ANGÉLUS, Dimanche 31 juillet 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans l’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui, un homme demande à Jésus: «Maître, dis à mon frère de partager avec moi l’héritage» (Lc 12, 13). C’est une situation très courante, des problèmes semblables sont encore à l’ordre du jour: combien de frères et sœurs, combien de membres d’une même famille, malheureusement, se disputent et ne se parlent peut-être plus à cause d’un héritage!
En répondant à l’homme, Jésus n’entre pas dans les détails, mais va à la racine des divisions causées par la possession des choses et dit clairement: «Gardez-vous de toute cupidité» (v. 15). Qu’est-ce que la cupidité? C’est l’avidité effrénée pour les possessions, vouloir être toujours plus riche. C’est une maladie qui détruit les personnes, car la soif de possession crée une dépendance. Surtout, ceux qui ont beaucoup ne se contentent jamais: ils veulent toujours plus, et uniquement pour eux-mêmes. Mais ainsi, ils ne sont plus libres: ils sont attachés, esclaves de ce qui paradoxalement était censé leur servir pour vivre libres et sereins. Plutôt que de se servir de l’argent, ils deviennent serviteurs de l’argent. Mais la cupidité est aussi une maladie dangereuse également pour la société: à cause d’elle, nous avons atteint aujourd’hui d’autres paradoxes, une injustice jamais vue auparavant dans l’histoire, où peu de personnes ont beaucoup et beaucoup ont peu ou rien. Pensons également aux guerres et aux conflits: la soif de ressources et de richesses fait presque toujours partie des causes. Que d’intérêts y a-t-il derrière une guerre! L’un d’entre eux est certainement le commerce des armes. Ce commerce est un scandale auquel nous ne devons pas et ne pouvons pas nous résigner.
Jésus nous enseigne aujourd’hui qu’au cœur de tout cela il n’y a pas que des puissants, ou certains systèmes économiques: au centre il y a la cupidité qui règne dans le cœur de chacun. Alors, essayons de nous demander: où en suis-je avec mon détachement des possessions, des richesses? Est-ce que je me plains de ce qui me manque ou est-ce que je sais me contenter de ce que j’ai? Suis-je tenté, au nom de l’argent ou des opportunités, de sacrifier les relations et de sacrifier du temps avec les autres? Et encore, arrive-t-il que je sacrifie la légalité et l’honnêteté sur l’autel de la cupidité? J’ai dit «autel», l’autel de la cupidité, mais pourquoi ai-je dit autel? Parce que les biens matériels, l’argent, les richesses, peuvent devenir un culte, une véritable idolâtrie. C’est pourquoi Jésus nous avertit avec des paroles fortes. Il dit qu’on ne peut pas servir deux maîtres, et — soyons attentifs — il ne dit pas Dieu et le diable, non, ni même le bien et le mal, mais Dieu et l’argent (cf. Lc 16, 13). On s’attendrait à ce qu’il dise qu’on ne peut pas servir deux maîtres, Dieu et le diable. Mais il dit: Dieu et l’argent. se servir de l’argent, oui; servir l’argent non: c’est de l’idolâtrie, c’est une offense à Dieu.
Et donc — pourrions-nous penser — on ne peut désirer être riche? Bien sûr que l’on peut, il est même juste de le désirer, il est beau de devenir riches, mais riches selon Dieu! Dieu est le plus riche de tous: Il est riche de compassion, de miséricorde. Sa richesse n’appauvrit personne, elle ne crée pas de querelles et de divisions. C’est une richesse qui aime donner, distribuer, partager. Frères et sœurs, accumuler des biens matériels ne suffit pas pour bien vivre, car — dit encore Jésus — la vie ne dépend pas de ce que l’on possède (cf. Lc 12, 15). Elle dépend plutôt des bonnes relations: avec Dieu, avec les autres et aussi avec ceux qui ont moins. Alors, nous nous demandons: et moi, comment est-ce que je veux devenir riche? Est-ce que je veux m’enrichir selon Dieu ou selon ma cupidité? Et, en revenant au thème de l’héritage, quel héritage est-ce que je veux laisser? De l’argent en banque, des choses matérielles ou des gens heureux autour de moi, de bonnes œuvres qui ne sont pas oubliées, des gens que j’ai aidées à grandir et à mûrir?
Que la Vierge nous aide à comprendre quels sont les vrais biens de la vie, ceux qui restent pour toujours.
ANGÉLUS, Dimanche 7 août 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans l’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui, Jésus parle aux disciples pour les rassurer de toute crainte et les inviter à la vigilance. Il leur adresse deux exhortations fondamentales: la première est «sois sans peur, petit troupeau» (Lc 12, 32); la seconde est «soyez prêts» (v. 35). «Soyez sans peur» et «soyez prêts». Ce sont deux mots-clés pour vaincre les peurs qui nous paralysent parfois et pour surmonter la tentation d’une vie passive, endormie. «Soyez sans peur» et -«soyez prêts». Arrêtons-nous sur ces deux invitations.
Soyez sans peur. Tout d’abord, Jésus encourage les disciples. Il vient de leur parler de l’attention affectueuse et de la sollicitude du Père, qui se préoccupe des lys des champs et des oiseaux du ciel, et donc à plus forte raison de ses enfants. Il n’y a donc pas lieu de s’inquiéter et de se tourmenter: notre histoire est fermement entre les mains de Dieu. Cette invitation de Jésus à ne pas avoir peur nous réconforte. Parfois, en effet, nous nous sentons emprisonnés dans un sentiment de méfiance et d’angoisse: c’est la peur de ne pas réussir, de ne pas être reconnus et aimés, la peur de ne pas réussir à réaliser nos projets, de ne jamais être heureux, et ainsi de suite. Nous nous efforçons donc de trouver des solutions, de trouver un espace dans lequel émerger, d’accumuler des biens et des richesses, pour obtenir la sécurité; et comment finissons-nous? Nous finissons par vivre dans une anxiété et une préoccupation constantes. Jésus, au contraire, nous rassure: n’ayez pas peur! Faites confiance au Père, qui désire vous donner tout ce dont vous avez réellement besoin. Il vous a déjà donné son Fils, son Royaume, et il vous accompagne toujours de sa providence, en prenant soin de vous chaque jour. Soyez sans peur: telle est la certitude à laquelle il faut attacher son cœur! Soyez sans crainte: un cœur attaché sur cette certitude. Soyez sans peur.
Mais savoir que le Seigneur veille avec amour sur nous ne nous autorise pas à dormir, à nous laisser aller à la paresse! Au contraire, nous devons être éveillés, vigilants. Aimer signifie en effet être attentifs à l’autre, se rendre compte de ses besoins, être disponibles à écouter et à accueillir, être prêts.
Le deuxième mot: «Soyez prêts». C’est la deuxième invitation d’aujourd’hui. C’est la sagesse chrétienne. Jésus répète cette invitation à plusieurs reprises, et aujourd’hui il le fait à travers trois brèves paraboles, centrées sur un maître de maison qui, dans la première, revient soudainement des noces, dans la deuxième ne veut pas se laisser surprendre par des voleurs, et dans la troisième revient d’un long voyage. Dans tous les cas, le message est le suivant: il faut être éveillés, ne pas s’endormir, c’est-à-dire ne pas se laisser distraire, ne pas céder à la paresse intérieure, car, même dans les situations où nous ne nous y attendons pas, le Seigneur vient. Avoir cette attention à l’égard du Seigneur, ne pas être endormis. Il faut être éveillés.
Et à la fin de notre vie, il nous demandera de rendre compte des biens qu’il nous a confiés; par conséquent, être vigilant signifie aussi être responsables, c’est-à-dire garder et administrer fidèlement ces biens. Nous avons reçu beaucoup de choses: la vie, la foi, la famille, les relations, le travail, mais aussi les lieux où nous vivons, notre ville, la création. Nous avons reçu tant de choses. Essayons de nous demander: prenons-nous soin de ce patrimoine que le Seigneur nous a laissé? Sommes-nous les gardiens de cette beauté ou l’utilisons-nous uniquement pour nous et pour nos commodités du moment? Nous devons réfléchir un peu à cela: sommes-nous les gardiens de ce qui nous a été donné?
Frères et sœurs, marchons sans peur, dans la certitude que le Seigneur nous accompagne toujours. Et restons éveillés, afin qu’il ne nous arrive pas de nous endormir tandis que le Seigneur passe. Saint Augustin disait: «J’ai peur que le Seigneur passe et que je ne m’en aperçoive pas»; d’être endormi et de ne pas m’apercevoir que le Seigneur passe. Soyez éveillés! Que la Vierge Marie nous aide, elle qui a accueilli la visite du Seigneur et qui, avec empressement et générosité, a dit son «me voici».
ANGÉLUS, Dimanche 14 août 2022
Dans l’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui, il y a une expression de Jésus qui nous frappe et nous interpelle toujours. Alors qu’il marche avec ses disciples, il dit: «Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé!» (Lc 12, 49). De quel feu parle-t-il ? Et quel est le sens de ces paroles pour nous aujourd’hui, ce feu que Jésus apporte?
Comme nous le savons, Jésus est venu apporter au monde l’Evangile, c’est-à-dire la bonne nouvelle de l’amour de Dieu pour chacun de nous. Il nous dit donc que l’Evangile est comme un feu, car c’est un message qui, lorsqu’il fait irruption dans l’histoire, brûle les anciens équilibres de vie, appelle à sortir de l’individualisme, appelle à vaincre l’égoïsme, appelle à passer de l’esclavage du péché et de la mort à la nouvelle vie du Ressuscité, de Jésus Ressuscité. En d’autres termes, l’Evangile ne laisse pas les choses telles qu’elles sont; quand l’Evangile passe, qu’il est écouté et reçu, les choses ne restent pas comme elles sont. L’Evangile provoque le changement et invite à la conversion. Il ne dispense pas une fausse paix intimiste, mais suscite une inquiétude qui nous met en mouvement, et nous pousse à nous ouvrir à Dieu et à nos frères. C’est précisément comme le feu: tandis qu’il nous réchauffe avec l’amour de Dieu, il veut brûler notre égoïsme, éclairer les côtés obscurs de la vie — nous en avons tous! — consommer les fausses idoles qui nous rendent esclaves.
Dans le sillage des prophètes bibliques — pensez, par exemple, à Elie et à Jérémie — Jésus est enflammé par l’amour de Dieu et, pour le répandre dans le monde, il se dépense en personne, en aimant jusqu’à la fin, c’est-à-dire jusqu’à la mort et la mort sur la croix (cf. Ph 2, 8 ). Il est rempli de l’Esprit Saint, qui est comparé au feu, et avec sa lumière et sa force, il dévoile le visage mystérieux de Dieu et donne la plénitude à ceux qui sont considérés comme perdus, abat les barrières de la marginalisation, guérit les blessures du corps et l’âme, et renouvelle une religiosité réduite à des pratiques extérieures. C’est pourquoi il est feu: il change, il purifie.
Que signifie alors pour nous, pour chacun de nous — pour moi, pour vous, pour toi — que signifie pour nous cette parole de Jésus sur le feu? Elle nous invite à raviver la flamme de la foi, afin qu’elle ne devienne pas une réalité secondaire, ou un moyen de bien-être individuel, nous permettant d’échapper aux défis de la vie ou à l’engagement dans l’Eglise et la société. En effet — comme le disait un théologien — la foi en Dieu «nous rassure, mais pas comme nous le voudrions: c’est-à-dire pas pour nous procurer une illusion paralysante, ou une satisfaction béate, mais pour nous permettre d’agir» (De Lubac, La Découverte de Dieu). En somme, la foi n’est pas une «berceuse» qui nous fait nous endormir. La vraie foi est un feu, un feu allumé pour nous garder éveillés et actifs même la nuit!
Et alors, nous pouvons nous demander: suis-je passionné par l’Evangile? Est-ce que je lis souvent l’Evangile? Est-ce que je le porte avec moi? La foi que je professe et que je célèbre me conduit-elle à une tranquillité béate ou attise-t-elle en moi le feu du témoignage? On peut aussi se poser cette question comme Eglise: dans nos communautés, le feu de l’Esprit, la passion de la prière et de la charité, la joie de la foi brûlent-ils? Ou bien nous traînons-nous dans la lassitude et l’habitude, le visage abattu, la lamentation aux lèvres et les commérages quotidiens? Frères et sœurs, faisons un examen sur cela, afin que nous aussi puissions dire, comme Jésus: nous sommes enflammés du feu de l’amour de Dieu, et nous voulons le «répandre» dans le monde, le porter à tous, afin que chacun découvre la tendresse du Père et fasse l’expérience de la joie de Jésus qui agrandit le cœur — et Jésus agrandit le cœur! — et rend la vie belle. Prions pour cela la Sainte Vierge: qu’Elle, qui a accueilli le feu de l’Esprit Saint, intercède pour nous.
ANGÉLUS, SOLENNITÉ DE L'ASSOMPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE
Aujourd’hui, solennité de l’Assomp-tion de la Bienheureuse Vierge Marie, l’Evangile nous propose le dialogue entre elle et sa cousine Elisabeth. Lors-que Marie entre dans la maison et salue Elisabeth, celle-ci lui dit: «Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein!» (Lc 1, 42). Ces paroles, pleines de foi, de joie et d’émerveillement, sont devenues une partie du «Je vous salue Marie». Chaque fois que nous récitons cette prière très belle et familière, nous faisons comme Elisabeth: nous saluons Marie, nous la bénissons, car elle nous apporte Jésus.
Marie accueille la bénédiction d’Elisabeth et répond par un cantique, un don pour nous, pour toute l’histoire: le Magnificat. C’est un chant de louange que l’on pourrait définir comme «le cantique de l’espoir». C’est un hymne de louange et d’exultation pour les grandes choses que le Seigneur a faites en elle, mais Marie va plus loin: elle contemple l’œuvre de Dieu à travers l’histoire de son peuple. Il dit, par exemple, que le Seigneur «a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles, il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides» (vv. 52-53). En écoutant ces paroles, on pourrait se demander: la Vierge n’exagère-t-elle pas un peu, en décrivant un monde qui n’existe pas? En effet, ce qu’elle dit ne semble pas correspondre à la réalité; tandis qu’elle parle, les puissants de l’époque n’ont pas été renversés: le redoutable Hérode, par exemple, est fermement sur son trône. Et même les pauvres et les affamés le restent, tandis que les riches continuent de prospérer.
Que signifie ce cantique de Marie? Quel est son sens? Elle ne veut pas faire la chronique des temps — elle n’est pas journaliste — mais nous dire quelque chose de beaucoup plus important: que Dieu, à travers elle, a inauguré un tournant historique, a définitivement établi un nouvel ordre des choses. Elle, petite et humble, a été élevée et — nous le célébrons aujourd’hui — portée à la gloire du Ciel, tandis que les puissants du monde sont destinés à rester les mains vides. Pensez à la parabole de cet homme riche qui avait un mendiant, Lazare, devant sa porte. Comment cela s’est-il terminé? Les mains vides. Autrement dit, la Vierge annonce un changement radical, un renversement des valeurs. En s’entretenant avec Elisabeth, portant Jésus en son sein, elle anticipe ce que dira son Fils, quand il proclamera bienheureux les pauvres et les humbles et mettra en garde les riches et ceux qui comptent sur leur propre autosuffisance. La Vierge prophétise donc avec ce cantique, avec cette prière: elle prophétise que ce ne sont pas le pouvoir, le succès et l’argent qui comptent le plus, mais le service, l’humilité, l’amour. Et en la regardant dans la gloire, nous comprenons que le vrai pouvoir, est le service — ne l’oublions pas: le vrai pouvoir, est le service — et régner, signifie aimer. Et que c’est le chemin vers le Ciel.
Alors, en nous regardant, nous pouvons nous demander: ce renversement annoncé par Marie affecte-t-il ma vie? Est-ce que je crois qu’aimer c’est régner et servir c’est le pouvoir? est-ce que je crois que le but de ma vie est le Ciel, est le paradis? Ou est-ce que je ne me préoccupe que de passer du bon temps ici-bas, est-ce que je ne me préoccupe que des choses terrestres et matérielles? Et encore, en observant les événements du monde, est-ce que je me laisse aller au pessimisme ou, comme la Vierge, est-ce que je sais voir l’œuvre de Dieu qui, à travers la douceur et la petitesse, accomplit de grandes choses? Frères et sœurs, Marie aujourd’hui chante l’espérance et ravive en nous l’espérance, en elle nous voyons le but du chemin: elle est la première créature qui, de tout son être, corps et âme, franchit le but du Ciel en vainqueur. Cela nous montre que le Ceil est à portée de main. Comment cela? Oui, le Ciel est à portée de main si nous aussi nous ne cédons pas au péché, nous louons Dieu avec humilité et servons généreusement les autres. Ne pas céder au péché; mais quelqu’un peut dire: «Mais, Père, je suis faible» — «Mais le Seigneur est toujours près de toi, parce qu’il est miséricordieux». N’oubliez pas quel est le style de Dieu: proximité, compassion et tendresse; Il est toujours proche de nous avec son style. Notre Mère nous prend par la main, nous accompagne vers la gloire, nous invite à nous réjouir en pensant au paradis. Bénissons Marie par notre prière et demandons-lui un regard capable d’entrevoir le Ciel sur la terre.
ANGÉLUS, Dimanche 21 août 2022
Chers frères et sœurs, bon dimanche!
Dans le passage de l’Evangile de Luc de la liturgie de ce dimanche, quelqu’un demande à Jésus: «Y en a-t-il peu qui soient sauvés?». Et le Seigneur répond: «Luttez pour entrer par la porte étroite» (Lc 13, 24). La porte étroite est une image qui pourrait nous effrayer, comme si le salut n’était destiné qu’à quelques élus ou aux parfaits. Mais cela contredit ce que Jésus nous a enseigné à plusieurs reprises; et en effet, un peu plus loin, il affirme: «Et l’on viendra du levant et du couchant, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu» (v. 29). Cette porte est donc étroite, mais elle est ouverte à tous! N’oubliez pas ceci: à tous! La porte est ouverte à tous!
Mais pour mieux comprendre cette porte étroite, il faut se demander ce qu’elle est. Jésus prend l’image de la vie de l’époque et fait sans doute référence au fait que, le soir venu, les portes de la ville étaient fermées et qu’une seule, plus petite et plus étroite, restait ouverte: pour rentrer chez soi on ne pouvait que passer par là.
Pensons alors au moment où Jésus dit : «Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé» (Jn 10, 9). Il veut nous dire que pour entrer dans la vie de Dieu, dans le salut, il faut passer par lui, non par un autre, par lui; l’accueillir lui et sa Parole. De même que pour entrer dans la ville il fallait se «mesurer » avec la seule porte étroite laissée ouverte, ainsi, celle du chrétien est une vie «à la mesure du Christ », fondée et modelée sur lui. Cela signifie que le mètre de mesure est Jésus et son Evangile: non pas ce que nous pensons nous, mais ce qu’il nous dit. Et alors c’est une porte étroite non pas parce qu’elle est destinée à quelques-uns, non, mais parce qu’être de Jésus, signifie le suivre, engager sa vie dans l’amour, le service et le don de soi comme lui, qui est passé par la porte étroite de la croix. Entrer dans le projet de vie que Dieu nous propose nous demande de restreindre l’espace de l’égoïsme, de réduire la présomption d’autosuffisance, d’abaisser les sommets de l’orgueil et de l’arrogance et de vaincre la paresse pour franchir le risque de l’amour, même quand cela comporte la croix.
Pensons, pour être concrets, aux gestes quotidiens d’amour que nous accomplissons difficilement: pensons aux parents qui se consacrent à leurs enfants en faisant des sacrifices et en renonçant à avoir du temps pour eux-mêmes; à ceux qui s’occupent des autres et pas seulement de leurs propres intérêts: combien de personnes sont comme ça, bonnes; pensons à ceux qui se dépensent au service des personnes âgées, des plus pauvres et des plus fragiles; pensons à ceux qui continuent à travailler avec engagement, endurant des difficultés et peut-être des incompréhensions; pensons à ceux qui souffrent à cause de la foi, mais qui continuent de prier et d’aimer; pensons à ceux qui, au lieu de suivre leurs propres instincts, répondent au mal par le bien, trouvent la force de pardonner et le courage de recommencer. Ce ne sont là que quelques exemples de personnes qui ne choisissent pas la porte large de leur propre confort, mais la porte étroite de Jésus, d’une vie passée dans l’amour. Ceux-ci, dit le Seigneur aujourd’hui, seront reconnus par le Père bien plus que ceux qui croient qu’ils ont déjà été sauvés et, en réalité, dans la vie, ils «commettent l’injustice» (Lc 13, 27).
Frères et sœurs, et nous, de quel côté voulons-nous être? Préférons-nous la facilité de ne penser qu’à nous-mêmes ou choisissons-nous la porte étroite de l’Evangile, qui ébranle nos égoïsmes mais nous rend capables d’accueillir la vraie vie qui vient de Dieu et qui nous rend heureux? De quel côté sommes-nous? Que la Vierge, qui a suivi Jésus jusqu’à la croix, nous aide à mesurer notre vie sur Lui, pour entrer dans la vie pleine et éternelle.
ANGÉLUS, Dimanche 11 septembre 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
L'Evangile de la liturgie d'aujourd'hui nous présente les trois paraboles de la miséricorde (cf. Lc 15, 4-32); on les appelle ainsi parce qu'elles manifestent le cœur miséricordieux de Dieu. Jésus les raconte pour répondre aux pharisiens et aux scribes qui murmurent : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux !» (v. 2). Ils étaient scandalisés parce que Jésus était parmi les pécheurs. Si cela est religieusement scandaleux pour eux, Jésus, en accueillant les pécheurs et en mangeant avec eux, nous révèle que Dieu est précisément ainsi : Dieu n'exclut personne, il désire tout le monde à son banquet, car il aime tout le monde comme des enfants, tout le monde, tous, sans aucune exception, tous. Les trois paraboles résument alors le cœur de l’Evangile : Dieu est Père et il vient nous chercher chaque fois que nous sommes perdus.
En effet, les protagonistes des paraboles, qui représentent Dieu, sont un berger qui cherche la brebis perdue, une femme qui retrouve la pièce perdue et le père du fils prodigue. Arrêtons-nous sur un aspect commun à ces trois protagonistes. Tous les trois, au fond, ont un aspect commun, que l'on pourrait définir ainsi : la préoccupation pour le manque — que la brebis te manque, que la pièce de monnaie te manque, que le fils te manque — ; la préoccupation pour le manque, tous les trois dans ces paraboles sont préoccupés parce qu'il leur manque quelque chose. Tous les trois, après tout, s'ils faisaient quelques calculs, pourraient être tranquilles : il manque une brebis au berger, mais il en a quatre-vingt-dix-neuf autres — « Qu’elle se perde... » — ; il manque à la femme une pièce de monnaie, mais elle en a neuf autres ; et le Père aussi a un autre fils, obéissant, à qui se consacrer : pourquoi penser à celui qui est parti mener une vie licencieuse ? Au lieu de cela, dans leurs cœurs — du berger, de la femme et du père — il y a la préoccupation pour ce qui manque : la brebis, la pièce de monnaie, le fils qui est parti. Celui qui aime se préoccupe pour ceux qui manquent, il a la nostalgie de qui est absent, il cherche qui s’est égaré, il attend qui est parti. Parce qu'il veut que personne ne soit perdu.
Frères et sœurs, Dieu est ainsi : il n'est pas « tranquille » si nous nous éloignons de lui, il souffre, il tremble au plus profond de lui ; et il se met en route pour venir nous chercher, jusqu'à ce qu'il nous ramène dans ses bras. Le Seigneur ne calcule pas les pertes et les risques, il a un cœur de père et de mère, et souffre de l’absence de ses enfants bien-aimés. « Mais pourquoi souffre-t-il si ce fils est un misérable, qu’il est parti ?». Il souffre, il souffre. Dieu souffre à cause de notre éloignement et, quand nous nous perdons, il attend notre retour. Rappelons-nous : Dieu nous attend toujours à bras ouverts, quelle que soit la situation de vie dans laquelle nous sommes perdus. Comme le dit un psaume, il ne s'endort pas, il veille toujours sur nous (cf. 121, 4-5).
Regardons-nous à présent et demandons-nous : imitons-nous le Seigneur en cela, c'est-à-dire avons-nous la préoccupation pour le manque ? Avons-nous la nostalgie de qui est absent, de qui s’est éloigné de la vie chrétienne ? Portons-nous cette préoccupation intérieure, ou sommes-nous sereins et imperturbables entre nous ? En d'autres termes, ceux qui manquent dans nos communautés, nous manquent-t-ils vraiment, ou faisons-nous semblant et cela ne touche pas nos cœurs ? Qui manque dans ma vie me manque-t-il vraiment ? Ou sommes-nous à l'aise entre nous, tranquilles et bienheureux dans nos groupes — «je fréquente un groupe apostolique, très bien… » —, sans nourrir de compassion pour ceux qui sont loin ? Il ne s'agit pas seulement d'être « ouverts aux autres », c’est l’Evangile ! Le berger de la parabole n'a pas dit : « J’ai déjà quatre-vingt-dix-neuf brebis, pourquoi donc irais-je chercher celle qui est perdue et perdre du temps ?». Au contraire, il est parti. Réfléchissons alors à nos relations : est-ce que je prie pour ceux qui ne croient pas, pour ceux qui sont éloignés, pour ceux qui sont amers ? Attirons-nous ceux qui sont éloignés par le style de Dieu, qui est proximité, compassion et tendresse ? Le Père nous demande d'être attentifs aux enfants qui lui manquent le plus. Pensons à une personne que nous connaissons, qui est à côté de nous et qui n'a peut-être jamais entendu personne lui dire : « Tu sais, tu es important pour Dieu ». « Mais je suis en situation irrégulière, j'ai fait telle mauvaise chose, telle autre chose... » — « Tu es important pour Dieu », dis-le, « tu ne le cherches pas mais lui te cherche ».
Laissons-nous préoccuper — que nous soyons des hommes et des femmes au cœur inquiet — laissons-nous préoccuper par ces interrogations et prions la Vierge, mère qui ne se lasse jamais de nous chercher et de prendre soin de nous, ses enfants.
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ANGÉLUS, Dimanche 18 septembre 2022
Chers frères et sœurs, bonjour !
La parabole que l’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui nous présente (cf. Lc 16, 1-13), nous apparaît un peu difficile à comprendre. Jésus raconte une histoire de corruption : un intendant malhonnête, qui vole puis, découvert par son patron, agit avec ruse pour sortir de cette situation. Nous nous demandons : en quoi consiste cette ruse — l’homme qui l’utilise est corrompu — et que veut nous dire Jésus ?
Il émerge du récit de cet intendant corrompu qu’il finit par avoir des problèmes parce qu’il a dilapidé les biens de son maître : à présent, il devra rendre compte et perdra son travail. Ma lui ne s’avoue pas vaincu, il ne se résigne pas à son destin et n’agit pas en victime ; au contraire, il agit immédiatement avec ruse, il cherche une solution, il est entreprenant. Jésus prend appui sur cette histoire pour nous lancer une première provocation : « Les fils de ce monde — dit-il — sont plus avisés envers leurs propres congénères que les fils de la lumière » (v. 8). C’est-à-dire qu’il arrive que qui agit dans les ténèbres, selon certains critères mondains, sait s’en tirer même dans les difficultés, sait être plus rusé que les autres ; au contraire, les disciples de Jésus, c’est-à-dire nous, sommes parfois endormis, ou bien nous sommes ingénus, nous ne savons pas prendre l’initiative pour chercher une issue dans les difficultés (cf. Evangelii gaudium, n. 24). Par exemple, je pense aux moments de crise personnelle, sociale, mais également ecclésiale : nous nous laissons parfois vaincre par le découragement, ou nous nous laissons aller aux plaintes et à l’apitoiement. Au contraire — dit Jésus — nous pourrions aussi être habiles selon l'Evangile, être alertes et attentifs pour discerner la réalité, être créatifs pour chercher de bonnes solutions, pour nous-mêmes et pour les autres.
Mais il y également un autre enseignement que Jésus nous offre. En effet, en quoi consiste la ruse de l’intendant ? Il décide de faire une ristourne aux débiteurs, ainsi il s’en fait des amis, en espérant qu’ils puissent l’aider quand le maître le chassera. Auparavant, il accumulait les richesses pour lui-même, à présent, il les utilise pour se faire des amis qui l’aideront à l’avenir. Par la même voie, voler. Jésus nous offre alors un enseignement sur l’usage des biens : « Faites-vous des amis avec le malhonnête Argent, afin qu'au jour où il viendra à manquer, ceux-ci vous accueillent dans les tentes éternelles » (v. 9). C’est-à-dire que pour hériter de la vie éternelle, il ne sert à rien d’accumuler les biens de ce monde, mais ce qui compte est la charité qui nous aurons vécue dans nos relations fraternelles. Voilà donc l’invitation de Jésus : n’utilisez pas les biens de ce monde uniquement pour vous-mêmes et pour vos égoïsmes, mais servez-vous en pour établir des amitiés, pour créer de bonnes relations, pour agir dans la charité, pour promouvoir la fraternité et prendre soin des plus faibles.
Frères et sœurs, dans le monde d’aujourd’hui aussi, il existe des histoires de corruption comme celle de l’Evangile ; des conduites malhonnêtes, des politiques iniques, des égoïsmes qui dominent les choix des personnes et des institutions, et tant d’autres situations obscures. Mais à nous, chrétiens, il n’est pas permis de nous décourager, pire encore, de laisser aller, de rester indifférents. Au contraire, nous sommes appelés à être créatifs en faisant le bien, avec la prudence et l’habileté de l’Evangile, en utilisant les biens de ce monde — non seulement ceux matériels, mais tous les dons que nous avons reçus du Seigneur — non pas pour nous enrichir nous-mêmes, mais pour engendrer l’amour fraternel et l’amitié sociale. Cela est très important : engendrer l’amitié sociale par notre comportement.
Prions la Très Sainte Vierge Marie pour qu’elle nous aide à être comme elle pauvres d’esprit et riches de charité réciproque.
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ANGÉLUS, Dimanche 16 octobre 2022
Chers frères et sœurs, bonjours!
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui se termine par une question préoccupée de Jésus : « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?» (Lc 18, 8). Comme pour dire : quand je viendrai à la fin de l’histoire — mais, pouvons-nous penser, même maintenant, à ce moment de la vie — trouverai-je un peu de foi en vous, dans votre monde ? C’est une question sérieuse. Imaginons que le Seigneur vienne aujourd’hui sur terre : il verrait, malheureusement, tant de guerres, tant de pauvreté, tant d’inégalités, et en même temps de grandes conquêtes de la technique, des moyens modernes et des gens qui courent toujours, sans jamais s’arrêter ; mais trouverait-il des personnes qui lui consacrent du temps et de l’affection, qui le mettent au premier plan ? Et surtout, demandons-nous : que trouverait-il en moi, si le Seigneur venait aujourd’hui, que trouverait-il en moi, dans ma vie, dans mon cœur ? Quelles priorités de ma vie verrait-il ?
Souvent, nous nous concentrons sur beaucoup de choses urgentes mais pas nécessaires, nous nous occupons et nous préoccupons de nombreuses réalités secondaires ; et peut-être, sans nous en rendre -compte, négligeons-nous ce qui compte le plus et nous laissons notre amour pour Dieu refroidir, se refroidir peu à peu. Aujourd’hui, Jésus nous offre le remède pour réchauffer une foi tiédie. Et quel est le remède ? La prière. La prière est la médecine de la foi, le reconstituant de l’âme. Il faut, cependant, que ce soit une prière constante. Si nous devons suivre un traitement pour aller mieux, il est important de bien l’observer, de prendre les médicaments de façon et aux moments adéquats, avec constance et régularité. C’est ce qu’il faut en tout dans la vie. Pensons à une plante que nous gardons à la maison : nous devons la nourrir avec constance chaque jour, nous ne pouvons pas l’inonder d’eau et puis la laisser sans eau pendant des semaines ! A plus forte raison pour la prière : on ne peut pas vivre seulement de moments forts ou de rencontres intenses de temps en temps pour ensuite « entrer en hibernation ». Notre foi va s’assécher. Il faut l’eau quotidienne de la prière, il faut un temps dédié à Dieu, afin qu’Il puisse entrer dans notre temps, dans notre histoire ; de moments constants où nous lui ouvrons le cœur, afin qu’Il puisse répandre en nous chaque jour amour, paix, joie, force, espérance ; c’est-à-dire, nourrir notre foi.
C’est pourquoi Jésus parle aujourd’hui « à ses disciples — à tous, pas seulement à quelques-uns ! — de la nécessité de prier sans cesse et de ne pas se décourager » (v. 1). Mais on pourrait objecter : « Mais moi, comment puis-je le faire ? Je ne vis pas dans un couvent, je n’ai pas beaucoup de temps pour prier !». A cette difficulté, qui est vraie, peut peut-être venir en aide une pratique spirituelle savante, que l’on a un peu oubliée aujourd’hui, que nos aînés, surtout les grands-mères, connaissent bien : celle que l’on appelle les jaculatoires. Le nom est un peu désuet, mais la substance est bonne. De quoi s’agit-il ? De très brèves prières, faciles à mémoriser, que nous pouvons répéter souvent pendant la journée, au cours des différentes activités, pour rester « connectés » avec le Seigneur. Prenons quelques exemples. Dès que nous nous réveillons, nous pouvons dire : « Seigneur, je te remercie et je t’offre cette journée » : c’est une petite prière ; puis, avant une activité, nous pouvons répéter : « Viens, Esprit Saint » ; et entre une chose et l’autre, prier ainsi : « Jésus, j’ai confiance en toi, Jésus, je t’aime ». Des petites prières, mais qui nous maintiennent en contact avec le Seigneur. Combien de fois envoyons-nous des « messages » aux personnes que nous aimons ! Faisons-le aussi avec le Seigneur, afin que le cœur reste connecté à Lui. Et n’oublions pas de lire ses réponses. Le Seigneur répond, toujours. Où les trouve-t-on ? Dans l’Evangile, à tenir toujours sous la main et à ouvrir chaque jour quelques fois, pour recevoir une Parole de vie qui nous est adressée.
Et revenons à ce conseil que j’ai donné tant de fois : ayez un petit Evangile de poche, dans votre poche, dans votre sac, et ainsi, quand vous avez une minute, ouvrez et lisez quelque chose, et le Seigneur répondra.
Que la Vierge Marie, fidèle à l’écoute, nous enseigne l’art de toujours prier, sans nous lasser.
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ANGÉLUS, Dimanche 23 octobre 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui nous présente une parabole qui met en scène deux protagonistes, un pharisien et un publicain (cf. Lc 18, 9-14), c’est-à-dire un homme religieux et un pécheur déclaré. Tous deux montent au Temple pour prier, mais seul le publicain s’élève véritablement vers Dieu, parce qu’il descend humblement dans la vérité de lui-même et se présente tel qu’il est, sans masque, avec sa pauvreté. Nous pourrions alors dire que la parabole est comprise entre deux mouvements, exprimés par deux verbes : monter et descendre.
Le premier mouvement est monter. En effet, le texte commence en disant : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier » (v. 10). Cet aspect rappelle de nombreux épisodes de la Bible, où pour rencontrer le Seigneur, on monte vers la montagne de sa présence : Abraham monte sur la montagne pour offrir le sacrifice ; Moïse monte sur le Sinaï pour recevoir les commandements ; Jésus monte sur la montagne, où il est transfiguré. Monter exprime donc le besoin du cœur de se détacher d’une vie plate pour aller à la rencontre du Seigneur ; de s’élever des plaines de notre moi pour monter vers Dieu — se libérer de son moi — ; de rassembler ce que nous vivons dans la vallée pour le présenter devant le Seigneur. C'est ce que signifie « monter », et lorsque nous prions, nous montons.
Mais pour vivre la rencontre avec Lui et être transformés par la prière, pour nous élever vers Dieu, il faut le deuxième mouvement : descendre. Pourquoi ? Qu’est-ce que cela signifie ? Pour monter vers Lui, nous devons descendre en nous : cultiver la sincérité et l’humilité du cœur, qui nous donnent un regard honnête sur nos fragilités et nos pauvretés intérieures. Dans l’humilité, en effet, nous devenons capables de porter à Dieu, sans faux-semblants, ce que nous sommes vraiment, les limites et les blessures, les péchés, les misères qui pèsent sur nos cœurs, et d’invoquer sa miséricorde pour qu’il nous guérisse, nous relève. C'est Lui qui nous relèvera, pas nous. Plus nous descendons dans l’humilité, plus Dieu nous élève.
En effet, le publicain de la parabole se tient humblement à distance (cf. v. 13) — il ne s’approche pas, il a honte —, il demande pardon, et le Seigneur le relève. Au contraire, le pharisien se glorifie, sûr de lui, convaincu qu’il est parfait : debout, il commence à ne parler au Seigneur que de lui-même, à se louer, à énumérer toutes les bonnes œuvres religieuses qu’il accomplit, et il méprise les autres : « Je ne suis pas comme celui-là... » Parce que c’est de l’orgueil spirituel — « Mais, père, pourquoi nous parlez-vous de l’orgueil spirituel ?» Parce que nous risquons tous de tomber dans cela —. Il te porte à te croire bon et à juger les autres. C’est de l’orgueil spirituel : «Je suis bon, je suis meilleur que les autres: celui-ci a une chose, celui-là une autre...». Et ainsi, sans t’en apercevoir, tu adores ton moi et tu effaces ton Dieu. C’est tourner autour de soi. C’est une prière sans humilité.
Frères, sœurs, le pharisien et le publicain nous intéressent de près. En pensant à eux, regardons-nous nous-mêmes : vérifions si en nous, comme chez le pharisien, il y a « l’intime présomption d’être justes » (v. 9) qui nous conduit à mépriser les autres. Cela survient, par exemple, quand nous recherchons les compliments et que nous faisons la liste de nos mérites et de nos bonnes œuvres, quand nous nous préoccupons d’apparaître au lieu d’être, quand nous nous laissons prendre au piège du narcissisme et de l’exhibitionnisme. Faisons attention au narcissisme et à l’exhibitionnisme, fondés sur la vanité qui nous conduisent nous aussi, chrétiens, nous prêtres, nous évêques, à avoir toujours un mot sur les lèvres, quel mot ? « Moi » : « Moi j’ai fait cela, moi j’ai écrit cela, moi je l’avais dit, je l’avais compris avant vous », et ainsi de suite. Là où il y a trop de moi, il y a peu de Dieu. Chez nous, dans mon pays, on appelle ces personnes «je - suis avec moi - pour moi - seulement moi », c’est le nom de ces gens. Et un jour on parlait d’un prêtre qui était comme cela, centré sur lui-même, et les gens en plaisantant disait : « Celui-là quand il encense, il fait le contraire, il s’encense lui-même ». Et ainsi, tu tombes aussi dans le ridicule.
Demandons l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, l’humble servante du Seigneur, image vivante de ce que le Seigneur aime accomplir, en renversant les puissants de leurs trônes et en élevant les humbles (cf. Lc 1, 52).
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ANGÉLUS, Dimanche 30 octobre 2022
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd'hui, dans la liturgie, l'Evangile raconte la rencontre entre Jésus et Zachée, chef des publicains dans la ville de Jéricho (Lc 19, 1-10). Au centre de ce récit se trouve le verbe chercher. Attention, chercher. Zachée « cherchait à voir qui était Jésus » (v. 3) et Jésus, après l'avoir rencontré, affirme : « Le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (v. 10). Arrêtons-nous un peu sur les deux regards que l'on cherche : le regard de Zachée qui cherche Jésus et le regard de Jésus qui cherche Zachée.
Le regard de Zachée. Il s'agit d'un publicain, c'est-à-dire un de ces juifs qui collectaient les impôts pour le compte des dominateurs romains — un traître de la patrie — et profitaient de leur position. Pour cela, Zachée était riche, détesté de tous et désigné comme pécheur. Le texte dit qu’« il était petit de taille » (v. 3) et par cela il fait peut-être allusion aussi à sa bassesse intérieure, à sa vie médiocre, malhonnête, avec le regard toujours tourné vers le bas. Mais l'important est qu'il était petit. Pourtant, Zachée veut voir Jésus. Quelque chose le pousse à le voir. « Il courut en avant — dit l'Evangile — et monta sur un sycomore pour voir Jésus, qui devait passer par là » (v. 4). Il monta sur un sycomore : Zachée, l'homme qui dominait tout, se rend ridicule, emprunte la voie du ridicule pour voir Jésus. Pensons un peu à ce qui se passerait si, par exemple, un ministre de l’économie montait sur un arbre pour regarder autre chose : il court le risque qu’on se moque de lui. Et Zachée a risqué les moqueries pour voir Jésus, il s’est rendu ridicule. Zachée, dans sa bassesse, ressent le besoin de chercher un autre regard, celui du Christ. Il ne le connaît pas encore, mais il attend que quelqu'un le libère de sa condition — moralement basse —, qui le fasse sortir des marais dans lesquels il se trouve. Cela est fondamental : Zachée nous enseigne que, dans la vie, tout n'est jamais perdu. S'il vous plaît, tout n'est jamais perdu, jamais ! Nous pouvons toujours faire place au désir de recommencer, de repartir, de nous convertir. Et c'est ce que fait Zacchée.
Le deuxième aspect est décisif en ce sens : le regard de Jésus. Il a été envoyé par le Père pour chercher celui qui s'est perdu ; et quand il arrive à Jéricho, il passe juste à côté de l'arbre où se trouve Zachée. L'Evangile dit que « Jésus leva les yeux et lui dit : “Zachée, descends vite, car il me faut aujourd'hui demeurer chez toi” » (v. 5). C'est une très belle image, car si Jésus doit lever le regard, cela signifie qu'il regarde Zachée d'en bas. Telle est l'histoire du salut : Dieu ne nous a pas regardés d'en haut pour nous humilier et nous juger, non ; au contraire, il s'est abaissé jusqu'à nous laver les pieds, en nous regardant d'en bas et en nous restituant la dignité. Ainsi, l’échange de regards entre Zachée et Jésus semble résumer l'histoire tout entière du salut : l'humanité avec ses misères cherche la rédemption, mais avant tout Dieu avec miséricorde cherche la créature pour la sauver.
Frères, sœurs, rappelons-nous ceci : le regard de Dieu ne s'arrête jamais à notre passé plein d'erreurs, mais regarde avec une confiance infinie ce que nous pouvons devenir. Et si nous nous sentons parfois des personnes de petite taille, pas à la hauteur des défis de la vie et encore moins de l'Evangile, enlisés dans les problèmes et dans les péchés, Jésus nous regarde toujours avec amour ; comme avec Zachée, il vient à notre rencontre, il nous appelle par notre nom et, si nous l'accueillons, il vient chez nous. Alors nous pouvons nous demander : comment nous regardons-nous ? Nous sentons-nous inadéquats et nous résignons-nous, ou bien est-ce précisément là, quand nous nous sentons découragés, que nous cherchons la rencontre avec Jésus ? Et puis : quel regard portons-nous sur ceux qui ont commis des erreurs et peinent à se relever de la poussière de leurs erreurs ? Est-ce un regard d'en haut, qui juge, méprise, qui exclut ? Rappelons-nous qu'il est permis de regarder une personne de haut en bas uniquement pour l'aider à se relever : rien de plus. Ce n’est que dans ce cas que l’on peut regarder de haut en bas. Mais nous, chrétiens, devons avoir le regard du Christ, qui embrasse du bas, qui cherche celui qui est perdu, avec compassion. Cela est, et doit être, le regard de l'Eglise, toujours, le regard du Christ, non le regard condamnateur.
Prions Marie, dont le Seigneur a regardé l'humilité, et demandons-lui le don d'un regard nouveau sur nous et sur les autres.
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ANGÉLUS, Mardi 1er novembre 2022
Chers frères et sœurs, bonne fête, bonjour !
Aujourd’hui, nous fêtons la Toussaint, et nous pourrions avoir une impression trompeuse : nous pourrions penser célébrer nos sœurs et frères qui ont été parfaits dans leur vie, toujours linéaires, précis, et même « amidonnés ». Au contraire, l’Evangile de ce jour dément cette vision stéréotypée, cette « sainteté d’image pieuse ». En effet, les Béatitudes de Jésus (cf. Mt 5, 1-12), qui sont la carte d’identité des saints, montrent tout l’opposé : elles parlent d’une vie à contre-courant, d’une vie révolutionnaire ! Les saints sont les vrais révolutionnaires.
Prenons par exemple une béatitude très actuelle : « Heureux les artisans de paix » (v. 9), et nous voyons que la paix de Jésus est très différente de celle que nous imaginons. Nous désirons tous la paix, mais souvent, ce que nous voulons n’est pas vraiment la paix, c’est être en paix, être laissés en paix, ne pas avoir de problèmes mais la tranquillité. Jésus, en revanche, ne dit pas heureux ceux qui sont tranquilles, ceux qui sont en paix, mais ceux qui font la paix et qui luttent pour faire la paix, les bâtisseurs, les artisans de paix. En effet, la paix se construit et, comme toutes les constructions, elle requiert un effort, une collaboration et de la patience. Nous voudrions que la paix tombe du ciel, mais la Bible parle de la « semence de la paix » (Zc 8, 12), parce qu’elle germe sur le terreau de la vie, de la semence de notre cœur; elle grandit dans le silence, jour après jour, à travers des œuvres de justice et de miséricorde, comme nous le montrent les témoins lumineux que nous fêtons aujourd’hui. Et nous avons encore tendance à croire que la paix arrive par la force et la puissance : pour Jésus, c’est le contraire. Sa vie et celle des saints nous disent que, pour pousser et porter du fruit, la semence de paix doit d’abord mourir. On n’atteint pas la paix en conquérant ou en vainquant quelqu’un, la paix n’est jamais violente, elle n’est jamais armée. En regardant l’émission « A sua immagine », je voyais tous ces saints et ces saintes qui se sont battus, qui ont fait la paix à travers leur travail, en donnant leur vie, en offrant leur vie.
Comment faire alors pour devenir artisans de paix ? Avant tout, il faut désarmer son cœur. Oui, parce que nous sommes tous dotés de pensées agressives, l’un contre l’autre, avec des mots tranchants, et nous pensons nous défendre avec les fils barbelés de nos plaintes et les murs en ciment de notre indifférence ; et entre plainte et indifférence, nous nous défendons, mais ce n’est pas la paix, c’est la guerre. La semence de paix demande de démilitariser le champ de notre cœur. Comment va ton cœur ? Est-il démilitarisé ou bien est-il ainsi, avec tout cela, avec des plaintes et de l’indifférence, avec de l’agression ? Et comment démilitariser son cœur ? En s’ouvrant à Jésus qui est « notre paix » (Ep 2, 14), en se tenant devant sa Croix, qui est la chaire de la paix, en recevant de lui, dans la Confession, « le pardon et la paix ». C’est de là qu’il faut commencer, parce qu’être artisans de paix, être saints n’est pas notre capacité, c’est un don qu’il nous fait, c’est une grâce.
Frères et sœurs, regardons en nous-mêmes et demandons-nous : sommes-nous des bâtisseurs de paix ? Là où nous vivons, où nous étudions et où nous travaillons, apportons-nous de la tension, des paroles qui blessent, des commérages qui enveniment, des polémiques qui divisent ? Ou bien ouvrons-nous un chemin de paix : pardonnons-nous à ceux qui nous ont offensés, prenons-nous soin de ceux qui sont marginalisés, remédions-nous aux injustices en aidant celui qui a moins ? C’est cela que l’on appelle construire la paix.
On peut se poser toutefois une dernière question, qui vaut pour toutes les béatitudes : cela vaut-il la peine de vivre ainsi ? N’est-ce pas un choix perdant ? C’est Jésus qui nous donne la réponse : les artisans de paix « seront appelés fils de Dieu » (Mt 5, 9) : dans le monde, ils semblent être décalés, parce qu’ils ne cèdent pas à la logique du pouvoir et de la domination ; au Ciel, ils seront les plus proches de Dieu, les plus semblables à Lui. Mais en réalité, même ici, ceux qui abusent de leur pouvoir restent les mains vides, tandis que celui qui aime tout le monde et ne blesse personne est vainqueur : comme le dit le psaume, « il y a pour le pacifique une postérité » (cf. Ps 37, 37).
Que la Vierge Marie, Reine de tous les saints, nous aide à être des bâtisseurs de paix dans la vie de tous les jours.
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