REGINA CÆLI, Dimanche 16 avril 2023
Aujourd'hui, dimanche de la Divine Miséricorde, l'Evangile nous raconte deux apparitions de Jésus ressuscité aux disciples et en particulier à Thomas, «l'apôtre incrédule» (cf. Jn 20, 24-29).
Thomas, en réalité, n'est pas le seul à avoir du mal à croire, il représente un peu chacun d'entre nous. En effet, il n'est pas toujours facile de croire, surtout quand, comme dans son cas, on a subi une grande déception. Après une grande déception, il est difficile de croire. Il a suivi Jésus pendant des années, en prenant des risques et en endurant des épreuves, mais le Maître a été mis en croix comme un délinquant et personne ne l'a libéré, personne n'a rien fait! Il est mort et tout le monde a peur. Comment avoir confiance à nouveau? Comme avoir confiance dans la nouvelle qui dit qu’il est vivant? Le doute était en lui.
Mais Thomas fait preuve de courage: alors que les autres sont enfermés dans le cénacle, il sort, au risque que quelqu'un le reconnaisse, le dénonce et l'arrête. Nous pourrions même penser qu'avec son courage, il mériterait plus que les autres de rencontrer le Seigneur ressuscité. Mais, précisément parce qu'il s'est éloigné, lorsque Jésus apparaît pour la première fois aux disciples le soir de Pâques, Thomas n'est pas là et manque cette occasion. Il s’était éloigné de la communauté. Comment peut-il la récupérer? Uniquement en retournant avec les autres, en retournant là-bas, dans cette famille qu'il a laissée ef-frayée et triste. Quand il y retourne, on lui dit que Jésus est venu, mais il a du mal à le croire, il voudrait voir ses plaies. Et Jésus le satisfait: huit jours plus tard, il réapparaît au milieu de ses disciples et leur montre ses plaies, les mains, les pieds, les plaies qui sont les preuves de son amour, qui sont les canaux toujours ouverts de sa miséricorde.
Réfléchissons à ces faits. Pour croire, Thomas voudrait un signe extraordinaire: toucher les plaies. Jésus les lui montre, mais d'une manière ordinaire, en se présentant devant tous, dans la communauté, pas dehors. Comme pour lui dire: si tu veux me rencontrer, ne cherche pas loin, reste dans la communauté, avec les autres; ne t'éloigne pas, prie avec eux, romps le pain avec eux. Et il le dit à nous aussi. C'est là que tu pourras me trouver, c'est là que je te montrerai, imprimés sur mon corps, les signes des blessures: les signes de l'Amour qui vainc la haine, du Pardon qui désarme la vengeance, les signes de la Vie qui vainc la mort. C'est là, dans la communauté, que tu découvriras mon visage, alors que tu partageas avec tes frères des moments de doute et de peur, en te serrant encore davantage à eux. Sans la communauté, il est difficile de trouver Jésus.
Chers frères et sœurs, l'invitation faite à Thomas vaut aussi pour nous. Où cherchons-nous le Ressuscité? Dans un événement particulier, dans une manifestation religieuse spectaculaire ou éclatante, uniquement dans nos émotions et nos sentiments? Ou dans la communauté, dans l'Eglise, en acceptant le défi d'y rester, même si elle n'est pas parfaite?
Malgré toutes ses limites et ses chutes, qui sont nos limites et nos chutes, notre Mère l'Eglise est le Corps du Christ; et c'est là, dans le Corps du Christ, que sont imprimés, encore et pour toujours, les plus grands signes de son amour. Mais demandons-nous si, au nom de cet amour, au nom des blessures de Jésus, nous sommes prêts à ouvrir les bras aux blessés de la vie, sans exclure personne de la miséricorde de Dieu, mais en accueillant tout le monde; chacun comme un frère, comme une sœur. Dieu accueille tous, Dieu accueille tous.
Que Marie, Mère de Miséricorde, nous aide à aimer l'Eglise et à en faire une maison accueillante pour tous.
REGINA CÆLI, Dimanche 23 avril 2023
Chers frères et sœurs, bonjour!
En ce troisième dimanche de Pâques, l’Evangile relate la rencontre de Jésus ressuscité avec les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35). Il s’agit de deux disciples qui, résignés à la mort du Maître, décident, le jour de Pâques, de quitter Jérusalem et de rentrer chez eux. Ils étaient peut-être un peu inquiets, parce qu’ils avaient entendu les femmes qui venaient du tombeau et qui disaient qu’il était vide..., mais ils s’en vont. Alors qu’ils marchent tristement en parlant de ce qui s’est passé, Jésus marche à leurs côtés, mais ils ne le reconnaissent pas. Il leur demande pourquoi ils sont si tristes, et ils lui répondent: «Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci» (v. 18). Et Jésus répond: «Quels événements?» (v. 19). Et ils lui racontent toute l’histoire, et Jésus la fait raconter. Ensuite, tout en marchant, il les aide à relire les faits autrement, à la lumière des prophéties, de la Parole de Dieu, de tout ce qui a été annoncé au peuple d’Israël. Relire: c’est ce que Jésus fait avec eux, aider à relire. Arrêtons-nous sur cet aspect.
Pour nous aussi, en effet, il est important de relire notre histoire avec Jésus: l’histoire de notre vie, d’une certaine période, de notre quotidien, avec ses déceptions et ses espoirs. Nous aussi d’ailleurs, comme ces disciples, nous pouvons nous retrouver perdus face aux événements, seuls et incertains, avec beaucoup de questions et d’inquiétudes, déçus, beaucoup de choses. L’Evangile d’aujourd’hui nous invite à tout dire à Jésus, avec sincérité, sans craindre de le déranger — Il écoute —, sans craindre de dire ce qu’il ne faut pas, sans avoir honte de notre difficulté à comprendre. Le Seigneur se réjouit lorsque nous nous ouvrons à Lui; ce n’est qu’ainsi qu’il peut nous prendre par la main, nous accompagner et faire brûler à nouveau notre cœur (cf. v. 32). Alors, nous aussi, comme les disciples d’Emmaüs, nous sommes appelés à parler avec Lui pour que, le soir venu, il reste avec nous (cf. v. 29).
Il y a une belle manière de le faire, et aujourd’hui je voudrais vous la proposer: elle consiste à consacrer un temps, chaque soir, à un bref examen de conscience. Qu’est-ce qui est arrivé en moi? Voilà la question. Il s’agit de relire la journée avec Jésus, relire ma journée: lui ouvrir notre cœur, lui présenter les personnes, les choix, les peurs, les chutes et les espoirs, toutes les choses qui sont arrivées; pour apprendre progressivement à regarder les choses avec d’autres yeux, avec ses yeux et pas uniquement avec les nôtres. Nous pouvons ainsi revivre l’expérience de ces deux disciples. Face à l’amour du Christ, même ce qui semble fatigant et infructueux peut apparaître sous un autre jour: une croix difficile à porter, le choix du pardon face à une offense, une revanche manquée, la fatigue du travail, la sincérité qui coûte, les épreuves de la vie familiale peuvent nous apparaître sous une lumière nouvelle, la lumière du Crucifié ressuscité, qui sait faire de chaque chute un pas en avant. Mais pour cela, il est important d’abaisser notre garde: laisser du temps et de l’espace à Jésus, ne rien lui cacher, lui apporter nos misères, se laisser blesser par sa vérité, laisser le cœur vibrer au souffle de sa Parole.
Nous pouvons commencer aujourd’hui, consacrer, ce soir, un temps de prière au cours duquel nous demander: comment s’est passée ma journée? Quelles joies, quelles tristesses, quels ennuis, Comment a-t-elle été, qu’est-il arrivé? Quelles ont été ses perles, peut-être cachées, pour lesquelles rendre grâce? Y a-t-il eu un peu d’amour dans ce que j’ai fait? Et quelles sont les chutes, les tristesses, les doutes et les peurs à présenter à Jésus pour qu’il m’ouvre de nouvelles voies, qu’il me relève et m’encourage? Que Marie, Vierge de la sagesse, nous aide à reconnaître Jésus qui marche avec nous et à relire — voilà le mot: relire — face à Lui chaque jour de notre vie.
REGINA CÆLI, Dimanche 7 mai 2023
L'Evangile de la liturgie d'aujourd'hui (Jn 14, 1-12) est extrait du dernier discours de Jésus avant sa mort. Le cœur des disciples est troublé, mais le Seigneur leur adresse des paroles rassurantes, les invitant à ne pas avoir peur : en effet, il ne les abandonne pas, mais il va leur préparer une place et les guider vers cette destination. Le Seigneur aujourd'hui nous montre ainsi à tous le lieu merveilleux où aller, il nous montre le chemin à parcourir. Il nous dit où aller et comment y aller .
Tout d'abord, où aller. Jésus voit la détresse des disciples, leur peur d'être abandonnés, comme cela nous arrive lorsque nous sommes obligés de nous séparer de quelqu'un que nous aimons. C'est pourquoi il dit: «Je pars vous préparer une place [...] afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi» (v. 2-3). Jésus utilise l'image familière de la maison, un lieu de relations et d'intimité. Dans la maison de mon Père, — dit-il à ses amis et à chacun de nous —, il y a de la place pour vous, vous êtes les bienvenus, vous serez accueillis pour toujours par la chaleur d'une étreinte, et je suis aux cieux en train de vous préparer une place! Il nous prépare cette étreinte avec le Père, une place pour toute l'éternité.
Frères et sœurs, cette Parole est source de consolation, elle est source d’espérance pour nous. Jésus ne s'est pas séparé de nous, mais il nous a ouvert le chemin, en anticipant notre destination finale: la rencontre avec Dieu le Père, dans le cœur duquel il y a une place pour chacun de nous. Ainsi, lorsque nous connaissons la fatigue, le désarroi et même l'échec, rappelons-nous où va notre vie. Nous ne devons pas perdre de vue la destination, même si aujourd'hui nous risquons de l'oublier, d'oublier les questions ultimes, les questions importantes: où allons-nous? Vers où marchons-nous? Qu'est-ce qui vaut la peine d'être vécu? Sans ces questions, nous ne faisons que comprimer la vie dans le présent, nous pen-sons qu'il faut en profiter le plus possible, et nous finissons par vivre au jour le jour, sans but, sans objectif. Mais notre patrie est dans les cieux (cf. Ph 3, 20), n'oublions pas la grandeur et la beauté de la destination!
Une fois que nous avons découvert le but, nous aussi, comme l'apôtre Thomas dans l'Evangile d'aujourd'hui, nous nous demandons: comment y aller, quel est le chemin? Parfois, surtout lorsqu'il y a de grands problèmes à affronter et que l’on a la sensation que le mal est plus fort, nous nous demandons: que dois-je faire, quel chemin dois-je prendre? Ecoutons la réponse de Jésus: «Je suis le chemin, la vérité et la vie» (Jn 14, 6). Jésus lui-même est le chemin à suivre pour vivre dans la vérité et avoir la vie en abondance. Il est le chemin et, par conséquent, la foi en Lui n'est pas un «paquet d'idées» auquel croire, mais un chemin à parcourir, un voyage à accomplir, une marche avec Lui. Il s'agit de suivre Jésus, car il est le chemin qui mène au bonheur éternel. Suivre Jésus c’est l'imiter, surtout par des gestes de proximité et de miséricorde envers les autres. Telle est la boussole pour atteindre le Ciel: aimer Jésus, le chemin, et devenir des signes de son amour sur la terre.
Frères et sœurs, vivons le présent, prenons en main le présent mais ne nous laissons pas emporter: regardons vers le haut, vers le Ciel, rappelons-nous la destination, pensons que nous sommes appelés à l'éternité, à la rencontre avec Dieu. Et, du Ciel au cœur, renouvelons aujourd'hui le choix de Jésus, le choix de l'aimer et de marcher derrière lui. Que la Vierge Marie, qui à la suite de Jésus est déjà arrivée à destination, soutienne notre espérance.
REGINA CÆLI, Dimanche 14 mai 2023
L’Evangile de ce jour, sixième dimanche de Pâques, nous parle de l’Esprit Saint, que Jésus appelle Paraclet (cf. Jn 14, 15-17). Paraclet est un terme qui vient du grec et qui signifie à la fois consolateur et avocat. C’est-à-dire que l’Esprit Saint ne nous laisse jamais seuls, il est proche de nous, comme un avocat qui assiste l’accusé en se tenant à ses côtés. Et il nous suggère comment nous défendre face à ceux qui nous accusent. Rappelons que le grand accusateur est toujours le diable, qui insinue en toi les péchés, le désir de pécher, la malveillance. Réfléchissons à ces deux aspects: sa proximité à notre égard et son aide contre ceux qui nous accusent.
Sa proximité: l’Esprit Saint, dit Jésus, «demeure auprès de vous et est en vous» (cf. v. 17). Il ne nous abandonne jamais. L’Esprit Saint veut être avec nous: il n’est pas un hôte de passage qui vient nous rendre une visite de courtoisie. Il est un compagnon de vie, une présence stable, il est Esprit et désire habiter dans notre esprit. Il est patient et reste avec nous même lorsque nous tombons. Il reste parce qu’il nous aime vraiment: il ne fait pas semblant de nous aimer pour ensuite nous laisser seuls dans les difficultés. Non, il est loyal, il est trans-parent, il est authentique.
Plus encore, si nous sommes dans l’épreuve, le Saint-Esprit nous console, en nous apportant le pardon et la force de Dieu. Et quand il nous place face à nos erreurs et nous corrige, il le fait avec gentillesse: dans sa voix qui parle au cœur, il y a toujours le timbre de la tendresse et la chaleur de l’amour. Bien sûr, l’Esprit Paraclet est exigeant, parce qu’il est un ami vrai, fidèle, qui ne cache rien, qui suggère ce qu’il faut changer et comment grandir. Mais lorsqu’il nous corrige, il ne nous humilie jamais et ne suscite pas la méfiance; au contraire, il nous transmet la certitude qu’avec Dieu, nous pouvons toujours y arriver, toujours. C’est cela sa proximité. C’est une belle certitude!
Deuxième aspect, l’Esprit Paraclet est notre avocat, et nous défend. Il nous défend face à ceux qui nous accusent: face à nous-mêmes, lorsque nous ne nous aimons pas et ne nous pardonnons pas, et va jusqu’à nous dire que nous sommes des ratés et des bons à rien; face au monde, qui rejette ceux qui ne correspondent pas à ses schémas et à ses modèles; face au diable, qui est l’«accusateur» et le diviseur par excellence (cf. Ap 12, 10) et qui fait tout pour que nous nous sentions incapables et malheureux.
Face à toutes ces pensées accusatrices, l’Esprit Saint nous suggère comment répondre. De quelle façon? Le Paraclet, dit Jésus, est celui qui «vous rappellera tout ce que je vous ai dit» (cf. Jn 14, 26). Il nous rappelle donc les paroles de l’Evangile et nous permet ainsi de répondre au démon accusateur non pas à travers nos propres paroles, mais avec celles du Seigneur. Il nous rappelle surtout que Jésus a toujours parlé du Père qui est aux cieux, qu’il nous l’a fait connaître et qu’il nous a révélé son amour pour nous, qui sommes ses enfants. Si nous invoquons l’Esprit, nous apprenons à accueillir et à nous souvenir de la réalité la plus importante de la vie, qui nous protège des accusations du mal: Et quelle est cette réalité la plus importante de la vie? Que nous sommes les enfants bien-aimés de Dieu. Nous sommes les enfants bien-aimés de Dieu: telle est la réalité la plus importante, et l’Esprit nous rappelle cela.
Frères et sœurs, interrogeons-nous aujourd’hui: invoquons-nous l’Esprit Saint, le prions-nous souvent? N’oublions pas Celui qui est proche de nous, et même en nous! Et puis, écoutons-nous sa voix, tant lorsqu’il nous encourage que lorsqu’il nous corrige? Répondons-nous avec les paroles de Jésus aux accusations du mal, aux «tribunaux» de la vie? Nous souvenons-nous que nous sommes des enfants bien-aimés de Dieu? Que Marie nous rende dociles à la voix de l’Esprit Saint et sensibles à sa présence.
REGINA CÆLI, Dimanche 21 mai 2023
Aujourd'hui, en Italie et dans de nombreux autres pays, nous célébrons l'Ascension du Seigneur. C'est une fête que nous connaissons bien, mais qui peut susciter quelques questions, au moins deux. La première: pourquoi célébrer le départ de Jésus de la terre? Il semblerait que son départ soit un moment triste, pas précisément quelque chose dont il faut se réjouir! Pourquoi fêter un départ? Première question: pourquoi fêter? Deuxième question: que fait Jésus au ciel?
Pourquoi nous célébrons. Parce qu'avec l'Ascension, quelque chose de nouveau et de très beau s'est produit: Jésus a emmené notre humanité au ciel, notre chair au ciel — c’est la première fois! — c’est-à-dire qu’il l’a emmenée en Dieu. Cette humanité, qu'il avait prise sur la terre, n'est pas restée ici. Jésus ressuscité n’était pas un esprit, non, il avait son corps humain, sa chair, les os, tout, là, en Dieu, sera pour toujours. Nous pouvons dire que depuis le jour de l'Ascension, Dieu lui-même a «changé»: depuis lors, il n'est plus seulement esprit, mais, dans la mesure où il nous aime, il porte en lui notre chair, notre humanité! Notre juste place est ainsi indiquée, notre destin est là. Ainsi écrivait un ancien Père dans la foi: «Merveilleuse nouvelle! Celui qui s'est fait homme pour nous [...], pour faire de nous ses frères, se présente comme homme devant le Père, pour prendre avec lui tous ceux qui lui sont unis» (saint Grégoire de Nysse, Discours sur la résurrection du Christ, 1). Aujourd'hui, nous célébrons la «conquête du ciel»: Jésus qui retourne au Père, mais avec notre humanité. Et ainsi, le ciel est déjà un peu à nous. Jésus a ouvert la porte et son corps est là.
La deuxième question: que fait Jésus au ciel? Il est pour nous devant le Père, il lui montre continuellement notre humanité, il montre les plaies. J’aime penser que Jésus, devant le Père, prie ainsi, en lui faisant voir ses plaies. «C’est ce que j’ai souffert pour les hommes: fais quelque chose!». Il lui fait voir le prix de la rédemption, et le Père s’émeut. C’est une chose que j’aime penser. Ainsi prie Jésus. Il ne nous a pas laissés seuls. Il ne nous a donc pas laissés seuls. En effet, avant de monter, il nous a dit, comme le rapporte l'Evangile d'aujourd'hui: «Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde» (Mt 28, 20). Il est toujours avec nous, il nous regarde, il est «toujours vivant pour intercéder» (He 7, 25) en notre faveur. En un mot, Jésus intercède; il est à la meilleure «place», devant son Père et devant notre Père, pour intercéder en notre faveur.
L’intercession est fondamentale. Pour nous aussi, cette foi nous aide: elle nous aide à ne pas perdre l’espérance, à ne pas nous décourager. Devant le Père il y a quelqu’un qui lui fait voir ses plaies et intercède. Que la Reine du ciel nous aide à intercéder à travers la force de la prière.
REGINA CÆLI, Dimanche 28 mai 2023
Aujourd’hui, solennité de la Pentecôte, l’Evangile nous conduit au Cénacle, où les apôtres s’étaient réfugiés après la mort de Jésus (Jn 20, 19-23). Le soir de Pâques, le Ressuscité se présente précisément dans cette situation de peur et d’angoisse et, en soufflant sur eux, il leur dit: «Recevez l’Esprit Saint» (v. 22). Ainsi, à travers le don de l’Esprit, Jésus veut libérer les disciples de la peur, cette peur qui les enferme dans leurs maisons, et il les libère afin qu’ils soient capables de sortir et qu’ils deviennent témoins et annonciateurs de l’Evangile. Arrêtons-nous donc un peu sur ce que fait l’Esprit: il libère de la peur.
Les disciples avaient fermé leurs portes, dit l’Evangile, «par crainte» (v. 19). La mort de Jésus les avait choqués, leurs rêves s’étaient brisés, leurs espoirs s’étaient évanouis. Et ils s’étaient enfermés. Pas seulement dans cette pièce, mais dans leur cœur. Je voudrais insister sur ce mot: enfermés. Combien de fois, nous aussi, nous enfermons-nous sur nous-mêmes? Combien de fois, à cause d’une situation difficile, à cause d’un problème personnel ou familial, à cause de la souffrance qui nous marque ou à cause du mal que nous respirons autour de nous, risquons-nous de glisser lentement vers une perte d’espérance et vers un manque de courage pour continuer? Cela arrive très souvent. Et alors, comme les apôtres, nous nous enfermons, nous nous barricadons dans le labyrinthe des préoccupations.
Frères et sœurs, cet «enfermement» se vérifie lorsque, dans les situations les plus difficiles, nous permettons à la peur de prendre le dessus et de faire entendre sa “grosse voix” au fond de nous-mêmes. Quand la peur entre, nous nous enfermons. La cause est donc la peur: la peur de ne pas y arriver, d’être seuls pour affronter les combats de chaque jour, de prendre des risques puis d’être déçu, de faire de mauvais choix. Frères et sœurs, la peur bloque, la peur paralyse. Et elle isole aussi: pensons à la peur de l’autre, de celui qui est étranger, de celui qui est différent, de celui qui pense différemment. Et il peut même y avoir la peur de Dieu: qu’il me punisse, qu’il soit en colère contre moi... Si nous laissons place à ces fausses peurs, les portes se ferment: les portes du cœur, les portes de la société, et même les portes de l’Eglise! Là où il y a la peur, il y a la fermeture. Et cela n’est pas bon.
L’Evangile, cependant, nous offre le remède du Ressuscité: l’Esprit Saint. Il libère des prisons de la peur. En recevant l’Esprit, les apôtres — nous fêtons cela aujourd’hui — quittent le cénacle et vont dans le monde pour pardonner les péchés et annoncer la bonne nouvelle. Grâce à lui, les peurs sont vaincues et les portes s’ouvrent. Car c’est ce que fait l’Esprit: il nous fait sentir la proximité de Dieu et ainsi son amour écrase la peur, illumine le chemin, console, soutient dans l’adversité. Face aux peurs et aux fermetures, invoquons alors l’Esprit Saint pour nous, pour l’Eglise et pour le monde entier: pour qu’une nouvelle Pentecôte chasse les peurs qui nous assaillent et ravive le feu de l’amour de Dieu.
Que la Très Sainte Marie, qui fut la première à être remplie de l’Esprit Saint, intercède pour nous.
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ANGÉLUS, Dimanche 4 juin 2023
Aujourd’hui, solennité de la Très Sainte Trinité, l’Evangile est tiré du dialogue de Jésus avec Nicodème (cf. Jn 3, 16-18). Nicodème était un membre du Sanhédrin, passionné par le mystère de Dieu: il reconnaît en Jésus un maître divin et va lui parler secrètement, de nuit. Jésus l’écoute, comprend qu’il s’agit d’un homme en quête et l’étonne d’abord en lui répondant que pour entrer dans le Royaume de Dieu, il faut renaître; puis il lui révèle le cœur du mystère en lui disant que Dieu a tellement aimé l’humanité qu’il a envoyé son Fils dans le monde. Jésus, donc, le Fils, nous parle du Père et de son immense amour.
Père et Fils. C’est une image fa-milière qui, si l’on y réfléchit, ébranle notre imaginaire sur Dieu. Le mot même de «Dieu», en effet, nous suggère une réalité singulière, majestueuse et lointaine, alors qu’entendre parler d’un Père et d’un Fils nous ramène à la maison. Oui, nous pouvons penser à Dieu de cette manière, à travers l’image d’une famille réunie à table, où la vie est partagée. Du reste, la table, qui est en même temps un autel, est un symbole avec lequel certaines icônes représentent la Trinité. C’est une image qui nous parle d’un Dieu de communion. Père, Fils, et Saint-Esprit: communion.
Mais ce n’est pas seulement une image, c’est la réalité! C’est la réalité parce que l’Esprit Saint, l’Esprit que le Père a répandu dans nos cœurs à travers Jésus (cf. Ga 4, 6), nous fait goûter, nous fait savourer la présence de Dieu: une présence toujours proche, compatissante et tendre. L’Esprit Saint fait avec nous ce que Jésus a fait avec Nicodème: il nous introduit dans le mystère de la nouvelle naissance — la naissance de la foi, de la vie chrétienne —, nous dévoile le cœur du Père et nous fait participer à la vie même de Dieu.
L’invitation qu’il nous adresse, pourrions-nous dire, est de nous asseoir à table avec Dieu pour partager son amour. C’est ce qui se passe à chaque Messe, à l’autel du partage eucharistique, où Jésus s’offre au Père et s’offre pour nous. Et oui, frères et sœurs, il en est ainsi, notre Dieu est communion d’amour: c’est ainsi que Jésus nous l’a révélé. Et savez-vous comment nous pouvons nous en souvenir? Par le geste le plus simple, que nous avons appris dès l’enfance: le signe de la croix. En traçant la croix sur notre corps, nous nous rappelons combien Dieu nous a aimés, au point de donner sa vie pour nous; et nous nous répétons que son amour nous enveloppe complètement, de haut en bas, de gauche à droite, comme une étreinte qui ne nous abandonne jamais. Et en même temps, nous nous engageons à témoigner de Dieu-amour, en créant une communion en son nom. A présent, que chacun de nous, et tous ensemble, se fasse le signe de la croix [le Pape se fait le signe de la croix].
Aujourd’hui, nous pouvons alors nous demander: témoignons-nous de Dieu-amour? Ou bien Dieu-amour est-il devenu à son tour un concept, quelque chose de déjà entendu, qui n’a plus d’effet et ne provoque plus la vie? Si Dieu est amour, nos communautés en témoignent-elles? Savent-elles aimer? Nos communautés savent-elles aimer? Et notre famille, savons-nous aimer en famille? Gardons-nous la porte toujours ouverte, savons-nous accueillir tout le monde, je dis bien tout le monde, comme des frères et des sœurs? Offrons-nous à tous le met du pardon de Dieu et la joie évangélique? Respire-t-on un air familier ou ressemblons-nous plutôt à un bureau ou à un lieu réservé où seuls entrent les élus? Dieu est amour, Dieu est Père, Fils et Esprit Saint et a donné sa vie pour nous, c’est pour cela que nous faisons le signe de la croix.
Et que Marie nous aide à vivre l’Eglise comme cette maison où l’on s’aime comme en famille, à la gloire de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
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ANGÉLUS, Dimanche 18 juin 2023
Je tiens à exprimer ma gratitude à tous ceux qui, pendant les jours où j'étais hospitalisé à l'hôpital Gemelli, m'ont témoigné leur affection, leur sollicitude et leur amitié, et m'ont assuré de leur soutien dans la prière. Cette proximité humaine et spirituelle a été pour moi d'une grande aide et d'un grand réconfort. Merci à tous, merci à vous, merci du fond du cœur!
Aujourd'hui, dans l'Evangile, Jésus appelle par leur nom — par leur nom — les douze apôtres et les envoie. En les envoyant, il leur demande d'annoncer une seule chose: «Chemin faisant, proclamez que le Royaume des Cieux est tout proche» (Mt 10,7). C'est la même annonce avec laquelle Jésus a commencé sa prédication: le royaume de Dieu, c'est-à-dire sa seigneurie d'amour, il s’est fait proche, il vient parmi nous. Et ce n'est pas une nouvelle parmi d'autres, mais la réalité fondamentale de la vie: la proximité de Dieu, la proximité de Jésus.
En effet, si le Dieu des cieux est proche, nous ne sommes pas seuls sur terre et même dans les difficultés, nous ne perdons pas confiance. Voilà la première chose à dire aux gens: Dieu n'est distant, il est Père. Dieu n'est pas loin, il est Père, il te connaît et t'aime; il veut te tenir par la main, même lorsque tu empruntes des chemins escarpés et accidentés, même lorsque tu tombes et que tu as du mal à te relever et à reprendre le chemin; Lui, le Seigneur, est là, avec toi. Plus encore, souvent, dans les moments où tu es plus faible, tu peux ressentir plus fortement sa présence. Il connaît le chemin, Il est avec toi, Il est ton Père! Il est mon Père! Il est notre Père!
Restons sur cette image, car annoncer que Dieu est proche, c'est inviter à se considérer comme un enfant qui marche en tenant la main de son père: tout apparaît différent. Le monde, grand et mystérieux, devient familier et sûr, car l'enfant sait qu'il est protégé. Il n'a pas peur et il apprend à s'ouvrir: il rencontre d'autres personnes, se fait de nouveaux amis, apprend avec joie des choses qu'il ne savait pas, puis il rentre chez lui et raconte à tous ce qu'il a vu, tandis que grandit en lui le désir de devenir grand et de faire les choses qu'il a vues faire par son père. Voilà pourquoi Jésus part de là, voilà pourquoi la proximité de Dieu est la première annonce: en restant proches de Dieu, nous vainquons la peur, nous nous ouvrons à l'amour, nous grandissons dans le bien et nous ressentons le besoin et la joie d'annoncer.
Si nous voulons être de bons apôtres, nous devons être comme des enfants: nous asseoir «sur les genoux de Dieu» et regarder le monde avec confiance et amour, pour témoigner que Dieu est Père, que Lui seul transforme nos cœurs et nous donne cette joie et cette paix que nous ne pouvons pas nous procurer nous-mêmes.
Annoncer que Dieu est proche. Mais comment le faire? Dans l'Evangile, Jésus recommande de ne pas dire beaucoup de paroles, mais de poser de nombreux gestes d'amour et d'espérance au nom du Seigneur; ne pas dire beaucoup de paroles, mais accomplir des gestes: «Guérissez les malades, — dit-il — ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement» (Mt 10,8 ). Voilà le cœur de l'annonce: le témoignage gratuit, le service. Je vous dis une chose: «ceux qui parlent trop», me laissent toujours très perplexe, avec leurs longs discours et leurs actions inexistantes.
Posons-nous donc quelques questions: nous, qui croyons en Dieu proche, avons-nous confiance en Lui? Savons-nous regarder l'avenir avec confiance, comme un enfant qui sait qu'il est porté dans les bras de son père? Savons-nous nous asseoir sur les genoux du Père par la prière, par l'écoute de la Parole, en nous approchant des sacrements? Et enfin, étroitement unis à Lui, savons-nous insuffler du courage aux autres, nous rapprocher de ceux qui souffrent et se sentent seuls, de ceux qui sont loin et même de ceux qui nous sont hostiles? Tel est l’aspect concret de la foi, c'est cela qui compte.
Et maintenant, prions Marie, pour qu'elle nous aide à nous sentir aimés et à transmettre proximité et confiance.
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ANGÉLUS, Dimanche 25 juin 2023
Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus répète trois fois à ses disciples: «N’ayez pas peur» (Mt 10, 26.28.31). Peu avant, il leur a parlé des persécutions qu’ils devront endurer à cause de l’Evangile, une réalité encore actuelle: l’Eglise, en effet, depuis ses origines, a connu, en même temps que des joies — et il y en a eu beaucoup! —, de nombreuses persécutions. Cela semble paradoxal: l’annonce du Royaume de Dieu est un message de paix et de justice, fondé sur la charité fraternelle et le pardon, et pourtant elle se heurte à des oppositions, des violences et des persécutions. Jésus, cependant, nous dit de ne pas avoir peur: non pas parce que tout ira bien dans le monde, non, mais parce que pour le Père, nous sommes précieux et que rien de ce qui est bon ne sera perdu. Il nous dit donc de ne pas nous laisser bloquer par la peur, mais de craindre plutôt une autre chose, une seule chose. Quelle est cette chose que Jésus nous dit de craindre?
Nous le découvrons à travers une image que Jésus utilise aujourd’hui: celle de la «Géhenne» (cf. v. 28). La vallée de «Hinnom» était un lieu que les habitants de Jérusalem connaissaient bien: c’était la grande décharge de la ville. Jésus en parle pour dire que la vraie peur à avoir est celle de jeter sa vie. Jésus dit: «Oui, ayez peur de cela». Comme pour dire: il ne faut pas tant avoir peur de subir des incompréhensions et des critiques, de perdre du prestige et des avantages économiques pour rester fidèles à l’Evangile, mais de gaspiller son existence à courir après des choses insignifiantes, qui ne donnent pas de sens à la vie.
Et ceci est également important pour nous. Aujourd’hui encore, en effet, on peut être moqué ou discriminé si l’on ne suit pas certains modèles à la mode qui, pourtant, mettent souvent au centre des réalités de second ordre: par exemple, les choses au lieu des personnes, les performances au lieu des relations. Prenons quelques exemples. Je pense aux parents, qui doivent travailler pour subvenir aux besoins de leur famille, mais qui ne peuvent pas vivre uniquement pour leur travail: ils ont besoin du temps nécessaire pour être avec leurs enfants. Je pense aussi à un prêtre ou à une religieuse: ils doivent s’engager dans leur service, mais sans oublier de consacrer du temps à passer avec Jésus, sinon ils tombent dans la mondanité spirituelle et perdent le sens de ce qu’ils sont. Et encore, je pense à un jeune homme ou à une jeune femme, qui a mille engagements et passions: l’école, le sport, des intérêts divers, les téléphones portables et réseaux sociaux, mais qui a besoin de rencontrer des personnes et de réaliser de grands rêves, sans perdre de temps avec des choses qui passent sans laisser de traces.
Tout cela, frères et sœurs, implique un certain renoncement face aux idoles de l’efficacité et du consumérisme, mais cela est nécessaire pour ne pas se perdre dans les choses, qui sont ensuite jetées, comme cela se faisait alors à Géhenne. Et dans les «Géhennes» d’aujourd’hui, en revanche, échouent souvent les personnes: pensons aux derniers, souvent traités comme des déchets et des objets indésirables. Rester fidèle à ce qui compte est exigent; cela implique d’aller à contre-courant, de se libérer des conditionnements de la pensée commune, d’être mis à l’écart par ceux qui «suivent la vague». Mais peu importe, dit Jésus: ce qui compte, c’est de ne pas gaspiller le bien le plus précieux, la vie. Seul cela devrait nous effrayer.
Demandons-nous alors: moi, de quoi ai-je peur? De ne pas avoir ce que j’aime? De ne pas atteindre les objectifs que la société impose? Du jugement des autres? Ou de ne pas plaire au Seigneur et de ne pas faire passer son Evangile en premier? Que Marie, Vierge de la Sagesse, nous aide toujours à être sages et courageux dans les choix que nous faisons.
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ANGÉLUS, Jeudi 29 juin 2023, Solennité des saints Apôtres Pierre et Paul
Aujourd’hui, solennité des saints apôtres Pierre et Paul, dans l’Evangile, Jésus dit à Simon, l’un des Douze: «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise» (Mt 16, 18). Pierre est un nom qui a plusieurs significations: il peut signifier roc, pierre ou simplement caillou. Et en effet, si nous regardons la vie de Pierre, nous retrouvons un peu de ces trois aspects de son nom.
Pierre est un roc: dans de nombreux moments, il est fort et ferme, authentique et généreux. Il quitte tout pour suivre Jésus (cf. Lc 5, 11), il le reconnaît comme le Christ, le Fils du Dieu vivant (Mt 16, 16), il plonge dans le lac pour aller rapidement à la rencontre du Ressuscité (cf. Jn 21, 7). Puis, avec franchise et courage, il annonce Jésus dans le Temple, avant et après avoir été arrêté et flagellé (cf. Ac 3, 12-26; 5, 25-42). La tradition nous parle aussi de sa fermeté face au martyre, qui a eu lieu ici (cf. Clemente Romano, Lettre aux Corinthiens, v, 4). C’est un roc.
Pierre, cependant, est aussi une pierre: c’est un roc, et aussi une pierre, apte à offrir un soutien aux autres: une pierre qui, fondée sur le Christ, sert de soutien aux frères pour la construction de l’Eglise (cf. 1 P 2, 4-8; Ep 2, 19-22). C’est aussi ce que nous trouvons dans sa vie: il répond à l’appel de Jésus avec André, son frère, Jacques et Jean (cf. Mt 4, 18-22); il confirme la volonté des apôtres de suivre le Seigneur (cf. Jn 6, 68); il prend soin de ceux qui souffrent (cf. Ac 3, 6); il promeut et encourage l’annonce commune de l’Evangile (cf. Ac 15, 7-11). Il est une «pierre», un point de référence fiable pour toute la communauté.
Pierre est roc, il est pierre, mais aussi un simple caillou: sa petitesse ressort souvent. Parfois, il ne comprend pas ce que fait Jésus (cf. Mc 8, 32-33; Jn 13, 6-9); face à son arrestation, il est pris de peur et le renie, puis il se repent et pleure amèrement (cf. Lc 22, 54-62), mais il ne trouve pas le courage de se tenir sous la croix. Il s’enferme avec les autres au cénacle, par crainte d’être capturé (cf. Jn 20, 19). A Antioche, il est gêné de se trouver avec les païens convertis — et Paul l’appelle à être cohérent à ce sujet (cf. Ga 2, 11-14) —; enfin, selon la tradition du Quo vadis, il tente de fuir devant le martyre, mais il rencontre Jésus sur la route et trouve le courage de faire demi-tour.
Il y a tout cela en Pierre: la force du roc, la fiabilité de la pierre et la petitesse d’un simple caillou. Ce n’est pas un surhomme: c’est un homme comme nous, comme chacun de nous, qui dit «oui» à Jésus avec générosité dans son imperfection. Mais précisément ainsi, en Lui — comme en Paul et en tous les saints — il apparaît que c’est Dieu qui nous rend forts par sa grâce, qui nous unit par sa charité et qui nous pardonne par sa miséricorde. Et c’est avec cette véritable humanité que l’Esprit forme l’Eglise. Pierre et Paul ont été de vraies personnes, et nous, aujourd’hui plus que jamais, avons besoin de vraies personnes.
A présent, regardons au fond de nous-mêmes et posons-nous des questions à partir du roc, de la pierre et du caillou. A partir du roc: y a-t-il en nous de l’ardeur, du zèle, de la passion pour le Seigneur et l’Evangile, ou est-ce quelque chose qui s’effrite facilement? Et puis, sommes-nous des pierres, non pas des pierres d’achoppement, mais des pierres de construction pour l’Eglise? Travaillons-nous pour l’unité, nous intéressons-nous aux autres, surtout aux plus faibles? Enfin, en pensant au caillou: sommes-nous conscients de notre petitesse? Et surtout: dans nos faiblesses, nous confions-nous au Seigneur, qui accomplit de grandes choses avec ceux qui sont humbles et sincères?
Que Marie, Reine des apôtres, nous aide à imiter la force, la générosité et l’humilité des saints Pierre et Paul.
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ANGÉLUS, Dimanche 2 juillet 2023
Dans l’Evangile d’aujourd’hui, Jésus dit: «Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète» (Mt 10, 41). Trois fois le mot «prophète»; mais qui est le prophète? Certains l’imaginent comme une sorte de magicien qui prédit l’avenir, mais cela est une idée superstitieuse, et le chrétien ne croit pas aux superstitions, comme la magie, les cartes, les horoscopes ou d’autres choses de ce genre. Entre parenthèses: de nombreux, très nombreux chrétiens vont se faire lire les lignes de la main: s’il vous plaît! D’autres décrivent le prophète uniquement comme un personnage du passé, qui a existé avant le Christ pour annoncer sa venue. Pourtant, Jésus lui-même parle aujourd’hui de la nécessité d’accueillir les prophètes; ils existent donc toujours, mais qui sont-ils? Qui est le prophète?
Le prophète, frères et sœurs, c’est chacun de nous: en effet, par le baptême, nous avons tous reçu le don et la mission de la prophétie (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 1268). Le prophète est celui qui, en vertu du Baptême, aide les autres à lire le présent sous l’action de l’Esprit Saint. Cela est très important: lire le présent non pas comme une chronique, mais sous l’action de l’Esprit Saint, qui aide à comprendre les projets de Dieu et à y correspondre. En d’autres termes, il est celui qui indique Jésus aux autres, qui témoigne de lui, qui aide à vivre l’aujourd’hui et à construire le lendemain selon son dessein. Nous sommes donc tous prophètes, témoins de Jésus «afin que brille dans la vie quotidienne, familiale et sociale la vertu de l’Evangile» (Lumen gentium, n. 35). Le prophète est un signe vivant qui indique Dieu aux autres, le prophète est un reflet de la lumière du Christ sur le chemin de ses -frères. Nous pouvons donc nous demander: moi qui ai été «élu prophète» dans le Baptême, est-ce que je parle et, surtout, est-ce que je vis comme témoin de Jésus? Est-ce que j’apporte un peu de sa lumière dans la vie de quelqu’un? Est-ce que je m’interroge à ce sujet? Je me demande: comment est mon témoignage, comment est ma prophétie?
Le Seigneur, dans l’Evangile, demande aussi d’accueillir les prophètes; il est donc important de nous accueillir les uns les autres comme tels, comme porteurs d’un message de Dieu, chacun selon son état et sa vocation, et de le faire là où nous vivons: c’est-à-dire en famille, en paroisse, dans les communautés religieuses, dans les autres domaines de l’Eglise et de la société. L’Esprit a distribué des dons de prophétie dans le saint peuple de Dieu: c’est pourquoi il est bon d’écouter tout le monde. Par exemple, lorsqu’il faut prendre une décision importante, il est bon avant tout de prier, d’invoquer l’Esprit, mais ensuite d’écouter et de dialoguer, confiant que chacun, même le plus petit, a quelque chose d’important à dire, un don prophétique à partager. C’est ainsi que l’on recherche la vérité et que l’on diffuse un climat d’écoute de Dieu et de nos frères, dans lequel les personnes ne se sentent pas accueillies uniquement si elles disent ce qui nous plaît, mais se sentent acceptées et valorisées comme des dons, pour ce qu’elles sont.
Pensons au nombre de conflits qui pourraient être évités et résolus de cette manière, en écoutant les autres avec le désir sincère de se comprendre! Demandons-nous alors enfin: est-ce que je sais accueillir des frères et des sœurs comme dons prophétiques? Est-ce que je crois que j’ai besoin d’eux? Est-ce que je les écoute avec respect, avec le désir d’apprendre? Car chacun de nous a besoin d’apprendre des autres, chacun de nous a besoin d’apprendre des autres.
Que Marie, Reine des prophètes, nous aide à voir et à accueillir le bien que l’Esprit a semé chez les autres.
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ANGÉLUS, Dimanche 9 juillet 2023
L’Evangile d’aujourd’hui rapporte une très belle prière de Jésus, qui s’adresse au Père en disant: «Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits» (Mt 11, 25). Mais de quelles choses Jésus parle-t-il? Et qui sont ces petits à qui ces choses sont révélées? Arrêtons-nous sur ce point: les choses pour lesquelles Jésus loue le Père et les petits qui savent les accueillir.
Les choses pour lesquelles Jésus -loue le Père. Un peu plus tôt, le Seigneur a rappelé quelques-unes de ses œuvres: «Les aveugles voient [...] les lépreux sont purifiés, [...] la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres» (Mt 11, 5), et il en a révélé le sens, en disant que ce sont des signes de l’action de Dieu dans le monde. Le message est donc clair: Dieu se révèle en libérant et en guérissant l’homme — n’oublions pas cela: Dieu se révèle en libérant et en guérissant l’homme —, et il le fait avec un amour gratuit, un amour qui sauve. C’est pourquoi Jésus loue le Père, parce que sa grandeur consiste en l’amour et qu’il n’agit jamais en dehors de l’amour. Mais cette grandeur dans l’amour n’est pas comprise par ceux qui prétendent être grands et se construisent un dieu à leur image: puissant, inflexible, vengeur. En d’autres termes, ces prétentieux ne réussissent pas à accueillir Dieu comme un Père; ceux qui sont imbus d’eux-mêmes, orgueilleux, préoccupés uniquement par leurs propres intérêts — voilà qui sont les prétentieux —, convaincus qu’ils n’ont besoin de personne. Jésus cite à cet égard les habitants de trois villes riches de l’époque, Chorazin, Bethsaïda et Capharnaüm, où il a opéré de nombreuses guérisons, mais dont les habitants sont restés indifférents à sa prédication. Pour eux, les miracles n’étaient que des événements spectaculaires, utiles pour créer la clameur et alimenter les commérages: l’intérêt passager ayant été épuisé, ils les ont archivés, peut-être pour s’occuper d’une quelque autre nouveauté du moment. Ils n’ont pas su accueillir les grandes choses de Dieu.
Les petits, en revanche, savent les accueillir et Jésus -loue le Père pour eux: «Je te bénis» — dit-il — parce que tu as révélé le Royaume des Cieux aux petits. Il le loue pour les simples, qui ont le cœur libre de toute prétention et de tout amour-propre. Les petits sont ceux qui, comme les enfants, se sentent dans le besoin et non dans l’autosuffisance, ils sont ouverts à Dieu et se laissent surprendre par ses œuvres. Ils savent lire ses signes, et s’émerveiller des miracles de son amour! Je demande à chacun de vous, et je me pose la question à moi aussi: savons-nous nous émerveiller des choses de Dieu ou bien les considérons-nous comme des choses passagères?
Frères et sœurs, notre vie, si nous y réfléchissons, est pleine de miracles: elle est pleine de gestes d’amour, de signes de la bonté de Dieu. Face à eux, cependant, même notre cœur peut rester indifférent et s’habituer, curieux, mais incapable de s’étonner, de se laisser «impressionner». Un cœur fermé, un cœur blindé, et qui n’a pas la capacité de s’étonner. Impressionner est un beau verbe qui fait penser à la pellicule d’un photographe. Voilà la bonne attitude devant les œuvres de Dieu: photographier ses œuvres dans l’esprit, pour qu’elles s’impriment dans le cœur, et les développer ensuite dans la vie, à travers de nombreux gestes de bien, pour que la «photographie» de Dieu-amour devienne toujours plus lumineuse en nous et à travers nous.
Et à présent, demandons-nous, chacun de nous: dans le flot d’informations qui nous submergent, est-ce que, comme nous le montre Jésus aujourd’hui, je sais m’arrêter sur les grandes choses que Dieu accomplit? Est-ce que je me laisse surprendre comme un enfant par le bien qui change silencieusement le monde, ou bien ai-je perdu la capacité de m’émerveiller? Et est-ce que je bénis chaque jour le Père pour ses œuvres? Que Marie, qui a exulté dans le Seigneur, nous rende capables de nous émerveiller de son amour et de le louer avec simplicité.
ANGÉLUS, Dimanche 16 juillet 2023
Aujourd’hui, l’Evangile nous présente la parabole du semeur (cf. Mt 13, 1-23). L’image de la «semence» est une très belle image que Jésus utilise pour décrire le don de sa Parole. Imaginons une graine: elle est petite, à peine visible, mais elle fait pousser des plantes qui portent du fruit. La Parole de Dieu est ainsi; pensons à l’Evangile, un petit livre, simple et à la portée de tous, qui produit une vie nouvelle chez ceux qui l’accueillent. Donc, si la Parole est la semence, nous sommes la terre: nous pouvons la recevoir ou pas. Mais Jésus, le «bon semeur», ne se lasse pas de la semer avec générosité. Il connaît notre sol, il sait que les pierres de notre inconstance et les épines de nos vices (cf. v. 21-22) peuvent étouffer la Parole, pourtant, il espère toujours que nous pourrons porter un fruit abondant (cf. v. 8).
C’est ce que fait le Seigneur, et c’est ce que nous sommes appelés à faire nous aussi: à semer sans se lasser. Mais comment peut-on faire cela, semer constamment, sans se lasser? Prenons quelques exemples.
Tout d’abord, les parents : ils sèment le bien et la foi dans leurs enfants, et ils sont appelés à le faire sans se décourager si parfois ceux-ci ne semblent pas comprendre et ne pas apprécier leurs enseignements, ou si la mentalité du monde «va dans le sens contraire». La bonne semence demeure, c’est ce qui compte, et elle prendra racine en temps voulu. Mais si, cédant à la méfiance, ils renoncent à semer et laissent leurs enfants à la merci des modes et des smartphones, sans leur consacrer du temps, sans les éduquer, alors la terre fertile se remplira de mauvaises herbes. Parents, ne vous lassez jamais de semer chez vos enfants!
Regardons ensuite les jeunes: eux aussi peuvent semer l’Evangile dans les sillons de la vie quotidienne. Par exemple à travers la prière : c’est une petite graine que l’on ne voit pas, mais avec laquelle on confie à Jésus tout ce que l’on vit, et Lui peut la faire mûrir. Mais je pense aussi au temps que l’on consacre aux autres, aux plus nécessiteux: il peut sembler perdu, mais en réalité, c’est un temps saint, tandis que les satisfactions apparentes du consumérisme et de l’hédonisme nous laissent les mains vides. Et je pense aux études: c’est vrai, elles sont fatigantes et ne donnent pas de satisfaction immédiate, comme lorsque l’on sème, mais elles sont indispensables pour construire un avenir meilleur pour tous.
Nous avons vu les parents, nous avons vu les jeunes, à présent, -voyons les semeurs de l’Evangile, les nombreux bons prêtres, religieux et laïcs engagés dans l’annonce, qui vivent et prêchent la Parole de Dieu souvent sans enregistrer de succès immédiat. N’oublions jamais, lors-que nous proclamons la Parole, que même là où rien ne semble se passer, en réalité, l’Esprit Saint est à l’œuvre et le -royaume de Dieu croît déjà, à travers et au-delà de nos efforts. C’est pourquoi allons de l’avant avec joie! Souvenons-nous des personnes qui ont planté la semence de la Parole de Dieu dans notre vie — que chacun de nous pense: «comment a commencé la foi?» —: elle a peut-être germé des années après que nous ayons croisé leurs exemples, mais c’est précisément grâce à elles que c’est arrivé!
A la lumière de tout cela, nous pouvons nous demander: est-ce que je sème le bien? Est-ce que je me préoccupe uniquement de récolter pour moi-même ou est-ce que je sème aussi pour les autres? Est-ce que je sème quelques graines de l’Evangile dans ma vie de tous les jours: dans mes études, mon travail, mes loisirs? Est-ce que je me décourage ou, comme Jésus, est-ce que je continue à semer, même si je ne vois pas de résultats immédiats? Que Marie, que nous vénérons aujourd’hui comme Notre-Dame du Mont Carmel, nous aide à être des semeurs généreux et joyeux de la Bonne Nouvelle.
ANGÉLUS, Dimanche 23 juillet 2023
L’Evangile d'aujourd'hui nous offre la parabole du blé et de l'ivraie (cf. Mt 13, 24-43). Un agriculteur, qui a semé du bon grain dans son champ, découvre qu'un ennemi nocturne y a semé de l'ivraie, une plante qui ressemble beaucoup au blé, mais qui est une mauvaise herbe.
C’est de cette façon que Jésus parle de notre monde, qui est en effet comme un grand champ, où Dieu sème le blé et le malin l'ivraie, et où le bien et le mal poussent donc ensemble. Le bien et le mal poussent ensemble. Nous le voyons dans les informations, dans la société, mais aussi dans la famille et dans l'Eglise. Et quand, à côté du bon grain, nous voyons de mauvaises herbes, nous avons envie de les arracher tout de suite, pour faire «table rase». Mais le Seigneur nous avertit aujourd'hui qu'il s'agit d'une tentation: nous ne pouvons pas créer un monde parfait et nous ne pouvons pas faire le bien en détruisant hâtivement ce qui est mauvais, parce que cela a des effets plus graves: nous finissons — comme on dit — par «jeter le bébé avec l'eau du bain».
Il y a cependant un deuxième champ où nous pouvons et devons faire le ménage: c'est le champ de notre cœur, le seul sur lequel nous puissions intervenir directement. Là aussi, il y a le blé et l'ivraie, et c'est même à partir de là qu'ils se répandent dans le grand champ du monde. Frères et sœurs, notre cœur, en effet, est le champ de la liberté: ce n'est pas un laboratoire aseptisé, mais un espace ouvert et donc vulnérable. Pour le cultiver correctement, il faut d'une part prendre soin avec constance des délicates pousses de bien et, d'autre part, identifier et éradiquer les mauvaises herbes, au bon moment. Alors, regardons à l'intérieur et examinons ce qui se passe, ce qui pousse en moi, ce qui pousse en moi, de bien et de mal. Il existe une belle méthode pour ce faire: c'est l'examen de conscience, qui est de voir ce qui est arrivé aujourd’hui dans ma vie, ce qui a frappé mon cœur et quelles décisions j’ai prises. Et cela sert précisément à vérifier, à la lumière de Dieu, où se trouvent les mauvaises herbes et où se trouve le bon grain.
Après le champ du monde et le champ du cœur, il y en a un troisième. Nous pouvons l'appeler le champ du prochain. Il s'agit des personnes que nous fréquentons tous les jours et que nous jugeons souvent. Comme il nous est est facile de reconnaître leur ivraie! Comme nous aimons «éplucher» les autres! Et comme il est difficile, au contraire, de savoir y déceler le bon grain qui pousse! Rappelons-nous cependant que si nous voulons cultiver les champs de la vie, il est important de chercher avant tout l'œuvre de Dieu: apprendre à voir dans les autres, dans le monde et en nous-mêmes la beauté de ce que le Seigneur a semé, le blé baigné de soleil avec ses épis dorés. Frères et sœurs, demandons la grâce de pouvoir le voir en nous-mêmes, mais aussi chez les autres, à commencer par ceux qui sont proches de nous. Ce n'est pas un regard ingénu, c'est un regard croyant, car Dieu, l'agriculteur du grand champ du monde, aime voir le bien et le faire grandir jusqu'à faire de la récolte une fête!
Aujourd'hui encore, nous pouvons donc nous poser quelques questions. En pensant au champ du monde: est-ce que je sais dépasser la tentation de «mettre tout dans le même panier», de faire table rase des autres avec mes jugements? Ensuite, en pensant au champ du cœur: suis-je honnête dans la recherche des mauvaises herbes en moi et résolu à les jeter dans le feu de la miséricorde de Dieu? Et en pensant au champ du voisin: ai-je la sagesse de voir ce qui est bon sans me décourager devant les limites et les lenteurs des autres?
Que la Vierge Marie nous aide à cultiver patiemment ce que le Seigneur sème dans les champs de la vie, dans mon champ, dans celui du voisin, dans le champ de tous.
ANGÉLUS, Dimanche 30 juillet 2023
Aujourd’hui, l’Evangile raconte la parabole d’un marchand à la recherche de perles précieuses. Celui-ci, dit Jésus, «ayant trouvé une de grand prix, s’en est allé vendre tout ce qu’il possédait et il l’a achetée» (Mt 13, 46). Arrêtons-nous un peu sur les gestes de ce marchand, qui d’abord cherche, puis trouve et enfin achète.
Premier geste: chercher. Il s’agit d’un marchand entreprenant, qui ne reste pas immobile, mais qui quitte sa maison et part à la recherche de perles précieuses. Il ne dit pas: «Je me contente de celles que j’ai», il en cherche de plus belles. Et cela nous invite à ne pas nous enfermer dans l’habitude, dans la médiocrité de ceux qui se contentent, mais à raviver le désir, afin que le désir de chercher, d’aller de l’avant ne s’éteigne pas ; à cultiver des rêves de bien, à chercher la nouveauté du Seigneur, parce que le Seigneur n’est pas répétitif, il apporte toujours une nouveauté, la nouveauté de l’Esprit, il rend toujours nouvelles les réalités de la vie (cf. Ap 21, 5). Et nous devons toujours avoir cette attitude : chercher.
Le deuxième geste du marchand est de trouver. C’est une personne attentive, qui «a l’œil» et qui sait reconnaître une perle de grande valeur. Ce n’est pas facile. Pensons, par exemple, aux fascinants bazars orientaux, où les étals, remplis de marchandises, sont entassés le long des murs de rues pleines de monde; ou à certaines échoppes que l’on voit dans de nombreuses villes, remplies de livres et d’objets divers. Parfois, sur ces marchés, si l’on s’arrête pour regarder de près, on peut découvrir des trésors: des objets précieux, des volumes rares que l’on ne remarque pas au premier coup d’œil, parce qu’ils sont mélangés à tout le reste, ils ne se voient pas au premier regard. Mais le marchand de la parabole a un œil attentif et sait trouver, il sait «discerner» pour trouver la perle. Cela aussi est une leçon pour nous : chaque jour, à la maison, dans la rue, au travail, en vacances, nous avons l’occasion de déceler le bien. Et il est important de savoir trouver ce qui compte: nous entraîner à reconnaître les pierres précieuses de la vie et à les distinguer de la camelote. Ne perdons pas notre temps et notre liberté pour des choses insignifiantes, des passe-temps qui nous laissent vides à l’intérieur, alors que la vie nous offre chaque jour la perle précieuse de la rencontre avec Dieu et avec les autres! Il est nécessaire de savoir la reconnaître: discerner pour la trouver.
Et dernier geste du marchand: il achète la perle. Se rendant compte de son immense valeur, il vend tout, sacrifie tous ses biens pour l’avoir. Il change radicalement l’inventaire de son magasin; il ne reste plus que cette perle: c’est sa seule richesse, le sens de son présent et de son avenir. Cela aussi est une invitation pour nous. Mais quelle est cette perle pour laquelle on peut tout abandonner, celle dont le Seigneur nous parle? Cette perle, c’est lui-même, c’est le Seigneur! Chercher le Seigneur et trouver le Seigneur, vivre avec le Seigneur. La perle est Jésus: c’est Lui la perle précieuse de la vie, qu’il faut chercher, trouver et faire sienne. Il vaut la peine de tout investir sur Lui car, quand on rencontre le Christ, la vie change. Si tu rencontres le Christ, ta vie change.
Reprenons alors les trois actes du marchand — chercher, trouver, acheter — et posons-nous quelques questions. Chercher : dans ma vie, suis-je en recherche? Est-ce que je me sens bien, arrivé, satisfait, ou est-ce que j’entraîne mon désir de bien ? Suis-je à la « retraite spirituelle » ? Combien de jeunes sont à la retraite! Deuxième geste, trouver: est-ce que je m’entraîne à discerner ce qui est bon et qui vient de Dieu, en sachant renoncer à ce qui me laisse peu ou rien? Enfin, acheter: est-ce que je sais me dépenser pour Jésus? Est-il pour moi à la première place, est-il le plus grand bien de la vie? Il serait beau de lui dire aujourd’hui : « Jésus, Tu es mon plus grand bien». Que chacun le dise à présent dans son cœur : « Jésus, Tu es mon plus grand bien ». Que Marie nous aide à chercher, à trouver et à embrasser Jésus de tout notre être.
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