ANGÉLUS, Dimanche 6 juin 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, en Italie et dans d’autres pays, on célèbre la Solennité du Corps et du Sang du Christ. L’Evangile nous présente le récit de la Dernière Cène (Mc 14, 12-16.22-26). Les paroles et les gestes du Seigneur touchent notre cœur: Il prend le pain entre ses mains, il prononce la bénédiction, le rompt et le présente à ses disciples en disant: «Prenez, ceci est mon corps» (v. 22).
C’est ainsi, avec simplicité, que Jésus nous donne le plus grand sacrement. Son geste est un humble geste de don, un geste de partage. A l’apogée de sa vie, il ne distribue pas le pain en abondance pour nourrir les foules, mais il se rompt lui-même lors de la cène pascale avec ses disciples. De cette manière, Jésus nous montre que le but de la vie consiste à se donner, que la plus grande chose est servir. Et nous retrouvons aujourd’hui la grandeur de Dieu dans un petit morceau de pain, dans une fragilité qui déborde d’amour, qui déborde de partage. Fragilité est précisément le mot que je voudrais souligner. Jésus se fait fragile comme le pain qui se rompt et s’émiette. Mais c’est précisément là que réside sa force, dans sa fragilité. Dans l’Eucharistie, la fragilité est force: force de l’amour qui se fait petit pour pouvoir être accueilli et non pas craint; force de l’amour qui se rompt et se divise pour nourrir et donner la vie; force de l’amour qui se fragmente pour nous réunir tous dans l’unité.
Et il y a une autre force qui ressort dans la fragilité de l’Eucharistie: la force d’aimer celui qui commet des fautes. C’est dans la nuit où il est trahi que Jésus nous donne le Pain de la vie. Il nous offre le don le plus grand, alors qu’il éprouve dans son cœur l’abîme le plus profond: le disciple qui mange avec Lui, qui trempe sa bouchée dans le même plat, est en train de le trahir. Et la trahison est la plus grande douleur pour celui qui aime. Et que fait Jésus? Il réagit au mal par un bien plus grand. Au “non” de Judas il répond par le “oui” de la miséricorde. Il ne punit pas le pêcheur, mais il donne sa vie pour lui, il paye pour lui. Quand nous recevons l’Eucharistie, Jésus fait la même chose avec nous: il nous connaît, il sait que nous sommes pêcheurs, il sait que nous commettons des erreurs, mais il ne renonce pas à unir sa vie à la nôtre. Il sait que nous en avons besoin, parce que l’Eucharistie n’est pas la récompense des saints, non, elle est le Pain des pécheurs. C’est pourquoi il nous exhorte: «N’ayez pas peur! Prenez et mangez».
Chaque fois que nous recevons le Pain de vie, Jésus vient donner un nouveau sens à nos fragilités. Il nous rappelle qu’à ses yeux nous sommes plus précieux que nous ne le pensons. Il nous dit qu’il est content si nous partageons avec Lui nos fragilités. Il nous répète que sa miséricorde n’a pas peur de nos misères. La miséricorde de Jésus n’a pas peur de nos misères. Et surtout il nous guérit avec amour de ces fragilités que nous ne pouvons pas guérir seuls. Quelles fragilités ? Réfléchissons. Celle d’éprouver du ressentiment envers celui qui nous a fait du mal – nous ne pouvons pas guérir tout seuls de cela – ; celle de prendre ses distances des autres et de nous isoler en nous-mêmes – nous ne pouvons pas guérir tout seuls de cela –; celle de pleurer sur nous-mêmes et de nous plaindre sans trouver de paix – de cela non plus, nous ne pouvons pas guérir tout seuls. C’est Lui qui nous guérit par sa présence, par son pain, par l’Eucharistie. L’Eucharistie est un remède efficace contre ces fermetures. Le Pain de vie, en effet, guérit les rigidités et les transforme en docilité. L’Eucharistie guérit parce qu’elle unit à Jésus: elle nous fait assimiler sa façon de vivre, sa capacité de se rompre et de se donner à nos frères, de répondre au mal par le bien. Elle nous donne le courage de sortir de nous-mêmes et de nous pencher avec amour sur les fragilités des autres. Comme Dieu le fait avec nous. Telle est la logique de l’Eucharistie: nous recevons Jésus qui nous aime et qui guérit nos fragilités pour aimer les autres et les aider dans leurs fragilités. Et cela, durant toute notre vie. Aujourd’hui, dans la Liturgie des Heures, nous avons récité un hymne: quatre versets qui sont le résumé de toute la vie de Jésus. Ils nous disent ceci: que Jésus en naissant s’est fait le compagnon de voyage de la vie; puis que lors de la Cène, il s’est donné pour nourriture; puis, sur la Croix, dans sa mort, il s’est fait «le prix à payer», il a payé pour nous; et à présent, en régnant dans les Cieux, il est notre récompense, que nous allons chercher, ce qui nous attend.
Que la Sainte Vierge Sainte, en qui Dieu s’est fait chair, nous aide à accueillir avec un cœur reconnaissant le don de l’Eucharistie et à faire aussi de notre vie un don. Que l’Eucharistie fasse de nous un don pour tous les autres.
ANGÉLUS, Dimanche 13 juin 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Les paraboles que la liturgie nous présente aujourd’hui — deux paraboles — s’inspirent précisément de la vie ordinaire et révèlent le regard attentif de Jésus, qui observe la réalité et, à travers de petites images quotidiennes, ouvre des fenêtres sur le mystère de Dieu et sur l’histoire humaine. Jésus parlait d’une manière facile à comprendre, il parlait par images de la réalité, de la vie quotidienne. Ainsi, il nous enseigne que même les choses quotidiennes, celles qui parfois semblent toutes pareilles et que nous continuons à faire avec distraction ou fatigue, sont habitées par la présence cachée de Dieu, c’est-à-dire qu’elles ont un sens. Alors, nous aussi, nous avons besoin d’un regard attentif, pour pouvoir chercher et trouver Dieu en toute choses.
Aujourd’hui, Jésus compare le Royaume de Dieu, c’est-à-dire sa présence qui habite le cœur des choses et du monde, à la graine de moutarde, c’est-à-dire à la plus petite graine qui existe: elle est toute petite. Pourtant, jetée en terre, elle grandit pour devenir l’arbre le plus grand (cf. Mc 4, 31-32). Dieu fait ainsi. Parfois, le vacarme du monde, ainsi que les nombreuses activités qui remplissent nos journées, nous empêchent de nous arrêter et de voir comment le Seigneur guide l’histoire. Et pourtant — l’Evangile l’assure — Dieu est à l’œuvre, à la manière d’une bonne petite semence, qui germe silencieusement et lentement. Et, peu à peu, elle devient un arbre luxuriant, qui donne vie et réconfort à tout le monde. Même la semence de nos bonnes œuvres peut sembler peu de chose; pourtant, tout ce qui est bon appartient à Dieu et porte donc humblement, lentement, ses fruits. Le bien — rappelons-le — grandit toujours humblement, de manière cachée, souvent invisible.
Chers frères et sœurs, par cette parabole, Jésus veut nous donner confiance. Dans de nombreuses situations de la vie, en effet, il peut arriver que l’on se décourage, car on voit la faiblesse du bien par rapport à la force apparente du mal. Et l’on peut se laisser paralyser par le découragement quand on voit que l’on s’est engagé, mais que les résultats n’arrivent pas et que les choses semblent ne jamais changer. L’Evangile nous demande de porter un nouveau regard sur nous-mêmes et sur la réalité; il demande d’avoir des yeux plus grands, qui sachent voir au-delà, en particulier au-delà des apparences, pour découvrir la présence de Dieu qui, comme humble amour, est toujours à l’œuvre sur le terrain de notre vie et sur celui de l’histoire. Telle est notre confiance, c’est ce qui nous donne la force d’avancer chaque jour avec patience, en semant le bien qui portera du fruit. Comme cette attitude est importante, également pour bien sortir de la pandémie! Cultiver la confiance d’être entre les mains de Dieu et en même temps nous engager tous à reconstruire et recommencer, avec patience et constance.
L’ivraie de la méfiance peut aussi s’enraciner dans l’Eglise, surtout lorsque nous assistons à la crise de la foi et à l’échec de divers projets et initiatives. Mais n’oublions jamais que les résultats des semailles ne dépendent pas de nos capacités: ils dépendent de l’action de Dieu. Il nous appartient de semer, et de semer avec amour, avec engagement et avec patience. Mais la force de la semence est divine. Jésus l’explique dans l’autre parabole d’aujourd’hui: l’agriculteur jette la semence et ensuite il ne se rend pas compte de la manière dont elle porte du fruit, car c’est la semence elle-même qui pousse spontanément, jour et nuit, quand il s’y attend le moins (cf. vv. 26-29). Avec Dieu, même dans les sols les plus secs, il y a toujours l’espérance de nouvelles pousses.
Que la Très Sainte Vierge Marie, humble servante du Seigneur, nous apprenne à voir la grandeur de Dieu qui agit dans les petites choses et à vaincre la tentation du découragement. Faisons-lui confiance chaque jour!
ANGÉLUS, Dimanche 20 juin 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans la liturgie d’aujourd’hui, on raconte l’épisode de la tempête apaisée par Jésus (Mc 4, 35-41). La barque sur laquelle les disciples sont en train de traverser le lac est assaillie par le vent et par les vagues et ces derniers craignent de faire naufrage. Jésus est avec eux sur la barque, mais il est à l’arrière sur un oreiller et il dort. Les disciples, effrayés, crient vers lui: «Maître, nous sommes perdus; cela ne te fait rien?» (v. 38).
Et très souvent, nous aussi, assaillis par les épreuves de la vie, nous avons crié vers le Seigneur: “Pourquoi est-ce que tu restes silencieux et que tu ne fais rien pour moi?”. Surtout quand nous avons l’impression de couler, parce que l’amour ou le projet dans lequel nous avions placés de grands espoirs s’effondre; ou quand nous sommes à la merci des vagues insistantes de l’angoisse; ou quand nous nous sentons submergés par des problèmes ou perdus au milieu de la mer de la vie, sans route et sans port. Ou bien encore, dans les moments où nous manque la force pour avancer, parce que nous n’avons pas de travail ou qu’un diagnostic inattendu nous fait trembler pour notre santé ou pour celle d’une personne chère. Il y a de nombreux moments où nous nous sentons dans la tempête, ou nous nous sentons presque finis.
Dans ces situations et dans tant d’autres, nous nous sentons nous aussi étouffés par la peur et, comme les disciples, nous risquons de perdre de vue la chose la plus importante. Sur la barque, en effet, même s’il dort, il y a Jésus, et il partage avec les siens tout ce qui est en train de se passer. Si d’un côté son sommeil nous étonne, de l’autre, il nous met à l’épreuve. Le Seigneur est là, présent; en effet, il attend – pour ainsi dire – que ce soit nous qui l’impliquions, qui l’invoquions, qui le mettions au centre de ce que nous vivons. Son sommeil nous pousse à nous réveiller. Parce que, pour être des disciples de Jésus, il ne suffit pas de croire que Dieu est là, qu’il existe, mais il faut se mettre en jeu avec Lui, il faut aussi élever la voix avec Lui. Entendez bien cela: il faut crier vers Lui. La prière, bien souvent, est un cri: “Seigneur, sauve-moi!”. Je regardais l’émission “A sua immagine” (A son image), aujourd’hui, Journée du réfugié… tous ceux qui arrivent dans des embarcations et qui au moment de se noyer, crient: “Sauve-nous!”. Dans notre vie aussi, il se passe la même chose: “Seigneur, sauve-nous!”, et la prière devient un cri.
Aujourd’hui nous pouvons nous demander: quels sont les vents qui s’abattent sur ma vie, quelles sont les vagues qui entravent ma navigation et qui mettent en danger ma vie spirituelle, ma vie de famille, également ma vie psychique? Disons tout cela à Jésus, racontons-lui tout. Il le souhaite, il veut que nous nous accrochions à Lui pour trouver un abri contre les tempêtes de la vie. L’Evangile raconte que les disciples s’approchent de Jésus, le réveillent et lui parlent (cf. v. 38). C’est le commencement de notre foi: reconnaître que tout seuls nous ne sommes pas en mesure de rester à flot, que nous avons besoin de Jésus comme les marins des étoiles, pour trouver la route. La foi commence par le fait de croire que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes, par le fait de sentir que nous avons besoin de Dieu. Quand nous dépassons la tentation de nous renfermer en nous-mêmes, quand nous dépassons la fausse religiosité qui ne veut pas déranger Dieu, quand nous crions vers Lui, Il peut faire en nous des merveilles. C’est la force humble et extraordinaire de la prière, qui accomplit des miracles.
Jésus, prié par ses disciples, calme le vent et les vagues. Et il leur pose une question, qui nous concerne nous aussi: «Pourquoi êtes-vous si craintifs? N’avez-vous pas encore la foi?» (v. 40). Les disciples s’étaient fait prendre par la peur, parce qu’ils fixaient les vagues plutôt que regarder Jésus. Et la peur nous conduit à regarder les difficultés, les problèmes graves plutôt qu’ à regarder le Seigneur, qui dort souvent. Pour nous aussi il en est ainsi: combien de fois restons-nous à fixer les problèmes plutôt que d’aller vers le Seigneur et déverser en Lui nos soucis! Combien de fois laissons-nous le Seigneur dans un coin, au fond de la barque de la vie, pour le réveiller seulement au moment du besoin! Demandons aujourd’hui la grâce d’une foi qui ne se lasse pas de chercher le Seigneur, de frapper à la porte de son Cœur. Que la Vierge Marie, qui dans sa vie n’a jamais cessé de faire confiance à Dieu, réveille en nous le besoin vital de nous confier à Lui tous les jours.
ANGÉLUS, Dimanche 27 juin 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, dans l’Evangile (cf. Mc 5, 21-43), Jésus rencontre les deux situations les plus dramatiques, la mort et la maladie. Il en libère deux personnes : une petite fille, qui meurt justement alors que son père est allé demander de l’aide à Jésus; et une femme qui a des pertes de sang depuis de nombreuses années. Jésus se laisse toucher par notre douleur et par notre mort, et il opère deux signes de guérison pour nous dire que ni la douleur ni la mort n’ont le dernier mot. Il nous dit que la mort n’est pas la fin. Il vainc cet ennemi, dont nous ne pouvons nous libérer tout seuls.
Mais, en cette période où la maladie est encore au centre de l’actualité, concentrons-nous sur l’autre signe, la guérison de la femme. Plus que sa santé, ce sont ses liens d’affection qui étaient compromis. Pourquoi? Elle avait des pertes de sang et donc, selon la mentalité de l’époque, elle était considérée comme impure. C’était une femme marginalisée, elle ne pouvait pas avoir de relations stables, elle ne pouvait pas avoir d’époux, elle ne pouvait pas avoir de famille et elle ne pouvait pas avoir de relations sociales normales car elle était «impure», cette maladie la rendait «impure». Elle vivait seule, le cœur blessé. Quelle est la maladie la plus grande dans la vie? Le cancer? La tuberculose? La pandémie? Non. La plus grande maladie dans la vie c’est le manque d’amour, c’est de ne pas réussir à aimer. Cette pauvre femme était certes malade de pertes de sang, mais, en conséquence, elle était malade du manque d’amour, parce qu’elle ne pouvait pas être socialement avec les autres. Et la guérison qui compte le plus c’est celle des liens d’affection. Mais comment la trouver? Nous pouvons penser aux personnes qui nous sont chères: sont-elles malades ou sont-elles en bonne santé? Elles sont malades? Jésus est capable de les guérir.
L’histoire de cette femme sans nom – appelons-la ainsi, «la femme sans nom» – dans laquelle nous pouvons tous nous voir, est exemplaire. Le texte dit qu’elle avait suivi beaucoup de traitements, « en dépensant tous ses biens sans aucun bénéfice, et même cela empirait» (v. 26). Nous aussi, combien de fois nous jetons-nous dans des remèdes erronés pour assouvir notre manque d’amour? Nous pensons que c’est le succès et l’argent qui nous rendent heureux, mais l’amour ne s’achète pas, il est gratuit. Nous nous réfugions dans le virtuel, mais l’amour est concret. Nous ne nous acceptons pas tels que nous sommes et nous nous cachons derrière le maquillage de l’extériorité, mais l’amour n’est pas une apparence. Nous cherchons des solutions chez des mages, des guérisseurs, pour nous retrouver ensuite sans argent et sans paix, comme cette femme. A la fin, elle choisit Jésus et elle se jette dans la foule pour toucher son manteau, le manteau de Jésus. C’est-à-dire que cette femme cherche le contact direct, le contact physique avec Jésus. A notre époque, en particulier, nous avons compris à quel point le contact est important, les relations. Il en est de même avec Jésus: parfois nous nous contentons d’observer quelque précepte et de répéter des prières – très souvent comme des perroquets – mais le Seigneur attend que nous le rencontrions, que nous lui ouvrions notre cœur, que, comme cette femme, nous touchions son manteau pour guérir. Car en entrant dans l’intimité de Jésus, nous sommes guéris dans nos liens d’affection.
C’est ce que Jésus veut. On lit en effet que, même pressé par la foule, il regarde autour de lui pour chercher qui l’a touché. Les disciples disaient: «Mais regarde, la foule qui te serre… ». Non: «Qui m’a touché?». C’est le regard de Jésus: il y a beaucoup de monde, mais Il part à la recherche d’un visage et d’un cœur plein de foi. Jésus ne regarde pas l’ensemble, comme nous, mais il regarde la personne. Il ne s’arrête pas devant les blessures et les erreurs du passé, mais il va au-delà des péchés et des préjugés. Nous avons tous une histoire, et chacun de nous, dans le secret, connaît bien les mauvaises choses de sa propre histoire. Mais Jésus les regarde pour les guérir. Nous, en revanche, nous aimons regarder les mauvaises choses des autres. Combien de fois, quand nous parlons, nous tombons dans le bavardage, qui est de parler mal des autres, «écorcher» les autres. Mais regardez: quel est cet horizon de vie? Pas celui de Jésus, qui regarde toujours la façon de nous sauver, il regarde l’aujourd’hui, la bonne volonté et non cette histoire mauvaise qui est la nôtre. Jésus va au-delà des péchés. Jésus va au-delà des préjugés. Il ne s’arrête pas aux apparences, il arrive au cœur. Et il guérit précisément celle qui était rejetée de tous, une personne impure. Avec tendresse, il l’appelle «fille» (v. 34) – le style de Jésus était la proximité, la compassion et la tendresse: «Fille…» – et il loue sa foi, en lui redonnant confiance en elle.
Sœur, frère, tu es là, laisse Jésus regarder et guérir ton cœur. Moi aussi je dois faire cela: laisser Jésus regarder mon cœur et le guérir. Et si tu as déjà senti son regard tendre sur toi, imite-le, et fais comme lui. Regarde autour de toi: tu verras que beaucoup de personnes qui vivent à côté de toi se sentent blessées et seules, elles ont besoin de se sentir aimées: franchis le pas. Jésus te demande un regard qui ne s’arrête pas à l’extérieur, mais qui aille au cœur; un regard qui ne juge pas – cessons de juger les autres – Jésus nous demande un regard sans jugement, mais accueillant. Ouvrons notre cœur pour accueillir les autres. Parce que seul l’amour guérit la vie, seul l’amour guérit la vie. Que la Vierge Marie, Consolatrice des affligés, nous aide à apporter une caresse aux blessés du cœur que nous rencontrons sur notre chemin. Et ne pas juger, ne pas juger la réalité personnelle, sociale des autres. Dieu aime tout le monde! Ne pas juger, laissez les autres vivre et essayez de vous approcher avec amour.
ANGÉLUS, Mardi 29 juin 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Au cœur de l’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui (Mt 16,13-19), le Seigneur pose une question décisive à ses disciples: «Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je?» (v. 15). C’est la question cruciale que Jésus nous répète à nous aussi aujourd’hui: «Qui suis-je pour toi?». Qui suis-je pour toi qui as accueilli la foi mais qui as encore peur de prendre le large sur ma Parole? Qui suis-je pour toi, qui es chrétien depuis si longtemps mais qui, usé par l’habitude, as perdu ton premier amour? Qui suis-je pour toi, qui traverse un moment difficile et qui as besoin de te secouer pour repartir? Jésus demande: Qui suis-je pour toi? Donnons-lui aujourd’hui une réponse, mais une réponse qui vienne du cœur. Nous tous, donnons-lui une réponse qui vienne du cœur.
Avant cette question, Jésus en a posé une autre à ses disciples: «Au dire des gens, qui suis-je?» (cf. v. 13). C’était un sondage pour enregistrer les avis sur Lui et sur la renommée dont il jouissait, mais la notoriété n’intéresse pas Jésus, ce n’était pas un sondage de ce genre. Alors, pourquoi a-t-il posé cette question? Pour souligner une différence, qui est la différence fondamentale de la vie chrétienne. Il y a ceux qui en restent à la première question, aux opinions, et qui parlent de Jésus; et il y a ceux qui, en revanche, parlent à Jésus, en lui apportant leur vie, en entrant en relation avec Lui, en accomplissant le passage décisif. C’est cela qui intéresse le Seigneur: être au centre de nos pensées, devenir le point de référence de nos sentiments d’affection; en quelques mots, être l’amour de notre vie. Non les opinions que nous avons de lui: cela ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéresse, c’est notre amour, s’il est dans notre cœur.
Les saints que nous fêtons aujourd’hui ont effectué ce passage et sont devenus des témoins. Passer d’une opinion au fait d’avoir Jésus dans son cœur: être des témoins. Ils n’ont pas été des admirateurs, mais des imitateurs de Jésus. Ils n’ont pas été des spectateurs, mais des protagonistes de l’Evangile. Ils n’ont pas cru en paroles, mais avec les faits. Pierre n’a pas parlé de mission, il a vécu la mission, il a été pêcheur d’hommes; Paul n’a pas écrit de livres cultivés, mais des lettres vécues, pendant qu’il voyageait et témoignait. Tous les deux ont dépensé leur vie pour le Seigneur et pour leurs frères. Et ils nous provoquent. Car nous courons le risque d’en rester à la première question: de donner des avis et des opinions, d’avoir de grandes idées et de dire de belles paroles, mais de ne jamais nous mettre en jeu. Et Jésus veut que nous nous mettions en jeu. Combien de fois, par exemple, nous disons que nous voudrions une Eglise plus fidèle à l’Evangile, plus proche des gens, plus prophétique et missionnaire, mais ensuite, concrètement, nous ne faisons rien! Il est triste de voir que beaucoup parlent, commentent et débattent mais que peu témoignent. Les témoins ne se perdent pas dans des paroles, mais ils portent du fruit. Les témoins ne se plaignent pas des autres et du monde, mais ils commencent par eux-mêmes. Ils nous rappellent que Dieu ne doit pas être démontré, mais montré, à travers notre propre témoignage; il ne doit pas être annoncé par des proclamations, mais on doit témoigner de lui par l’exemple. C’est ce qui s’appelle «mettre sa vie en jeu».
Toutefois, si nous regardons les vies de Pierre et de Paul, une objection peut apparaître: tous les deux ont été des témoins, mais pas toujours exemplaires: ils ont été pécheurs! Pierre a renié Jésus et Paul a persécuté les chrétiens. Mais leurs chutes – et tel est le point – ont également été un témoignage. Saint Pierre, par exemple, aurait pu dire aux évangélistes: «N’écrivez pas les erreurs que j’ai faites», faites un Evangile for sport. En revanche, non. Son histoire sort nue, elle sort crue des Evangiles, avec toutes ses misères. Saint Paul fait de même, lui qui, dans ses lettres, parle de ses erreurs et de ses faiblesses. Voilà d’où part le témoin: de la vérité sur lui-même, du combat contre ses propres duplicités et faussetés. Le Seigneur peut faire de grandes choses par notre intermédiaire, quand nous ne cherchons pas à défendre notre image, mais que nous sommes transparents avec lui et avec les autres. Aujourd’hui, chers frères et sœurs, le Seigneur nous interpelle. Et sa question est la même: Qui suis-je pour toi? Elle creuse en nous. A travers ses témoins Pierre et Paul, il nous pousse à faire tomber nos masques, à renoncer aux demi-mesures, aux excuses qui nous rendent tièdes et médiocres. Que la Vierge Marie, Reine des apôtres, nous aide en cela. Qu’elle allume en nous le désir de témoigner de Jésus.
ANGÉLUS, Dimanche 4 juillet 2021
Chers frères et sœurs, bonjour !
L’Evangile de ce dimanche (Mc 6,1-6) que nous lisons dans la liturgie nous raconte l’incrédulité des compatriotes de Jésus. Après avoir prêché dans d’autres villages de Galilée, il repasse par Nazareth, où il avait grandi avec Marie et Joseph ; et, un samedi, il se met à enseigner dans la synagogue. Beaucoup, en l’écoutant, se demandent : « Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée… N’est-il pas le fils du charpentier et de Marie, c’est-à-dire de nos voisins, que nous connaissons bien ? » (cf. vv. 1-3). Face à cette réaction, Jésus affirme une vérité qui est devenue une sagesse populaire : « Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, sa parenté et sa maison » (v. 4). Nous le disons souvent.
Arrêtons-nous sur l’attitude des compatriotes de Jésus. Nous pourrions dire qu’ils connaissent Jésus, mais ne le reconnaissent pas. Il y a une différence entre connaître et reconnaître. En effet, cette différence nous fait comprendre que nous pouvons connaître différentes choses sur une personne, nous en faire une idée, nous fier à ce qu’en disent les autres, peut-être la rencontrer parfois dans le quartier, mais tout cela ne suffit pas. Il s’agit d’une connaissance je dirais ordinaire, superficielle, qui ne reconnaît pas le caractère unique de cette personne. C’est un risque que nous courons tous : nous pensons savoir beaucoup de choses d’une personne, et le pire, c’est que nous l’étiquetons et nous l’enfermons dans nos préjugés. De la même façon, les compatriotes de Jésus le connaissent depuis trente ans et pensent tout savoir! « Mais n’est-il pas le garçon que nous avons vu grandir, le fils du charpentier et de Marie ? Mais d’où lui viennent ces choses ? ». La méfiance. En réalité, ils n’ont jamais réalisé qui est vraiment Jésus. Ils s’arrêtent à l’aspect extérieur et refusent la nouveauté de Jésus.
Et ici, nous entrons au cœur du problème : quand nous faisons prévaloir le confort de l’habitude et la dictature des préjugés, il est difficile de s’ouvrir à la nouveauté et de se laisser étonner. Nous contrôlons, par habitude, avec nos préjugés. Souvent, dans la vie, dans les expériences et même dans les personnes, nous cherchons finalement des confirmations de nos idées et de nos schémas, pour ne jamais devoir faire l’effort de changer. Et cela peut nous arriver aussi avec Dieu, précisément à nous croyants, qui pensons connaître Jésus, connaître déjà beaucoup de Lui, et qu’il suffit de répéter les choses de toujours. Et cela ne suffit pas, avec Dieu. Mais sans ouverture à la nouveauté et surtout – écoutez bien – ouverture aux surprises de Dieu, sans émerveillement, la foi devient une litanie lasse qui s’éteint lentement et qui devient une habitude, une habitude sociale. J’ai dit un mot : l’émerveillement. Qu’est-ce que l’émerveillement ? L’émerveillement est précisément ce qui arrive dans la rencontre avec Dieu : « J’ai rencontré le Seigneur ». Lisons l’Evangile : souvent, les personnes qui rencontrent Jésus et le reconnaissent, ressentent l’émerveillement. Et nous, dans la rencontre avec Dieu, nous devons emprunter ce chemin : sentir l’émerveillement. C’est comme le certificat de garantie que cette rencontre est vraie, qu’elle n’est pas routinière.
A la fin, pourquoi les compatriotes de Jésus ne le reconnaissent-ils pas et ne croient pas en Lui ? Pourquoi ? Quel est le motif ? Nous pouvons dire, en quelques mots, qu’ils n’acceptent pas le scandale de l’Incarnation. Ils ne connaissent pas ce mystère de l’Incarnation, mais ils n’acceptent pas le mystère. Ils ne le savent pas, mais le motif est inconscient, et ils sentent qu’il est scandaleux que l’immensité de Dieu se révèle dans la petitesse de notre chair, que le Fils de Dieu soit le fils du charpentier, que la divinité se cache dans l’humanité, que Dieu habite dans le visage, dans les paroles, dans les gestes d’un homme simple. Voilà le scandale : l’incarnation de Dieu, le fait qu’il soit concret, sa « quotidienneté ». Et Dieu s’est fait concret dans un homme, Jésus de Nazareth, il s’est fait compagnon de route, il s’est fait l’un de nous. « Tu es l’un de nous » : le dire à Jésus, c’est une belle prière ! Et parce qu’il est l’un de nous, il nous comprend, il nous accompagne, il nous pardonne, il nous aime tant. En réalité, il est plus commode d’avoir un dieu abstrait, distant, qui ne s’immisce pas dans les situations et qui accepte une foi éloignée de la vie, des problèmes, de la société. Ou bien nous aimons croire à un dieu « à effets spéciaux », qui ne fait que des choses exceptionnelles et qui donne toujours de grandes émotions. Au contraire, chers frères et sœurs, Dieu s’est incarné : Dieu est humble, Dieu est tendre, Dieu est caché, il se fait proche de nous en habitant la normalité de notre vie quotidienne. Et alors, comme les compatriotes de Jésus, nous risquons de ne pas le reconnaître quand il passe. Je redis cette belle phrase de saint Augustin : « J’ai peur de Dieu, du Seigneur, quand il passe ». Mais Augustin, pourquoi as-tu peur ? « J’ai peur de ne pas le reconnaître. J’ai peur du Seigneur quand il passe. Timeo Dominum transeuntem ». Nous ne le reconnaissons pas, nous nous scandalisons de Lui. Demandons-nous comment est notre cœur par rapport à cette réalité.
A présent, dans la prière, demandons à la Vierge Marie, qui a accueilli le mystère de Dieu dans la vie quotidienne de Nazareth, d’avoir les yeux et le cœur libérés des préjugés et les yeux ouverts à l’émerveillement : « Seigneur, que je te rencontre ! ». Et quand nous rencontrons le Seigneur, il y a cet émerveillement. Nous le rencontrons dans la normalité : les yeux ouverts aux surprises de Dieu, à sa présence humble et cachée dans la vie de chaque jour.
ANGÉLUS, Dimanche 11 juillet 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Je suis heureux de pouvoir maintenir le rendez-vous de l’Angelus du dimanche, même ici depuis la Polyclinique «Gemelli». Je vous remercie tous: j’ai senti votre proximité et le soutien de vos prières. Merci de tout cœur! L’Evangile qu’on lit aujourd’hui dans la liturgie raconte que les disciples de Jésus, envoyés par lui, «oignaient d’huile beaucoup de malades et les guérissaient» (Mc 6, 13). Cette «huile» nous fait aussi penser au sacrement de l’Onction des malades, qui réconforte l’esprit et le corps. Mais cette «huile» c’est aussi l’écoute, la proximité, la sollicitude, la tendresse de qui prend soin de la personne malade: c’est comme une caresse qui fait se sentir mieux, qui apaise la douleur et soulage. Nous tous, tous, nous avons besoin tôt ou tard de cette «onction» de la proximité et de la tendresse, et nous pouvons tous la donner à quelqu’un d’autre, à travers une visite, un coup de téléphone, une main tendue à qui a besoin d’aide. Rappelons-nous que, dans le protocole du jugement dernier – Matthieu 25 – l’une des choses que l’on nous demandera sera la proximité avec les malades.
Au cours de ces journées d’hospitalisation, j’ai une de plus fois fait l’expérience de l’importance d’un bon service de santé, accessible à tous, comme il y en a en Italie et dans d’autres pays. Un service de santé gratuit, qui assure un bon service accessible à tous. Il ne faut pas perdre ce bien précieux. Il faut le garder! Et pour cela nous devons tous nous engager, car il sert à tout le monde et demande la contribution de tous. Même dans l’Eglise il arrive parfois qu’à cause d’une mauvaise gestion, un établissement de santé ait des difficultés économiques, et la première pensée qui nous vient c’est de le vendre. Mais la vocation, dans l’Eglise, ce n’est pas d’avoir de l’argent, c’est d’accomplir un service, et le service est toujours gratuit. N’oubliez pas cela: sauver les institutions gratuites.
Je tiens à exprimer ma reconnaissance et mon encouragement aux médecins et à tous les professionnels de la santé et au personnel de cet hôpital et d’autres hôpitaux. Ils travaillent beaucoup! Et prions pour tous les malades. Il y a ici quelques amis enfants malades… Pourquoi les enfants souffrent-ils? Pourquoi les enfants souffrent est une question qui touche le cœur. Les accompagner par la prière et prier pour tous les malades, en particulier pour ceux qui sont dans des situations plus difficiles: que personne ne soit laissé seul, que chacun puisse recevoir l’onction de l’écoute, de la proximité, de la tendresse et des soins. Nous le demandons par l’intercession de Marie, notre Mère, Santé des malades.
ANGÉLUS, Dimanche 18 juillet 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’attitude de Jésus, que nous observons dans l’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui (Mc 6, 30-34), nous aide à saisir deux aspects importants de la vie. Le premier est le repos. Aux apôtres, qui reviennent des fatigues de la mission et se mettent à raconter avec enthousiasme tout ce qu’ils ont fait, Jésus adresse une invitation avec tendresse: «Venez à l’écart, seuls, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu» (v 31). Il invite au repos.
Ce faisant, Jésus nous donne un enseignement précieux. Même s’il se réjouit de voir ses disciples heureux des prodiges de la prédication, il ne s’attarde pas à des compliments ou à des questions, mais il se préoccupe de leur fatigue physique et intérieure. Et pourquoi fait-il cela? Parce qu’il veut les mettre en garde contre un danger, qui nous guette toujours nous aussi: le danger de se laisser prendre par la frénésie de «faire», tomber dans le piège de l’activisme, où la chose la plus importante sont les résultats que nous obtenons et de nous sentir des protagonistes absolus. Combien de fois cela arrive également dans l’Eglise: nous sommes affairés, nous courons, nous pensons que tout dépend de nous et, à la fin, nous risquons de négliger Jésus et c’est toujours nous qui revenons au centre. C’est pour cela qu’il invite les siens à se reposer un peu à l’écart, avec Lui. Ce n’est pas seulement un repos physique, c’est aussi le repos du cœur. Parce qu’il ne suffit pas de «décrocher», il faut vraiment se reposer. Et comment fait-on cela? Pour le faire, il faut revenir au cœur des choses: s’arrêter, demueurer en silence, prier, pour ne pas passer des courses du travail à celles des vacances. Jésus ne se soustrayait pas aux besoins de la foule, mais chaque jour, avant toute chose, il se retirait dans la prière, dans le silence, dans l’intimité avec le Père. Sa tendre invitation – reposez-vous un peu – devrait nous accompagner: gardons-nous, frères et sœurs, de la recherche de l’efficacité, arrêtons la course effrénée qui dicte nos agendas. Apprenons à nous arrêter, à éteindre le téléphone portable, à contempler la nature, à nous régénérer dans le dialogue avec Dieu.
Toutefois, l’Evangile raconte que Jésus et les disciples ne peuvent pas se reposer comme ils le voudraient. Les gens les trouvent et ils accourent de partout. A ce moment-là, le Seigneur ressent de la compassion. Voici le deuxième aspect: la compassion, qui est le style de Dieu. Le style de Dieu est proximité, compassion et tendresse. Combien de fois dans l’Evangile, dans la Bible, on trouve cette phrase: «Il eut compassion». Emu, Jésus se consacre aux gens et il recommence à enseigner (cf. vv. 33-34). Cela semble une contradiction, mais en réalité, ce n’est pas le cas. En effet, seul un cœur qui ne se laisse pas emporter par la précipitation est capable de s’émouvoir, c’est-à-dire de ne pas se laisser prendre par lui-même ou par les choses à faire et de remarquer les autres, leurs blessures, leurs besoins. La compassion naît de la contemplation. Si nous apprenons à nous reposer vraiment, nous devenons capables d’une vraie compassion; si nous cultivons un regard contemplatif, nous poursuivrons nos activités sans l’attitude rapace de celui qui veut tout posséder et tout consommer; si nous restons en contact avec le Seigneur et que nous n’anesthésions pas la partie la plus profonde de nous-mêmes, les choses à faire n’auront pas le pouvoir de nous ôter le souffle et de nous dévorer. Nous avons besoin – écoutez cela – nous avons besoin d’une «écologie du cœur» faite de repos, de contemplation et de compassion. Profitons du temps estival pour cela!
Et à présent, prions la Vierge Marie, qui a cultivé le silence, la prière et la contemplation, et qui s’émeut toujours d’une tendre compassion pour nous ses enfants.
ANGÉLUS, Dimanche 25 juillet 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’Evangile de la liturgie de ce dimanche raconte le célèbre épisode de la multiplication des pains et des poissons, avec lesquels Jésus rassasie quelque cinq mille personnes venues l’écouter (cf. Jn 6,1-15). Il est intéressant de voir comment se réalise ce miracle: Jésus ne crée pas les pains et les poissons à partir de rien, non, mais il agit à partir de ce que lui apportent les disciples. L’un d’eux dit: «Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde!» (v. 9). C’est peu, c’est presque rien, mais cela suffit à Jésus.
Essayons à présent de nous mettre à la place de ce jeune. Les disciples lui demandent de partager tout ce qu’il a à manger. Cela semble une proposition insensée, et même injuste. Pourquoi priver une personne, en plus un jeune, de ce qu’il a apporté de chez lui et qu’il a le droit de garder pour lui? Pourquoi enlever à l’un ce qui ne suffit pas à nourrir tout le monde? Humainement c’est illogique. Mais pas pour Dieu. C’est même justement grâce à ce petit don gratuit, et par conséquent héroïque, que Jésus peut rassasier tout le monde. C’est un grand enseignement pour nous. Il nous dit que le Seigneur peut faire beaucoup avec le peu que nous mettons à sa disposition. Il serait beau de nous demander chaque jour: «Aujourd’hui qu’est-ce que j’apporte à Jésus?». Il peut faire beaucoup avec notre prière, avec notre geste de charité pour les autres, même avec notre misère remise à sa miséricorde. Apporter nos petitesses à Jésus, et Lui fait des miracles. Dieu aime agir ainsi: il fait de grandes choses à partir des petites, de celles qui sont gratuites.
Tous les grands protagonistes de la Bible – d’Abraham à Marie jusqu’au jeune d’aujourd’hui – montrent cette logique de la petitesse et du don. La logique du don est si différente de la nôtre. Nous cherchons à accumuler et à accroître ce que nous avons; Jésus, en revanche, demande de donner, de diminuer. Nous aimons ajouter, les additions nous plaisent; Jésus aime les soustractions, enlever quelque chose pour le donner aux autres. Nous voulons multiplier pour nous; Jésus apprécie quand nous divisons avec les autres, quand nous partageons. Il est curieux que dans les récits de la multiplication des pains présents dans les Evangiles, le verbe «multiplier» n’apparaisse jamais. Les verbes utilisés ont même un sens opposé: «rompre», «donner», «distribuer» (cf. v. 11; Mt 14,19; Mc 6,41; Lc 9,16). Mais on n’utilise pas le verbe multiplier. Le vrai miracle, dit Jésus, n’est pas la multiplication qui produit de l’orgueil et du pouvoir, mais la division, le partage, qui fait croître l’amour et permet à Dieu d’accomplir des miracles. Essayons de partager davantage, essayons cette route que Jésus nous enseigne.
Aujourd’hui aussi la multiplication des biens ne résout pas les problèmes sans un partage juste. Il nous vient à l’esprit la tragédie de la faim, qui concerne en particulier les plus fragiles. On a calculé – officiellement – que chaque jour dans le monde environ 7000 enfants de moins de cinq ans meurent pour des raisons liées à la malnutrition, parce qu’ils n’ont pas le nécessaire pour vivre. Face à de tels scandales, Jésus nous adresse à nous aussi une invitation, une invitation semblable à celle que reçut probablement le jeune de l’Evangile, qui n’a pas de nom et dans lequel nous pouvons tous nous reconnaître: «Courage, donne le peu que tu as, tes talents et tes biens, mets-les à disposition de Jésus et de tes frères. N’aie pas peur, rien ne sera perdu, parce que, si tu partages, Dieu multiplie. Chasse la fausse modestie de te sentir inadapté, fais confiance. Crois dans l’amour, crois dans le pouvoir du service, crois dans la force de la gratuité».
Que la Vierge Marie, qui a répondu «oui» à la proposition inouïe de Dieu, nous aide à ouvrir notre cœur aux invitations du Seigneur et aux besoins des autres.
ANGÉLUS, Dimanche 1er août 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
La scène d’ouverture de l’Evangile, dans la liturgie d’aujourd’hui (cf. Jn 6, 24-35), nous présente des barques qui se dirigent vers Capharnaüm: la foule va chercher Jésus. On pourrait penser que c’est une très bonne chose, pourtant l’Evangile nous enseigne que chercher Dieu ne suffit pas, il faut aussi se s’interroger sur le motif pour lequel on le cherche. En effet, Jésus affirme: «Vous me cherchez non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé ces pains et que vous avez été rassasiés» (v. 26). En effet, les gens avaient assisté au prodige de la multiplication des pains, mais n’avaient pas saisi la signification de ce geste: ils s’étaient arrêtés au miracle extérieur, ils s’étaient arrêtés au pain matériel: seulement là, sans aller au-delà, jusqu’à la signification de cela.
Voilà alors une première question que nous pouvons tous nous poser: pourquoi cherchons-nous le Seigneur? Pourquoi est-ce que je cherche le Seigneur? Quelles sont les motivations de ma foi, de notre foi? Nous avons besoin de discerner cela, parce que parmi les nombreuses tentations que nous avons dans la vie, parmi les nombreuses tentations, il y en a une que nous pourrions appeler tentation idolâtre. C’est celle qui nous pousse à chercher Dieu pour notre propre usage et consommation, pour résoudre les problèmes, pour avoir, grâce à Lui, ce que nous ne réussissons pas à obtenir par nous-mêmes, par intérêt. Mais de cette manière, la foi reste superficielle et aussi – je me permets le mot – la foi reste «miraculiste»: nous cherchons Dieu pour nous nourrir et puis nous l’oublions lorsque nous sommes rassasiés. Au centre de cette foi immature, il n’y a pas Dieu, il y a nos besoins. Je pense à nos intérêts, à beaucoup de choses… Il est juste de présenter nos besoins au cœur de Dieu, mais le Seigneur, qui agit bien au-delà de nos attentes, désire tout d’abord vivre avec nous une relation d’amour. Et le véritable amour est désintéressé, il est gratuit: on n’aime pas pour recevoir une faveur en retour! Ce serait de l’intérêt; et très souvent, dans la vie, nous sommes intéressés.
Une deuxième question peut nous aider, celle que la foule pose à Jésus: «Que devons-nous faire pour faire les œuvres de Dieu?» (v. 28). C’est comme si les gens, provoqués par Jésus, disaient: «Comment faire pour purifier notre recherche de Dieu? Comment passer d’une foi magique, qui ne pense qu’à ses propres besoins, à la foi qui plaît à Dieu?» Et Jésus indique la voie: il répond que l’œuvre de Dieu c’est d’accueillir Celui que le Père a envoyé, c’est-à-dire de l’accueillir lui-même, Jésus. Ce n’est pas ajouter des pratiques religieuses ou observer des préceptes particuliers; c’est accueillir Jésus, c’est l’accueillir dans la vie, c’est vivre une histoire d’amour avec Jésus. C’est lui qui purifiera notre foi. Tout seuls, nous ne sommes pas en mesure de le faire. Mais le Seigneur désire une relation d’amour avec nous: avant les choses que nous recevons et que nous faisons, il y faut l’aimer. Il y a une relation avec Lui qui dépasse les logiques de l’intérêt et du calcul.
Cela vaut à l’égard de Dieu, mais cela vaut aussi dans nos relations humaines et sociales: lorsque nous recherchons avant tout la satisfaction de nos besoins, nous risquons d’utiliser les personnes et d’instrumentaliser les situations pour nos fins. Combien de fois avons-nous entendu d’une personne: «Mais celle-ci utilise les personnes et puis elle les oublie». Utiliser les personnes pour notre propre profit: ce n’est pas beau. Et une société qui place au centre les intérêts plutôt que les personnes est une société qui n’engendre pas la vie. Voilà l’invitation de l’Evangile: plutôt que de nous préoccuper uniquement du pain matériel qui nous nourrit, accueillons Jésus comme pain de vie et, à partir de notre amitié avec Lui, apprenons à nous aimer les uns les autres. Avec gratuité et sans calculs. Un amour gratuit et sans calculs, sans utiliser les gens, avec gratuité, avec générosité, avec magnanimité.
Prions maintenant la Vierge Marie, Celle qui a vécu la plus belle histoire d’amour avec Dieu, pour qu’Elle nous donne la grâce de nous ouvrir à la rencontre avec son Fils.
ANGÉLUS, Dimanche 8 août 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans l’Evangile de la Liturgie du jour, Jésus continue à prêcher au peuple qui a vu le miracle de la multiplication des pains. Et il invite ces personnes à faire un saut de qualité: après avoir rappelé la manne, avec laquelle Dieu avait nourri les pères sur le long chemin à travers le désert, il applique à présent le symbole du pain à lui-même. Il dit clairement: «Je suis le pain vivant» (Jn 6, 48).
Qu’est-ce que signifie le pain vivant? Pour vivre, nous avons besoin de pain. Celui qui a faim ne demande pas de la nourriture raffinée et coûteuse, mais il demande du pain. Celui qui est sans travail ne demande pas un gros revenu, mais le «pain» d’un emploi. Jésus se révèle comme le pain, c’est-à-dire l’essentiel, le nécessaire pour la vie de chaque jour, sans Lui, cela ne fonctionne pas. Non pas un pain parmi tant d’autres, mais le pain de la vie. En d’autres termes, sans Lui, au lieu de vivre, nous vivotons: car Lui seul nourrit notre âme, Lui seul nous pardonne ce mal que nous ne réussissons pas à dépasser par nous-mêmes, Lui seul nous fait nous sentir aimés même si tout le monde nous déçoit, Lui seul nous donne la force d’aimer, Lui-seul nous donne la force de pardonner dans les difficultés, Lui seul donne au cœur cette paix qu’il recherche, Lui seul donne la vie pour toujours quand la vie ici-bas se termine. Il est le pain essentiel de la vie.
«Je suis le pain vivant», dit-il. Restons sur cette belle image de Jésus. Il aurait pu faire un raisonnement, une démonstration, mais — nous le savons — Jésus parle en paraboles, et dans cette expression: «Je suis le pain vivant», il résume vraiment tout son être et toute sa mission. On se verra pleinement à la fin, lors de la Dernière Cène. Jésus sait que le Père lui demande non seulement de donner à manger aux gens, mais de se donner lui-même, de se rompre lui-même, de rompre sa propre vie, sa propre chair, son propre cœur, pour que nous puissions avoir la vie. Ces paroles du Seigneur réveillent en nous l’étonnement pour le don de l’Eucharistie. Personne en ce monde, quel que soit son amour pour une autre personne, ne peut se faire nourriture pour elle. Dieu l’a fait, et il le fait, pour nous. Retrouvons cet étonnement. Faisons-le en adorant le Pain vivant, parce que l’adoration remplit la vie d’étonnement.
Dans l’Evangile, cependant, plutôt que de s’étonner, les gens se scandalisent, ils déchirent leurs vêtements. Ils pensent: «Nous connaissons ce Jésus, nous connaissons sa famille, comment peut-il dire: “Je suis le pain descendu du ciel”?» (cf. vv. 41-42). Peut-être est-ce un scandale pour nous aussi: il serait plus pratique pour nous d’avoir un Dieu qui reste dans le Ciel sans se mêler de notre vie, tandis que nous pourrions gérer les affaires d’ici-bas. En revanche, Dieu s’est fait homme pour entrer dans l’aspect concret du monde, pour entrer dans notre aspect concret, Dieu s’est fait homme pour moi, pour toi, pour nous tous, pour entrer dans notre vie. Et tout l’intéresse dans notre vie. Nous pouvons lui raconter nos liens familiaux, notre travail, notre journée, nos souffrances, nos angoisses, tant de choses. Nous pouvons tout lui dire, car Jésus désire cette intimité avec nous. Qu’est-ce qu’il ne désire pas? Etre relégué au rôle de garniture — Lui qui est le pain —, être négligé et mis de côté, ou interpelé seulement quand nous en avons besoin.
Je suis le pain vivant. Nous prenons un repas ensemble au moins une fois par jour; peut-être le soir, en famille, après une journée de travail ou d’étude. Il serait beau, avant de rompre le pain, d’inviter Jésus, pain vivant, de lui demander avec simplicité de bénir ce que nous avons fait et ce que nous n’avons pas réussi à faire. Invitons-le chez nous, prions dans un style «domestique». Jésus sera à table avec nous et nous serons rassasiés d’un amour plus grand.
Que la Vierge Marie, dans laquelle le Verbe s’est fait chair, nous aide à grandir jour après jour dans l’amitié de Jésus, pain de vie.
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