Messe du Pape François à Sainte-Marthe, Mardi 9 mai 2017
Résistance contre docilité
Ce furent les laïcs, « dispersés par la persécution après le martyre d’Étienne », qui apportèrent « la parole aux païens d’Antioche », où « pour la première fois ils furent appelés “chrétiens” », obtenant ensuite la voie libre et l’encouragement de la communauté des apôtres de Jérusalem à travers Barnabé. Le secret de cette première évangélisation extraordinaire a été « la docilité à l’Esprit Saint pour accueillir et annoncer la parole », a dit le Pape en invitant à prier « pour Antioche » et en offrant la Messe « pour les sœurs de la Maison Sainte-Marthe » — les filles de la charité de Saint Vincent de Paul — qui rappellent « le jour de leur fondatrice, sainte Louise de Marillac ». Une persécution, donc, après « le martyre d’Étienne » qui « a reproché tant de fois leur dureté de cœur aux chefs, aux docteurs de la loi ». Et « la parole la plus forte » qu’Étienne « répétait sans cesse » était précisément : « Vous avez commis le péché de résister à l’Esprit Saint ». « Aujourd’hui les lectures nous parlent d’une attitude contraire : la docilité à l’Esprit Saint, qui est l’attitude des chrétiens ». Ainsi, « je me demande : est-ce que ces personnes qui ont été jusqu’en Phénicie, à Chypre, à Antioche, “ne proclamaient la parole à personne en dehors des juifs” » parce qu’elles « avaient encore cette mentalité, que le salut était pour les juifs » ? On lit dans le texte : « Mais certains d’entre eux, des gens de Chypre et de Cyrène, arrivés à Antioche, commencèrent à parler aussi aux Grecs, en annonçant que Jésus est le Seigneur. Et la main du Seigneur — l’Esprit du Seigneur — était avec eux ». Ainsi, « un grand nombre crut et se convertit au Seigneur », comme le rapportent les Actes. Ces chrétiens « ont fait le pas d’annoncer Jésus Christ aux païens avec naturel, parce qu’ils sentaient que l’Esprit poussait à cela : ils ont été dociles ». « Ce sont des laïcs qui ont apporté la parole, après la persécution, parce qu’ils avaient cette docilité à l’Esprit Saint ». À cet égard, l’apôtre Jacques, « dans le premier chapitre de sa lettre, nous conseille d’accueillir avec docilité la parole, de la recevoir comme elle vient : la parole qui apporte l’Esprit ». Ouvrir son cœur, la laisser entrer comme la semence qui ensuite germera ». Puis « on l’approfondit » et on apprend à « connaître la parole et connaître Jésus ». « Ils me connaissent et me suivent » dit le Seigneur dans l’Évangile de Jean (10, 22-30). « Un troisième pas est la familiarité avec la parole ». Il est important « d’apporter avec nous la parole, de la lire, d’ouvrir notre cœur à la parole, à l’Esprit qui est celui qui nous fait comprendre la parole ». La bonne voie est donc « de recevoir avec docilité la parole, de connaître la parole et de demander à l’Esprit la grâce de la faire connaître ». Et « de faire en sorte que cette semence germe et grandisse dans des attitudes de bonté, de douceur, de bienveillance, de paix, de charité, de maîtrise de soi : tout ce qui fait le style chrétien ». Les Actes des apôtres nous disent que « quand la nouvelle de ces gens qui, venus de Chypre et de Cyrène, annonçaient la parole aux païens, parvint à Jérusalem, eux aussi eurent un peu peur et ils envoyèrent Barnabé à Antioche. Quand celui-ci arriva et vit la grâce de Dieu, il se réjouit et exhortait tout le monde à rester, d’un cœur résolu, fidèle au Seigneur ». Barnabé, était « un “homme vertueux et rempli d’Esprit Saint” ». Ainsi, « l’Esprit nous guide pour ne pas nous tromper, accueillir avec docilité l’Esprit, connaître l’Esprit dans la parole et vivre selon l’Esprit ». Demandons-nous « si nous résistons à l’Esprit », si « nous lui faisons résistance ou si nous l’“accueillons avec docilité”, selon le terme de Jacques ». On pourrait dire « résistance contre docilité » a affirmé le Pape, en invitant à demander la grâce d’être dociles. Cela s’est précisément passé à Antioche, où on nous a donné notre nom : c’est là que, pour la première fois, les disciples furent appelés “chrétiens”. C’est beau, prions pour Antioche ».