Ressources Catholiques Missel Romain









ANGÉLUS, Dimanche 18 décembre 2022
Aujourd'hui, quatrième et dernier dimanche de l'Avent, la liturgie nous présente la figure de saint Joseph (cf. Mt 1, 18-24). C'est un homme juste, sur le point de se marier. Nous pouvons imaginer ce dont il rêve pour l'avenir: une belle famille, avec une femme affectueuse, beaucoup de gentils enfants, et un travail décent: des rêves simples et bons, des rêves des gens simples et bons. Mais soudain, ces rêves se heurtent à une découverte déconcertante: Marie, sa fiancée, attend un enfant et cet enfant n'est pas le sien! Qu'est-ce que Joseph aura ressenti? étonnement, douleur, désarroi, peut-être même de irritation et  déception... Il a senti que le monde s'écroule devant lui! Et que peut-il faire?
La loi lui donne deux options. La première consiste à dénoncer Marie et à lui faire payer le prix d’une prétendue infidélité. La seconde est d'annuler leurs fiançailles en secret, sans exposer Marie au scandale et aux lourdes conséquences, mais en prenant sur lui le poids de la honte. Joseph choisit cette deuxième voie: la voie de la miséricorde. Et voici qu'au cœur de la crise, précisément alors qu'il pense et considère  tout cela, Dieu allume une lumière nouvelle dans son cœur: il lui annonce en rêve que la maternité de Marie ne vient pas d’une trahison, mais qu'elle est l'œuvre de l'Esprit Saint, et l'enfant qui naîtra est le Sauveur (cf. v. 20-21); Marie sera la mère du Messie et il en sera le gardien. A son réveil, Joseph comprend que le plus grand rêve de tout Israélite pieux — être le père du Messie — est en train de se réaliser pour lui d'une manière totalement inattendue.
Pour le réaliser, en effet, il ne lui suffira pas d'appartenir à la descendance de David et d'être un fidèle observateur de la loi, mais il devra faire confiance à Dieu par-dessus tout, accueillir Marie et son fils d'une manière complètement différente de celle à laquelle il s'attendait, différente de ce qui s’est toujours fait. En d'autres termes, Joseph devra renoncer à ses certitudes rassurantes, à ses projets parfaits, à ses attentes légitimes, et s'ouvrir à un avenir tout à découvrir. Et face à Dieu, qui bouleverse les projets et demande d’avoir confiance, Joseph répond oui. Le courage de Joseph est héroïque et se réalise dans le silence: son courage est d’avoir confiance, il a confiance, il accueille, il est disponible, il ne demande pas de garanties supplémentaires.
Frères, sœurs, que nous dit Joseph aujourd'hui? Nous aussi, nous avons nos rêves, et peut-être qu'à Noël, nous y pen-sons davantage, nous en parlons ensemble. Peut-être regrettons-nous certains rêves brisés et constatons-nous que les meilleures attentes doivent souvent se confronter à des situations inattendues,  déconcertantes. Et lorsque cela se produit, Joseph nous montre le chemin: il ne faut pas pas céder à des sentiments négatifs, comme la colère et la fermeture, c'est la mauvaise voie! Au contraire, il faut accueillir les surprises, les surprises  de la vie, les crises aussi, avec une attention: quand nous sommes en crise, il ne faut pas choisir hâtivement selon l'instinct, mais, se laisser passer au crible, comme l’a fait Joseph, «former un projet» (cf. v. 20) et se baser sur le critère fondamental: la miséricorde de Dieu. Lorsque l'on habite la crise sans céder à la fermeture, à la colère et à la peur, et qu’on laisse une porte ouverte à Dieu, celui-ci peut intervenir. C’est un expert pour  transformer les crises en rêves: oui, Dieu ouvre les crises à des perspectives nouvelles, que nous n’imaginions pas, peut-être pas comme nous nous y attendons, mais comme Lui le sait. Et ce sont, chers frères et sœurs, les horizons de Dieu: surprenants, mais infiniment plus amples et beaux que les nôtres! Que la Vierge Marie nous aide à vivre ouverts aux surprises de Dieu.









MESSAGE URBI ET ORBI, Dimanche 25 décembre 2022
Chers frères et sœurs de Rome et du monde entier, joyeux Noël !
Que le Seigneur Jésus, né de la Vierge Marie, apporte à chacun l'amour de Dieu, source de confiance et d'espérance. Et qu'il vous apporte en même temps le don de la paix que les anges ont annoncé aux bergers de Bethléem : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime » (Lc 2, 14).
En ce jour de fête, nous tournons notre regard vers Bethléem. Le Seigneur vient au monde dans une grotte et il est couché dans une mangeoire pour animaux, parce que ses parents ne trouvaient pas où loger, alors que l'heure de l’enfantement était venue pour Marie. Il vient parmi nous dans le silence et dans la nuit parce que le Verbe de Dieu n'a pas besoin de projecteurs ni de la clameur des voix humaines. Il est lui-même la Parole qui donne sens à l'existence, il est la lumière qui éclaire le chemin. « La vraie Lumière - disait l’Evangile - qui éclaire tout homme en venant dans le monde » (Jn 1, 9).
Jésus naît au milieu de nous, il est Dieu-avec-nous. Il vient accompagner notre vie quotidienne pour tout partager avec nous, joies et souffrances, espérances et inquiétudes. Il vient comme un enfant sans défense. Il naît dans le froid, pauvre parmi les pauvres. Ayant besoin de tout, il frappe à la porte de notre cœur pour trouver chaleur et abri.
Comme les bergers de Bethléem, laissons-nous envelopper par la lumière et allons voir le signe que Dieu nous a donné. Surmontons la torpeur du sommeil spirituel et les fausses images de la fête qui nous font oublier celui qui est le fêté. Sortons de l’agitation qui anesthésie le cœur et nous pousse à préparer des décorations et des cadeaux plutôt qu'à contempler l'Événement : le Fils de Dieu qui est né pour nous.
Frères et sœurs, tournons-nous vers Bethléem où retentissent les premiers cris du Prince de la Paix. Oui, parce que Jésus lui-même, il est notre paix : cette paix que le monde ne peut donner et que Dieu le Père a donnée à l'humanité en envoyant son Fils dans le monde. Saint Léon le Grand a une expression qui, dans la concision de la langue latine, résume le message de cette journée : « Natalis Domini, Natalis est pacis », « Le Noël du Seigneur est le Noël de la paix » (Sermon 26, 5).
Jésus-Christ est aussi le chemin de la paix. Par son incarnation, sa passion, sa mort et sa résurrection, Il a ouvert le passage d'un monde fermé, opprimé par les ténèbres de l'inimitié et de la guerre, à un monde ouvert, libre de vivre dans la fraternité et dans la paix. Frères et sœurs, suivons cette voie ! Mais pour pouvoir le faire, pour être capable de marcher derrière Jésus, nous devons nous dépouiller des fardeaux qui nous entravent et nous maintiennent bloqués.
Et quels sont ces fardeaux ? Quel est ce "boulet" ? Ce sont les mêmes passions négatives qui ont empêché le roi Hérode et sa cour de reconnaître et d'accueillir la naissance de Jésus : c’est-à-dire, l'attachement au pouvoir et à l'argent, l'orgueil, l'hypocrisie, le mensonge. Ces fardeaux nous empêchent d'aller à Bethléem, ils nous excluent de la grâce de Noël et nous ferment l'accès au chemin de la paix. Et nous devons constater, en effet, avec tristesse que les vents de la guerre continuent à souffler le froid sur l'humanité, bien que le Prince de la Paix nous soit donné.
Si nous voulons que ce soit Noël, le Noël de Jésus et de la paix, regardons vers Bethléem et fixons notre regard sur le visage de l'Enfant qui est né pour nous ! Et sur ce petit visage innocent, reconnaissons celui des enfants qui, dans toutes les régions du monde, aspirent à la paix.
Que notre regard se remplisse des visages de nos frères et sœurs ukrainiens qui vivent ce Noël dans l’obscurité, dans le froid ou loin de chez eux, à cause des destructions causées par dix mois de guerre. Que le Seigneur nous rende prêts à des gestes concrets de solidarité pour aider ceux qui souffrent, et qu’il éclaire l’esprit de ceux qui ont le pouvoir de faire taire les armes et de mettre fin immédiatement à cette guerre insensée ! Malheureusement, on préfère écouter d’autres arguments dictés par les logiques du monde. Mais la voix de l’Enfant, qui l’écoute ?
Notre époque connaît une grave pénurie de paix aussi dans d’autres régions, en d’autres théâtres de cette troisième guerre mondiale. Nous pensons à la Syrie, encore martyrisée par un conflit qui est passé au second plan mais qui n’est pas terminé. Et nous pensons à la Terre Sainte où la violence et les affrontements ont augmenté ces derniers mois, avec des morts et des blessés. Implorons le Seigneur pour que là, sur la terre qui l’a vu naître, le dialogue et la recherche de la confiance mutuelle entre Palestiniens et Israéliens puissent reprendre. Que l’Enfant Jésus soutienne les communautés chrétiennes qui vivent dans tout le Moyen-Orient, afin que dans chacun de ces pays l’on puisse vivre la beauté de la coexistence fraternelle entre personnes de confessions différentes. Qu’il aide le Liban en particulier, pour qu’il puisse enfin se relever, avec le soutien de la Communauté internationale et avec la force de la fraternité et de la solidarité. Que la lumière du Christ illumine la région du Sahel où la coexistence pacifique des peuples et des traditions est brisée par des affrontements et des violences. Puisse-t-il guider vers une trêve durable au Yémen et vers la réconciliation au Myanmar et en Iran, afin que cesse toute effusion de sang. Qu’il inspire les autorités politiques et toutes les personnes de bonne volonté du continent américain à œuvrer à la pacification des tensions politiques et sociales qui affectent différents pays ; je pense en particulier au peuple haïtien qui souffre depuis si longtemps.
En ce jour où il est bon de se réunir autour de la table dressée, ne détournons pas le regard de Bethléem, qui signifie “maison du pain”, et pensons aux personnes qui souffrent de la faim, en particulier les enfants, alors que, chaque jour, de grandes quantités de nourriture sont gaspillées et que l’on dépense des ressources pour les armes. La guerre en Ukraine a encore aggravé la situation, laissant des populations entières menacées de famine, notamment en Afghanistan et dans les pays de la Corne de l’Afrique. Toute guerre – nous le savons – provoque la faim et utilise la nourriture elle-même comme une arme, en empêchant sa distribution à des populations qui souffrent déjà. En ce jour, prenant exemple sur le Prince de la Paix, engageons-nous tous, et en premier lieu ceux qui ont une responsabilité politique, pour que la nourriture ne soit qu’un instrument de paix. Alors que nous profitons de la joie de retrouver les nôtres, pensons aux familles les plus blessées par la vie, et à celles qui, en cette période de crise économique, luttent contre le chômage et manquent du nécessaire pour vivre.
Chers frères et sœurs, aujourd’hui comme hier, Jésus, la vraie lumière, vient dans un monde malade d’indifférence – une vilaine maladie ! – qui ne l’accueille pas (cf. Jn 1, 11) mais qui le rejette au contraire comme cela arrive à de nombreux étrangers, ou bien qui l’ignore comme nous le faisons trop souvent avec les pauvres. N’oublions pas aujourd'hui les nombreux réfugiés et personnes déplacées qui frappent à nos portes en quête de soutien, de chaleur et de nourriture. N’oublions pas les marginalisés, les personnes seules, les orphelins et les personnes âgées – sagesse d’un peuple – qui risquent d’être mises au rebut, les détenus que nous regardons seulement pour leurs erreurs et non comme des êtres humains.
Frères et sœurs, Bethléem nous montre la simplicité de Dieu qui se révèle non pas aux sages et aux savants mais aux petits, à ceux dont le cœur est pur et ouvert (cf. Mt 11, 25). Comme les bergers, allons-nous aussi sans tarder nous émerveiller devant l’événement impensable de Dieu qui se fait homme pour notre salut. Celui qui est la source de tout bien se fait pauvre [01] et demande en aumône notre pauvre humanité. Laissons-nous émouvoir par l’amour de Dieu, et suivons Jésus, qui s’est dépouillé de sa gloire pour nous faire participer à sa plénitude. [02]
Joyeux Noël à tous !
 
 

[01] Cf. Grégoire de Nazianze, Discours 45.
[02] Cf. ibid.









ANGÉLUS, Lundi 26 décembre 2022, FÊTE DE SAINT ÉTIENNE, LE PROTOMARTYR
Hier, nous avons célébré le Noël du Seigneur, et la liturgie, pour nous aider à mieux l'accueillir, prolonge la durée de la fête jusqu'au 1er janvier: pendant huit jours. Cependant, de manière surprenante, ces mêmes jours, on commémore des figures dramatiques de saints martyrs. Aujourd'hui, par exemple, saint Etienne, le premier martyr chrétien; après-demain, les saints Innocents, les enfants tués par le roi Hérode de peur que Jésus ne lui ravisse son trône (cf. Mt 2, 1-18). En somme, la liturgie semble vraiment vouloir nous éloigner du monde des lumières, des déjeuners et des cadeaux dans lequel nous pourrions peut-être un peu nous reposer ces jours-ci. Pourquoi?
Parce que Noël n'est pas une fable sur la naissance d'un roi, mais c’est la venue du Sauveur, qui nous délivre du mal en prenant sur lui notre mal: l'égoïsme, le péché, la mort. Cela est notre mal: l’égoïsme que nous portons en nous, le péché, parce que nous sommes tous des pécheurs, et la mort. Et les martyrs sont ceux qui  ressemblent le plus à Jésus. En effet, le mot martyr signifie témoin: les martyrs sont des témoins, c'est-à-dire des frères et des sœurs qui, à travers leur vie, nous montrent Jésus, qui a vaincu le mal par la miséricorde. Et de nos jours également, les martyrs sont nombreux, plus qu’aux premiers siècles. Aujourd'hui, nous prions pour nos frères et sœurs persécutés qui témoignent du Christ. Mais il nous fera du bien de  nous demander: est-ce que je témoigne du Christ?  Et comment pouvons-nous nous améliorer dans ce domaine, pour mieux témoigner du Christ? La figure de saint Etienne peut précisément nous aider.
Tout d'abord, les Actes des Apôtres nous disent qu'il était l'un des sept diacres que la communauté de Jérusalem avait consacrés au service de la table, c’est-à-dire à la charité (cf. 6, 1-6). Cela signifie que son premier témoignage n'a pas été donné en paroles, mais par l'amour avec lequel il  servait les plus démunis. Mais Etienne ne se limitait à ce travail d'assistance. A ceux qu'il rencontrait, il parlait de Jésus: il partageait sa foi à la lumière de la Parole de Dieu et de l'enseignement des Apôtres (cf. Ac 7, 1-53, 56). C'est la deuxième dimension de son témoignage: accueillir la Parole et en communiquer la beauté, raconter comment la rencontre avec Jésus change la vie. Cela était si important pour Etienne qu'il ne s'est  laissé intimider pas même par les menaces de ses persécuteurs, et pas même quand il a vu que les choses tournaient mal pour lui (cf. v. 54). Charité et annonce, voilà ce qu’était Etienne. Cependant, son plus grand témoignage en est un autre encore: il a su unir la charité et l'annonce. Il nous l'a laissé à l'article de la mort, lorsque, suivant l'exemple de Jésus, il a pardonné à ses meurtriers (cf. v. 60; Lc 23, 34).
Voici donc la réponse à notre question: nous pouvons améliorer notre témoignage par la charité envers nos frères et sœurs, la fidélité à la Parole de Dieu et le pardon. Charité, Parole, le pardon. C'est le pardon qui permet de savoir si nous pratiquons réellement la charité envers les autres et si nous vivons la Parole de Jésus. Le «par-don» en effet,  comme le mot lui-même l'indique, est un don plus grand, un don que nous faisons aux autres parce que nous sommes à Jésus, pardonnés par Lui. Je pardonne parce que j’ai été pardonné: n’oublions pas cela... Réfléchissons, chacun de nous, à notre capacité à pardonner: quelle est ma capacité à pardonner, en ces jours où nous pouvons rencontrer, parmi beaucoup d'autres, des personnes avec lesquelles nous ne nous sommes pas entendus, qui nous ont blessés, avec lesquelles nous n'avons jamais renoué de relations. Demandons à Jésus, le nouveau-né, la nouveauté d'un cœur capable de pardonner: nous avons tous besoin d’un cœur qui pardonne! Demandons au Seigneur cette grâce: Seigneur, que j’apprenne à pardonner. Demandons la force de prier pour ceux qui nous ont fait du mal, prier pour les personnes qui nous ont blessés, et d’accomplir des pas  d'ouverture et de réconciliation. Que le Seigneur nous donne aujourd’hui cette grâce.
Que Marie, Reine des martyrs, nous aide à grandir dans la charité, dans l'amour de la Parole et dans le pardon.









ANGÉLUS, Dimanche 1er janvier 2023, SOLENNITÉ DE SAINTE MARIE, MÈRE DE DIEU
Le début d'une nouvelle année est confié à la Très Sainte Marie, que nous célébrons aujourd'hui comme Mère de Dieu. En ces heures, nous invoquons son intercession en particulier pour le Pape émérite Benoît xvi, qui a quitté ce monde hier matin. Nous nous unissons tous, d'un seul cœur et d'une seule âme, pour rendre grâce à Dieu pour le don de ce fidèle serviteur de l'Evangile et de l'Eglise. Nous avons vu, il y a peu de temps à la télévision, «A sua immagine», toute l’activité et la vie du Pape Benoît.
Tandis que nous contemplons encore Marie dans la grotte où est né Jésus, nous pouvons nous demander: Quel langage utilise la Sainte Vierge pour nous parler? Comment parle Marie? Que pouvons-nous apprendre d'elle pour cette année qui s’ouvre? Nous pouvons dire: «Notre Dame, dis-nous ce que nous devons faire cette année».
En réalité, si nous observons la scène que nous présente la liturgie d'aujourd'hui, nous remarquons que Marie ne parle pas. Elle accueille avec émerveillement le mystère qu'elle vit, elle garde tout dans son cœur et, surtout, elle prend soin de l'Enfant qui — dit l'Evangile — était «couché dans la mangeoire» (Lc 2, 16). Ce verbe «coucher» signifie déposer avec soin, et il nous dit que le langage de Marie est celui de la maternité: prendre soin avec tendresse de l'Enfant. Telle est la grandeur de Marie: alors que les anges se réjouissent, que les bergers affluent et que tous louent Dieu à haute voix pour l'événement qui s'est produit, Marie ne parle pas, elle ne s’entretient pas avec les invités en expliquant ce qui lui est arrivé, elle ne vole pas la vedette — nous aimons tant voler la vedette! — au contraire, elle place l'Enfant au centre, s'occupant de lui avec amour. Une poétesse a écrit que Marie «savait aussi se taire solennellement, [...] parce qu'elle ne voulait pas perdre de vue son Dieu» (Alda. Merini, Corpo d'amore. Un incontro con Gesù, Milano 2001, 114).   
C'est le langage typique de la maternité la tendresse de prendre soin. En effet, après avoir porté dans leur ventre pendant neuf mois le don d'un mystérieux prodige, les mères continuent à mettre leurs bébés au centre de toutes leurs attentions: elles les nourrissent, les tiennent dans leurs bras, les couchent délicatement dans son berceau. Prendre soin: c'est aussi le langage de la Mère de Dieu; un langage de mère: prendre soin.
Frères et sœurs, comme toutes les mères, Marie porte la vie en son sein et nous parle ainsi de notre avenir. Mais en même temps, elle nous rappelle que, si nous voulons vraiment que la nouvelle année soit bonne, si nous voulons reconstruire l'espérance, nous devons abandonner le langage, les gestes et les choix inspirés par l'égoïsme et apprendre le langage de l'amour, qui est prendre soin. Prendre soin est un langage nouveau, qui va contre les langages de l’égoïsme. C’est un engagement: prendre soin de nos vies — chacun de—, de notre temps, de nos âmes; prendre soin de la création et de l'environnement dans lequel nous vivons ; et, plus encore, prendre soin de notre prochain, de ceux que le Seigneur a placés à nos côtés, ainsi que de nos frères et sœurs qui sont dans le besoin et interpellent notre attention et notre compassion. En regardant la Vierge avec l’Enfant, alors qu’elle prend soin de l’Enfant, nous apprenons à prendre soin des autres, et aussi de nous-mêmes, prenant soin de notre santé intérieure, notre vie spirituelle, notre charité. 
En célébrant aujourd'hui la Journée mondiale de la paix, nous reprenons conscience de la responsabilité qui nous est confiée de construire l'avenir: face aux crises personnelles et sociales que nous vivons, face à la tragédie de la guerre, «nous sommes appelés à relever les défis de notre monde avec responsabilité et compassion» (Message pour la 56e  Journée mondiale de la paix, 5). Et nous pouvons le faire si nous prenons soin les uns des autres et si, tous ensemble, nous prenons soin de notre maison commune. 
Implorons la Très Sainte Marie, Mère de Dieu, pour qu'en ce temps pollué par la méfiance et l'indifférence, elle nous rende capables de compassion et de soin — capables de compassion et de prendre soin —, capables de nous «émouvoir» et de nous «arrêter devant l’autre chaque fois que cela est nécessaire» (Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 169).









ANGÉLUS, Vendredi 6 janvier 2023, SOLENNITÉ DE L'ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR
Chers frères et sœurs, bonjour et bonne fête !
Aujourd’hui, en la solennité de l’Epiphanie, l’Evangile nous parle des Mages qui, arrivés à Bethléem, ouvrent leurs coffrets et offrent à Jésus de l’or, de l’encens et de la myrrhe (cf. Mt 2, 11). Ces sages d’Orient sont célèbres pour les cadeaux qu’ils ont offerts ; mais en réfléchissant à leur histoire, nous pourrions dire que eux, avant tout, reçoivent trois cadeaux : ils ont reçu trois dons, trois dons précieux qui nous concernent aussi. Ils apportent de l’or, de l’encens et de la myrrhe mais quels sont les cadeaux que eux reçoivent ?
Le premier don est le don de l’appel. Les Mages ne l’ont pas pressenti en lisant les Ecritures ou en ayant une vision des anges, mais ils l’ont pressenti tandis qu’ils étudiaient les astres. Cela nous dit quelque chose d’important : Dieu nous appelle à travers nos plus grandes aspirations et nos plus grands désirs. Les Mages se laissèrent surprendre et troubler par la nouveauté de l’étoile et se mirent en route vers ce qu’ils ne connaissaient pas. Instruits et sages, ils étaient davantage fascinés par ce qu’ils ne savaient pas que par ce qu’ils savaient déjà : ils se sont ouverts à ce qu’ils ne connaissaient pas. Ils se sont sentis appelés à aller plus loin, ils ne se sont pas sentis heureux en restant là où ils étaient, mais en se sentant appelés à aller au-delà. Et ceci est également important pour nous : nous sommes appelés à ne pas nous contenter, à chercher le Seigneur en sortant de nos zones de confort, en marchant vers Lui avec d’autres, en nous immergeant dans la réalité. Car Dieu appelle tous les jours, ici et aujourd’hui. Dieu nous appelle, il appelle chacun d’entre nous, tous les jours, il nous appelle ici et il nous appelle aujourd’hui, dans notre monde.
Mais les Mages nous parlent ensuite d’un deuxième don : le discernement. Etant donné qu’ils sont à la recherche d’un roi, ils se rendent à Jérusalem pour parler au roi Hérode qui, cependant, est un homme avide de pouvoir et veut les utiliser pour éliminer le Messie enfant. Mais les Mages ne se laissent pas piéger par Hérode. Ils savent faire la distinction entre le but du voyage et les tentations qu’ils rencontrent sur leur chemin. Ils pouvaient demeurer là, à la cour d’Hérode, tranquilles : non, ils vont de l’avant. Ils quittent le palais d’Hérode et, attentifs au signe de Dieu, ils ne passeront plus par là, mais reviendront par un autre chemin (cf. v. 12). Combien il est très important, frères et sœurs, de savoir distinguer le but de la vie des tentations sur le chemin ! Une chose est le but de la vie, une autre sont les tentations du chemin. Savoir renoncer à ce qui séduit, mais qui conduit sur un mauvais chemin, pour comprendre et choisir les voies de Dieu ! Le discernement est un grand don, et il ne faut jamais se lasser de le demander dans la prière. Demandons cette grâce ! Seigneur, donne-nous la capacité de discerner le bien du mal, le meilleur de ce qui n’est pas le meilleur.
Enfin, les Mages nous parlent d’un troisième don : la surprise. Après un long voyage, que trouvent ces hommes de haut rang social ? Un enfant avec sa mère (cf. v. 11) : une scène certes tendre, mais pas étonnante ! Ils ne voient pas d’anges comme les bergers, mais rencontrent Dieu dans la pauvreté. Peut-être s’attendaient-ils à un Messie puissant et prodigieux, et ils trouvent un bébé. Pourtant, ils ne pensent pas s’être trompés, ils savent le reconnaître. Ils accueillent la surprise de Dieu et vivent leur rencontre avec Lui dans l’émerveillement, en l’adorant : dans la petitesse, ils reconnaissent le visage de Dieu. Humainement, nous sommes tous enclins à rechercher la grandeur, mais c’est un don de savoir comment la trouver vraiment : savoir trouver la grandeur dans la petitesse que Dieu aime tant. Car c’est ainsi que l’on rencontre le Seigneur : dans l’humilité, dans le silence, dans l’adoration, dans les petits, dans les pauvres.
Frères et sœurs, nous sommes tous appelés — premier don : l’appel par Jésus ; nous pouvons tous discerner — deuxième don :  le discernement — discerner sa présence ; nous pouvons tous faire l’expérience de ses surprises — troisième don, la surprise. Aujourd’hui, il serait bon de se souvenir de ces dons : l’appel, le discernement et la surprise, dons que nous avons déjà reçus : repenser au moment où nous avons senti un appel de Dieu dans notre vie; ou au moment où, peut-être après beaucoup d’efforts, nous avons été capables de discerner sa voix; ou encore, à une surprise inoubliable qu’il nous a faite, en nous étonnant. Que la Vierge nous aide à nous souvenir et à chérir les dons que nous avons reçus.









ANGÉLUS, Dimanche 8 janvier 2023, FÊTE DU BAPTÊME DU SEIGNEUR
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd'hui, nous célébrons la fête du Baptême du Seigneur et l'Evangile nous présente une scène étonnante: c'est la première fois que Jésus apparaît en public après sa vie cachée à Nazareth; il arrive sur la rive du Jourdain pour être baptisé par Jean (Mt 3, 13-17). Il s'agissait d'un rite par lequel les gens se repentaient et s'engageaient à se convertir; un hymne liturgique dit que les gens allaient se faire baptiser «l'âme et les pieds nus» — une âme ouverte, nue, sans rien couvrir —, c'est-à-dire avec humilité et le cœur transparent. Mais en voyant Jésus se mêler aux pécheurs, on est étonné et on se demande: pourquoi Jésus a-t-il fait ce choix, Lui, qui est le Saint de Dieu, le Fils de Dieu sans péché, pourquoi a-t-il fait ce choix? Nous trouvons la réponse dans les paroles de Jésus à Jean:  «Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice» (v. 15). Accomplir toute justice: qu'est-ce que cela signifie?
En se faisant baptiser, Jésus nous révèle la justice de Dieu, qu'il est venu apporter au monde. Nous avons souvent une idée étroite de la justice et nous pensons qu'elle signifie: celui qui fait le mal paie et répond ainsi au mal qu'il a fait. Mais la justice de Dieu, comme l'enseigne l'Ecriture, est bien plus grande : elle n'a pas pour but la condamnation du coupable, mais son salut et sa renaissance, pour le rendre juste : d’injuste à juste. C'est une justice qui vient de l'amour, de ces entrailles de compassion et de miséricorde qui sont le cœur même de Dieu, le Père qui s'émeut lorsque nous sommes opprimés par le mal et que nous tombons sous le poids des péchés et des fragilités. La justice de Dieu ne veut donc pas distribuer des punitions et des châtiments mais, comme l'affirme l'apôtre Paul, elle consiste à nous rendre justes, nous, ses enfants (cf. Rm 3, 22-31), en nous libérant des pièges du mal, en nous guérissant, en nous relevant. Le Seigneur n’est jamais prêt à nous punir, il tend la main pour nous aider à nous relever. Et nous comprenons ainsi que, sur les rives du Jourdain, Jésus nous révèle le sens de sa mission : il est venu accomplir la justice divine, qui est de sauver les pécheurs ; il est venu prendre sur ses propres épaules le péché du monde et descendre dans les eaux de l'abîme, de la mort, pour nous sauver et non nous noyer. Il nous montre aujourd’hui que la véritable justice de Dieu est la miséricorde qui sauve, Nous avons peur de penser que Dieu est miséricorde, mais Dieu est miséricorde, parce que sa justice est précisément la miséricorde qui sauve, c’est l'amour qui partage notre condition humaine, se fait proche, solidaire de notre douleur, en entrant dans nos ténèbres pour apporter la lumière.
Benoît XVI a affirmé que « Dieu a voulu nous sauver en allant lui-même jusqu'au fond de l'abîme de la mort, pour que chaque homme, même celui qui est tombé si bas qu'il ne voit plus le ciel, puisse trouver la main de Dieu à laquelle se raccrocher et remonter des ténèbres pour revoir la lumière pour laquelle il est fait » (Homélie, 13 janvier 2008).
Frères et sœurs, nous avons peur de penser à une justice si miséricordieuse. Allons de l’avant : Dieu est miséricordieux. Sa justice est miséricordieuse. Laissons-le nous prendre par la main. Nous aussi, disciples de Jésus, nous sommes appelés à exercer la justice de cette manière, dans nos relations avec les autres, dans l'Eglise, dans la société : non pas avec la dureté de ceux qui jugent et condamnent en divisant les gens entre bons et mauvais, mais avec la miséricorde de ceux qui accueillent en partageant les blessures et les fragilités de nos sœurs et de nos frères, afin de les relever. Je voudrais le dire ainsi : Pas en divisant, mais en partageant. Ne pas diviser, mais partager. Faisons comme Jésus : partageons, portons les fardeaux les uns des autres au lieu de médire et de détruire, regardons-nous les uns les autres avec compassion, aidons-nous les uns les autres. Demandons-nous : suis-je une personne qui divise, ou qui partage ? Pensons un peu : suis-je un disciple de l’amour de Jésus ou un disciple des commérages, qui divise ? Les commérages sont une arme létale : ils tuent, ils tuent l’amour, ils tuent la société, ils tuent la fraternité. Demandons-nous : suis-je une personne qui divise ou une personne qui partage ?
Et maintenant, prions Marie qui a donné naissance à Jésus, le plongeant dans notre fragilité pour que nous puissions recevoir à nouveau la vie.









ANGÉLUS, Dimanche 15 janvier 2023
L'Evangile de la liturgie d'aujourd'hui (cf. Jn 1, 29-34) rapporte le témoignage de Jean le Baptiste sur Jésus, après l'avoir baptisé dans le fleuve Jourdain. Il dit: «C'est de lui que j'ai dit: Derrière moi vient un homme qui est passé devant moi parce qu'avant moi il était» (v. 29-30).
Cette déclaration, ce témoignage, révèle l'esprit de service de Jean. Celui-ci avait été envoyé pour préparer le chemin du Messie et l'avait fait sans se ménager. Humainement parlant, on pourrait penser qu’il reçoive une «récompense», une place de choix dans la vie publique de Jésus. Mais non. Jean, ayant accompli sa mission, sait se mettre de côté, il se retire de la scène pour laisser la place à Jésus. Il a vu l'Esprit descendre sur lui (cf. v. 33-34), il l'a désigné comme l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, et maintenant, à son tour, il se met humblement à l’écoute. De prophète, il devient disciple. Il a prêché au peuple, il a rassemblé des disciples et les a formés pendant long-temps. Pourtant, il ne lie personne à lui-même. Et cela est difficile, mais c'est le signe du véritable éducateur: ne pas lier les gens à lui-même. Jean fait cela: il place ses disciples sur les traces de Jésus. Cela ne l’intéresse pas d’avoir des personnes qui le suivent, d’obtenir un prestige et du succès, mais il témoigne et ensuite se retire, afin que beaucoup aient la joie de rencontrer Jésus. Nous pouvons dire: il ouvre la porte et s’en va. 
Avec cet esprit de service, avec sa capacité à faire de la place à Jésus, Jean le Baptiste nous enseigne quelque chose d'important: la liberté par rapport aux attachements. Oui, parce qu'il est facile de s'attacher à des rôles et des positions, au besoin d'être estimés, reconnus et récompensés. Et cela, bien que naturel, n'est pas une bonne chose, car le service implique la gratuité, s'occuper des autres sans avantage pour soi, sans arrière-pen-sée, sans rien attendre en échange. Il nous fera également du bien à nous aussi de cultiver, comme Jean, la vertu de nous mettre de côté,  au moment opportun, en témoignant que le point de référence dans la vie est Jésus. Se mettre de côté, apprendre à prendre congé: j’ai accompli cette mission, j’ai fait cette rencontre, je me mets de côté et je laisse la place au Seigneur. Apprendre à se mettre de côté, ne pas prendre quelque chose comme une monnaie d’échange pour nous.
Réfléchissons à combien cela est important pour un prêtre, qui est appelé à prêcher et à célébrer non pas par goût du protagonisme ou par intérêt, mais pour accompagner les autres vers Jésus. Pensons à combien cela est important pour les parents, qui élèvent leurs enfants au prix de nombreux sacrifices, mais qui doivent ensuite les laisser libres de suivre leur propre voie dans le travail, dans le mariage, dans la vie. Il est bon et juste que les parents continuent à assurer leur présence, en disant à leurs enfants: «Nous ne vous laissons pas seuls», mais discrètement, sans  être envahissants. La liberté de grandir. Et il en va de même dans d'autres domaines, comme l'amitié, la vie de couple, la vie communautaire. Se libérer des attaches de son ego et savoir s'effacer a un prix, mais c'est très important: c'est le pas décisif pour grandir dans l'esprit de service, sans rien chercher en échange.
Frères, sœurs, essayons de nous demander: sommes-nous capables de faire de la place aux autres? De les écouter, de les laisser libres, de ne pas les lier à nous en prétendant une reconnaissance? Et aussi de les laisser parler, parfois. Ne pas dire: «Mais tu ne sais rien!». Laisser parler, faire de la place aux autres. Attirons-nous les autres vers Jésus ou vers nous-mêmes? Et encore, en suivant l'exemple de Jean: savons-nous nous réjouir du fait que les gens prennent leur  chemin et suivent leur  appel, même si cela implique un certain détachement par rapport à nous? Nous réjouis-sons-nous de leurs progrès, avec sincérité et sans jalousie? C’est cela, laisser grandir les autres.
Que Marie, la servante du Seigneur, nous aide à être libres de tout attachement, à faire de la place au Seigneur et à faire de la place aux autres.









ANGÉLUS, Dimanche 22 janvier 2023
Aujourd’hui, l’Evangile de la liturgie (Mt 4, 12-23) raconte l’appel des premiers disciples qui, sur le lac de Galilée, quittent tout pour suivre Jésus. Certains d’entre eux l’avaient déjà rencontré, grâce à Jean-Baptiste, et Dieu avait semé en eux la graine de la foi (cf. Jn 1, 35-39). Et maintenant, il revient les chercher là où ils vivent et travaillent. Le Seigneur nous cherche toujours; le Seigneur s’approche toujours de nous. Et cette fois, il leur adresse un appel direct: «Venez à ma suite!» (Mt 4, 19). Et eux, «aussitôt, laissant leurs filets, le suivirent». (v. 20). Arrêtons-nous sur cette scène: c’est le moment de la rencontre décisive avec Jésus, celle dont ils se souviendront toute leur vie et qui entre dans l’Evangile. Dès lors, ils suivent Jésus et, pour le suivre, ils partent.
Quitter pour suivre. Avec Jésus, c’est toujours comme ça. On peut en quelque sorte commencer à ressentir sa fascination, peut-être grâce aux autres. La connaissance peut alors devenir plus personnelle et allumer une lumière dans le cœur. Cela devient quelque chose de beau à partager: «Tu sais, ce passage de l’Evangile m’a frappé, cette expérience de service m’a touché». Quelque chose touche le cœur. Et c’est ce qu’ont dû faire les premiers disciples (cf. Jn 1, 40-42). Mais tôt ou tard, le moment arrive où il faut quitter pour le suivre (cf. Lc 11, 27-28). Et là, une décision doit être prise: est-ce que je quitte certaines certitudes et je pars pour une nouvelle aventure, ou est-ce que je reste comme je suis? C’est un moment décisif pour tout chrétien, car c’est le sens de tout le reste qui est en jeu ici. Si l’on ne trouve pas le courage de se mettre en chemin, on risque de rester spectateur de sa propre existence et de vivre sa foi à moitié.
Etre avec Jésus exige donc le courage de quitter. Que devons-nous quitter? Certainement nos vices, nos péchés, qui sont comme des ancres qui nous bloquent au rivage et nous empêchent de prendre le large. Pour commencer à quitter, il est juste que nous commencions par demander pardon; pardon pour les choses qui n’ont pas été belles: je laisse ces choses et je vais de l’avant. Mais il faut aussi laisser derrière nous ce qui nous empêche de vivre pleinement, comme les peurs, les calculs égoïstes, les garanties pour rester en sécurité en vivant au rabais. Et il faut également renoncer au temps  gaspillé pour tant de choses inutiles. C’est une belle chose que de quitter tout cela pour faire l’expérience, par exemple, du risque fatigant mais gratifiant du service, ou pour consacrer du temps à la prière, afin de grandir dans l’amitié avec le Seigneur. Je pense aussi à une jeune famille, qui quitte une vie tranquille pour s’ouvrir à l’imprévisible et belle aventure de la maternité et de la paternité; c’est un sacrifice, mais il suffit de regarder les enfants pour comprendre qu’il était juste de quitter certains rythmes et conforts pour avoir cette joie. Je pense à certaines professions, par exemple un médecin ou un professionnel de la santé qui ont renoncé à beaucoup de temps libre pour étudier et se préparer, et qui font à présent le bien en consacrant de nombreuses heures du jour et de la nuit, beaucoup d’énergie physique et intellectuelle aux malades. Je pense aux travailleurs qui quittent leur confort, qui quittent l’oisiveté pour apporter de quoi manger à la maison. En somme, pour s’épanouir dans la vie, il faut accepter le défi de quitter. C’est à cela que Jésus invite chacun d’entre nous aujourd’hui.
Et sur cela, je vous laisse avec quelques questions. Tout d’abord: est-ce que je me souviens d’un «moment fort» au cours duquel j’ai déjà rencontré Jésus? Que chacun de nous pense à sa propre histoire: dans ma vie, y a-t-il eu des moments forts, où j’ai rencontré Jésus? Et quelque chose de beau et de significatif qui s’est produit dans ma vie parce que j’ai quitté d’autres choses moins importantes? Et aujourd’hui, y a-t-il quelque chose que Jésus me demande d’abandonner? Quelles sont les choses matérielles, les modes de pensée, les habitudes que je dois laisser derrière moi pour pouvoir vraiment Lui dire «oui»? Que Marie nous aide à dire, comme elle, un oui total à Dieu, à savoir laisser quelque chose derrière nous pour mieux le suivre. N’ayez pas peur de quitter si c’est pour suivre Jésus, nous serons toujours mieux et nous serons meilleurs pour cela.









ANGÉLUS, Dimanche 29 janvier 2023
Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans la liturgie d'aujourd'hui, nous proclamons les Béatitudes selon l'Evangile de Matthieu (cf. Mt 5, 1-12). La première est fondamentale et dit : «Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux» (v. 3).
Qui sont les « pauvres en esprit »? Ce sont ceux qui savent qu'ils ne se suffisent pas à eux-mêmes, qu'ils ne sont pas autosuffisants, et qui vivent comme des « mendiants de Dieu »: ils sentent qu’ils ont besoin de Dieu et reconnaissent que le bien vient de Lui, comme un don, comme une grâce. Celui qui est pauvre en esprit apprécie ce qu'il reçoit; ils souhaite donc qu'aucun don ne soit gaspillé. Aujourd'hui, je voudrais m'attarder sur cet aspect typique des pauvres en esprit: ne pas gaspiller. Les pauvres en esprit s’efforcent de ne rien gaspiller. Jésus nous montre l'importance de ne pas gaspiller, par exemple après la multiplication des pains et des poissons, lorsqu'il demande de récupérer les restes de nourriture afin que rien ne soit perdu (cf. Jn 6, 12). Ne pas gaspiller nous permet d'apprécier la valeur de nous-mêmes, des personnes et des choses. Malheureusement, ce principe est souvent ignoré, surtout dans les sociétés plus aisées, où la culture du gaspillage et la culture du rebut domine: toutes deux sont des fléaux. Je voudrais proposer trois défis contre la mentalité du gaspillage et du rebut.
Premier défi: ne pas gaspiller le don que nous sommes. Chacun d'entre nous est un bien, quels que soient les qualités qu'il possède. Chaque femme, chaque homme est riche non seulement de talents, mais aussi de dignité, est aimé de Dieu, a de la valeur, est précieux. Jésus nous rappelle que nous sommes bienheureux non pas pour ce que nous avons, mais pour ce que nous sommes. Et  quand une personne se laisse aller, elle se jette, se gaspille. Luttons, avec l'aide de Dieu, contre la tentation de nous con-sidérer comme inadaptés, mauvais, et de nous apitoyer sur notre sort.
Ensuite, le deuxième défi : ne pas gaspiller les dons que nous avons. Il s'avère qu'environ un tiers de la production alimentaire mondiale totale est gaspillée chaque année. Et ce alors que tant de personnes meurent de faim! Les ressources de la création ne peuvent pas être utilisées de la sorte; les biens doivent être protégés et partagés, afin que personne ne manque du nécessaire. Ne gaspillons pas ce que nous avons, mais diffusons une écologie de la justice et de la charité, du partage!
Enfin, le troisième défi: ne pas mettre les personnes au rebut. La culture du rebut dit: «Je t'utilise aussi longtemps que j'ai besoin de toi; quand tu ne m'intéresses plus ou que tu deviens un obstacle, je te jette. Et ce sont surtout les plus fragiles que l’on traite ainsi: les enfants à naître, les personnes âgées, les personnes dans le besoin et les défavorisés. Mais on ne peut pas jeter les personnes, on ne peut pas jeter les personnes défavorisées! Chaque personne est un don sacré et chaque personne est un don unique, à tout âge et dans toutes les conditions. Respectons et promouvons toujours la vie! Ne mettons pas la vie au rebut!
Chers frères et sœurs, posons-nous quelques questions. Tout d'abord, comment est-ce que je vis la pauvreté d'esprit? Est-ce que je sais faire de la place à Dieu, est-ce que je crois qu'il est mon bien, ma vraie et grande richesse? Est-ce que je crois qu'Il m'aime, ou est-ce que je me jette tristement en oubliant que je suis un don? Et puis: est-ce que je fais attention à ne pas gaspiller, est-ce que je suis responsable dans l'utilisation des choses, des biens? Et suis-je prêt à les partager avec d'autres, ou suis-je égoïste? Enfin: est-ce que je considère les plus fragiles comme des dons précieux, dont Dieu me demande de prendre soin? Est-ce que je me souviens des pauvres, de ceux qui sont privés du nécessaire?
Que Marie, Femme des Béatitudes, nous aide à témoigner de la joie que la vie est un don et de la beauté de faire don de soi.