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REGINA CÆLI, SOLENNITÉ DE L’ASCENSION DU SEIGNEUR
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, en Italie et dans de nombreux pays, nous célébrons l’Ascension du Seigneur, c’est-à-dire son retour auprès du Père. Dans la liturgie, l’Evangile de Luc raconte la dernière apparition du Seigneur ressuscité aux disciples (cf. 24, 46-53). La vie terrestre de Jésus culmine précisément avec l’Ascension, que nous professons également dans le Credo : « Il est monté au ciel, il est assis à la droite du Père ». Que signifie cet événement ? Comment devons-nous le comprendre ? Pour répondre à cette question, arrêtons-nous sur deux actions que Jésus accomplit avant de monter au Ciel : tout d’abord, il annonce le don de l’Esprit et ensuite bénit les disciples. Il annonce le don de l’Esprit et bénit.
En premier lieu, Jésus dit à ses amis : « Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis » (v. 49). Il parle de l’Esprit Saint, du Consolateur, de Celui qui va les accompagner, les guider, les soutenir dans leur mission, les défendre dans les combats spirituels. Nous comprenons alors quelque chose d’important : Jésus n’abandonne pas les disciples. Il monte au ciel, mais il ne nous laisse pas seuls. Au contraire, c’est précisément en montant vers le Père qu’il assure l’effusion de l’Esprit Saint, de son Esprit. En une autre occasion, il avait dit : « C’est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous » (Jn 16, 7), c’est-à-dire l’Esprit. Ici aussi on peut voir l’amour de Jésus pour nous : sa présence ne veut pas limiter notre liberté. Au contraire, il nous fait de la place, car le véritable amour génère toujours une proximité qui n’écrase pas, il n’est pas possessif, il est proche mais pas possessif ; au contraire, le véritable amour fait de nous des protagonistes. Et ainsi, le Christ rassure : « Je pars vers le Père, et vous serez revêtus d’une force venue d’en haut, je mettrai en vous mon propre Esprit, et par sa puissance vous continuerez mon œuvre dans le monde !» (cf. Lc 24, 49). Ainsi, en montant au ciel, Jésus, au lieu de rester proche de quelques-uns avec son corps, se fait proche de tous avec son Esprit. L’Esprit Saint rend Jésus présent en nous, au-delà des barrières du temps et de l’espace, pour faire de nous ses témoins dans le monde.
Immédiatement après — c’est la deuxième action — le Christ lève les mains et bénit les apôtres (cf. v. 50). C’est un geste sacerdotal. Dieu, depuis l’époque d’Aaron, avait confié aux prêtres la tâche de bénir le peuple (cf. Nm 6, 26). L’Evangile veut nous dire que Jésus est le grand prêtre de notre vie. Jésus monte vers le Père pour intercéder en notre faveur, pour lui présenter notre humanité. Ainsi, sous le regard du Père, il y a et il y aura toujours, avec l’humanité de Jésus, nos vies, nos espoirs, nos blessures. Ainsi, en faisant son « exode » vers le Ciel, le Christ nous « ouvre la voie », il va nous préparer une place et, dès maintenant, il intercède pour nous, afin que nous soyons toujours accompagnés et bénis par le Père.
Frères et sœurs, pensons aujourd’hui au don de l’Esprit que nous avons reçu de Jésus pour être des témoins de l’Evangile. Demandons-nous si nous le sommes vraiment ; et aussi si nous sommes capables d’aimer les autres, en les laissant libres et en leur laissant de l’espace. Et puis : savons-nous être intercesseurs pour les autres, c’est-à-dire savons-nous prier pour eux et bénir leur vie ? Ou alors nous servons-nous des autres pour nos propres intérêts ? Apprenons cela : la prière d’intercession, intercéder pour l’espérance et les souffrances du monde, intercéder pour la paix. Et bénissons du regard et avec nos mots ceux que nous rencontrons tous les jours !
Prions maintenant la Vierge Marie, la bienheureuse parmi les femmes, qui, comblée de l’Esprit Saint, prie et intercède toujours pour nous.









REGINA CÆLI, SOLENNITÉ DE LA PENTECÔTE, 5 juin 2022
Chers frères et sœurs, bonjour, bon dimanche!
Et aujourd’hui aussi bonne fête, car on célèbre aujourd’hui la solennité de la Pentecôte. On célèbre l’effusion de l’Esprit Saint sur les apôtres, qui eut lieu cinquante jours après Pâques. Jésus l’avait promis plusieurs fois. Dans la liturgie d’aujourd’hui, l’Evangile rapporte l’une de ces promesses, quand Jésus dit aux disciples : « Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26). Voilà ce que fait l’Esprit : enseigner et rappeler ce que le Christ a dit. Réfléchissons à ces deux actions, enseigner et rappeler, car c’est ainsi qu’Il apporte l’Evangile de Jésus dans nos cœurs.
Tout d’abord, l’Esprit Saint enseigne. De cette manière, il nous aide à surmonter un obstacle qui se présente dans l’expérience de la foi : celui de la distance. Il nous aide à surmonter l’obstacle de la distance dans l’expérience de la foi. En effet, le doute peut surgir qu’entre l’Evangile et la vie quotidienne il y a beaucoup de distance : Jésus a vécu il y a deux mille ans, en d’autres temps, dans d’autres situations, et donc l’Evangile semble dépassé, il semble inadapté pour parler à notre temps avec ses exigences et ses problèmes. Cette interrogation se présente à nous aussi : que peut dire l’Evangile à l’ère d’internet, à l’époque de la mondialisation ? Comment sa parole peut-elle avoir un impact ?
Nous pouvons dire que l’Esprit Saint est un spécialiste pour franchir les distances, Il sait franchir les distances ; il nous apprend à les surmonter. C’est Lui qui relie l’enseignement de Jésus à chaque instant et à chaque personne. Avec lui, les paroles du Christ ne sont pas un souvenir, non : les paroles du Christ deviennent vivantes aujourd’hui en vertu de la puissance de l’Esprit Saint ! L’Esprit les rend vivantes pour nous : à travers l’Ecriture Sainte, il nous parle et nous guide dans le présent. L’Esprit Saint ne craint pas les siècles qui passent ; au contraire, il rend les croyants attentifs aux problèmes et aux événements de leur temps. En effet, lorsqu’il enseigne, l’Esprit Saint actualise : il conserve la foi toujours jeune. Nous risquons de faire de la foi une pièce de musée : c’est un risque ! Lui, au contraire, la replace dans son époque, toujours actuelle, la foi au quotidien : c’est son travail. Parce que l’Esprit Saint n’est pas lié à des époques ou à des modes qui passent, mais apporte l’actualité de Jésus, Ressuscité et vivant, à notre époque.
Et comment l’Esprit fait-il cela ? En nous faisant nous rappeler. Voilà le deuxième verbe : r-appeler. Que signifie rappeler ? R-appeler signifie ramener au cœur, r-appeler: l’Esprit rappelle l’Evangile à nos cœurs. Il se passe la même chose que pour les apôtres : ils avaient écouté Jésus de nombreuses fois, mais ils l’avaient peu compris. La même chose nous arrive à nous. Mais à partir de la Pentecôte, avec l’Esprit Saint, ils se r-appellent et comprennent. Ils accueillent ses paroles comme étant spécialement prononcées pour eux et passent d’une connaissance extérieure, d’une connaissance de mémoire, à une relation vivante, à une relation convaincue, joyeuse avec le Seigneur. C’est l’Esprit qui fait cela, qui fait passer du « ouï-dire » à la connaissance personnelle de Jésus, qui entre dans le cœur. Ainsi, l’Esprit change notre vie : il fait que les pensées de Jésus deviennent nos pensées. Et cela, il le fait en nous r-appelant ses paroles, en apportant les paroles de Jésus à nos cœurs aujourd’hui.
Frères et sœurs, sans l’Esprit qui nous rappelle Jésus, la foi perd la mémoire. Souvent, la foi devient un souvenir sans mémoire : au contraire, la mémoire est vivante et la mémoire vivante est apportée par l’Esprit. Et nous — essayons de nous demander — sommes-nous des chrétiens privés de mémoire ? Peut-être qu’une contrariété, une difficulté, une crise suffisent pour oublier l’amour de Jésus et tomber dans le doute et notre peur ? Attention ! Veillons à ne pas devenir des chrétiens privés de mémoire. Le remède consiste à invoquer l’Esprit Saint. Faisons-le souvent, surtout dans les moments importants, avant des décisions difficiles et dans des situations difficiles. Prenons l’Evangile en main et invoquons l’Esprit. Nous pouvons ainsi dire : « Viens, Esprit Saint, rappelle-moi Jésus, illumine mon cœur ». C’est une belle prière : « Viens, Esprit Saint, rappelle-moi Jésus, illumine mon cœur ». Voulez-vous que nous la disions ensemble ? « Viens, Esprit Saint, rappelle-moi Jésus, illumine mon cœur ». Puis, ouvrons l’Evangile et lisons un petit passage, lentement. Et l’Esprit le fera parler à notre vie.
Que la Vierge Marie, pleine d’Esprit Saint, allume en nous le désir de le prier et d’accueillir la Parole de Dieu.









ANGÉLUS, SOLENNITÉ DE LA SAINTE TRINITÉ, 12 juin 2022
Chers frères et sœurs, bonjour et bon dimanche!
C’est aujourd’hui la solennité de la Très Sainte Trinité, et dans l’Evangile de la célébration, Jésus nous présente les deux autres Personnes divines, le Père et le Saint-Esprit. De l’Esprit il dit : « Il ne parlera pas de lui-même, mais ce qu’il entendra, il le dira ». Puis, parlant du Père, il dit : « Tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16, 14-15). Notons que l’Esprit Saint parle, mais pas de lui-même : il annonce Jésus et révèle le Père. Et observons aussi que le Père, qui possède tout, parce qu’il est l’origine de toute chose, donne au Fils tout ce qu’il possède : il ne garde rien pour lui et il se donne entièrement au Fils. C’est-à-dire que le Saint-Esprit ne parle pas de lui-même, il parle de Jésus, il parle des autres. Et le Père ne se donne pas, il donne le Fils. C’est la générosité ouverte, l’une ouverte à l’autre.
Et maintenant, regardons-nous, ce dont nous parlons et ce que nous possédons. Lorsque nous parlons, nous voulons toujours qu’on dise du bien de nous et souvent, nous ne parlons que de nous et de ce que nous faisons. Combien de fois ! « J’ai fait ceci, j’ai fait cela » ...  « J’ai eu ce problème... ». On parle toujours comme ça. Quelle différence par rapport au Saint-Esprit, qui parle en annonçant les autres, et le Père le Fils ! Et, en ce qui concerne ce que nous possédons, comme nous en sommes jaloux et comme nous avons du mal à le partager avec les autres, même avec ceux qui manquent du nécessaire ! En paroles c’est facile, mais en pratique, c’est très difficile.
Voilà pourquoi célébrer la Sainte Trinité n’est pas tant un exercice théologique, qu’une révolution dans notre mode de vie. Dieu, en qui chaque Personne vit pour l’autre en relation continue, en rapport continu, non pour elle-même, nous appelle à vivre avec les autres et pour les autres. Ouverts. Aujourd’hui, nous pouvons nous demander si notre vie reflète le Dieu auquel nous croyons : moi qui professe la foi en Dieu Père et Fils et Saint-Esprit, est-ce que je crois vraiment que pour vivre, j’ai besoin des autres, j’ai besoin de me donner aux autres, j’ai besoin de servir les autres ? Est-ce que je l’affirme à travers les mots ou est-ce que je l’affirme à travers ma vie ?
Chers frères et sœurs, le Dieu un et trine doit se manifester ainsi, en actes plutôt qu’en paroles. Dieu, qui est l’auteur de la vie, se transmet moins par les livres que par le témoignage de la vie. Lui qui, comme l’écrit l’évangéliste Jean, « est amour » (1 Jn 4, 16), se révèle à travers l’amour. Pensons aux personnes bonnes, généreuses, douces que nous avons rencontrées : en nous souvenant de leur façon de penser et d’agir, nous pouvons avoir un petit reflet de Dieu-Amour. Et que signifie aimer ? Pas seulement aimer et faire le bien, mais d’abord, à la racine, accueillir, être ouverts aux autres, faire de la place aux autres, donner de la place aux autres. Cela signifie aimer, à la racine.
Pour mieux le comprendre, pensons aux noms des Personnes divines, que nous prononçons chaque fois que nous faisons le signe de croix : dans chaque nom, il y a la présence de l’autre. Le Père, par exemple, ne le serait pas sans le Fils ; de même le Fils ne peut être considéré seul, mais toujours comme le Fils du Père. Et le Saint-Esprit, à son tour, est l’Esprit du Père et du Fils. En bref, la Trinité nous enseigne que l’un ne va jamais sans l’autre. Nous ne sommes pas des îles, nous sommes dans le monde pour vivre à l’image de Dieu : ouverts, ayant besoin des autres et ayant besoin d’aider les autres. Posons-nous alors cette dernière question : dans la vie de tous les jours, suis-je moi aussi un reflet de la Trinité ? Le signe de la croix que je fais chaque jour — Père et Fils et Saint-Esprit —, ce signe de la croix que nous faisons chaque jour, reste-t-il un geste pour lui-même ou inspire-t-il ma façon de parler, de rencontrer, de répondre, de juger, de pardonner ?
Que la Vierge, fille du Père, mère du Fils et épouse de l’Esprit, nous aide à accueillir et à témoigner dans notre vie du mystère de Dieu-Amour.









ANGÉLUS, SOLENNITÉ DU TRÈS SAINT CORPS ET SANG DU CHRIST, 19 juin 2022
Chers frères et sœurs, bonjour et bon dimanche!
En Italie et dans d’autres pays, on célèbre aujourd’hui la solennité du Très Saint Corps et Sang du Christ. L’Eucharistie, instituée lors de la Dernière Cène, était comme le point d’arrivée d’un parcours, le long duquel Jésus l’avait préfiguré à travers certains signes, en particulier la multiplication des pains, racontée dans l’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui (cf. Lc 9, 11b -17). Jésus prend soin de la grande foule qui l’a suivi pour écouter sa parole et être délivrée de divers maux. Il bénit cinq pains et deux poissons, les rompt, les disciples les distribuent et « ils mangèrent et furent tous rassasiés » (Lc 9, 17), dit l’Evangile. Dans l’Eucharistie, chacun peut faire l’expérience de cette attention aimante et concrète du Seigneur. Celui qui reçoit le Corps et le Sang du Christ avec foi non seulement mange, mais est rassasié. Manger et être rassasié : ce sont deux besoins fondamentaux, qui sont satisfaits dans l’Eucharistie.
Manger. « Ils mangèrent », écrit saint Luc. A la tombée de la nuit, les disciples conseillent à Jésus de congédier la foule, afin qu’ils puissent aller chercher de la nourriture. Mais le Maître veut pourvoir à cela aussi : il veut aussi donner à manger à ceux qui l’ont écouté. Cependant, le miracle des pains et des poissons ne s’opère pas de manière spectaculaire, mais presque réservée, comme aux noces de Cana : le pain augmente en passant de main en main. Et tandis qu’elle mange, la foule se rend compte que Jésus s’occupe de tout. Voilà le Seigneur présent dans l’Eucharistie : il nous appelle à être citoyens du Ciel, mais en attendant, il tient compte du chemin que nous devons affronter ici-bas. Si j’ai peu de pain dans mon sac, Il le sait et Il s’en soucie.
Parfois, il y a le risque de confiner l’Eucharistie à une dimension vague, lointaine, peut-être lumineuse et parfumée d’encens, mais loin des difficultés de la vie quotidienne. En réalité, le Seigneur prend à cœur tous nos besoins, en commençant par les plus élémentaires. Et il veut donner l’exemple aux disciples, en disant : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (v. 13), à ceux qui l’avaient écouté pendant la journée. Notre adoration eucharistique trouve sa vérification lorsque nous prenons soin de notre prochain, comme le fait Jésus : autour de nous, il y a une faim de nourriture, mais aussi de compagnie, il y a une faim de consolation, d’amitié, de bonne humeur, il y a une faim d’attention, il y a une faim d’être évangélisés. Nous trouvons cela dans le Pain eucharistique : l’attention du Christ à nos besoins et l’invitation à faire de même à l’égard de ceux qui nous entourent. Il faut manger et donner à manger.
En plus de manger, il ne faut cependant pas manquer d’être rassasié. La foule se rassasia de l’abondance de nourriture, et aussi de la joie et de l’étonnement de l’avoir reçue de Jésus ! Nous avons certes besoin de nous nourrir, mais aussi d’être rassasiés, c’est-à-dire de savoir que la nourriture nous est donnée par amour. Dans le Corps et le Sang du Christ, nous trouvons sa présence, sa vie donnée pour chacun de nous. Non seulement il nous aide à aller de l’avant, mais il se donne lui-même : il devient notre compagnon de voyage, entre dans notre vie, visite nos solitudes, en redonnant sens et enthousiasme. Cela nous rassasie, quand le Seigneur donne un sens à notre vie, à nos obscurités, à nos doutes, mais Il voit le sens et ce sens que le Seigneur nous donne nous rassasie, cela nous donne ce « plus » que nous recherchons tous : c’est-à-dire la présence du Seigneur ! Car grâce à la chaleur de sa présence notre vie change : sans Lui elle serait vraiment grise. Adorant le Corps et le Sang du Christ, demandons-lui avec le cœur : « Seigneur, donne-moi le pain quotidien pour aller de l’avant, Seigneur, rassasie-moi de ta présence !».
Que la Vierge Marie nous apprenne à adorer Jésus vivant dans l’Eucharistie et à le partager avec nos frères et sœurs.









ANGÉLUS, Dimanche 26 juin 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’Evangile de la liturgie de ce dimanche nous parle d’un tournant. Il dit : « Or il advint, comme s’accomplissait le temps où il devait être enlevé, qu’il prit résolument le chemin de Jérusalem » (Lc 9, 51). Ainsi commence le « grand voyage » vers la ville sainte, qui exige une décision particulière car c’est le dernier. Les disciples, pleins d’un enthousiasme encore trop mondain, rêvent que le Maître est en route vers le triomphe ; Jésus, en revanche, sait que le rejet et la mort l’attendent à Jérusalem (cf. Lc 9, 22. 43b-45) ; il sait qu’il devra beaucoup souffrir ; et cela exige une ferme décision. Ainsi, Jésus marche d’un pas résolu vers Jérusalem. C’est la même décision que celle que nous devons prendre, si nous voulons être disciples de Jésus. En quoi consiste cette décision ? Parce que nous devons être disciples de Jésus sérieusement, à travers une véritable décision, et non pas — comme le disait une petite vieille que j’ai connue — « des chrétiens à l’eau de rose ». Non ! Des chrétiens résolus. Et l’épisode que l’évangéliste Luc raconte immédiatement après nous aide à le comprendre.
Tandis qu’ils étaient en chemin, un village de Samaritains, ayant appris que Jésus était en route pour Jérusalem — qui était la ville adverse — ne l’accueille pas. Les apôtres Jacques et Jean, outrés, suggèrent à Jésus de punir ces gens en faisant descendre un feu du ciel. Non seulement Jésus n’accepte pas la proposition, mais il réprimande les deux frères. Ils veulent l’entraîner dans leur désir de vengeance et Lui n’est pas d’accord (cf. vv. 52-55). Le « feu » qu’Il est venu apporter sur terre est un autre (cf. Lc 12, 49), c’est l’Amour miséricordieux du Père. Et pour faire croître ce feu, il faut de la patience, il faut de la constance, il faut un esprit de pénitence.
Jacques et Jean, en revanche, se laissent gagner par la colère. Et cela nous arrive aussi lorsque, bien que nous fassions du bien, parfois en faisant des sacrifices, au lieu d’un accueil, nous trouvons une porte fermée. C’est alors que la colère s’installe : on essaie même d’impliquer Dieu lui-même, en brandissant la menace de châtiments célestes. Jésus, en revanche, emprunte une autre voie, pas la voie de la colère, mais celle de la ferme décision d’aller de l’avant, qui, loin de se traduire par de la dureté, implique le calme, la patience, la longanimité, sans toutefois relâcher le moins du monde notre engagement à faire le bien. Cette façon d’être ne dénote pas une faiblesse, mais, au contraire, une grande force intérieure. Se laisser envahir par la colère lorsque nous sommes contrariés est facile, est instinctif. Ce qui est difficile, en revanche, c’est de se maîtriser, en faisant comme Jésus qui — dit l’Evangile — se mit en route « pour un autre village » (v. 56). Cela signifie que lorsque nous trouvons des fermetures, nous devons aller faire le bien ailleurs, sans récriminations. Ainsi, Jésus nous aide à être des personnes sereines, satisfaites du bien accompli et qui ne recherchent pas d’approbations humaines.
Demandons-nous à présent : Nous, où en sommes-nous ? Où en sommes-nous ?  Face aux contrariétés, aux incompréhensions, nous adressons-nous au Seigneur, lui demandons-nous sa résolution à faire le bien ? Ou cherchons-nous des confirmations dans les applaudissements, en finissant par être amers et rancuniers lorsque nous ne les entendons pas ? Combien de fois, plus ou moins consciemment, cherchons-nous les applaudissements, l’approbation des autres ? Faisons-nous cette chose pour les applaudissements ? Non, cela ne va pas. Nous devons faire le bien pour le service et ne pas rechercher les applaudissements.  Nous pensons parfois que notre ferveur est due à un sentiment de justice pour une bonne cause, mais en réalité, la plupart du temps, ce n’est rien d’autre que de l’orgueil, uni à de la faiblesse, de la susceptibilité et de l’impatience. Demandons alors à Jésus la force de lui ressembler, de le suivre à travers une décision résolue sur ce chemin de service. De ne pas être vindicatif, de ne pas être intolérant lorsque des difficultés surviennent, lorsque nous nous dépensons pour le bien et que les autres ne le comprennent pas ou même, quand ils nous discréditent. Non, silence et en avant.
Que la Vierge Marie nous aide à faire nôtre la ferme décision de Jésus de rester jusqu’au bout dans l’amour.









ANGÉLUS, Mercredi 29 juin 2022, Solennité des saints Apôtres Pierre et Paul
Chers frères et sœurs!
L’Evangile de la Liturgie d’aujourd’hui, solennité des saints patrons de Rome, rapporte les paroles que Pierre adresse à Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). C’est une profession de foi, que Pierre prononce non pas sur la base de son intelligence humaine, mais parce que Dieu le Père l’a inspirée (cf. v. 17). Pour le pêcheur Simon, dit Pierre, ce fut le début d’un chemin : en effet, il faudra beaucoup de temps avant que la signification de ces paroles entre dans sa vie, l’impliquant entièrement. Il y a un « apprentissage » de la foi, qui a concerné également les apôtres Pierre et Paul, semblable à celui de chacun de nous. Nous croyons nous aussi que Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant, mais il faut du temps, de la patience et beaucoup d’humilité pour que notre façon de penser et d’agir adhère pleinement à l’Evangile.
L’apôtre Pierre en a immédiatement fait l’expérience. Précisément après avoir déclaré sa foi à Jésus, lorsqu’il annonce qu’il devra souffrir et être condamné à mort, il rejette cette perspective qu’il considère comme incompatible avec le Messie. Il se sent même obligé de faire des reproches au Maître, qui à son tour s’adresse à lui : « Passe derrière moi, Satan! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes!» (v. 23).
Réfléchissons-y : ne nous arrive-t-il pas la même chose ? Nous répétons le Credo, nous le disons avec foi ; mais face aux épreuves difficiles de la vie, il semble que tout vacille. Nous sommes amenés à protester auprès du Seigneur, en lui disant que ce n’est pas juste, qu’il doit y avoir d’autres voies, plus simples, moins fatigantes. Nous vivons le déchirement du croyant, qui croit en Jésus, lui fait confiance ; mais en même temps, il sent qu’il est difficile de le suivre et il est tenté de chercher d’autres voies que celles du Maître. Saint Pierre a vécu ce drame intérieur, et il lui a fallu du temps et de la maturation. Au début, il était horrifié à l’idée de la croix ; mais à la fin de sa vie, il témoigna du Seigneur avec courage, au point d’être crucifié — selon la tradition — la tête en bas, pour ne pas être l’égal du Maître.
L’apôtre Paul lui aussi a son propre parcours, lui aussi a traversé une lente maturation de la foi, en traversant des moments d’incertitude et de doute. L’apparition du Ressuscité sur le chemin de Damas, qui en tant que persécuteur le fit devenir chrétien, doit être considérée comme le début d’un parcours au cours duquel l’Apôtre a surmonté les crises, les échecs et les tourments continus de ce qu’il appelle « écharde dans la chair » (cf. 2 Co 12, 7). Le chemin de foi n’est jamais une promenade, pour personne, ni pour Pierre, ni pour Paul, ni pour aucun chrétien. Le chemin de la foi n’est pas une promenade de santé, mais il est exigeant, parfois difficile : Paul lui aussi, devenu chrétien, a dû apprendre à l’être jusqu’au bout de manière graduelle, surtout à travers les moments d’épreuve.
A la lumière de cette expérience des saints apôtres Pierre et Paul, chacun de nous peut se demander : lorsque je professe ma foi en Jésus Christ, le Fils de Dieu, je le fais avec la conscience de devoir toujours apprendre, ou est-ce que je présume que « j’ai déjà tout compris »? Et encore : dans les difficultés et les épreuves, est-ce que je me décourage, est-ce que je me plains, ou est-ce que j’apprends à en faire une occasion de grandir dans la confiance au Seigneur ? En effet — écrit Paul à Timothée — il nous libère de tout mal et nous conduit en sécurité au ciel (cf. 2 Tm 4, 18). Que la Vierge Marie, Reine des Apôtres, nous apprenne à les imiter en avançant de jour en jour sur le chemin de la foi.









ANGÉLUS, Dimanche 3 juillet 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans l'Evangile de la liturgie de ce dimanche, nous lisons que « le Seigneur nomma soixante-douze autres [disciples] et les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et tous les lieux où il allait » (Lc 10, 1). Les disciples ont été envoyés deux par deux, pas individuellement. Partir en mission deux par deux, d'un point de vue pratique, semble avoir plus d'inconvénients que d'avantages. Il y a un risque que les deux ne s'entendent pas, qu'ils aient un rythme différent, que l'un se fatigue ou tombe malade en cours de route, obligeant l'autre à s'arrêter aussi. En revanche, lorsque vous êtes seul, il semble que le trajet devienne plus rapide et plus fluide. Pourtant, Jésus ne le pense pas : devant lui, il n'envoie pas des solitaires, mais des disciples qui vont deux par deux. Mais posons-nous une question : quelle est la raison de ce choix du Seigneur ?
La tâche des disciples est d'avancer dans les villages et de préparer les gens à accueillir Jésus ; et les instructions qu'Il leur donne ne portent pas tant sur ce qu'ils doivent dire que sur la manière dont ils doivent être : c'est-à-dire, pas sur le « livret » qu'ils doivent dire, non ; sur le témoignage de vie, le témoignage à rendre plus que sur les paroles à dire. En fait, il les définit comme des travailleurs : c'est-à-dire qu'ils sont appelés à travailler, à évangéliser par leur comportement. Et la première action concrète avec laquelle les disciples accomplissent leur mission est précisément celle d'aller deux par deux. Les disciples ne sont pas des « batteurs libres », des prédicateurs qui ne savent pas donner la parole à l'autre. C'est surtout la vie même des disciples qui annonce l’Evangile : leur savoir rester ensemble, leur respect mutuel, leur refus de se montrer plus capables que l'autre, la référence unanime à l'unique Maître.
Des plans pastoraux parfaits peuvent être élaborés, des projets bien faits mis en œuvre, organisés jusque dans les moindres détails ; vous pouvez convoquer des foules et disposer de nombreux moyens ; mais s'il n'y a pas de disponibilité à la fraternité, la mission évangélique n'avance pas. Une fois, un missionnaire raconta être parti pour l'Afrique avec un confrère. Après un certain temps, cependant, elle s'est séparée de lui, s'arrêtant dans un village où il a mené avec succès une série d'activités de construction pour le bien de la communauté. Tout a bien fonctionné. Mais un jour, il a eu un sursaut : il s'est rendu compte que sa vie était celle d'un bon homme d'affaires, toujours au milieu des chantiers et des papiers comptables ! Mais... et le « mais » est resté là. Puis il laissa la direction à d'autres, aux laïcs, et rejoignit son frère. Il a ainsi compris pourquoi le Seigneur avait envoyé les disciples « deux par deux »: la mission évangélisatrice n'est pas basée sur l'activisme personnel, c'est-à-dire sur le «faire», mais sur le témoignage de l'amour fraternel, aussi à travers les difficultés que comporte le vivre ensemble.
Nous pouvons donc nous demander : comment partager la bonne nouvelle de l'Evangile avec les autres ? Le faisons-nous avec un esprit et un style fraternel, ou à la manière du monde, avec leadership, compétitivité et efficacité ? Demandons-nous si nous avons la capacité de collaborer, si nous savons prendre des décisions ensemble, en respectant sincèrement ceux qui nous entourent et en tenant compte de leur point de vue, si nous le faisons en communauté, pas seul. En effet, c'est surtout ainsi que la vie du disciple révèle celle du Maître, l'annonçant réellement aux autres.
Que la Vierge Marie, Mère de l'Eglise, nous enseigne à préparer le chemin du Seigneur par le témoignage de la fraternité.









ANGÉLUS, Dimanche 10 juillet 2022
Chers frères et sœurs, bonjour !
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui raconte la parabole du bon Samaritain (cf. Lc 10, 25-37); nous la connaissons tous. Sur le fond, on trouve la route qui descend de Jérusalem à Jéricho, le long de laquelle gît un homme battu à mort et pillé par des brigands. Un prêtre qui passe, le voit, mais ne s’arrête pas, il passe ; un lévite qui passe, c’est-à-dire un adorateur dans le temple, agit de la même manière. « En revanche, un Samaritain — dit l’Evangile — qui était en voyage, passant près de lui, le vit et eut pitié de lui » (v. 33). N’oubliez pas ces mots : «Il avait de la compassion pour lui»; c’est ce que Dieu entend chaque fois qu’il nous voit dans un problème, dans un péché, dans la misère: «Il avait de la compassion pour lui». L’Evangéliste tient à souligner que le Samaritain était en voyage. Donc, ce Samaritain, bien qu’il ait ses projets et qu’il soit dirigé vers un but lointain, ne trouve pas d’excuses et se laisse interpeller, il se laisse interpeller par ce qui se passe en cours de route. Réfléchissons-y : Le Seigneur ne nous enseigne-t-il pas à faire exactement cela ? A regarder loin devant, vers l’objectif final, tout en portant une attention particulière aux étapes à franchir, ici et maintenant, pour y arriver.
Il est significatif que les premiers chrétiens aient été appelés « adeptes de la Voie » (cf. Ac 9, 2) c’est-à-dire du chemin. En fait, le croyant ressemble beaucoup au Samaritain : comme lui, il est en voyage, c’est un voyageur. Il sait qu’il n’est pas une personne « arrivée », mais veut apprendre chaque jour, à la suite du Seigneur Jésus, qui a dit «Je suis le chemin , la vérité  et la vie  » (Jn 14, 6). Je suis le chemin : le disciple du Christ marche à sa suite, et devient ainsi un « adepte de la Voie ». Il va après le Seigneur, qui n’est pas sédentaire, mais toujours en mouvement : sur la route, il rencontre les gens, guérit les malades, visite les villages et les villes. C’est ce que fit le Seigneur, toujours en chemin.
L’« adepte de la Voie » — c’est-à-dire nous chrétiens — voit donc que sa façon de penser et d’agir change progressivement, devenant de plus en plus conforme à celle du Maître. En marchant dans les traces du Christ, il devient un voyageur, et apprend — comme le Samaritain — à voir et à avoir de la compassion. Il le voit et a de la compassion. Il voit d’abord : il ouvre les yeux sur la réalité, il ne s’enferme pas égoïstement dans le cercle de ses propres pensées. Au lieu de cela, le prêtre et le lévite voient la victime, mais c’est comme s’ils ne la voyaient pas, ils passent, ils détournent le regard. L’Evangile nous éduque à voir : il guide chacun de nous pour comprendre correctement la réalité, en surmontant jour après jour les préjugés et les dogmatismes. Beaucoup de croyants se réfugient dans le dogmatisme pour se défendre de la réalité. Et puis ça nous apprend à suivre Jésus, parce que suivre Jésus nous apprend à avoir de la compassion : à être conscients des autres, surtout ceux qui souffrent, ceux qui en ont le plus besoin. Et d’intervenir comme le Samaritain : ne pas aller plus loin, mais s’arrêter.
Devant cette parabole évangélique il peut arriver de se culpabiliser ou de pointer du doigt les autres en les comparant au prêtre et au lévite : « Mais ceux-ci ou ceux-là poursuivent leur route, ils ne s’arrêtent pas !», ou de se culpabiliser eux-mêmes en énumérant leur manque d’attention envers le prochain. Mais je voudrais vous suggérer un autre type d’exercice. Pas pour nous culpabiliser, non ; bien sûr, nous devons reconnaître quand nous avons été indifférents et nous nous sommes justifiés, mais ne nous arrêtons pas là. Il faut le reconnaître, c’est une erreur, mais nous demandons au Seigneur de nous sortir de notre indifférence égoïste et de nous mettre sur la Voie. Demandons-lui de voir et d’avoir de la compassion. C’est une grâce, il faut la demander au Seigneur : « Seigneur, que je voie, que j’aie pitié, comme tu me vois et tu as compassion de moi ». C’est la prière que je vous propose aujourd’hui : « Seigneur, que je voie, que j’aie pitié, comme tu me vois et aie pitié de moi ». Puissions-nous avoir de la compassion pour ceux que nous rencontrons en cours de route, en particulier ceux qui souffrent et sont dans le besoin, pour nous approcher et faire ce que nous pouvons pour donner un coup de main.
Souvent, lorsque je me trouve avec un chrétien ou une chrétienne qui vient parler de choses spirituelles, je lui demande s’il fait l’aumône. « Oui », me dit-il — « Et, dis-moi, tu touches la main de la personne à qui tu donnes la pièce ?» — « Non, non, je vais le jeter là ». — « Et tu regardes cette personne dans les yeux ?» — « Non, ça ne me vient pas à l’esprit ». Si vous faites l’aumône sans toucher la réalité, sans regarder dans les yeux la personne dans le besoin, cette aumône est pour vous, pas pour elle. Pensez à ceci : « Je touche les misères, même ces misères que j’aide ? Je regarde les yeux des gens qui souffrent, des gens que j’aide ?». Je vous laisse cette pensée : voir et avoir de la compassion.
Que la Vierge Marie nous accompagne sur ce chemin de croissance. Que celle qui « nous montre la Voie » c’est-à-dire Jésus, nous aide aussi à devenir toujours plus «adeptes de la Voie».









ANGÉLUS, Dimanche 17 juillet 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’Evangile de la Liturgie de ce dimanche nous présente une scène domestique animée avec Marthe et Marie, deux sœurs, qui offrent l’hospitalité à Jésus dans leur maison (cf. Lc 10, 38-42). Marthe s’affaire immédiatement pour accueillir son invité, tandis que Marie s’assied aux pieds de Jésus pour l’écouter. Marthe s’adresse alors au Maître et lui demande de dire à Marie de l’aider. La plainte de Marthe ne semble pas injustifiée ; nous aurions d’ailleurs tendance à lui donner raison. Pourtant, Jésus lui répond : « Marthe, Marthe, tu te soucies et t’agites pour beaucoup de choses ; pourtant il en faut peu, une seule même. C’est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée » (Lc 10, 41-42). Mais Jésus renverse souvent notre façon de penser. Demandons-nous pourquoi, bien qu’appréciant l’attention généreuse de Marthe, il affirme qu’il faut préférer l’attitude de Marie.
La « philosophie » de Marthe semble la suivante : d’abord le devoir, puis le plaisir. En effet, l’hospitalité n’est pas faite de belles paroles, mais exige que l’on se mette aux fourneaux, que l’on se prodigue pour que l’hôte puisse se sentir bien accueilli. Cela, Jésus le sait très bien. Et, de fait, il reconnaît l’engagement de Marthe. Mais il lui veut faire comprendre qu’il y a un ordre de priorité nouveau, différent de celui qu’elle avait suivi jusqu’à présent. Marie a perçu qu’il y avait une « meilleure part », à laquelle il faut donner la première place. Tout le reste vient après, comme un cours d’eau qui jaillit de la source.    Et ainsi, nous nous demandons : qu’est-ce que cette « meilleure part » ? C’est l’écoute des paroles de Jésus. L’Evangile dit : « Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole » (v. 39). Notons : elle n’écoutait pas debout, en faisant autre chose, mais elle s’était assise aux pieds de Jésus. Elle a compris que ce n’est pas un invité comme les autres. A première vue, il semble qu’il soit venu pour recevoir, parce qu’il a besoin de nourriture et d’un logis, mais en réalité, le Maître est venu se donner lui-même à travers sa parole.
La parole de Jésus n’est pas abstraite, c’est un enseignement qui touche et façonne la vie, la change, la libère des lourdeurs du mal, comble et diffuse une joie qui ne passe pas : la parole de Jésus est la meilleure part, celle qu’avait choisie Marie. C’est pourquoi elle lui donne la première place : elle s’arrête et l’écoute. Le reste viendra après. Cela n’ôte rien à la valeur de l’engagement pratique, mais celui-ci ne doit pas précéder, mais découler de l’écoute de la parole de Jésus, il doit être animé par son Esprit. Sinon, il se réduit à s’essouffler et à s’agiter pour beaucoup de choses, il se réduit à un activisme stérile.
Frères et sœurs, profitons de ce temps de vacances pour nous arrêter et nous placer à l’écoute de Jésus. Aujourd’hui, nous avons toujours plus de mal à trouver des moments libres pour méditer. Pour de nombreuses personnes, les rythmes de travail sont frénétiques, épuisants. La période de l’été peut être précieuse également pour ouvrir l’Evangile et le lire lentement, sans hâte, un passage chaque jour, un petit passage de l’Evangile. Et cela fait entrer dans cette dynamique de Jésus. Laissons-nous interroger par ces pages, demandons-nous comment va notre vie, ma vie, si elle est conforme à ce que dit Jésus ou pas tellement. En particulier, demandons-nous : quand je commence la journée, est-ce que je me plonge dans les choses à faire, ou bien est-ce que je cherche avant l’inspiration dans la Parole de Dieu ? Parfois, nous commençons les jours de façon automatique, à faire les choses... comme les poules. Non. Nous devons commencer les journées avant tout en regardant le Seigneur, en écoutant sa Parole, brève, mais qu’elle soit l’inspiration de la journée. Si le matin, nous sortons de chez nous en ayant à l’esprit une parole de Jésus, notre journée acquerra assurément un ton marqué par cette parole, qui a le pouvoir d’orienter nos actions selon ce que veut le Seigneur.  
Que la Vierge Marie nous enseigne à choisir la meilleure part, qui ne nous sera jamais enlevée.