car – pensons à un exemple – quand nous voyons une faute, un défaut, une erreur chez ce frère ou cette sœur, habituellement la première chose que nous faisons est d’aller le raconter aux autres, de médire. Et les médisances ferment le cœur à la communauté, empêchent l’unité de l’Eglise. Le grand bavard c’est le diable, qui parle toujours mal des autres, car c'est le menteur qui cherche à désunir l’Eglise, à éloigner les frères et à ne pas faire communauté. S’il vous plaît, frères et sœurs, faisons un effort pour ne pas médire. Les médisances sont une peste pire que la Covid! Faisons un effort : pas de médisances. C'est l’amour de Jésus, qui a accueilli des publicains et des païens, en scandalisant les bien-pensants de l’époque. Il ne s’agit cependant pas d’une condamnation sans appel, mais de reconnaître que parfois, nos tentatives humaines peuvent échouer, et que seul le fait de se trouver devant Dieu peut mettre notre frère face à sa conscience et à la responsabilité de ses actes. Si ça ne marche pas, silence et prière pour le frère ou pour la sœur qui se trompent, mais jamais de médisances.
Que la Vierge Marie nous aide à faire de la correction fraternelle une saine habitude, afin que dans nos communautés l’on puisse instaurer de nouvelles relations fraternelles, fondées sur le pardon réciproque et surtout sur la force invincible de la miséricorde de Dieu.