ANGÉLUS, Dimanche 7 février 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Nous voilà à nouveau sur la place! L’Evangile d’aujourd’hui (cf. Mc 1, 29-39) présente la guérison par Jésus de la belle-mère de Pierre et ensuite de nombreux autres malades et personnes qui souffrent, qui se resserrent autour de lui. La guérison de la belle-mère de Pierre est la première guérison physique racontée par Marc: la femme était au lit avec de la fièvre; l’attitude et le geste de Jésus envers elle sont emblématiques: «Il s’approcha d’elle et la fit se lever, la prenant par la main» (v. 31), note l’évangéliste. Il y a beaucoup de douceur dans cet acte simple, qui semble presque naturel: «La fièvre la quitta et elle les servait » (ibid.). Le pouvoir de guérison de Jésus ne rencontre aucune résistance; et la personne guérie reprend sa vie normale, en pensant immédiatement aux autres et non à elle-même —, cela est significatif, c’est un signe de vraie «santé»!
Ce jour-là était un samedi. Les gens du village attendent le coucher du soleil et ensuite, lorsque l’obligation de repos est terminée, ils sortent et amènent à Jésus tous les malades et les possédés. Et Il les guérit, mais il interdit aux démons de révéler qu’il est le Christ (cf. vv. 32-34). Dès le début, Jésus montre donc sa prédilection pour les personnes qui souffrent dans leur corps et dans leur esprit: c’est une prédilection de Jésus de s'approcher des personnes qui souffrent dans leur corps ou dans leur esprit. C’est la prédilection du Père, qu’Il incarne et manifeste à travers des œuvres et des mots. Ses disciples en ont été les témoins oculaires; ils ont vu cela et, ensuite, ils en ont témoigné. Mais Jésus n’a pas voulu qu’ils soient seulement les spectateurs de sa mission: il les a fait participer, il les a envoyés, il leur a aussi donné le pouvoir de guérir les malades et de chasser les démons (cf. Mt 10, 1; Mc 6, 7). Et cela s’est poursuivi sans interruption dans la vie de l’Eglise, jusqu’à aujourd’hui. Et cela est important. Prendre soin des malades de toutes sortes n’est pas une «activité optionnelle» pour l’Eglise, non! Non ce n’est pas quelque chose d’accessoire, non. Prendre soin des malades de toutes sortes fait partie intégrante de la mission de l’Eglise, comme cela l’était pour celle de Jésus. Cette mission est d’apporter la tendresse de Dieu à l’humanité souffrante. C’est ce que nous rappellera dans quelques jours le 11 février, la journée mondiale du malade. La réalité que nous sommes en train de vivre dans le monde entier à cause de la pandémie rend ce message particulièrement actuel, cette mission essentielle de l’Eglise. La voix de Job, qui retentit dans la liturgie d’aujourd’hui, devient une fois encore l’interprète de notre condition humaine, si haute en dignité — notre condition humaine, très haute en dignité — et en même temps si fragile. Face à cette réalité, naît toujours cette question dans notre cœur: «pourquoi?».
Et à cette question, Jésus, le Verbe incarné, ne répond pas par une explication — à ce «pourquoi» nous sommes si hauts en dignité et si fragiles dans notre condition, Jésus ne répond pas par une explication — mais par une présence d’amour qui se penche, qui prend par la main et aide à se relever, comme il l’a fait avec la belle-mère de Pierre (cf. Mc 1, 31). Se pencher pour aider l'autre à se relever. N’oublions pas que la seule façon licite de regarder une personne de haut en bas, c’est lorsque tu tends la main pour l’aider à se relever. La seule. Et c’est la mission que Jésus a confiée à l’Eglise. Le Fils de Dieu manifeste sa Seigneurie non pas «d’en haut vers le bas», non pas à distance, mais en se penchant, en tendant la main. Il manifeste sa Seigneurie dans la proximité, dans la tendresse, et dans la compassion. Proximité, tendresse, compassion sont le style de Dieu. Dieu se fait proche et il se fait proche avec tendresse et avec compassion. Combien de fois ne lit-on pas dans l’Evangile, face à un problème de santé ou à un problème: «Il en eut compassion». La compassion de Jésus, la proximité de Dieu en Jésus est le style de Dieu. L’Evangile d’aujourd’hui nous rappelle également que cette compassion plonge ses racines dans la relation intime avec le Père. Pourquoi? Avant l’aube et après le coucher du soleil, Jésus se retirait et restait seul pour prier (v. 35). C'est de là qu'il puisait la force d’accomplir son ministère, en prêchant et en accomplissant des guérisons.
Que la Sainte Vierge nous aide à nous laisser guérir par Jésus — nous en avons toujours besoin, tous — pour pouvoir être à notre tour témoins de la tendresse de Dieu qui guérit.
ANGÉLUS, Dimanche 14 février 2021
L’Evangile d’aujourd’hui (cf. Mc 1, 40-45) nous présente la rencontre entre Jésus et un homme malade de la lèpre. Les lépreux étaient considérés impurs, et selon les prescriptions de la Loi, ils devaient rester hors du centre habité. Ils étaient exclus de toute relation humaine, sociale et religieuse: par exemple, ils ne pouvaient pas entrer dans une synagogue, il ne pouvaient pas entrer dans le temple, même religieusement. Jésus, en revanche, se laisse approcher par cet homme, il s’émeut, il étend même sa main et le touche. Une chose impensable à cette époque. Ainsi, Il réalise la Bonne Nouvelle qu’il annonce: Dieu s’est fait proche de notre vie, il a de la compassion pour le sort de l’humanité blessée et il vient abattre toute barrière qui nous empêche de vivre la relation avec Lui, avec les autres et avec nous-mêmes. Il s’est fait proche… Proximité. Souvenez-vous bien de ce mot, proximité. Compassion: l’Evangile dit qu’en voyant le lépreux, Jésus en eut compassion. Et tendresse. Trois mots qui indiquent le style de Dieu: proximité, compassion, tendresse. Dans cet épisode nous pouvons voir deux «transgressions» qui se rencontrent: la transgression du lépreux qui s’approche de Jésus — il n’avait pas le droit de le faire — et Jésus qui, animé par la compassion, le touche avec tendresse pour le guérir — et il ne pouvait pas le faire. Tous les deux sont des transgresseurs. Ce sont deux transgressions.
La première transgression est celle du lépreux: malgré les prescriptions de la Loi, il sort de son isolement et vient audevant de Jésus. Sa maladie était considérée comme un châtiment divin, mais, en Jésus, il peut voir un autre visage de Dieu: non pas le Dieu qui punit, mais le Père de la compassion et de l’amour, qui nous libère du péché et jamais ne nous exclut de sa miséricorde. Ainsi, cet homme peut sortir de l’isolement, parce qu’en Jésus il trouve Dieu qui partage sa souffrance. L’attitude de Jésus l’attire, le pousse à sortir de lui-même et à Lui confier son histoire douloureuse.
Et permettez-moi ici une pensée pour les si nombreux et bons prêtres confesseurs qui ont cette attitude: d’attirer les gens, les nombreuses personnes qui se sentent nulles, qui se sentent «par terre» à cause de leurs péchés… Mais avec tendresse, avec compassion… Ce sont de bons confesseurs qui n’ont pas de fouet à la main, mais qui sont là seulement pour recevoir, écouter, et dire que Dieu est bon et que Dieu pardonne toujours, que Dieu ne se lasse pas de pardonner. Je demande aujourd’hui à vous tous ici sur la place, d’applaudir ces confesseurs miséricordieux, tous. [applaudissements]
La deuxième transgression est celle de Jésus: alors que la Loi interdisait de toucher les lépreux, Il s’émeut, il tend la main et il le touche pour le guérir. On pourrait dire: il a péché, il a fait ce que la loi interdit, c’est un transgresseur. C’est vrai, c’est un transgresseur. Il ne se limite pas aux paroles, mais il le touche. Et toucher avec amour signifie établir une relation, entrer en communion, s’impliquer dans la vie de l’autre jusqu’à en partager aussi les blessures. Par ce geste, Jésus montre que Dieu n’est pas indifférent, il ne se tient pas à «distance de sécurité»; au contraire, il s’approche avec compassion et il touche notre vie pour la guérir avec tendresse. C’est le style de Dieu: proximité, compassion et tendresse. La transgression de Dieu; il est un grand transgresseur dans ce sens.
Frères et sœurs, aujourd’hui encore dans le monde, un grand nombre de nos frères souffrent de cette maladie, de la maladie Hansen, ou d’autres maladies et conditions auxquelles on associe hélas un préjugé social. «C’est un pécheur!». Pensez à ce moment (cf. Lc 7, 36-50) quand cette femme est entrée au banquet et a versé du parfum sur les pieds de Jésus. Les autres disaient: «Si cet homme était un prophète, il serait conscient, il saurait qui est cette femme: une pécheresse». Le mépris. Au contraire Jésus accueille, et il remercie même: «Tes péchés te sont pardonnés». La tendresse de Jésus. Et le préjugé social d’éloigner les gens avec ces mots: «C’est un impur, c’est un pécheur, c’est un imposteur…». Oui, parfois c’est vrai, mais il ne faut pas préjuger. Il peut arriver à chacun de nous d’expérimenter des blessures, des échecs, des souffrances, des égoïsmes qui nous ferment à Dieu et aux autres, car le péché nous enferme en nous-mêmes, par honte, par humiliation, mais Dieu veut ouvrir notre cœur. Face à tout cela, Jésus nous annonce que Dieu n’est pas une idée ou une doctrine abstraite, mais Dieu est Celui qui se «contamine» avec notre humanité blessée et qui n’a pas peur d’entrer en contact avec nos plaies. «Mais, père, que dites-vous? Que Dieu se contamine?». Ce n’est pas moi qui le dis, c’est saint Paul: il s’est fait péché (cf. 2 Co 5, 21). Lui qui n’est pas pécheur, qui ne peut pas pécher, s’est fait péché. Regardez comment Dieu s’est contaminé pour s’approcher de nous, pour avoir compassion et pour faire comprendre sa tendresse. Proximité, compassion et tendresse.
Pour respecter les règles de la bonne réputation et des habitudes sociales, nous faisons souvent taire notre douleur ou bien nous revêtons des masques qui la camouflent. Pour faire concorder les calculs de nos égoïsmes ou les lois intérieures de nos peurs, nous ne nous impliquons pas trop dans les souffrances des autres. Demandons au contraire au Seigneur la grâce de vivre ces deux «transgressions» de l’Evangile d’aujourd’hui. Celle du lépreux, pour que nous ayons le courage de sortir de notre isolement et, au lieu de rester là à nous plaindre ou à pleurer nos échecs, les plaintes, allons à Jésus tels que nous sommes: «Seigneur, je suis ainsi». Nous sentirons cette étreinte, cette si belle étreinte de Jésus. Et puis la transgression de Jésus: un amour qui fait aller au-delà des conventions, qui fait dépasser les préjugés et la peur de nous mêler de la vie de l’autre. Apprenons à être des «transgresseurs» comme ces deux-là: comme le lépreux et comme Jésus.
Que la Vierge Marie, que nous invoquons à présent dans la prière de l’Angelus, nous accompagne sur ce chemin.
ANGÉLUS, Dimanche 21 février 2021
Chers frères et sœurs,
Mercredi dernier, avec le rite pénitentiel des cendres, nous avons commencé le chemin du carême. Aujourd’hui, premier dimanche de ce temps liturgique, la Parole de Dieu nous indique la voie pour vivre de façon fructueuse les quarante jours qui conduisent à la célébration annuelle de Pâques. C’est la voie suivie par Jésus, que l’Evangile résume, avec le style concis de Marc, en disant qu’avant de commencer sa prédication, Il s’est retiré pendant quarante jours au désert, où il a été tenté par Satan (cf. 1, 12-15). L’évangéliste souligne que «l’Esprit a poussé Jésus au désert» (v.12). L’Esprit Saint, descendu sur lui immédiatement après le baptême reçu de Jean au fleuve Jourdain, ce même Esprit le pousse maintenant à aller au désert, pour affronter le Tentateur, pour lutter contre le diable. Toute l’existence de Jésus est placée sous le signe de l’Esprit de Dieu, qui l’anime, l’inspire, le guide.
Mais pensons au désert. Arrêtons-nous un instant sur cet environnement, naturel et symbolique, si important dans la Bible. Le désert est le lieu où Dieu parle au cœur de l’homme et où jaillit la réponse de la prière, c’est-à-dire le désert de la solitude, le cœur détaché des autres choses et seul s’ouvre à la Parole de Dieu dans cette solitude. Mais c’est aussi le lieu de l’épreuve et de la tentation, où le Tentateur, profitant de la fragilité et des besoins humains, insinue sa voix mensongère, alternative à celle de Dieu, une voix alternative qui te fait voir une autre voie, une autre voie de tromperie. Le Tentateur séduit. En effet, pendant les quarante jours vécus par Jésus dans le désert, commence le «duel» entre Jésus et le diable, qui se conclura par la Passion et la Croix. Tout le ministère du Christ est une lutte contre le Malin dans ses multiples manifestations: guérisons des maladies, exorcismes sur les possédés, pardon des péchés. Après la première phase, pendant laquelle Jésus démontre qu’il parle et qu’il agit avec la puissance de Dieu, il semble que le diable prenne le dessus, quand le Fils de Dieu est rejeté, abandonné et, enfin, capturé et condamné à mort. Il semble que le diable soit le vainqueur. En réalité, la mort était justement le dernier «désert» à traverser pour vaincre définitivement satan et nous libérer tous de son pouvoir. Et ainsi Jésus a vaincu dans le désert de la mort pour vaincre dans la résurrection.
Chaque année, au début du carême, cet Evangile des tentations de Jésus au désert nous rappelle que la vie du chrétien, sur les traces du Seigneur, est un combat contre l’esprit du mal. Il nous montre que Jésus a volontairement affronté le Tentateur et qu’il l’a vaincu; et en même temps, il nous rappelle qu’est accordée au diable la possibilité d’agir aussi sur nous, avec les tentations. Nous devons être conscients de la présence de cet ennemi rusé, qui cherche notre condamnation éternelle, notre échec, et nous préparer à nous défendre contre lui et à le combattre. La grâce de Dieu nous assure, avec la foi, la prière et la pénitence, la victoire sur l’ennemi. Mais je voudrais souligner une chose: dans les tentations, Jésus ne dialogue jamais avec le diable, jamais. Pendant sa vie, Jésus n’a jamais eu de dialogue avec le diable, jamais. Ou il le chasse des possédés, ou il le condamne, ou bien il révèle sa malice, mais il n’y a jamais de dialogue. Et au désert, il semble parfois qu’il y ait un dialogue, parce que le diable lui fait trois propositions et Jésus répond. Mais Jésus ne répond pas par ses propres paroles. Il répond par la Parole de Dieu, par trois passages de l’Ecriture. Et c’est ce que nous devons tous faire. Quand le séducteur s’approche, commence à nous séduire: «Mais pense ceci, fais cela… ». La tentation est de dialoguer avec lui, comme Eve l’a fait; et si nous entrons en dialogue avec le diable, nous serons vaincus. Mettez-vous cela dans la tête et dans le cœur: avec le diable, on ne dialogue jamais, il n’y a pas de dialogue possible. Uniquement la Parole de Dieu.
Pendant le temps du carême, l’Esprit Saint nous pousse nous aussi, comme Jésus, à entrer au désert. Il ne s’agit pas — nous l’avons vu — d’un lieu physique, mais d’une dimension existentielle dans laquelle faire silence, nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, «afin que s’accomplisse en nous la vraie conversion» (Oraison pour la Collecte, ier dimanche de carême B). Ne pas avoir peur du désert, chercher davantage de moments de prière, de silence, pour rentrer en nous-mêmes. Ne pas avoir peur. Nous sommes appelés à marcher sur les sentiers de Dieu, en renouvelant les promesses de notre baptême: renoncer à satan, à toutes ses œuvres et à toutes ses séductions. L’ennemi est là aux aguets, faites attention. Mais ne jamais dialoguer avec lui. Nous nous confions à l’intercession maternelle de la Vierge Marie.
ANGÉLUS, Dimanche 28 février 2021
Ce deuxième dimanche de carême nous invite à contempler la transfiguration de Jésus sur la montagne, devant trois de ses disciples (cf. Mc 9, 2-10). Un peu auparavant, Jésus avait annoncé qu’à Jérusalem, il aurait beaucoup souffert, il aurait été rejeté et mis à mort. Nous pouvons imaginer ce qui a dû alors se passer dans le cœur de ses amis, de ses amis les plus intimes, ses disciples: l’image d’un Messie fort et triomphant est mise à mal, leurs rêves sont brisés et l’angoisse les assaille à la pensée que le Maître en qui ils avaient cru serait tué comme le pire des malfaiteurs. C’est précisément à ce moment-là que Jésus appelle Pierre, Jacques et Jean et les emmène avec lui sur la montagne.
L’Evangile dit: «Il les emmena, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne» (v. 2). Dans la Bible, la montagne a toujours une signification spéciale: c’est le lieu élevé, où le ciel et la terre se touchent, où Moïse et les prophètes ont fait l’expérience extraordinaire de la rencontre avec Dieu. Gravir la montagne, c’est se rapprocher un peu de Dieu. Jésus monte vers le haut avec ses trois disciples et ils s’arrêtent au sommet de la montagne. Là, il se transfigure devant eux. Son visage rayonnant et ses vêtements resplendissants, qui anticipent l’image du Ressuscité, offrent à ces hommes apeurés la lumière, la lumière de l’espérance, la lumière pour traverser les ténèbres: la mort ne sera pas la fin de tout, parce qu’elle s’ouvrira à la gloire de la Résurrection. Jésus annonce donc sa mort, il les conduit sur la montagne et leur montre ce qu’il se passera après, la Résurrection.
Comme l’apôtre Pierre s’est exclamé (cf. v. 5), il est beau de s’arrêter avec le Seigneur sur la montagne, de vivre cette «anticipation» de la lumière au cœur du carême. C’est une invitation à nous souvenir, en particulier quand nous traversons une épreuve difficile – et beaucoup d’entre vous savent ce qu’est traverser une épreuve difficile – que le Seigneur est Ressuscité et qu’il ne permet pas à l’obscurité avoir le dernier mot.
Il arrive parfois de traverser des moments d’obscurité dans la vie personnelle, familiale ou sociale, et de craindre qu’il n’y ait pas d’issue. Nous nous sentons effrayés face aux grandes énigmes comme la maladie, la souffrance de l’innocent ou le mystère de la mort. Sur ce même chemin de foi, nous trébuchons souvent en rencontrant le scandale de la croix et les exigences de l’Evangile, qui nous demande de prodiguer notre vie dans le service et de la perdre dans l’amour, au lieu de la garder pour nous-mêmes et de la défendre. Nous avons alors besoin d’un autre regard, d’une lumière qui éclaire en profondeur le mystère de la vie et qui nous aide à aller au-delà de nos schémas et au-delà des critères de ce monde. Nous sommes nous aussi appelés à gravir la montagne, à contempler la beauté du Ressuscité qui allume des lueurs dans chaque fragment de notre vie et qui nous aide à interpréter l’histoire et à partir de la victoire pascale.
Soyons cependant attentifs: cette sensation de Pierre qu’ «il est bon que nous soyons ici» ne doit pas devenir une paresse spirituelle. Nous ne pouvons pas rester sur la montagne et jouir tout seuls de la béatitude de cette rencontre. Jésus nous ramène dans la vallée, parmi nos frères et dans la vie quotidienne. Nous devons nous méfier de la paresse spirituelle: nous nous sentons bien, avec nos prières et nos liturgies, et cela nous suffit. Non! Gravir la montagne, ce n’est pas oublier la réalité; prier n’est jamais s’évader des difficultés de la vie; la lumière de la foi ne sert pas à vivre une belle émotion spirituelle. Non, ce n’est pas le message de Jésus. Nous sommes appelés à faire l’expérience de la rencontre avec le Christ pour que, éclairés par sa lumière, nous puissions l’apporter et la faire resplendir partout. Allumer des petites lumières dans le cœur des personnes; être des petites lampes d’Evangile qui apportent un peu d’amour et d’espérance: telle est la mission du chrétien.
Prions la Très Sainte Vierge Marie, afin qu’elle nous aide à accueillir avec émerveillement la lumière du Christ, à la conserver et à la partager.
ANGÉLUS, Dimanche 14 mars 2021
En ce quatrième dimanche de carême, la liturgie eucharistique commence par cette invitation: « Réjouis-toi, Jérusalem … » (cf. Is 66, 10). Quel est le motif de cette joie? En plein carême, quel est le motif de cette joie? L’Evangile d’aujourd’hui nous le dit: Dieu « a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne soit pas perdu, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16). Ce message joyeux est le cœur de la foi chrétienne: l’amour de Dieu a trouvé son sommet dans le don du Fils à l’humanité faible et pécheresse. Il nous a donné son Fils, à nous, à nous tous.
C’est ce qui ressort du dialogue nocturne entre Jésus et Nicodème, dont la même page évangélique décrit une partie (cf. Jn 3, 14-21). Nicodème, comme chaque membre du peuple d’Israël, attendait le Messie, l’identifiant comme un homme fort qui aurait jugé le monde avec puissance. Jésus, en revanche, remet cette attente en question, en se présentant sous trois aspects: celui du Fils de l’homme exalté sur la croix; celui du Fils de Dieu envoyé dans le monde pour le salut; et celui de la lumière qui distingue celui qui suit la vérité de celui qui suit le mensonge. Voyons ces trois aspects: Fils de l’homme, Fils de Dieu et lumière
Jésus se présente tout d’abord comme le Fils de l’homme (vv. 14-15). Le texte fait allusion à l’histoire du serpent de bronze (cf. Nb 21,4-9), qui, par la volonté de Dieu, fut élevé par Moïse dans le désert lorsque le peuple avait été attaqué par des serpents venimeux; quiconque était mordu et regardait le serpent de bronze était guéri. De manière analogue, Jésus a été élevé sur la croix et quiconque croit en lui est guéri du péché et vit.
Le deuxième aspect est celui du Fils de Dieu (vv. 16-18). Dieu le Père aime les hommes au point de «donner» son Fils: il l’a donné dans l’Incarnation et l’a donné en le livrant à la mort. Le but du don de Dieu est la vie éternelle des hommes: Dieu envoie en effet son Fils dans le monde non pour le condamner, mais pour que le monde puisse être sauvé par Jésus. La mission de Jésus est une mission de salut, de salut pour tous.
Le troisième nom que Jésus s’attribue est « lumière » (vv. 19-21). L’Evangile dit: « La lumière est venue dans le monde, mais les hommes ont aimé les ténèbres plus que la lumière » (v. 19). La venue de Jésus dans le monde entraîne un choix: celui qui choisit les ténèbres va à l’encontre d’un jugement de condamnation, celui qui choisit la lumière aura un jugement de salut. Le jugement est toujours la conséquence du libre choix de chacun: celui qui pratique le mal cherche les ténèbres, le mal se cache toujours, se dissimule. Celui qui fait la vérité, c’est-à-dire qui pratique le bien, vient à la lumière, éclaire les chemins de la vie. Celui qui marche dans la lumière, celui qui s’approche de la lumière, ne peut faire autre que de bonnes œuvres. La lumière nous conduit à faire de bonnes œuvres. C’est ce que nous sommes appelés à faire avec plus d’engagement pendant le carême: accueillir la lumière dans notre conscience, pour ouvrir nos cœurs à l’amour infini de Dieu, à sa miséricorde pleine de tendresse et de bonté, à son pardon. N’oubliez pas que Dieu pardonne toujours, toujours, si nous demandons humblement pardon. Il suffit seulement de demander pardon et Il pardonne. Ainsi nous trouverons la vraie joie et nous pourrons nous réjouir du pardon de Dieu qui régénère et donne la vie.
Que la Très sainte Vierge Marie nous aide à ne pas avoir peur de nous laisser «remettre en question» par Jésus. C’est une crise salutaire, pour notre guérison; pour que notre joie soit complète.
ANGÉLUS, Dimanche 21 mars 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
En ce cinquième dimanche de carême, la liturgie proclame l’Evangile où saint Jean rapporte un épisode qui a eu lieu dans les derniers jours de la vie du Christ, peu avant sa Passion (cf. Jn 12, 20-33). Alors que Jésus se trouvait à Jérusalem pour la fête de Pâques, des Grecs, curieux de ce qu’Il accomplissait, expriment le désir de le voir. En abordant l’apôtre Philippe, ils lui disent: «Nous voudrions voir Jésus» (v. 21). «Nous voudrions voir Jésus». Souvenons-nous de ce désir: «Nous voudrions voir Jésus». Philippe en parle à André et tous deux le disent au Maître. Dans la demande de ces Grecs, nous pouvons entrevoir la demande que tant d’hommes et de femmes, de tout lieu et de tout temps, adressent à l’Eglise et à chacun de nous: «Nous voudrions voir Jésus».
Et comment Jésus répond-il à cette demande? D’une façon qui donne à réfléchir. Il dit ainsi: «L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. […] Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit» (vv. 23-24). On dirait que ces paroles ne répondent pas à la question posée par ces Grecs. En réalité, elles vont au-delà. Jésus révèle en effet qu’Il est, pour tout homme qui veut le chercher, la semence cachée prête à mourir pour donner beaucoup de fruits. Comme pour dire: si vous voulez me connaître, si vous voulez me comprendre, regardez le grain de blé qui meurt en terre, c’est-à-dire regardez la croix.
Le signe de croix, devenu l’emblème des chrétiens par excellence au fil des siècles, nous vient à l’esprit. Celui qui aujourd’hui encore veut «voir Jésus», provenant peut-être de pays et de cultures où le christianisme est peu connu, que voit-il tout d’abord? Quel est le signe le plus commun qu’il rencontre? Le crucifix, la croix. Dans les églises, dans les maisons des chrétiens, et même porté sur soi. L’important est que le signe soit cohérent avec l’Evangile: la croix ne peut exprimer que l’amour, le service, le don de soi sans réserve: c’est seulement ainsi qu’elle est vraiment l’«arbre de la vie», de la vie surabondante.
Aujourd’hui aussi de nombreuses personnes, souvent sans le dire, de façon implicite, voudraient «voir Jésus», le rencontrer, le connaître. On comprend ici la grande responsabilité à nous, chrétiens, et celle de nos communautés. Nous aussi nous devons répondre à travers le témoignage d’une vie qui se donne dans le service, d’une vie qui assume le style de Dieu — proximité, compassion et tendresse — et qui se donne dans le service. Il s’agit de semer des graines d’amour non par des mots, qui s’envolent, mais par des exemples concrets, simples et courageux; non pas par des condamnations théoriques, mais par des gestes d’amour. Alors le Seigneur, par sa grâce, nous fait porter du fruit, même quand la terre est aride à cause d’incompréhensions, de difficultés ou de persécutions, ou de prétentions de légalismes ou de moralismes cléricaux. Voilà ce qu’est une terre aride. C’est précisément là, dans l’épreuve et dans la solitude, tandis que le grain meurt, que germe la vie pour produire des fruits qui seront mûrs en leur temps. C’est dans ce mélange de mort et de vie que nous pouvons faire l’expérience de la joie et de la vraie fécondité de l’amour, qui se donne toujours, je le répète, dans le style de Dieu: proximité, compassion, tendresse.
Que la Vierge Marie nous aide à suivre Jésus, à marcher forts et joyeux sur le chemin du service, afin que l’amour du Christ resplendisse dans chacune de nos attitudes et devienne toujours plus le style de notre vie quotidienne.
ANGÉLUS, Dimanche 28 mars 2021
Chers frères et sœurs,
Nous sommes entrés dans la Semaine Sainte. Pour la deuxième fois, nous la vivons dans le contexte de la pandémie. L’année dernière, nous étions davantage choqués, cette année, nous sommes plus éprouvés. Et la crise économique est devenue très lourde.
Dans cette situation historique et sociale, que fait Dieu? Il prend la croix. Jésus prend la croix, c’est-à-dire qu’il prend en charge le mal que comporte cette réalité, le mal physique, psychologique et surtout spirituel, car le Malin profite des crises pour semer la méfiance, le désespoir et la zizanie.
Et nous? Que devons-nous faire? La Vierge Marie, la Mère de Jésus qui est aussi sa première disciple, nous le montre. Elle a suivi son Fils. Elle a pris sur elle sa part de souffrance, d’obscurité, d’égarement et elle a parcouru le chemin de la passion en gardant la lampe de la foi allumée dans son cœur. Avec la grâce de Dieu, nous pouvons aussi faire ce chemin. Et, le long de la via crucis quotidienne, nous rencontrons les visages de nombreux frères et sœurs en difficulté: ne passons pas outre, laissons notre cœur s’émouvoir de compassion et approchons-nous. Sur le moment, comme le Cyrénéen, nous pourrions penser: «Pourquoi justement moi?». Mais nous découvrirons ensuite le don qui, sans mérite de notre part, nous a été fait.
Prions pour toutes les victimes de la violence, en particulier pour celles de l’attaque qui a eu lieu ce matin en Indonésie, devant la cathédrale de Makassar.
Que la Vierge Marie nous aide, Elle qui nous précède toujours sur le chemin de la foi.
REGINA CÆLI, Lundi de l'Ange, 5 avril 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Le lundi après Pâques est également appelé Lundi de l’ange, parce que nous rappelons la rencontre de l’ange avec des femmes arrivées au tombeau de Jésus (cf. Mt 28, 1-15). L’ange leur dit: «Je sais que vous recherchez Jésus, le crucifié. Il n’est pas ici. Il est ressuscité» (vv. 5-6). Cette expression «il est ressuscité» va au-delà des capacités humaines. Même les femmes qui étaient allées au tombeau et l’avaient trouvé ouvert et vide, ne pouvaient pas affirmer: «Il est ressuscité», mais seulement dire que le tombeau était vide. Que Jésus soit ressuscité, seul un ange pouvait le dire avec le pouvoir qu’a un messager du ciel, avec le pouvoir donné par Dieu pour le dire, de même qu’un ange — seul un ange — avait pu dire à Marie: «Tu concevras un fils […], et il sera appelé fils du Très-Haut» (Lc 1, 31). C’est pour cela que nous disons que c’est le Lundi de l’ange, parce que seul un ange peut dire avec la force de Dieu: «Jésus est ressuscité».
L’évangéliste Matthieu raconte que dans cette aube de Pâques «il y eut un grand tremblement de terre. En effet, un ange du Seigneur est descendu du ciel, s’est approché, a roulé la pierre et s’est assis dessus» (cf. v. 2). Cette grande pierre, qui aurait dû être le sceau de la victoire du mal et de la mort, a été mise sous les pieds, elle devient le tabouret de l’ange du Seigneur. Tous les projets et toutes les défenses des ennemis et des persécuteurs de Jésus ont été vains. Tous les sceaux sont tombés. L’image de l’ange assis sur la pierre du tombeau est la manifestation concrète, visible, de la victoire de Dieu sur le mal, la manifestation de la victoire du Christ sur le prince de ce monde, la manifestation de la victoire de la lumière sur les ténèbres. Le tombeau de Jésus n’a pas été ouvert par un phénomène physique, mais par l’intervention du Seigneur. L’apparition de l’ange, ajoute Matthieu, «était comme l’éclair et sa robe blanche comme la neige» (v. 3). Ces détails sont des symboles qui affirment l’intervention de Dieu lui-même, porteur d’une nouvelle ère, des derniers temps de l’histoire, car avec la résurrection de Jésus commencent les derniers temps de l’histoire qui pourront durer mille ans, mais ce sont les derniers temps.
Face à cette intervention de Dieu a lieu une double réaction. Celle des gardes qui n’arrivent pas à affronter la force impétueuse de Dieu et qui sont bouleversés par un tremblement de terre intérieur: ils furent frappés (cf. v. 4). La puissance de la résurrection abat ceux qui avaient été utilisés pour garantir l’apparente victoire de la mort. Et que devaient faire ces gardes? Aller à ceux qui leur avaient donné l’ordre de le garder et dire la vérité. Ils étaient devant une option: ou dire la vérité ou se laisser convaincre par ceux qui leur avaient donné le mandat de le garder. Et le seul moyen de les convaincre c’était l’argent, et ces pauvres gens, des pauvres, ont vendu la vérité et avec l’argent en poche, ils sont allés dire: «Non, ses disciples sont venus et ils ont volé le corps» Le «seigneur» argent, ici aussi, dans la résurrection du Christ, est capable d’avoir du pouvoir, pour la nier. La réaction des femmes est très différente, car elles sont expressément invitées par l’ange du Seigneur à ne pas avoir peur: «N’ayez pas peur!» (v. 5) et à ne pas chercher Jésus dans le tombeau. Et à la fin, elles n’ont pas peur.
Des paroles de l’ange, nous pouvons recueillir un enseignement précieux: ne nous lassons jamais de chercher le Christ ressuscité, qui donne la vie en abondance à ceux qui le rencontrent. Trouver le Christ signifie découvrir la paix du cœur. Ces mêmes femmes de l’Evangile, après le trouble initial, compréhensible, éprouvent une grande joie en trouvant le maître vivant (cf. vv. 8-9). En ce temps de Pâques, je souhaite à tous de faire la même expérience spirituelle, en accueillant la joyeuse annonce de Pâques dans leur cœur, dans leurs maisons et dans leurs familles: «Le Christ ressuscité ne meurt plus, la mort n’a plus de pouvoir sur lui» (Antienne de la Communion). Voici l’annonce de Pâques: «Le Christ est vivant, le Christ accompagne ma vie, Christ est à mes côtés». Le Christ frappe à la porte de mon cœur pour que je le laisse entrer, le Christ est vivant. En ces jours de Pâques, cela nous fera du bien de le répéter: «Le Seigneur est vivant!».
Cette certitude nous conduit à prier aujourd’hui et tout au long de la période de Pâques: «Regina Caeli, laetare — c’est-à-dire Reine du ciel, réjouis-toi». L’ange Gabriel l’avait saluée ainsi la première fois: «Réjouis-toi, pleine de grâce!» (Lc 1, 28). A présent, la joie de Marie est complète: Jésus vit, l’amour a gagné. Que cela puisse aussi être notre joie!
REGINA CÆLI, Dimanche 18 avril 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
En ce troisième dimanche de Pâques, nous revenons à Jérusalem, au Cénacle, comme guidés par les deux disciples d’Emmaüs, qui avaient écouté avec une grande émotion les paroles de Jésus le long du chemin et qui l’avaient reconnu «dans la fraction du pain» (Lc 24, 35). A présent, au Cénacle, Jésus ressuscité se présente au milieu du groupe des disciples et les salue en disant: «La paix soit avec vous!» (v. 36). Mais ces derniers sont effrayés et ils croient «voir un esprit» (v. 37), comme le dit l’Evangile. Alors Jésus leur montre les blessures de son corps et dit: «Voyez mes mains et mes pieds — les plaies —: c’est bien moi! Touchez-moi» (v. 39). Et pour les convaincre, il demande de la nourriture et il mange sous leurs yeux stupéfaits (cf. vv. 41-42).
Il y a un détail dans cette description: l’Evangile dit que les apôtres «dans leur joie, [ils] n’osaient pas encore y croire». La joie qu’ils ressentaient était telle qu’ils ne pouvaient pas croire que cela soit vrai. Et un deuxième détail: ils étaient stupéfaits, surpris, parce que la rencontre avec Dieu conduit toujours à l’émerveillement: elle va au-delà de l’enthousiasme, au-dela de la joie, c’est une autre expérience. Ils étaient joyeux, d’une joie qui leur faisait penser: «Non, cela ne peut pas être vrai!...». C’est l’émerveillement de la présence de Dieu. N’oubliez pas cet état d’esprit, qui est si beau.
Ce passage de l’Evangile est caractérisé par trois verbes très concrets, qui reflètent dans un certain sens notre vie personnelle et communautaire: regarder, toucher et manger. Trois actions qui peuvent donner la joie d’une vraie rencontre avec Jésus vivant.
Regarder. «Regardez mes mains et mes pieds» — dit Jésus. Regarder n’est pas seulement voir, c’est plus, cela implique aussi l’intention, la volonté. C’est pourquoi c’est l’un des verbes de l’amour. Une mère et un père regardent leur enfants, les amoureux se regardent mutuellement; le bon médecin regarde le patient avec attention…. Regarder est un premier pas contre l’indifférence, contre la tentation de détourner son regard devant les difficultés et les souffrances des autres. Regarder. Est-ce que je vois ou est-ce que je regarde Jésus?
Le deuxième verbe est toucher. En invitant les disciples à le toucher, pour constater qu’il n’est pas un esprit — touchez-moi! —, Jésus leur montre, ainsi qu’à nous, que la relation avec Lui et avec nos frères ne peut pas rester «à distance»; il n’existe pas un christianisme à distance, il n’existe pas un christianisme qui reste sur le plan du regard. L’amour demande le regard, mais il demande aussi la proximité, il demande le contact, le partage de la vie. Le bon samaritain ne s’est pas limité à regarder cet homme qu’il a trouvé à moitié mort sur le chemin: il s’est arrêté, il s’est penché, il a soigné ses blessures, il l’a touché, il l’a chargé sur sa monture et l’a amené à l’auberge. Il en est ainsi avec Jésus: l’aimer signifie entrer dans une communion de vie, une communion avec Lui.
Et venons-en alors au troisième verbe, manger, qui exprime bien notre humanité dans son indigence la plus naturelle, c’est-à-dire notre besoin de nous nourrir pour vivre. Mais se nourrir, quand nous le faisons ensemble, en famille ou entre amis, devient une pure expression d’amour, une expression de communion, de fête… Combien de fois les Evangiles nous présentent Jésus qui vit cette dimension conviviale! Après sa Résurrection également, avec ses disciples. Au point que le banquet eucharistique est devenu le signe emblématique de la communauté chrétienne. Manger ensemble le Corps du Christ: tel est le centre de la vie chrétienne.
Frères et sœurs, cette page évangélique nous dit que Jésus n’est pas un «esprit», mais une Personne vivante; que Jésus, quand il s’approche de nous, nous remplit de joie, au point de ne pas y croire, et qu’il nous laisse stupéfaits, de cet émerveillement que seule donne la présence de Dieu, parce que Jésus est une personne vivante. Etre chrétiens n’est pas tout d’abord une doctrine ou un idéal moral, c’est la relation vivante avec Lui, avec le Seigneur Ressuscité: nous le regardons, nous le touchons, nous nous nourrissons de Lui et, transformés par son Amour, nous regardons, nous touchons et nous nourrissons les autres comme des frères et des sœurs. Que la Vierge Marie nous aide à vivre cette expérience de grâce.
REGINA CÆLI, Dimanche 25 avril 2021
Chers frères et sœurs, bonjour !
En ce quatrième dimanche de Pâques, appelé dimanche du Bon Pasteur, l’Evangile (Jn 10, 11-18) présente Jésus comme le vrai pasteur, qui défend, connaît et aime ses brebis.
Au Bon Pasteur, on oppose le «mercenaire», qui ne se soucie pas des brebis, car elles ne lui appartiennent pas. Il fait ce métier juste pour sa paie, et il ne se soucie pas de les défendre: quand le loup arrive, il s’enfuit et les abandonne (cf. vv. 12-13). Jésus, en revanche, vrai pasteur, nous défend toujours, il nous sauve dans tant de situations difficiles, de situations dangereuses, grâce à la lumière de sa parole et par la force de sa présence, dont nous faisons toujours l’expérience et, si nous voulons l’écouter, tous les jours.
Le second aspect c’est que Jésus, le Bon Pasteur, connaît – le premier aspect: défend, le second: connaît – ses brebis et les brebis Le connaissent (v. 14). Comme il est beau et consolant de savoir que Jésus nous connaît un par un, que nous ne sommes pas anonymes pour Lui, que notre nom lui est connu! Pour Lui, nous ne sommes pas une «masse», une «multitude», non. Nous sommes des personnes uniques, chacune avec son histoire, [et Il] nous connaît chacun avec notre histoire, chacun avec notre valeur, aussi bien en tant que créature, qu’en tant que racheté par le Christ. Chacun de nous peut dire: Jésus me connaît ! C’est vrai, il en est ainsi: il nous connaît comme personne d’autre. Lui seul sait ce qu’il y a dans notre cœur, les intentions, les sentiments les plus cachés. Jésus connaît nos qualités et nos défauts, et il est toujours prêt à prendre soin de nous, pour guérir les blessures de nos erreurs par l’abondance de sa miséricorde. L’image du Pasteur du peuple de Dieu, que les prophètes avaient dessinée, se réalise pleinement en Lui: Jésus se souci de ses brebis, il les rassemble, il panse celle qui est blessée, il soigne celle qui est malade. C’est ce que nous pouvons lire dans le livre du prophète Ezéchiel (cf. 34, 11-16).
Par conséquent, Jésus Bon Pasteur, défend, connaît et surtout aime ses brebis. Et pour cela, il donne sa vie pour elles (cf. Jn 10, 15). L’amour pour ses brebis, c’est-à-dire pour chacun de nous, le conduit à mourir sur la croix, parce que telle est la volonté du Père, qu’aucun ne soit perdu. L’amour du Christ n’est pas sélectif, il embrasse tout le monde. Il nous le rappelle lui-même dans l’Evangile d’aujourd’hui, lorsqu’il dit: «J’ai d’autres brebis qui ne viennent pas de cet enclos: il faut que je les conduise aussi. Elles écouteront ma voix et elles deviendront un seul troupeau, un seul pasteur» (Jn 10, 16). Ces paroles témoignent de son aspiration universelle: Il est le Pasteur de tous. Jésus veut que tous puissent recevoir l’amour du Père et rencontrer Dieu.
Et l’Eglise est appelée à accomplir cette mission du Christ. En plus de ceux qui fréquentent nos communautés, il y a de nombreuses personnes, la majorité, qui ne le font que dans des cas particuliers ou jamais. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne sont pas enfants de Dieu: le Père confie tout le monde à Jésus Bon Pasteur, qui a donné sa vie pour tous.
Frères et sœurs, Jésus nous défend, nous connaît et nous aime tous. Que la Très Sainte Vierge Marie nous aide à être les premiers à accueillir et à suivre le Bon Pasteur, afin de coopérer avec joie à sa mission.
REGINA CÆLI, Dimanche 2 mai 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans l’Evangile de ce cinquième dimanche de Pâques (Jn 15, 1-8), le Seigneur se présente comme le vrai cep de vigne et il parle de nous comme des sarments qui ne peuvent vivre sans rester unis à lui. Il dit ainsi: «Je suis le cep, vous les sarments» (v. 5). Il n’y a pas de cep sans sarments et inversement. Les sarments ne sont pas autosuffisants, mais ils dépendent totalement de la vigne, qui est la source de leur existence.
Jésus insiste sur le verbe «demeurer». Il le répète sept fois dans le passage de l’Evangile d’aujourd’hui. Avant de quitter ce monde et d’aller vers le Père, Jésus veut rassurer ses disciples qui peuvent continuer à être unis à Lui. Il dit: «Demeurez en moi et moi en vous» (v. 4). Ce demeurer n’est pas un demeurer passif, un «endormissement» dans le Seigneur, en se laissant bercer par la vie. Non, ce n’est pas cela. Le demeurer en Lui, le demeurer en Jésus qu’il nous propose est un demeurer actif, et aussi réciproque. Pourquoi? Parce que les sarments sans le cep de vigne ne peuvent rien faire, ils ont besoin de la sève pour pousser et pour porter du fruit; mais le cep de vigne a lui aussi besoin des sarments, car les fruits ne poussent pas sur le tronc de l’arbre. C’est un besoin réciproque, c’est un demeurer réciproque pour porter du fruit. Nous demeurons en Jésus et Jésus demeure en nous.
Tout d’abord, nous avons besoin de lui. Le Seigneur veut nous dire qu’avant l’observance de ses commandements, avant les béatitudes, avant les œuvres de miséricorde, il est nécessaire de s’unir à Lui, de demeurer en Lui. Nous ne pouvons pas être de bons chrétiens si nous ne demeurons pas en Jésus, mais, en revanche, nous pouvons tout, avec Lui (cf. Ph 4, 13). Avec Lui, nous pouvons tout.
Mais Jésus aussi, comme le cep avec les sarments, a besoin de nous. Peut-être nous paraît-il audacieux de dire cela, et alors demandons-nous: de quelle manière Jésus a-t-il besoin de nous? Il a besoin de notre témoignage. Le fruit que nous devons donner en tant que sarments est le témoignage de notre vie chrétienne. Une fois Jésus monté vers le Père, c’est le devoir des disciples — c’est notre devoir — de continuer à annoncer l’Evangile, à travers la parole et les actes. Et les disciples — nous, les disciples de Jésus — le font en témoignant de son amour: le fruit à porter, c’est l’amour. Attachés au Christ, nous recevons les dons de l’Esprit Saint, et ainsi nous pouvons faire du bien aux autres, faire du bien à la société, à l’Eglise. C’est à ses fruits que l’on reconnaît l’arbre. Une vie vraiment chrétienne témoigne du Christ.
Et comment pouvons-nous y réussir? Jésus nous dit: «Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous, demandez ce que vous voulez et cela vous sera fait» (v. 7). Cela aussi est audacieux: l’assurance que ce que nous demandons nous sera donnée. La fécondité de notre vie dépend de la prière. Nous pouvons demander de penser comme Lui, d’agir comme Lui, de voir le monde et les choses avec les yeux de Jésus. Et aimer ainsi nos frères et sœurs, en commençant par les plus pauvres et les ceux qui souffrent le plus, comme Il l’a fait, et les aimer avec son cœur et apporter au monde des fruits de bonté, des fruits de charité, des fruits de paix.
Confions-nous à l’intercession de la Vierge Marie. Elle est toujours demeurée pleinement unie à Jésus et elle a porté beaucoup de fruits. Qu’Elle nous aide à demeurer dans le Christ, dans son amour, dans sa parole, pour témoigner du Seigneur ressuscité dans le monde.
REGINA CÆLI, Dimanche 9 mai 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans l’Evangile de ce dimanche (Jn 15, 9-17) Jésus, après s’être comparé à la vigne et nous aux sarments, explique quel est le fruit que portent ceux qui restent unis à Lui: ce fruit est l’amour. Il reprend encore le verbe-clé: demeurer. Il nous invite à demeurer dans son amour pour que sa joie soit en nous et que notre joie soit pleine (vv. 9-11). Demeurer dans l’amour de Jésus.
Nous nous demandons: quel est cet amour dans lequel Jésus nous dit de demeurer pour avoir sa joie? Quel est cet amour? C’est l’amour qui prend son origine dans le Père, parce que «Dieu est amour» (1 Jn 4, 8). Cet amour de Dieu, du Père, comme un fleuve, s’écoule dans le Fils Jésus et à travers Lui arrive à nous, ses créatures. Il dit en effet: «Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés» (Jn 15, 9). L’amour que Jésus nous donne est le même que celui avec lequel le Père L’aime: un amour pur, inconditionnel, un amour gratuit. Il ne peut pas s’acheter, il est gratuit. En nous le donnant, Jésus nous traite comme des amis — avec cet amour — en nous faisant connaître le Père et nous implique dans sa mission pour la vie du monde.
Et ensuite, nous pouvons nous demander comment faire pour demeurer dans cet amour? Jésus dit: «Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour» (v. 10). Jésus a résumé ses commandements en un seul, celui-ci: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés» (v. 12). Aimer comme Jésus aime signifie se mettre au service, au service de ses frères, comme il l’a fait en lavant les pieds des disciples. Cela signifie également sortir de soi, se détacher de ses propres sécurités humaines, des conforts mondains, pour s’ouvrir aux autres, en particulier à ceux qui en ont le plus besoin. Cela signifie se mettre à disposition, avec ce que nous sommes et ce que nous avons. Cela signifie aimer non en paroles mais par des actes.
Aimer comme le Christ signifie dire non à d’autres «amours» que le monde nous propose: l’amour de l’argent — celui qui aime l’argent n’aime pas comme Jésus aime — l’amour du succès, la vanité, du pouvoir…. Ces chemins trompeurs d’«amour» nous éloignent de l’amour du Seigneur et nous conduisent à devenir toujours plus égoïstes, narcissiques, tyranniques. Et la tyrannie conduit à une dégénération de l’amour, à abuser des autres, à faire souffrir la personne aimée. Je pense à l’amour malade qui se transforme en violence — et combien de femmes sont victimes aujourd’hui de violences. Cela n’est pas de l’amour. Aimer comme le Seigneur nous aime veut dire apprécier la personne qui est à nos côtés et respecter sa liberté, l’aimer comme elle est, non pas comme nous voulons qu’elle soit; comme elle est, gratuitement. En définitive, Jésus nous demande de demeurer dans son amour, de demeurer dans son amour, pas dans nos idées, pas dans le culte de nous-mêmes. Celui qui habite dans son propre culte de lui-même habite dans son miroir: il se regarde toujours. Il nous demande de sortir de la prétention de contrôler et de gérer les autres. Non pas les contrôler, mais les servir. Ouvrir son cœur aux autres, c’est cela l’amour, et nous donner aux autres.
Chers frères et sœurs, où conduit le fait de demeurer dans l’amour du Seigneur? Où nous conduit-il? Jésus nous l’a dit: «Pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite» (v. 11). Et le Seigneur veut que la joie qu’il possède, parce qu’il est en totale communion avec le Père, soit aussi en nous, car nous sommes unis à Lui. La joie de nous savoir aimés de Dieu malgré nos infidélités nous fait affronter avec foi les épreuves de la vie, nous fait traverser les crises pour en sortir meilleurs. Notre être de vrais témoins consiste à vivre cette joie, parce que la joie est le signe distinctif du vrai chrétien. Le vrai chrétien n’est pas triste, il a toujours cette joie en lui, y compris dans les mauvais moments.
Que la Vierge Marie nous aide à demeurer dans l’amour de Jésus et à grandir dans l’amour envers tous, en témoignant de la joie du Seigneur ressuscité.
REGINA CÆLI, Dimanche 16 mai 2021
Chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, en Italie et dans d’autres pays, on célèbre la solennité de l’Ascension du Seigneur. La page évangélique (Mc 16, 15-20) — conclusion de l’Evangile de Marc — nous présente la dernière rencontre du Ressuscité avec les disciples avant de monter à la droite du Père. Les scènes d’adieu, nous le savons, sont habituellement tristes, elles procurent à ceux qui restent un sentiment d’égarement, d’abandon; au contraire, les disciples ne ressentent pas cela. Malgré le détachement du Seigneur, ils ne se montrent pas inconsolables, au contraire, ils sont joyeux et prêts à partir comme missionnaires dans le monde.
Pourquoi les disciples ne sont-ils pas tristes? Pourquoi nous aussi devons-nous nous réjouir de voir Jésus monter au ciel?
L’Ascension complète la mission de Jésus parmi nous. En effet, si c’est pour nous que Jésus est descendu du ciel, c’est encore pour nous qu’il y monte. Après être descendu dans notre humanité et l’avoir rachetée — Dieu, le Fils de Dieu, descend et se fait homme, il revêt notre humanité et la rachète — il monte maintenant au ciel en emportant notre chair avec lui. C’est le premier homme qui entre au Ciel, parce Jésus est homme, vrai homme, il est Dieu, vrai Dieu; notre chair est au Ciel et cela nous donne de la joie. A la droite du Père siège maintenant un corps humain, pour la première fois, le corps de Jésus, et dans ce mystère, chacun de nous contemple sa propre destination future. Il ne s’agit en aucun cas d’abandon, Jésus reste pour toujours avec ses disciples, avec nous. Il reste dans la prière, parce que Lui, en tant qu’homme, prie le Père, et en tant que Dieu, homme et Dieu, Il lui fait voir ses plaies, les plaies par lesquelles il nous a rachetés. La prière de Jésus est là, avec notre chair: il est l’un de nous, Dieu homme, et il prie pour nous. Et cela doit nous donner une sécurité, et même une joie, une grande joie! Et le second motif de joie est la promesse de Jésus. Il nous a dit: «Je vous enverrai l’Esprit Saint». Et là, avec l’Esprit Saint, se réalise ce commandement qu’il nous donne précisément en prenant congé: «Allez dans le monde, annoncez l’Evangile». Et ce sera la force de l’Esprit Saint qui nous conduit là, dans le monde, pour apporter l’Evangile. C’est l’Esprit Saint de ce jour-là, que Jésus a promis, et qui, neuf jours après, viendra, à la fête de la Pentecôte. C’est précisément l’Esprit Saint qui a rendu possible que nous soyons tous ainsi aujourd’hui. Une grande joie! Jésus s’en est allé au Ciel: le premier homme devant le Père. Il est parti avec ses plaies qui ont été le prix de notre salut, et il prie pour nous. Puis il nous envoie l’Esprit Saint, il nous promet l’Esprit Saint, pour aller évangéliser. Voilà la raison de la joie d’aujourd’hui, voilà la raison de la joie de ce jour de l’Ascension.
Frères et sœurs, en cette fête de l’Ascension, alors que nous contemplons le Ciel, où le Christ est monté et où il siège à la droite du Père, demandons à Marie, Reine du Ciel, de nous aider à être dans le monde des témoins courageux du Ressuscité dans les situations concrètes de la vie.
REGINA CÆLI, Dimanche 23 mai 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Le livre des Actes des Apôtres (cf. 2,1-11) raconte ce qu’il se passa à Jérusalem cinquante jours après la Pâque de Jésus. Les disciples étaient réunis au cénacle et la Vierge Marie était avec eux. Le Seigneur ressuscité leur avait dit de rester dans la ville jusqu’à ce qu’ils aient reçu d’en-haut le don de l’Esprit. Et cela se manifeste par un «bruit» que l’on entend à l’improviste venir du ciel, comme un «violent coup de vent» qui remplit la maison où ils se trouvaient (cf. v. 2). Il s’agit donc d’une expérience réelle, mais également symbolique. C’est quelque chose qui s’est produit mais qui nous laisse aussi un message symbolique pour toute notre vie.
Cette expérience révèle que l’Esprit Saint est comme un vent fort et libre, c’est-à-dire qu’il nous apporte la force et qu’il nous apporte la liberté: un vent fort et libre. Il ne peut pas être contrôlé, arrêté, ni mesuré; et l’on ne peut pas non plus prévoir sa direction. Il ne se laisse pas cerner dans nos exigences humaines – nous cherchons toujours à cerner les choses –, il ne se laisse pas enfermer dans nos schémas et dans nos préjugés. L’Esprit procède de Dieu Père et de son Fils Jésus Christ et il fait irruption dans l’Eglise, il fait irruption en chacun de nous, en donnant vie à nos esprits et à nos cœurs. Comme le dit le Credo: «Il est le Seigneur et il donne la vie». Il a la Seigneurie parce qu’il est Dieu et qu’il donne la vie.
Le jour de Pentecôte, les disciples de Jésus étaient encore désorientés et effrayés. Ils n’avaient pas encore le courage de sortir à découvert. Et nous aussi, cela nous arrive parfois, nous préférons rester entre les murs protecteurs de notre environnement. Mais le Seigneur sait comment nous rejoindre et ouvrir les portes de notre cœur. Il envoie sur nous l’Esprit Saint qui nous enveloppe et qui vainc toutes nos hésitations, qui abat nos défenses, qui démonte nos fausses sécurités. L’Esprit fait de nous des créatures nouvelles, comme il le fit ce jour-là avec les apôtres: il nous renouvelle, comme de nouvelles créatures.
Ces derniers, après avoir reçu l’Esprit Saint, ne furent plus comme avant – il les a changés – mais ils sortirent, ils sortirent sans crainte et commencèrent à annoncer Jésus, à annoncer que Jésus est ressuscité, que le Seigneur est avec nous, de telle manière que chacun les comprenait dans sa langue. Parce que l’Esprit est universel, il ne supprime pas les différences culturelles, les différences de pensées, non, il est pour tous, mais chacun le comprend dans sa propre culture, dans sa propre langue. L’Esprit change le cœur, il élargit le regard des disciples. Il les rend capables de communiquer à tous les grandes œuvres de Dieu sans limites, en dépassant les frontières culturelles et les frontières religieuses dans lesquelles ils avaient l’habitude de penser et de vivre. Il rend les apôtres capables de rejoindre les autres en respectant leurs possibilités d’écoute et de compréhension, dans la culture et le langage de chacun (vv. 5-11). En d’autres termes, l’Esprit Saint met en relation des personnes différentes, en réalisant l’unité et l’universalité de l’Eglise.
Et aujourd’hui cette vérité, cette réalité de l’Esprit Saint est éloquente, là où dans l’Eglise il y a des petits groupes qui cherchent toujours la division, à se séparer des autres. Ce n’est pas l’Esprit de Dieu. L’Esprit de Dieu est harmonie, il est unité, il unit les différences. Un bon cardinal, qui a été archevêque de Gênes, disait que l’Eglise est comme un fleuve: l’important est de rester dedans; que tu sois un peu de ce côté-là et un peu de l’autre n’est pas important, l’Esprit Saint fait l’unité. Il utilisait l’image du fleuve. L’important est de rester à l’intérieur, dans l’unité de l’Esprit, et de ne pas regarder les détails, si tu es un peu de ce côté-ci et un peu de ce côté-là, si tu pries de cette façon ou d’une autre… Ce n’est pas de Dieu. L’Eglise est pour tous, pour tous, comme l’a montré l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte.
Demandons aujourd’hui à la Vierge Marie, Mère de l’Eglise, d’intercéder pour que l’Esprit Saint descende en abondance et remplisse les cœurs des fidèles et allume chez toutes les personnes le feu de son amour.
ANGÉLUS, Dimanche 30 mai 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
En cette fête où nous célébrons Dieu : le mystère d’un Dieu unique. Et ce Dieu est le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Trois personnes, mais Dieu est un! Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, l’Esprit est Dieu. Mais ce ne sont pas trois dieux: c’est un seul Dieu dans trois Personnes. C’est un mystère que Jésus Christ nous a révélé: la Sainte Trinité. Aujourd’hui, nous nous arrêtons pour célébrer ce mystère, parce que ces Personnes ne sont pas une adjectivation de Dieu, non. Ce sont des Personnes réelles, diverses, différentes; ce ne sont pas – comme le disait un philosophe – des « émanations de Dieu », non, non! Ce sont des Personnes. Il y a le Père, que je prie avec le Notre Père; il y a le Fils, qui m’a donné la rédemption, la justification; il y a l’Esprit Saint qui habite en nous et habite dans l’Eglise. Et cela parle à notre cœur, car nous le trouvons résumé dans cette expression de saint Jean qui synthétise toute la Révélation: «Dieu est amour» (1 Jn 4, 8,16). Le Père est amour, le Fils est amour, l’Esprit Saint est amour. Et dans la mesure où il est amour, Dieu, tout en étant un et unique, n’est pas solitude mais communion, entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Parce que l’amour est essentiellement don de soi, et dans sa réalité originelle et infinie, il est Père qui se donne en engendrant le Fils, lequel se donne à son tour au Père et leur amour réciproque c’est l’Esprit Saint, lien de leur unité. Ce n’est pas facile à comprendre, mais nous pouvons vivre ce mystère, nous tous, nous pouvons le vivre profondément.
Ce mystère de la Trinité nous a été révélé par Jésus lui-même. Il nous a fait connaître le visage de Dieu en tant que Père miséricordieux; il s’est présenté Lui-même, vrai homme, comme Fils de Dieu et Verbe du Père, Sauveur qui donne sa vie pour nous; et il a parlé de l’Esprit Saint qui procède du Père et du Fils, Esprit de Vérité, Esprit Paraclet – dimanche dernier, nous avons parlé de ce terme «Paraclet» – c’est-à-dire Consolateur et Avocat. Et quand Jésus est apparu aux apôtres après la résurrection, Jésus les a envoyés évangéliser «tous les peuples, en les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit» (Mt 28, 19).
La fête d’aujourd’hui nous fait donc contempler ce merveilleux mystère d’amour et de lumière dont nous provenons et vers lequel s’oriente notre chemin sur terre.
Dans l’annonce de l’Evangile et dans chaque forme de la mission chrétienne, on ne peut ignorer cette unité à laquelle Jésus appelle, entre nous, en suivant l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint: on ne peut ignorer cette unité. La beauté de l’Evangile demande à être vécue – l’unité – et témoignée dans la concorde entre nous, qui sommes si différents! Et j’ose dire que cette unité est essentielle pour le chrétien: ce n’est pas une attitude, une façon de parler, non, elle est essentielle, parce que c’est l’unité qui naît de l’amour, de la miséricorde de Dieu, de la justification de Jésus Christ et de la présence de l’Esprit Saint dans nos cœurs.
La Très Sainte Vierge Marie, dans sa simplicité et dans son humilité, reflète la Beauté de Dieu Un et Trine, parce qu’elle a pleinement accueilli Jésus dans sa vie. Qu’elle soutienne notre foi, qu’elle fasse de nous des adorateurs de Dieu et des serviteurs de nos frères.