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ANGÉLUS, Dimanche 17 octobre 2021
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui (Mc 10, 35-45) raconte que deux disciples, Jacques et Jean, demandent  au Seigneur de siéger un jour à ses côtés dans la gloire, comme s’ils étaient des «premiers ministres», quelque chose comme ça. Mais les autres disciples les entendent et ils s’indignent. Alors, Jésus, avec patience,  leur offre un grand enseignement: la vraie gloire ne s’obtient pas en s’élevant au-dessus des autres, mais en vivant le même baptême qu’il recevra bientôt à Jérusalem, c’est-à-dire la croix. Qu’est-ce que cela veut dire? Le mot «baptême» signifie «immersion»: par sa Passion, Jésus s’est plongé dans la mort, offrant sa vie pour nous sauver. Sa gloire, la gloire de Dieu, est donc l’amour qui devient service, non la puissance qui aspire à la domination. Pas le pouvoir qui aspire à la domination, non! C’est l’amour qui devient service. C’est pourquoi Jésus conclut en disant aux siens et à nous aussi: «Celui qui voudra devenir grand parmi vous, sera votre serviteur» (Mc 10, 43). Pour devenir grand, vous devrez aller sur le chemin du service, servir les autres.
Nous sommes face à deux logiques différentes: les disciples veulent émerger et Jésus veut s’immerger. Arrêtons-nous sur ces deux verbes. Le premier est émerger. Il exprime cette mentalité mondaine par laquelle nous sommes toujours tentés: vivre toutes choses, même les relations, pour nourrir notre ambition, pour gravir les marches du succès, pour atteindre des postes importants. La recherche du prestige personnel peut devenir une maladie de l’esprit, allant jusqu’à se masquer derrière de bonnes intentions; par exemple quand, derrière le bien que nous faisons et que nous prêchons, nous ne cherchons en réalité que nous-mêmes et notre affirmation, c’est-à-dire aller de l’avant, gravir les échelons...  Et nous voyons cela aussi dans l’Eglise. Combien de fois, nous chrétiens, qui devrions être les serviteurs, nous essayons de gravir les échelons, d’avancer. Nous avons donc toujours besoin de vérifier les véritables intentions du cœur, de nous demander: «Pourquoi est-ce que je continue ce travail, cette responsabilité? Pour offrir un service ou être remarqué, loué et recevoir des compliments?». A cette logique mondaine, Jésus oppose la sienne: au lieu de s’élever au-dessus des autres, descendre du piédestal pour les servir; au lieu d’émerger au-dessus des autres, se plonger dans la vie des autres. J’ai vu dans l’émission «A sua immagine» [A son image] ce service des Caritas afin que personne ne manque de nourriture: se soucier de la faim des autres, se soucier des besoins des autres. Il y a beaucoup, beaucoup de personnes dans le besoin aujourd’hui, et davantage après la pandémie. Regarder et s’abaisser dans le service, et ne pas chercher à gravir les échelons pour sa propre gloire.
Voici donc le deuxième verbe: s’immerger. Jésus nous demande de nous immerger. Et comment s’immerger? Avec compassion, dans la vie de ceux que nous rencontrons. Là [dans ce service de la Caritas] nous voyions la faim: et nous, pensons-nous avec compassion à la faim de tant de personnes? Lorsque nous sommes devant notre repas, qui est une grâce de Dieu et que nous pouvons manger, il y a beaucoup de gens qui travaillent et qui ne peuvent pas avoir assez de repas pour tout le mois. Pensons-nous à cela? S’immerger avec compassion, avoir de la compassion. Ce n’est pas une donnée d’encyclopédie: il y a beaucoup de personnes qui ont faim... Non! Ce sont des personnes. Et moi, est-ce que j’ai de la compassion pour les personnes? Compassion pour la vie de ceux que nous rencontrons, comme Jésus l’a fait avec moi, avec toi, avec nous tous, il s’est approché avec compassion.
Regardons le Seigneur crucifié, immergé jusqu’au bout dans notre histoire blessée, et découvrons la manière de faire de Dieu, nous voyons qu’il n’est pas resté là-haut au ciel, à nous regarder de haut, mais il s’est abaissé pour nous laver les pieds. Dieu est amour et l’amour est humble, il ne s’élève pas, mais il descend en bas, comme la pluie qui tombe sur la terre et apporte la vie. Mais comment faire pour aller dans la même direction que Jésus, passer de l’attitude d’émerger à  celle de s’immerger, de la mentalité, mondaine, du prestige, à celle, chrétienne, du service? Il faut de l’engagement, mais ce n’est pas suffisant. Seuls, c’est difficile, voire impossible, mais nous avons en nous une force qui nous aide. C’est celle du baptême, de cette immersion en Jésus que nous avons tous reçue par grâce et qui nous dirige, nous pousse à le suivre, non à chercher notre propre intérêt mais à nous mettre au service. C’est une grâce, c’est un feu que l’Esprit a allumé en nous et qu’il faut alimenter. Demandons aujourd’hui à l’Esprit Saint de renouveler en nous la grâce du baptême, l’immersion en Jésus, dans sa manière d’être, pour être davantage des serviteurs, être serviteurs comme lui l’a été pour nous.
Et prions la Sainte Vierge: bien qu’elle soit la plus grande, elle n’a pas cherché à émerger, mais elle a été l’humble servante du Seigneur, et elle est entièrement immergée dans notre service, pour nous aider à rencontrer Jésus.
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ANGÉLUS, Dimanche 24 octobre 2021
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui parle de Jésus qui, en quittant Jéricho, rend la vue à Bartimée, un aveugle qui mendie le long de la route (cf. Mc 10, 46-52). C’est une rencontre importante, la dernière avant l’entrée du Seigneur à Jérusalem pour Pâques. Bartimée avait perdu la vue, mais pas la voix! En effet, lorsqu’il entend que Jésus est sur le point de passer, il se met à crier: «Fils de David, Jésus, aie pitié de moi!» (v. 47). Et il crie, il crie cela. Les disciples et la foule s’agacent de ses cris et ils le réprimandent pour qu’il se taise. Mais il crie encore plus fort: «Fils de David, aie pitié de moi!» (v. 48). Jésus entend et s’arrête immédiatement. Dieu écoute toujours le cri des pauvres, et il n’est pas du tout dérangé par la voix de Bartimée, au contraire, il se rend compte qu’elle est pleine de foi, une foi qui n’a pas peur d’insister, de frapper au cœur de Dieu, malgré l’incompréhension et les reproches. Et c’est là que réside la racine du miracle. En effet, Jésus lui dit: «Ta foi t’a sauvé» (v. 52).
La foi de Bartimée transparaît dans sa prière. Ce n’est pas une prière timide, conventionnelle. Il appelle tout d’abord le Seigneur «Fils de David»: c’est-à-dire qu’il le reconnaît comme le Messie, le Roi qui vient dans le monde. Puis il l’appelle par son nom, avec confiance: «Jésus». Il n’a pas peur de lui, il ne prend pas ses distances. Et alors, du fond du cœur, il crie au Dieu ami tout son drame: «Aie pitié de moi!». Seulement cette prière: «Aie pitié de moi!». Il ne lui demande pas quelques pièces, comme il le fait avec les passants. Non. A Celui qui peut tout, il demande tout. Aux gens il demande une petite monnaie, à Jésus qui peut tout, il demande tout: «Aie pitié de moi, aie pitié de tout ce que je suis». Il ne demande pas une grâce, mais il se présente: il demande miséricorde pour sa personne, pour sa vie. Ce n’est pas une petite requête, mais elle est très belle, car elle invoque la pitié, c’est-à-dire la compassion, la miséricorde de Dieu, sa tendresse.
Bartimée n’utilise pas beaucoup de mots. Il dit l’essentiel et il s’en remet à l’amour de Dieu, qui peut faire refleurir sa vie en accomplissant ce qui est impossible aux hommes. C’est pourquoi, il ne demande pas l’aumône au Seigneur, mais il manifeste tout, sa cécité et sa souffrance, qui allaient au-delà du fait de ne pas pouvoir voir. La cécité n’était que la pointe de l’iceberg, mais dans son cœur, il devait y avoir des blessures, des humiliations, des rêves brisés, des erreurs, des remords. Il priait avec son cœur. Et nous? Quand nous demandons une grâce à Dieu, mettons-nous nous aussi dans la prière notre propre histoire, nos blessures, nos humiliations, nos rêves brisés, nos erreurs, nos remords?
«Fils de David, Jésus, aie pitié de moi!». Faisons nous aussi cette prière aujourd’hui. Et demandons-nous: «Comment va ma prière?» Que chacun de nous se demande: «Comment va ma prière?» Est-elle courageuse, a-t-elle la bonne insistance de celle de Bartimée, sait-elle «saisir» le Seigneur qui passe, ou se contente-t-elle de lui faire un petit salut formel de temps en temps, quand je m’en souviens? Ces prières tièdes qui n’aident pas du tout. Et puis: ma prière est-elle «riche», met-elle mon cœur à nu devant le Seigneur? Est-ce que je lui apporte l’histoire et les visages de ma vie? Ou bien est-elle anémique, superficielle, faite de rituels sans affection et sans cœur? Quand la foi est vivante, la prière est vibrante: elle ne demande pas quelques miettes, elle ne se réduit pas aux besoins du moment. A Jésus, qui peut tout, on doit tout demander. N’oubliez pas cela. A Jésus qui peut tout, on doit tout demander, avec  insistance devant Lui. Il a hâte de déverser sa grâce et sa joie dans nos cœurs, mais malheureusement, c’est nous qui  gardons nos distances, peut-être par timidité, ou  par paresse ou par incrédulité.
Un grand nombre d’entre nous, lorsque nous prions, ne croient pas que le Seigneur puisse opérer le miracle. Il me vient à l’esprit cette histoire — que j’ai vue — de ce père auquel les médecins avaient dit que sa fille de neuf ans ne passerait pas la nuit; il était à l’hôpital. Et il a pris un bus et a parcouru soixante-dix kilomètres jusqu’au sanctuaire de la Vierge Marie. Il était fermé et lui, agrippé au portail, a passé toute la nuit à prier: «Seigneur, sauve-la! Seigneur, donne-lui la vie!». Il a prié la Vierge Marie toute la nuit, criant vers Dieu, criant du fond du cœur. Puis le matin, lorsqu’il est retourné à l’hôpital, il a trouvé sa femme en train de pleurer. Et il a pensé: «Elle est morte». Et sa femme lui a dit: «On ne comprend pas, on ne comprend pas, les médecins disent que c’est une chose étrange, elle semble guérie». Le cri de cet homme qui demandait tout fut entendu par le Seigneur qui lui avait tout donné. Ce n’est pas une histoire: j’ai vu cela dans mon autre diocèse. Est-ce que nous avons ce courage dans la prière? A Celui qui peut tout nous donner, nous demandons tout, comme Bartimée, un grand maître, un grand maître de prière. Que lui, Bartimée, soit pour nous un exemple par sa foi concrète, insistante et courageuse. Et que la Vierge Marie, la Vierge orante, nous apprenne à nous adresser à Dieu de tout notre cœur, avec la confiance qu’Il écoute attentivement toute prière.
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ANGÉLUS, Dimanche 31 octobre 2021
Dans la liturgie d’aujourd’hui, l’Evangile parle d’un scribe qui s’approche de Jésus et lui demande: «Quel est le premier de tous les commandements?» (Mc 12, 28). Jésus répond en citant l’Ecriture et affirme que le premier commandement est d’aimer Dieu; de celui-ci découle donc par conséquence naturelle, le deuxième: aimer son prochain comme soi-même (cf. vv. 29-31). En entendant cette réponse, le scribe non seulement la reconnaît comme juste, mais ce faisant, en la reconnaissant comme juste, il répète presque les mêmes paroles dites par Jésus: «Fort bien, Maître, tu as eu raison de dire que l'aimer de tout son cœur, de toute son intelligence et de toute sa force, et aimer le prochain comme soi-même, vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices» (vv. 32-33).
Nous pouvons nous demander: pourquoi, en donnant son assentiment, ce scribe ressent-il le besoin de répéter les mêmes paroles de Jésus? Cette répétition semble d’autant plus surprenante si l’on pense que l’on est dans l’Evangile de Marc, qui a un style très concis. Quel est alors le sens de cette répétition? Cette répétition est un enseignement pour nous tous qui écoutons. Car la Parole du Seigneur ne peut pas être reçue comme n’importe quel fait divers. La Parole du Seigneur doit être répétée, appropriée, conservée. La tradition monastique, des moines, utilise un terme audacieux mais très concret. Elle dit: la Parole de Dieu doit être «ruminée». «Ruminer la Parole de Dieu». Nous pouvons dire qu’elle est si nourrissante qu’elle doit toucher tous les domaines de la vie: impliquer, comme le dit Jésus aujourd’hui, tout le cœur, toute l’âme, tout l’esprit, toute la force (cf. v. 30). La Parole de Dieu doit retentir, résonner et résonner encore en nous. Quand il y a cet écho intérieur qui se répète, cela signifie que le Seigneur habite notre cœur. Et il nous dit, comme à ce bon scribe de l’Evangile: «Tu n’es pas loin du royaume de Dieu» (v. 34).
Chers frères et sœurs, le Seigneur ne cherche pas tant des commentateurs habiles des Ecritures, mais il cherche des cœurs dociles qui, en accueillant sa Parole, se laissent transformer de l’intérieur. Voilà pourquoi il est si important de se familiariser avec l’Evangile, de l’avoir toujours à portée de main — même un petit Evangile dans la poche, dans son sac —, de le lire et de le relire, de s’en passionner. Quand nous faisons cela, Jésus, la Parole du Père, entre dans nos cœurs, devient intime avec nous et nous portons du fruit en Lui. Prenons l’exemple de l’Evangile d’aujourd’hui: il ne suffit pas de le lire et de comprendre qu’il faut aimer Dieu et son prochain. Il faut que ce commandement, qui est le «grand commandement», résonne en nous, soit assimilé, devienne la voix de notre conscience. Alors il ne reste pas lettre morte, dans le tiroir du cœur, parce que l’Esprit Saint fait germer en nous la semence de cette Parole. Et la Parole de Dieu agit, elle est toujours en mouvement, elle est vivante et efficace (cf. He 4, 12). Ainsi, chacun de nous peut devenir une «traduction» vivante, différente et originale. Pas une répétition, mais une «traduction» vivante, différente et originale de l’unique Parole d’amour que Dieu nous donne. Nous voyons cela par exemple dans la vie des saints: aucun n’est semblable à l’autre, tous sont différents, mais tous avec la même Parole de Dieu.
Aujourd’hui, prenons donc l’exemple de ce scribe. Répétons les paroles de Jésus, faisons-les résonner en nous: «Aimer Dieu de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de  toutes mes forces et mon prochain comme moi-même». Et demandons-nous: ce commandement oriente-t-il vraiment ma vie? Ce commandement se reflète-t-il dans mes journées? Il nous fera du bien ce soir, avant de nous endormir, de faire un examen de conscience sur cette Parole, pour voir si aujourd’hui, nous avons aimé le Seigneur et donné un peu de bien à ceux que nous avons rencontrés. Que chaque rencontre signifie donner un peu de bien, un peu d’amour, qui vient de cette Parole. Que la Vierge Marie, dans laquelle le Verbe de Dieu s’est fait chair, nous enseigne à accueillir dans notre cœur les paroles vivantes de l’Evangile.
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ANGÉLUS, Lundi 1er novembre 2021, Solennité de la Toussaint
Aujourd’hui, nous célébrons la Toussaint et dans la liturgie retentit le message «programmatique» de Jésus — à savoir les Béatitudes (cf. Mt 5, 1-12a). Elles nous montrent le chemin qui conduit au Royaume de Dieu et au bonheur: le chemin de l’humilité, de la compassion, de la douceur, de la justice et de la paix. Etre saints signifie marcher sur ce chemin. Arrêtons-nous maintenant sur deux aspects de ce style de vie. Deux aspects qui sont propres à ce style de vie de sainteté: la joie et la prophétie.
La joie. Jésus commence par le mot «Bienheureux» (Mt 5, 3). C’est l’annonce principale, celle d’un bonheur sans précédent. La béatitude, la sainteté n’est pas un programme de vie fait uniquement d’efforts et de renoncements, mais c’est avant tout la joyeuse découverte d’être des enfants aimés de Dieu. Et cela te remplit de joie. Ce n’est pas une conquête humaine, c’est un don que nous recevons: nous sommes saints parce que Dieu, qui est le Saint, vient habiter notre vie. C’est Lui qui nous donne la sainteté. C’est pour cela que nous sommes bienheureux! La joie du chrétien n’est  pas alors l’émotion d’un instant ou un simple optimisme humain, mais la certitude de pouvoir affronter chaque situation sous le regard aimant de Dieu, avec le courage et la force qui viennent de lui. Même au milieu de nombreuses tribulations, les saints ont connu cette joie et ils en ont témoigné. Sans joie, la foi devient un exercice rigoureux et oppressant, et on risque de tomber malade de tristesse. Prenons ces paroles: tomber malade de tristesse. Un Père du désert disait que la tristesse est «un ver du cœur», qui ronge la vie (cf. Evagre le Pontique, Les huit esprits de malice, XI). Demandons-nous ceci: sommes-nous des chrétiens joyeux? Moi, suis-je un chrétien joyeux ou ne le suis-je pas?  Répandons-nous la joie ou sommes-nous des gens éteints, tristes avec un visage funèbre? Souvenons-nous qu’il n’y a pas de sainteté sans joie!
Le deuxième aspect: la prophétie. Les Béatitudes s’adressent aux pauvres, aux affligés, aux affamés de justice. C’est un message à contre-courant. En effet, le monde dit que pour avoir le bonheur, vous devez être riche, puissant, toujours jeune et fort, jouir de la notoriété et du succès. Jésus renverse ces critères et fait une annonce prophétique — et cela est  la dimension prophétique de la sainteté —: la véritable plénitude de vie s’obtient en suivant Jésus, en mettant sa Parole en pratique. Et cela signifie une autre pauvreté, c’est-à-dire être pauvre intérieurement, se vider de soi-même pour faire de la place à Dieu. Celui qui se croit riche, gagnant et en sécurité, fonde tout sur lui-même et il se ferme à Dieu et à ses frères, tandis que celui qui se sait pauvre et sait ne pas se suffire à  lui-même reste ouvert à Dieu et au prochain. Et il trouve la joie. Les Béatitudes sont alors la prophétie d’une humanité nouvelle, d’une nouvelle manière de vivre: se faire petit et s’en remettre à Dieu, au lieu dominer les autres; être doux, au lieu d’essayer de s’imposer; pratiquer la miséricorde, plutôt que de  penser seulement à soi-même; s’engager pour la justice et la paix, au lieu de nourrir, y compris avec connivence, les injustices et les inégalités. La sainteté c’est accueillir et mettre en pratique, avec l’aide de Dieu, cette prophétie qui révolutionne le monde. Nous pouvons donc nous demander: est-ce que je témoigne de la prophétie de Jésus? Est-ce que j’exprime l’esprit prophétique que j’ai reçu au baptême? Ou est-ce que je m’adapte aux conforts de la vie et à ma paresse, en pensant que tout va bien si cela va bien pour moi? Est-ce que j’apporte au monde la nouveauté joyeuse de la prophétie de Jésus dans le monde ou les plaintes habituelles pour ce qui ne va pas? Des questions que nous ferons bien de nous poser.
Que la Sainte Vierge nous donne quelque chose de son âme, cette âme bienheureuse qui a magnifié avec joie le Seigneur, qui «renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles» (cf. Lc 1, 52).
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ANGÉLUS, Dimanche 7 novembre 2021
Chers frères et sœurs, bonjour!
La scène décrite par l’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui se déroule à l’intérieur du Temple de Jérusalem. Jésus regarde, il regarde ce qui se passe dans ce lieu, le plus sacré de tous, et  il voit comment les scribes aiment marcher pour être remarqués, salués, vénérés, et avoir des places d’honneur. Et Jésus ajoute qu’«ils  dévorent les biens des veuves, et affectent de faire de longues prières» (Mc 12, 40). En même temps, son regard entrevoit une autre scène: une pauvre veuve, précisément une de celles qui sont exploitées par les puissants, jette dans le trésor du Temple «tout ce qu’elle a pour vivre» (v. 44). L’Evangile dit cela, elle jette dans le trésor tout ce qu’elle a pour vivre. L’Evangile nous place devant ce contraste criant: les riches, qui donnent le superflu pour se faire voir, et une pauvre femme qui, sans paraître, offre tout le peu qu’elle a. Deux symboles des attitudes humaines.
Jésus regarde les deux scènes. Et c’est précisément ce verbe — «regarder» — qui résume son enseignement: de ceux qui vivent la foi avec duplicité, comme ces scribes, «il faut se garder» pour ne pas devenir comme eux; tandis que la veuve il faut la «regarder» pour la prendre comme modèle. Arrêtons-nous là-dessus: se garder des hypocrites et regarder la veuve pauvre .
Avant tout, se garder des hypocrites, c’est-à-dire veiller à ne pas fonder sa vie sur le culte de l’apparence, de l’extériorité, sur le soin exagéré de son image. Et surtout, faire attention à ne pas plier la foi à nos intérêts. Ces scribes couvraient leur vaine gloire du nom de Dieu et, pire encore, utilisaient la religion pour gérer leurs affaires, abusant de leur autorité et en exploitant les pauvres. Ici, nous voyons cette si mauvaise attitude que nous voyons dans tant de lieux, dans tant d’endroits, aujourd’hui encore, le cléricalisme, ce fait d’être au-dessus des humbles, de les exploiter, de les «battre», de se sentir parfaits. Tel est le mal du cléricalisme. C’est un avertissement pour tous les temps et pour tous, Eglise et société: ne jamais profiter de son rôle pour écraser les autres, ne jamais faire des bénéfices sur la peau des plus faibles! Et être vigilants, pour ne pas tomber dans la vanité, pour ne pas devenir obsédés par les apparences, perdre la substance et vivre dans la superficialité. Demandons-nous, cela nous aidera: dans ce que nous disons et faisons, voulons-nous être appréciés et gratifiés ou voulons-nous rendre un service à Dieu et à notre prochain, surtout les plus faibles? Veillons à la fausseté du cœur, à l’hypocrisie, qui est une dangereuse maladie de l’âme! C’est une façon de penser double, un jugement double, comme le dit le mot lui-même: «juger en-dessous», apparaître d’une manière et «hypo» en-dessous, avoir une autre pensée. Doubles,  des personnes à l’âme double, la duplicité d’âme.
Et pour guérir de cette maladie, Jésus nous invite à regarder la veuve pauvre . Le Seigneur dénonce l’exploitation de cette femme qui, pour faire son offrande, doit rentrer chez elle privée même du peu qu’elle a pour vivre. Comme c’est important de libérer le sacré de ses liens avec l’argent! Jésus l’avait déjà dit, ailleurs: on ne peut pas servir deux maîtres. Soit tu sers Dieu — et nous pensons qu’il dit «soit le diable», non — soit Dieu soit l’argent. C’est un maître, et Jésus dit que nous ne devons pas le servir. Mais, en même temps, Jésus loue le fait que cette veuve jette tout ce qu’elle a dans le trésor. Il ne lui reste rien, mais elle trouve en Dieu son tout. Elle n’a pas peur de perdre le peu qu’elle a, parce qu’elle a confiance dans le «tant» de Dieu , et ce «tant» de Dieu multiplie la joie de celui qui donne. Cela nous fait aussi penser à cette autre veuve, celle du prophète Elie, qui s’apprêtait à faire un pain avec la dernière farine qu’elle avait et la dernière huile; Elie lui dit: «Donne-moi à manger» et elle le lui donne; et la farine ne diminuera jamais, un miracle (cf. 1 Rois 17 : 9-16). Le Seigneur, face à la générosité des gens, va toujours plus loin, il est plus généreux. Mais c’est Lui, pas notre avarice. Voici donc que Jésus propose cette dame comme maîtresse de foi: elle ne fréquente pas le Temple pour se laver la conscience, elle ne prie pas pour être vue, elle n’affiche pas sa foi, mais donne avec son cœur, avec générosité et gratuité. Ses piécettes ont un son plus beau que les grandes offrandes des riches, car elles expriment une vie consacrée à Dieu avec sincérité, une foi qui ne vit pas d’apparences mais d’une confiance inconditionnelle. Apprenons d’elle: une foi sans atours extérieurs, mais sincère intérieurement; une foi faite d’amour humble pour Dieu et pour nos frères.
Et maintenant, tournons-nous vers la Vierge Marie, qui, avec un cœur humble et transparent, a fait de toute sa vie un don pour Dieu et pour son peuple.
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ANGÉLUS, Dimanche 14 novembre 2021
Le passage évangélique de la liturgie d’aujourd’hui s’ouvre sur une phrase de Jésus qui nous stupéfie: «Le soleil s'obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière; les étoiles se mettront à tomber du ciel» (Mc 13, 24-25). Mais comment, le Seigneur aussi commence à faire du catastrophisme? Non, ce n’est certainement pas là son intention. Il veut  nous faire comprendre que tôt ou tard, tout passe dans ce monde. Même le soleil, la lune et les étoiles qui forment le «firmament» — un mot qui indique «fermeté», «stabilité» — sont destinés à passer.
Mais à la fin, Jésus dit ce qui ne s’effondre pas: «Le ciel et la terre passeront, — dit-il — mais mes paroles ne passeront point» (v. 31). Les paroles du Seigneur ne passent pas. Il établit une distinction entre les avant-dernières choses, qui passent, et les dernières choses, qui restent. C’est un message pour nous, pour nous orienter dans nos choix de vie importants, pour nous guider sur ce qui vaut la peine d’investir la vie. Sur ce qui est transitoire ou sur les paroles du Seigneur, qui restent pour toujours? Evidemment sur celles-ci. Mais ce n’est pas facile. En effet, les choses qui tombent sous nos sens et qui nous donnent immédiatement satisfaction nous attirent, tandis que les paroles du Seigneur, bien que belles, vont au-delà de l’immédiat et elles demandent de la patience. Nous sommes tentés de nous accrocher à ce que nous voyons et touchons et cela nous semble plus sûr. C’est humain, c’est la tentation. Mais c’est une tromperie, car «le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas». Voilà donc l’invitation:  ne pas construire sa vie sur le sable. Lorsque l’on -construit une maison, on creuse en profondeur et on pose des fondations solides. Seul un sot dirait que c’est de l’argent jeté pour quelque chose qui ne peut pas être vu. Le disciple fidèle, pour Jésus, est celui qui fonde sa vie sur le roc, qui est sa Parole qui ne passe pas (cf. Mt 7, 24-27), sur la fermeté de la parole de Jésus: c’est le fondement de la vie que Jésus veut de nous, et qui ne passera pas.
Et maintenant la question — toujours, quand on lit la Parole de Dieu, on se pose des questions —, demandons-nous: quel est le centre, quel est le cœur battant de la Parole de Dieu? Qu’est-ce qui, en somme, donne de la solidité à la vie et ne finira jamais? Saint Paul nous le dit. Le centre même, le cœur qui bat, ce qui donne la solidité, c’est la charité: «La charité ne passe jamais» (1 Co 13, 8), dit saint Paul, c’est-à-dire l’amour. Celui qui fait le bien investit pour l’éternité. Quand nous voyons une personne généreuse et serviable, douce, patiente, qui n’est pas envieuse, qui ne commère pas, ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil, ne manque pas de respect (cf. 1 Co 13, 4-7), c’est une personne qui construit le Ciel sur  terre. Peut-être qu’elle n’aura pas de visibilité, qu’elle ne fera pas carrière, qu’elle ne fera pas la une des journaux, et pourtant ce qu’elle fait ne sera pas perdu. Parce que le bien n’est jamais perdu, le bien reste pour toujours. 
Et nous, frères et sœurs, demandons-nous: dans quoi investissons-nous notre vie? Sur des choses qui passent, comme l’argent, le succès, l’apparence, le bien-être physique? De ces choses, nous n’apporterons rien. Sommes-nous attachés aux choses terrestres, comme si nous devions vivre ici pour toujours? Tant que nous sommes jeunes, en bonne santé, tout va bien, mais quand vient l’heure du départ, nous devons tout quitter. La Parole de Dieu nous avertit aujourd’hui: la scène de ce monde passe. Et seul l’amour restera. Fonder sa vie sur la Parole de Dieu, n’est donc pas s’évader de l’histoire, c’est s’immerger dans les réalités terrestres pour les rendre solides, les transformer par l’amour, en y imprimant le signe de l’éternité, le signe de Dieu. Voici alors un conseil pour faire des choix importants. Quand je ne sais pas quoi faire, comment faire un choix définitif, un choix important, un choix qui implique l’amour de Jésus, que dois-je faire? Avant de décider, imaginons-nous face à Jésus, comme à la fin de la vie, devant Lui qui est amour. Et en y pensant, face à lui, au seuil de l’éternité, nous prenons la décision pour aujourd’hui. C’est ainsi que nous devons décider: toujours en regardant l’éternité, en regardant Jésus. Ce n’est peut-être pas la plus facile, ce n’est peut-être pas la plus immédiate, mais ce sera la bonne, cela est certain (cf. saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, 187).
Que la Vierge nous aide à faire les choix importants de la vie comme elle l’a fait: selon l’amour, selon Dieu.
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ANGÉLUS, Dimanche 21 novembre 2021
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui, dernier dimanche de l’année liturgique, culmine dans une affirmation de Jésus, qui dit:  «Je suis roi» (Jn 18, 37). Il prononce ces paroles devant Pilate, tandis que la foule crie de le condamner à mort. Il dit: «Je suis roi», et la foule crie pour le condamner à mort: beau contraste! L’heure cruciale est arrivée. Auparavant, il semble que Jésus ne voulait pas qu’on l’acclame comme roi: rappelons-nous ce jour après la multiplication des pains et des poissons, quand il s’était retiré seul pour prier (cf. Jn 6, 14-15).
Le fait est que la royauté de Jésus est très différente de celle du monde. «Mon royaume — dit-il à Pilate — n’est pas de ce monde» (Jn 18, 36). Il ne vient pas pour dominer, mais pour servir. Il ne vient pas avec les signes du pouvoir, mais avec le pouvoir des signes. Il n’est pas vêtu d’insignes précieux, mais il est nu sur la croix. Et c’est précisément dans l’inscription placée sur la croix que Jésus est défini comme «roi» (cf. Jn 19, 19). Sa royauté est vraiment au-delà des paramètres humains! On pourrait dire qu’il n’est pas un roi comme les autres, mais il est un Roi pour les autres. Repensons à cela: le Christ, devant Pilate, dit qu’il est roi au moment où la foule est contre lui, tandis que quand elle le suivait et l’acclamait, il avait pris ses distances de cette acclamation. C’est-à-dire que Jésus se montre souverainement libre du désir de renommée et de gloire terrestre. Et nous — posons-nous la question — savons-nous l’imiter en cela? Savons-nous gouverner notre tendance à être continuellement recherchés et approuvés, ou bien faisons-nous tout pour être estimés des autres? Dans ce que nous faisons, en particulier dans notre engagement chrétien, je me pose la question: qu’est-ce qui compte? Est-ce que ce sont les applaudissements qui comptent ou le service?
Jésus non seulement fuit toute recherche de grandeur terrestre, mais il rend aussi libre et souverain le cœur de ceux qui le suivent. Lui, chers frères et sœurs, nous libère de l’assujettissement au mal. Son Royaume est libérateur, il n’a rien d’oppressant. Il traite chaque disciple comme un ami, non comme un sujet. Le Christ, bien qu’étant au-dessus de tous les souverains, ne trace pas de lignes de séparation entre lui et les autres; il désire au contraire des frères avec qui partager sa joie (cf. Jn 15, 11). En le suivant, on ne perd pas, on ne perd rien, mais on acquiert la dignité. Car le Christ ne veut pas de servilité autour de lui, mais des hommes libres. Et — demandons-nous maintenant — d’où vient la liberté de Jésus? Nous le découvrons en revenant sur son affirmation devant Pilate: «Je suis roi.  Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité» (Jn 18, 37).
La liberté de Jésus vient de la vérité. C’est sa vérité qui nous rend libres (cf. Jn 8, 32). Mais la vérité de Jésus n’est pas une idée, quelque chose d’abstrait: la vérité de Jésus est une réalité, c’est Lui-même qui fait la vérité en nous, nous libère des fictions, des mensonges que nous avons en nous, du double langage. En étant avec Jésus, nous devenons vrais. La vie du chrétien n’est pas une pièce de théâtre où l’on peut porter le masque qui nous  convient le mieux. Car lorsque Jésus règne dans le cœur, il le libère de l’hypocrisie, le libère des subterfuges, de la duplicité. La meilleure preuve que le Christ est notre roi, est le détachement de ce qui pollue la vie, la rend ambiguë, opaque, triste. Quand la vie est ambiguë, un peu ici, un peu là, c’est triste, c’est très triste. Bien sûr, nous devons toujours faire face aux limitations et aux défauts: nous sommes tous  pécheurs. Mais, quand on vit sous la seigneurie de Jésus, on ne se corrompt pas, on ne devient pas faux, enclin à dissimuler la vérité. On ne mène pas de double vie. Souvenez-vous bien: pécheurs oui, nous le sommes tous, [mais] corrompus, jamais! Pécheurs oui,  corrompus, jamais. Que la Vierge nous aide à rechercher chaque jour la vérité de Jésus, Roi de l’Univers, qui nous libère des esclavages terrestres et nous apprend à gouverner nos -vices.
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ANGÉLUS, Dimanche 28 novembre 2021
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui, premier dimanche de l’Avent, c’est-à-dire premier dimanche de préparation à Noël, nous parle de la venue du Seigneur à la fin des temps. Jésus annonce des événements désolants et des tribulations, mais précisément à ce stade, il nous invite à ne pas avoir peur. Pourquoi? Parce que tout ira bien? Non, mais parce qu’Il viendra. Jésus reviendra, Jésus viendra, il l’a promis. Il dit: «Redressez-vous et relevez la tête, parce que votre délivrance est proche» (Lc 21, 28). Il est beau d’écouter cette Parole d’encouragement: nous relever et relever la tête car précisément dans les moments où tout semble fini, le Seigneur vient nous sauver; l’attendre avec joie également au milieu des tribulations, dans les crises de la vie et dans les drames de l’histoire. Attendre le Seigneur. Mais comment fait-on pour relever la tête et ne pas se laisser absorber par les difficultés, par les souffrances, par les défaites? Jésus nous indique le chemin avec un appel fort: «Tenez-vous sur vos gardes, de peur que vos cœurs ne s'appesantissent […]. Veillez donc et priez en tout temps» (vv. 34.36).
«Veillez», la vigilance. Arrêtons-nous sur cet aspect important de la vie chrétienne. D’après les paroles du Christ, nous voyons que la vigilance est liée à l’attention: soyez attentifs, veillez, ne vous laissez pas distraire, c’est-à-dire restez éveillés! Veiller signifie ceci: ne pas laisser le cœur devenir paresseux et la vie spirituelle s’adoucir dans la médiocrité. Faire attention car on ne peut pas être des «chrétiens endormis» — et nous le savons: il y a tant de chrétiens endormis, de chrétiens anesthésiés par les mondanités spirituelles — des chrétiens sans élan spirituel, sans ardeur à prier — ils prient comme des perroquets — sans enthousiasme pour la mission, sans passion pour l’Evangile. Des chrétiens qui regardent toujours à l’intérieur, incapables de regarder vers l’horizon. Et cela conduit à «somnoler»: conduire les affaires par inertie, tomber dans l’apathie, indifférents à tout sauf à ce qui nous arrange. Et c’est une vie triste, d’avancer comme cela… il n’y a pas de bonheur là-dedans.
Nous devons être vigilants pour ne pas traîner les jours dans l’habitude, pour ne pas nous appesantir — dit Jésus — par les soucis de la vie (cf. v. 34). Les soucis de la vie nous appesantissent. Aujourd’hui est donc une bonne occasion de se demander: qu’est-ce qui appesantit mon cœur? Qu’est-ce qui appesantit mon esprit? Qu’est-ce qui me fait m’installer dans le fauteuil de la paresse? C’est triste de voir des chrétiens «dans un fauteuil»! Quelles sont les médiocrités qui me paralysent, les vices, quels sont les vices qui m’écrasent à terre et m’empêchent de relever la tête? Et en ce qui concerne les fardeaux qui pèsent sur les épaules de mes frères, suis-je attentif ou indifférent? Ces questions nous font du bien, car elles aident à préserver  le cœur de l’acédie. Mais, père, dites-nous: qu’est-ce que l’acédie? C’est un grand ennemi de la vie spirituelle, également de la vie chrétienne. L’acédie est la paresse qui fait se précipiter, glisser dans la tristesse, qui ôte    la joie de vivre et l’envie de faire. C’est un esprit négatif, c’est un esprit malin qui cloue l’âme dans la torpeur, en lui volant sa joie. Ça commence par cette tristesse, on glisse, on glisse, et pas de joie. Le Livre des Proverbes dit: «Veille sur ton cœur, c'est de lui que jaillit la vie» (Pr 4, 23). Veille sur ton cœur: cela signifie être vigilant, être vigilant! Soyez éveillé, veille sur ton cœur.
Et ajoutons un ingrédient essentiel: le secret pour être vigilant est la prière. En effet, Jésus dit: «Veillez donc et priez en tout temps» (Lc 21, 36). C’est la prière qui maintient allumée la lampe du cœur. En particulier quand on sent que l’enthousiasme se refroidit, la prière le ravive, car elle nous ramène à Dieu, au centre des choses. La prière réveille l’âme du sommeil et la focalise sur ce qui compte, sur la fin de l’existence. Même dans les journées les plus chargées, ne négligeons pas la prière. Je viens de voir maintenant, dans l’émission «A sua immagine», une belle ré-flexion sur la prière: elle nous aidera, la regarder nous fera du bien. La prière du cœur peut nous aider, de répéter souvent de courtes invocations. Pendant l’Avent, nous habituer à dire par exemple: «Viens, Seigneur Jésus». Seulement cela, mais le dire: «Viens, Seigneur Jésus». Ce temps de préparation de Noël est beau: pen-sons à la crèche, pensons à Noël, et disons du fond du cœur: «Viens, Seigneur Jésus, viens». Répétons cette prière tout au long de la journée, et l’âme restera vigilante! «Viens, Seigneur Jésus»: c’est une prière que l’on peut dire trois fois, tous ensemble: «Viens, Seigneur Jésus», «Viens, Seigneur Jésus», «Viens, Seigneur Jésus».
Et maintenant prions la Vierge Marie: qu’elle, qui a attendu le Seigneur avec un cœur vigilant, nous accompagne sur le chemin de l’Avent.
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ANGÉLUS, Mercredi 8 décembre 2021, Solennite de l'immaculee conception de la bienheureuse Vierge Marie
L’Evangile de la liturgie de ce jour, solennité de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, nous fait entrer dans sa maison de Nazareth, où elle reçoit l’annonce de l’ange (cf. Lc 1, 26-38). Entre les murs de sa maison, une personne se révèle mieux qu’ailleurs. Et c’est précisément dans cette intimité domestique que l’Evangile nous montre un détail qui révèle la beauté du cœur de Marie.
L’ange l’appelle «pleine de grâce». Si elle est pleine de grâce, cela veut dire que la Vierge Marie est exempte de tout mal, elle est sans péché, Immaculée. Or, à cette salutation — nous dit le texte —  Marie est «très troublée» (Lc 1, 29). Elle n’est pas seulement surprise, mais troublée. Recevoir de grandes salutations, des honneurs et des compliments risque parfois de susciter orgueil et présomption. Souvenons-nous que Jésus n’est pas tendre avec ceux qui sont en quête de saluts sur les places, d’adulation, de visibilité (cf. Lc 20, 46). Marie, elle, ne s’exalte pas, mais elle se trouble. Au lieu d’éprouver du plaisir, elle éprouve de la stupeur. Le salut de l’ange lui semble plus grand qu’elle. Pourquoi? Parce qu’elle se sent petite à l’intérieur,  et cette petitesse, cette humilité attire le regard de Dieu.
Entre les murs de la maison de Nazareth, nous voyons ainsi un trait merveilleux. Comment est le cœur de Marie? Ayant reçu le plus grand des compliments, elle se trouble parce qu’elle sent que lui est adressé ce qu’elle ne s’attribuait pas à elle-même. En effet, Marie ne s’attribue pas de prérogatives, elle ne revendique rien, elle ne s’attribue aucun mérite. Elle ne se complaît pas en elle-même, elle ne s’exalte pas. Parce que dans son humilité, elle sait qu’elle reçoit tout de Dieu. Elle est donc libre d’elle-même, tout entière tournée vers Dieu et vers les autres. Marie, l’Immaculée, n’a pas d’yeux pour elle-même. Voilà la véritable humilité: ne pas avoir d’yeux pour soi, mais pour Dieu et pour les autres.
Souvenons-nous que cette perfection de Marie, la «pleine de grâce», est déclarée par l’ange entre les murs de sa maison: non pas sur la place principale de Nazareth, mais là, dans le secret, dans la plus grande humilité. Dans cette petite maison de Nazareth, battait le cœur le plus grand qu’une créature ait jamais eu. Chers frères et sœurs, c’est une nouvelle extraordinaire pour nous! Parce que cela nous dit que, pour accomplir des merveilles, le Seigneur n’a pas besoin de grands moyens ni de nos très hautes capacités, mais de notre humilité, de notre regard ouvert sur lui et aussi ouvert sur les autres. Avec cette annonce, entre les murs pauvres d’une petite maison, Dieu a changé l’histoire. Aujourd’hui encore, il désire faire de grandes choses avec nous au quotidien: c’est-à-dire en famille, au travail, dans les environnements de chaque jour. C’est là, plus que dans les grands événements de l’histoire, que la grâce de Dieu aime opérer. Mais, je m’interroge: y croyons-nous? Ou bien -pensons que la sainteté est une utopie, quelque chose pour les spécialistes, une pieuse illusion incompatible avec la vie ordinaire?
Demandons une grâce à la Vierge Marie: qu’elle nous libère de l’idée erronée que l’Evangile est une chose et la vie en est une autre; qu’elle nous enflamme d’enthousiasme pour l’idéal de la sainteté, qui n’est pas une histoire de statues de saints et d’images pieuses, mais qui consiste à vivre chaque jour ce qui nous arrive, humblement et joyeusement, comme la Vierge Marie, libres de nous-mêmes, le regard tourné vers Dieu et vers notre prochain que nous rencontrons. S’il vous plaît, ne perdons pas courage: le Seigneur a donné à chacun une bonne étoffe pour tisser la sainteté dans la vie quotidienne! Et lorsque nous sommes assaillis par le doute de ne pas y arriver, ou par la tristesse d’être inadéquats, laissons-nous regarder par les «yeux miséricordieux» de la Vierge Marie, parce personne parmi ceux qui ont eu recours à elle n’a jamais été abandonné!
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ANGÉLUS, Dimanche 12 décembre 2021
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui, troisième dimanche de l’Avent, nous présente divers groupes de personnes — les foules, les publicains et les soldats — qui sont touchés par la prédication de Jean-Baptiste et lui demandent alors: «Que nous faut-il donc faire?» (Lc 3, 10). Que nous faut-il donc faire? C’est la question qu’ils posent. Arrêtons-nous un peu sur cette interrogation.   
Elle ne part pas d’un sens du devoir. C’est plutôt le cœur touché par le Seigneur, c’est l’enthousiasme pour sa venue qui conduit à dire: que devons-nous faire? Jean dit: «Le Seigneur est proche» — «Que devons-nous faire?». Prenons un exemple: imaginons qu’une personne proche vienne nous rendre visite. Nous l’attendons avec joie, avec impatience. Pour l’accueillir comme il se doit, nous nettoierons la maison, nous préparerons le meilleur repas possible, peut-être même un cadeau... Bref, nous ferons tous les efforts possible. Il en est de même avec le Seigneur, la joie de sa venue nous fait dire: que devons-nous faire? Mais Dieu élève cette question au niveau le plus élevé: que faire de ma vie? A quoi suis-je appelé? Comment est-ce que je me réalise? 
En nous suggérant cette interrogation, l’Evangile nous rappelle une chose importante: la vie n’est pas privée de sens, elle n’est pas soumise au hasard. Non! C’est un don que le Seigneur nous remet en nous disant: découvre qui tu es, et fais le nécessaire pour réaliser le rêve qui est ta vie! Chacun de nous — ne l’oublions pas — est une mission à réaliser. Alors, n’ayons pas peur de demander au Seigneur: que dois-je faire? Répétons-lui souvent cette question. Elle revient aussi dans la Bible: dans les Actes des apôtres, certaines personnes, en écoutant Pierre qui annonçait la résurrection de Jésus, «eurent le cœur transpercé, et ils dirent à Pierre et aux apôtres: “que devons nous faire?”» (2, 37). Demandons-le nous aussi: qu’est-ce qui est bon de faire pour moi et pour mes frères? Comment puis-je contribuer au bien de l’Eglise, au bien de la société? Le temps de l’Avent sert à cela: à s’arrêter pour se demander comment préparer Noël. Nous sommes occupés par de nombreux préparatifs, cadeaux et choses qui passent, mais demandons-nous ce que nous pouvons faire pour Jésus et pour les autres! Que devons-nous faire?
A la question «que devons-nous faire?», suivent dans l’Evangile les réponses de Jean-Baptiste, qui sont différentes pour chaque groupe. En effet, Jean recommande à celui qui a deux tuniques de partager avec celui qui n’en a pas; aux publicains, qui collectent les impôts, il dit: «N’exigez rien au-delà de ce qui vous est prescrit» (Lc 3, 13); et aux soldats: «Ne molestez personne, n’extorquez rien à personne» (v. 14). A chacun est adressée une parole spécifique, qui concerne la situation réelle de sa vie. Cela nous offre un enseignement précieux: la foi s’incarne dans la vie concrète. Ce n’est pas une théorie abstraite. La foi n’est pas une théorie abstraite, une théorie généralisée, non, la foi touche la chair et transforme la vie de chacun. Pensons au caractère concret de notre foi. Moi, ma foi: est-ce une chose abstraite ou est-elle concrète? Est-ce que je la vis dans le service aux autres, dans l’aide?      
Et alors, en conclusion, demandons-nous: que puis-je faire concrètement? En ces jours, alors que Noël approche. Comment puis-je accomplir ma part? Prenons un engagement concret, même petit, qui s’adapte à notre situation de vie, et réalisons-le pour nous préparer à ce Noël. Par exemple: je peux téléphoner à cette personne seule, rendre visite à cette personne âgée ou à ce malade, faire quelque chose pour servir un pauvre, une personne dans le besoin. Ou encore: peut-être ai-je quelque chose à me faire pardonner ou un pardon à accorder, une situation à clarifier, une dette à payer. Peut-être ai-je négligé la prière et après tant de temps, le moment est venu de demander le pardon du Seigneur? Frères et sœurs, trouvons une chose concrète et faisons-la! Que la Vierge, dans le sein de laquelle Dieu s’est fait chair, nous aide. 
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ANGÉLUS, Dimanche 19 décembre 2021
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui, quatrième dimanche de l’Avent, rapporte la visite de Marie à Elisabeth (cf. Lc 1, 39-45). Ayant reçu l’annonce de l’Ange, la Vierge ne reste pas chez elle, à repenser à ce qui est arrivé et à considérer les problèmes et les imprévus, qui ne manquaient certes pas: car, la pauvre, elle ne savait pas quoi faire  de cette nouvelle, avec la culture de l’époque... Elle ne comprenait pas... Au contraire, elle pense d’abord à ceux qui sont dans le besoin; au lieu d’être concentrée sur ses problèmes, elle pense à ceux qui sont dans le besoin, elle pense à Elisabeth, sa parente, qui est âgée et enceinte: une chose étrange, miraculeuse. Marie se met en route avec générosité, sans se laisser intimider par les difficultés du trajet, répondant à un élan intérieur qui l’appelle à se faire proche et à apporter son aide. Une longue route, des kilomètres et des kilomètres, et il n’y avait pas d’autobus: elle a dû y aller à pieds.   Elle sort pour apporter son aide, en partageant sa joie. Marie donne à Elisabeth la joie de Jésus, la joie qu’elle portait dans son cœur et dans son sein. Elle va la voir et proclame ses sentiments, et cette proclamation des sentiments est devenue ensuite une prière, le Magnificat, que nous connaissons tous. Et le texte dit que la Vierge «partit et se rendit en hâte»  (v. 39).
Elle partit et se rendit en hâte. Dans la dernière étape  du chemin de l’Avent, laissons-nous guider par ces deux verbes. Partir et se rendre en hâte: ce sont les deux mouvements que Marie a accomplis et qu’elle nous invitent nous aussi à accomplir en vue de Noël. Avant tout, partir. Après l’annonce de l’ange, se profilait pour la Vierge une période difficile: sa grossesse inattendue l’exposait à des incom-préhensions et également à des peines sévères, et même à la lapidation, dans la culture de l’époque. Imaginons combien de pensées et de préoccupations elle avait! Toutefois, elle ne se décourage pas, elle ne se laisse pas abattre, mais part. Elle ne tourne pas le regard vers le bas, vers ses pro-blèmes, mais vers le haut, vers Dieu. Et elle ne réfléchit pas à qui elle pourrait demander de l’aide, mais à qui apporter son aide. Elle pense toujours aux autres: c’est ainsi qu’est Marie, elle pense toujours aux besoins des autres. Elle fera la même chose plus tard, aux noces de Cana, quand elle s’aperçoit qu’il manque du vin.  C’est un problème pour d’autres personnes, mais elle pense à cela et s’efforce de trouver une solution. Marie pense toujours aux autres. Elle pense aussi à nous.
Apprenons de la Vierge cette façon de réagir: partir, surtout quand les difficultés risquent de nous écraser. Partir, pour ne pas rester enlisés dans les problèmes, en s’apitoyant sur son sort, ou en tombant dans une tristesse qui nous paralyse. Mais pourquoi partir? Parce que Dieu est grand et est prêt à nous relever si nous lui tendons la main. Alors, abandonnons en Lui les pensées négatives, les peurs qui bloquent tous les élans et qui empêchent d’aller de l’avant. Puis faisons comme Marie: regardons autour de nous et cherchons des personnes que nous pouvons aider! Y a-t-il des personnes âgées que je connais et auxquelles je peux apporter un peu d’aide, de compagnie? Que chacun y pense. Ou rendre un service à une personne, un geste gentil, un coup de fil? Mais qui puis-je aider?  Je pars et j’aide. En aidant les autres, nous nous aiderons nous-mêmes à nous relever des difficultés. 
Le deuxième mouvement est se rendre en hâte. Cela ne veut pas dire procéder avec agitation, de manière précipitée, non, cela ne veut pas dire cela. Il s’agit en revanche de conduire nos journées d’un pas léger, en regardant de l’avant avec confiance, sans  sans traîner les pieds, esclaves de nos plaintes — ces plaintes gâchent tant de vies, parce que l’on commence  à se plaindre  et la vie se dégrade. Les lamentations  te conduisent à chercher toujours quelqu’un à blâmer. En allant vers la maison d’Elisabeth, Marie avance avec le pas rapide de celui qui a le cœur et la vie pleins de Dieu, pleins de sa joie. Alors demandons-nous, pour notre profit: comment est mon «pas»? Est-ce que je suis dynamique ou bien est-ce que je me  laisse aller à  la mélancolie, à la tristesse? Est-ce que je vais de l’avant avec espérance, ou bien est-ce que je m’apitoie sur mon sort? Si nous marchons du pas las des lamentations et des commérages, nous n’apporterons Dieu à personne, nous n’apporterons qu’amertume, des choses sombres. Au contraire, cela fait du bien de cultiver un sain humorisme, comme le faisaient, par exemple, saint Thomas Moore ou saint Philippe Néri. Nous pouvons demander également cette grâce, la grâce du sain humorisme: cela fait beaucoup de bien. N’oublions pas que le premier acte de charité que nous pouvons accomplir envers notre prochain est d’offrir un visage serein et souriant. Et lui apporter la joie de Jésus, comme l’a fait Marie avec Elisabeth.
Que la Mère de Dieu nous prenne par la main, nous aide à partir et nous rendre en hâte vers Noël!
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ANGÉLUS, Dimanche 26 décembre 2021, Fête de la Sainte Famille
Chers frères e sœurs, bonjour!
Nous fêtons aujourd’hui la sainte Famille de Nazareth. Dieu a choisi une famille humble et simple pour habiter parmi nous. Nous contemplons la beauté de ce mystère, en soulignant également deux aspects concrets pour nos familles.
Le premier: la famille est l’histoire dont nous provenons. Chacun de nous a sa propre histoire, personne n’est né par magie, avec une baguette magique, chacun de nous a une histoire et la famille est l’histoire d’où nous provenons. L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui nous rappelle que Jésus est lui aussi  fils d’une histoire familiale. Nous le voyons voyager à Jérusalem avec Marie et Joseph pour Pâques; puis il fait préoccuper sa mère et son père qui ne le trouvent pas; une fois retrouvé, il rentre avec eux au foyer (cf. Lc 2, 41-52). Il est beau de voir Jésus inséré dans la trame des liens familiaux, qui naît et qui grandit   dans l’étreinte et la préoccupation des siens. Cela est important pour nous aussi: nous provenons d’une histoire tissée de liens d’amour et la personne que nous sommes aujourd’hui ne naît pas tant des biens matériels dont nous avons bénéficié, mais de l’amour que nous avons reçu, de l’amour au sein de la famille. Sans doute ne sommes-nous pas nés dans une famille exceptionnelle et sans problèmes, mais c’est notre histoire — chacun doit penser: c’est mon histoire —, ce sont nos racines: si nous les coupons, la vie devient aride!  Dieu ne nous a pas créés pour être des chefs solitaires, mais pour marcher ensemble.  Rendons-lui grâces et prions-le pour nos familles. Dieu pense à nous et veut que nous soyons ensemble: reconnaissants, unis, capables de conserver nos racines. Et nous devons penser à cela, à notre histoire.
Le deuxième aspect: on apprend tous les jours à être une famille. Dans l’Evangile, nous voyons que même au sein de la sainte Famille, tout ne va pas toujours bien: il y a des problèmes inattendus, des angoisses, des souffrances. La sainte Famille des images pieuses n’existe pas. Marie et Joseph perdent Jésus et le cherchent, angoissés, pour le retrouver trois jours plus tard. Et quand, assis parmi les maîtres du Temple, il répond qu’il doit s’occuper des affaires de son Père, ils ne comprennent pas. Ils ont besoin de temps pour apprendre à connaître leur fils. Il en est de même pour nous: chaque jour, en famille, il faut apprendre à s’écouter et à se comprendre, à marcher ensemble, à affronter les conflits et les difficultés. C’est le défi quotidien, et il se remporte grâce à une juste attitude, des petites attentions, des gestes simples, en prenant soin des détails de nos relations. Et cela aussi nous aide beaucoup, cela nous aide de parler en famille, de parler à table, le dialogue entre parents et enfants, le dialogue entre frères, nous aide à vivre cette racine familiale qui vient des grands-parents. Le dialogue avec les grands-parents!    
Et comment fait-on cela? Regardons Marie qui, dans l’Evangile d’aujourd’hui, dit à Jésus: «Ton père et moi, nous te cherchons» (v. 48). Ton père et moi, elle ne dit pas moi et ton père: avant le moi, il y a le toi! Apprenons cela: avant le moi il y a le toi. Dans ma langue, il y a un adjectif pour les gens qui disent d’abord moi, puis toi: «Je, moi, et avec moi et pour moi et pour mon profit». Des gens qui sont comme cela, d’abord le moi, puis le toi. Non, dans la sainte Famille, il y a d’abord le toi, puis le moi. Pour préserver l’harmonie en famille, il faut combattre la dictature du moi, quand le moi se gonfle. Cela est dangereux quand, au lieu de nous écouter, nous nous reprochons nos erreurs; quand, au lieu d’avoir des gestes d’attention pour les autres, nous nous concentrons sur nos besoins; quand, au lieu de dialoguer, nous nous isolons avec notre portable — cela est triste de voir à table une famille, chacun avec son portable  sans se parler, chacun parle avec son portable; quand on s’accuse mutuellement, en répétant toujours les mêmes phrases,  en mettant en scène une comédie vue et revue, où chacun veut avoir raison et à la fin, un silence glacial s’installe. Ce silence lourd, glacial, après une dispute familiale, cela est laid, très laid! Je répète ce conseil: le soir, après tout, il faut faire la paix, toujours. Ne jamais aller se coucher sans avoir fait la paix, sinon, le lendemain, il y aura la «guerre froide»! Et cela est dangereux parce qu’alors commencera une histoire de reproches, une histoire de ressentiments. Combien de fois, malheureusement, entre les murs domestiques, des conflits naissent et s’intensifient à cause des silences trop longs et des égoïsmes non guéris! On arrive parfois même à des violences physiques et morales. Cela déchire l’harmonie et tue la famille. Convertissons-nous du moi au toi. Ce qui doit être le plus important dans la famille, c’est le toi. Et chaque jour, s’il vous plaît, priez un peu ensemble, si vous pouvez faire l’effort, pour demander à Dieu le don de la paix en famille. Et efforçons-nous tous — parents, enfants, Eglise, société civile — de soutenir, défendre et préserver la famille, qui est notre trésor!
Que la Vierge Marie, épouse de Joseph et mère de Jésus, protège nos familles.
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