MESSE, BÉNÉDICTION ET IMPOSITION DES CENDRES
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique Sainte-Sabine
Mercredi 2 mars 2022
Homélie du Saint-Père, lue par le Cardinal Secrétaire d'Etat
En ce jour qui ouvre le temps du Carême, le Seigneur nous dit : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux » (Mt 6, 1). Cela peut paraître surprenant, mais dans l’Évangile d’aujourd’hui, la parole qui revient plusieurs fois est récompense (cf. vv 1.2.5.16). Habituellement, le Mercredi des Cendres, notre attention est attirée sur l’effort exigé par le chemin de foi, plus que sur le prix dont il est couronné. Pourtant, aujourd’hui, le discours de Jésus revient à chaque fois sur ce terme, récompense, qui semble être le ressort de notre action. En effet, il y a en nous, dans notre cœur, une soif, un désir d’atteindre une récompense qui nous attire et qui motive ce que nous faisons.
Le Seigneur distingue cependant deux types de récompenses auxquelles la vie d’une personne peut tendre : d’une part la récompense auprès du Père et, de l’autre, la récompense auprès des hommes. La première est éternelle ; c’est la vraie, la définitive, elle est le but de la vie. La seconde, par contre, est transitoire, elle est une fausse route dans laquelle nous nous engageons quand l’admiration des hommes et le succès mondain deviennent pour nous la chose la plus importante, la satisfaction la plus grande. Mais c’est une illusion : c’est comme un mirage qui, une fois atteint, laisse les mains vides. L’inquiétude et le mécontentement sont toujours au tournant pour celui qui a comme horizon la mondanité qui séduit mais, ensuite, déçoit. Celui qui regarde la récompense du monde ne trouve jamais la paix, et il ne sait pas même promouvoir la paix car il perd de vue le Père et les frères. C’est un risque que nous courons tous et c’est pourquoi Jésus nous avertit : « faites attention ». C’est comme s’il disait : “Vous avez la possibilité de jouir d’une récompense infinie, une récompense sans égale : veillez donc à ne pas vous laisser aveugler par l’apparence en poursuivant des récompenses de moindre valeur, qui vous filent entre les doigts”.
Le rite des cendres que nous recevons sur la tête veut nous soustraire à l’aveuglement qui consiste à mettre la récompense auprès des hommes avant la récompense auprès du Père. Ce signe austère qui nous fait réfléchir sur la caducité de notre condition humaine est comme un remède au goût amer, mais efficace, pour guérir la maladie de l’apparence. Il s’agit d’une maladie spirituelle qui asservit la personne, la conduisant à devenir dépendante de l’admiration d’autrui. C’est un véritable “esclavage des yeux et de l’esprit” (cf. Ep 6, 6; Col 3, 22) qui pousse à vivre à l’enseigne de la vaine gloire selon laquelle ce qui compte n’est pas la pureté du cœur mais l’admiration des gens ; non pas le regard de Dieu sur nous, mais la manière dont les autres nous regardent. Et l’on ne peut bien vivre en se contentant de cette récompense.
Le problème est que cette maladie de l’apparence menace même les domaines les plus sacrés. C’est sur cela que Jésus insiste aujourd’hui : même la prière, la charité et le jeûne peuvent devenir autoréférentiels. Dans chaque geste, même le plus beau, le ver de l’autosatisfaction peut se cacher. Le cœur n’est pas alors complètement libre car il ne cherche pas l’amour pour le Père et pour les frères, mais l’approbation humaine, les applaudissements des gens, la gloire. Et tout peut devenir une sorte de fiction vis à vis de Dieu, de soi-même et des autres. C’est pourquoi la Parole de Dieu nous invite à regarder à l’intérieur de nous-mêmes, pour voir nos hypocrisies. Faisons un diagnostic des apparences que nous recherchons ; essayons de les démasquer. Cela nous fera du bien.
Les cendres mettent en lumière le néant qui se cache derrière la recherche effrénée des récompenses mondaines. Elles nous rappellent que la mondanité est comme de la poussière emportée par le vent. Sœurs, frères, nous ne sommes pas dans le monde au gré du vent ; notre cœur a soif d’éternité. Le Carême est un temps donné par le Seigneur pour revivre, pour être soignés intérieurement et pour marcher vers la Pâque, vers ce qui ne passe pas, vers la récompense auprès du Père. C’est un chemin de guérison, non pas pour tout changer du jour au lendemain, mais pour vivre chaque jour dans un esprit nouveau, avec un style différent. C’est à cela que servent la prière, la charité et le jeûne : purifiés par les cendres du Carême, purifiés de l’hypocrisie de l’apparence, ils retrouvent toute leur force et régénèrent un rapport vivant avec Dieu, avec les frères et avec soi-même.
La prière humble, faite « dans le secret » (Mt 6, 6), dans la discrétion de sa chambre, devient le secret pour faire fleurir la vie à l’extérieur. Elle est un dialogue chaleureux d’affection et de confiance qui console et ouvre le cœur. Surtout en ce temps de Carême, prions en regardant le Crucifié : laissons-nous envahir par l’émouvante tendresse de Dieu et mettons dans ses blessures les nôtres et celles du monde. Ne nous laissons pas prendre par la précipitation, restons en silence devant Lui. Redécouvrons ce qu’il y a d’essentiel et de fécond dans le dialogue intime avec le Seigneur. Car Dieu n’aime pas les choses spectaculaires; il aime au contraire se laisser trouver dans le secret. C’est “le secret de l’amour”, loin de toute ostentation et des couleurs éclatantes.
Si la prière est vraie, elle ne peut que se traduire en charité. Et la charité nous libère du pire esclavage, celui de nous-mêmes. La charité du carême, purifiée par les cendres, nous ramène à l’essentiel, à la joie intime qu’il y a à donner. L’aumône, faite loin des projecteurs, donne paix et espérance au cœur. Elle nous révèle la beauté du don qui devient un recevoir et permet ainsi de découvrir un secret précieux : donner fait se réjouir le cœur, plus que recevoir (cf. Ac 20, 35).
Enfin, le jeûne. Il n’est pas un régime, au contraire, il nous libère de l’autoréférentialité de la recherche obsessionnelle du bien-être physique, pour nous aider à maintenir en forme non pas le corps, mais l’esprit. Le jeûne nous porte à donner sa juste valeur aux choses. De façon concrète, il nous rappelle que la vie ne doit pas être soumise à la scène passagère de ce monde. Et le jeûne ne doit pas se limiter seulement à la nourriture : en particulier durant le Carême, on doit jeûner de ce qui nous donne une certaine dépendance. Que chacun y réfléchisse pour faire un jeûne qui affecte vraiment sa vie concrète.
Mais si la prière, la charité et le jeûne doivent mûrir dans le secret, leurs effets ne sont pas secrets. La prière, la charité et le jeûne ne sont pas des remèdes seulement pour soi, mais pour tous : ils peuvent en effet changer l’histoire. Tout d’abord parce que celui qui en éprouve les effets, presque sans s’en rendre compte, les transmet aussi aux autres; et surtout parce que la prière, la charité et le jeûne sont les voies principales qui permettent à Dieu d’intervenir dans notre vie et dans la vie du monde. Ce sont les armes de l’esprit, et c’est avec elles que, en cette journée de prière et de jeûne pour l’Ukraine, nous implorons de Dieu cette paix que les hommes à eux seuls ne parviennent pas à construire.
O Seigneur, Toi qui vois dans le secret et qui nous récompenses au-delà de toute attente, écoute la prière de ceux qui se confient à Toi, surtout celle des plus humbles, des plus éprouvés, de ceux qui souffrent et qui fuient sous le vacarme des armes. Remets dans les cœurs la paix, redonne à nos jours ta paix.
Amen.
SAINTE MESSE À L'OCCASION DU 400ème ANNIVERSAIRE DE LA CANONISATION DE ST IGNACE DE LOYOLA
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Église du "Gesù", Rome
Samedi 12 mars 2022
L’Évangile de la Transfiguration que nous avons entendu rapporte quatre actions de Jésus. Cela nous fera du bien de suivre ce que fait le Seigneur, et trouver dans ses gestes des indications pour notre route.
Le premier verbe – la première de ces actions de Jésus – est prendre avec soi : Jésus, dit le texte, « prit avec lui Pierre, Jean et Jacques » (Lc 9, 28). C’est lui qui prend les disciples, et c’est lui qui nous a pris à ses côtés. Il nous a aimés, choisis et appelés. Au début, il y a le mystère d’une grâce, d’une élection. Ce n’est pas nous d’abord qui avons pris une décision, mais c’est Lui qui nous a appelés, sans mérite de notre part. Avant d’être ceux qui ont fait un don de leur vie, nous sommes ceux qui ont reçu un don gratuit : le don gratuit de l’amour de Dieu. Notre marche, frères et sœurs, doit recommencer chaque jour à partir de là, de la grâce originelle. Jésus a fait avec nous comme il a fait avec Pierre, Jacques et Jean : il nous a appelés par notre nom et il nous a pris avec Lui. Il nous a pris par la main. Pour nous emmener où ? Sur sa sainte montagne, là où, dès maintenant, il nous veut pour toujours avec Lui, transfigurés par son amour. La grâce nous y conduit, cette grâce première, primitive. Alors, lorsque nous ressentons de l’amertume ou de la déception, lorsque nous nous sentons rabaissés ou incompris, nous ne devons pas nous perdre en regrets et en nostalgie. Ce sont des tentations qui paralysent la marche, des sentiers qui ne mènent nulle part. Prenons plutôt notre vie en main, à partir de la grâce, de l’appel. Et accueillons le don de vivre chaque jour comme une marche vers le but.
Il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean : le Seigneur prend les disciples ensemble, il les prend en communauté. Notre appel est enraciné dans la communion. Pour recommencer chaque jour, en plus du mystère de notre élection, il nous faut raviver la grâce d’avoir été pris dans l’Eglise, notre sainte Mère hiérarchique, et pour l’Eglise, notre épouse. Nous appartenons à Jésus, mais en tant que Compagnie. Ne nous lassons pas de demander la force de construire et de garder la communion, d’être levain de fraternité pour l’Église et pour le monde.
Nous ne sommes pas des solistes qui cherchent à être écoutés, mais des frères disposés en chœur. Écoutons avec l’Église, rejetons la tentation de rechercher des succès personnels, et d’entrer dans des copinages. Ne nous laissons pas prendre par le cléricalisme qui raidit, et par les idéologies qui divisent. Les Saints dont nous faisons mémoire aujourd’hui ont été des piliers de communion. Ils nous rappellent qu’au Ciel, malgré notre diversité de caractères et de vues, nous sommes appelés à être ensemble. Et puisque nous serons unis pour toujours là-haut, pourquoi ne pas commencer dès maintenant ici-bas ? Accueillons la beauté d’avoir été pris ensemble par Jésus, appelés ensemble par Jésus. Voilà donc le premier verbe : il prit.
Le deuxième verbe : gravir. Jésus « gravit la montagne » (v. 28). La route de Jésus n’est pas en descente, elle est en montée. La lumière de la transfiguration n’arrive pas dans la plaine, mais suite à une marche fatigante. Pour suivre Jésus il faut donc quitter les plaines de la médiocrité et les descentes du confort ; il faut laisser ses habitudes rassurantes pour réaliser un mouvement d’exode. En effet, une fois monté sur la montagne, Jésus parle à Moïse et à Élie « de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem » (v. 31). Moïse et Elie étaient montés sur le Sinaï, l’Oreb, après deux exodes dans le désert (cf. Ex 19 ; 1 Rois 19). Maintenant ils parlent avec Jésus de l’exode définitif, celui de sa pâque. Frères et sœurs, seule la montée de la croix mène au but de la gloire. C’est la voie : de la croix à la gloire. La tentation du monde est de rechercher la gloire sans passer par la croix. Nous voudrions des chemins connus, droits et aplanis, mais pour trouver la lumière de Jésus, il faut sans cesse sortir de soi-même et monter à sa suite. Le Seigneur, comme nous l’avons entendu, « fit sortir » Abraham au commencement (Gn 15, 5), il nous invite également à sortir et à monter.
Pour nous jésuites, la sortie et la montée suivent un parcours bien précis que la montagne symbolise bien. Dans l’Écriture, le sommet des montagnes représente la limite, la frontière entre la terre et le ciel. Et nous sommes appelés à sortir pour aller là-bas, à la frontière entre la terre et le ciel, là où l’homme “affronte” Dieu avec grande peine. Nous sommes appelés à partager sa recherche inconfortable et son doute religieux. Nous devons être là et, pour ce faire, nous devons sortir et nous montrer. Alors que l’ennemi de la nature humaine veut nous convaincre de toujours revenir sur les mêmes pas, ceux de la répétition stérile, du confort, du déjà vu, l’Esprit suggère des ouvertures, il donne la paix sans jamais laisser en paix, il envoie les disciples jusqu’aux limites extrêmes. Pensons à François-Xavier.
Il me vient à l’esprit que pour prendre ce chemin, il faut lutter. Pensons au pauvre vieil Abraham : là, avec son sacrifice, luttant contre les vautours qui voulaient manger l'offrande (cf. Gn 15, 7-11). Et il les chassait avec son bâton. Le pauvre vieux. Regardons cela : lutter pour défendre ce chemin, cette voie, notre consécration au Seigneur.
De tout temps, le disciple se trouve à ce carrefour. Et il peut faire comme Pierre qui, alors que Jésus parle de l’exode, dit : « il est bon que nous soyons ici » (v. 33). Le danger d’une foi statique, “garée”, existe toujours. Je crains une foi “garée”. Le risque est de se considérer comme des disciples “honnêtes” qui ne suivent pas Jésus en réalité mais restent immobiles, passifs et, comme les trois de l’Évangile, s’assoupissent et s’endorment sans s’en rendre compte. À Gethsémani, ces mêmes disciples dormiront aussi. Pensons bien, frères et sœurs, que pour ceux qui suivent Jésus le moment n’est pas venu de dormir, de se laisser intoxiquer l’âme, de se laisser anesthésier par le climat consumériste et individualiste d’aujourd’hui, climat selon lequel la vie va bien si elle va bien pour moi ; selon lequel celui qui parle et théorise, perd de vue la chair des frères, le caractère concret de l’Évangile. Un drame de notre temps consiste à fermer les yeux sur la réalité et se détourner. Que sainte Thérèse nous aide à sortir de nous-mêmes et à gravir la montagne avec Jésus, afin de nous rendre compte qu’Il se révèle aussi à travers les blessures de nos frères, les efforts de l’humanité, les signes des temps. Il ne faut pas avoir peur de toucher les plaies : ce sont les plaies du Seigneur.
Jésus a gravi la montagne, dit l’Évangile, « pour prier » (v. 28). Voici le troisième verbe, prier. Et « pendant qu’il priait – continue le texte –, l’aspect de son visage devint autre » (v. 29). La transfiguration naît de la prière. Demandons-nous, peut-être après de nombreuses années de ministère, ce que signifie prier pour nous, ce que signifie prier pour moi. Peut-être que la force de l’habitude et une certaine ritualité nous ont-elles amenés à penser que la prière ne transforme pas l’homme ni l’histoire. Cependant, la prière transforme la réalité. Elle est une mission active, une intercession continue. Elle n’éloigne pas du monde, mais change le monde. Prier, c’est apporter à Dieu le battement de cœur de l’actualité pour que son regard s’ouvre tout grand sur l’histoire. Pour nous, que signifie prier ?
Et cela nous fera du bien aujourd’hui de nous demander si la prière nous plonge dans cette transformation ; si elle apporte un éclairage nouveau sur les personnes et transfigure les situations. Car si la prière est vivante, elle “déstabilise intérieurement”, ravive le feu de la mission, rallume la joie, nous provoque sans cesse à nous laisser déranger par le cri souffrant du monde. Demandons-nous comment nous portons dans la prière la guerre en cours. Et pensons à la prière de saint Philippe Néri qui lui élargissait le cœur et lui faisait ouvrir les portes aux enfants de la rue. Ou bien à saint Isidore qui priait dans les champs et portait le travail agricole dans la prière.
Prendre en main chaque jour notre appel personnel et notre histoire communautaire ; monter vers les limites indiquées par Dieu en sortant de nous-mêmes ; prier pour transformer le monde dans lequel nous sommes plongés. Enfin, il y a le quatrième verbe, qui apparaît dans le dernier verset de l’Évangile : « Jésus se trouva seul » (v. 36). Il resta, alors que tout était fini et que résonnait seulement “le testament” du Père: « Écoutez-le » (v. 35). L’Évangile s’achève en nous ramenant à l’essentiel. Nous sommes souvent tentés, dans l’Église et dans le monde, dans la spiritualité comme dans la société, de faire passer pour primaires de nombreux besoins secondaires. C’est une tentation quotidienne, de faire passer pour primaires de nombreux besoins secondaires. En d’autres termes, nous risquons de nous concentrer sur des coutumes, des habitudes et des traditions qui fixent le cœur sur ce qui passe et qui nous font oublier ce qui reste. Combien il est important de travailler sur le cœur, afin qu’il sache distinguer ce qui est selon Dieu et demeure, de ce qui est selon le monde et qui passe !
Chers frères et sœurs, que le saint père Ignace nous aide à garder le discernement, notre précieux héritage, un trésor toujours actuel à reverser sur l’Église et sur le monde. Il nous permet de “voir toutes choses nouvelles dans le Christ”. Il est essentiel, pour nous-mêmes et pour l’Église, car, comme l’écrivait Pierre Favre, « tout le bien qui peut être réalisé, pensé ou organisé doit l’être dans un bon esprit, et non dans un esprit mauvais » (Mémorial, Paris 1959, n. 51). Ainsi soit-il.
CELEBRATION PENITENTIELLE AVEC ACTE DE CONSECRATION AU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE
Basilique Saint-Pierre
Vendredi 25 mars 2022
Dans l'Évangile de la solennité d'aujourd'hui, l'ange Gabriel, par trois fois, prend la parole et s’adresse à la Vierge Marie.
La première fois, en la saluant, il dit : « Réjouis-toi, pleine de grâce : le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28). La raison de se réjouir, le motif de la joie, est révélé en quelques mots : le Seigneur est avec toi. Frère, ma sœur, tu peux entendre ces paroles qui aujourd'hui te sont adressées, comme à chacun de nous ; tu peux les faire tiennes chaque fois que tu t'approches du pardon de Dieu, parce que là, le Seigneur te dit : "Je suis avec toi". Trop souvent, nous pensons que la Confession consiste à aller vers Dieu la tête baissée. Mais ce n'est pas d'abord nous qui revenons au Seigneur, c'est Lui qui vient nous visiter, nous combler de sa grâce, nous réjouir de sa joie. Se confesser, c'est donner au Père la joie de nous relever. Au centre de ce que nous allons vivre, il n’y a pas nos péchés ; ils sont là, mais pas au centre. Son pardon, c’est cela le centre. Essayons d’imaginer si au cœur du sacrement se trouvaient nos péchés : presque tout dépendrait de nous, de notre repentir, de nos efforts, de notre engagement. Mais non, au centre, il y a Lui, qui nous libère et nous remet debout.
Redonnons le primat à la grâce et demandons le don de comprendre que la Réconciliation n'est pas d’abord un pas que nous faisons vers Dieu, mais son étreinte qui nous enveloppe, nous étonne, nous émeut. C'est le Seigneur qui, comme chez Marie à Nazareth, entre dans notre maison et apporte un émerveillement et une joie inconnus jusqu'alors : la joie du pardon. Mettons la perspective de Dieu au premier plan : nous retrouverons l’amour de la Confession. Nous en avons besoin, car chaque renaissance intérieure, chaque tournant spirituel commence à partir de là, du pardon de Dieu. Ne négligeons pas la Réconciliation, mais redécouvrons-la comme le Sacrement de la joie. Oui, le Sacrement de la joie, là où le mal qui nous fait honte devient une occasion de faire l’expérience de la chaleureuse étreinte du Père, la douce force de Jésus qui nous guérit, la "tendresse maternelle" de l'Esprit Saint. Voilà le cœur de la Confession.
Et ainsi, chers frères et sœurs, allons recevoir le pardon. Et vous, frères qui administrez le pardon de Dieu, soyez ceux qui offrent à qui s'approche la joie de cette annonce : Réjouis-toi, le Seigneur est avec toi. Pas de rigidité, s’il vous plait, pas d'obstacles, pas de difficulté ; des portes ouvertes à la miséricorde ! En particulier dans la Confession, nous sommes appelés à imiter le Bon Pasteur qui prend ses brebis dans ses bras et les cajole ; nous sommes appelés à être des canaux de grâce qui versent l'eau vive de la miséricorde du Père dans la sécheresse du cœur. Si un prêtre n’a pas cette attitude, s’il n’a pas ces sentiments dans le cœur, il vaut mieux qu’il n’aille pas confesser.
Pour la deuxième fois, l'ange parle à Marie. Alors qu’elle est troublée par la salutation reçue, il lui dit : « N'aie pas peur » (v. 30). D’abord « le Seigneur est avec toi » ; la seconde parole : « N'aie pas peur ». Dans l'Écriture, lorsque Dieu se présente à qui l'accueille, il aime dire ces mots : n’aie pas peur. Il les dit à Abraham (cf. Gn 15,1), il les répète à Isaac (cf. Gn 26,24), à Jacob (cf. Gn 46,3) et ainsi de suite, jusqu’à Joseph (cf. Mt 1,20) et Marie. N'aie pas peur, n'aie pas peur. Il nous envoie ainsi un message clair et consolant : dès que la vie s'ouvre à Dieu, la peur ne peut plus nous tenir en otage. Car la peur nous tient en otage. Toi, sœur, frère, si tes péchés t'effraient, si ton passé t’inquiète, si tes blessures ne guérissent pas, si tes chutes constantes te démoralisent et que tu sembles avoir perdu l’espérance, s’il te plait, n'aie pas peur. Dieu connaît tes faiblesses et il est plus grand que tes erreurs. Dieu est plus grand que nos péchés : beaucoup plus grand. Il te demande une chose : ne conserve pas en toi tes faiblesses, tes misères ; apporte-les-Lui, dépose-les en Lui et elles se transformeront, de motifs de désolation, en occasions de résurrection. N'aie pas peur ! Le Seigneur nous demande nos péchés. Il me vient à l’esprit l’histoire de ce moine du désert qui avait tout donné à Dieu, tout, et qui menait une vie de jeûne, de pénitence et de prière. Le Seigneur lui demandait davantage. “Seigneur, je t’ai tout donné”, lui dit le moine, “que manque-t-il” ? “Donne-moi tes péchés”. Le Seigneur nous demande ainsi. N’aie pas peur.
La Vierge Marie nous accompagne : elle a elle-même jeté son inquiétude en Dieu. L'annonce de l'ange lui avait donné de sérieuses raisons d'avoir peur. Il lui proposait quelque chose d'impensable, qui était au-dessus de ses forces et qu'elle n'aurait pas pu gérer seule : il y aurait eu trop de difficultés, des problèmes avec la loi de Moïse, avec Joseph, avec les gens de son village et avec son peuple. Tout cela étaient des difficultés : n’aie pas peur.
Mais Marie ne soulève pas d’objection. Ce « n’aie pas peur » lui suffit, il lui suffit que Dieu la rassure. Elle se serre contre Lui, comme nous voulons le faire ce soir. Car nous faisons souvent le contraire : nous partons de nos certitudes et ce n'est que lorsque nous les perdons que nous allons vers Dieu. La Vierge, en revanche, nous enseigne à partir de Dieu, dans la confiance qu'ainsi tout le reste nous sera donné (cf. Mt 6, 33). Elle nous invite à aller à la source, aller au Seigneur qui est le remède radical contre la peur et le mal de vivre. C'est ce que rappelle une belle phrase inscrite sur un confessionnal, ici au Vatican, qui s'adresse à Dieu en ces termes : « S'éloigner de Toi, c'est tomber, revenir à Toi, c'est se relever, demeurer en Toi, c'est exister » (cf. Saint Augustin, Soliloquium I, 3).
Ces jours-ci, les nouvelles et les images de mort continuent d'entrer dans nos foyers, alors que les bombes détruisent les maisons de beaucoup de nos frères et sœurs ukrainiens sans défense. Cette guerre odieuse, qui s’est abattue sur tant de personnes et qui fait souffrir tout le monde, provoque en chacun peur et désarroi. Nous ressentons un sentiment d'impuissance et d’incapacité. Nous avons besoin que l'on nous dise "n’aie pas peur". Mais les réconforts humains ne suffisent pas, il faut la présence de Dieu, la certitude du pardon divin, le seul qui supprime le mal, désamorce la rancœur, redonne la paix au cœur. Retournons à Dieu, retournons à son pardon.
Pour la troisième fois, l'ange prend la parole. Maintenant, il dit à la Vierge : « L'Esprit Saint viendra sur toi » (Lc 1, 35). « Le Seigneur est avec toi » ; « N'aie pas peur » et la troisième parole : « L'Esprit Saint viendra sur toi ». Dans l'Écriture, lorsque Dieu se présente à qui l'accueille, il aime d C'est ainsi que Dieu intervient dans l'histoire : en donnant son Esprit. Parce que dans les choses qui comptent, nos forces ne suffisent pas. Nous ne pouvons pas résoudre seuls les contradictions de l'histoire, ni même celles de notre cœur. Nous avons besoin de la force sage et douce de Dieu, qui est le Saint Esprit. Nous avons besoin de l'Esprit d'amour, qui détruit la haine, éteint la rancœur, la cupidité, nous réveille de l'indifférence. Cet Esprit qui nous donne l’harmonie, parce que Lui est harmonie. Nous avons besoin de l'amour de Dieu parce que notre amour est précaire et insuffisant. Nous demandons beaucoup de choses au Seigneur, mais nous oublions souvent de lui demander ce qui est le plus important et ce qu'Il veut nous donner : l'Esprit Saint, c’est-à-dire la force d'aimer. Car sans amour, qu'allons-nous offrir au monde ? Quelqu'un a dit qu'un chrétien sans amour est comme une aiguille qui ne coud pas : elle pique, elle blesse, mais si elle ne coud pas, si elle ne tisse pas, si elle n'unit pas, elle ne sert à rien. J’oserais dire, il n’est pas chrétien. C'est pourquoi nous avons besoin de puiser dans le pardon de Dieu la force de l'amour, puiser ce même Esprit qui est descendu sur Marie.
Parce que, si nous voulons que le monde change, nos cœurs doivent d'abord changer. Pour ce faire, aujourd'hui, laissons-nous prendre par la main de la Vierge. Regardons son Cœur Immaculé, où Dieu s'est reposé, le Cœur unique d'une créature humaine sans ombres. Elle est « pleine de grâce » (v. 28), et donc exempte de péché. En elle, il n'y a aucune trace de mal et donc, avec elle, Dieu a pu commencer une nouvelle histoire de salut et de paix. Il y a eu là un tournant dans l’histoire. Dieu a changé l'histoire en frappant au Cœur de Marie.
Et aujourd'hui, nous aussi, renouvelés par le pardon, nous frappons à ce Cœur. En union avec les évêques et les fidèles du monde entier, je désire porter solennellement au Cœur Immaculé de Marie tout ce que nous sommes en train de vivre : lui renouveler la consécration de l'Église et de toute l'humanité et lui consacrer, de manière particulière, les peuples ukrainien et russe, qui la vénèrent comme leur Mère avec une affection filiale. Il ne s'agit pas d'une formule magique, non, ce n’est pas cela ; mais il s’agit d'un acte spirituel. C'est un geste de pleine confiance des enfants qui, dans la tribulation de cette guerre cruelle, de cette guerre insensée qui menace le monde, ont recours à leur Mère. Comme des enfants, lorsqu’ils sont effrayés, vont vers leur mère pour pleurer pour chercher une protection. Recourrons à notre Mère en jetant peur et douleur dans son Cœur, nous remettant à elle. C'est déposer dans ce Cœur limpide, immaculé, où Dieu se reflète, les biens précieux de la fraternité et de la paix, tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes, afin que ce soit elle, la Mère que le Seigneur nous a donnée, qui nous protège et nous garde.
Des lèvres de Marie jaillit la plus belle phrase que l'ange pouvait rapporter à Dieu : « Que tout m’advienne selon ta parole » (v. 38). Cette acceptation de la Vierge n'est pas passive ni résignée, mais elle est un désir vivant d'adhérer à Dieu qui a « des pensées de paix et non de malheur » (Jr 29, 11). C'est la participation la plus étroite possible à son plan de paix pour le monde. Nous nous consacrons à Marie pour entrer dans ce plan, pour nous mettre pleinement à la disposition des plans de Dieu. La Mère de Dieu, après avoir dit son “oui”, entreprit un long voyage, une montée vers les régions montagneuses pour rendre visite à sa cousine enceinte (cf. Lc 1, 39). Elle est allée avec empressement. Cela me plait de penser que la Vierge est allée avec empressement, c’est toujours ainsi ; la Vierge qui s’empresse de nous aider, de nous garder. Qu'elle prenne aujourd'hui notre cheminement par la main : qu'elle le guide sur les sentiers escarpés et fatigants de la fraternité et du dialogue. Quelle le guide sur les voies de la paix.
VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS
À MALTA
HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE
Place des "Greniers" à Floriana
Dimanche 3 avril 2022
Jésus « dès l’aurore, retourna au Temple et tout le peuple venait à lui » (Jn 8, 2). C’est ainsi que commence l’épisode de la femme adultère. L’arrière-plan est serein : une matinée dans le lieu saint, au cœur de Jérusalem. Le peuple de Dieu est le protagoniste qui, dans la cour du temple, cherche Jésus, le Maître. Il veut l’écouter car ce qu’il dit illumine et réchauffe. Son enseignement n’a rien d’abstrait, il touche la vie et la libère, la transforme, la renouvelle. C’est le “flair” du peuple de Dieu qui ne se contente pas du temple de pierres, mais qui se rassemble autour de la personne de Jésus. On entrevoit, dans ce passage, le peuple des croyants de tous les temps, le peuple saint de Dieu qui est nombreux et vivant, ici à Malte, fidèle dans la recherche du Seigneur, attaché à une foi concrète, vécue. Je vous en remercie.
En voyant le peuple qui accourt vers Lui, Jésus ne se presse pas : « Il s’assit - dit l’Évangile - et se mit à enseigner » (v. 2). Mais, à l’école de Jésus, il y a des places vides, il y a des absents : la femme et ses accusateurs. Ils ne se sont pas rendus chez le Maître comme les autres, et les raisons de leur absence sont différentes : les scribes et les pharisiens pensent déjà tout savoir, ne pas avoir besoin de l’enseignement de Jésus. Par contre, la femme est une personne perdue, elle a fait fausse route en cherchant le bonheur sur de mauvaises voies. Des absences dues à des raisons différentes, tout comme la fin de leur histoire sera différente. Arrêtons-nous sur ces absents.
Tout d’abord, les accusateurs de la femme. Nous voyons en eux l’image de ceux qui se vantent d’être justes, des pratiquants de la loi de Dieu, des gens corrects et respectables. Ils n’ont pas souci de leurs défauts mais ils sont très attentifs à découvrir ceux des autres. Ils vont ainsi vers Jésus : non pas le cœur ouvert pour l’écouter, mais « pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser » (v. 6). C’est une photographie de l’intériorité de ces personnes cultivées et religieuses, qui connaissent les Écritures, fréquentent le temple, mais subordonnent tout cela à leurs propres intérêts et qui ne combattent pas les pensées malveillantes qui s’agitent en leur cœur. Ils apparaissent comme des experts de Dieu aux yeux des gens, mais ils ne reconnaissent pas Jésus. Ils le considèrent au contraire comme un ennemi à éliminer. Et pour ce faire, ils mettent devant lui une personne, comme s’il s’agissait d’une chose, en l’appelant avec mépris « cette femme » et en dénonçant publiquement son adultère. Ils font pression pour que la femme soit lapidée en déversant sur elle l’aversion qu’ils ont envers la compassion de Jésus. Et ils font tout cela sous couvert de leur réputation d’hommes religieux.
Frères et sœurs, ces personnes nous montrent que le ver de l’hypocrisie et le vice de montrer du doigt peuvent s’insinuer dans la religiosité même. De tout temps, en toute communauté. Le risque de mal comprendre Jésus existe toujours ; d’en avoir le nom sur les lèvres mais de le démentir dans les faits. Et on peut même le faire en élevant les étendards de la croix. Comment pouvons-nous alors vérifier si nous sommes des disciples à l’école du Maître? Par notre regard, par la façon dont nous regardons le prochain et par la façon dont nous nous regardons nous-mêmes. C’est le point pour définir notre appartenance.
Par la façon dont nous regardons le prochain : si nous le faisons comme Jésus nous le montre aujourd’hui, c’est-à-dire avec un regard de miséricorde, et non pas d’une manière critique, parfois même dédaigneuse comme les accusateurs de l’Évangile qui s’érigent en paladins de Dieu mais ne s’aperçoivent pas qu’ils piétinent leurs frères. En réalité, celui qui croit défendre la foi en pointant du doigt les autres aura peut-être une vision religieuse, mais il n’épousera pas l’esprit de l’Évangile parce qu’il oublie la miséricorde, qui est le cœur de Dieu.
Pour comprendre si nous sommes de vrais disciples du Maître, nous devons aussi vérifier la manière dont nous nous regardons nous-mêmes. Les accusateurs de la femme sont convaincus qu’ils n’ont rien à apprendre. Leur apparence extérieure est parfaite, en effet, mais il leur manque la vérité du cœur. Ils sont le portrait de ces croyants qui, de tout temps font de la foi une façade, manifestent une extériorité solennelle mais qui manquent de pauvreté intérieure, le trésor le plus précieux de l’homme. Pour Jésus, ce qui compte, en effet, c’est l’ouverture disponible de celui qui ne se sent pas arrivé, mais qui a besoin de salut. Il nous est bon alors, quand nous sommes en prière, et aussi lorsque nous participons à de belles célébrations religieuses, de nous demander si nous sommes en accord avec le Seigneur. Nous pouvons le Lui demander directement : “Jésus, je suis ici avec Toi, mais Toi, que veux-Tu de moi? Que veux-Tu que je change dans mon cœur, dans ma vie? Comment veux-Tu que je voie les autres ?”. Il nous sera bénéfique de prier ainsi car le Maître ne se contente pas de l’apparence, mais il cherche la vérité du cœur. Et quand nous lui ouvrons notre cœur en vérité, il peut accomplir des prodiges en nous.
Nous le voyons chez la femme adultère. Sa situation semble compromise mais un horizon nouveau, impensable auparavant s’ouvre à ses yeux. Couverte d’insultes, prête à recevoir des paroles implacables et un sévère châtiment, elle se voit avec surprise acquittée par Dieu qui lui ouvre un avenir inattendu : « Personne ne t’a condamnée ? - lui dit Jésus - Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (vv. 10.11). Quelle différence entre le Maître et les accusateurs ! Ceux-ci avaient cité l’Écriture pour condamner ; Jésus, Parole de Dieu en personne, réhabilite complètement la femme en lui redonnant l’espérance. Cette histoire nous apprend que toute observation fait tomber davantage encore celui qui la reçoit, si elle n’est pas faite dans la charité et par charité. Dieu, au contraire, laisse toujours une possibilité ouverte et sait trouver à chaque fois des voies de libération et de salut.
La vie de cette femme change grâce au pardon. Miséricorde et misère se sont rencontrées. Miséricorde et misère sont là. Et la femme change. On peut même penser que, pardonnée par Jésus, elle aura appris à son tour à pardonner. Peut-être qu’elle aura vu en ses accusateurs non plus des personnes rigides et méchantes, mais des personnes qui lui auront permis de rencontrer Jésus. Le Seigneur désire que nous aussi, ses disciples pardonnés par Lui, nous devenions en tant qu’Église des témoins inlassables de réconciliation : témoins d’un Dieu pour qui le mot “irrécupérable” n’existe pas ; d’un Dieu qui pardonne toujours. Dieu pardonne toujours. C’est nous qui nous fatiguons de demander pardon. Un Dieu qui continue de croire en nous et donne à chaque fois une chance de recommencer. Il n’y a pas de péché ni d’échec qui, porté à Lui, ne puisse devenir une occasion pour commencer une vie nouvelle, différente, sous le signe de la miséricorde. Il n’y a pas de péché qui ne puisse prendre cette voie. Dieu pardonne tout. Tout.
Le Seigneur Jésus est ainsi. Celui qui fait l’expérience de son pardon le connaît vraiment ; celui qui, comme la femme de l’Évangile, découvre que Dieu nous visite à travers nos blessures intérieures. C’est là justement que le Seigneur aime se rendre présent, parce qu’il est venu non pas pour les personnes en bonne santé mais pour les malades (cf. Mt 9, 12). Et, aujourd’hui, c’est cette femme qui, ayant connu dans sa misère la miséricorde, va dans le monde, guérie par le pardon de Jésus qui nous suggère, en tant qu’Église, de nous remettre à l’école de l’Évangile, à l’école du Dieu de l’espérance qui surprend toujours. Si nous l’imitons, nous ne serons pas portés à nous focaliser sur la dénonciation des péchés, mais à nous mettre avec amour à la recherche des pécheurs. Nous ne nous contenterons pas de compter les personnes présentes, mais nous irons à la recherche des absentes. Nous ne pointerons plus du doigt, mais nous commencerons par nous mettre à l’écoute. Nous ne rejetterons pas les méprisés, mais nous regarderons en premier ceux qui sont considérés comme derniers. Frères et sœurs, c’est ce que Jésus nous enseigne aujourd’hui par l’exemple. Laissons-Le nous surprendre et accueillons avec joie sa nouveauté.