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Notice sur le temps de l’Avent
Définition de l’Avent
Adventus, en latin, signifie « avènement ». Le temps liturgique de l’Avent est consacré à une ardente préparation de la venue du Seigneur. Il commence le quatrième dimanche avant Noël. Marqué par une pénitence de tonalité joyeuse, il utilise les ornements violets ; on se passe habituellement d’accompagnement musical pour les chants liturgiques, et d’ornementation florale. L’Avent célèbre le triple avènement du Seigneur : sa naissance à Bethléem dans le passé, sa venue dans les cœurs par la grâce, et son retour glorieux à la fin des temps. Dès le début de l’année liturgique, la triple référence au passé, au présent et à l’avenir, qui appartient à la structure de la liturgie ici-bas, est rendue manifeste (voir Mémorial). On passe sans heurt d’une année liturgique à une autre. Les derniers dimanches du temps ordinaire préparent à la Parousie du Seigneur et au jugement dernier ; la fête du Christ-Roi en est l’aboutissement. Le début de l’Avent considère surtout le dernier avènement du Christ (avenir). À partir du 17 décembre commence une grande semaine de préparation à Noël, plus attentive à la commémoration du mystère de l’Incarnation et de la naissance du Sauveur (passé), pour que nous puissions mieux recevoir la grâce du salut (présent). La liturgie actualise ainsi le passé dans le présent, pour instaurer l’avenir ; elle le fait avec un art consommé, signe de la plénitude dont elle est dépositaire.
Origine de l’Avent
Le mot "Advent" qui dérive du latin adventus, signifie "venue, avènement". Le temps de l’Avent n’est pas une période d’attente et d’expectative, mais plutôt comme le temps même de la venue et de la manifestation du Seigneur, avec une insistance sur le caractère glorieux de cette "épiphanie". Bien plus qu’un temps de préparation à la fête de la nativité humaine de Jésus, l’Avent se présente ainsi comme une célébration, prolongée pendant quatre semaines, de l’avènement glorieux du Christ Seigneur.
À la différence des anciens sacramentaires qui faisaient débuter l'année liturgique à Noël, l'actuel missel romain commence le cycle liturgique au premier dimanche de l'Avent.
Les anciens liturges considéraient l'Incarnation du Verbe divin comme le point central de l'histoire du salut, la colonne milliaire entre le péché originel et la fin du monde. Ce n'est qu'au IV° siècle qu'on instaura une période de préparation à la fête de la Nativité qui, à travers les temps et les lieux, varia entre quatre et six dimanches où l'on parcourt l'Ancien Testament à la lumière de l'attente immédiate du Messie par la Vierge Marie et saint Jean-Baptiste, de manière à préparer les fidèles à recevoir le Seigneur lorsqu'il les appellera à passer, soit à l'heure de la mort, soit à l'heure de la fin du monde, dans ce règne célébré lors de la solennité du Christ Roi de l'univers : « règne sans limite et sans fin, règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d'amour et de paix ».
En Occident, ce fut vers le milieu du V° siècle que, par contrecoup des hérésies de Nestorius, la commémoration de la naissance du Sauveur acquit une grande solennité et qu'on la fit précéder d'une préparation d'abord pratiquée à Ravenne, dans les Gaules et en Espagne. La polémique contre Nestorius et Eutychès provoqua les grands conciles d'Éphèse et de Chalcédoine où fut solennellement proclamé le dogme des deux natures (divine et humaine) en l'unique personne du Seigneur Jésus et où, par conséquence, furent exaltées les gloires et les prérogatives de Marie, Mère de Dieu (Théotokos). Tout cela donna une vigoureuse impulsion à la piété catholique envers le mystère de l'Incarnation qui, en saint Léon le Grand et en saint Pierre Chrysologue, trouva les prédicateurs les plus enthousiastes.
On ne peut rien savoir avec précision des origines de l'Avent liturgique à Rome parce que le sacramentaire léonien a été mutilé de son début, mais, sans grand risque de se fourvoyer, on peut soutenir que l'usage du patriarcat pontifical fut ici, comme dans bien d'autres circonstances, identique à celui de Naples ou de Ravenne.
Le sacramentaire gélasien et le sacramentaire grégorien, en accord avec plusieurs antiques lectionnaires, énumèrent cinq semaines de préparation à Noël, mais l'usage des quatre semaines semble plus ancien selon la liste des lectures de Capoue ou de Naples.
En 1963, la Constitution sur la liturgie de Vatican II déclarait que l’Église "déploie tout le mystère du Christ pendant le cycle de l’année, de l’incarnation et de la nativité jusqu’à l’Ascension, jusqu’au jour de la Pentecôte, et jusqu’à l’attente de la bienheureuse espérance du Seigneur"
Le temps de l’Avent a un double objet : "C’est le temps de la préparation de Noël, où on célèbre la première venue du Fils de Dieu chez les hommes ; c’est aussi le temps où, à travers ce souvenir, les esprits s’orientent vers l’attente de la seconde venue du Seigneur à la fin des temps".
L’attente chrétienne trouve son expression spontanée dans les textes prophétiques inspirés par l’attente du Messie : Isaïe et Jean-Baptiste sont à Rome les deux grandes voix de la liturgie de l’Avent.
L’Avent dans la liturgie
Bien plus qu’un temps de préparation à la fête de la nativité humaine de Jésus, l’Avent se présente comme une célébration, prolongée pendant quatre semaines, de l’avènement glorieux du Christ Seigneur.
À Noël, nous contemplons le Christ né à Bethléem comme nous l’avaient annoncé les prophètes et attendons l’accomplissement de la promesse divine. Mais le Christ reste présent à son Église et vient nous habiter et nous fortifier. Il s’agit d’accueillir sa présence dès maintenant, de se nourrir de sa parole, dans l’attente et dans l’espérance de son retour dans la gloire. Le temps de l’Avent est un temps de conversion et d’espérance.
Les dernières semaines du temps ordinaire font référence au royaume qui vient et sur le jugement dernier qui nous disposent à attendre le retour du Christ. La liturgie du temps de l’Avent s’articule autour de la date du 17 décembre. Les premières semaines nous invitent à la vigilance, il faut se tenir prêts à la venue du Christ dont on ignore quand il viendra. À partir du 17 décembre, les lectures font état de la généalogie du Christ, de l’annonciation, de naissances. Après un temps de conversion, la liturgie nous oriente vers l’avenir et le salut en marche.
L’Avent est l’aboutissement d’une démarche spirituelle. C’est le mystère pascal qui donne un sens à l’Avent qui nous fait espérer et avancer vers le Royaume qui vient et le jugement dernier. La nativité nous rappelle que le Seigneur nous a rejoint dans notre condition d’homme. Le temps de l’Avent est un temps d’attente et d’espérance.
Pendant l'Avent, l'esprit de la liturgie nous entraîne à pouvoir bénéficier de l'annonce joyeuse de notre libération prochaine selon ce que l'Ange dit aux bergers de Bethléem : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce la bonne nouvelle d'une grande joie, qui sera pour tout le peuple ». La grâce de l'Avent, en nous libérant de la peur, nous montre nettement les chemins du salut révélés par Jésus et nous assure de notre union à lui ; aussi, sûrs de l'amour de Dieu et forts des œuvres de religion (prière, jeûne, aumône), nous laissons se concevoir en nous cet esprit de pieuse allégresse, de tendre reconnaissance et d'intense désir de la venue du Verbe de Dieu dans le cœur des hommes de bonne volonté. Notre cœur devient alors comme celui de notre père Abraham qui, malgré les tribulations de sa vie errante, selon la parole même du Seigneur, « exultait à la pensée de voir mon jour à moi ; et il l'a vu et il s'est réjoui ».
Notre cœur, saisi par la présence agissante du Seigneur, est enlevé par l'enthousiasme de l'accomplissement du Règne de Dieu ; il s'efforce de recevoir les maux qui le frappent et qu'il offre dans les souffrances du Rédempteur comme une avancée, certes pénible, mais victorieuse, vers le triomphe final ; il apprend que la sanctification du Nom de Dieu, que l'avènement de son règne, que l'accomplissement de sa volonté se hâtent ou se retardent à la mesure de ses pensées, de ses paroles, de ses actions et de ses omissions, selon qu'elles sont ou non dans l'observance et la grâce.
À nous, dans l'exercice de l'Avent, à travers la prière, la mortification et l'aumône, de nous unir par avance au Divin Enfant de la Crèche pour obtenir d'être avec l'observance, l'intercession et le sacrifice que manifesteront les offrandes symboliques des Mages (or, encens, myrrhe).
Avent et dévotions populaires
La Crèche
Luc et saint Matthieu sont les deux évangélistes qui parlent de la petite enfance du Christ. Luc rapporte sa naissance à Bethléem : les premiers avertis de la naissance du Christ sur Terre par les anges furent d’humbles bergers qui dormaient dans les champs, ce qui a de tout temps été très populaire.
Matthieu, lui, parle de la visite de Mages venus d’Orient qui avaient suivi son étoile pour l’adorer. Ils offrirent au divin enfant de l’or, de l’encens et de la myrrhe, trois cadeaux précieux qui déterminèrent le nombre de Mages et leur richesse. Les évangiles apocryphes, écrits postérieurement, ont ajouté des détails, reprenant certaines prophéties de l’Ancien Testament. L’âne et le bœuf apparurent ainsi au IVe siècle, selon une prophétie d’Isaïe indépendante de la Nativité : "Le bœuf connaît son possesseur, et l’âne la crèche de son maître, (...) mon peuple ne comprend pas".
Les Mages devinrent "rois" selon divers extraits des Psaumes et une autre prophétie d’Isaïe : "Les nations marcheront à ta Lumière et les rois à ta clarté naissante".
La scène de la Nativité, très visuelle entre les modestes vêtements des bergers et les soieries des Mages, occasionna très tôt des crèches vivantes et des jeux liturgiques célébrés et dansés dans les églises entre Noël et la mi-janvier. En raison des débordements qu’ils occasionnaient, ces jeux furent chassés sur les parvis : les mystères, pièces de théâtre religieuses en marge de la liturgie, les remplacèrent aux XIVe et XVe siècles. À leur tour, trop bruyants, ils furent interdits au XVIe siècle (en 1548, par un arrêt du Parlement de Paris, entre autres). Ces décisions allaient encourager deux sortes de représentations sages que nous connaissons toujours : les noëls, chants repris en chœur à la messe de Minuit, et les crèches.
Dans la lignée des jeux liturgiques, saint François d’Assise, qui voulait stimuler la dévotion des habitants en évoquant le souvenir concret de la Nativité, célébra la messe de la nuit de Noël 1223 dans la grotte de Greccio dans les Abruzzes, au-dessus d’une mangeoire remplie de foin et en présence d’un âne et d’un bœuf. L’exemple du saint contribua à l’essor de la piété populaire et les premières crèches, encouragées par les Franciscains et les Jésuites qui, en réaction contre la Réforme, approuvaient les supports visuels de la piété, apparurent dans les églises au XVIe siècle : à Prague par exemple, en 1562. Les personnages en bois étaient presque grandeur nature.
À la fin du XVIIe siècle à Naples, les maisons aristocratiques adoptèrent des crèches très élaborées qui présentaient la Nativité en plusieurs tableaux : scène de l’auberge ("parce qu’à l’auberge, il n’y avait pas de place pour eux", précisait saint Luc), Nativité dans des ruines antiques, annonce aux bergers, cortèges orientaux. La taille des figurines ne dépassait pas trente à quarante
Couronne de l’Avent
La couronne symbolise à la fois le cycle du temps divisé en quatre saisons et celui de l’espace divisé en quatre points cardinaux, cycles qui ne s’arrêtent jamais. L’utilisation de feuillages verts en cette période désolée reproduit l’usage déjà connu à Rome dans l’Antiquité de faire entrer la verdure dans les maisons pour se rassurer (cette coutume est à l’origine du sapin de Noël).
Posées sur un meuble ou suspendues au plafond comme un lustre, les couronnes de l’Avent sont allumées progressivement lors des quatre dimanches qui précèdent Noël : la première, le premier dimanche ; les deux premières le deuxième, etc.
Les couronnes de l’Avent furent adoptées d’abord en Allemagne orientale au XVIe siècle puis, plus tard, dans les milieux luthériens et catholiques de toute l’Allemagne. Elles semblent avoir été inspirées de la couronne de Sainte-Lucie, incarnation suédoise de la lumière fêtée le 13 décembre, au moment du solstice d’hiver également.
Les couronnes de Noël, suspendues aux portes, sont anglo-saxonnes et se sont alignées sur l’ancienne habitude protectrice de décorer l’entrée des maisons d’un bouquet de houx. En France, la couronne a fait timidement son apparition dans le premier tiers du XXe siècle. Longtemps associée aux rites funéraires, elle ne s’est répandue que dans la seconde moitié du XXe siècle.
Les bougies
Au moment de Noël, quand les jours sont très courts dans l’hémisphère Nord, les bougies qui chassent les ténèbres évoquent la lumière et la vie, au même titre que la bûche qui brûlait autrefois dans la cheminée.
Dans la maison - et jadis dans les étables -, leur présence rassurante était considérée comme protectrice, comparable à la verdure ( sapin, couronnes, guirlandes) face aux arbres nus. Le feu, s’il est dominé, est protecteur et purifiant.
Alliant lumière et verdure comme la couronne éclairante de Sainte-Lucie suédoise, la couronne de l’Avent comprend quatre bougies allumées l’une après l’autre lors de chaque dimanche de l’Avent. Les bougies du gâteau d’anniversaire ont la même faculté de symboliser le temps.
Dans certaines régions, au moment de la nouvelle année, on marquait les portes d’une inscription ou d’une croix faite avec de la fumée de bougies ou de cierges, dans un but protecteur.