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Biographie de sainte Marguerite-Marie Alacoque
La vie de Sainte Marguerite-Marie est de celles dont on dit qu’elles sont admirables, mais non imitables, ou du moins très difficilement imitables. Marguerite Alacoque, plus connue sous le nom de Marguerite-Marie, son nom religieux de Visitandine de Paray-le-Monial, naquit le 22 juillet 1647, dans le Charolais, d’une famille de notaires, donc appartenant à la bourgeoisie aisée. Malheureusement son père mourut très jeune, à l’âge de quarante ans, le 11 décembre 1651. Marguerite n’avait que huit ans. Elle est alors placée en pension chez les Clarisses de Macon, mais de 1657 à 1661 elle est atteinte d’une maladie osseuse qui la tient paralysée pendant près de quatre ans. Après s’être consacrée à Marie, pour toujours, elle retrouva subitement la santé.
Marie lui apparaît alors une première fois, mais une nouvelle épreuve l’attendait. Sa mère, Madame Alacoque, qui ne connaissait rien à la gestion des affaires, et particulièrement de ses biens fonciers importants, signa, en faveur de son beau-frère, Toussaint Delaroche, une renonciation à ses revenus, en échange de laquelle son entretien et celui de ses cinq enfants devait être assuré. Malheureusement la famille Delaroche s’installa dans la maison, confisqua tout usage des biens de la maison et relégua la propriétaire au rang de domestique. Ce fut pour Marguerite et sa mère une douloureuse et longue période de persécutions. Démunie de tout, Marguerite est formée au plan spirituel, directement par le Seigneur Lui-même, qui lui fit comprendre que sa vie, ce serait la Croix.
Après bien des vicissitudes, Marguerite put entrer, en 1671, au monastère de la Visitation de Paray-le-Monial. Après son postulat elle fut admise avec difficulté au noviciat: "La petite mystique entrait en extase trop fréquemment... Si elle voulait rester dans la congrégation, elle devait abandonner tous ces phénomènes insolites.” [“Sainte Marguerite -Marie, la Messagère du Sacré-Cœur” d’Yvan GOBRY- Éditions TÉQUI] Comme cela ne dépendait pas d’elle, elle se plaignit au Seigneur qui l’orienta vers l’obéissance à ses supérieures, Lui, Jésus, “se réservant la conduite de son intérieur et particulièrement de son cœur, dans lequel, ayant établi l’empire de son pur Amour, il ne le cèdera jamais à d’autres.” C’est alors que le Seigneur lui fit connaître le mystère de sa mort et de sa Passion, ce qui lui donna tant d‘amour pour la Croix qu’elle ne pouvait plus vivre un moment sans souffrir, mais, dit-elle, “souffrir en silence, sans consolation, sans soulagement ni compassion; et mourir avec ce Souverain de mon âme, accablée sous la Croix de toutes sortes d’opprobres, de douleur, d’humiliations, d’oublis et de mépris; ce qui m’a duré toute ma vie, laquelle par sa miséricorde, s’est toute passée dans ces sortes d’exercices, qui sont celles du pur Amour...”
Le Seigneur lui dit quelques jours plus tard: "Tu ne dois plus avoir de volonté, que comme n’en ayant plus, en me laissant vouloir pour toi en tout et partout... vouloir comme ne voulant plus, sans jugement, sans désir, sans affection et sans volonté que celle de mon bon plaisir qui doit faire tous tes délices.” [“Sainte Marguerite -Marie, la Messagère du Sacré-Cœur” d’Yvan GOBRY- Éditions TÉQUI] Marguerite-Marie vécut dès lors une expérience d’amour absolu de Dieu, d’un amour plus fort que la mort, plus fort que la souffrance, de la puissance de l’amour brûlant du Christ, dans la paix et dans la joie. Jésus prépare celle qui sera sa messagère aux grandes apparitions de son Sacré-Cœur.
La première apparition eut lieu le 27 décembre 1673, devant le Saint Sacrement. Jésus la fit d’abord reposer longuement sur sa poitrine et lui découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexprimables de son Cœur, secrets tenus jusqu’alors cachés. Jésus lui dit, entre autres: “Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes... que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre et qui contiennent les grâces sanctifiantes et salutaires pour les retirer de l’abîme de perdition.” C’est alors qu’eut lieu une grâce mystique excessivement rare: “...Après, Il me demanda mon cœur... et le mit dans le sien adorable, dans lequel Il me le fit voir comme un petit atome qui se consumait dans cette ardente fournaise, d’où, le retirant comme une flamme ardente en forme de cœur, Il le remit dans le lieu où Il l’avait pris, en me disant: voilà ma bien-aimée, un précieux gage de mon Amour qui renferme dans ton côté une étincelle de ses plus vives flammes, pour te servir de cœur et te consumer jusqu’au dernier moment... à présent, Je te donne le nom de la disciple bien-aimée de mon Sacré-Cœur.” [“Sainte Marguerite -Marie, la Messagère du Sacré-Cœur” d’Yvan GOBRY- Éditions TÉQUI]
La seconde grande manifestation du Cœur de Jésus eut lieu probablement au printemps de 1674. Marguerite-Marie écrit: “Le divin Cœur me fut présenté comme dans un trône de flammes, plus rayonnant qu’un soleil et transparent comme un cristal, avec cette plaie adorable. Il était environné d’une couronne d’épines qui signifiaient les piqûres que nos péchés Lui faisaient, et d’une croix au-dessus qui signifiait que, dès les premiers instants de son Incarnation, c’est-à-dire que ce Sacré-Cœur fût formé, la Croix y fut plantée, et Il fut rempli, dès ces premiers instants, de toutes ces amertumes qui devaient Lui causer les humiliations, pauvretés, douleurs et mépris que son humanité sacrée devait souffrir pendant tout le cours de sa vie et dans la sainte Passion... Il me fit voir que l’ardent désir qu’Il avait d’être aimé des hommes et de les retirer de la voie de perdition où Satan les précipite en foule, Lui avait fait former ce dessein de manifester son Cœur aux hommes, avec tous les trésors d’amour, de miséricorde, de grâces, de sanctification et de salut qu’Il contenait.”
Le Cœur de Dieu, il convient de l’honorer sous la figure du Cœur de chair du Seigneur. Jésus promit que là où l’image de son Cœur serait exposée pour être honorée, Il répandrait ses grâces, et Il indiqua “que cette dévotion était comme un dernier effort de son Amour qui voulait favoriser les hommes, en ces derniers siècles de cette rédemption amoureuse, pour les retirer de l’emprise de Satan” [“Sainte Marguerite -Marie, la Messagère du Sacré-Cœur” d’Yvan GOBRY- Éditions TÉQUI]
Un peu plus tard, probablement en juillet 1674, alors que le Saint Sacrement était exposé, Jésus se manifesta de nouveau d’une manière éclatante. Marguerite- Marie raconte : “Jésus-Christ mon doux Maître, se présenta à moi, tout éclatant de gloire avec ses cinq plaies, brillantes comme cinq soleils, et de cette sacrée humanité sortaient des flammes de toutes parts, mais surtout de son adorable poitrine qui ressemblait à une fournaise; et s’étant ouvert, il me découvrit son tout aimant et tout aimable Cœur qui était la vive source de ces flammes. Ce fut alors qu’il me découvrit les merveilles inexplicables de son pur Amour, et jusqu’à quel excès il l’avait porté à aimer les hommes dont Il ne recevait que des ingratitudes et des méconnaissances.” [“Autobiographie” N° 55 et 56] Le Sacré-Cœur ajoute ensuite quelques prescriptions pratiques: "Tu communieras tous les premiers vendredis de chaque mois. Et toutes les nuits du jeudi au vendredi Je te ferai participer à cette mortelle tristesse que J’ai bien voulu sentir au jardin des Oliviers.” [“Autobiographie” N° 57]
Ces consignes sont d’abord adressées à Marguerite-Marie, mais plus tard lui sera dévolue la tâche d’introduire dans l’Église ces deux exercices de piété en l’honneur de la Passion: la communion du premier vendredi du mois, et l’Heure Sainte dans la nuit du jeudi au vendredi.
Un an plus tard, entre le 13 et le 20 juin 1675, eut lieu la grande apparition, et probablement la révélation décisive. Découvrant son Cœur, Jésus lui dit: “Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à épuiser et se consommer (sic) pour leur témoigner son amour; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’amour. Mais ce qui m’est le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C’est pour cela que je te demande que le premier vendredi d’après l’octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là, et en lui faisant une réparation d’honneur par une amende honorable, pour réparer les indignités qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été exposé sur les autels.” [“Autobiographie” N° 92]
Les révélations du Sacré-Cœur continuent. Un jour, tandis qu’elle filait du chanvre dans une petite cour, elle est saisie par une nouvelle extase: “Je me sentis d’abord toute recueillie intérieurement et extérieurement, et me fut en même temps représenté l’aimable Cœur de mon adorable Jésus plus brillant qu’un soleil; Il était au milieu des flammes de son pur amour, environné de séraphins qui chantaient d’un concert admirable: l’amour triomphe, l’amour jouit, l’amour du Saint Cœur réjouit. Et comme ces esprits bienheureux m’invitèrent de m’unir avec eux dans ces louanges de ce divin Cœur, je n’osais pas le faire, mais ils m’en reprirent et me dirent “qu’ils étaient venus afin de m’associer pour lui rendre un continuel hommage d’amour, d’adoration et de louange, et que pour cela, ils tiendraient ma place devant le Saint Sacrement, afin que je le puisse aimer sans discontinuation par leur entremise et que, de même ils participeraient à mon amour, souffrant en ma personne comme je jouirais en la leur...” [“Autobiographie” N° 101]
Il était inévitable, dans ces conditions, que Marguerite-Marie comblée de telles grâces extraordinaires fût rapidement incomprise, et même persécutée, y compris par ceux-là mêmes qui auraient dû la soutenir et la conseiller. Mais le Seigneur lui avait promis, peu de temps après sa profession, qu’Il lui enverrait “un sien serviteur”, spécialement préparé, pour la rassurer dans sa voie. C’est au début de l’année 1675 que Claude de la Colombière, jeune jésuite de trente quatre ans, est nommé supérieur de la Maison des jésuites de Paray-le-Monial. Dès qu’il se présente à la Visitation, Marguerite-Marie entend clairement ces paroles intimes: “Voici celui que Je t’envoie.”
Jésus veut montrer à sa confidente que ce prêtre est aussi, pour Lui, un instrument choisi pour la gloire de Dieu. Au cours d’une messe célébrée par le Père de La Colombière, la volonté de Dieu se manifesta: “Lorsque je m’approchai pour la sainte communion, Notre Seigneur me montra son Sacré-Cœur comme une ardente fournaise, et deux autres cœurs qui s’y allaient unir et s’abîmer, me disant: “C’est ainsi que mon pur amour unit ces trois cœurs pour toujours. Et après, Il me fit entendre que cette union était toute pour la gloire de son Sacré-Cœur, dont Il voulait que je lui découvrisse les trésors, afin qu’il en fît connaître et en publiât le prix et l’utilité; et que pour cela Il voulait que nous fussions comme frère et sœur, également partagés de biens spirituels.” Le Seigneur ordonne à Marguerite-Marie de rapporter ses paroles au Père de La Colombière qui est immédiatement certain de la véracité de la vision. Le 21 juin 1675, il se consacrera personnellement au Cœur adorable de Jésus. [“Autobiographie” N° 82]
Dès lors les apparitions et aussi les épreuves vont se multiplier pour Marguerite-Marie. Plusieurs de ses sœurs en religion la crurent possédée du démon et la traitèrent comme telle. En septembre 1676 le Père de La Colombière est envoyé en Angleterre. Il ne reviendra à Paray, malade, qu’en août 1681. Il y mourut le 15 février 1682, à l’âge de 41 ans.
En mai 1684, Marguerite-Marie, Sœur Alacoque, est élue assistante, et nommée directrice du noviciat le 31 décembre 1684. La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus se développe. Les apparitions continuent. Le 17 octobre 1690 elle mourait, comme elle l’avait prédit, entre les bras de deux de ses anciennes novices.