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ANGÉLUS, Dimanche 13 septembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans la parabole que nous lisons dans l’Evangile d’aujourd’hui, celle du roi miséricordieux (cf. Mt 18, 21-35), nous trouvons à deux reprises cette supplication: «Consens-moi un délai et je te rendrai tout» (v. 26.29). La première fois, elle est prononcée par le serviteur qui doit à son maître dix mille talents, une somme énorme, aujourd’hui ce serait des millions et des millions d’euros. La deuxième fois, elle est répétée par un autre serviteur du même maître. Lui aussi est également endetté, pas envers son maître, mais envers le serviteur qui doit cette énorme dette. Et sa dette est très petite, peut-être comme une semaine de salaire.
Le cœur de la parabole, c’est l’indulgence que le maître montre au serviteur le plus endetté. L’évangéliste souligne que «le maître a eu de la compassion – ne jamais oublier cette parole qui est propre  à Jésus: «Il a eu de la compassion», Jésus a toujours eu de la compassion – [a eu de la compassion] pour ce serviteur, il l’a laissé partir et il lui a remis sa dette» (v. 27). Une dette énorme, donc une remise énorme! Mais aussitôt après, ce serviteur se montre impitoyable envers son compagnon, qui lui doit une somme modique. Il ne l’écoute pas, il l’insulte et le fait jeter en prison, tant qu’il n'aura pas payé sa dette (cf. v. 30), cette petite dette. Le maître vient à l’apprendre et, indigné, il rappelle le mauvais serviteur et il le fait condamner (cf. vv. 32-34): «Je t’ai tant remis et tu es incapable de remettre si peu?»
Dans la parabole, on trouve deux attitudes différentes: celle de Dieu – représentée par le roi – qui pardonne beaucoup, parce que Dieu pardonne toujours, et celle de l’homme. Dans l’attitude divine, la justice est imprégnée de miséricorde, alors que l’attitude humaine se limite à la justice. Jésus nous exhorte à nous ouvrir avec courage à la force du pardon, car, on le sait, dans la vie tout ne se résout pas par la justice. Il y a besoin de cet amour miséricordieux, qui est également à base de la réponse du Seigneur à la question de Pierre qui précède la parabole. La question de Pierre dit ceci: «Seigneur, si mon frère commet des péchés contre moi, combien de fois devrai-je lui pardonner?» (v. 21). Et Jésus lui a répondu: «Je ne te dis pas jusqu’à sept, mais jusqu’à soixante-dix fois sept» (v. 22). Dans le langage symbolique de la Bible, cela signifie que nous sommes appelés à toujours pardonner!
Combien de souffrances, combien de déchirements, combien de guerres pourraient être évitées, si le pardon et la miséricorde étaient notre style de vie! Même en famille, même en famille: combien de familles divisées qui ne savent pas se pardonner, combien de frères et sœurs qui ont cette rancœur en eux. Il est nécessaire d'appliquer  l’amour miséricordieux à toutes les relations humaines: entre époux, entre parents et enfants, au sein de nos communautés, dans l’Eglise et également dans la société et dans la politique.
Aujourd’hui, ce matin, alors que je célébrais la Messe, je me suis arrêté, j’ai été frappé par une phrase de la première lecture, dans le livre du Siracide. La phrase dit ceci: «Souviens-toi de la fin et cesse de haïr». Belle phrase! Pense à la fin! Pense que tu seras dans un cercueil… et tu y emporteras la haine? Pense à la fin, cesse de haïr! Arrête la rancœur. Pensons à cette phrase si touchante: «Souviens-toi de la fin et cesse de haïr».
Il n’est pas facile de pardonner, car dans les moments tranquilles on se dit: «Oui, celui-là m’en a fait voir de toutes les couleurs mais moi aussi je lui en ai fait voir beaucoup. Mieux vaut pardonner pour être pardonné». Mais ensuite la rancœur revient, comme une mouche d’été agaçante qui vient et qui revient, et qui revient encore… Pardonner n’est pas la question d’un moment, c’est quelque chose de permanent contre cette rancœur, cette haine qui revient. Pensons à la fin, cessons de haïr.
La parabole d’aujourd’hui nous aide à saisir pleinement le sens de cette phrase que nous récitons dans la prière du Notre Père: «Remets-nous nos dettes comme nous remettons à nos débiteurs» (Mt 6, 12). Ces mots contiennent une vérité décisive. Nous ne pouvons pas prétendre au pardon de Dieu pour nous si, à notre tour, nous n’accordons pas le pardon à notre prochain. C’est une condition: pense à la fin, au pardon de Dieu et cesse de haïr; chasse la rancœur, cette mouche agaçante qui va et vient. Si nous ne nous efforçons pas de pardonner et d’aimer, nous ne serons pas non plus pardonnés et aimés.
Confions-nous à l’intercession maternelle de la Mère de Dieu: qu’Elle nous aide à réaliser combien nous sommes redevables à Dieu, et à nous en souvenir toujours, pour avoir le cœur ouvert à la miséricorde et à la bonté.
 




ANGÉLUS, Dimanche 20 septembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour !
Le passage évangélique d’aujourd’hui (cf. Mt 20,1-16) raconte la parabole des ouvriers appelés à la journée par le maître de la vigne. A travers ce récit, Jésus nous montre la façon d’agir surprenante de Dieu, représentée par deux attitudes du maître : l’appel et la récompense.
Avant tout, l’appel. Par cinq fois, le maître d’une vigne sort sur la place et appelle à travailler pour lui : à 6h00, à 9h00, à 12h00, à 15h00 et à 17h00. L’image de ce maître qui sort à plusieurs reprises sur la place pour chercher des ouvriers pour sa vigne est touchante. Ce maître représente Dieu qui appelle tout le monde et qui appelle toujours, à toute heure. Dieu agit ainsi aujourd’hui aussi : il continue à appeler quiconque, à toute heure, pour inviter à travailler à son Royaume. Tel est le style de Dieu, que nous sommes appelés à accueillir et à imiter à notre tour. Il ne reste pas enfermé dans son monde, mais il « sort » : Dieu est toujours en sortie, à notre recherche ; il n’est pas enfermé : Dieu sort. Il sort continuellement à la recherche des personnes, parce qu’il veut que personne ne soit exclu de son dessein d’amour.
Nos communautés sont elles aussi appelées à sortir des divers types de « frontières » qui peuvent exister, pour offrir à tous la parole de salut que Jésus est venu apporter. Il s’agit de s’ouvrir à des horizons de vie qui offrent une espérance à tous ceux qui vivent dans les périphéries existentielles et qui n’ont pas encore expérimenté, ou qui ont égaré, la force et la lumière de la rencontre avec Jésus. L’Eglise doit être comme Dieu : toujours en sortie ; et quand l’Eglise n’est pas en sortie, elle tombe malade et souffre de tous les maux que nous avons dans l’Eglise. Et pourquoi ces maladies dans l’Eglise ?  Parce qu’elle n’est pas en sortie. Il est vrai que lorsque quelqu’un sort, il y a le danger d’un accident. Mais il vaut mieux une Eglise accidentée pour sortir, pour annoncer l’Evangile, qu’une Eglise malade de fermeture. Dieu sort toujours, parce qu’il est Père, parce qu’il aime. L’Eglise doit faire la même chose : toujours en sortie.
La deuxième attitude du maître, qui représente celle de Dieu, est sa façon de récompenser les ouvriers. Comment Dieu rémunère-t-il ? Le maître se met d’accord pour «un denier» (v. 2) avec les premiers ouvriers embauchés le matin. En revanche, il dit à ceux qui s’ajoutent par la suite : « Je vous donnerai ce qui est juste » (v. 4). A la fin de la journée, le maître de la vigne ordonne de donner à tout le monde le même salaire, c’est-à-dire un dernier. Ceux qui ont travaillé depuis le matin sont indignés et se plaignent au maître, mais il insiste: il veut donner le maximum de la récompense à tous, même à ceux qui sont arrivés en dernier (vv. 8-15). Dieu paie toujours le maximum : il ne reste pas à la moitié du salaire. Il paie tout. Ici l’on comprend que Jésus ne parle pas du travail et du juste salaire, qui est une autre question, mais du Royaume de Dieu et de la bonté du Père céleste qui sort continuellement pour inviter et payer le maximum à tout le monde.
En effet, Dieu agit comme cela : il ne regarde pas le temps et les résultats, mais la disponibilité, il regarde la générosité avec lesquelles nous nous mettons à son service. Sa façon d’agir est plus que juste, dans le sens où elle va au-delà de la justice et se manifeste dans la Grâce. Tout est Grâce. Notre salut est Grâce. Notre sainteté est Grâce. En nous donnant la Grâce, il nous accorde toujours plus que ce nous méritons. Alors, celui qui raisonne avec la logique humaine, c’est-à-dire celle des mérites acquis par ses propres talents, se retrouve de premier à dernier. « Mais j’ai tellement travaillé, j’ai tellement fait dans l’Eglise, j’ai tellement aidé, et on me paie la même chose que celui qui est arrivé en dernier ».  Souvenons-nous qui a été le premier saint canonisé dans l’Eglise : le Bon Larron. Il a « volé » le Ciel au dernier moment de sa vie : c’est la Grâce, Dieu est comme cela. Avec nous tous aussi. Au contraire, celui qui pense à ses propres mérites échoue ; celui qui se confie avec humilité à la miséricorde du Père, se retrouve de dernier – comme le Bon Larron – à premier (cf. v. 16).
Que la Très Sainte Vierge Marie nous aide à sentir chaque jour la joie et l’émerveillement d’être appelés par Dieu à travailler pour Lui, dans son domaine qui est le monde, dans sa vigne qui est l’Eglise. Et d’avoir comme unique récompense son amour, l’amitié avec Jésus.
 




ANGÉLUS, Dimanche 27 septembre 2020
Chers frères et sœurs,
Dans mon pays, on dit: «Par mauvais temps, bonne figure». C'est avec cette «bonne figure» que je vous dis: bonjour!
Avec sa prédication sur le Royaume de Dieu, Jésus s’oppose à une religiosité qui n’implique pas la vie humaine, qui n'interpelle pas la conscience et sa responsabilité face au bien et au mal. Il le démontre également avec la parabole des deux fils, qui est proposée dans l’Evangile de Matthieu (cf. 21, 28-32). A l’invitation du père d’aller travailler à la vigne, le premier fils répond impulsivement: «Non, je ne veux pas», mais ensuite il se repent et il y va; en revanche, le deuxième fils, qui répond immédiatement: «Oui, oui papa», en réalité ne le fait pas, il n'y va pas. L’obéissance ne consiste pas à dire «oui» ou «non», mais toujours à agir, à cultiver la vigne, à réaliser le Royaume de Dieu, à faire le bien. Avec cet exemple simple, Jésus veut dépasser une religion comprise uniquement comme une pratique extérieure et habituelle, qui n’influence pas la vie et les attitudes des gens, une religiosité superficielle, seulement «rituelle», dans le mauvais sens du terme.
Les représentants de cette religiosité «de façade», que Jésus désapprouve, étaient à cette époque «les grands prêtres et les anciens du peuple» (Mt 21, 23) qui, selon l’avertissement du Seigneur, seront précédés dans le Royaume de Dieu par les publicains et les prostituées (cf. v. 31). Jésus leur dit: «Ce seront les collecteurs d’impôts, c’est-à-dire les pécheurs et les prostituées qui arriveront avant vous dans le Royaume des Cieux». Cette affirmation ne doit pas nous amener à penser que ceux qui ne suivent pas les commandements de Dieu, ceux qui ne suivent pas la morale, et disent: «De toute façon, ceux qui vont à l’Eglise sont pires que nous!», font bien.  Non, ce n’est pas l’enseignement de Jésus, Jésus ne désigne pas les collecteurs d’impôts et les prostituées comme des modèles de vie, mais comme des «privilégiés de la grâce». Et je voudrais souligner ce mot «grâce», la grâce, car la conversion est toujours une grâce. Une grâce que Dieu offre à quiconque s’ouvre et se convertit à Lui. En effet, ces personnes, en écoutant sa prédication, se sont repenties et ont changé de vie. Pensez à Matthieu, par exemple, à saint Matthieu, qui était un percepteur d’impôts, un traître à sa patrie.
Dans l’Evangile d’aujourd’hui, celui qui fait la meilleure impression c’est le premier frère, non pas parce qu’il a dit «non» à son père, mais parce qu’après le «non» il s’est converti au «oui», il s’est repenti. Dieu est patient avec chacun de nous: il ne se lasse pas, il ne désiste pas après notre «non»; il nous laisse également libres de nous éloigner  de Lui et de faire des erreurs. Penser à la patience de Dieu est merveilleux! Comment le Seigneur nous attend toujours; toujours à nos côtés pour nous aider; mais il respecte notre liberté. Et il attend avec impatience notre «oui», pour nous accueillir à nouveau entre  ses bras paternels et nous combler de sa miséricorde infinie. La foi en Dieu demande de renouveler chaque jour le choix du bien par rapport au mal, le choix de la vérité par rapport au mensonge, le choix de l’amour du prochain par rapport à  l’égoïsme. Celui qui se convertit à ce choix, après avoir fait l’expérience du péché, trouvera les premières places dans le Royaume des Cieux, où il y a plus de joie pour un seul pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes (cf. Lc 15, 7).
Mais la conversion, changer le cœur, est un processus, un processus qui nous purifie des incrustations morales. Et c'est parfois  un processus douloureux, car il n’y a pas de chemin vers la sainteté sans certains renoncements et sans combat spirituel. Combattre pour le bien, combattre  pour ne pas tomber dans la tentation, faire ce que nous pouvons pour notre part, afin d'arriver à vivre dans la paix et la joie des Béatitudes. L’Evangile d’aujourd’hui remet en question la manière de vivre la vie chrétienne, qui n’est pas faite de rêves et de belles aspirations, mais d’engagements concrets, afin de nous ouvrir toujours à la volonté de Dieu et à l'amour envers nos frères. Mais cela, même le plus petit engagement concret, ne peut se faire sans la grâce. La conversion est une grâce que nous devons toujours demander: «Seigneur, donne-moi la grâce de m’améliorer. Donne-moi la grâce d’être un bon chrétien».
Que la Très Sainte Vierge Marie nous aide à être dociles à l’action de l’Esprit Saint. C’est Lui qui fait fondre la dureté des cœurs et les dispose au repentir, afin d’obtenir la vie et le salut promis par Jésus.
 




ANGÉLUS, Dimanche 4 octobre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans l’Evangile d’aujourd’hui (cf. Mt 21, 33-43), Jésus, prévoyant sa passion et sa mort, raconte la parabole des vignerons homicides, pour avertir les chefs des prêtres et les anciens du peuple qu’ils sont sur le point de prendre une mauvaise voie. En effet, ils nourrissent de mauvaises intentions à son égard et cherchent le moyen de l’éliminer.
Le récit allégorique décrit un maître qui, après avoir pris grand soin de sa vigne (cf. v.33) et devant partir, la confie aux cultivateurs. Puis, au moment de la récolte, il envoie des serviteurs pour récolter les fruits; mais ces vignerons accueillent les serviteurs à coups de bâtons et en tuent même certains. Le maître envoie d’autres serviteurs, plus nombreux, qui reçoivent toutefois le même traitement (cf. vv. 34-36). Le comble est atteint lorsque le propriétaire décide d’envoyer son fils: les vignerons n’ont aucun respect pour lui, au contraire, ils pensent qu’en l’éliminant ils pourront s’emparer de la vigne, et ils le tuent donc lui aussi (cfr vv. 37- 39).
L’image de la vigne est claire : elle représente le peuple que le Seigneur a choisi et a formé avec tant de soin; les serviteurs envoyés par le maître sont les prophètes, envoyés par Dieu, tandis que le fils est la figure de Jésus. Et de même que les prophètes furent rejetés, ainsi, le Christ lui aussi a été rejeté et tué.
Au terme du récit, Jésus demande aux chefs du peuple : « Lors donc que viendra le maître de la vigne, que fera-t-il à ces vignerons-là ? » (v. 40). Et eux, pris par la logique du récit, prononcent eux-mêmes leur propre condamnation: le maître – disent-ils – punira sévèrement ces méchants et il confiera la vigne « à d'autres vignerons, qui lui en livreront les fruits en leur temps » (v. 41).
A travers cette parabole très dure, Jésus place ses interlocuteurs face à leurs responsabilités, et il le fait avec une extrême clarté. Mais ne pensons pas que cet avertissement ne vale que pour ceux qui rejetèrent alors Jésus. Elle vaut pour tous les temps, le nôtre aussi. De même, aujourd’hui, Dieu attend les fruits de sa vigne de la part de ceux qu’il a envoyés y travailler. Nous tous.
A toute époque, ceux qui ont autorité, toute autorité, même dans l’Eglise, sur le peuple de Dieu, peuvent être tentés de penser à leurs propres intérêts, au lieu de ceux de Dieu lui-même. Et Jésus dit que la véritable autorité est quand on accomplit un service, elle réside dans le service, pas dans l’exploitation des autres. La vigne appartient au Seigneur, pas à nous. L’autorité est un service, et en tant que tel, elle doit être exercée, pour le bien de tous et pour la diffusion de l’Evangile. Il n’est pas bon de voir dans l’Eglise des personnes qui ont de l’autorité rechercher leur propres intérêts.
Saint Paul, dans la seconde lecture de la liturgie d’aujourd’hui, nous dit comment être de bons ouvriers dans la vigne du Seigneur: ce qui est vrai, noble, juste, pur, aimable, honoré; qui est vertu et mérite louange, que tout cela soit l’objet de notre engagement quotidien (cf. Ph 4, 8) . Je répète: ce qui est vrai, noble, juste, pur, aimable, honoré; ce qui est vertu et mérite louange, que tout cela soit l’objet de notre engagement quotidien. C’est l’attitude de l’autorité, et également de chacun de nous, parce que chacun de nous, même dans sa petitesse, a une certaine autorité. Nous deviendrons ainsi une Eglise toujours plus riche de fruits de sainteté, nous rendrons gloire au Père qui nous aime avec une infinie tendresse, au Fils qui continue de nous apporter le salut, à l’Esprit qui ouvre nos cœurs et nous pousse vers la plénitude du bien.
Nous nous tournons à présent vers la Très Sainte Vierge Marie, spirituellement unis aux fidèles rassemblés dans le sanctuaire de Pompéi pour la Supplication, et en ce mois d’octobre nous renouvelons, notre engagement à prier le saint Rosaire.
 




ANGÉLUS, Dimanche 11 octobre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour !
Avec le récit de la parabole du banquet de noces, dans le passage évangélique d’aujourd’hui (cf. Mt 22, 1-14), Jésus trace le projet que Dieu a conçu pour l’humanité. Le roi qui «fit un festin de noces pour son fils» (v.2) est l’image du Père qui a prévu pour toute la famille humaine une merveilleuse fête d’amour et de communion autour de son Fils unique. A deux reprises, le roi envoie ses serviteurs appeler les invités, mais ceux-ci refusent, ils ne veulent pas aller à la fête car ils ont d’autres choses auxquelles penser: les champs et les affaires. Souvent, nous faisons nous aussi passer nos intérêts et les choses matérielles avant le Seigneur qui nous appelle — et qui nous appelle à une fête. Mais le roi de la parabole ne veut pas que la salle reste vide, car il souhaite donner les trésors de son royaume. Alors, il dit aux serviteurs: «Allez maintenant aux carrefours et tous ceux que vous trouverez, appelez-les» (v. 9). C’est ainsi que Dieu se comporte: quand on lui oppose un refus, au lieu d’abandonner, il relance et il invite à appeler tous ceux qui sont aux carrefours des routes, sans exclure personne. Personne n’est exclu de la maison de Dieu.
Le terme original utilisé par l’évangéliste Matthieu fait référence aux limites des routes, c’est-à-dire aux points où les rues de la ville se terminent et où commencent les chemins menant à la campagne, en dehors de la ville, où la vie est précaire. C’est à cette humanité des carrefours que le roi de la parabole envoie ses serviteurs, dans la certitude de trouver des gens prêts à s’asseoir à table. C’est ainsi que la salle de banquet se rempli d’«exclus», de ceux qui sont «dehors», de ceux qui n’avaient jamais semblé dignes de participer à une fête, à un banquet de mariage. Le maître, le roi, dit même aux messagers: «Appelez tout le monde, bons et méchants. Tous!» Dieu appelle aussi les méchants. «Non, je suis méchant, j’en ai fait tellement…». Il t’appelle: «Viens, viens, viens!». Et Jésus allait déjeuner avec les publicains, qui étaient des pécheurs publics, c’était les méchants. Dieu n’a pas peur de notre âme blessée par tant de méchanceté, car il nous aime, il nous invite. Et l’Eglise est appelée à rejoindre les carrefours d’aujourd’hui, c’est-à-dire les périphéries géographiques et existentielles de l’humanité, ces lieux en marge, ces situations où campent et vivent des lambeaux d’humanité sans espérance. Il s’agit de ne pas se contenter des voies confortables et habituelles de l’évangélisation et du témoignage de charité, mais d’ouvrir les portes de nos cœurs et de nos communautés à tous, car l’Evangile n’est pas réservé à quelques élus. Même ceux qui sont en marge, même ceux qui sont rejetés et méprisés par la société, sont considérés par Dieu comme dignes de son amour. Il prépare son banquet pour tous: justes et pécheurs, bons et méchants, intelligents et incultes. Hier soir, j’ai réussi à téléphoner à un vieux prêtre italien, missionnaire depuis sa jeunesse au Brésil, mais travaillant toujours avec les exclus, avec les pauvres. Et il vit cette vieillesse en paix: il a consumé sa vie avec les pauvres. Telle est notre Mère l’Eglise, tel est le messager de Dieu qui va aux carrefours des chemins.
Toutefois, le Seigneur pose une condition: porter l’habit de noces. Et nous revenons à la parabole. Quand la salle est pleine, le roi arrive et salue les invités de la dernière heure, mais il voit l’un d’eux sans l’habit de noces, une sorte de cape que chaque invité a reçu en cadeau à l’entrée. Les gens venaient comme ils étaient habillés, comment ils pouvaient s’habiller, ils ne portaient pas d’habits de gala. Mais à l’entrée, on leur donnait une sorte de cape, un cadeau. Cet homme, ayant refusé le don gratuit, s’est exclu tout seul: le roi ne peut donc rien faire d’autre que le mettre dehors. Cet homme a accepté l’invitation, mais il a ensuite décidé qu’elle ne signifiait rien pour lui: il était une personne autonome, il n’avait aucun désir de changer ou de laisser le Seigneur le changer. L’habit de noces — cette cape — symbolise la miséricorde que Dieu nous donne gratuitement, c’est-à-dire la grâce. Sans la grâce, on ne peut pas faire un pas en avant dans la vie chrétienne. Tout est grâce. Il ne suffit pas d’accepter l’invitation à suivre le Seigneur, il faut être disponible pour un chemin de conversion, qui change le cœur. L’habit de la miséricorde, que Dieu nous offre sans cesse, est un don gratuit de son amour, c’est précisément la grâce. Et il demande d’être accueilli avec étonnement et joie: «Merci, Seigneur, de m’avoir fait ce don ».
Que la Très Sainte Vierge Marie nous aide à imiter les serviteurs de la parabole évangélique pour sortir de nos schémas et de nos vues étroites, en annonçant à tous que le Seigneur nous invite à son banquet, pour nous offrir la grâce qui sauve, pour nous donner son don.
 




ANGÉLUS, Dimanche 18 octobre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour !
L’Evangile de ce dimanche (cf. Mt 22, 15-21) nous montre Jésus aux prises avec l’hypocrisie de ses adversaires. Ils lui font beaucoup de compliments — au début, beaucoup de compliments —, mais ils posent ensuite une question insidieuse pour le mettre en difficulté et le discréditer auprès du peuple. Ils lui demandent: «Est-il ou non légal de payer l’impôt à César?» (v. 17), c’est-à-dire payer les taxes à César. A cette époque-là, en Palestine, la domination de l’empire romain était mal tolérée — et on le comprend, c’étaient des envahisseurs —, également  pour des raisons religieuses. Pour la population, le culte de l’empereur également souligné par son image sur les pièces de monnaie, était une injure au Dieu d’Israël. Les interlocuteurs de Jésus sont convaincus qu’il n’y a pas d’alternative à leur question: soit un «oui», soit un «non». Ils attendaient, parce que précisément avec  cette question ils étaient certains de mettre Jésus en difficulté et de le faire tomber dans leur piège. Mais Il connaît leur malice et il se libère du piège. Il leur demande de lui montrer une pièce de monnaie, la monnaie des taxes, la monnaie de l’impôt, il la prend dans ses mains et il demande de qui  est l’image imprimée. Ils répondent que c’est celle de César, c’est-à-dire de l’empereur. Alors, Jésus répond: «Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu» (v. 21).
A travers cette réponse, Jésus se place au-dessus de la polémique, Jésus est toujours au-dessus. D’une part, il reconnaît que l’on doit payer l’impôt à César — cela vaut  pour nous aussi, on doit payer les impôts —, car l’image sur la pièce est la sienne; mais surtout il rappelle que toute personne porte en elle une autre image — nous la portons dans notre  cœur, dans notre âme —: celle de Dieu, et c’est donc envers lui, et envers lui seul, que chacun de nous est débiteur de sa propre existence, de sa vie.
Dans cette sentence de Jésus, on ne trouve pas seulement le critère de la distinction entre la sphère politique et la sphère religieuse, mais des directives claires apparaissent  également pour la mission des croyants de tous les temps, également pour nous aujourd’hui. Payer les impôts est un devoir des citoyens, tout comme le respect des lois justes de l’Etat. Dans le même temps, il est nécessaire d’affirmer la primauté de Dieu dans la vie humaine et dans l’histoire, en respectant le droit de Dieu sur ce qui lui appartient.
C’est de là que découle la mission de l’Eglise et des chrétiens: parler de Dieu et témoigner de lui auprès des hommes et des femmes de notre  temps. Chacun de nous, en vertu du baptême, est appelé à être une présence vivante dans la société, en l’animant par l’Evangile et grâce à la sève vitale de l’Esprit Saint. Il s’agit de s’engager avec humilité, et en même temps avec courage, en apportant sa contribution à l’édification de la civilisation de l’amour, où règnent la justice et la fraternité.
Que la Très Sainte Vierge Marie aide chacun à fuir toute hypocrisie et à être des citoyens honnêtes et constructifs. Et qu’elle nous soutienne, nous, les disciples du Christ, dans la mission de témoigner que Dieu est le centre et le sens de la vie.
 




ANGÉLUS, Dimanche 25 octobre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour !
Dans la page évangélique d’aujourd’hui (cf. Mt 22, 34-40), un docteur de la Loi demande à Jésus quel est «le grand commandement» (v. 36), c’est-à-dire le commandement principal de toute la Loi divine. Jésus répond simplement: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit» (v. 37). Et il ajoute immédiatement: «Et le second lui est semblable: “Tu aimeras ton prochain comme toi-même”» (v. 39).
La réponse de Jésus reprend et unit deux préceptes fondamentaux, que Dieu a donnés à son peuple par l’intermédiaire de Moïse (cf. Dt 6, 5; Lv 19, 18). Et ainsi il évite le piège qui lui a été tendu «pour le mettre à l’épreuve» (v. 35). Son interlocuteur, en effet, cherche à l’entraîner dans la dispute sur la hiérarchie des prescriptions, entre les experts de la Loi. Mais Jésus établit deux pivots essentiels pour les croyants de tous les temps, deux pivots essentiels de notre vie. Le premier est que la vie morale et religieuse ne peut pas se réduire à une obéissance anxieuse et forcée. Il y a des gens qui cherchent à appliquer les commandements de façon anxieuse et forcée, et Jésus nous fait comprendre que la vie morale et religieuse ne peut pas se réduire à une obéissance anxieuse et forcée, mais doit avoir l’amour comme principe. Le second pivot est que l’amour doit tendre à la fois et de manière inséparable vers Dieu et vers son prochain. C’est l’une des principales nouveautés de l’enseignement de Jésus et cela nous fait comprendre que l’amour qui ne s’exprime pas dans l’amour pour son prochain n’est pas un vrai amour pour  Dieu; et, dans le même temps, que celui qui ne puise pas à la relation avec Dieu n’est pas  un vrai amour pour son prochain.
Jésus conclut sa réponse par ces mots: «De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes» (v. 40). Cela signifie que tous les préceptes que le Seigneur a donnés à son peuple doivent être mis en relation avec l’amour de Dieu et du prochain. En effet, tous les commandements servent à réaliser et à exprimer ce double amour invisible. L’amour pour Dieu s’exprime surtout dans la prière, en particulier dans l’adoration. Nous négligeons beaucoup l’adoration de Dieu. Nous faisons la prière d’action de grâce, la supplication pour demander quelque chose… mais nous négligeons l’adoration. Le noyau de la prière est précisément adorer Dieu. Et l’amour pour le prochain, qui s’appelle également  charité fraternelle, est fait de proximité, d’écoute, de partage, de soin de l’autre. Très souvent  nous omettons d’écouter l’autre parce qu’il est ennuyeux ou parce qu’il me prend du temps, ou  de le soutenir, de l’accompagner dans ses souffrances, dans ses épreuves… Mais nous trouvons toujours le temps de faire des commérages, toujours! Nous n’avons pas de temps pour consoler les affligés, mais beaucoup de temps pour médire. Attention! L’apôtre Jean écrit: «Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas» (1 Jn 4, 20). Ainsi l’on voit l’unité de ces deux commandements.
Dans l’Evangile d’aujourd’hui,  Jésus nous aide encore une fois à aller à la source vive et jaillissante de l’amour. Et cette source c’est Dieu lui-même, qu’il faut aimer totalement dans une communion que rien ni personne ne peut briser. Un communion qui est un don à invoquer tous les jours, mais également un  engagement personnel pour que notre vie ne devienne pas esclave des idoles du monde. Et notre chemin de conversion et de sainteté trouve  toujours sa preuve  dans l’amour pour notre  prochain. Voilà quelle est la preuve: si je dit «J’aime Dieu» et que je n’aime pas mon prochain, cela ne va pas. La preuve que j’aime Dieu c’est que j’aime mon prochain. Tant qu’il y aura  un frère ou une sœur à qui nous fermons notre cœur, nous serons loin d’être des disciples comme Jésus nous le demande. Mais sa  miséricorde divine ne nous permet pas de nous décourager;  au contraire, elle nous appelle à recommencer chaque jour, pour vivre l’Evangile de façon cohérente.
Que l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie  ouvre notre cœur pour accueillir le «grand commandement», le double commandement de l’amour, qui résume toute la Loi de Dieu, et duquel dépend notre salut.
 




ANGÉLUS, Dimanche 1er novembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
En cette fête solennelle de la Toussaint, l’Eglise nous invite à réfléchir sur la grande espérance qui se fonde  sur la résurrection du Christ: le Christ est ressuscité et nous aussi nous serons avec lui. Les saints et les bienheureux sont les témoins les plus autorisés de l’espérance chrétienne, parce qu’ils l’ont vécue en plénitude dans leur existence, au milieu des joies et des souffrances, en mettant en œuvre les Béatitudes que Jésus a prêchées et qui résonnent aujourd’hui dans la liturgie (cf. Mt 5, 1-12a). En effet, les Béatitudes évangéliques sont le chemin de la sainteté. Je m’arrête à présent  sur deux béatitudes, la deuxième et la troisième.
Voici la deuxième: «Heureux les affligés, car ils seront consolés» (v. 5). Ces paroles semblent contradictoires, car les pleurs ne sont pas  un signe de joie et de bonheur. Les raisons de pleurer et de souffrir  sont la mort, la maladie, les adversités morales, le péché et les erreurs: tout simplement la vie quotidienne, fragile, faible et marquée par des difficultés. Une vie parfois blessée et éprouvée par des ingratitudes et des incompréhensions. Jésus proclame bienheureux ceux qui pleurent en raison de ces réalités et qui, malgré tout, ont confiance dans le  Seigneur et se placent sous son ombre. Ils ne sont pas indifférents et ils n’endurcissent pas non plus leur cœur dans la douleur, mais ils espèrent avec patience la consolation de Dieu. Et cette consolation, ils en font déjà l’expérience dans cette vie.
Dans la troisième béatitude, Jésus affirme: «Heureux les doux, car ils posséderont la terre la terre» (v. 4). Frères et sœurs, la douceur! La douceur est caractéristique de Jésus, qui dit de lui-même: «Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur» (Mt 11, 29). Les doux ce sont ceux qui savent se dominer, qui laissent de la place à l’autre, qui l’écoutent et le respectent dans son mode de vie, dans ses besoins et dans ses requêtes. Ils n’ont pas l’intention de l’écraser ou de le rabaisser, ils ne veulent pas tout surveiller et tout dominer tout, ni imposer leurs idées et leurs intérêts au détriment des autres. Ces personnes, que la mentalité mondaine n’apprécie pas, sont au contraire précieuses aux yeux de Dieu, qui leur donne la terre promise en héritage, c’est-à-dire la vie éternelle. Cette béatitude  commence également ici-bas et s’accomplira au ciel, dans le Christ. La douceur. En ce moment de la vie également  mondiale,   où il y a tant d’agressivité…, et aussi dans la vie de tous les jours,  la première chose qui sort de nous, c’est l’agression, la défense… Nous avons besoin de douceur pour avancer sur le chemin de la sainteté. Ecouter, respecter, ne  pas rabaisser, ne pas agresser: douceur.
Chers frères et sœurs, choisir la pureté, la douceur et la miséricorde; choisir de faire confiance au Seigneur dans la pauvreté en esprit et dans l’affliction; s’engager pour la justice et pour la paix, tout cela signifie aller à contre-courant de la mentalité de ce monde, par rapport à  la culture de la possession, du divertissement sans aucun sens, de l’arrogance envers les plus faibles. Ce chemin évangélique a été celui parcouru par les saints et par les bienheureux. La solennité d’aujourd’hui, qui célèbre tous les saints, nous rappelle la vocation personnelle et universelle à la sainteté, et elle nous présente  des modèles sûrs pour ce chemin, que chacun parcourt de façon unique, de façon inégalable. Il suffit de penser à l’inépuisable variété de dons et d’histoires concrètes qu’il y a parmi les saints et les saintes: ils ne sont pas pareils, chacun a sa personnalité et a développé sa vie dans la sainteté selon sa personnalité. Chacun de nous peut le faire, s’engager sur cette voie. Douceur, douceur, s’il vous plaît et nous irons vers la sainteté.
Cette immense famille de fidèles disciples du Christ a une Mère, la Vierge Marie. Nous la vénérons sous le titre  de Reine de tous les saints, mais elle est avant tout la Mère, qui enseigne à chacun comment accueillir et suivre son Fils. Qu’elle nous aide à nourrir notre désir de sainteté en marchant sur le chemin des béatitudes.