Comment meurt une sainte. (Sainte THÉRÈSE de l'Enfant-Jésus)
21 mai
On me dit que j'aurai peur de la mort. Cela se peut bien. Il n'y en a pas une ici plus défiante que moi de ses sentiments. Je ne m'appuie jamais sur mes propres pensées ; je sais combien je suis faible ; mais je veux jouir du sentiment que le bon Dieu me donne maintenant. Il sera toujours temps de souffrir du contraire.
27 mai
Je vois toujours le bon côté des choses. Il y en a qui prennent tout de manière à se faire le plus de peine. Pour moi, c'est le contraire. Si je n'ai que la pure souffrance, si le ciel est tellement noir que je ne vois aucune éclaircie, eh bien ! j'en fais ma joie...
4 juin
Je désirais souffrir, et je suis exaucée. J'ai beaucoup souffert depuis plusieurs jours. Un matin pendant mon action de grâces, après la communion, j 'ai ressenti comme les angoisses de la mort... et avec cela aucune consolation !
5 juin
Si vous me trouviez morte un matin, n'ayez pas de peine : c'est que Papa le bon Dieu serait venu tout simplement me chercher. Sans doute, c'est une grande grâce de recevoir les Sacrements ; mais quand le bon Dieu ne le permet pas, c'est bien quand même : tout est grâce.
4 juillet
Notre Seigneur est mort sur la Croix, dans les angoisses, et voilà pourtant la plus belle mort d'amour. C'est la seule qu'on ait vue, on n'a pas vu celle de la Sainte Vierge. Mourir d'amour, ce n est pas mourir dans les transports. Je vous l'avoue franchement, il me semble que c'est ce que j'éprouve.
11 septembre
J'ai peur d'avoir eu peur de la mort... Mais je n'ai pas peur d'après, bien sûr ! Et je ne regrette pas la vie, oh ! non. C'est seulement me dire qu'est-ce que c'est que cette séparation mystérieuse de l'âme et du corps ? C'est la première fois que j'ai éprouvé cela, mais je me suis tout de suite abandonnée au bon Dieu.
30 septembre
Ô ma Mère, présentez-moi bien vite à la Sainte Vierge, je suis un bébé qui n'en peut plus !... Préparez-moi à bien mourir.
Tout ce que j'ai écrit sur mes désirs de la souffrance. Oh ! c'est quand même bien vrai !
Et je ne me repens pas de m'être livrée à l'Amour.
Oh ! non, je ne m'en repens pas, au contraire !
Un peu plus tard
Jamais je n'aurais cru qu'il était possible de tant souffrir ! jamais ! jamais ! Je ne puis m'expliquer cela que par les désirs ardents que j'ai eus de sauver des âmes.