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ANGÉLUS, Dimanche 8 novembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour !
Le passage de l’Evangile de ce dimanche (Mt 25, 1-13) nous invite à prolonger notre réflexion sur la vie éternelle, commencée à l’occasion de la fête de la Toussaint et de la commémoration des fidèles défunts. Jésus raconte la parabole des dix vierges invitées à une fête nuptiale, symbole du Royaume des cieux.
A l’époque de Jésus, la coutume  était que les noces soient célébrées la nuit; c’est pourquoi le cortège des invités devait avancer avec des lampes allumées. Certaines jeunes filles sont insensées: elles prennent leurs lampes mais elles n’emportent pas d’huile; celles qui sont sages, en revanche, prennent aussi de l’huile avec leurs lampes. L’époux tarde, il tarde  à venir, et toutes s’assoupissent. Lorsqu’une voix prévient que l’époux va arriver, les insensées s’aperçoivent à ce moment-là qu’elles n’ont pas d’huile pour leurs lampes; elles en demandent aux sages, mais celles-ci répondent qu’elles ne peuvent pas en donner, car elle ne suffirait pas pour toutes. Tandis que les insensées vont acheter l’huile, l’époux arrive. Les jeunes filles sages entrent avec lui dans la salle du banquet, et la porte est refermée. Les autres arrivent tard et sont  refoulées.
Il est clair que par cette parabole, Jésus veux nous dire que nous devons être prêts à la rencontre avec Lui. Pas seulement la rencontre finale, mais aussi aux petites et grandes rencontres de tous les jours en vue de cette rencontre, pour laquelle la lampe de la foi ne suffit pas, il faut aussi l’huile de la charité et des bonnes œuvres. La foi qui nous unit vraiment à Jésus est celle, comme le dit l’apôtre Paul, qui «agit par la charité» (Ga 5, 6). C’est ce qui est représenté par l’attitude des jeunes filles sages. Etre sages et prudents signifie ne pas attendre le dernier moment pour répondre à la grâce de Dieu, mais le faire activement tout de suite, commencer maintenant. «Moi… oui, plus tard je me convertirai…» — «Convertis-toi aujourd’hui! Change de vie aujourd’hui!» — «Oui, oui… demain». Et on dit la même chose le lendemain, et ainsi demain n’arrivera jamais. Aujourd’hui! Si nous voulons être prêts pour la dernière rencontre avec le Seigneur, nous devons dès à présent coopérer avec Lui et accomplir de bonnes actions inspirées par son amour.
Nous savons qu’il arrive, malheureusement, d’oublier l’objectif  de notre vie, c’est-à-dire le rendez-vous définitif avec Dieu, en perdant ainsi le sens de l’attente et en absolutisant le présent. Quand quelqu’un absolutise le présent, quand il  regarde seulement le présent, il  perd le sens de l’attente, qui est si beau, et si nécessaire, et qui nous sort également des contradictions du moment. Cette attitude — quand on perd le sens de l’attente — exclut toute perspective de l’au-delà: on fait tout comme si on ne devait jamais partir pour l’autre vie. Et alors on se préoccupe seulement de posséder, de faire carrière, d’arranger ses affaires... Et toujours plus. Si nous nous laissons guider par ce qui nous semble plus attirant, par ce qui nous plaît, par la recherche de nos intérêts, notre vie devient stérile; nous n’accumulons aucune réserve d’huile pour notre lampe, et  celle-ci s’éteindra avant la rencontre avec le Seigneur. Nous devons vivre l’aujourd’hui, mais l’aujourd’hui orienté vers demain, vers cette rencontre, l’aujourd’hui chargé d’espérance. Si au contraire nous sommes vigilants et que nous faisons le bien en répondant à la grâce de Dieu, nous pouvons attendre avec sérénité l’arrivée de l’époux. Le Seigneur pourra venir même pendant que nous dormons: cela ne nous inquiétera pas, parce que nous avons la réserve d’huile que nous avons accumulée avec les bonnes œuvres de tous les jours, accumulée avec cette attente du Seigneur,  qu’Il vienne le plus tôt possible et qu’il nous emmène avec Lui.
Invoquons l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie pour qu’elle nous aide à vivre, comme elle l’a fait, une foi active: elle est la lampe allumée avec laquelle nous pouvons traverser la nuit au-delà de la mort et parvenir à la grande fête de la vie.
 




ANGÉLUS, Dimanche 15 novembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
En cet avant-dernier dimanche de l’année liturgique, l’Evangile nous présente la célèbre parabole des talents (cf. Mt 25, 14-30). Elle fait partie du discours de Jésus sur la fin des temps, qui précède immédiatement sa passion, sa mort et sa résurrection. La parabole raconte l’histoire d’un homme riche qui doit partir et, prévoyant une longue absence, qui confie ses biens à trois de ses serviteurs: au premier il confie cinq talents, au second deux, au troisième un. Jésus précise que la distribution se fait «chacun selon ses capacité» (v. 15). C’est ce que le Seigneur fait avec nous tous: il nous connaît bien, il sait que nous ne sommes pas pareils et il ne veut favoriser personne au détriment des autres, mais il confie à chacun un capital à la mesure de ses capacités.
Pendant l’absence du maître, les deux premiers serviteurs se donnent du mal, au point de doubler la somme qui leur avait été confiée. Il n’en est pas de même du troisième serviteur, qui cache son talent dans un trou: pour éviter les risques, il le laisse là, à l’abri des voleurs, mais sans le faire fructifier. Le moment du retour du maître arrive et celui-ci appelle les serviteurs à rendre des comptes. Les deux premiers présentent le bon fruit de leur engagement, ils ont travaillé et le maître les loue, les récompense et les invite à participer à sa fête, à sa joie. Le troisième, en revanche, se rendant compte qu’il est en faute, commence aussitôt à se justifier en disant: «Seigneur, j'ai appris à te connaître pour un homme âpre au gain: tu moissonnes où tu n’as point semé et tu ramasses  où tu n'as rien répandu. Aussi, pris de peur, je suis allé enfouir ton talent dans la terre: le voici, tu as ton bien. J’avais peur et suis allé cacher ton talent sous terre: voilà ce qui t’appartient » (vv. 24-25). Il se défend de sa paresse en accusant son patron d’être «dur». C’est une habitude que nous avons nous aussi: nous nous défendons, très souvent, en accusant les autres. Mais les autres ne sont pas fautifs: la faute est la nôtre, le défaut est le nôtre. Et ce serviteur accuse les autres, accuse le maître pour se justifier. Nous aussi, nous faisons souvent la même chose. Alors le maître le réprimande: il l’appelle serviteur «mauvais et paresseux» (v. 26); il lui fait enlever son talent et le fait jeter hors de sa maison.
Cette parabole est valable pour tous mais, comme toujours, en particulier pour les chrétiens. Aujourd’hui encore, elle est très actuelle: aujourd’hui, qui est la journée des pauvres, où l’Eglise nous dit, à nous, chrétiens: « Tends la main aux pauvres. Tends la main aux pauvres. Tu n’es pas seul dans la vie: il y a des gens qui ont besoin de toi. Ne sois pas égoïste, tends la main aux pauvres». Nous avons tous reçu de Dieu un «patrimoine» en tant qu’êtres humains, une richesse humaine, quelle qu’elle soit. Et en tant que disciples du Christ, nous avons également reçu la foi, l’Evangile, l’Esprit Saint, les sacrements et beaucoup d’autres choses. Ces dons doivent être utilisés pour faire le bien, pour faire le bien dans cette vie, comme un service à Dieu et à nos frères. Et aujourd’hui, l’Eglise te dit, nous dit: «Utilise ce que Dieu t’as donné et regarde les pauvres. Regarde: il y en a beaucoup; même dans nos villes, au centre de notre ville, ils sont si nombreux. Faites du bien!».
Nous pensons parfois qu’être chrétien c’est ne pas faire de mal. Et ne pas faire de mal, c’est bien. Mais ne pas faire le bien, ce n’est pas bon. Nous devons faire du bien, sortir de nous-mêmes et regarder, regarder ceux qui en ont le plus besoin. Il y a beaucoup de faim, même au cœur de nos villes, et souvent nous entrons dans cette logique de l’indifférence: le pauvre est là, et nous regardons ailleurs. Tends ta main aux pauvres: c’est le Christ. Certains disent: «Mais ces prêtres, ces évêques qui parlent des pauvres, des pauvres … Nous voulons qu’ils nous parlent de la vie éternelle!». Vois, frère et sœur, les pauvres sont au centre de l’Evangile; c’est Jésus qui nous a appris à parler aux pauvres, c’est Jésus qui est venu pour les pauvres. Tends la main aux pauvres. Tu as reçu tant de choses et tu laisses ton frère, ta sœur mourir de faim?
Chers frères et sœurs, que chacun dise dans son cœur ce que Jésus nous dit aujourd’hui, qu’il répète dans son cœur: «Tends la main aux pauvres». Et Jésus nous dit une autre chose: «Tu sais, le pauvre, c’est moi». Jésus nous dit ceci: «Le pauvre, c’est moi».
La Vierge Marie a reçu un grand don: Jésus lui-même, mais elle ne l’a pas gardé pour elle, elle l’a donné au monde, à son peuple. Apprenons d’elle à tendre la main aux pauvres.
 




ANGÉLUS, Dimanche 22 novembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui nous célébrons la solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers, avec laquelle se conclut l’année liturgique, la grande parabole où se déploie le mystère du Christ: toute l’année liturgique. Il est l’Alpha et l’Omega, le commencement et l’accomplissement de l’histoire; et la liturgie du jour se concentre sur l’«omega», c’est-à-dire sur l’objectif final. On comprend le sens de l’histoire en gardant son sommet devant les yeux: la fin est aussi le but. Et c’est justement ce que fait Matthieu, dans l’Evangile de ce dimanche (25, 31-46), en plaçant le discours de Jésus sur le jugement dernier dans l’épilogue de sa vie terrestre: Lui, que les hommes s’apprêtent à condamner, est en réalité le juge suprême. Dans sa mort et sa résurrection, Jésus se montrera le Seigneur de l’histoire, le Roi de l’univers, le Juge de tous. Mais le paradoxe chrétien est que le Juge ne revêt pas une royauté redoutable, mais qu’il est un pasteur plein de tendresse et de miséricorde.
En effet, dans cette parabole du jugement final, Jésus se sert de l’image du pasteur. Il prend  les images du prophète Ezéchiel, qui avait parlé de l’intervention de Dieu en faveur du peuple, contre les mauvais pasteurs d’Israël (cf. 34,1-10). Ces derniers avaient été cruels, des exploiteurs, préférant se nourrir eux-mêmes plutôt que le troupeau; c’est pourquoi  Dieu lui-même promet de prendre soin personnellement de son troupeau, en le défendant des injustices et des abus. Cette promesse de Dieu pour son peuple s’est pleinement réalisée en Jésus Christ, le Pasteur: c’est précisément Lui qui est le Bon Pasteur. Il dit Lui aussi de lui-même: «Je suis le bon pasteur» (Jn 10, 11.14)
Dans le passage évangélique d’aujourd’hui, Jésus s’identifie non seulement avec le roi-pasteur, mais aussi avec les brebis égarées. Nous pourrions parler d’une sorte de «double identité»: le roi-pasteur, Jésus, s’identifie également  avec les brebis, c’est-à-dire avec les frères les plus petits et les plus nécessiteux. Et il montre ainsi le critère du jugement: il sera fait sur la base de l’amour concret donné ou refusé à ces personnes, car Lui même, le juge, est présent en chacune d’elles. Il est le juge, Il est Dieu-homme, mais Il est aussi le pauvre, Il est caché, Il est présent dans la personne des pauvres qu’Il mentionne précisément ici. Jésus dit: «Amen, je vous le dis: chaque fois que vous l’avez fait (ou que vous ne l’avez pas fait) à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait (ou que vous ne l’avez pas fait)» (vv. 40.45). Nous serons jugés sur l’amour. Le jugement sera sur l’amour. Pas sur le sentiment, non: nous serons jugés sur les œuvres, sur la compassion qui se fait proximité et aide attentive.
Est-ce que je m’approche de Jésus présent dans la personne des malades, des pauvres, de ceux qui  souffrent, des détenus, de ceux qui ont faim et soif de justice? Est-ce que je m’approche de Jésus qui est présent là? C’est la question d’aujourd’hui.
A la fin du monde, le Seigneur passera donc en revue son troupeau, et il le fera non seulement de la part du pasteur, mais aussi de la part des brebis, avec lesquelles Il s’est identifié. Et il nous demandera: «As-tu été un peu pasteur comme moi?». «As-tu été un pasteur pour moi qui étais présent dans ces personnes qui étaient dans le besoin, ou as-tu été indifférent?». Frères et sœurs, gardons-nous de la logique de l’indifférence, de ce qui vient immédiatement à l’esprit: détourner le regard quand nous voyons un problème. Souvenons-nous de la parabole du Bon Samaritain. Ce pauvre homme, blessé par des brigands, jeté à terre, entre la vie et la mort, était là tout seul. Un prêtre passa, le vit, et s’en alla en détournant le regard. Un lévite passa, le vit et détourna le regard. Moi, devant mes frères et sœurs dans le besoin, suis-je indifférent comme ce prêtre, comme ce lévite, est-ce que je détourne le regard? Je serai jugé sur cela: sur la façon dont je me suis approché, dont j’ai regardé Jésus présent dans les personnes démunies. C’est la logique, et ce n’est pas moi qui le dis, c’est Jésus: «Ce que vous avez fait, à celui-ci, à celui-là, c’est à moi que vous l’avez fait. Et ce que vous n’avez pas fait à celui-ci, à celui-là, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait, parce que j’étais présent là». Que Jésus nous enseigne cette logique, cette logique de la proximité, de s’approcher de Lui, avec amour, dans la personne des plus souffrants.
Demandons à la Vierge Marie de nous enseigner à régner dans le service. Marie, montée au Ciel, a reçu de son Fils la couronne royale, parce qu’elle l’a suivi fidèlement — elle est la première disciple — sur le chemin de l’Amour. Apprenons d’elle à entrer dès à présent  dans le Royaume de Dieu, à travers la porte du service humble et généreux. Et rentrons chez nous seulement avec cette phrase: «J’étais présent là. Merci!» ou: «Tu m’as oublié».




ANGÉLUS, Dimanche 29 novembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, premier dimanche de l’Avent,  commence une nouvelle année liturgique. Pendant celle-ci, l’Eglise rythme le cours du temps avec la célébration des principaux événements de la vie de Jésus et de l’histoire du salut. Ce faisant, en tant que Mère, elle éclaire le chemin de notre existence, elle nous soutient dans nos occupations quotidiennes et elle nous oriente vers la rencontre finale avec le Christ. La liturgie d’aujourd’hui nous invite à vivre le premier «temps fort» qui est celui de l’Avent, le premier de l’année liturgique, l’Avent, qui nous prépare à Noël, et pour cette préparation c’est un temps d’attente, c’est un temps d’espérance. Attente et espérance.
Saint Paul (cf. 1 Co 1, 3-9) indique l’objet de l’attente. Quel est-il? La «manifestation du Seigneur» (v. 7). L’apôtre invite les chrétiens de Corinthe, et nous aussi, à concentrer l’attention sur la rencontre avec la personne de Jésus. Pour un chrétien, le plus important c’est la rencontre permanente avec le Seigneur, d’être avec le Seigneur. Et ainsi, habitués à être avec le Seigneur de la vie, nous nous préparons à la rencontre, à être avec le Seigneur dans l’éternité. Et cette rencontre définitive adviendra à la fin du monde. Mais le Seigneur vient chaque jour, afin que, par sa grâce, nous puissions faire du bien dans notre vie et dans celle des autres. Notre Dieu est un Dieu-qui-vient — ne l’oubliez pas: Dieu est un Dieu qui vient, qui vient continuellement —: Il ne déçoit pas notre attente! Le Seigneur  ne déçoit jamais. Il nous fera peut-être attendre, il nous fera attendre un moment dans le noir pour laisser mûrir notre espérance, mais il ne déçoit jamais. Le Seigneur vient toujours, il est toujours à nos côtés. Parfois, il ne se fait pas voir pas, mais il vient toujours. Il est venu à un moment historique précis et il s’est fait homme pour prendre nos péchés sur lui — la fête de Noël commémore cette première venue de Jésus dans le temps historique —; il viendra à la fin des temps comme juge universel; et il vient également  une troisième fois, d’une troisième manière: il vient chaque jour rendre visite à  son peuple, rendre visite à  chaque homme et chaque femme qui l’accueille dans la Parole, dans les sacrements, dans ses frères et dans ses sœurs. Jésus, nous dit la Bible, est à la porte et frappe. Chaque  jour. Il est à la porte de notre cœur. Il frappe. Sais-tu écouter le Seigneur qui frappe, qui est venu aujourd’hui te rendre  visite, qui frappe à ton cœur avec une inquiétude, avec une idée, avec une inspiration? Il est venu à Bethléem, il viendra à la fin  du monde, mais chaque jour il vient à nous. Soyez attentifs, regardez ce que vous ressentez dans votre cœur lorsque le Seigneur frappe.
Nous savons bien que la vie est faite de hauts et de bas, de lumières et d’ombres. Chacun de nous vit des moments de déception, d’échec et de  perplexité. De plus, la situation que nous sommes en train de vivre, marquée par la pandémie, suscite chez beaucoup de personnes l’inquiétude, la peur et le découragement; on court le risque de tomber dans le pessimisme, le risque de tomber dans cette fermeture et dans l’apathie. Comment devons-nous réagir face à tout cela? Le Psaume d’aujourd’hui nous le suggère: «Notre âme attend le Seigneur: il est notre aide et notre bouclier. C’est en lui que notre cœur se réjouit» (Ps 32, 20-21). Autrement dit, l’âme dans l’attente, une attente confiante du Seigneur, fait trouver du réconfort et du courage dans les moments sombres de l’existence. Et d’où naissent ce courage et ce pari confiant? D’où viennent-il? Ils naissent de l’espérance. Et l’espérance ne déçoit pas, cette vertu qui nous fait avancer en regardant vers la rencontre avec le Seigneur.
L’Avent est un appel incessant à l’espérance: il nous rappelle que Dieu est présent dans l’histoire pour la conduire à sa fin ultime, pour la conduire à sa plénitude, qui est le Seigneur, le Seigneur Jésus Christ. Dieu est présent dans l’histoire de l’humanité, il est «Dieu avec nous», Dieu n’est pas loin, il est toujours avec nous, au point que très souvent, il frappe aux portes de nos cœurs. Dieu marche à nos côtés pour nous soutenir. Le Seigneur ne nous abandonne pas, il nous accompagne dans nos événements existentiels pour nous aider à découvrir le sens du chemin, la signification du quotidien, pour nous donner du courage dans les épreuves et dans la douleur. Au milieu des tempêtes de la vie, Dieu nous tend toujours la main et nous libère des menaces. Comme c’est beau! Dans le livre du Deutéronome, il y a un très beau passage, que le prophète adresse au peuple: «Pensez-y, quels peuples ont leurs dieux aussi proches d’eux que je le suis de toi?» Aucun, nous seuls nous avons cette grâce d’avoir Dieu proche de nous. Nous attendons Dieu, nous espérons qu’il se manifeste, mais Il espère lui aussi que nous nous manifestions à lui!
Que la Très Sainte Vierge Marie, femme de l’attente, accompagne nos pas dans cette nouvelle année liturgique que nous commençons, et qu’elle nous aide à accomplir la tâche des disciples de Jésus, indiquée par l’apôtre Pierre. Et quelle est cette tâche? Rendre compte de l’espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15).




ANGÉLUS, Dimanche 6 décembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’Evangile de ce dimanche (Mc 1, 1-8) présente la figure et l’œuvre de Jean-Baptiste. Il a indiqué à ses contemporains un itinéraire de foi semblable à celui que l’Avent nous propose, nous qui nous préparons à recevoir le Seigneur à Noël. Cet itinéraire de foi est un chemin de conversion. Que signifie le mot «conversion»? Dans la Bible, cela veut tout d’abord dire changer de direction et d’orientation; et donc aussi changer notre façon de penser. Dans la vie morale et spirituelle, se convertir signifie se tourner du mal vers le bien, du péché vers l’amour de Dieu. C’est ce qu’enseignait jean-Baptiste, qui dans le désert de Judée «proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés» (v. 4). Recevoir le baptême était le  signe extérieur et visible de la conversion de ceux qui écoutaient sa prédication et qui se décidaient à faire pénitence. Ce baptême avait lieu  par l’immersion dans le Jourdain, dans l’eau, mais il était inutile, il n’était qu’un signe et était inutile  s’il n’y avait pas la disponibilité à se repentir et à  changer de vie.
La conversion comporte la douleur pour les péchés commis, le désir de s’en libérer, l’intention  de les exclure pour toujours de sa vie. Pour exclure le péché, il aussi faut refuser  tout ce qui est lié à lui, les choses qui sont liées au péché et qu’il faut refuser: la mentalité mondaine, l’estime excessive du confort, l’estime excessive du plaisir, du bien-être, des richesses. L’exemple de ce détachement nous est donné encore une fois dans l’Evangile d’aujourd’hui par  la figure de Jean- Baptiste: un homme austère, qui renonce au superflu et recherche l’essentiel. Tel est le premier aspect de la conversion: détachement du péché et de la mondanité. Commencer un chemin de détachement vis-à-vis de ces choses.
L’autre aspect de la conversion est la fin du chemin, c’est-à-dire la recherche de Dieu et de son royaume. Le détachement  des choses mondaines et la recherche de Dieu et de son Royaume. L’abandon du confort et de la mentalité mondaine n’est pas une fin en soi, ce n’est pas une ascèse seulement pour faire pénitence, le chrétien n’est pas «un fakir». C’est   autre chose. Le détachement n’est pas une fin en soi, mais il vise à l’obtention   de quelque chose de plus grand, c’est-à-dire le royaume de Dieu, la communion avec Dieu, l’amitié avec Dieu. Mais cela n’est pas facile, car de nombreux liens  nous relient au péché, et ce n’est pas facile... La tentation nous tire toujours vers le bas, de même que les liens qui nous rattachent  au péché:  l’inconstance, le découragement, la malice, les environnements nocifs, les mauvais exemples. Parfois l’élan que nous ressentons pour le Seigneur est trop faible et il semble presque que Dieu se taise; ses promesses de consolation, comme l’image du pasteur attentif et zélé, qui retentit aujourd’hui dans la lecture d’Isaïe (cf. Is 40, 1.11), nous semblent lointaines et irréelles. On est  alors tentés de dire qu’il est impossible de se convertir vraiment. Combien de fois avons-nous senti ce découragement: «Non, je n’y arrive pas, je commence un peu et puis je rebrousse chemin». Et cela n’est pas bien. Mais c’est possible, c’est possible. Quand cette pensée du découragement  te vient à l’esprit, ne reste pas là, car ce sont des «sables mouvants», les sables mouvants d’une existence médiocre. C’est cela la médiocrité. Que peut-on faire dans ces cas, quand on voudrait avancer mais que l’on sent que l’on n’y arrive pas? Avant tout, nous souvenir que la conversion est une grâce, personne ne peut se convertir par ses propres forces. C’est une grâce que te donne le Seigneur, il faut donc la demander  à Dieu avec force, demander à Dieu qu’Il nous  convertisse, que nous puissions  vraiment nous convertir, dans la mesure où nous nous ouvrons à la beauté, à la bonté, à la tendresse de Dieu. Pensez à la tendresse de Dieu. Dieu n’est pas un père mauvais, un père méchant, non. Il est tendre, il nous aime beaucoup, comme le Bon Pasteur qui cherche la dernière brebis  de son troupeau. Il est amour et  c’est cela la conversion: une grâce de Dieu: Tu commences à marcher, parce que c’est Lui qui t’incite à marcher,  et tu verras qu’Il arrivera. Prie, marche, et tu feras toujours un pas en avant.
Que la Très Sainte Vierge, que nous célébrerons après-demain comme l’Immaculée, nous aide à nous détacher toujours plus du péché et des mondanités, pour nous ouvrir à Dieu, à sa parole, à son amour qui régénère et qui sauve.



ANGÉLUS, Mardi 8 décembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
La fête liturgique d’aujourd’hui célèbre l’une des merveilles de l’histoire du salut: l’Immaculée Conception de la Vierge Marie. Elle aussi a été sauvée par le Christ, mais d’une manière extraordinaire, car Dieu a voulu que dès l’instant de sa conception, la mère de son Fils ne soit pas touchée par la misère du péché. Tout au  cours de sa vie terrestre, Marie a donc été libre de toute tache de péché, a elle a été la «pleine de grâce» (Lc 1, 28), comme l'ange l'appela,  et elle a joui d’une action particulière de l’Esprit Saint, pour pouvoir toujours rester dans sa relation parfaite avec son fils Jésus; elle était même la disciple de Jésus: la Mère et la disciple. Mais le péché n'était pas en Elle.
Dans l’hymne magnifique qui ouvre la Lettre aux Ephésiens (cf.  1, 3-6.11-12), saint Paul nous fait comprendre que chaque être humain est créé par Dieu pour cette plénitude de sainteté, pour cette beauté dont la Vierge a été revêtue dès le début. Le but auquel nous sommes appelés est également pour nous un don de Dieu, qui — nous dit l’apôtre — nous a «élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés» (v. 4); il nous a prédestinés (cf. v. 5), dans le Christ, à être un jour totalement libres du péché. Voilà ce qu'est la grâce, elle est gratuite, elle est un don de Dieu.
Et ce qui pour Marie a été au début, sera pour nous à la fin, après être passés à travers le «bain» purificateur de la grâce de Dieu. Ce qui nous ouvre la porte du paradis est la grâce de Dieu, que nous avons reçue avec fidélité. Tous les saints et les saintes ont parcouru cette voie. Même les plus innocents étaient  cependant marqués par le péché originel et ils ont lutté de toutes leurs forces contre ses conséquences. Ils sont passés à travers la  «porte étroite» qui conduit à la vie (cf. Lc 13, 24). Et vous, savez-vous quel est le premier qui, nous en avons la certitude, est entré au paradis, le savez-vous? Un «bon à rien»: l’un des deux hommes qui furent crucifiés avec Jésus. Il s’adresse à Lui en disant: «Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton royaume». Et Jésus répondit: «Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis» (Lc 23, 42-43). Frères et sœurs, la grâce de Dieu est offerte à tous; et beaucoup de ceux qui sont les derniers sur cette terre, seront les premiers au ciel (cf. Mc 10, 31).
Mais attention. Il ne faut pas faire les malins: renvoyer sans cesse un examen sérieux de sa propre vie, en profitant de la patience du Seigneur – Il est patient, Il nous attend, Il est toujours là pour nous donner la grâce – . Nous pouvons tromper les hommes, mais pas Dieu, Il connaît notre cœur mieux que nous-mêmes. Profitons du moment présent! Tel est le sens chrétien du fait de profiter du jour: ne pas jouir de la vie dans l’instant qui fuit, non, c’est là le sens mondain. Mais il faut saisir l’aujourd’hui  pour dire «non» au mal et «oui» à Dieu; s’ouvrir à sa grâce; arrêter finalement de se replier sur soi-même en glissant  dans l’hypocrisie. Regarder en face sa propre réalité, comme nous sommes; reconnaître que nous n’avons pas aimé Dieu et que nous n'avons pas aimé notre prochain comme nous le devions, et le confesser. Cela est commencer un chemin de conversion en demandant tout d’abord pardon à Dieu dans le sacrement de la réconciliation, et ensuite réparer le mal fait aux autres. Mais toujours ouverts à la grâce. Le Seigneur frappe à notre porte, il frappe à notre cœur pour se lier d'amitié avec nous, en communion, pour nous donner le salut.
Voilà quelle est pour nous la route pour devenir «saints et immaculés». La beauté incontaminée de notre Mère est inimitable, mais, dans le même temps, elle nous attire. Confions-nous à elle, et disons une fois pour toutes «non» au péché et «oui» à la Grâce.



ANGÉLUS, Dimanche 13 décembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’invitation à la joie est caractéristique du temps de l’Avent: l’attente de la naissance de Jésus, l’attente que nous vivons est joyeuse, un peu comme lorsque nous attendons la visite d’une personne que nous aimons beaucoup, par exemple un ami que nous ne voyons plus depuis longtemps, un parent… Nous sommes dans une attente joyeuse. Et cette dimension de la joie apparaît surtout aujourd’hui, troisième dimanche, qui s’ouvre sur l’exhortation de saint Paul «Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur» (Antienne d’entrée; cf. Ph 4, 4.5). « Réjouissez-vous! ». La joie chrétienne. Et quelle est la raison de cette joie? Que «le Seigneur est proche» (v. 5). Plus le Seigneur est proche de nous, plus nous sommes dans la joie; plus Il est loin, plus nous sommes dans la tristesse. C’est une règle pour les chrétiens. Un jour, un philosophe a dit plus ou moins ceci: «Je ne comprends pas comment on peut croire aujourd’hui, parce que ceux qui disent croire ont un visage de veillée funèbre. Ils ne témoignent pas de la joie de la résurrection de Jésus Christ ». Tant de chrétiens ont ce visage, oui, un visage de veillée funèbre, le visage de la tristesse… Mais le Christ est ressuscité! Le Christ t’aime! Et tu n’as pas de joie? Réfléchissons un peu à cela et disons: « Est-ce que j’éprouve de la joie parce que le Seigneur est proche de moi, parce que le Seigneur m’aime, parce que le Seigneur m’a racheté? »
L’Evangile selon Jean nous présente aujourd’hui le personnage biblique qui – à l’exception de Marie et de saint Joseph – a le premier et le plus vécu l’attente du Messie et la joie de le voir arriver: nous parlons naturellement de Jean-Baptiste (cf. Jn 1, 6- 8.19-28).
L’évangéliste le présente de manière solennelle: «Un homme est venu envoyé par Dieu […]. Il est venu comme témoin pour rendre témoignage à la lumière» (vv. 6-7). Jean-Baptiste est le premier témoin de Jésus à travers la parole et le don de sa vie. Tous les Evangiles sont unanimes lorsqu’ils montrent comment il a accompli sa mission en désignant Jésus comme le Christ, l’Envoyé de Dieu promis par les prophètes. Jean était un leader de son temps. Sa renommée s’était répandue dans toute la Judée et au-delà, jusqu’en Galilée. Mais il ne céda pas même un instant à la tentation d’attirer l’attention sur lui: il orientait toujours vers Celui qui allait venir. Il disait: «Pour lui, je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa sandale» (v. 27). Il indiquait toujours le Seigneur. Comme la Vierge Marie: elle indique toujours le Seigneur: «Faites ce qu’il vous dira». Le Seigneur est toujours au centre. Les saints sont autour et ils indiquent le Seigneur. Et ceux qui n’indiquent pas le Seigneur ne sont pas saints!
Voilà la première condition de la joie chrétienne: se décentrer de soi-même et mettre Jésus au centre. Ce n’est pas une aliénation, parce que Jésus est effectivement le centre, il est la lumière qui donne tout son sens à la vie de chaque homme et de chaque femme qui vient dans ce monde. C’est le dynamisme même de l’amour, qui me conduit à sortir de moi, non pas pour me perdre, mais pour me retrouver alors que je me donne, alors que je cherche le bien de l’autre.
Jean-Baptiste a parcouru un long chemin pour arriver à rendre témoignage à Jésus. Le chemin de la joie n’est pas une promenade. Il faut du travail pour être toujours dans la joie. Jean a tout quitté, dès son plus jeune âge, pour mettre Dieu à la première place, pour écouter sa Parole de tout son cœur et de toutes ses forces. Jean s’est retiré au désert, se dépouillant de tout ce qui était superflu, pour être plus libre de suivre le vent de l’Esprit Saint. Bien sûr, certains traits de sa personnalité sont uniques, inimitables, impossibles à proposer à tout le monde. Mais son témoignage est paradigmatique pour quiconque désire chercher le sens de sa vie et trouver la vraie joie. En particulier, Jean-Baptiste est un modèle pour ceux qui, dans l’Eglise, sont appelés à annoncer le Christ aux autres: ils ne peuvent le faire que dans le détachement d’eux-mêmes et de la mondanité, non pas en attirant les gens à eux, mais en les orientant vers Jésus. Voilà la joie: orienter vers Jésus. Et la joie doit être la caractéristique de notre foi. Même dans les moments sombres, cette joie intérieure, de savoir que le Seigneur est avec moi, que le Seigneur est avec nous, que le Seigneur est ressuscité. Le Seigneur! Le Seigneur! Le Seigneur! Voilà le centre de notre vie et voilà le centre de notre joie. Pensez-y bien aujourd’hui: comment est-ce que je me comporte? Suis-je une personne joyeuse qui sait transmettre la joie d’être chrétien, ou suis-je toujours comme ces personnes tristes, qui, comme je l’ai dit auparavant, semblent être à une veillée funèbre? Si je n’ai pas la joie de ma foi, je ne pourrai pas témoigner et d’autres diront: « Mais si la foi est triste à ce point, mieux vaut ne pas l’avoir ».
En récitant à présent l’Angelus, nous voyons tout cela pleinement réalisé dans la Vierge Marie: elle a attendu en silence la Parole de salut de Dieu; elle l’a écoutée, elle l’a accueillie, elle l’a conçue. En Elle, Dieu s’est fait proche. C’est pourquoi l’Eglise appelle Marie : « Cause de notre joie ».




ANGÉLUS, Dimanche 20 décembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
En ce quatrième et dernier dimanche de l’Avent, l’Evangile nous repropose le récit de l’Annonciation. «Réjouis-toi», dit l’ange à Marie, «voici que tu vas concevoir et enfanter un fils; tu lui donneras le nom de Jésus» (Lc 1, 28.31). Cela semble une annonce de pure joie, destinée à rendre la Vierge heureuse: qui parmi les femmes de l'époque ne rêvait pas de devenir la mère du Messie? Mais, en même temps que la joie, ces paroles annoncent à Marie une grande épreuve. Pourquoi? Parce qu’à ce moment-là elle était «fiancée» (v. 27) à Joseph. Dans ce type de situation, la Loi de Moïse établissait qu’il ne devait pas y avoir de rapports et de cohabitation. Donc, en ayant un fils, Marie aurait enfreint la Loi, et les peines étaient terribles pour les femmes: la lapidation était prévue (cf. Dt 22,20-21). Le message divin aura certainement rempli le cœur de Marie de lumière et de force; cependant, elle se retrouvait face à un choix crucial: dire «oui» à Dieu en risquant tout, y compris sa vie, ou alors décliner l’invitation et poursuivre son chemin ordinaire.
Que fait-elle? Elle répond ainsi: «Que tout m’advienne selon ta parole» (Lc 1, 38). Advienne (fiat). Mais dans la langue dans laquelle l’Evangile est écrit ce n'est pas simplement un «qu'il en soit ainsi». L’expression verbale indique un désir fort, elle indique la volonté que quelque chose se réalise. En d’autres termes, Marie ne dit pas: «Si cela doit advenir, que cela advienne… si on ne peut pas faire autrement…». Ce n'est pas de la résignation. Elle n’exprime pas une acceptation faible et soumise, elle exprime un désir fort, un désir vif. Elle n’est pas passive, elle est active. Elle ne subit pas Dieu, elle adhère à Dieu. C’est une amoureuse disposée à servir  en tout et immédiatement son Seigneur. Elle aurait pu demander un peu plus de temps pour y penser, ou bien plus d’explications sur ce qui allait se passer; voire même poser des conditions… En revanche, elle ne prend pas de temps, elle ne fait pas attendre Dieu, elle ne reporte pas.
Combien de fois — pensons à nous maintenant — combien de fois notre vie est faite de reports, même notre vie spirituelle! Par exemple, je sais que cela me fait du bien de prier, mais aujourd’hui je n’ai pas le temps… «demain, demain, demain, demain…». Nous renvoyons les choses: je le ferai demain. Je sais qu’aider quelqu'un est important — oui, je dois le faire: je le ferai demain. C’est la même chaîne des demains... Reporter les choses. Aujourd’hui, au seuil de Noël, Marie nous invite à ne pas remettre à plus tard, à dire «oui». «Je dois prier?», «Oui, et je prie». «Je dois aider les autres? Oui». Comment faire? Je le fais. Sans reporter. Chaque «oui» coûte. Chaque «oui» coûte, mais toujours moins que ce que coûta  ce «oui» courageux à Marie, ce «oui» immédiat, ce «que tout m’advienne selon ta parole» qui nous a apporté le salut.
Et nous, quel «oui» pourrions-nous dire? En ces temps difficiles, au lieu de nous plaindre de ce que la pandémie nous empêche de faire, faisons quelque chose pour ceux qui ont moins: non pas un énième cadeau pour nous et pour nos amis, mais pour une personne dans le besoin à laquelle personne ne pense! Et un autre conseil: pour que Jésus naisse en nous, préparons notre cœur, allons prier. Ne nous laissons pas «conduire» par le consumérisme: «Je dois acheter les cadeaux, je dois faire ceci et cela…». Cette frénésie de faire tant de choses… l’important est Jésus. Le consumérisme, frères et sœurs, a pris en ôtage notre Noël. Le consumérisme n’est pas dans la mangeoire de Bethléem: là, il y a  la réalité, la pauvreté, l’amour. Préparons notre cœur comme l’a fait Marie: libéré du mal, accueillant, prêt à accueillir Dieu.
«Que tout m’advienne selon ta parole». C’est la dernière phrase de la Vierge en ce dernier dimanche de l’Avent, et c’est l’invitation à faire un pas concret vers Noël. Car si la naissance de Jésus ne touche pas notre vie — la mienne, la tienne, toutes — si elle ne touche pas la vie, elle est en vain. Dans l’Angelus, nous allons dire nous aussi à présent «que tout m’advienne selon ta parole»: que la Vierge Marie nous aide à le dire à travers notre vie, à travers notre attitude de ces derniers jours, pour bien nous préparer à Noël




ANGÉLUS, Samedi 26 décembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Hier, l’Evangile parlait de Jésus comme de «la vraie lumière» venue dans le monde, une lumière qui «brille dans les ténèbres» et «les ténèbres n’ont pas vaincue» (Jn 1, 9.5). Aujourd’hui, nous voyons le témoin de Jésus, saint Etienne, briller dans les ténèbres. Les témoins brillent de la lumière de Jésus, ils n’ont pas de lumière propre. L’Eglise n’a pas non plus de lumière propre; c'est pour cette raison que les antiques pères  appelaient l’Eglise: «Le mystère de la lune». Tout comme la lune n’a pas de lumière propre, les témoins n’ont pas de lumière propre, ils sont capables de prendre la lumière de Jésus et de la refléter. Etienne est faussement accusé et lapidé brutalement, mais dans les ténèbres de la haine, dans ce tourment de lapidation, il fait resplendir la lumière de Jésus: il prie pour ses assassins et il leur pardonne, comme Jésus sur la croix. Il est le premier martyr, c’est-à-dire le premier témoin, le premier d’une multitude de frères et sœurs qui, jusqu’à aujourd’hui, continuent à apporter la lumière dans les ténèbres: des personnes qui répondent au mal par le bien, qui ne cèdent pas à la violence ni au mensonge, mais qui brisent la spirale de la haine par la douceur de l’amour. Ces témoins allument l’aube de Dieu dans les nuits du monde.
Mais comment devient-on témoin? En imitant Jésus, en prenant la lumière de Jésus. Tel est le chemin pour chaque chrétien: imiter Jésus, prendre la lumière de Jésus. Saint Etienne nous donne l’exemple: Jésus est venu pour servir et non pour être servi (cf. Mc 10, 45), et il vit pour servir et non pour être servi, et il vient pour servir: Etienne a été élu diacre, il devient diacre, c’est-à-dire serviteur, et il assiste les pauvres à table (cf. Ac 6, 2). Il essaie d’imiter le Seigneur chaque jour et il le fait même à la fin: comme Jésus, il est capturé, condamné et tué hors de la ville et, comme Jésus, il prie et il pardonne. Tandis qu’il est lapidé, il dit: «Seigneur, ne leur impute pas ce péché» (7, 60). Etienne est un témoin parce qu’il imite Jésus.
Cependant, une question pourrait se poser: ces témoignages de bonté servent-ils vraiment alors que la méchanceté se répand dans le monde? A quoi cela sert-il de prier et de pardonner? Juste à donner un bon exemple? Mais à quoi cela sert-il? Non, il y a bien plus. Nous le découvrons à un détail. Parmi ceux pour lesquels Etienne priait et à qu’il a pardonnés, il y avait, selon le texte, «un jeune homme, appelé Saul» (v. 58), qui «approuvait son meurtre» (8, 1). Peu après, par la grâce de Dieu, Saul se convertit, reçoit la lumière de Jésus, l’accepte, se convertit et devient Paul, le plus grand missionnaire de l’histoire. Paul est né précisément de la grâce de Dieu, mais par le pardon d’Etienne, par le témoignage d’Etienne. Voici la semence de sa conversion. C’est la preuve que les gestes d’amour changent l’histoire: même ceux qui sont petits, cachés, quotidiens. Parce que Dieu guide l’histoire à travers l’humble courage de qui prie, aime et pardonne. Beaucoup de saints cachés, les saints de la porte à côté, témoins de vie cachés, changent l’histoire à travers de petits gestes d’amour.
Etre témoins de Jésus vaut également pour nous. Le Seigneur veut que nous fassions de la vie une œuvre extraordinaire à travers des gestes ordinaires, les gestes de tous les jours. Là où nous vivons, en famille, au travail, partout, nous sommes appelés à être témoins de Jésus, ne serait-ce qu’en donnant la lumière d’un sourire, une lumière qui n’est pas la nôtre: elle est de Jésus, et même tout simplement en fuyant les ombres des bavardages et des commérages. Et puis, quand nous voyons quelque chose qui ne va pas, au lieu de critiquer, de bavarder et de nous  plaindre, prions pour celui qui a commis une erreur et pour cette situation difficile. Et quand une discussion surgit à la maison, au lieu d’essayer de l’emporter, essayons de désamorcer; et de recommencer à chaque fois, en pardonnant celui qui a offensé. Des petites choses, mais elles changent l’histoire, parce qu’elles ouvrent la porte, elles ouvrent la fenêtre à la lumière de Jésus. Saint Etienne, alors qu'il recevait les pierres de la haine, a répondu par des paroles de pardon. Ainsi, il  a donc changé l’histoire. Nous aussi, nous pouvons changer le mal en bien tous les jours, comme le suggère un beau proverbe, qui dit: «Fais comme le palmier: on lui jette des pierres et il fait tomber des dattes».
Prions aujourd’hui pour ceux qui souffrent des persécutions pour le nom de Jésus. Malheureusement, ils sont nombreux. Ils sont plus nombreux que pendant les premiers temps de l’Eglise. Confions ces frères et sœurs à la Vierge, pour qu’ils répondent à l’oppression par la douceur et qu’en véritables témoins de Jésus, ils soient vainqueurs du mal par le bien.




ANGÉLUS, Dimanche 27 décembre 2020
Chers frères et sœurs, bonjour!
Quelques jours après Noël, la liturgie nous invite à fixer notre regard sur la Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. Il est  beau de réfléchir sur le fait que le Fils de Dieu ait voulu avoir besoin, comme tous les enfants, de la chaleur d’une famille. C’est précisément pour cette raison, parce qu'elle est la famille de Jésus, celle de Nazareth est la famille-modèle, dans laquelle toutes les familles du monde peuvent trouver leur point de référence sûr et une inspiration sûre. Le printemps de la vie humaine du Fils de Dieu a germé à Nazareth, au moment où il a été conçu par l’œuvre de l’Esprit Saint dans le sein virginal de Marie. Entre les murs hospitaliers de la maison de Nazareth  l’enfance de Jésus s’est déroulée dans la joie, entourée de la sollicitude paternelle de Marie et du soin de Joseph, dans lequel Jésus a pu voir la tendresse de Dieu (cf. Lettre apostolique Patris corde, n. 2).
A l’imitation de la Sainte Famille, nous sommes appelés à redécouvrir la valeur éducative de la cellule familiale: celle-ci doit être fondée sur l’amour qui régénère toujours les relations en ouvrant des horizons d’espérance. En famille, on peut faire l’expérience d’une communion sincère quand elle est une maison de prière, lorsque les liens d'affection sont sérieux, profonds et purs, lorsque le pardon l’emporte sur les discordes, lorsque la dureté quotidienne de la vie est adoucie par une tendresse mutuelle et par une adhésion sereine à la volonté de Dieu. De cette manière, la famille s’ouvre à la joie que Dieu donne à tous ceux qui savent donner avec joie. Dans le même temps, elle trouve l’énergie spirituelle pour s’ouvrir à l’extérieur, aux autres, au service de ses frères, à la collaboration pour la construction d’un monde toujours nouveau et meilleur; et donc capable de se faire porteuse de stimuli positifs; la famille évangélise à travers l’exemple de sa vie. C’est vrai, dans chaque famille, il y a des problèmes, et  parfois aussi  on se dispute: «Père, je me suis disputé.. » — nous sommes humains, nous sommes faibles, et nous nous sommes tous quelquefois disputés en famille. Je vais vous dire une chose: si on se dispute en famille, que la journée ne finisse pas sans qu’on ait fait la paix. «Oui, je me suis disputé», mais avant de finir la journée, fais la paix. Et tu sais pourquoi? Parce que la guerre froide du lendemain est très dangereuse. Elle n’aide pas. Et puis en famille, il y a trois mots, trois mots qu'il faut toujours garder: «Est-ce que je peux? Merci. Excuse-moi». «Est-ce que je peux?», pour ne pas être envahissant dans la vie des autres. «Est-ce que je peux faire ceci? Il te semble que je peux faire cela?». «S’il te plaît». Toujours, ne pas être envahissant. «Est-ce que je peux?», le premier mot. «Merci!»: pour les nombreuses aides, les nombreux services qu’on se rend en famille. Toujours remercier. La gratitude, c’est le sang de l’âme noble. «Merci!». Et ensuite, la plus difficile à dire: «Excuse-moi!». Parce qu’il nous arrive toujours de faire de mauvaises choses et parfois certains se sentent  offensés pour cela. « Excuse-moi!», «Excuse-moi!». N’oubliez pas les trois mots: « Est-ce que je peux? Merci! Excuse-moi!». Si dans une famille, dans l’environnement familial, il y a ces trois mots, la famille se porte bien.
C’est à l’exemple d’évangéliser par la famille que nous appelle la fête d’aujourd’hui, en nous proposant à nouveau l’idéal de l’amour conjugal et familial, comme cela a été souligné dans l’exhortation apostolique Amoris laetitia, dont le cinquième anniversaire de la promulgation aura lieu le 19 mars prochain. Et il y aura une année de réflexion sur Amoris laetitia, et ce sera une occasion pour approfondir les contenus du document [19 mars 2021-juin 2022].
Ces réflexions seront mises à la disposition des communautés ecclésiales et des familles pour les accompagner sur leur chemin. Dès à présent, j’invite tout le monde à adhérer aux initiatives qui seront promues au cours de cette Année et qui seront coordonnées par le Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie. Confions à la Sainte Famille de Nazareth, en particulier à saint Joseph, époux et père plein de sollicitude, ce chemin avec les familles du monde entier.
Que la Vierge Marie, à qui nous nous adressons maintenant par la prière de l’Angelus, obtienne aux familles du monde entier d’être toujours plus fascinées par l’idéal évangélique de la Sainte Famille, afin de devenir le ferment d’une nouvelle humanité et d’une solidarité concrète et universelle.