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HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE, Dimanche 6 mai 2001
1. "Saul, Saul, pourquoi me persécuter ?" Il répondit : "Qui es-tu Seigneur ? - Je suis Jésus, celui que tu persécutes. Relève-toi et entre dans la ville : on te dira ce que tu dois faire" (Ac 9, 4-6).
C'est en pèlerin que je suis venu aujourd'hui à Damas, pour raviver la mémoire de l'événement qui a eu lieu ici, il y a deux mille ans : la conversion de saint Paul. Se rendant à Damas pour combattre et emprisonner ceux qui confessent le nom du Christ, alors qu'il arrive aux portes de cette ville, Saul fait l'expérience d'une extraordinaire illumination. Sur le chemin, le Christ ressuscité se présente à lui et, sous l'influence de cette rencontre, une profonde transformation se produit en lui : de persécuteur il devient apôtre, d'opposant à l'Évangile, il en devient le missionnaire. La lecture des Actes des Apôtres rappelle avec de nombreux détails cet événement qui a changé le cours de l'histoire : "Cet homme est l'instrument que j'ai choisi pour faire parvenir mon Nom auprès des nations païennes, auprès des rois et des fils d'Israël. Et moi, je lui ferai découvrir tout ce qu'il lui faudra souffrir pour mon Nom" (Ac 9, 15-16).
Je vous remercie vivement, Béatitude, pour vos aimables paroles d'accueil au début de cette célébration. À travers votre personne, je salue avec affection les Évêques ainsi que les membres de l'Église grecque-melkite catholique dont vous êtes le Patriarche. Mes vœux chaleureux vont aussi aux Cardinaux, aux Patriarches, aux Évêques, aux prêtres et aux fidèles de toutes les Communautés catholiques, de Syrie et d'autres pays de la région. Je me réjouis de la présence fraternelle des Patriarches, des Évêques et des fidèles des autres Églises et Communautés ecclésiales. Je les salue très cordialement. Je remercie de tout cœur le Ministre représentant le Président de la République et les membres de la communauté musulmane qui ont voulu se joindre, en cette occasion, à leurs amis chrétiens.
2. L'événement extraordinaire qui s'est produit non loin d'ici a été décisif pour l'avenir de Paul et de l'Église. La rencontre du Christ a transformé radicalement l'existence de l'Apôtre, car elle l'a atteint au plus intime de son être et l'a ouvert pleinement à la vérité divine. Paul a accepté librement de reconnaître cette vérité et d'engager sa vie à la suite du Christ. En accueillant la lumière divine et en recevant le Baptême, son être profond est devenu conforme à l'être du Christ ; ainsi sa vie a été transformée et il a trouvé son bonheur en mettant sa foi et sa confiance en celui qui l'a appelé des ténèbres à son admirable lumière (cf. 2 Tm 1, 12 ; Ep 5, 8 ; Rm 13, 12). La rencontre dans la foi avec le Ressuscité est en effet une lumière sur la route des hommes, une lumière qui bouleverse l'existence. Sur le visage resplendissant du Christ, la vérité de Dieu se manifeste de manière éclatante. Gardons, nous aussi, le regard fixé sur le Seigneur ! Ô Christ, lumière du monde, répands sur nous et sur tous les hommes, cette clarté venant du ciel qui a enveloppé ton Apôtre ! Illumine et purifie les yeux de notre cœur pour nous apprendre à tout voir dans la lumière de ta vérité et de ton amour pour l'humanité !
L'Église n'a pas d'autre lumière à transmettre au monde que la lumière qui lui vient de son Seigneur. Nous qui avons été baptisés dans la mort et la résurrection du Christ, nous avons reçu l'illumination divine, et il nous est donné d'être des enfants de Lumière. Souvenons-nous de la belle exclamation de saint Jean Damascène qui souligne l'origine de notre vocation ecclésiale commune : "Tu m'as fait venir à la lumière en m'adoptant pour ton fils, et tu m'as inscrit parmi les membres de ton Église sainte et immaculée" (Exposé de la foi orthodoxe, 1) ! Sur notre route, la Parole de Dieu est une lampe resplendissante ; elle nous permet de connaître la vérité qui rend libre et qui sanctifie.
3. "J'ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l'Agneau, en vêtements blancs, avec des palmes à la main" (Ap 7, 9).
Ce texte de la liturgie d'aujourd'hui, tiré du livre de l'Apocalypse, montre, à sa manière, l'œuvre qui s'est accomplie par le ministère apostolique de saint Paul. En effet, celui-ci a tenu une place essentielle dans l'annonce de l'Évangile hors des limites du pays de Jésus. Tout le monde alors connu, à commencer par les pays du pourtour de la Méditerranée, est devenu terre de l'évangélisation paulinienne. Et nous pouvons dire que par la suite, tout au long des siècles jusqu'à notre époque, l'immense développement de l'annonce évangélique constitue d'une certaine façon la suite logique du ministère de l'Apôtre des Nations. Jusqu'à nos jours, l'Église porte en elle les fruits de son activité apostolique et se réfère constamment au ministère missionnaire de saint Paul, devenu, pour des générations entières de chrétiens, pionnier et inspirateur de toute mission.
À l'exemple de Paul, l'Église est invitée à élargir son regard jusqu'aux extrémités du monde, afin de poursuivre la mission qui lui a été confiée de transmettre la lumière du Ressuscité à tous les peuples et à toutes les cultures, dans le respect de la liberté des personnes et des communautés humaines et spirituelles. La foule immense des hommes de toutes origines est appelée à rendre gloire à Dieu. Car, ainsi que l'affirme saint Éphrem : "Les trésors que tu nous donnes, tu n'as nul besoin de nous les communiquer. Tu n'as besoin que d'une chose : que nous dilations notre cœur pour porter tes biens, te livrant notre volonté et t'écoutant de nos oreilles. Toutes tes œuvres resplendissent des couronnes que leur a tressées la sagesse de ta bouche en disant : Tout cela est très bon" (Diathermane, 2, 5-7).
Comme Paul, les disciples du Christ sont affrontés à un grand défi : ils doivent transmettre la Bonne Nouvelle dans un langage adapté à chaque culture, sans en perdre la substance, ni en dénaturer le sens. N'ayez donc pas peur de témoigner vous aussi par la parole et par toute votre vie de cette joyeuse nouvelle parmi vos frères et vos sœurs : Dieu aime tous les hommes et il les convie à constituer une seule famille dans la charité, car ils sont tous frères !
4. Cette joyeuse nouvelle doit inciter tous les disciples du Christ à rechercher ardemment les voies de l'unité, pour qu'en faisant leur la prière du Seigneur "que tous soient un", ils rendent un témoignage toujours plus authentique et plus crédible. Je me réjouis vivement des relations fraternelles qui existent déjà entre les membres des Églises chrétiennes de votre pays, et je vous encourage à les développer dans la vérité et la prudence, en communion avec vos Patriarches et vos Évêques. À l'aube du nouveau millénaire, le Christ nous appelle à revenir les uns vers les autres dans la charité qui fait notre unité. Soyez fiers des grandes traditions liturgiques et spirituelles de vos Églises d'Orient ! Elles appartiennent au patrimoine de l'unique Église du Christ et constituent des ponts entre les différentes sensibilités. Dès les débuts du christianisme, votre terre a connu une vie chrétienne florissante. Dans la lignée spirituelle d'Ignace d'Antioche, d'Éphrem, de Siméon ou de Jean Damascène, les noms de nombreux Pères, de moines, d'ermites et de tant d'autres saints qui sont la gloire de vos Églises, demeurent présents à la mémoire vivante de l'Église universelle. Par votre attachement à la terre de vos pères, en acceptant généreusement d'y vivre votre foi, vous aussi, aujourd'hui, à votre tour, vous témoignez de la fécondité du message évangélique qui a été transmis de génération en génération.
Avec tous vos compatriotes, sans distinction d'appartenance communautaire, poursuivez sans relâche vos efforts en vue de l'édification d'une société fraternelle, juste et solidaire, où chacun soit pleinement reconnu dans sa dignité humaine et dans ses droits fondamentaux. Sur cette terre sainte, Chrétiens, Musulmans et Juifs sont appelés à travailler ensemble, avec confiance et audace, et à faire que paraisse sans tarder le jour où chaque peuple verra ses droits légitimes respectés et pourra vivre dans la paix et l'entente mutuelle. Que parmi vous, les pauvres, les malades, les personnes handicapées et tous les blessés de la vie soient toujours des frères et des sœurs respectés et aimés ! L'Évangile est un puissant facteur de transformation du monde. Que par votre témoignage de vie, les hommes d'aujourd'hui puissent découvrir la réponse à leurs aspirations les plus profondes et les fondements de la convivialité au sein de la société !
5. Familles chrétiennes, l'Église compte sur vous et vous fait confiance pour communiquer à vos enfants la foi que vous avez reçue, à travers les siècles, depuis l'Apôtre Paul. En demeurant unies et ouvertes à tous, en défendant toujours le droit à la vie depuis sa conception, soyez des foyers de lumière, pleinement conformes au dessein de Dieu et aux vraies exigences de la personne humaine ! Donnez une place importante à la prière, à l'écoute de la Parole de Dieu et à la formation chrétienne, vous y trouverez un soutien efficace pour répondre aux difficultés de la vie quotidienne et aux grands défis du monde d'aujourd'hui. La participation régulière à l'Eucharistie dominicale est une nécessité pour toute vie chrétienne fidèle et cohérente. Elle est un don privilégié où s'accomplit et où s'annonce la communion avec Dieu et avec les frères.
Frères et sœurs, ne vous lassez pas de chercher le visage du Christ qui se manifeste à vous. C'est en lui que vous trouverez le secret de la véritable liberté et de la joie du cœur ! Laissez vibrer au plus profond de vous-mêmes le désir de fraternité authentique entre tous les hommes ! En vous mettant avec enthousiasme au service des autres vous trouverez un sens à votre vie, car l'identité chrétienne ne se détermine pas dans l'opposition aux autres, mais dans la capacité à sortir de soi pour aller vers ses frères. L'ouverture au monde, avec lucidité et sans crainte, fait partie de la vocation du chrétien, conscient de sa propre identité et enraciné dans son patrimoine religieux qui exprime la richesse du témoignage de l'Église.
6. "Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes un" (Jn 10, 27-30).
Ce sont les paroles de l'Évangile d'aujourd'hui, par lesquelles Jésus Christ lui-même nous montre le dynamisme admirable de l'évangélisation. Dieu qui, de nombreuses fois et de diverses manières, avait parlé aux pères par les prophètes, à la fin a parlé par son Fils (cf. He 1, 1-2). Ce Fils, de la même substance que le Père, est le Verbe de vie. C'est lui-même qui donne la vie éternelle. Il est venu pour que nous ayons la vie et que nous l'ayons en abondance (cf. Jn 10, 10). Aux portes de Damas, dans sa rencontre avec le Christ ressuscité, saint Paul apprit cette vérité et en fit le contenu de sa prédication. La merveilleuse réalité de la Croix du Christ, sur laquelle s'opéra la Rédemption du monde, se présenta devant lui. Paul comprit cette réalité et lui consacra toute sa vie.
Frères et sœurs, levons les yeux vers la Croix du Christ pour y découvrir la source de notre espérance ! En elle nous trouvons un chemin authentique de vie et de bonheur. Contemplons le visage aimant de Dieu qui nous offre son Fils pour faire de nous tous "un seul cœur et une seule âme" (Ac 4, 32). Accueillons-le dans nos vies pour nous en inspirer et réaliser le mystère de communion qui incarne et manifeste l'essence même de l'Église.
Votre appartenance à l'Église doit être pour vous et pour tous vos frères et sœurs un signe d'espérance qui rappelle que le Seigneur rejoint chacun sur son chemin, souvent de manière mystérieuse et inattendue, comme il a rejoint Paul sur le chemin de Damas, l'enveloppant de sa lumière éclatante.
Puisse le Ressuscité, dont cette année tous les chrétiens ont célébré ensemble la Pâque, nous faire le don de la communion dans la charité ! Amen.
MESSE ET PROCESSION EUCHARISTIQUE
EN LA SOLENNITÉ DU "CORPUS DOMINI"


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Jeudi 14 juin 2001
1. "Ecce panis Angelorum, / factus cibus viatorum :  / vere panis filiorum - "Voilà le pain des anges, / le pain des pèlerins, / le vrai pain des fils" (Séquence).
Aujourd'hui, l'Église présente au monde le Corpus Domini - le Corps du Christ. Elle invite à l'adorer : venite adoremus - Venez, adorons-le !
Les regards des croyants se concentrent sur le Sacrement, dans lequel Jésus a laissé toute sa personne : Corps, Sang, Ame et Divinité. C'est pourquoi il a toujours été considéré le plus Saint :  le " très saint Sacrement", mémorial vivant du Sacrifice rédempteur.
Nous revenons, en la solennité du Corpus Domini, à ce "Jeudi" que nous appelons tous "saint", où le Rédempteur célébra sa dernière Pâque avec les disciples :  ce fut la Dernière Cène, l'accomplissement de la cène pascale juive et l'inauguration du rite eucharistique.
C'est pour cette raison que l'Église a choisi, depuis des siècles, un jeudi pour la solennité du Corpus Domini, fête d'adoration, de contemplation et d'exaltation. La fête lors de laquelle le Peuple de Dieu se rassemble autour du trésor le plus précieux hérité du Christ, le sacrement de sa présence elle-même, et le loue, le chante, le porte en procession dans les rues des villes.
2. "Lauda, Sion, Salvatorem" (Séquence).
La nouvelle Sion, la Jérusalem spirituelle, dans laquelle se rassemblent les fils de Dieu de chaque peuple, langue et culture, loue le Sauveur avec des hymnes et des cantiques. En effet, l'émerveillement et la reconnaissance pour le don reçu sont inépuisables. Ce don "dépasse toute louange, il n'y a pas de chant qui en soit digne" (ibid.).
Voilà un mystère sublime et ineffable. Un mystère devant lequel on reste stupéfaits et silencieux, dans une attitude de contemplation profonde et d'extase.
3. "Tantum ergo Sacramentum veneremur cernui - Prosternés, nous adorons un aussi grand sacrement".
Le Christ mort et ressuscité pour nous est réellement présent dans la sainte Eucharistie.
Dans le Pain et le Vin consacrés, celui qui reste avec nous est le même Jésus que celui des Évangiles, que les disciples ont rencontré et suivi, qu'ils ont vu crucifié et ressuscité, dont Thomas a touché les plaies en se prosternant en adoration et en s'exclamant : "Mon Seigneur et mon Dieu !" (Jn 20, 28) (cf. Ibid., 17-20).
Dans le Sacrement de l'autel s'offre à notre contemplation pleine d'amour toute la profondeur du mystère du Christ, le Verbe et la chair, la gloire divine et sa tente plantée parmi les hommes. Face à celui-ci, nous ne pouvons pas douter que Dieu est "avec nous", qu'il a assumé en Jésus-Christ toutes les dimensions de l'être humain, hormis le péché, en se dépouillant de sa gloire pour nous en revêtir (cf. Ibid., 21-23).
Dans son Corps et dans son Sang se manifeste le visage invisible du Christ, le Fils de Dieu, de la façon la plus simple et, dans le même temps, la plus élevée possible dans ce monde. Aux hommes de chaque époque qui, perplexes, demandent :  "Nous voulons voir Jésus" (Jn 12, 21), la communauté ecclésiale répond en répétant le geste que le Seigneur lui-même accomplit pour les disciples  d'Emmaüs :il rompt le pain. Lorsque le pain est rompu, les yeux de celui qui le cherche avec un cœur sincère s'ouvrent alors. Dans l'Eucharistie, le regard du cœur reconnaît Jésus et son amour incomparable qui se donne "jusqu'à la fin" (Jn 13, 1). Et en Lui, dans son geste, il reconnaît le Visage de Dieu !
4. "Ecce panis Angelorum... vere panis filiorum - Voilà le pain des anges... le vrai pain des fils".
Nous  nous  nourrissons  de  ce pain pour devenir des témoins authentiques de l'Évangile. Nous avons besoin de ce pain pour croître dans l'amour, la condition indispensable pour reconnaître le visage du Christ dans le visage des frères.
Notre communauté diocésaine a besoin de l'Eucharistie pour poursuivre le chemin du renouveau missionnaire qu'elle a entrepris. Ces jours derniers a précisément eu lieu à Rome le Congrès diocésain qui a analysé "les perspectives de communion, de formation et à caractère missionnaire du diocèse de Rome pour les prochaines années". Il faut continuer à marcher "en repartant" du Christ, c'est-à-dire de l'Eucharistie. Marchons avec générosité et courage en recherchant la communion au sein de notre communauté ecclésiale et en nous consacrant avec amour au service humble et désintéressé envers tous, en particulier les plus indigents.
Jésus nous précède sur ce chemin à travers le don de soi jusqu'au sacrifice et il nous offre sa propre personne comme nourriture et soutien. Bien plus, à chaque époque, il ne cesse de répéter aux pasteurs du Peuple de Dieu :  "Donnez-leur vous-mêmes à manger" (Lc 9, 13) ; rompez pour tous ce pain de vie éternelle.
Il s'agit d'une tâche exigeante et exaltante. Une mission qui durera jusqu'à la fin des temps.
5. "Ils mangèrent et furent tous rassasiés" (Lc 9, 17). À travers les paroles de l'Évangile, que nous venons d'écouter, parvient jusqu'à nous l'écho d'une fête qui, depuis deux mille ans, n'a pas de fin. La fête du peuple en marche dans l'exode du monde, nourri du Christ, vrai Pain de salut.
Au terme de la sainte Messe, nous nous mettrons nous aussi en marche dans le cœur de Rome, en portant le Corps du Christ caché dans nos cœurs et bien visible dans l'ostensoir. Nous accompagnerons le Pain de vie immortelle dans les rues de la ville. Nous l'adorerons et, autour de Lui, se rassemblera l'Église, ostensoir vivant du Sauveur du monde.
Que les chrétiens de Rome, affermis par son Corps et son Sang, présentent le Christ à tous à travers leur façon de vivre :  à travers leur unité, à travers leur foi joyeuse, à travers leur bonté !
Que notre communauté diocésaine reparte courageusement du Christ, Pain de vie immortelle !
Et  Toi,  Jésus,  pain  vivant qui donnes la vie, pain des pèlerins, "nourris-nous et défends-nous, / conduis-nous aux biens éternels / sur la terre des vivants".
Amen !
SOLENNITÉ DES SAINTS APÔTRES PIERRE ET PAUL


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Vendredi 29 juin 2001
1. "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant" (Mt 16, 16).
Que de fois avons-nous répété cette profession de foi, prononcée un jour par Simon, fils de Jonas, aux alentours de Césarée de Philippe ! Que de fois j'ai moi-même trouvé dans ces paroles un soutien intérieur pour poursuivre la mission que la Providence m'a confiée !
Tu es le Christ ! Toute l'Année Sainte nous a conduits à fixer le regard sur "Jésus-Christ unique sauveur, hier, aujourd'hui et à jamais". Chaque célébration jubilaire a été une incessante profession de foi dans le Christ, renouvelée ensemble deux mille ans après son Incarnation. À la question, toujours actuelle, de Jésus à ses disciples :  "Mais pour vous, qui suis-je ?" (Mt 16, 15), les chrétiens du troisième millénaire ont répondu une fois de plus en unissant leurs voix à celle de Pierre :  "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant".
2. "Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car cette révélation t'est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux" (Mt 16, 17).
Après deux millénaires, le "roc" sur lequel est fondée l'Église reste toujours le même : c'est la foi de Pierre. "Sur cette pierre" (Mt 16, 18), le Christ a construit son Église, un édifice spirituel qui a résisté à l'usure des siècles. Assurément, elle n'aurait pas pu résister à l'assaut de tant d'ennemis sur des bases uniquement humaines et historiques !
Au cours des siècles, l'Esprit Saint a illuminé des hommes et des femmes de tout âge, vocation et condition sociale, pour en faire "des pierres vivantes" (1 P 2, 5) de cette construction. Ce sont les saints, que Dieu suscite avec une créativité inépuisable, et qui sont bien plus nombreux que ceux que l'Église indique solennellement en exemple à tous. Une seule foi ; un seul "roc" ; une seule pierre d'angle :  le Christ, Rédempteur de l'homme.
"Tu es heureux, Simon Fils de Jonas" ! La béatitude de Simon est la même que celle de la Très Sainte Vierge Marie, à laquelle Élisabeth dit :  "Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur" (Lc 1, 45).
C'est la béatitude qui est également réservée à la communauté des croyants d'aujourd'hui, à laquelle Jésus répète :  Bienheureuse es-tu, Église du troisième millénaire, qui conserves l'Évangile intact et qui continues à le proposer avec un enthousiasme renouvelé aux hommes du début d'un nouveau millénaire !
Dans la foi, fruit de la rencontre mystérieuse entre la grâce divine et l'humilité  humaine  qui  se remet à celle-ci, se trouve le secret de la paix intérieure et de la joie du cœur qui anticipent d'une certaine manière la béatitude du Ciel.
3. "J'ai combattu jusqu'au bout le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi" (2 Tm 4, 7).
La foi se "conserve" en la donnant (cf. Redemptoris missio, n. 2). Tel est l'enseignement de l'Apôtre Paul. C'est ce qui a eu lieu lorsque les disciples, le jour de la Pentecôte, sortis du Cénacle et soutenus par l'Esprit Saint, partirent dans toutes les directions. Cette mission évangélisatrice se poursuit dans le temps et c'est la manière normale avec laquelle l'Église administre le trésor de la foi. Nous devons tous participer activement à ce dynamisme.
C'est avec ces sentiments que je vous adresse mon plus cordial salut, chers et vénérés frères, qui m'entourez aujourd'hui. Je vous salue de manière particulière, chers Archevêques métropolitains, nommés au cours de la dernière année et venus à Rome pour le rite traditionnel de l'imposition du Pallium. Vous provenez de vingt-et-un pays des cinq continents. Sur vos visages, je contemple celui de vos communautés : une immense richesse de foi et d'histoire, qui se compose et s'harmonise comme une symphonie dans le Peuple de Dieu.
Je salue également les nouveaux évêques, ordonnés au cours de cette année. Vous provenez, vous aussi, de diverses parties du monde. Dans les différentes parties du corps ecclésial, que vous représentez ici, se trouvent des espérances et des joies, mais les blessures ne manquent certes pas. Je pense à la pauvreté, aux conflits, parfois même aux persécutions. Je pense à la tentation du sécularisme, de l'indifférence et du matérialisme pratique, qui mine la vigueur du témoignage évangélique. Tout cela ne doit pas affaiblir, mais intensifier en nous, chers frères dans l'épiscopat, le désir d'apporter la Bonne Nouvelle de l'amour de Dieu à chaque être humain.
Prions afin que la foi de Pierre et de Paul soutienne notre témoignage commun et nous rende prêts, si nécessaire, à aller jusqu'au martyre.
4. Ce fut précisément le martyre qui scella le témoignage rendu au Christ par les deux grands Apôtres que nous célébrons aujourd'hui. À une distance de quelques années l'un de l'autre, ils versèrent leur sang ici, à Rome, en consacrant cette ville une fois pour toutes au Christ. Le martyre de Pierre a marqué la vocation de Rome comme siège de ses successeurs dans cette primauté que le Christ lui confia au service de l'Église : service à la foi, service à l'unité, service à la mission (cf. Ut unum sint, n. 88).
Cette aspiration à la fidélité totale au Seigneur est urgente ; le désir de la pleine unité de tous les croyants devient toujours  plus intense. Je me rends compte que, "après des siècles d'âpres polémiques, les autres Églises et Communautés ecclésiales examinent toujours plus et d'un regard nouveau ce ministère de l'unité" (Ibid., n. 89). Cela vaut de façon particulière pour les Églises orthodoxes, comme j'ai pu le remarquer également au cours des derniers jours, lors de ma visite en Ukraine. Comme je voudrais que vienne le temps de la réconciliation et de la communion réciproque !
Dans cet esprit, je suis heureux d'adresser mon salut cordial à la Délégation du Patriarcat de Constantinople, guidée par Son Éminence Jérémie, Métropolite de France et Exarque d'Espagne, que le Patriarche oecuménique Bartholomaios I a envoyée pour la célébration des saints Pierre et Paul. Leur présence ajoute une note de joie particulière à notre fête. Que les saints Apôtres intercèdent pour nous, afin que notre engagement commun puisse solliciter et préparer la recomposition de cette unité, pleine et harmonieuse, qui devra caractériser la communauté chrétienne dans le monde. Lorsque cela aura lieu, il sera plus facile au monde de reconnaître le visage authentique du Christ.
5. "J'ai gardé la foi" ! (2 Tm 4, 7). C'est ce qu'affirme l'Apôtre Paul en traçant le bilan de sa vie. Et nous savons de quelle façon il la conserva :  en la donnant, en la défendant, en la faisant fructifier le plus possible. Jusqu'à la mort.
De la même façon, l'Église est appelée à conserver le "dépôt" de la foi, en le communiquant à tous les hommes et à tout l'homme. C'est pourquoi le Seigneur l'a envoyé dans le monde, en disant aux Apôtres :  "Allez donc, de toutes les nations faites des disciples" (Mt 28, 19). Ce mandat missionnaire est plus que jamais valable à présent, au début du troisième millénaire. Face à l'ampleur du nouvel horizon, il doit même retrouver la fraîcheur des débuts (cf. Redemptoris missio, n. 1).
Si saint Paul vivait aujourd'hui, comment exprimerait-il l'aspiration missionnaire qui a distingué son action au service de l'Évangile ? Et saint Pierre ne manquerait certes pas de l'encourager dans ce généreux élan apostolique, en lui donnant la main droite en signe de communion (cf. Ga 2, 9).
C'est pourquoi nous confions à l'intercession de ces deux saints Apôtres le chemin de l'Église au début du nouveau millénaire. Nous invoquons Marie, la Reine des Apôtres, afin que partout, le peuple chrétien croisse dans la communion fraternelle et dans l'élan missionnaire.
Que la communauté des croyants puisse le plus rapidement possible proclamer d'un seul cœur et d'une seule âme : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !" Tu es notre Rédempteur, notre unique Rédempteur ! Hier, aujourd'hui et à jamais. Amen.
SOLENNITÉ DE L'ASSOMPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Mercredi 15 août 2001
1. "Le dernier ennemi détruit, c'est la Mort" (1 Co 15, 26).
Les paroles de Paul, qui viennent de retentir au cours de la deuxième lecture, nous aident à comprendre le sens de la solennité que nous célébrons aujourd'hui. En Marie, élevée au ciel au terme de sa vie terrestre, resplendit la victoire définitive du Christ sur la mort, entrée dans le monde à cause du péché d'Adam. C'est le Christ, le "nouvel" Adam, qui a vaincu la mort, en s'offrant en sacrifice sur le Calvaire, dans un geste d'amour obéissant au Père. Il nous a ainsi sauvés de l'esclavage du péché et du mal. Dans le triomphe de la Vierge, l'Église contemple Celle que le Père a choisie comme vraie Mère de son Fils unique, en l'associant intimement au dessein salvifique de la Rédemption.
C'est pour cela que Marie, comme le montre bien la liturgie, est  un signe réconfortant pour notre espérance. En la contemplant, enlevée dans l'exultation de la foule des anges, l'histoire humaine tout entière, avec ses lumières et ses ombres, s'ouvre à la perspective de la béatitude éternelle. Si l'expérience quotidienne nous permet de nous rendre compte que le pèlerinage terrestre est placé sous le signe de l'incertitude et de la lutte, la Vierge élevée dans la gloire du Paradis nous assure que le secours divin ne nous fera jamais défaut.
2. "Un signe grandiose apparut au ciel :  une Femme ! Le soleil l'enveloppe" (Ap 12,1).
Contemplons Marie, très chers frères et sœurs ici rassemblés en ce jour si cher à la dévotion du peuple chrétien. Je vous salue avec une grande affection. Je salue en particulier M. le Cardinal Angelo Sodano, le premier de mes collaborateurs, ainsi que l'Évêque d'Albano et son Auxiliaire, en les remerciant de leur présence courtoise. Je salue en outre le curé, ainsi que les prêtres qui l'aident dans sa tâche, les religieux et les religieuses et tous les fidèles présents, en particulier les consacrés salésiens, la communauté de Castel Gandolfo et celle des Villas pontificales. J'étends ma pensée aux pèlerins des différents groupes linguistiques qui ont voulu s'unir à notre célébration. Je souhaite à chacun de vivre dans la joie la solennité de ce jour, qui est riche d'occasions de méditation.
Un grand signe apparaît pour nous dans le ciel aujourd'hui :  la Vierge Mère ! L'auteur sacré du livre de l'Apocalypse nous en parle à travers un langage prophétique dans la première lecture. Quel prodige extraordinaire se trouve devant nos yeux stupéfaits ! Habitués à fixer les réalités de la terre, nous sommes invités à regarder vers le Haut :  vers le ciel, qui est notre Patrie définitive, où la Très Sainte Vierge nous attend.
L'homme moderne, peut-être plus encore que par le passé, est pris par des intérêts et des préoccupations matérielles. Il recherche la sécurité et, souvent, il fait l'expérience de la solitude et de l'angoisse. Et que dire ensuite de l'énigme de la mort ? L'Assomption de Marie est un événement qui nous touche de près justement parce que l'homme est destiné à mourir. Mais la mort n'est pas le dernier mot. Elle est - comme nous l'affirme le mystère de l'Assomption de la Vierge - le passage vers la vie à la rencontre de l'Amour. Elle est le passage vers la béatitude céleste réservée à ceux qui œuvrent pour la vérité et la justice et s'efforcent de suivre le Christ.
3. "Désormais toutes les générations me diront bienheureuse"(Lc 1, 48). Ainsi s'exprime la Mère du Christ lorsqu'elle rencontre sa parente âgée, Élisabeth. L'Évangile nous a reproposé, il y a peu, le Magnificat que l'Église chante chaque jour. C'est la réponse de la Madone aux paroles prophétiques de sainte Élisabeth : "Bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur" (Lc 1, 45).
En Marie, la promesse se fait réalité :  Bienheureuse est la Mère et bienheureux serons-nous, nous, ses fils, si, comme elle, nous écoutons et nous mettons en pratique la Parole du Seigneur.
Puisse la solennité de ce jour ouvrir notre cœur à cette perspective supérieure de l'existence. Que la Vierge, que nous contemplons aujourd'hui resplendissante à la droite du Fils, aide l'homme  d'aujourd'hui  à  vivre  en croyant "en l'accomplissement de la Parole du Seigneur".
4. "Aujourd'hui, les fils de l'Église sur la terre célèbrent dans la joie le passage de la Vierge à la cité divine, la Jérusalem céleste" (Laudes et hymni, VI). C'est ce que chante la liturgie arménienne aujourd'hui. Je fais miennes ces paroles, en pensant au pèlerinage apostolique au Kazakhstan et en Arménie que j'accomplirai, si Dieu le veut, dans un peu plus d'un mois. Je Te confie, Marie, l'issue de cette nouvelle étape de mon service de l'Église et du monde. Je  Te  demande  d'aider les croyants à être les sentinelles de l'espérance qui ne déçoit pas, et à proclamer sans cesse que le Christ est vainqueur du mal et de la mort. Illumine, ô Femme fidèle, l'humanité de notre temps afin qu'elle comprenne que la vie de tout homme ne finit pas dans une poignée de poussière, mais est appelée à un destin d'éternel bonheur.
Marie, qui es la "joie du ciel et de la terre", veille et prie pour nous et pour le monde entier, maintenant et toujours. Amen !
MESSE DE MINUIT


HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE, NOËL 24 décembre 2001
1. « Populus, qui ambulabat in tenebris, vidit lucem magnam - Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière » (Is 9, 1).
Chaque année, nous écoutons à nouveau ces paroles du prophète Isaïe dans le cadre évocateur de la célébration liturgique de la naissance du Christ. Chaque année, elles prennent une saveur nouvelle et nous font revivre le climat de l’attente et de l’espérance, de l’émerveillement et de la joie, caractéristique de Noël.
Au peuple opprimé et souffrant qui marchait dans les ténèbres apparut « une grande lumière ». Oui vraiment, une « grande » lumière, parce que la lumière qui rayonne de l’humilité de la crèche est la lumière de la nouvelle création. Si la première création a commencé par la lumière (cf. Gn 1, 3), la lumière par laquelle commence la nouvelle création est d’autant plus « grande » et plus resplendissante : c’est Dieu lui-même fait homme !
Noël est un événement de lumière, c’est la fête de la lumière : dans l’enfant de Bethléem, la lumière des origines brille à nouveau dans le ciel de l’humanité et elle déchire les ténèbres du péché. La splendeur du triomphe définitif de Dieu apparaît à l’horizon de l’histoire pour ouvrir aux hommes en marche un nouvel avenir d’espérance.
2. « Sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (Is  9, 1).
L’annonce joyeuse, proclamée il y a un instant dans notre assemblée, vaut aussi pour nous, hommes et femmes à l’aube du troisième millénaire. La communauté des croyants se rassemble en prière pour l’écouter une nouvelle fois dans toutes les régions du monde. Dans le froid et la neige de l’hiver ou sous la chaleur torride des tropiques, cette nuit est la Nuit Sainte pour tous.
Longuement attendue, la splendeur du Jour nouveau surgit finalement. Celui qui est né est le Messie, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous ! Il est né Celui qu’ont annoncé les prophètes et qu’ont appelé longuement « ceux qui habitaient le pays de l’ombre ». Dans le silence et l’obscurité de la nuit, la lumière se fait parole et message d’espérance.
Mais cette certitude de la foi n’est-elle pas en contradiction avec la réalité historique dans laquelle nous vivons ? Lorsque nous écoutons les comptes rendus impitoyables de l’actualité, ces paroles de lumière et d’espérance semblent des paroles de rêve. Mais c’est bien là le défi de la foi, qui fait de cette annonce une consolation et en même temps une exigence : nous nous découvrons enveloppés par la tendresse amoureuse de Dieu et en même temps engagés activement à aimer Dieu et nos frères.
3. « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes » (Tt 2, 11).
En ce Noël, nos cœurs sont préoccupés et troublés par la persistance, dans plusieurs régions du monde, de la guerre, des tensions sociales, des conditions pénibles dans lesquelles vivent tant d’êtres humains. Nous cherchons tous une réponse qui nous rassure.
La page de la lettre à Tite que nous venons d’entendre nous rappelle que la naissance du Fils unique du Père s’est révélée « source du salut » en tout lieu de la planète et à chaque époque de l’histoire. C’est pour tout homme et pour toute femme que naît l’Enfant appelé « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix » (Is  9, 5). Il apporte avec lui la réponse qui peut apaiser nos peurs et rendre vigueur à nos espérances.
Oui, en cette nuit évocatrice de souvenirs sacrés, notre confiance se fait plus solide dans la puissance rédemptrice de la Parole faite chair. Quand les ténèbres et le mal semblent l’emporter, le Christ nous redit : N’ayez pas peur ! Par sa venue dans le monde, il a vaincu la puissance du mal, il nous a libérés de l’esclavage de la mort et il nous a invités de nouveau au banquet de la vie.
Il nous revient de puiser à la force de son amour victorieux, en faisant nôtre sa logique de service et d’humilité. Chacun de nous est appelé à vaincre avec Lui « le mystère d’iniquité », en devenant témoin de la solidarité et artisan de paix. Allons donc à la grotte de Bethléem pour Le rencontrer, mais aussi pour rencontrer, en Lui, tout enfant du monde, tout frère meurtri dans son corps ou opprimé dans son esprit.
4. Les bergers « après l’avoir vu, racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant » (Lc 2, 17).
Comme les bergers, nous ne pouvons pas, en cette nuit extraordinaire, ne pas éprouver le désir de communiquer aux autres la joie de la rencontre avec cet « enfant emmailloté » en qui se révèle la puissance salvifique du Tout-Puissant. Nous ne pouvons pas nous contenter de contempler, émerveillés, le Messie qui gît dans la mangeoire, et oublier le devoir de Lui rendre témoignage.
Nous devons reprendre à la hâte notre chemin. Nous devons repartir joyeux de la grotte de Bethléem, pour faire connaître en tout lieu le prodige dont nous avons été les témoins. Nous avons rencontré la lumière et la vie ! En Lui l’amour nous a été donné.
5. « Un Enfant nous est né... »
Nous t’accueillons avec joie, Seigneur tout-puissant du ciel et de la terre, Toi qui par amour t’es fait Enfant « en Judée, dans la ville de David appelée Bethléem » (Lc 2, 4).
Nous t’accueillons avec reconnaissance, Lumière nouvelle qui surgit dans la nuit du monde.
Nous t’accueillons comme notre frère, « Prince-de-la-paix » qui « des deux, a fait un seul peuple » (Ep 2, 14).
Comble-nous de tes dons, Toi qui n’as pas dédaigné de commencer à vivre comme nous ! Fais-nous devenir fils de Dieu, Toi qui pour nous as voulu devenir fils de l’homme (cf. saint Augustin, Sermons, 184) !
Toi, « Merveilleux-Conseiller », promesse certaine de paix ! Toi, présence efficace du « Dieu-Fort » ! Toi, notre seul Dieu, qui gis pauvre et humble dans l’ombre de la crèche, accueille-nous près de ton berceau !
Venez, peuples de la terre, et ouvrez-lui les portes de votre histoire ! Venez adorer le Fils de la Vierge Marie, descendu parmi nous en cette nuit préparée depuis des siècles !
Nuit de joie et de lumière !
Venite, adoremus !
MESSE EN LA SOLENNITÉ DE LA TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU ET
DE LA XXXVème JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX


HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II, Mardi 1er janvier 2002
1. "Ave, Mère sainte : tu as donné le jour au Roi
qui gouverne le ciel et la terre pour les siècles des siècles"
(cf. Antienne d'ouverture).
Avec cet antique salut, l'Église s'adresse aujourd'hui, huitième jour après Noël et premier jour de l'année 2002, à la Très Sainte Vierge Marie, en l'invoquant en tant que Mère de Dieu.
Le Fils éternel du Père a pris en Elle notre même chair et, à travers Elle, il et devenu "le fils de David et le fils d'Abraham" (Mt 1, 1). Marie est donc sa Mère véritable : la Theotòkos, la Mère de Dieu !
Si Jésus est la Vie, Marie est la Mère de la Vie.
Si Jésus est l'Espérance, Marie est la Mère de l'Espérance.
Si Jésus est la Paix, Marie est la Mère de la Paix, Mère du Prince de la Paix.
En entrant dans la nouvelle année, nous demandons à cette Mère sainte de nous bénir. Demandons-lui de nous donner Jésus, notre pleine Bénédiction, dans lequel le Père a béni l'histoire une fois pour toute, en la faisant devenir une histoire de salut.
2. "Ave, Mère sainte" ! C'est sous le regard maternel de Marie que se déroule la Journée mondiale de la Paix d'aujourd'hui. Nous réfléchissons sur la paix dans un climat de préoccupation diffus, en raison des récents événements dramatiques qui ont secoué le monde. Mais même s'il semble humainement difficile d'envisager l'avenir avec optimisme, nous ne devons pas céder à la tentation du découragement. Nous devons, au contraire, œuvrer pour la paix avec courage, certains que le mal ne prévaudra pas.
La lumière et l'espérance pour cet engagement viennent du Christ. L'Enfant né à Bethléem est la Parole éternelle du Père faite chair pour notre salut, il est "Dieu avec nous", qui apporte avec lui le secret de la paix véritable. Il est le Prince de la Paix.
3. Avec ces sentiments, je salue respectueusement les Ambassadeurs près le Saint-Siège, qui ont voulu prendre part à cette célébration solennelle. Je salue affectueusement le Président du Conseil pontifical "Justice et Paix", M. le Card. François Xavier Nguyên Van Thuân, et tous ses collaborateurs, en les remerciant des efforts qu'ils accomplissent afin de diffuser mon Message annuel pour la Journée mondiale de la Paix, qui cette année a pour thème :  "Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon".
Justice et pardon :  voilà les deux "piliers" de la paix, que j'ai voulu mettre en évidence. Il n'y a pas d'opposition entre justice et pardon, mais une complémentarité, car tous deux sont essentiels pour la promotion de la paix. Celle-ci, en effet, bien plus qu'une interruption temporaire des hostilités, est une guérison profonde des blessures qui affaiblissent les âmes (cf. Message, n. 3). Seul le pardon peut assouvir la soif de vengeance et ouvrir le cœur à une réconciliation authentique et durable entre les peuples.
4. Nous tournons aujourd'hui notre regard vers l'Enfant, que Marie serre dans ses bras. En Lui nous reconnaissons Celui en qui la miséricorde et la vérité se rencontrent, en qui la justice et la paix s'embrassent (cf. Ps 84, 11). En Lui nous adorons le Messie véritable, en qui Dieu a conjugué, pour notre salut, la vérité et la miséricorde, la justice et le pardon.
Au nom de Dieu, je renouvelle mon appel pressant à tous, croyants et non-croyants, afin que le binôme "justice et pardon" caractérise toujours les relations entre les personnes, entre les groupes sociaux et entre les peuples.
Cet appel s'adresse tout d'abord à ceux qui croient en Dieu, en particulier les trois religions abrahamitiques, judaïsme, christianisme et islam, appelées à toujours exprimer leur refus de la violence de la façon la plus ferme et décidée. Personne, pour aucune raison, ne peut tuer au nom de Dieu, unique et miséricordieux. Dieu est Vie et source de la Vie. Croire en Lui signifie témoigner sa miséricorde et son pardon, en refusant d'utiliser son saint Nom comme un instrument.
De diverses parties du monde s'élève une poignante invocation de paix ; elle s'élève en particulier de cette terre que Dieu a bénie à travers son Alliance et son Incarnation, et que nous appelons "Sainte" pour cette raison. "La voix du sang" crie vers Dieu de cette terre (cf. Gn 4, 10) ; le sang de frères versé par des frères, qui se réclament du même Patriarche Abraham ; des fils, comme tout homme, du même Père céleste.
5. "Ave, Mère sainte !" Vierge Fille de Sion, comme ton cœur de Mère doit souffrir de ce sang !
L'Enfant, que tu serres contre ta poitrine, porte un nom cher aux peuples de religion biblique : "Jésus", qui signifie  "Dieu  sauve".  C'est  ainsi  que l'appela l'archange avant qu'il ne soit conçu dans ton sein (cf. Lc 2, 21). Sur le visage du Messie nouveau-né, nous reconnaissons le visage de chacun de tes enfants outragés et exploités. Nous reconnaissons en particulier le visage des enfants, quelle que soit la race, le pays et la culture à laquelle ils appartiennent.
Pour eux, Ô Marie, pour leur avenir, nous te demandons d'émouvoir les cœurs endurcis par la haine, afin qu'ils s'ouvrent à l'amour et que la vengeance cède finalement la place au pardon.
Ô Mère, obtiens pour nous que la vérité de cette affirmation - Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon - s'imprime dans le cœur de tous. La famille humaine pourra ainsi retrouver la paix véritable, qui naît de la rencontre entre la justice et la miséricorde.
Mère sainte, Mère du Prince de la Paix, aide-nous !
Mère de l'humanité et Reine de la Paix, prie pour nous !
CHAPELLE PAPALE POUR L’ORDINATION DES ÉVÊQUES
EN LA SOLENNITÉ DE L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR
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