ANGÉLUS, Dimanche 13 août 2023
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, l'Evangile raconte un miracle particulier de Jésus: de nuit, il marche sur les eaux de la mer de Galilée à la rencontre des disciples qui accomplissent la traversée en barque (cf. Mt 14, 22-33). Nous nous demandons: Pourquoi Jésus a-t-il fait ce geste? Comme un spectacle? Non! Mais pourquoi? Peut-être par nécessité urgente et imprévisible, pour venir en aide aux siens qui sont bloqués par le vent contraire? Non, parce que c'est lui-même qui a tout prévu, qui les a fait partir le soir, et même — dit le texte — les «obligeant» (cf. v. 22). Peut-être pour leur donner une démonstration de grandeur et de puissance? Mais cela ne lui ressemble pas, lui qui est si simple. Alors pourquoi l'a-t-il fait? Pourquoi a-t-il voulu marcher sur les eaux?
Derrière le fait de marcher sur l'eau, il y a un message non immédiat, un message à saisir pour nous. En effet, à l'époque, les grandes étendues d'eau étaient considérées comme le siège de forces maléfiques que l'homme ne pouvait dominer; surtout lorsqu'elles étaient agitées par la tempête, les profondeurs symbolisaient le chaos et rappelaient les ténèbres des enfers. Or, les disciples se trouvent au milieu du lac, dans l'obscurité: ils ont peur de sombrer, d'être aspirés par le mal. Et voici qu’arrive Jésus, qui marche sur les eaux, c'est-à-dire sur les forces du mal. Il marche sur les forces du mal et dit à ses disciples: «Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte» (v. 27). C’est tout un message que Jésus nous donne. Voici la signification du signe: les forces du mal, qui nous effraient et que nous ne parvenons pas à dominer, sont immédiatement redimensionnées avec Jésus. En marchant sur l'eau, il veut nous dire: «N'ayez pas peur, je mettrai vos ennemis sous vos pieds» — c’est un beau message: «je mettrai vos ennemis sous vos pieds» —: non pas les personnes, ce ne sont pas elles les ennemis, mais la mort, le péché, le diable: voici les ennemis des gens, nos ennemis. Et Jésus foule aux pieds ces ennemis pour nous.
Le Christ répète aujourd'hui à chacun de nous: «Ayez confiance, c'est moi, soyez sans crainte» Confiance, parce que je suis là, parce que vous n'êtes plus seuls dans les eaux agitées de la vie. Alors, que faire lorsque nous nous trouvons en pleine mer et à la merci des vents contraires? Que faire dans la peur, lorsque nous ne voyons que l'obscurité et que nous nous sentons perdus? Nous devons faire deux choses, que les disciples font dans l'Evangile. Que font les disciples? ils invoquent et accueillent Jésus. Aux moments les plus difficiles, les plus sombres, de tempête, invoquer Jésus et accueillir Jésus.
Les disciples invoquent Jésus: Pierre marche un peu sur les eaux vers Jésus, mais il a peur, il coule et il s'écrie alors: «Seigneur, sauve-moi!» (v. 30). Il invoque Jésus, il appelle Jésus. Cette prière est belle, elle exprime la certitude que le Seigneur peut nous sauver, qu'il vainc notre mal et nos peurs. Je vous invite à la répéter à présent tous ensemble: Seigneur, sauve-moi! Ensemble, trois fois: Seigneur sauve-moi, Seigneur sauve-moi, Seigneur sauve-moi!
Puis les disciples accueillent. D’abord ils invoquent, puis ils accueillent Jésus dans la barque. Le texte dit que dès qu'il est monté à bord, «le vent tomba» (v. 32). Le Seigneur sait que la barque de la vie, tout comme la barque de l'Eglise, est menacée par des vents contraires et que la mer sur laquelle nous naviguons est souvent agitée. Il ne nous préserve pas de la fatigue de naviguer, au contraire — l'Evangile le souligne — il pousse les siens à prendre le large: c'est-à-dire à affronter les difficultés, afin qu'elles deviennent elles aussi des lieux de salut, des occasions de le rencontrer. Lui, en effet, dans nos moments d'obscurité, vient à notre rencontre, demandant à être accueilli, comme cette nuit-là sur le lac.
Demandons-nous donc: dans les peurs, dans les difficultés, comment est-ce que je me comporte? Est-ce que je vais de l’avant seul, avec mes propres forces, ou est-ce que j’invoque le Seigneur avec confiance? Et que dire de ma foi? Est-ce que je crois que le Christ est plus fort que les vagues et les vents contraires? Mais surtout: est-ce que je navigue avec Lui? Est-ce que je l'accueille, est-ce que je lui fais de la place dans la barque de la vie — jamais seul, toujours avec Jésus —, est-ce que je lui confie la barre?
Que Marie, Mère de Jésus, étoile de la mer, nous aide à chercher, dans les traversées obscures, la lumière de Jésus.
ANGÉLUS, Mardi 15 août 2023
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, solennité de l’Assomption de la Vierge Marie, nous contemplons son ascension, corps et âme, vers la gloire du Ciel. L’Evangile d’aujourd’hui nous la présente également alors qu’elle monte, cette fois-ci vers une «région montagneuse» (Lc 1, 39). Et pourquoi monte-t-elle? Pour aider sa cousine Elisabeth, et elle y proclame le cantique joyeux du Magnificat. Marie monte et la Parole de Dieu nous révèle ce qui la caractérise dans sa montée: le service du prochain et la louange à Dieu. Les deux choses: Marie est la femme du service au prochain et Marie est la femme qui loue Dieu. L’évangéliste Luc raconte d’ailleurs la vie du Christ lui-même comme une montée vers le haut, vers Jérusalem, lieu du don de soi sur la croix, et il décrit aussi de la même manière le chemin de Marie. Jésus et Marie, en définitive, parcourent le même chemin: deux vies qui montent vers le haut, en glorifiant Dieu et en servant leurs frères. Jésus comme Rédempteur, qui donne sa vie pour nous, pour notre justification; Marie comme la servante qui va servir: deux vies victorieuses sur la mort et qui ressuscitent; deux vies dont les secrets sont le service et la louange. Arrêtons-nous sur ces deux aspects: service et louange.
Le service. C’est en nous abaissant pour servir nos frères que nous nous élevons: c’est l’amour qui élève la vie. Nous allons servir nos frères et à travers ce service, nous allons «en haut». Mais servir n’est pas facile: la Vierge, qui vient de concevoir, parcourt près de 150 kilomètres pour rejoindre, de Nazareth, la maison d’Elisabeth. Aider coûte des efforts, pour nous tous. Nous en faisons toujours l’expérience, dans la fatigue, la patience et les préoccupations qu’implique le fait de s’occuper des autres. Pensons, par exemple, aux kilomètres que de nombreuses personnes parcourent chaque jour pour se rendre à leur travail et en revenir, et pour accomplir de nombreuses tâches en faveur de leur prochain; pen-sons aux sacrifices de temps et de sommeil pour s’occuper d’un enfant en bas âge ou d’une personne âgée; et à l’engagement de servir ceux qui n’ont rien à donner en retour, aussi bien dans l’Eglise que dans le bénévolat. C’est fatigant, mais c’est aller vers le haut, c’est gagner le Ciel! C’est un véritable service.
Mais le service risque d’être stérile sans la louange à Dieu. En effet, lorsque Marie entre dans la maison de sa cousine, elle loue le Seigneur. Elle ne parle pas de la fatigue de son voyage, mais de son cœur jaillit un chant de jubilation. Car celui qui aime Dieu connaît la louange. Et l’Evangile d’aujourd’hui nous montre «une cascade de louanges»: l’enfant tressaillit d’allégresse dans le sein d’Elisabeth (cf. Lc 1, 44), qui prononce des paroles de bénédiction et «la première béatitude»: «Bienheureuse celle qui a cru» (Lc 1, 45); et tout cela culmine avec Marie, qui proclame le Magnificat (cf. Lc 1, 46-55). La louange augmente la joie. La louange est comme une échelle: elle élève les cœurs. La louange élève les esprits et vainc la tentation de s’abattre. Avez-vous remarqué que les gens ennuyeux, ceux qui vivent dans les commérages, sont incapables de louer? Demandez-vous: suis-je capable de louer? Qu’il est bon de louer Dieu chaque jour, et les autres aussi! Qu’il est bon de vivre dans la gratitude et la bénédiction plutôt que dans les regrets et les plaintes, d’élever le regard vers l’autre plutôt que de bouder! Les plaintes: il y a des gens qui se plaignent tous les jours. Mais savez-vous, Dieu est proche de vous, il voit qu’il t’a créé, il voit les choses qu’il t’a données. Loue, loue! Et cela est un salut spirituel.
Service et louange. Essayons de nous interroger à ce sujet: est-ce que je vis mon travail et mes occupations quotidiennes dans un esprit de service ou avec égoïsme? Est-ce que je me consacre à quelqu’un gratuitement, sans rechercher de bénéfice immédiat? Bref, est-ce que je fais du service la «rampe de lancement» de ma vie? Et en pensant à la louange: est-ce que je sais, comme Marie, exulter en Dieu (cf. Lc 1, 47)? Est-ce que je prie en bénissant le Seigneur? Et, après l’avoir loué, est-ce que je répands sa joie parmi les personnes que je rencontre? Que chacun de nous recherche les réponses à ces questions.
Que notre Mère, élevée au Ciel, nous aide à nous élever chaque jour à travers le service et la louange.
ANGÉLUS, Dimanche 20 août 2023
Chers frères et sœurs, bonjour!
Aujourd’hui, l’Evangile raconte la rencontre de Jésus avec une femme cananéenne, en dehors du territoire d’Israël (cf. Mt 15, 21-28). Elle lui demande de libérer sa fille, tourmentée par un démon, mais le Seigneur ne l’écoute pas. Elle insiste, et les disciples lui conseillent de l’exaucer pour qu’elle arrête, mais Jésus explique que sa mission est destinée aux enfants d’Israël, et utilise cette image: «Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens». Et la femme répond: «Oui, Seigneur! dit-elle, et justement les petits chiens mangent des miettes qui tombent de la table de leurs maîtres!». Alors Jésus lui dit: «“O femme, grande est ta foi! Qu’il t’advienne selon ton désir!”. Et de ce moment sa fille fut guérie» (v. 26-28). C’est une belle histoire, et elle est arrivée à Jésus.
Nous voyons que Jésus change d’attitude, et ce qui le fait changer, c’est la force de la foi de cette femme. Arrêtons-nous donc brièvement sur ces deux aspects: le changement de Jésus et la foi de la femme.
Le changement de Jésus. Il adressait sa prédication au peuple élu; puis, l’Esprit Saint aurait poussé l’Eglise jusqu’aux extrémités de la terre. Mais ici se déroule, pourrions-nous dire, une anticipation, par laquelle, dans l’épisode de la femme cananéenne, l’universalité de l’œuvre de Dieu se manifeste déjà. Cette disponibilité de Jésus est intéressante: face à la prière de la femme, il «anticipe les projets», face à son cas concret, il devient encore plus condescendant et compatissant. Dieu est ainsi: il est amour, et celui qui aime ne reste pas rigide. Oui, il reste ferme, mais pas rigide. Il ne reste pas rigide sur ses positions, mais se laisse porter et émouvoir; il sait changer ses plans. L’amour est créatif et nous, chrétiens, si nous voulons imiter le Christ, nous sommes invités à la disponibilité du changement. Cela nous fait beaucoup de bien dans nos relations, mais aussi dans la vie de foi, d’être dociles, d’écouter vraiment, de nous laisser attendrir au nom de la compassion et du bien d’autrui, comme Jésus avec la Cananéenne. La docilité pour changer. Des cœurs dociles pour changer.
Regardons alors la foi de la femme, que le Seigneur loue en disant qu’elle est «grande» (v. 28). Pour les disciples, seule son insistance semble grande, alors que Jésus voit la foi. Si nous y réfléchissons, cette femme étrangère ne connaissait probablement pas grand-chose, voire rien du tout, des lois et des préceptes religieux d’Israël. En quoi consiste alors sa foi? Elle n’est pas riche de concepts, mais de faits: la Cananéenne s’approche, se prosterne, insiste, instaure un dialogue étroit avec Jésus, elle surmonte tous les obstacles pour pouvoir lui parler. Voilà le caractère concret de la foi, qui n’est pas une étiquette religieuse, mais une relation personnelle avec le Seigneur. Combien de fois tombe-t-on dans la tentation de confondre la foi avec une étiquette! La foi de la femme n’est pas faite d’étiquette théologique, mais d’insistance; elle frappe à la porte, elle frappe, elle frappe; elle n’est pas faite de paroles, mais de prière. Et Dieu ne résiste pas quand on le prie. C’est pourquoi il a dit: «Demandez et l’on vous donnera; cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira» (Mt 7, 7).
Frères et sœurs, à la lumière de tout cela, nous pouvons nous poser quelques questions. En commençant par le changement de Jésus, par exemple: suis-je capable de changer d’avis? Suis-je capable d’être compréhensif et compatissant ou est-ce que je reste figé sur mes positions? Mon cœur est-il rigide? Ce qui n’est pas de la fermeté, la rigidité est mauvaise, la fermeté est bonne. Et à partir de la foi de la femme: comment est ma foi? S’arrête-t-elle à des concepts et des mots, ou est-elle vraiment vécue, par la prière et les actes? Est-ce que je sais dialoguer avec le Seigneur, est-ce que je sais insister avec Lui, ou est-ce que je me contente de réciter une belle formule? Que la Vierge nous rende disponibles au bien et concrets dans notre foi.
ANGÉLUS, Dimanche 27 août 2023
Aujourd’hui, dans l’Evangile (cf. Mt 16, 13-20), Jésus demande aux disciples — une belle question: «Au dire des gens, qu’est le Fils de l’homme?» (v. 13).
C’est une question que nous pouvons nous poser nous aussi: que disent les gens de Jésus? Généralement de bonnes choses: beaucoup le voient comme un grand maître, comme une personne spéciale: bonne, juste, cohérente, courageuse... Mais cela suffit-il pour comprendre qui il est, et surtout cela suffit-il à Jésus? Il semble que non. S’il n’était qu’un personnage du passé — comme l’étaient pour les gens de l’époque les personnes mentionnées dans l’Evangile, Jean-Baptiste, Moïse, Elie et les grands prophètes —, il ne serait qu’un beau souvenir d’une époque révolue. Et cela ne convient pas à Jésus. C’est pourquoi, immédiatement après, le Seigneur pose aux disciples la question décisive: «Mais pour vous — vous! — qui suis-je?» (v. 15). Qui suis-je pour vous maintenant Jésus ne veut pas être un protagoniste de l’histoire, mais il veut être un protagoniste de votre aujourd’hui pas un prophète lointain, Jésus veut être le Dieu proche!
Le Christ, frères et sœurs, n’est pas un souvenir du passé, mais le Dieu du présent. S’il n’était qu’un personnage historique, l’imiter aujourd’hui serait impossible: nous nous trouverions devant le grand fossé du temps et surtout devant son modèle, qui est comme une montagne très haute et inaccessible; nous voudrions l’escalader, mais nous n’en aurions pas la capacité ni les moyens nécessaires. Au contraire, Jésus est vivant: souvenons-nous de cela, Jésus vit dans l’Eglise, vit dans le monde, Jésus nous accompagne, Jésus est à nos côtés, il nous offre sa sa Parole, il nous offre sa grâce, qui nous éclairent et nous réconfortent sur le chemin: lui, guide expert et sage, est heureux de nous accompagner sur les sentiers les plus difficiles et les montées les plus inaccessibles. Chers frères et sœurs, sur le chemin de la vie nous ne sommes pas seuls, car le Christ est avec nous et nous aide à marcher, comme il l’a fait avec Pierre et avec les autres disciples. C’est précisément Pierre, dans l’Evangile d’aujourd’hui, qui le comprend et qui, par la grâce, reconnaît en Jésus «le Christ, le Fils du Dieu vivant» (v. 16): «Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant», dit Pierre; non pas un personnage du passé, mais le Christ, c’est-à-dire le Messie, celui qui est attendu; non pas un héros défunt, mais le Fils du Dieu vivant, fait homme et venu partager les joies et les peines sur notre chemin. Ne nous décourageons pas si, parfois, le sommet de la vie chrétienne semble trop élevé et le chemin trop escarpé. Regardons toujours Jésus; regardons Jésus qui marche à nos côtés, qui accueille nos fragilités, partage nos efforts et pose son bras ferme et doux sur nos faibles épaules. Avec Lui à nos côtés, tendons-nous nous aussi la main les uns aux autres et renouvelons notre confiance: avec Jésus, ce qui nous semble impossible seul, ne l’est plus, avec Jésus, on peut aller de l’avant!
Aujourd’hui, il nous fera du bien de répéter la question décisive qui sort de sa bouche: «Mais pour vous, qui suis-je?» (cf. v. 15). Pour toi — Jésus te dit — qui suis-je? Ecoutons la voix de Jésus qui nous dit cela. En d’autres termes: pour moi, qui est Jésus? Un grand personnage, une référence, un modèle inaccessible? Ou bien c’est le Fils Dieu, qui marche à mes côtés, qui peut me conduire au sommet de la sainteté, là où seul, je ne peux arriver? Jésus est-il vraiment vivant dans ma vie, est-ce qu’il vit avec moi? Est-il mon Seigneur? Est-ce que je me confie à Lui dans les moments difficiles? Est-ce que je cultive sa présence à travers la Parole, à travers les Sacrements? Est-ce que je me laisse guider par Lui, avec mes frères et sœurs, dans la communauté?
Que Marie, Mère du Chemin, nous aide à sentir son Fils vivant et présent à nos côtés.
ANGÉLUS, Dimanche 10 septembre 2023
Aujourd'hui, l'Evangile nous parle de la correction fraternelle (cf. Mt 18, 15-20), qui est l'une des expressions les plus élevées de l'amour, mais aussi l'une des plus exigeantes, car il n'est pas facile de corriger les autres. Lors-qu'un frère dans la foi commet une faute contre toi, aide-le sans rancune, corrige-le: aider en corrigeant.
Malheureusement, en revanche, ce qui se crée souvent autour de celui qui commet une faute, c'est la médisance, où tout le monde apprend la faute, avec tous les détails, sauf la personne concernée! Cela n'est pas juste, frères et sœurs, cela ne plaît pas à Dieu. Je ne me lasse pas de répéter que la médisance est un fléau pour la vie des personnes et des communautés, car elle apporte la division, la souffrance, le scandale, et elle n'aide jamais à s'améliorer, elle n’aide jamais à grandir. Un grand maître spirituel, saint Bernard, disait que la curiosité stérile et les paroles superficielles sont les premiers échelons de l'échelle de l'orgueil, qui ne mène pas vers le haut, mais vers le bas, précipitant l'homme vers la perdition et la ruine (cf. Les degrés de l'humilité et de l'orgueil ).
Jésus, en revanche, nous enseigne à nous comporter différemment. Voici ce qu'il dit aujourd'hui: «Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère» (v. 15). Parle-lui en «tête-à-tête», parle-lui loyalement, pour l'aider à comprendre où il a fauté. Et fais cela pour son bien, en surmontant la honte et en trouvant le vrai courage, qui n'est pas de médire, mais de dire les choses en face avec douceur et gentillesse.
Mais nous pouvons nous demander, et si cela ne suffit pas? S'il ne comprend pas? Alors, il faut chercher de l'aide. Attention cependant: pas celle du groupe qui médit! Jésus dit: «Prends avec toi une ou deux personnes» (v. 16), c'est-à-dire des personnes qui veulent vraiment aider ce frère ou cette sœur qui a fauté.
Et s'il ne comprend toujours pas? Alors, dit Jésus, implique la communauté. Mais précisons également ici: cela ne signifie pas couvrir la personne de honte, en lui faisant honte publiquement, mais rassembler les efforts de tous pour l'aider à changer. Pointer du doigt n'est pas la bonne façon de faire, cela rend souvent plus difficile pour celui qui a fauté de reconnaître son erreur. Au contraire, la communauté doit, à lui ou à elle, faire sentir que, tout en condamnant l'erreur, elle est proche de la personne par la prière et l'affection, toujours prête à offrir le pardon, la compré-hension, et à recommencer.
Alors nous nous posons la question: comment est-ce que je me comporte envers celui ou celle qui m’a fait du tort? Je garde cela en moi et je nourris de la rancune? «Tu me le paieras»: cette phrase qui revient souvent, «tu me le paieras...». Est-ce que j’en fais un sujet de médisance dans son dos? «Tu sais ce qu’il a fait?» et ainsi de suite... Ou bien je suis courageux, courageuse, et j'essaie de lui parler? Je prie pour lui ou pour elle, je demande de l'aide pour faire du bien? Et nos communautés, prennent-elles en charge ceux qui tombent, afin qu'ils puissent se relever et commencer une nouvelle vie? Pointent-elles du doigt ou ouvrent-elles leurs bras? Que fais-tu: pointes-tu du doigt ou ouvres-tu tes bras?
Que Marie, qui a continué à aimer tout en entendant les gens condamner son Fils, nous aide à chercher toujours le chemin du bien.
ANGÉLUS, Dimanche 17 septembre 2023
Aujourd’hui, l’Evangile nous parle du pardon (cf. Mt 18, 21-35). Pierre demande à Jésus: «Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner? Irai-je jusqu’à sept fois?» (v. 21).
Dans la Bible, sept est un chiffre qui indique l’exhaustivité, et Pierre est donc très généreux dans les conditions de sa question. Mais Jésus va plus loin et lui répond: «Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix-sept fois» (v. 22). Il lui dit, en d’autres termes, que lorsque l’on pardonne, on ne calcule pas, qu’il est bon de pardonner tout et toujours! Précisément comme Dieu le fait avec nous, et comme sont appelés à le faire ceux qui administrent le pardon de Dieu: pardonner toujours. Cela, je le dis beaucoup aux prêtres, aux confesseurs: pardonnez toujours comme Dieu pardonne.
Jésus illustre ensuite cette réalité à travers une parabole, qui a toujours trait aux chiffres. Un roi, après avoir été prié, remet à un serviteur une dette de 10.000 talents: c’est une valeur exagérée, immense, qui oscille entre 200 et 500 tonnes d’argent: exagéré! C’était une dette impossible à régler, même en travaillant toute une vie: pourtant ce maître, qui rappelle notre Père, la remet par pure «compassion» (v. 27). Tel est le cœur de Dieu: il pardonne toujours parce que Dieu est plein de compassion. N’oublions pas comment est Dieu: il est proche, plein de compassion et tendre; tel est la façon d’être de Dieu. Mais ce serviteur, dont la dette a été remise, ne fait preuve d’aucune miséricorde pour un autre compagnon qui lui doit 100 deniers. Il s’agit là aussi d’une somme importante, équivalente à environ trois mois de salaire — comme pour dire que se pardonner mutuellement coûte! — mais cette dette n’est pas du tout comparable à la précédente, que le maître avait remise.
Le message de Jésus est clair: Dieu pardonne de manière incalculable, au-delà de toute mesure. Il est ainsi, il agit par amour et par gratuité. Dieu ne s’achète pas, Dieu est gratuit, il est entièrement gratuit. Nous ne pouvons pas lui rendre la pareille, mais lorsque nous pardonnons à notre frère ou à notre sœur, nous l’imitons. Le pardon n’est donc pas une bonne action que l’on peut faire ou ne pas faire: c’est une condition fondamentale pour qui est chrétien. Chacun de nous, en effet, est un «pardonné» ou un «pardonnée»: n’oublions pas cela, nous sommes pardonné, Dieu a donné sa vie pour nous et nous ne pourrions en aucun cas compenser sa miséricorde, qu’il ne retire jamais de son cœur. Cependant, en correspondant à sa gratuité, c’est-à-dire en nous pardonnant les uns les autres, nous pouvons témoigner de lui, en semant une vie nouvelle autour de nous. Car en effet, en dehors du pardon, il n’y a pas d’espérance; en dehors du pardon, il n’y a pas de paix. Le pardon est l’oxygène qui purifie l’air pollué par la haine, le pardon est l’antidote qui guérit les poisons du ressentiment, il est le -moyen de désamorcer la colère et de guérir tant de maladies du cœur qui contaminent la société.
Demandons-nous alors: est-ce que je crois que j’ai reçu de Dieu le don d’un immense pardon? Est-ce que je ressens la joie de savoir qu’Il est toujours prêt à me pardonner quand je tombe, même quand les autres ne le font pas, même quand je ne ne réussis pas à me pardonner à moi-même? Lui pardonne: est-ce que je crois que Lui pardonne? Et encore: sais-je à mon tour pardonner à ceux qui m’ont fait du mal? A ce propos, je voudrais vous proposer un petit exercice: essayons, maintenant, chacun de nous, de penser à une personne qui nous a fait du mal, et demandons au Seigneur la force de lui pardonner. Et pardonnons-lui par amour pour le Seigneur: frères et sœurs, cela nous fera du bien, cela rétablira la paix dans nos cœurs.
Que Marie, Mère de la Miséricorde, nous aide à accueillir la grâce de Dieu et à nous pardonner les uns les autres.
ANGÉLUS, Dimanche 24 septembre 2023
L’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui nous présente une parabole surprenante: le patron d’une vigne sort dès les premières heures du jour jusqu’au soir pour appeler des ouvriers, mais à la fin, il les paie tous de la même façon, même ceux qui n’ont travaillé qu’une heure (cf. Mt 20, 1-16). Cela semblerait injuste, mais la parabole ne doit pas être lue selon des critères de salaire; elle veut plutôt nous montrer les critères de Dieu, qui ne fait pas le calcul de nos mérites, mais nous aime comme des fils.
Arrêtons-nous sur deux actions divines qui émergent du récit. Premièrement, Dieu sort à toutes les heures pour nous appeler; deuxièmement, il rétribue tous avec la même «monnaie».
Tout d’abord, Dieu est Celui qui sort à toutes les heures pour nous appeler. La parabole dit que le maître «sortit à l’aube pour embaucher des ouvriers pour sa vigne» (v. 1), mais il continue à sortir à diverses heures de la journée jusqu’au coucher du soleil, pour chercher ceux que personne n’avait encore pris pour travailler. Nous comprenons ainsi que dans la parabole, les ouvriers ne sont pas seulement des hommes, mais surtout Dieu, qui sort toujours, sans se lasser, toute la journée. C'est ainsi qu’est Dieu: il n’attend pas nos efforts pour venir à notre rencontre, il ne nous fait pas passer un examen pour évaluer nos mérites avant de nous chercher, il ne se décourage pas si nous tardons à lui répondre; au contraire, il a lui-même pris l’initiative et en Jésus il est «sorti» vers nous, pour nous manifester son amour. Et il nous cherche à toutes les heures du jour qui, comme l’affirme saint Grégoire le Grand, représentent les différentes phases et saisons de notre vie jusqu’à la vieillesse (cf. Homélies sur l'Evangile, 19). Pour son cœur, il n’est jamais trop tard, il nous cherche et nous attend toujours. N’oublions pas ceci: le Seigneur nous cherche et nous attend toujours, toujours!
Précisément parce qu’il a le cœur si large, Dieu – c’est la deuxième action – rétribue tous avec la même «monnaie», qui est son amour. Voilà le sens ultime de la parabole: les ouvriers de la dernière heure sont payés comme les premiers parce que, en réalité, la justice de Dieu est une justice supérieure. Elle va plus loin. La justice humaine dit de «donner à chacun son dû, selon ses mérites», tandis que la justice de Dieu ne mesure pas l’amour sur la balance de nos rendements, de nos performances ou de nos échecs: Dieu nous aime, un point c’est tout, il nous aime parce que nous sommes ses enfants, et il le fait avec un amour inconditionnel, un amour gratuit.
Frères et sœurs, parfois nous risquons d’avoir une relation «marchande» avec Dieu, en misant plus sur notre bravoure que sur sa générosité et sa grâce. Parfois aussi, en tant qu’Eglise, au lieu de sortir à toute heure de la journée et d’ouvrir les bras à tous, nous pouvons nous sentir les premiers de la classe, en jugeant les autres loin, sans penser que Dieu les aime du même amour qu’il a pour nous. Et même dans nos relations, qui constituent le tissu de la société, la justice que nous pratiquons parfois ne parvient pas à sortir de la cage du calcul et nous nous limitons à donner selon ce que nous recevons, sans oser quelque chose de plus, sans parier sur l’efficacité du bien fait gratuitement et de l’amour offert avec largesse de cœur. Frères, sœurs, demandons-nous: moi, chrétien, moi chrétienne, sais-je aller vers les autres? Suis-je généreux, généreuse envers tous, est-ce que sais donner ce «plus» de compréhension, de pardon, comme Jésus l’a fait avec moi et fait tous les jours avec moi?
Que la Vierge Marie nous aide à nous convertir à la mesure de Dieu, celle d’un amour sans mesure.
ANGÉLUS, Dimanche 1er octobre 2023
Aujourd’hui, l’Evangile parle de deux fils, auxquels le père demande d’aller travailler à la vigne (cf. Mt 21, 28-32). L’un d’eux répond immédiatement «oui», mais ensuite, il n’y va pas. Le second, en revanche, refuse, puis se ravise et y va.
Que dire de ces deux comportements? On pense immédiatement qu’aller travailler à la vigne demande un sacrifice, que le sacrifice coûte et qu’il n’est pas spontané, même dans la beauté de se savoir enfants et héritiers. Mais le problème ici n’est pas tant celui de la résistance à aller travailler à la vigne, que celui de la sincérité ou non devant le père et devant soi-même. Si, en effet, aucun des deux fils ne se comporte de manière irréprochable, le premier ment, tandis que l’autre se trompe, mais reste sincère.
Regardons le fils qui dit «oui» mais qui n’y va pas. Il ne veut pas faire la volonté de son père, mais il ne veut pas non plus se mettre à discuter et à en parler. Ainsi, il se cache derrière un «oui», derrière un faux assentiment, qui dissimule sa paresse et, pour le moment, lui sauve la face, c’est un hypocrite. Il s’en sort sans conflit, mais il contourne et déçoit son père, lui manquant de respect d’une manière plus grave qu’il ne l’aurait fait avec un «non» franc. Le problème d’un homme qui se comporte ainsi est qu’il n’est pas seulement pécheur, mais corrompu, parce qu’il ment sans problème pour couvrir et dissimuler sa désobéissance, sans accepter aucun dialogue ou confrontation honnête.
Le deuxième fils, celui qui dit «non» mais ensuite y va, est, au contraire, sincère. Il n’est pas parfait, mais sincère. Bien sûr, on aurait aimé le voir dire «oui» tout de suite. Il ne le fait pas mais, au moins, il manifeste sa réticence sans détour et dans un certain sens avec courage. Autrement dit, il assume la responsabilité de son comportement et agit à la lumière du jour. Puis, avec cette honnêteté de fond, il finit par se remettre en question, par se rendre compte qu’il s’est trompé et par revenir sur ses pas. C’est un pécheur, pourrait-on dire, mais pas un corrompu. Et pour le pécheur, il y a toujours un espoir de rédemption. Pour le corrompu, par contre, c’est beaucoup plus difficile. En effet, ses faux «oui», ses apparences élégantes mais hypocrites et ses fictions devenues des habitudes sont comme un épais «mur de caoutchouc», derrière lequel il s’abrite des appels de la conscience. Et ces hypocrites font très mal! Frères et sœurs, pécheurs oui — nous le sommes tous —, mais corrompus non! Pécheurs oui, corrompus, non!
A présent, regardons-nous et, à la lumière de tout cela, posons-nous quelques questions. Face à la difficulté de vivre une vie honnête et généreuse, de m’engager selon la volonté du Père, suis-je prêt à dire «oui» chaque jour, même si cela me coûte? Et lorsque -j’échoue, suis-je sincère dans ma confrontation avec Dieu sur mes difficultés, mes chutes, mes fragilités? Et quand je dis «non», est-ce que je change ensuite d’avis? Lors-que je me trompe, suis-je prêt à me repentir et à revenir sur mes pas? Ou bien est-ce que je fais semblant de rien et je vis en revêtant un masque, en me souciant uniquement de paraître bon et comme il faut? En fin de compte, suis-je un pécheur, comme tout le monde, ou y a-t-il en moi quelque chose de corrompu? N’oubliez pas: pécheurs oui, corrompus, non.
Que Marie, miroir de sainteté, nous aide à être des chrétiens sincères.
ANGÉLUS, Dimanche 8 octobre 2023
Aujourd’hui, l’Evangile nous présente une parabole dramatique, avec un épilogue triste (cf. Mt 21, 33-43). Le propriétaire d’un terrain y a planté une vigne et l’a bien entretenue; puis, devant partir, il la confie à des vignerons. Au moment de la vendange, il envoie ses serviteurs pour la récolter. Mais les vignerons les maltraitent et les tuent; puis le maître envoie son fils, et ils le tuent lui aussi. Comment cela se fait-il? Qu’est-ce qui ne va pas? Il y a un message de Jésus dans cette parabole.
Le maître fait tout correctement, avec amour: il travaille lui-même, plante la vigne, l’entoure d’une haie pour la protéger, creuse un trou pour le pressoir et construit une tour de guet (cf. v. 33). Il confie ensuite la vigne à des vignerons, leur louant son bien précieux et les traitant ainsi équitablement, afin que la vigne soit bien cultivée et donne du fruit. Dans ces conditions, les vendanges devraient se terminer dans la joie, dans une atmosphère de fête, avec un juste partage de la récolte, pour la satisfaction de tous.
Au lieu de cela, des pensées ingrates et avides se sont insinuées dans l’esprit des vignerons. A la racine des conflits, il y a toujours une ingratitude et des pensées avides, posséder les choses vite. «Nous n’avons rien à donner au maître. Le produit de notre travail est à nous seuls. Nous n’avons de comptes à rendre à personne!». Voilà le discours que tenaient ces ouvrier. Et cela n’est pas vrai: ils devraient être reconnaissants pour ce qu’ils ont reçu et la manière dont ils ont été traités. Au contraire, l’ingratitude alimente la cupidité et un sentiment progressif de rébellion grandit en eux, ce qui les amène à voir la réalité d’une manière déformée, à se sentir créditeur plutôt que débiteur envers le maître qui leur a donné du travail. Lorsqu’ils voient son fils, ils vont même jusqu’à dire: «Celui-ci est l’héritier: venez! tuons-le, que nous ayons son héritage». (v. 38). Et d’agriculteurs, ils deviennent assassins. C’est tout un processus. Et ce processus advient souvent dans le cœur des gens, même dans notre cœur.
Avec cette parabole, Jésus nous rappelle ce qui se passe quand l’homme se fait des illusions et oublie la gratitude, oublie la réalité fondamentale de la vie: que le bien vient de la grâce de Dieu, que le bien vient de son don gratuit. Quand on oublie cela, la gratuité de Dieu, on finit par vivre sa condition et sa limite non plus avec la joie de se sentir aimés et sauvés, mais avec la triste illusion de n’avoir besoin ni d’amour, ni de salut. On cesse de se laisser aimer et on se retrouve prisonnier de sa propre avidité, prisonniers du besoin d’avoir quelque chose de plus que les autres, de vouloir se distinguer des autres. Ce processus est laid, et souvent il arrive à nous aussi. Réfléchissons-y sérieusement. De là naissent tant d’insatisfactions et de récriminations, tant d’incompréhensions et d’envies; et, poussés par le ressentiment, on peut tomber dans le tourbillon de la violence. Oui, chers frères et sœurs, l’ingratitude engendre la violence, elle nous enlève la paix et nous fait entendre et parler en hurlant, sans paix, alors qu’un simple «merci» peut ramener la paix!
Demandons-nous alors: est-ce que je réalise que j’ai reçu en don la vie et la foi? Est-ce que je me rends compte que je suis moi-même un don? Est-ce que je crois que tout commence par la grâce du Seigneur? Est-ce que je me rends compte que j’en suis bénéficiaire sans mérite, aimé et sauvé gratuitement? Et surtout, en réponse à la grâce, est-ce que je sais dire «merci»? Est-ce que je sais dire «merci»? Ces trois mots sont le secret de la coexistence humaine, merci, s’il te plaît, pardon. Est-ce que je sais dire ces trois mots? Merci, s’il te plaît, pardon, excuse-moi. Est-ce que je sais prononcer ces trois mots? C’est un petit mot «merci» — c’est un petit mot «s’il te plaît», c’est un petit mot de demander pardon, «pardon» — attendu chaque jour de la part de Dieu et de nos frères et sœurs. Demandons-nous si ce petit mot, «merci», «s’il te plaît», «pardon, excuse-moi» est présent dans nos vies. Est-ce que je sais dire «merci»? Est-ce que je sais demander pardon? Est-ce que je sais ne pas m’imposer «s’il te plaît»? Merci, pardon, s’il te plaît.
Que Marie, dont l’âme magnifie le Seigneur, nous aide à faire de la gratitude la lumière qui jaillit chaque jour du cœur.
ANGÉLUS, Dimanche 15 octobre 2023
L’Evangile d’aujourd’hui nous parle d’un roi qui prépare un banquet de noces pour son fils (cf. Mt 22, 1-14). C’est un homme puissant, mais c’est surtout un père généreux, qui nous invite à partager sa joie. En particulier, il révèle la bonté de son cœur dans le fait qu’il ne force personne, mais qu’il invite tout le monde, même si cette façon de faire l’expose à la possibilité d’un refus. Notons-le: il prépare un banquet, offrant gratuitement une occasion de rencontre, de fête. C’est ce que Dieu prépare pour nous: un banquet, pour être en communion avec Lui et entre nous. Et nous, nous tous, sommes donc les invités de Dieu. Mais un banquet nuptial demande de nous du temps et notre participation, il demande un «oui»: aller, aller à l’invitation du Seigneur, Il invite mais nous laisse libres.
Voilà le genre de relation que le Père nous offre: il nous appelle à être avec lui, en nous laissant la possibilité d’accepter ou non. Il ne nous propose pas un rapport de soumission, mais une relation de paternité et de filiation, qui est nécessairement conditionnée par notre libre consentement. Dieu est très respectueux de la liberté, très respectueux. Saint Augustin utilise à cet égard une très belle expression en disant: «Dieu t’a créé sans toi, il ne te sauvera pas sans toi» (Sermon 169, 13). Et ce n’est certainement pas parce qu’il n’en a pas la capacité — il est tout-puissant! — mais parce que, étant amour, il respecte jusqu’au bout notre liberté. Dieu propose, il n’impose pas, jamais.
Revenons donc à la parabole: le roi — dit le texte — «envoya ses serviteurs convier les invités aux noces, mais eux ne voulaient pas venir» (v. 3). C’est le drame de l’histoire: le «non» à Dieu. Mais pourquoi les hommes refusent-ils son invitation? S’agissait-il d’une invitation désagréable? Non, et pourtant — dit l’Evangile — ceux-là, «n’en ayant cure, s’en allèrent, qui à son champ, qui à son commerce» (v. 5). Ils ne s’en soucient pas, car ils pensent à leurs propres affaires. Et ce roi qui est père, Dieu, que fait-il? Il n’abandonne pas, il continue à inviter, il étend même son invitation, jusqu’à ce qu’il trouve ceux qui l’acceptent, parmi les pauvres. Parmi eux, qui savent qu’ils n’ont pas grand-chose d’autre, beaucoup viennent, jusqu’à remplir la salle (cf. v. 8-10).
Frères et sœurs, combien de fois nous ne tenons pas compte de l’invitation de Dieu parce que nous sommes préoccupés par nos propres affaires! Nous luttons souvent pour avoir notre propre temps libre, mais aujourd’hui, Jésus nous invite à trouver le temps qui nous libère: le temps à consacrer à Dieu, qui nous allège et guérit nos cœurs, qui fait grandir en nous la paix, la confiance et la joie, qui nous sauve du mal, de la solitude et de la perte de sens. Cela en vaut la peine, parce qu’il est bon d’être avec le Seigneur, de lui faire de la place. Où? Dans la messe, dans l’écoute de la Parole, dans la prière et aussi dans la charité, parce qu’en aidant ceux qui sont faibles ou pauvres, en tenant compagnie à ceux qui sont seuls, en écoutant ceux qui demandent de l’attention, en consolant ceux qui souffrent, on est avec le Seigneur, qui est présent dans ceux qui sont dans le besoin. Beaucoup, cependant, pensent que ces choses sont des «pertes de temps», et ils s’enferment dans leur monde privé; et c’est triste. Et cela engendre de la tristesse. Combien de cœurs tristes! Pour cela, parce que fermés.
Demandons-nous alors: et moi, comment puis-je répondre aux invitations de Dieu? Quelle place je lui laisse dans mes journées? La qualité de ma vie dépend-elle de mes affaires et de mon temps libre ou de mon amour pour le Seigneur et pour mes frères, en particulier pour ceux qui sont le plus nécessiteux?
Que Marie, qui par un «oui», a fait de la place à Dieu, nous aide à ne pas rester sourds à ses invitations.
ANGÉLUS, Dimanche 22 octobre 2023
L'Evangile de la liturgie d'aujourd'hui nous raconte que certains pharisiens se joignent aux hérodiens pour tendre un piège à Jésus. Ils s'approchent de lui et lui demandent: «Est-il permis ou non, de payer l’impôt à César?» (Mt 22, 17). Il s'agit d'une tromperie: si Jésus légitime l'impôt, il se range du côté d'un pouvoir politique mal supporté par le peuple, alors que s'il dit de ne pas le payer, il peut être accusé de rébellion contre l'empire. Un vrai piège. Il échappe cependant à cet écueil. Il leur demande de lui montrer une pièce de monnaie à l’effigie de César, et leur dit: «Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu» (v. 21). Qu'est-ce que cela signifie?
Ces paroles de Jésus sont devenues d’un usage courant, mais elles ont parfois été utilisées de manière incorrecte — ou du moins réductrice — pour parler de la relation entre l'Eglise et l'Etat, entre les chrétiens et la politique; elles sont souvent interprétées comme si Jésus voulait séparer «César» et «Dieu», c'est-à-dire la réalité terrestre et la réalité spirituelle. Il nous arrive à nous aussi de penser ainsi: la foi avec ses pratiques est une chose et la vie quotidienne en est une autre. Et cela ne va pas. C'est de la «schizophrénie», comme si la foi n'avait rien à voir avec la vie concrète, avec les défis de la société, avec la justice sociale, avec la politique, etc.
En réalité, Jésus veut nous aider à remettre «César» et «Dieu» à leur juste place. A César — c'est-à-dire à la politique, aux institutions civiles, aux processus sociaux et économiques — revient le soin de l'ordre terrestre et nous, qui sommes immergés dans cette réalité, nous devons rendre à la société ce qu'elle nous offre par notre contribution de citoyens responsables, en prenant soin de ce qui nous est confié, en promouvant le droit et la justice dans le monde du travail, en payant honnêtement nos impôts, en nous engageant pour le bien commun, et ainsi de suite. Mais en même temps, Jésus affirme une réalité fondamentale: l'homme appartient à Dieu, tout l'homme et chaque être humain. Cela signifie que nous n'appartenons à aucune réalité terrestre, à aucun «César» de ce monde. Nous appartenons au Seigneur et ne devons être esclaves d'aucun pouvoir terrestre. Sur la pièce de monnaie figure donc l'image de l'empereur, mais Jésus nous rappelle que dans notre vie, c’est l'image de Dieu qui est imprimée, que rien ni personne ne peut obscurcir. A César appartiennent les choses de ce monde, mais l'homme et le monde lui-même appartiennent à Dieu: ne l'oublions pas!
Nous comprenons alors que Jésus ramène chacun de nous à notre propre identité: sur la monnaie de ce monde figure l'image de César, mais toi — moi, chacun de nous — quelle image portes-tu en toi? Posons-nous cette question: moi, quelle image est-ce que je porte en moi? De qui es-tu l'image dans ta vie? Nous souvenons-nous que nous appartenons au Seigneur ou nous laissons-nous modeler par la logique du monde et faisons du travail, de la politique, de l'argent, nos idoles à adorer?
Que la Sainte Vierge nous aide à reconnaître et à honorer notre dignité et celle de tout être humain.
ANGÉLUS, Dimanche 29 octobre 2023
L’Evangile d’aujourd’hui nous parle du plus grand des commandements (cf. Mt 22, 34-40). Un docteur de la loi interroge Jésus à ce sujet et il répond par le «grand commandement de l’amour»: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit» et «ton prochain comme toi-même» (v. 37.39). L’amour de Dieu et du prochain, inséparables l’un de l’autre. Arrêtons-nous un instant pour réfléchir à cela.
Le premier: le fait que l’amour pour le Seigneur arrive en premier nous rappelle que Dieu nous précède toujours, il nous anticipe par son infinie tendresse (cf. Jn 4, 19), par sa -proximité, par sa miséricorde, parce qu’il est toujours proche, tendre et miséricordieux. Un enfant apprend à aimer sur les genoux de sa mère et de son père, et nous le faisons dans les bras de Dieu. «Comme un petit enfant contre sa mère», dit le Psaume (131, 2), c’est ainsi que nous devons nous sentir entre les bras de Dieu. C’est là que nous absorbons l’affection du Seigneur, c’est là que nous rencontrons l’amour qui nous pousse à nous donner généreusement. Saint Paul le rappelle lorsqu’il dit que la charité du Christ porte en elle une force qui pousse à aimer (cf. 2 Co 5, 14). Tout part de Lui. On ne peut aimer véritablement les autres si l’on n’a pas cette racine qu’est l’amour de Dieu, l’amour de Jésus.
Et à présent le deuxième aspect qui découle du commandement de l’amour. il lie l’amour de Dieu à l’amour du prochain: cela signifie qu’en aimant nos frères et sœurs, nous reflétons, comme des miroirs, l’amour du Père. Refléter l’amour de Dieu, tel est le but: l’aimer, lui que nous ne voyons pas, à travers le frère que nous voyons (cf. 1 Jn 4, 20). Un jour, sainte Thérèse de Calcutta répondit à un journaliste qui lui demandait si, par ce qu’elle faisait, elle avait l’illusion de changer le monde: «Je n’ai jamais pensé que je pouvais changer le monde! J’ai seulement essayé d’être une goutte d’eau propre, dans laquelle l’amour de Dieu pouvait briller» (Conférence de presse après l’attribution du prix Nobel de la paix, Rome, 1979). Voilà comment elle, si petite, a pu faire autant de bien: en reflétant l’amour de Dieu comme une goutte d’eau. Et si parfois, en la regardant et en regardant d’autres saints, nous finissions par penser qu’ils sont des héros inimitables, repen-sons à cette petite goutte: l’amour est une goutte qui peut changer beaucoup de choses. Et comment fait-on cela? En faisant le premier pas, toujours. parfois, il n’est pas facile de faire le premier pas, oublier des choses...; faire le premier pas. Faisons-le! Voilà la goutte: faire le premier pas.
Ainsi, chers frères et sœurs, en pensant à l’amour de Dieu qui nous précède toujours, nous pouvons nous demander: suis-je reconnaissant au Seigneur, qui m’aime en premier? Est-ce que je sens l’amour de Dieu et est-ce que je suis reconnaissant? Est-ce que j’essaie de refléter son amour? Est-ce que je m’engage à aimer mes frères et sœurs, à faire ce deuxième pas?
Que la Vierge Marie nous aide à vivre au quotidien le grand commandement de l’amour: aimer et se laisser aimer par Dieu et aimer les frères.
ANGÉLUS, Mercredi 1er novembre 2023
Chers frères et sœurs, bonjour et bonne fête !
Nous célébrons aujourd'hui la solennité de la Toussaint. À la lumière de cette fête, arrêtons-nous un peu pour réfléchir sur la sainteté, en particulier sur deux caractéristiques de la vraie sainteté : c'est un don - c'est un don, il ne s'achète pas - et en même temps c'est un chemin. Un don et un chemin.
Tout d'abord un don. La sainteté est un don de Dieu que nous avons reçu au moment du Baptême : si nous le laissons grandir, il peut changer complètement notre vie (cf. Exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, n. 15). Les saints ne sont pas des héros inaccessibles ou lointains, mais ce sont des personnes comme nous, ce sont nos amis, dont le point de départ est le même don que celui que nous avons reçu : le Baptême. En effet, si nous y réfléchissons, nous en avons certainement rencontréquelqu’un, des saints de tous les jours, des justes, des personnes qui vivent la vie chrétienne avec sérieux, avec simplicité... ce sont ceux que j'aime appeler "les saints de la porte d'à côté", qui vivent normalement parmi nous. La sainteté est un cadeau offert à tous pour une vie heureuse. Et après tout, quand nous recevons un cadeau, quelle est la première réaction ? C'est justement d'être heureux, parce que cela signifie que quelqu'un nous aime ; et le don de la sainteté nous rend heureux parce que Dieu nous aime.
Cependant, tout don doit être accepté et implique la responsabilité d'une réponse, d'un "merci". Mais comment dire ce "merci" ? C'est une invitation à s'engager pour qu'il ne soit pas gaspillé. Tous les baptisés ont reçu le même appel à "maintenir et perfectionner par leur vie la sainteté que nous avons reçue" (Lumen Gentium, n. 40). Venons-en au deuxième point : la sainteté est aussi un chemin, un chemin à parcourir ensemble, en s'aidant mutuellement, unis à ces excellents compagnons que sont les saints.
Ils sont nos frères, nos sœurs aînées, sur lesquels nous pouvons toujours compter : les saints nous soutiennent et, lorsque nous prenons un mauvais tournant sur le chemin, ils ne manquent pas de nous corriger par leur présence silencieuse ; ce sont des amis sincères, auxquels nous pouvons faire confiance, parce qu'ils veulent notre bien. Dans leur vie, nous trouvons un exemple, dans leurs prières nous recevons aide et amitié, et avec eux nous sommes liés par un lien d'amour fraternel.
La sainteté est un chemin, un don. Nous pouvons donc nous demander : est-ce que je me souviens avoir reçu le don de l'Esprit Saint, qui m'appelle à la sainteté et m'aide à y parvenir ? Est-ce que je remercie l'Esprit Saint pour cela, pour le don de la sainteté ? Est-ce que je sens les saints près de moi, est-ce que je leur parle, est-ce que je m'adresse à eux ? Est-ce que je connais l'histoire de certains d'entre eux ? Cela nous fait du bien de connaître la vie des saints et d'être émus par leurs exemples. Et cela nous fait tellement de bien de nous tourner vers eux dans la prière.
Que Marie, Reine de tous les saints, nous fasse sentir la joie du don reçu et augmente en nous le désir du salut éternel.
ANGÉLUS, Dimanche 5 novembre 2023
Dans l’Evangile de la liturgie d’aujourd’hui, nous écoutons des paroles de Jésus concernant les scribes et les pharisiens, c’est-à-dire les guides religieux du peuple. A l’égard de ces autorités, Jésus utilise des mots très durs, «car ils disent et ne font pas» (Mt 23, 3) et «ils agissent pour se faire remarquer des hommes» (v. 5). C’est ce que dit Jésus: ils disent et ne font pas et tout ce qu’ils font, ils le font pour se faire remarquer.
Arrêtons-nous alors sur ces deux aspects: la distance entre le dire et le faire et la primauté de l’extérieur sur l’intérieur.
La distance entre le dire et le faire. A ces maîtres d’Israël, qui prétendent enseigner aux autres la Parole de Dieu et être respectés comme autorités du Temple, Jésus conteste la duplicité de leur vie: ils prêchent une chose, mais en vivent une autre. Ces paroles de Jésus rappellent celles des prophètes, en particulier d’Isaïe: «ce peuple est près de moi en paroles et me glorifie de ses lèvres, mais que son cœur est loin de moi» (Is 29, 13). Voilà le danger auquel il faut faire attention: la duplicité du cœur. Nous aussi nous courons ce danger: cette duplicité du cœur qui met en danger l’authenticité de notre témoignage et aussi notre crédibilité en tant que personnes et en tant que chrétiens.
Nous faisons tous l’expérience, en raison de notre fragilité, d’une certaine distance entre le dire et le faire; mais avoir un cœur double, vivre avec «un pied dans deux chaussures» sans le percevoir comme un problème est une chose différente. Surtout quand nous sommes appelés — dans la vie, dans la société ou dans l’Eglise — à être investis de responsabilités, rappelons-nous ceci: non à la duplicité! Pour un prêtre, un agent pastoral, un homme politique, un enseignant ou un parent, cette règle s’applique toujours: ce que vous dites, ce que vous prêchez aux autres, vous vous engagez à être le premier à le vivre. Pour être des maîtres faisant autorité, il faut d’abord être des témoins crédibles.
Le deuxième aspect est une conséquence: la primauté de l’extérieur sur l’intérieur. En effet, vivant dans la duplicité, les scribes et les pharisiens s’inquiètent de devoir dissimuler leur incohérence pour sauver leur réputation extérieure. Car si les gens savaient ce qu’il y a vraiment dans leur cœur, ils seraient couverts de honte et perdraient toute crédibilité. Ils accomplissent donc des œuvres pour paraître justes, pour «sauver la face», comme on dit. L’astuce est très courante: ils maquillent leur visage, ils maquillent leur vie, ils maquillent leur cœur. Ces gens «maquillés» ne savent pas vivre la vérité. Et souvent, nous aussi avons cette tentation de la duplicité.
Frères et sœurs, en accueillant cet avertissement de Jésus, demandons-nous nous aussi: essayons-nous de pratiquer ce que nous prêchons, ou vivons-nous dans la duplicité? Est-ce que nous disons une chose et en faisons une autre? Sommes-nous seulement préoccupés de nous montrer impeccables à l’extérieur, ou prenons-nous soin de notre vie intérieure dans la sincérité du cœur?
Tournons-nous vers la Sainte Vierge: elle qui a vécu avec intégrité et humilité de cœur selon la volonté de Dieu, afin qu’elle nous aide à devenir des témoins crédibles de l’Evangile.
ANGÉLUS, Dimanche 12 novembre 2023
L’Evangile d’aujourd’hui nous offre une parabole qui concerne le sens de la vie de chacun. C’est la parabole des dix vierges, appelées à aller à la rencontre de l’époux (cf. Mt 25, 1-13). Vivre, c’est cela: une grande préparation pour le jour des noces, quand nous serons appelés à aller à la rencontre de Jésus! Dans la parabole, cependant, parmi ces dix vierges, cinq sont prévoyantes et cinq insouciantes. Voyons en quoi consistent la prévoyance et l’insouciance. La sagesse de la vie et l’insouciance de la vie.
Toutes ces demoiselles sont là pour accueillir l’époux, c’est-à-dire qu’elles veulent le rencontrer, tout comme nous désirons nous aussi un heureux accomplissement de la vie: la différence entre la sagesse et la folie ne réside donc pas dans la bonne volonté, ni dans la ponctualité avec laquelle elles arrivent au rendez-vous. La différence entre les prévoyantes et les insouciantes est ailleurs: la préparation. Le texte dit: les prévoyantes «avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile» (v. 4); les insouciantes, par contre, n’en prirent pas. Voilà la différence: l’huile. Et quelle est la caractéristique de l’huile? Elle ne se voit pas: elle est à l’intérieur des lampes, elle est invisible, mais sans elle, les lampes ne donnent pas de lumière.
Regardons-nous et nous constatons que notre vie court le même risque: très souvent, nous sommes très attentifs aux apparences, l’important est de bien soigner notre image et de faire bonne impression devant les autres. Mais Jésus dit que la sagesse de la vie est ailleurs: dans l’attention à ce qui ne se voit pas, mais qui est plus important: soigner le cœur. L’attention à la vie intérieure. Cela signifie savoir s’arrêter et écouter son cœur, pour veiller sur ses pensées et ses sentiments. Combien de fois ne savons-nous pas ce qui est arrivé dans notre cœur au cours de cette journée. Que se passe-t-il à l’intérieur de chacun de nous? La sagesse signifie savoir faire de la place au silence, pour être capable de nous écouter, ainsi que les autres. Cela veut dire savoir renoncer à un peu de temps passé devant l’écran du téléphone pour regarder la lu-mière dans les yeux des autres, dans son propre cœur, dans le regard de Dieu sur nous. Cela signifie ne pas se laisser piéger par l’activisme, mais con-sacrer du temps au Seigneur, à l’écoute de sa Parole.
Et l’Evangile nous donne le bon conseil de ne pas négliger l’huile de la vie intérieure, «l’huile de l’âme»: il nous dit qu’il est important de la préparer. En effet, dans le récit, nous -voyons que les vierges ont déjà les lampes, mais qu’elles doivent préparer l’huile: elles doivent aller chez les marchands, l’acheter, la mettre dans les lampes... (cf. vv. 7.9). Il en est de même pour nous: la vie intérieure ne s’improvise pas, elle n’est pas l’affaire d’un moment, d’une fois de temps en temps, d’une fois pour toutes; elle doit être préparée en y consacrant un peu de temps chaque jour, avec constance, comme on le fait pour toute chose importante.
Nous pouvons alors nous demander: que suis-je en train de préparer en ce moment de ma vie? Qu’est-ce que je prépare en moi? Peut-être que j’essaie de mettre de l’argent de côté, que je pense à une maison ou à une nouvelle voiture, à des projets concrets... Ce sont de bonnes choses, ce ne sont pas de mauvaises choses. Mais est-ce que je pense aussi à consacrer du temps au soin de mon cœur, à la prière et au service des autres, au Seigneur qui est la finalité de la vie? Bref, comment se porte l’huile de mon âme? Que chacun de nous se demande cela: comment va l’huile de mon âme? Est-ce que je la nourris et la conserve bien?
Que la Vierge nous aide à préserver l’huile de la vie intérieure.