Messe du Pape François à Sainte-Marthe, Mardi 23 mai 2017
L’Église n’est pas pour les tièdes
L’Église ne doit jamais être « tiède » et elle est appelée, ainsi que chaque chrétien, à un chemin de « conversion quotidienne ». Il faut en effet faire attention à ne pas s’adapter à un état « tranquille », « mondain » et être, en revanche, toujours ouverts à l’« annonce joyeuse que Jésus est le Seigneur ». Comme le fit, par exemple, l’archevêque Óscar Arnulfo Romero, rappelé par le Pape François à l’occasion du deuxième anniversaire de sa béatification. Le Pape a tout d’abord repris la première lecture (Actes des apôtres, 16, 22-34) et, expliquant qu’il s’agit du passage final d’un récit plus ample, il en a résumé l’évolution tout entière. En effet, « quand le peuple de Dieu était tranquille ou servait la mondanité, je ne dis pas les idoles, non, mais la mondanité et était dans la tiédeur », le Seigneur « envoyait les prophètes ». De plus : « aux prophètes, il est arrivé la même chose qu’à Paul : ils étaient persécutés, battus, pourquoi ? Parce qu’ils gênaient ». Ce que fit également Paul, « homme de discernement », comprenant que l’esprit que possédait la magicienne, « était un esprit de tiédeur, qui rendait l’Église tiède », « il comprit la tromperie et chassa l’esprit malin. Et la vérité est apparue ». C’est une dynamique qui a lieu encore aujourd’hui dans l’Église : « Quand quelqu’un dénonce de multiples attitudes de mondanité, il est regardé de travers ; cela ne va pas, il vaut mieux qu’il s’éloigne ». Et il a ajouté : « Je me souviens dans mon pays, de tant d’hommes et de femmes, de bons consacrés, pas des idéologues, mais ils disaient : “Non, l’Église de Jésus est ainsi...” », ils ont dit à leur propos : « “Celui-là c’est un communiste, dehors !”, et ils les chassaient, ils les persécutaient. Pensons au bienheureux Romero ». Et cela est arrivé à « tant, tant de personnes dans l’histoire de l’Église, également ici en Europe ». L’explication se trouve dans le fait que « l’esprit malin préfère une Église tranquille sans risques, une Église des affaires, une Église commode, dans la commodité de la tiédeur, tiède ». Pour mieux comprendre ce raisonnement, le Pape a rappelé deux mots que l’on trouve dans le passage de l’Écriture mentionné plus haut, un « au début de l’histoire » et un autre « à la fin ». Si on lit avec attention, en effet, on voit que « les maîtres de cette femme, esclave, divinatrice, se sont fâchés parce qu’ils avaient raté la possibilité de gagner de l’argent ». Voilà le mot : « argent ». En effet, « l’esprit malin entre toujours par les poches » et « quand l’Église est tiède, tranquille, bien organisée, qu’il n’y a pas de problèmes, on regarde là où on peut faire des affaires, immédiatement ». Il y a ensuite un autre mot qui apparaît à la fin du récit : « joie ». En effet, on lit que le geôlier, après avoir été baptisé, « dressa la table et fut rempli de joie, avec tous les siens pour avoir cru en Dieu ». Apparaît ainsi clairement « le chemin de notre conversion quotidienne : passer d’un état de vie mondaine, tranquille sans risque, catholique, oui, oui, mais comme ça, tiède, à un état de vie de la véritable annonce de Jésus, à la joie de l’annonce du Christ. Passer d’une religiosité qui pense trop aux gains, à la foi et à la proclamation : “Jésus est le Seigneur” ». Et cela « est le miracle que fait l’Esprit Saint ». C’est pourquoi le Pape a suggéré de relire le chapitre 16 des Actes des apôtres, pour mieux comprendre « ce parcours » et comment « le Seigneur avec ses témoins, avec ses martyrs, fait progresser l’Église ». On se rendra compte qu’« une Église sans martyrs ne donne pas confiance ; une Église qui ne risque pas ne donne pas confiance ; une Église qui a peur d’annoncer Jésus Christ et de chasser les démons, les idoles, l’autre seigneur, qui est l’argent, n’est pas l’Église de Jésus ». En concluant sa méditation, François a rappelé que dans la liturgie du jour, il y a une prière dans laquelle on rend grâce « au Seigneur pour la jeunesse renouvelée qu’il nous donne avec Jésus ». L’Église de Philippes elle aussi « a été renouvelée est elle est devenue une Église jeune ». Nous devons donc prier afin que « nous ayons tous cela : une jeunesse renouvelée, une conversion de la manière de vivre tiède à l’annonce joyeuse que Jésus est le Seigneur ».