ANGÉLUS, Dimanche 6 mars 2022
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui, premier dimanche de carême, nous emmène au désert, où Jésus est conduit par l’Esprit Saint, pendant quarante jours, pour être tenté par le diable (cf. Lc 4, 1-13). Jésus aussi a été tenté par le diable, et il nous accompagne, chacun de nous, dans nos tentations. Le désert symbolise la lutte contre les séductions du mal, pour apprendre à choisir la vraie liberté. En effet, Jésus vit l’expérience du désert juste avant de commencer sa mission publique. Et c’est précisément à travers cette lutte spirituelle qu’il affirme de manière décisive quel genre de Messie il entend être. Non pas un Messie comme ceci, mais comme cela : je dirais que c’est précisément la déclaration de l’identité messianique de Jésus, de la voie messianique de Jésus : « Je suis le Messie, mais sur cette voie-là ». Regardons alors de près les tentations contre lesquelles il se bat.
Le diable s’adresse à lui deux fois en disant « Si tu es le Fils de Dieu… » (vv. 3.9). En d’autres termes, il lui propose d’exploiter sa position : d’abord pour satisfaire les besoins matériels qu’il ressent (cf. v. 3) — la faim — ; puis pour accroître son pouvoir (cf. vv. 6-7) ; enfin, pour obtenir de Dieu un signe prodigieux (cf. vv. 9-11). Trois tentations. C’est comme s’il disait : « Si tu es le Fils de Dieu, profite-en !». Combien de fois cela nous arrive à nous : « Mais si tu as cette position, profites-en ! Ne laisse pas passer l’opportunité, l’occasion », c’est-à-dire : « pense à ton profit ». C’est une proposition séduisante, mais elle te conduit à l’esclavage du cœur : elle rend obsédés par le désir d’avoir, elle réduit tout à la possession des choses, du pouvoir, de la renommée. Voilà le noyau des tentations : « le poison des passions » dans lequel le mal s’enracine. Regardons-en nous-mêmes et nous constaterons que nos tentations ont toujours ce schéma, toujours cette façon d’agir.
Mais Jésus s’oppose de façon victorieuse aux attraits du mal. Comment fait-il ? En répondant aux tentations par la Parole de Dieu, qui dit de ne pas « profiter », de ne pas utiliser Dieu, les autres et les choses pour soi-même, de ne pas exploiter sa position pour acquérir des privilèges. Parce que le bonheur et la liberté véritables ne résident pas dans le fait de posséder, mais de partager ; non pas dans le fait de profiter des autres, mais de les aimer; pas dans l’obsession du pouvoir, mais dans la joie du service.
Frères et sœurs, ces tentations nous accompagnent aussi sur le chemin de la vie. Nous devons veiller, ne pas avoir peur — cela arrive à tout le monde — et être vigilants, parce qu’elles se présentent souvent sous une apparente forme de bien. En effet, le diable, qui est rusé, utilise toujours la tromperie. Il a voulu faire croire à Jésus que ses propositions étaient utiles pour démontrer qu’il était vraiment le Fils de Dieu.
Et je voudrais souligner une chose. Jésus ne dialogue pas avec le diable : Jésus n’a jamais dialogué avec le diable. Ou il l’a chassé, quand il guérissait les possédés, ou, dans le cas présent, étant donné qu’il doit répondre, il le fait à travers la Parole de Dieu, jamais à travers sa parole. Frères et sœurs, n’entrez jamais en dialogue avec le diable : il est plus malin que nous. Jamais ! S’accrocher à la Parole de Dieu comme Jésus et tout au plus répondre toujours par la Parole de Dieu. Et sur cette voie, nous ne nous tromperons pas.
Voilà ce que fait le diable avec nous : il arrive souvent « avec des yeux doux », « avec un visage angélique » ; il sait même se déguiser avec des motifs sacrés, apparemment religieux ! Si nous cédons à ses flatteries, on finit par justifier nos mensonges, en les masquant de bonnes intentions. Par exemple, combien de fois avons-nous entendu dire : « J’ai fait des affaires louches, mais j’ai aidé les pauvres » ; « j’ai profité de mon rôle — d’homme politique, de dirigeant, de prêtre, d’évêque — mais aussi pour faire le bien » ; « j’ai cédé à mes instincts, mais au fond je n’ai fait de mal à personne » : ces justifications, et ainsi de suite, l’une après l’autre. S’il vous plaît : pas de compromis avec le mal ! Pas de dialogue avec le diable ! Il ne faut pas dialoguer avec la tentation, il ne faut pas tomber dans ce sommeil de la conscience qui nous fait dire : « Mais au fond, ce n’est pas grave, tout le monde fait ça » ! Regardons Jésus, qui ne cherche pas des accommodements, ne conclut pas d’accords avec le mal. Au diable, il oppose la Parole de Dieu, qui est plus forte que le diable, et ainsi, il vainc les tentations.
Que ce temps de carême soit aussi pour nous un temps de désert. Réservons-nous des espaces de silence et de prière — un petit peu, cela nous fera du bien — ; dans ces espaces, arrêtons-nous et regardons ce qui s’agite dans notre cœur, notre vérité intérieure, celle dont nous savons qu’elle ne peut pas trouver de justification. Faisons la clarté en nous, en nous plaçant devant la Parole de Dieu dans la prière, afin qu’ait lieu en nous une lutte bénéfique contre le mal qui nous rend esclaves, une lutte pour la liberté.
Demandons à la Sainte Vierge de nous accompagner dans le désert du carême et de nous aider sur notre chemin de conversion.
ANGÉLUS, Dimanche 13 mars 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’Evangile de la liturgie de ce deuxième dimanche de carême raconte la Transfiguration de Jésus (cf. Lc 9, 28-36). Alors qu’il prie sur une haute montagne, il change d’aspect, ses vêtements deviennent d’une blancheur fulgurante, et dans la lumière de sa gloire apparaissent Moïse et Elie, qui parlent avec Lui de la Pâque qui l’attend à Jérusalem, c’est-à-dire de sa passion, de sa mort et de sa résurrection.
Les apôtres Pierre, Jean et Jacques, montés sur la montagne avec Jésus, sont les témoins de cet extraordinaire événement. Nous les imaginons les yeux écarquillés face à ce spectacle unique. Et il en aura été certainement ainsi. Mais l’évangéliste Luc observe que « Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil » et que « s’étant réveillés » ils virent la gloire de Jésus (cf. v. 32). Le sommeil des trois disciples apparaît comme une fausse note. De plus, les mêmes disciples s’endormirent également au Gethsémani, au cours de la prière angoissée de Jésus, qui leur avait demandé de veiller (cf. Mc 14, 37-41). Cette somnolence étonne à des moments si importants.
Mais en lisant avec attention, nous voyons que Pierre, Jean et Jacques s’endorment avant que commence la Transfiguration, c’est-à-dire précisément pendant que Jésus est en prière. La même chose aura lieu au Gethsémani. Il s’agit évidemment d’une prière qui durait pendant longtemps, dans le silence et dans le recueillement. Nous pouvons penser qu’au début, eux aussi priaient, jusqu’à ce que la fatigue et le sommeil l’emportent.
Frères et sœurs, ce sommeil inopiné ne ressemble-t-il pas à tant de nos sommeils qui viennent au cours de moments que nous savons être importants ? Le soir, peut-être, quand nous voudrions prier, être un peu avec Jésus après une journée passée entre mille courses et occupations. Ou bien quand il est l’heure d’échanger quelques paroles en famille et que l’on n’a plus la force. Nous voudrions être plus éveillés, attentifs, actifs, ne pas perdre d’occasions précieuses, mais nous n’y arrivons pas, ou nous y arrivons d’une façon ou d’une autre, mais peu.
Le temps fort du carême est une opportunité dans ce sens. C’est une période pendant laquelle Dieu veut nous réveiller de la léthargie intérieure, de cette somnolence qui ne laisse pas l’Esprit s’exprimer. Parce que — souvenons-nous en bien — garder le cœur réveillé ne dépend pas seulement de nous : c’est une grâce, et elle doit être demandée. C’est ce que démontrent les trois disciples de l’Evangile : ils étaient bons, ils avaient suivi Jésus sur la montagne, mais avec leurs forces ils n’arrivaient pas à rester éveillés. Cela nous arrive à nous aussi. Mais ils se réveillent précisément au cours de la Transfiguration. Nous pouvons penser que c’est la lumière de Jésus qui les a réveillés. Comme eux, nous aussi avons besoin de la lumière de Dieu, qui nous fait voir les choses de façon différente ; elle nous attire, nous réveille, rallume le désir et la force de prier, de regarder à l’intérieur de nous et de consacrer du temps aux autres. Nous pouvons surmonter la fatigue du corps avec la force de l’Esprit de Dieu. Et quand nous ne réussissons pas à surmonter cela, nous devons dire à l’Esprit Saint : « Aide-nous, viens, viens Esprit Saint. Aide-moi : je veux rencontrer Jésus, je veux être attentif, éveillé ». Demander à l’Esprit Saint qu’il nous sorte de cette somnolence qui nous empêche de prier.
En ce temps de carême, après les difficultés de chaque journée, cela nous fera du bien de ne pas éteindre la lumière de la pièce sans nous placer sous la lumière de Dieu. Prier un peu avant de dormir. Donnons au Seigneur la possibilité de nous surprendre et de réveiller notre cœur. Nous pouvons le faire, par exemple, en ouvrant l’Evangile, en nous laissant émerveiller par la Parole de Dieu, parce que l’Ecriture illumine nos pas et embrase le cœur. Ou bien nous pouvons regarder le Crucifix et nous émerveiller devant l’amour fou de Dieu, qui ne se lasse jamais de nous et a le pouvoir de transfigurer nos journées, de leur donner un nouveau sens, une lumière différente, une lumière inattendue.
Que la Vierge nous aide à garder notre cœur réveillé pour accueillir ce temps de grâce que Dieu nous offre.
ANGÉLUS, Dimanche 20 mars 2022
Chers frères et sœurs, bon dimanche !
Nous sommes au cœur du chemin quadragésimal et aujourd’hui, l’Evangile présente d’abord Jésus commentant quelques faits divers. Alors que le souvenir de dix-huit personnes mortes sous l’effondrement d’une tour était vivant, on lui parle de quelques Galiléens que Pilate avait fait tuer (cf. Lc 13, 1). Et il y a une question qui semble accompagner ces nouveaux tragiques : qui est responsable de ces faits terribles ? Peut-être ces gens étaient-ils plus coupables que d’autres et Dieu les a punis ? Ce sont des questions qui sont toujours actuelles ; quand les faits divers nous oppressent et que nous nous sentons impuissants face au mal, nous nous demandons souvent : s’agit-il d’une punition de Dieu ? Est-ce Lui qui envoie une guerre ou une pandémie pour nous punir de nos péchés ? Et pourquoi le Seigneur n’intervient-il pas ?
Nous devons faire attention : lorsque le mal nous oppresse, nous risquons de perdre la lucidité et, pour trouver une réponse facile à ce que nous ne pouvons pas expliquer, nous finissons par imputer la faute à Dieu. Et bien souvent, la vilaine et mauvaise habitude des blasphèmes vient de là. Combien de fois lui attribuons-nous nos malchances, attribuons-nous les malheurs du monde à celui qui, au contraire, nous laisse toujours libres et donc n’intervient jamais en s’imposant, mais uniquement en se proposant ; à Lui qui n’a jamais recours à la violence et qui, au contraire, souffre pour nous et avec nous ! En effet, Jésus refuse et conteste avec force l’idée d’imputer nos maux à Dieu : les personnes qui avaient été tuées sur ordre de Pilate et celles qui sont mortes sous la tour n’étaient pas plus coupables que d’autres et ne sont pas victimes d’un Dieu impitoyable et vindicatif qui n’existe pas ! Le mal ne peut jamais venir de Dieu car il « ne nous traite pas selon nos péchés » (Ps 103, 10), mais selon sa miséricorde. C’est le style de Dieu. Il ne peut pas nous traiter autrement. Il nous traite toujours avec miséricorde.
Mais au lieu d’accuser Dieu, dit Jésus, nous devons regarder à l’intérieur de nous : c’est le péché qui produit la mort ; ce sont nos égoïsmes qui déchirent les relations ; ce sont nos choix erronés et violents qui déchaînent le mal. C’est alors que le Seigneur offre la vraie solution. Quelle est-elle ? La conversion : « Si vous ne vous convertissez pas — dit-il — vous périrez tous de la même manière » (Lc 13, 5). C’est une invitation pressante, surtout en ce temps de carême. Accueillons-la avec un cœur ouvert. Convertissons-nous du mal, renonçons à ce péché qui nous séduit, ouvrons-nous à la logique de l’Evangile : car, là où règnent l’amour et la fraternité, le mal n’a plus de pouvoir !
Cependant, Jésus sait que se convertir n’est pas facile, et il veut nous y aider. Il sait que bien des fois, nous retombons dans les mêmes erreurs et les mêmes péchés ; que nous nous décourageons et, il nous semble peut-être que notre engagement pour le bien est inutile dans un monde où le mal semble régner. Et alors, après son appel, il nous encourage par une parabole qui parle de la patience de Dieu. Nous devons penser à la patience de Dieu, la patience que Dieu a à notre égard. Il nous offre l’image consolante d’un figuier qui ne porte pas de fruits à la période établie, mais qui n’est pas abattu : on lui accorde plus de temps, une autre possibilité. J’aime à penser qu’un beau nom de Dieu serait « le Dieu d’une autre possibilité » : il nous donne toujours une autre opportunité, toujours, toujours. Telle est sa miséricorde. C’est ainsi que le Seigneur agit avec nous : il ne nous coupe pas de son amour, il ne se décourage pas, il ne se lasse pas de nous redonner confiance avec tendresse. Frères et sœurs, Dieu croit en nous ! Dieu nous fait confiance et nous accompagne avec patience, la patience de Dieu avec nous. Il ne se décourage pas, mais il place toujours en nous de l’espérance. Dieu est Père et te regarde comme un père : comme le meilleur des pères, il ne voit pas les résultats que tu n’as pas encore atteints, mais les fruits que tu pourras encore porter ; ne tient pas compte de tes manques, mais il encourage tes possibilités ; il ne s’attarde pas sur ton passé, mais il parie avec confiance sur ton avenir. Parce que Dieu est proche de nous, Il est proche de nous. Le style de Dieu — ne l’oublions pas — : proximité, il est proche, avec miséricorde et tendresse. Et c’est ainsi que Dieu nous accompagne : proche, miséricordieux et tendre.
Demandons donc à la Vierge Marie de nous donner espérance et courage, et d’allumer en nous le désir de la conversion.
ANGÉLUS, Dimanche 27 mars 2022
Chers frères et sœurs,bon dimanche, bonjour!
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui rapporte la parabole dite du fils prodigue (cf. Lc 15, 11-32). Elle nous fait entrer dans le cœur de Dieu, qui pardonne toujours avec compassion et tendresse, toujours. Dieu pardonne toujours, c’est nous qui nous lassons de demander pardon, mais Lui pardonne toujours. Elle nous dit que Dieu est Père, que non seulement il accueille à nouveau, mais qu’il se réjouit et fait la fête pour son fils, revenu à la maison après avoir dilapidé toute ses possessions. Ce fils, c’est nous, et il est émouvant de penser que le Père nous aime toujours et nous attend.
Mais dans la même parabole, il y a également le fils aîné, qui entre en crise face à ce Père. Et qui peut nous faire entrer en crise nous aussi. En effet, il y a aussi ce fils aîné en nous et, au moins en partie, nous sommes tentés de lui donner raison : il avait toujours fait son devoir, il n’avait pas quitté la maison, c’est pourquoi il est indigné de voir son père embrasser à nouveau son frère qui s’est mal comporté. Il proteste et dit : « Voilà tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres », et au contraire, « pour ton fils que voici » tu fais même la fête ! (vv. 29-30). Je ne te comprends pas. Telle est l’indignation du fils aîné.
De ces paroles ressort le problème du fils aîné. Dans son rapport avec le Père, il fonde tout sur la stricte observance des ordres, sur le sens du devoir. Cela peut être aussi notre problème, notre problème entre nous et avec Dieu : perdre de vue qu'il est Père et vivre une religion distante, faite d’interdictions et de devoirs. Et la conséquence de cette distance est la rigidité envers le prochain, que l’on ne voit plus comme un frère. Dans la parabole, en effet, le fils aîné ne dit pas au Père mon frère, non, mais ton fils, comme pour dire : ce n’est pas mon frère. Et à la fin, c’est précisément lui qui risque d’être exclu de la maison. En effet — dit le texte — « il ne voulait pas entrer » (v. 28). Parce qu’il y avait l’autre.
Voyant cela, le Père sort le supplier : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi » (v. 31). Il cherche à lui faire comprendre que pour lui, chaque fils est toute sa vie. C’est ce que savent bien les parents, qui s’approchent beaucoup du sentiment de Dieu. Il y a une belle phrase d’un père dans un roman : « Quand je suis devenu père, j’ai compris Dieu » (Honoré de Balzac, le Père Goriot). A ce moment de la parabole, le Père ouvre son cœur à son fils aîné et lui exprime deux besoins, qui ne sont pas des ordres, mais des nécessités du cœur : « Il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voilà était mort et il est revenu à la vie » (v. 32). Voyons si nous aussi, nous avons dans le cœur ces deux besoins du Père : faire la fête et se réjouir.
Tout d’abord faire la fête, c’est-à-dire manifester notre proximité à qui se repentit ou est en chemin, à qui est en crise ou est éloigné. Pourquoi faut-il faire cela ? Parce que cela aidera à surmonter la peur et le découragement, qui peuvent venir du souvenir de ses propres péchés. Celui qui a commis une faute se sent souvent réprimandé par son propre cœur ; la distance, l’indifférence et les mots durs n’aident pas. C’est pourquoi selon le Père, il faut donc lui offrir un accueil chaleureux, qui l’encourage à persévérer. « Mais père, il a fait tant de bêtises ! » : un accueil chaleureux. Et nous, est-ce que nous agissons ainsi ? Cherchons-nous ceux qui sont loin, souhaitons-nous faire la fête avec eux ? Combien de bien peut faire un cœur ouvert, une oreille attentive, un sourire transparent ; faire la fête, ne pas mettre mal à l’aise ! Le père pouvait dire : c’est bien, mon fils, reviens à la maison, reviens travailler, va dans ta chambre, installe-toi, et au travail ! Et cela aurait été un bon pardon. Mais non ! Dieu ne sait pas pardonner sans faire la fête ! Et le père fait la fête, en raison de la joie qu’il éprouve car son fils est revenu.
Et puis, selon le Père, il faut se réjouir. Celui qui a un cœur à l’écoute de Dieu, lorsqu’il voit le repentir d’une personne, quelle que soit la gravité de ses erreurs, s’en réjouit. Il ne s’arrête pas sur les erreurs, il ne pointe pas du doigt le mal, mais il se réjouit du bien, car le bien de l’autre est aussi le mien ! Et nous, savons-nous voir les autres ainsi ?
Je me permets de raconter une histoire, fictive, mais qui fait voir le cœur du père. Il y a eu un opéra pop, il y a trois ou quatre ans, sur le thème du fils prodigue, avec toute l’histoire. Et à la fin, quand ce fils décide de revenir auprès du père, il se confie à un ami et lui dit : « Tu sais, j’ai peur que mon père me rejette, qu’il ne me pardonne pas ». Et l’ami lui donne ce conseil : « Envoie une lettre à ton père et dis-lui : “Père, je suis repenti, je veux revenir à la maison, mais je ne suis pas sûr que tu seras content. Si tu veux me recevoir, s’il te plaît, met un mouchoir blanc à la fenêtre” ». Puis il se met en route. Et quand il fut près de la maison, là où la route dessinait son dernier virage, il vit devant lui sa maison. Et que vit-il ? Non pas un mouchoir : elle était pleine de mouchoirs blancs, les fenêtres, tout ! Le Père nous reçoit ainsi, avec plénitude, avec joie. Voilà notre Père !
Savons-nous nous réjouir pour les autres ? Que la Vierge Marie nous enseigne à accueillir la miséricorde de Dieu, afin qu’elle devienne la lumière à travers laquelle regarder notre prochain.
URBI ET ORBI, Dimanche 16 avril 2022
Chers frères et sœurs, joyeuses Pâques !
Jésus, le Crucifié, est ressuscité ! Il vient au milieu de ceux qui le pleurent, enfermés dans une maison, remplis de peur et d’angoisse. Il vient au milieu d’eux et dit : « La paix soit avec vous ! » (Jn 20, 19). Il montre les plaies de ses mains et de ses pieds, la blessure de son côté : ce n’est pas un fantôme, c’est précisément Lui, le même Jésus qui est mort sur la croix et qui a été déposé dans le tombeau. Devant les regards incrédules des disciples, il répète : « La paix soit avec vous ! » (v. 21).
Nos regards sont aussi incrédules, en cette Pâques de guerre. Nous avons vu trop de sang, trop de violence. Nos cœurs se sont remplis aussi de peur et d’angoisse, tandis qu’un grand nombre de nos frères et sœurs ont dû s’enfermer pour se défendre contre les bombes. Nous avons du mal à croire que Jésus soit vraiment ressuscité, qu’il ait vraiment vaincu la mort. Serait-ce peut-être une illusion ? Un fruit de notre imagination ?
Non, ce n’est pas une illusion ! Aujourd’hui plus que jamais retentit l’annonce pascale si chère à l’Orient chrétien : « Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! » Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de Lui, au terme d’un Carême qui semble ne pas vouloir finir. Nous avons derrière nous deux ans de pandémie, qui ont laissé des traces profondes. Il était temps de sortir ensemble du tunnel, main dans la main, en rassemblant nos forces et nos ressources... Et au lieu de cela, nous démontrons qu’en nous il n’y a pas encore l’esprit de Jésus, il y a encore l’esprit de Caïn, qui regarde Abel non pas comme un frère, mais comme un rival, et pense à la façon de l’éliminer. Nous avons besoin du Crucifié Ressuscité pour croire en la victoire de l’amour, pour espérer en la réconciliation. Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de Lui, qu’il vienne parmi nous et nous dise encore : « La paix soit avec vous !».
Lui seul peut le faire. Lui seul a le droit de nous annoncer la paix aujourd’hui. Jésus seul, parce qu’il porte les plaies, nos plaies. Ses plaies sont deux fois les nôtres : les nôtres parce qu’elles Lui ont été faites par nous, par nos péchés, par notre dureté de cœur, par notre haine fratricide ; et les nôtres parce qu’il les porte pour nous, il ne les a pas effacées de son Corps glorieux, il a voulu les garder en lui pour toujours. Elles sont un sceau ineffaçable de son amour pour nous, une intercession perpétuelle pour que le Père céleste les voie et qu’il ait pitié de nous et du monde entier. Les plaies dans le Corps de Jésus ressuscité sont le signe de la lutte qu’il a menée et vaincue pour nous, avec les armes de l’amour, afin que nous puissions avoir la paix, être en paix, vivre en paix.
En regardant ces plaies glorieuses, nos yeux incrédules s’ouvrent, nos cœurs endurcis s’ouvrent et laissent entrer l’annonce pascale : « La paix soit avec vous ! ».
Frères et sœurs, laissons la paix du Christ entrer dans nos vies, dans nos maisons, dans nos pays !
Qu’il y ait la paix pour l’Ukraine martyrisée, si durement éprouvée par la violence et par la destruction de la guerre cruelle et insensée dans laquelle elle a été entraînée. Qu’une nouvelle aube d’espérance se lève bientôt sur cette terrible nuit de souffrance et de mort ! Que l’on choisisse la paix. Que l’on arrête de montrer les muscles pendant que les gens souffrent. S’il vous plaît, s’il vous plaît : ne nous habituons pas à la guerre, engageons-nous tous à demander la paix, depuis les balcons et dans les rues ! Paix ! Que ceux qui ont la responsabilité des Nations entendent le cri de paix des gens. Qu’ils entendent cette question inquiétante posée par les scientifiques, il y a presque soixante-dix ans : « Allons-nous mettre fin à la race humaine, ou l’humanité saura-t-elle renoncer à la guerre ? » (Manifeste Russell-Einstein, 9 juillet 1955).
Je porte dans mon cœur toutes les nombreuses victimes ukrainiennes, les millions de réfugiés et de déplacés internes, les familles divisées, les personnes âgées restées seules, les vies brisées et les villes rasées. J’ai dans les yeux le regard des enfants devenus orphelins et fuyant la guerre. En les regardant, nous ne pouvons pas ne pas entendre leur cri de douleur, avec celui des nombreux autres enfants qui souffrent dans le monde entier : ceux qui meurent de faim ou par manque de soins, ceux qui sont victimes d’abus et de violences et ceux qui ont été privés du droit de naître.
Dans la douleur de la guerre, des signes encourageants ne manquent également pas, comme les portes ouvertes de nombreuses familles et communautés qui accueillent des migrants et des réfugiés dans toute l’Europe. Que ces nombreux actes de charité deviennent une bénédiction pour nos sociétés, parfois dégradées par tant d’égoïsme et d’individualisme, et qu’ils contribuent à les rendre accueillantes pour tous.
Que le conflit en Europe nous rende également plus attentifs face à d’autres situations de tension, de souffrance et de douleur, qui affectent trop de régions du monde et que nous ne pouvons, ni ne voulons oublier.
Qu’il y ait la paix pour le Moyen-Orient, déchiré par des années de divisions et de conflits. En ce jour glorieux, demandons la paix pour Jérusalem et la paix pour ceux qui l’aiment (cf. Ps 121 [122]), chrétiens, juifs et musulmans. Puissent Israéliens, Palestiniens et tous les habitants de la Ville Sainte, avec les pèlerins, faire l’expérience de la beauté de la paix, vivre en fraternité et accéder avec liberté aux Lieux Saints dans le respect réciproque des droits de chacun.
Qu’il y ait la paix et la réconciliation pour les peuples du Liban, de la Syrie et de l’Irak, et en particulier pour toutes les communautés chrétiennes qui vivent au Moyen-Orient.
Qu’il y ait la paix aussi pour la Libye, afin qu’elle trouve la stabilité après des années de tensions, et pour le Yémen, qui souffre d’un conflit oublié par tous, avec sans cesse de nouvelles victimes : que la trêve signée ces derniers jours puisse redonner espoir à la population.
Demandons au Seigneur ressuscité le don de la réconciliation pour le Myanmar, où perdure un scénario dramatique de haine et de violence, et pour l’Afghanistan, où les dangereuses tensions sociales ne s’apaisent pas et, où une crise humanitaire dramatique est en train de martyriser la population.
Qu’il y ait la paix pour tout le continent africain, afin que cessent l’exploitation dont elle est victime et l’hémorragie causée par les attaques terroristes – en particulier dans la zone du Sahel – et qu’elle rencontre un soutien concret dans la fraternité des peuples. Que l’Éthiopie, frappée par une grave crise humanitaire, retrouve la voie du dialogue et de la réconciliation, et que cessent les violences en République démocratique du Congo. Que la prière et la solidarité de manquent pas pour les populations d’Afrique du Sud orientale, touchées par des inondations dévastatrices.
Que le Christ ressuscité accompagne et assiste les populations d’Amérique latine, qui dans certains cas ont vu empirer, en ces temps difficiles de pandémie, leurs conditions sociales, exacerbées également par des cas de criminalité, de violence, de corruption et de trafic de drogue.
Demandons au Seigneur ressuscité d’accompagner le chemin de réconciliation que l’Église catholique du Canada réalise avec les Peuples autochtones. Que l'Esprit du Christ ressuscité guérisse les blessures du passé et dispose les cœurs à la recherche de la vérité et de la fraternité.
Chers frères et sœurs, chaque guerre porte en elle des séquelles qui impliquent toute l’humanité : des deuils au drame des réfugiés, à la crise économique et alimentaire dont on voit déjà les signes avant-coureurs. Face aux signes persistants de la guerre, comme aux nombreuses et douloureuses défaites de la vie, le Christ, vainqueur du péché, de la peur et de la mort, exhorte à ne pas s’abandonner au mal et à la violence. Frères et sœurs, laissons-nous vaincre par la paix du Christ ! La paix est possible, la paix est un devoir, la paix est la responsabilité première de tous !
REGINA CÆLI, Lundi de l'Ange, 18 avril 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
Les jours de l’Octave de Pâques sont comme un unique jour où se prolonge la joie de la Résurrection. Ainsi, l’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui continue à nous parler du Ressuscité, de son apparition aux femmes qui étaient allées au tombeau (cf. Mt 28, 8-15). Jésus va à leur rencontre, les salue ; puis il leur dit deux choses, qu’il nous fera du bien à nous aussi d’accueillir, comme un don pascal. Ce sont deux conseils du Seigneur, un don pascal.
D’abord, il les rassure par deux mots simples : « Ne craignez point » (v. 10). N’ayez pas peur. Le Seigneur sait que les craintes sont nos ennemies quotidiennes. Il sait aussi que nos peurs viennent d’une grande peur, la peur de la mort : peur de disparaître, de perdre des êtres chers, d’être malade et de ne plus y arriver... Mais à Pâques, Jésus a vaincu la mort. Personne d’autre ne peut donc nous dire de manière plus convaincante : « Ne crains pas », « n’aie pas peur ». Le Seigneur le dit précisément là, à côté du tombeau dont il est sorti victorieux. Il nous invite ainsi à sortir des tombeaux de nos peurs. Ecoutons bien : sortir des tombeaux de nos peurs, car nos peurs sont comme des tombeaux, elles nous enterrent à l’intérieur. Il sait que la crainte est toujours tapie à la porte de notre cœur et que nous avons besoin de nous entendre répéter : ne crains rien, n’aie pas peur, ne crains rien : au matin de Pâques comme au matin de chaque journée, entendre : « N’aie pas peur ». Courage. Frère, sœur qui crois dans le Christ, n’aie pas peur ! « Moi — te dit Jésus — j’ai éprouvé la mort pour toi, j’ai pris ton mal sur moi. Maintenant, je suis ressuscité pour te dire : Je suis ici, avec toi, pour toujours. N’aie pas peur !» N’ayez pas peur.
Mais comment faire, pourrions-nous dire, pour combattre la peur ? La deuxième chose que Jésus dit aux femmes nous aide : « Allez annoncer à mes frères qu'ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront » (v. 10). Allez annoncer. La peur nous enferme toujours en nous-mêmes ; elle nous enferme en nous-mêmes. Jésus, au contraire, nous fait sortir et nous envoie vers les autres. Voilà le remède. Mais moi — pourrions-nous dire —, j’en suis incapable ! Mais, réfléchissez, ces femmes n’étaient certainement pas les plus adaptées ni les mieux préparées pour annoncer le Ressuscité, mais peu importe au Seigneur. Ce qui lui importe, c’est que l’on sorte et que l’on annonce. Sortir et annoncer. Sortir et annoncer. Parce que la joie pascale ne doit pas être gardée pour soi. La joie du Christ se renforce quand on la donne, elle se multiplie quand on la partage. Si nous nous ouvrons et que nous apportons l’Evangile, notre cœur se dilate et surmonte la peur. Voilà le secret : annoncer pour vaincre la peur.
Le texte d’aujourd’hui raconte que l’annonce peut rencontrer un obstacle : le mensonge. En effet, l’Evangile raconte « une contre-annonce ». Laquelle ? Celle des soldats qui avaient monté la garde devant le tombeau de Jésus. On les paye — dit l’Evangile — « par une forte somme d’argent » (v. 12), un beau pourboire, et ils reçoivent ces instructions : « Vous direz ceci : “Ses disciples sont venus de nuit et l'ont dérobé tandis que nous dormions” » (v. 13). Vous dormiez ? C’est dans votre sommeil que vous avez vu qu’ils volaient le corps ? Il y a là une contradiction, mais une contradiction à laquelle tout le monde croit, car il y a de l’argent en jeu. C’est le pouvoir de l’argent, cet autre seigneur dont Jésus dit qu’il ne faut jamais le servir. Il y a deux seigneurs : Dieu et l’argent. Ne servez jamais l’argent ! Voilà le mensonge, la logique de l’occultation, qui s’oppose à l’annonce de la vérité. C’est un rappel pour nous aussi : le mensonge — dans les paroles et dans la vie — polluent l’annonce, corrompent de l’intérieur, ramènent au tombeau. Les mensonges nous ramènent en arrière, nous conduisent précisément à la mort, au tombeau. Le Ressuscité, au contraire, veut nous faire sortir des tombeaux des mensonges et des dépendances. Devant le Seigneur ressuscité, il y a cet autre « dieu » : le dieu argent, qui salit tout, gâche tout, ferme les portes au salut. Et cela est partout : dans la vie de tous les jours, il y a la tentation d’adorer ce dieu argent.
Chers frères et sœurs, nous sommes à juste titre scandalisés lorsque, par les informations, nous découvrons des mensonges et des tromperies dans la vie des gens et dans la société. Mais donnons aussi un nom au mensonge que nous avons en nous ! Et plaçons nos opacités, nos mensonges, devant la lumière de Jésus ressuscité. Il veut porter à la lumière les choses cachées, pour faire de nous des témoins transparents et lumineux de la joie de l’Evangile, de la vérité qui nous rend libres (cf. Jn 8, 32).
Que Marie, la Mère du Ressuscité, nous aide à vaincre nos peurs et nous donne la passion de la vérité.
REGINA CÆLI, IIe Dimanche de Pâques ou de la Divine Miséricorde, 24 avril 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, dernier jour de l’Octave de Pâques, l’Evangile nous raconte la première et la deuxième apparition du Ressuscité aux disciples. Jésus vient à Pâques, alors que les apôtres sont enfermés au Cénacle, par peur, mais étant donné que Thomas, l’un des Douze, n’est pas présent, il revient huit jours plus tard (cf. Jn 20, 19-29). Concentrons-nous sur les deux protagonistes, Thomas et Jésus, en regardant d’abord le disciple, puis le Maître. C’est un beau dialogue qui a lieu entre ces deux hommes.
L’apôtre Thomas, tout d’abord. Il nous représente tous, nous qui n’étions pas présents au Cénacle lorsque le Seigneur est apparu et qui n’avons pas eu d’autres signes physiques ou apparitions de sa part. Nous aussi, comme ce disciple, nous avons parfois du mal : comment peut-on croire que Jésus est ressuscité, qu’il nous accompagne et qu’il est le Seigneur de nos vies sans l’avoir vu, sans l’avoir touché ? Comment fait-on pour croire cela ? Pourquoi le Seigneur ne nous donne-t-il pas un signe plus évident de sa présence et de son amour ? Un signe que je puisse mieux voir... Et bien, nous aussi, nous sommes comme Thomas, avec les mêmes doutes, les mêmes raisonnements.
Mais nous ne devons pas avoir honte de cela. En nous racontant l’histoire de Thomas, en effet, l’Evangile nous dit que le Seigneur ne cherche pas de chrétiens parfaits. Le Seigneur ne cherche pas de chrétiens parfaits. Je vous le dis : j’ai peur quand je vous un chrétien, une association de chrétiens qui se croient parfaits. Le Seigneur ne cherche pas de chrétiens parfaits ; le Seigneur ne cherche pas de chrétiens qui ne doutent jamais et affichent toujours une foi sûre. Quand un chrétien est comme cela, il y a quelque chose qui ne va pas. Non, l’aventure de la foi, comme pour Thomas, est faite d’ombres et de lumières. Sinon, quelle foi serait-ce ? Elle connaît des moments de consolation, d’élan et d’enthousiasme, mais aussi de lassitude, de désorientation, de doute et d’obscurité. L’Evangile nous montre la « crise » de Thomas pour nous dire que nous ne devons pas craindre les crises de la vie et de la foi. Les crises ne sont pas un péché, elles sont un chemin, nous ne devons pas les craindre. Souvent, elles nous rendent humbles, car elles nous dépouillent de l’idée que tout va bien, que nous sommes meilleurs que les autres. Les crises nous aident à nous reconnaître dans le besoin : elles ravivent notre besoin de Dieu et nous permettent ainsi de revenir vers le Seigneur, de toucher ses plaies, de faire à nouveau l’expérience de son amour, comme nous l’avons fait la première fois. Chers frères et sœurs, une foi imparfaite mais humble, qui revient toujours à Jésus, est préférable à une foi forte mais présomptueuse, qui nous rend fiers et arrogants.
Et face à l’absence et au chemin de Thomas, qui est souvent aussi le nôtre, quelle est l’attitude de Jésus ? L’Evangile dit deux fois qu’il « vint » (vv. 19.26). Une première fois, puis une seconde fois, huit jours plus tard. Jésus n’abandonne pas, il ne se lasse pas de nous, il n’a pas peur de nos crises, de nos faiblesses. Il revient toujours : quand les portes sont fermées, il revient ; quand nous doutons, il revient ; quand, comme Thomas, nous avons besoin de le rencontrer et de le toucher de plus près, il revient. Jésus revient toujours, il frappe toujours à la porte, et ne revient pas avec des signes puissants qui nous feraient sentir petits et inadéquats, et même honteux, mais avec ses plaies ; il revient en nous montrant ses plaies, signes de son amour qui a épousé nos fragilités.
Frères et sœurs, en particulier lorsque nous éprouvons de la fatigue ou des moments de crise, Jésus, le Ressuscité, souhaite revenir pour être avec nous. Il attend seulement que nous le cherchions, que nous l’invoquions, et même, comme Thomas, que nous protestions en lui présentant nos besoins et notre incrédulité. Il revient toujours. Pourquoi ? Car il est patient et miséricordieux. Il vient ouvrir les cénacles de nos peurs et de nos incrédulités, car il veut toujours nous donner une autre opportunité. Jésus est le Seigneur des « autres opportunités » : il nous en donne toujours une autre, toujours. Pensons alors à la dernière fois — faisons appel à notre mémoire — où, lors d’un moment difficile ou d’une période de crise, nous nous sommes refermés sur nous-mêmes, nous barricadant dans nos problèmes et laissant Jésus à l’extérieur. Et promettons-nous la prochaine fois, dans les difficultés, de rechercher Jésus, de retourner vers lui, vers son pardon — Il pardonne toujours ! —, retourner à ses plaies qui nous ont guéris. Ainsi, nous deviendrons également capables de compassion, d’approcher sans rigidité ni préjugés les plaies des autres.
Que Marie, Mère de la Miséricorde — j’aime penser à elle comme Mère de la miséricorde le lundi après le Dimanche de la Miséricorde —, nous accompagne sur le chemin de la foi et de l’amour.
REGINA CÆLI, IIIe Dimanche de Pâques, Dimanche, 1er mai 2022
Chers frères et sœurs, bon dimanche !
L'Evangile de la liturgie de ce jour (Jn 21, 1-19) raconte la troisième apparition de Jésus ressuscité aux apôtres. C'est une rencontre qui a lieu au bord du lac de Galilée et qui implique surtout Simon Pierre. Tout commence lorsqu'il dit aux autres disciples : « Je vais pêcher » (v. 3). Rien d'étrange, c’était un pêcheur, mais il avait abandonné cette profession depuis qu'il avait laissé ses filets sur la rive de ce lac pour suivre Jésus. Et maintenant, alors que le Ressuscité se fait attendre, Pierre, peut-être un peu découragé, propose aux autres de retourner à sa vie antérieure. Et les autres acceptent : « Nous venons avec toi, nous aussi ». Mais « cette nuit-là, ils ne prirent rien » (v. 3).
Il peut nous arriver à nous aussi, par fatigue, par déception, peut-être par paresse, d'oublier le Seigneur et de négliger les grands choix que nous avons faits, pour nous contenter d'autre chose. Par exemple, nous ne consacrons pas de temps à nous parler en famille, préférant les loisirs personnels ; nous oublions la prière, nous laissant prendre par nos propres besoins; nous négligeons la charité, avec l'excuse des urgences quotidiennes. Mais, ce faisant, on se retrouve déçu : c'est précisément la déception qu'a eue Pierre, avec des filets vides, comme lui. C'est une route qui nous fait aller en arrière et qui ne nous satisfait pas.
Et que fait Jésus avec Pierre ? Il revient à nouveau sur la rive du lac où il l’avait choisi lui, André, Jacques et Jean, tous les quatre, il les avaient choisis là. Il ne fait pas de reproches — Jésus ne fait pas de reproches, il touche le cœur, toujours — mais il appelle les disciples avec tendresse : « Mes enfants » (v. 5). Puis il les invite, comme auparavant, à jeter à nouveau leurs filets, avec courage. Et une fois de plus, les filets sont remplis à ras bord. Frères et sœurs, lorsque dans la vie nos filets sont vides, ce n'est pas le moment de s'apitoyer sur notre sort, de prendre du temps pour nous, de revenir à de vieux passe-temps. Il est temps de recommencer avec Jésus, il est temps de trouver le courage de recommencer, il est temps de reprendre le large avec Jésus. Trois verbes : recommencer, repartir, prendre le large. Toujours, face à une déception, ou à une vie qui a perdu un peu de sens — « aujourd’hui, j'ai l'impression d'avoir reculé... » — recommencez avec Jésus, recommencez, prendre le large ! Jésus t’attend. Et il ne pense qu'à toi, à moi, à chacun d'entre nous.
Pierre avait besoin de ce « choc ». Quand il entend Jean crier : « C’est le Seigneur !» (v. 7), il plonge immédiatement dans l'eau et nage vers Jésus. C'est un geste d'amour, car l'amour va au-delà de l'utile, du commode et du dû ; l'amour suscite l'émerveillement, inspire des élans créatifs et libres. Ainsi, alors que Jean, le plus jeune, reconnaît le Seigneur, c'est Pierre, le plus âgé, qui plonge vers lui. Dans cette plongée, il y a tout l'enthousiasme retrouvé de Simon-Pierre.
Chers frères et sœurs, aujourd'hui, le Christ ressuscité nous invite à un nouvel élan, tous, chacun d'entre nous, il nous invite à plonger dans le bien sans avoir peur de perdre quelque chose, sans trop calculer, sans attendre que les autres commencent. Pourquoi ? Ne pas attendre les autres, parce que pour rencontrer Jésus, il faut prendre des risques. Nous devons prendre des risques avec courage, reprendre et risquer. Demandons-nous : suis-je capable d'un élan de générosité, ou est-ce que je freine les élans de mon cœur et me ferme par habitude ou par peur ? Sauter, plonger. Telle est la parole de Jésus aujourd'hui.
Puis, à la fin de cet épisode, Jésus pose à Pierre, à trois reprises, la question : « M’aimes-tu ? » (vv. 15.16). Le Seigneur Ressuscité nous demande à nous aussi aujourd’hui : M'aimes-tu ? Parce qu'à Pâques, Jésus veut que notre cœur aussi ressuscite ; parce que la foi n'est pas une question de connaissance, mais d'amour. M'aimes-tu ? te demande Jésus à toi, à moi, à nous, qui avons des filets vides et avons souvent peur de recommencer ; à toi, à moi, à nous tous, qui n'avons pas le courage de plonger et avons peut-être perdu l'élan. M'aimes-tu ? demande Jésus. Dès lors, Pierre a cessé à jamais de pêcher et s'est consacré au service de Dieu et de ses frères et sœurs, au point de donner sa vie ici, où nous nous trouvons maintenant. Et nous, voulons-nous aimer Jésus ?
Que la Vierge, qui a immédiatement dit « oui » au Seigneur, nous aide à retrouver l'élan du bien.
REGINA CÆLI, IVe Dimanche de Pâques, Dimanche, 8 mai 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
L'Evangile de la liturgie d'aujourd'hui nous parle du lien entre le Seigneur et chacun de nous (cf. Jn 10, 27-30). Pour ce faire, Jésus utilise une image tendre et une image belle, celle du pasteur qui est avec ses brebis. Et il l'explique par trois verbes : « Mes brebis — dit Jésus — écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent » (v. 27). Trois verbes : écouter, connaître, suivre. Voyons ces trois verbes.
Tout d'abord, les brebis écoutent la voix du pasteur. L'initiative vient toujours du Seigneur ; tout part de sa grâce : c'est Lui qui nous appelle à la communion avec Lui. Mais cette communion se réalise si nous nous ouvrons à l’écoute ; si nous restons sourds, il ne peut nous donner cette communion. S’ouvrir à l’écoute parce qu’écouter signifie disponibilité, signifie docilité, signifie temps consacré au dialogue. Aujourd'hui, nous sommes submergés par les mots et par la hâte de devoir toujours dire et faire quelque chose, d’ailleurs, combien de fois deux personnes parlent et l’une n’attend pas que l’autre finisse sa pensée, la coupe à mi-chemin, répond... Mais si elle ne la laisse pas parler, il n’y a pas d’écoute. C’est un mal de notre temps. Aujourd’hui, nous sommes emportés par les paroles, par la hâte de devoir toujours dire quelque chose, nous avons peur du silence. Qu’il est difficile de s’écouter ! S’écouter jusqu’à la fin, laisser l’autre s’exprimer, s’écouter en famille, s’écouter à l'école, s’écouter au travail, et même dans l’Eglise ! Mais pour le Seigneur, il faut avant tout écouter. Il est la Parole du Père et le chrétien est un enfant de l'écoute, appelé à vivre avec la Parole de Dieu à portée de main. Demandons-nous aujourd’hui si nous sommes des enfants de l'écoute, si nous trouvons du temps pour la Parole de Dieu, si nous réservons une place et de l'attention à nos frères et sœurs. Si nous savons écouter jusqu’à ce que l’autre puisse pleinement s’exprimer, sans lui couper la parole. Celui qui écoute les autres sait écouter aussi le Seigneur, et vice versa. Et il fait l’expérience de quelque chose de très beau, à savoir que le Seigneur lui-même écoute : il nous écoute quand nous le prions, quand nous nous confions à lui, quand nous l'invoquons.
Ecouter Jésus devient ainsi le -moyen de découvrir qu'il nous connaît. Voici le deuxième verbe, qui concerne le bon pasteur : Il connaît ses brebis. Mais cela ne signifie pas seulement qu'il sait beaucoup de choses sur nous : connaître au sens biblique signifie également aimer. Cela signifie que le Seigneur, tout en « lisant en nous », nous aime, ne nous condamne pas. Si nous l'écoutons, nous découvrons ceci, que le Seigneur nous aime. Le chemin pour découvrir l’amour du Seigneur est de l’écouter. Alors notre relation avec Lui ne sera plus impersonnelle, froide ou superficielle. Jésus cherche une amitié chaleureuse, une confiance, une intimité. Il veut nous donner une connaissance nouvelle et merveilleuse : celle de savoir que nous sommes toujours aimés de Lui et donc jamais livrés à nous-mêmes. En étant avec le bon pasteur, nous vivons l'expérience dont parle le Psaume : « Passerais-je un ravin de ténèbre, je ne crains aucun mal car tu es près de moi » (Ps 23, 4). En particulier dans les souffrances, dans les épreuves, dans les crises qui sont les ténèbres : il nous soutient en les traversant avec nous. Et ainsi, précisément dans les situations difficiles, nous pouvons découvrir que nous sommes connus et aimés par le Seigneur. Demandons-nous alors : est-ce que je me laisse connaître par le Seigneur ? Est-ce que je lui laisse de la place dans ma vie, est-ce que je lui apporte ce que je vis ? Et, après toutes les fois où j'ai fait l'expérience de sa proximité, de sa compassion, de sa tendresse, quelle idée ai-je du Seigneur ? Le Seigneur est proche, le Seigneur est le bon pasteur.
Enfin, le troisième verbe : les brebis qui écoutent et se savent connues suivent : elles écoutent, elles se sentent connues du Seigneur et suivent le Seigneur, qui est leur pasteur. Et celui qui suit le Christ, que fait-il ? Il va où Lui va, sur la même route, dans la même direction. Il va chercher celui qui est égaré (cf. Lc 15, 4), il s'intéresse à celui qui est loin, il prend à cœur la situation de celui qui souffre, il sait pleurer avec celui qui pleure, il tend la main à son prochain, il le porte sur ses épaules. Et moi, est-ce que je me laisse simplement aimer par Jésus et, de se laisser aimer, est-ce que je passe de l'aimer à l’imiter ? Que la Sainte Vierge nous aide à écouter le Christ, à le connaître toujours plus et à le suivre sur le chemin du service. Ecouter, le connaître et le suivre.
REGINA CÆLI, VIe Dimanche de Pâques, Dimanche, 22 mai 2022
Chers frères et sœurs bon dimanche !
Dans l’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui, Jésus, en disant adieu à ses disciples au cours de la dernière Cène, dit, presque comme une sorte de testament : « Je laisse la paix ». Et il ajoute aussitôt : « C’est ma paix que je vous donne » (Jn 14, 27). Arrêtons-nous sur ces brèves phrases.Avant tout je vous laisse la paix. Jésus prend congé avec des paroles qui expriment l’affection et la sérénité, mais il le fait à un moment tout autre que serein. Judas est sorti pour le trahir, Pierre est sur le point de le renier, et presque tous sont sur le point de l’abandonner : le Seigneur le sait, et pourtant, il ne fait aucun reproche, il n’utilise pas de paroles sévères, ne tient pas de discours durs. Au lieu de manifester de l’agitation, il reste gentil jusqu’à la fin. Un proverbe dit que l’on meurt comme on a vécu. Les dernières heures de Jésus sont en effet comme l’essence de toute sa vie. Il éprouve de la peur et de la douleur, mais ne tombe pas dans le ressentiment et la protestation. Il ne se laisse pas aller à l’amertume, il ne donne pas libre cours à ses sentiments, il n’est pas irritable. Il est en paix, une paix qui vient de son cœur doux, habité par la confiance. C’est de là que découle la paix que Jésus nous laisse. Parce que l’on ne peut pas laisser aux autres la paix si on ne l’a pas en soi. On ne peut pas donner la paix si l’on n’est pas en paix.
C’est ma paix que je vous donne : Jésus démontre que la douceur est possible. Il l’a incarnée précisément au moment le plus difficile ; et il désire que nous nous comportions ainsi nous aussi, qui sommes les héritiers de sa paix. Il veut que nous soyons doux, ouverts, disponibles à l’écoute, capables de désamorcer les querelles et de tisser la concorde. Cela signifie témoigner de Jésus et cela vaut plus que mille paroles et que de nombreuses prédications. Le témoignage de paix. Demandons-nous si, dans les lieux où nous vivons, nous, disciples de Jésus, nous comportons ainsi : relâchons-nous les tensions, éteignons-nous les conflits ? Sommes-nous nous aussi en conflit avec quelqu’un, toujours prêts à réagir, à exploser, ou bien savons-nous répondre par la non-violence, savons-nous répondre par des gestes et des paroles de paix ? Comment est-ce que je réagis ? Que chacun se le demande.
Bien sûr, cette douceur n’est pas facile : comme cela est difficile, à tous les niveaux, de désamorcer les conflits ! Ici nous vient en aide la deuxième phrase de Jésus : c’est ma paix que je vous donne. Jésus sait que nous ne sommes pas en mesure seuls de préserver la paix, que nous avons besoin d’une aide, d’un don. La paix, qui est notre engagement, est avant tout un don de Dieu. Jésus dit en effet : « Je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (v. 27). Qu’est-ce que cette paix que le monde ne connaît pas et que le Seigneur nous donne ? Cette paix est l’Esprit Saint, l’Esprit même de Jésus. C’est la présence de Dieu en nous, c’est « la force de paix » de Dieu. C’est Lui, l’Esprit Saint, qui désarme le cœur et le remplit de sérénité. C’est Lui, l’Esprit Saint, qui délie les rigidités et apaise les tentations d’agresser les autres. C’est Lui, l’Esprit Saint, qui nous rappelle qu’à côté de nous il y a des frères et sœurs, pas des obstacles ou des adversaires. C’est Lui, l’Esprit Saint, qui nous donne la force de pardonner, de recommencer, de repartir, parce que nous ne pouvons pas le faire avec nos propres forces. Et c’est avec Lui, avec l’Esprit Saint, que l’on devient des hommes et des femmes de paix.
Chers frères et sœurs, aucun péché, aucun échec, aucune rancœur ne doit nous décourager lorsque nous demandons avec insistance le don de l’Esprit Saint qui nous donne la paix. Plus nous sentons que notre cœur est agité, plus nous ressentons en nous de la nervosité, de l’irritation, de la colère, plus nous devons demander au Seigneur l’Esprit de la paix. Apprenons à dire chaque jour : « Seigneur, donne-moi ta paix, donne-moi l’Esprit Saint ». C’est une belle prière. Voulez-vous que nous la disions ensemble ? « Seigneur, donne-moi ta paix, donne-moi l’Esprit Saint ». Je n’ai pas bien entendu, encore une fois : « Seigneur, donne-moi ta paix, donne-moi l’Esprit Saint ». Et demandons-la aussi pour ceux qui vivent à nos côtés, pour ceux que nous rencontrons chaque jour, et pour les responsables des nations.
Que la Vierge nous aide à accueillir l’Esprit Saint pour être des artisans de paix.