MESSE POUR LA PAIX ET LA JUSTICE
HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE
Bahrain National Stadium (Awali)
Samedi 5 novembre 2022
Du Messie que Dieu suscitera, le prophète Isaïe dit : « Grande sera sa puissance, et la paix n'aura pas de fin » (Is 9, 6). Cela semble être une contradiction. Sur la scène du monde nous voyons souvent que plus le pouvoir est recherché, plus la paix est menacée. En revanche, le prophète fait une annonce d'une extraordinaire nouveauté : le Messie qui vient sera effectivement puissant, mais pas à la manière d'un chef qui fait la guerre et domine les autres, mais comme le « Prince de la paix » (v. 5), comme celui qui réconcilie les hommes avec Dieu, et entre eux. La grandeur de son pouvoir n'utilise pas la force de la violence, mais la faiblesse de l'amour. Voilà la puissance du Christ : l'amour. Et à nous aussi, Il confère ce même pouvoir, le pouvoir d'aimer, d'aimer en son nom, d'aimer comme Il a aimé. Comment ? De manière inconditionnelle : pas seulement lorsque les choses vont bien et que nous avons le sentiment d'aimer, mais toujours ; pas seulement envers nos amis et voisins, mais envers tout le monde, même nos ennemis. Tout le monde et toujours.
Aimer toujours et aimer tout le monde : réfléchissons un peu à cela.
Tout d'abord, les paroles de Jésus (cf. Mt 5, 38-48) nous invitent aujourd'hui à aimer toujours, c'est-à-dire à demeurer toujours dans son amour, à le cultiver et à le pratiquer quelle que soit la situation dans laquelle nous vivons. Mais attention : le regard de Jésus est concret. Il ne dit pas que cela sera facile, et il ne propose pas un amour sentimental ou romantique, comme s’il n'y avait pas dans nos relations humaines des moments de conflit, ni des causes d'hostilité entre les peuples. Jésus n'est pas irénique, mais réaliste : il parle explicitement des « malfaiteurs » et des « ennemis » (v. 38.43). Il sait que dans nos relations, une lutte quotidienne existe entre l'amour et la haine ; et qu'en nous aussi, chaque jour, il y a un affrontement entre la lumière et les ténèbres, entre nombre de bonnes intentions, de désirs, et cette fragilité pécheresse qui prend souvent le dessus et nous entraîne dans des œuvres mauvaises. Il sait aussi que nous faisons l'expérience, malgré beaucoup d'efforts généreux, de ne pas toujours recevoir le bien que nous attendons et, de subir au contraire le mal, parfois de manière incompréhensible. Et, encore une fois, il voit et souffre en constatant de nos jours, dans beaucoup de régions du monde, des exercices du pouvoir qui se nourrissent d'oppression et de violence, et qui cherchent à accroître leur espace en restreignant celui des autres, en imposant leur domination, en limitant les libertés fondamentales et en opprimant les faibles. Ainsi - dit Jésus - il existe des conflits, des oppressions et des inimitiés.
Face à tout cela, la question importante à se poser est celle-ci : que faire lorsque nous nous trouvons dans de telles situations ? La proposition de Jésus est surprenante, elle est hardie, elle est audacieuse. Il demande aux siens le courage de prendre des risques dans une situation qui semble perdue en apparence. Il leur demande de rester toujours fidèles dans l'amour, malgré tout, même face au mal et à l'ennemi. La réaction humaine ordinaire est toujours “œil pour œil, dent pour dent” ; mais cela c’est se faire justice avec les mêmes armes que le mal reçu. Jésus ose nous proposer quelque chose de nouveau, de différent, d'impensable, quelque chose qui lui est propre : « Eh bien ! moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant: au contraire, quelqu'un te donne-t-il un soufflet sur la joue droite, tends-lui encore l'autre » (v. 39). C'est ce que le Seigneur nous demande : ne pas rêver naïvement d'un monde animé par la fraternité, mais nous engager en premier, en commençant par vivre concrètement et courageusement la fraternité universelle, en persévérant dans le bien même lorsque nous recevons le mal, en brisant la spirale de la vengeance, en désarmant la violence, en démilitarisant le cœur. L'apôtre Paul lui fait écho lorsqu'il écrit : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien » (Rm 12, 21).
Par conséquent, l'invitation de Jésus ne concerne pas d'abord les grandes questions de l'humanité, mais les situations concrètes de notre vie : nos relations en famille, les relations dans la communauté chrétienne, les liens que nous cultivons dans la réalité professionnelle et sociale où nous nous trouvons. Il y aura des frictions, des moments de tension, il y aura des conflits, des divergences de vues, mais ceux qui suivent le Prince de la paix doivent toujours tendre vers la paix. Et la paix ne peut pas être rétablie si à une parole mauvaise est répondue une autre encore plus mauvais, si une gifle est suivie d'une autre. Non, il faut “désamorcer”, briser la chaîne du mal, rompre la spirale de la violence, cesser de nourrir du ressentiment, cesser de se plaindre ou de s'apitoyer sur son sort. Il faut rester dans l'amour, toujours : c'est la voie de Jésus pour rendre gloire au Dieu du ciel et construire la paix sur la terre. Aimer, toujours.
Venons-en maintenant au deuxième aspect : aimer tout le monde. Nous pouvons nous engager dans l’amour, mais cela ne suffit pas si nous le cantonnons à la sphère restreinte de ceux dont nous recevons autant : nos amis, nos semblables, les membres de nos familles. Là encore, l'invitation de Jésus est surprenante car elle repousse les limites de la loi et du bon sens : aimer son prochain, ses proches est déjà laborieux, même si c'est raisonnable. En général, c'est ce qu'une communauté ou un peuple essaie de faire pour maintenir la paix en son sein : si on appartient à la même famille ou à la même nation, si on a les mêmes idées ou les mêmes goûts, si on professe les mêmes croyances, il est normal d'essayer de s'entraider et de s'aimer. Mais que se passe-t-il si celui qui est loin se rapproche de nous, si celui qui est étranger, différent ou d'une autre croyance devient notre voisin ? Cette terre est, justement, une image vivante de la convivialité des diversités, une image de notre monde de plus en plus marqué par les migrations permanentes des peuples et le pluralisme des idées, des coutumes et des traditions. Il est donc important d'accueillir cette provocation de Jésus : « Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? » (Mt 5, 46). Le véritable défi, pour être des enfants du Père et construire un monde de frères, c’est d'apprendre à aimer tout le monde, même son ennemi : « Vous avez entendu qu'il a été dit : "Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi". Mais moi, je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (v. 43-44). En réalité, cela signifie choisir de ne pas avoir d'ennemis, de ne pas voir dans l'autre un obstacle à surmonter, mais un frère et une sœur à aimer. Aimer l'ennemi, c'est apporter sur terre le reflet du Ciel, c'est faire descendre sur le monde le regard et le cœur du Père qui ne fait aucune distinction, ne discrimine pas, mais « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes » (v. 45).
Frères et sœurs, le pouvoir de Jésus c'est l'amour, et Jésus nous donne le pouvoir d'aimer ainsi, d'une manière qui nous semble surhumaine. Mais une telle capacité ne peut être uniquement le résultat de nos efforts, elle est avant tout une grâce. Une grâce qu'il faut demander avec insistance : “Jésus, toi qui m'aimes, apprends-moi à aimer comme toi. Jésus, toi qui me pardonnes, apprends-moi à pardonner comme toi. Envoie ton Esprit, l'Esprit d'amour, sur moi”. Demandons-le. Parce que, souvent, nous soumettons beaucoup de demandes à l'attention du Seigneur, mais cela est essentiel pour le chrétien, savoir aimer comme le Christ. Aimer est le plus grand des dons, et nous le recevons lorsque nous faisons place au Seigneur dans la prière, lorsque nous accueillons sa présence dans sa Parole qui nous transforme et dans l'humilité révolutionnaire de son Pain rompu. Ainsi, lentement, les murs qui durcissent nos cœurs tombent et nous trouvons la joie d'accomplir des œuvres de miséricorde envers tous. Nous comprenons alors qu'une vie heureuse passe par les béatitudes, et consiste à devenir des artisans de paix (cf. Mt 5,9).
Chers amis, aujourd'hui je voudrais vous remercier pour votre témoignage doux et joyeux de fraternité, pour être des semences d'amour et de paix sur cette terre. C'est le défi que l'Évangile lance chaque jour à nos communautés chrétiennes, à chacun d'entre nous. Et à vous, à vous tous qui êtes venus à cette célébration des quatre pays du Vicariat apostolique de l’Arabie du Nord, Bahreïn – Koweït, Qatar et Arabie Saoudite – comme des autres pays du Golfe, mais aussi d'autres territoires, j'apporte aujourd'hui l'affection et la proximité de l'Église universelle qui vous regarde et vous entoure d’affection, qui vous aime et vous encourage. Que la Sainte Vierge, Notre-Dame d'Arabie, vous accompagne sur votre chemin et vous garde toujours dans l'amour envers tous.
JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique Saint-Pierre
XXXIIIe Dimanche du Temps ordinaire, 13 novembre 2022
Alors que certains parlent de la beauté extérieure du Temple et admirent ses pierres, Jésus éveille l’attention sur les événements troublés et dramatiques qui marquent l’histoire humaine. En effet, alors que le Temple construit par la main de l’homme passera, comme passent toutes les choses de ce monde, il est important de savoir discerner le temps que nous vivons, pour rester disciples de l’Evangile même au milieu des bouleversements de l’histoire.
Et, pour nous indiquer la manière de discerner, le Seigneur nous offre deux exhortations : ne vous laissez pas égarer et témoignez.
La première chose que Jésus dit à ses auditeurs, préoccupés par le "quand" et le "comment" se produiront les faits effrayants dont il parle, est : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche.” Ne marchez pas derrière eux » (Lc 21, 8). Et il ajoute : « Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés » (v. 9). Et c’est ce qui nous arrive en ce moment. De quelle tromperie Jésus veut-il donc nous libérer ? De la tentation de lire les faits les plus dramatiques de manière superstitieuse ou catastrophique, comme si nous étions désormais proches de la fin du monde et qu’il ne valait plus la peine de nous engager dans rien de bon. Lorsque nous pensons de cette façon, nous nous laissons guider par la peur, et peut-être nous cherchons des réponses, avec une curiosité maladive, dans les sornettes des mages ou des horoscopes, qui ne manquent jamais - et aujourd’hui beaucoup de chrétiens vont voir les mages, regardent l’horoscope comme si c’était la voix de Dieu - ou, encore, nous faisons confiance à des théories fantaisistes avancées par quelque "messie" de la dernière heure, en général toujours défaitiste et complotiste. La psychologie du complot est mauvaise, elle fait du mal. L’Esprit du Seigneur ne se trouve pas là : ni dans le fait d’aller chercher un gourou, ni dans cet esprit du complot, le Seigneur n’est pas là. Jésus nous avertit : « Ne vous laissez pas égarer », ne vous laissez pas éblouir par une curiosité crédule, n’affrontez pas les événements en étant mus par la peur, mais apprenez plutôt à lire les événements avec les yeux de la foi, certains qu’en restant proches de Dieu « pas un cheveu de votre tête ne sera perdu» (v. 18).
Si l’histoire humaine est constellée d’événements dramatiques, de situations douloureuses, de guerres, de révolutions et de calamités, il est tout aussi vrai - dit Jésus - que tout cela n’est pas la fin (cf. 9). Ce n’est pas une raison pour se laisser paralyser par la peur ou céder au défaitisme de ceux qui pensent que tout est perdu désormais, et qu’il est inutile de s’engager dans la vie. Le disciple du Seigneur ne se laisse pas atrophier par la résignation, il ne cède pas au découragement même dans les situations les plus difficiles parce que son Dieu est le Dieu de la résurrection et de l’espérance, qui relève toujours : avec Lui on peut toujours lever le regard, recommencer et repartir. Le chrétien s’interroge alors devant l’épreuve, quelque soit l’épreuve, culturelle, historique, personnelle : "Que nous dit le Seigneur à travers ce moment de crise?" Moi aussi je pose cette question aujourd’hui : qu’est-ce que nous dit le Seigneur par cette troisième guerre mondiale ? Qu’est-ce que nous dit le Seigneur ? Et, alors que se produisent des évènements mauvais qui engendrent pauvreté et souffrance, Le chrétien se demande : "Qu’est-ce que, concrètement, je peux faire de bien ?" Ne pas fuir, se poser la question, qu’est-ce que me dit le Seigneur, qu’est-ce que je peux faire de bien ?
Ce n’est pas par hasard que la deuxième exhortation de Jésus qui suit « ne vous laissez pas égarer », est en positif. Il dit : « Cela vous amènera à rendre témoignage » (v. 13). Occasion de rendre témoignage. Je voudrais souligner ce beau mot : occasion. Il signifie avoir la possibilité de faire quelque chose de bien à partir des circonstances de la vie, même quand elles ne sont pas idéales. C’est un bel art typiquement chrétien : ne pas rester victimes de ce qui arrive, - le chrétien n’est pas victime et la psychologie de la victimisation est mauvaise, elle fait du mal - mais saisir l’opportunité qui se cache dans tout ce qui nous arrive, le bien qu’il est possible – ce peu de bien qu’il est possible de faire -, et construire également à partir de situations négatives. Toute crise est une opportunité et offre des occasions de croissance. Parce que toute crise est ouverte à la présence de Dieu, à la présence de l’humanité. Mais que nous fait l’esprit mauvais ? Il veut que nous transformions la crise en conflit, et le conflit est toujours fermé, sans horizon et sans issue. Non. Vivons la crise en tant que personnes humaines, en tant que chrétiens, ne la transformons pas en conflit car toute crise est une possibilité et offre une occasion de croissance. Nous nous en apercevons lorsque nous relisons notre histoire personnelle : dans la vie, souvent, les pas en avant les plus importants se font précisément à l’intérieur de certaines crises, de situations d’épreuve, de perte de contrôle, d’insécurité. Et alors, nous comprenons l’invitation que Jésus adresse aujourd’hui directement à moi, à toi, à chacun de nous : pendant que tu vois autour de toi des faits bouleversants, pendant que se soulèvent guerres et conflits, pendant que se produisent tremblements de terre, famines et pestes, toi, qu’est-ce que tu fais ? Moi, qu’est-ce que je fais ? Tu te distrais pour ne pas y penser? Tu t’amuses pour ne pas t’impliquer? Tu prends la route de la mondanité, celle de ne pas prendre en main, de ne pas prendre à cœur ces situations dramatiques ? Tu te détournes pour ne pas voir? Tu t’adaptes, soumis et résigné, à ce qui arrive ? Ou ces situations deviennent-elles des occasions pour témoigner de l’Évangile ? Aujourd’hui chacun de nous doit s’interroger devant tant de calamités, devant cette troisième guerre mondiale si cruelle, devant la faim de tant d’enfants, de tant de personnes : est-ce que je peux gaspiller, gaspiller de l’argent, gaspiller ma vie, gaspiller le sens de ma vie sans prendre le courage et avancer ?
Frères et sœurs, en cette Journée Mondiale des Pauvres, la Parole de Jésus est un avertissement fort à rompre cette surdité intérieure que nous avons tous et qui nous empêche d’écouter le cri de douleur étouffé des plus faibles. Aujourd’hui encore, nous vivons dans des sociétés blessées et nous assistons, comme nous l’a dit l’Évangile, à des scènes de violence, - il suffit de penser à la cruauté dont souffre le peuple ukrainien - d’injustice et de persécution. De plus, nous devons faire face à la crise engendrée par le changement climatique et la pandémie qui a laissé derrière elle un sillage de malaises non seulement physiques, mais aussi psychologiques, économiques et sociaux. Aujourd’hui encore, frères et sœurs, nous voyons se soulever des peuples contre des peuples et nous assistons angoissés à l’élargissement véhément des conflits, au malheur de la guerre qui provoque la mort de tant d’innocents et multiplie le venin de la haine. Aujourd’hui encore, beaucoup plus qu’hier, de nombreux frères et sœurs, éprouvés et découragés, migrent en quête d’espérance, et beaucoup de personnes vivent dans la précarité en raison du manque de travail ou de conditions de travail injustes et indignes. Et aujourd’hui encore, les pauvres sont les victimes les plus pénalisées de toutes les crises. Mais, si notre cœur est étouffé et indifférent, nous ne pouvons pas entendre leur faible cri de douleur, pleurer avec eux et pour eux, voir combien de solitude et d’angoisse se cachent même dans les recoins oubliés de nos villes. Il est nécessaire d’aller aux recoins des villes, ces recoins cachés et sombres : là, on voit beaucoup de misères et beaucoup de souffrances, et beaucoup de pauvretés rejetées.
Faisons nôtre l’invitation forte et claire de l’Evangile à ne pas nous laisser tromper. N’écoutons pas les prophètes de malheur; ne nous laissons pas enchanter par les sirènes du populisme qui instrumentalise les besoins du peuple en proposant des solutions trop faciles et hâtives. Ne suivons pas les faux "messies" qui, au nom du gain, proclament des recettes qui ne font qu’accroître la richesse de quelques-uns, condamnant les pauvres à la marginalisation. Au contraire, rendons témoignage : allumons des lumières d’espérance au milieu des ténèbres; saisissons, dans les situations dramatiques, des occasions pour témoigner de l’Evangile de la joie et construire un monde fraternel, au moins un peu plus fraternel; engageons-nous avec courage pour la justice, la légalité et la paix, en étant toujours aux côtés des plus faibles. Ne fuyons pas pour nous défendre de l’histoire, mais luttons pour donner à cette histoire que nous sommes en train de vivre un visage différent.
Et où trouver la force pour tout cela ? Dans le Seigneur. Dans la confiance en Dieu qui est Père et qui veille sur nous. Si nous lui ouvrons notre cœur, il augmentera en nous la capacité d’aimer. Voilà la voie : grandir en amour. Jésus, en effet, après avoir parlé de scénarios de violence et de terreur, conclut en disant : « Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu » (v. 18). Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’Il est avec nous, Il est notre gardien, Il marche avec nous. Est-ce que j’ai cette foi ? As-tu cette foi que le Seigneur marche avec toi ? Cela, nous devons toujours nous le répéter, spécialement dans les moments les plus douloureux : Dieu est Père et il est à mes côtés, il me connaît et il m’aime, il veille sur moi, il dort pas, il prend soin de moi et, avec Lui, pas un seul cheveu de ma tête ne sera perdu. Et comment est-ce que je réponds à cela ? En regardant les frères et sœurs qui sont dans le besoin, en regardant cette culture du rebut qui écarte les pauvres, qui écarte les personnes qui ont moins de possibilités, qui écarte les personnes âgées, qui écarte les enfants à naître… En regardant tout cela, qu’est-ce que je sens devoir faire comme chrétien à ce moment ?
Bien-aimés par Lui, décidons-nous à aimer les enfants les plus rejetés. Le Seigneur est là. Il existe une vielle tradition, même dans les petits villages de l’Italie quelques personnes la maintiennent : au dîner de Noël, laisser une place libre pour le Seigneur qui frappera certainement à la porte en la personne d’un pauvre dans le besoin. Est-ce que ton cœur a toujours une place de libre pour ces personnes ? Est-ce que mon cœur a toujours une place de libre pour ces personnes ? Ou bien sommes-nous tellement occupés avec les amis, les événements sociaux, les obligations ? N’avons-nous jamais une place de libre pour ces personnes ? Prenons soin des pauvres en qui se trouve le Christ qui, pour nous, s’est fait pauvre (cf 2 Co 8, 9). Il s’identifie avec le pauvre. Sentons-nous interpellés pour qu’aucun cheveu de leur tête ne soit perdu. Nous ne pouvons pas rester, comme ceux dont parle l’Evangile, à admirer les belles pierres du Temple sans reconnaître le vrai Temple de Dieu, l’être humain, homme et femme, spécialement le pauvre, dans le visage duquel, dans l’histoire duquel, dans les blessures duquel se trouve Jésus. C’est Lui qui l’a dit. Ne l’oublions jamais.
XXXVIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Cathédrale d'Asti (Italie)
Solennité du Christ-Roi de l'Univers - Dimanche 20 novembre 2022
Nous avons vu ce jeune homme, Stefano, qui demande à recevoir le ministère d’acolyte dans son parcours vers le sacerdoce. Nous devons prier pour lui, pour qu’il poursuive sa vocation et soit fidèle ; mais nous devons aussi prier pour cette Église d’Asti, pour que le Seigneur envoie des vocations sacerdotales, car comme vous le voyez, la majorité est âgée, comme moi : nous avons besoin de jeunes prêtres, comme certains ici qui sont très bons. Prions le Seigneur de bénir cette terre.
Et c’est de ces terres que mon père est parti pour émigrer en Argentine ; et sur ces terres, rendues précieuses par les bons produits du sol et surtout par l’authentique travail acharné des gens, je suis venu pour retrouver le goût des racines. Mais aujourd’hui, c’est encore l’Évangile qui nous ramène aux racines de la foi. Celles-ci se trouvent dans le sol aride du Calvaire, où la semence de Jésus, en mourant, a fait germer l’espérance : planté au cœur de la terre il nous a ouvert la voie au Ciel. Par sa mort, il nous a donné la vie éternelle. Par le bois de la croix, il nous a apporté les fruits du salut. Regardons donc vers Lui, regardons vers le Crucifié.
Une seule phrase figure sur la croix « Celui-ci est le roi des Juifs » (Lc 23, 38). Voici le titre : Roi. Cependant, en regardant Jésus, notre idée de roi est bouleversée. Essayons d'imaginer visuellement un roi : nous penserons à un homme fort assis sur un trône avec des insignes précieux, un sceptre dans les mains et des anneaux scintillants aux doigts, tandis qu'il adresse des paroles solennelles à ses sujets. C'est, en gros, l'image que nous avons en tête. Mais en regardant Jésus, nous voyons que c'est tout le contraire. Il n'est pas assis sur un trône confortable, mais suspendu à un gibet ; le Dieu qui « renverse les puissants de leurs trônes » (Lc 1, 52) agit comme un serviteur mis en croix par les puissants ; orné seulement de clous et d'épines, dépouillé de tout mais riche d'amour, du trône de la croix il n'enseigne plus les foules avec des mots, il ne lève plus la main pour enseigner. Il fait davantage : il ne montre personne du doigt, mais ouvre ses bras à tous. C'est ainsi que notre Roi se manifeste : les bras ouverts, a brasa aduerte.
Ce n'est qu'en entrant dans son étreinte que nous comprenons : nous comprenons que Dieu est allé si loin, jusqu'au paradoxe de la croix, précisément pour embrasser tout de nous, y compris ce qu’il y avait de plus distant de Lui : notre mort, - Il a embrassé notre mort -, notre souffrance, notre pauvreté, nos fragilités et nos misères. Et il a embrassé tout cela. Il s'est fait serviteur pour que chacun de nous se sente fils : il a payé notre filiation par sa servitude ; il s'est laissé insulter et ridiculiser pour qu’en toute humiliation aucun de nous ne soit plus seul ; il s'est laissé dépouiller pour que personne ne se sente dépouillé de sa dignité ; il est monté sur la croix pour qu’en chaque crucifié de l'histoire il y ait la présence de Dieu. Voici notre Roi, Roi de chacun d’entre nous, Roi de l'univers parce qu'il a franchi les frontières les plus lointaines de l'humain, il est entré dans les trous noirs de la haine, dans les trous noirs de l'abandon pour éclairer toute vie et embrasser toute réalité. Frères et sœurs, voilà le Roi que nous célébrons aujourd’hui ! Il n'est pas facile de le comprendre, mais il est notre Roi. Et la question à nous poser est la suivante : ce Roi de l'univers est-il le Roi de mon existence ? Est-ce que je crois en Lui ? Comment puis-je le célébrer comme Seigneur de toute chose s'il ne devient pas aussi le Seigneur de ma vie ? Et toi qui commences aujourd'hui ce chemin vers le sacerdoce, n'oublies pas que c'est ton modèle : ne t’accroches pas aux honneurs, non. C'est ton modèle ; si tu ne penses pas être un prêtre comme ce Roi, mieux vaut t’arrêter là.
Fixons cependant à nouveau nos yeux sur Jésus Crucifié. Vois, Il n'observe pas ta vie un instant et c'est tout, Il ne t’accorde pas un regard fugitif comme nous le faisons souvent avec Lui, mais Lui, Il reste là, a brasa aduerte, pour te dire en silence que rien de toi ne lui est étranger, qu'Il veut t’étreindre, te relever, te sauver tel que tu es, avec ton histoire, tes misères, tes péchés. Mais Seigneur, est-ce vrai ? M'aimes-tu comme cela, avec mes misères ? Que chacun, en ce moment, pense à sa propre pauvreté : « Mais, est-ce que tu m'aimes avec ces pauvretés spirituelles que j'ai, avec ces limitations ? » Et Il sourit et nous fait comprendre qu'Il nous aime et a donné sa vie pour nous. Réfléchissons un peu à nos limites, aux bonnes choses aussi : Il nous aime tels que nous sommes, tels que nous sommes maintenant. Il nous donne la possibilité de régner sur la vie, si tu t'abandonnes à son doux amour qui se propose mais ne s'impose pas – l’amour de Dieu ne s’impose jamais – à son amour qui te pardonne toujours. Nous nous fatiguons si souvent à pardonner aux gens et nous faisons la croix, nous faisons l'enterrement social. Lui, Il ne se fatigue jamais de pardonner, jamais : Il te remet toujours sur pied, Il te rend toujours ta dignité royale. Oui, le salut d’où vient-il ? Du fait de se laisser aimer par Lui, parce que c'est seulement ainsi que nous sommes libérés de l'esclavage de notre moi, de la peur d'être seul, de la pensée de ne pas y arriver. Frères et sœurs, mettons-nous souvent devant le Crucifix, laissons-nous aimer, car ces brasa aduerte nous ouvrent aussi le paradis, comme au "bon larron". Ecoutons cette phrase qui nous est adressée, la seule que Jésus prononce aujourd'hui depuis la croix : « Avec moi tu seras au paradis » (Lc 23, 43). C'est ce qu’Il veut et que Dieu veut nous dire, à nous tous, chaque fois que nous Le laissons nous regarder. Et nous comprenons alors que nous n'avons pas un Dieu inconnu là-haut dans le ciel, puissant et distant, non : un Dieu proche, la proximité est le style de Dieu : proximité, avec tendresse et miséricorde. C'est le style de Dieu. Il n'a pas d'autre style. Proche, miséricordieux et tendre. Tendre et compatissant, dont les bras ouverts réconfortent et caressent. Voilà notre Roi !
Frères et sœurs, après l'avoir regardé, que pouvons-nous faire ? L'Évangile d'aujourd'hui nous met devant deux chemins. Devant Jésus, il y a ceux qui sont spectateurs et ceux qui s'impliquent. Les spectateurs sont nombreux, la majorité. Ils regardent, c'est un spectacle de voir quelqu'un mourir sur la croix. En effet - dit le texte – « le peuple regardait » (v. 35). Elles n'étaient pas de mauvaises personnes, beaucoup étaient croyants, mais à la vue du Crucifié, ils restent spectateurs : ils ne font pas un pas en avant vers Jésus mais le regardent de loin, curieux et indifférents, sans vraiment s'intéresser, sans se demander ce qu'ils pourraient faire. Ils auraient peut-être fait des commentaires, peut-être : « Mais regardez ça... », ils auraient peut-être exprimé des jugements et des opinions : « Mais il est innocent, regardez ça donc... », l’un ou l’autre se lamente, mais tous restent là à regarder sans rien faire, les bras croisés. Mais même près de la croix, il y a des spectateurs : les chefs du peuple qui veulent assister au spectacle cruel de la fin peu glorieuse du Christ ; les soldats, qui espèrent que l'exécution s’achève rapidement, pour rentrer à la maison ; un des malfaiteurs, qui décharge sa colère sur Jésus. Ils se moquent, ils insultent, ils se défoulent.
Et tous ces spectateurs partagent un refrain, que le texte répète trois fois : « Si tu es roi, sauve-toi toi-même ! » (cf. vv. 35.37.39). Ils l'insultent comme ainsi, ils le défient ! Sauve-toi toi-même, exactement le contraire de ce que fait Jésus, qui ne pense pas à lui-même, mais à les sauver, eux qui l’insultent. Cependant, le Sauve-toi toi-même se répand : des chefs, aux soldats, au peuple, la vague du mal atteint presque tout le monde. Mais nous pensons que le mal est contagieux, il nous contamine : comme lorsque nous attrapons une maladie infectieuse, elle nous contamine tout de suite. Et ces gens parlent de Jésus mais ils ne sont pas un instant en accord avec Jésus. Ils prennent de la distance et ils parlent. C'est la contagion mortelle de l'indifférence. Une vilaine maladie, l'indifférence. « Cela ne me concerne pas, cela ne me concerne pas ». Indifférence à l'égard de Jésus et indifférence aussi à l'égard des malades, des pauvres, des malheureux de la terre. J'aime demander aux gens, et je demande à chacun d'entre vous ; je sais que chacun d'entre vous fait l'aumône aux pauvres, et je vous demande : « Quand vous faites l'aumône aux pauvres, les regardez-vous dans les yeux ? Êtes-vous capable de regarder dans les yeux de ce pauvre homme ou de cette pauvre femme qui vous demande l'aumône ? Lorsque vous faites l'aumône aux pauvres, jetez-vous la pièce ou leur touchez-vous main ? Êtes-vous capable de toucher une misère humaine ? » Que chacun se donne alors la réponse aujourd'hui. Ces gens étaient dans l'indifférence. Ces personnes parlent de Jésus mais ne se mettent pas en accord avec Jésus. Et c'est là la contagion mortelle de l'indifférence : qui crée des distances avec la misère. La vague du mal se propage toujours de cette manière : elle commence par la prise de distance, par le fait de regarder sans rien faire, par le désintéressement, puis on ne pense plus qu'à ce qui nous intéresse et on s'habitue à se détourner. Et ça c’est aussi un risque pour notre foi qui s'étiole si elle reste une théorie, ne devient pas pratique, s'il n'y a pas d'implication, si l’on ne s’implique pas personnellement, si l’on ne se met pas en jeu. On devient alors des chrétiens à l'eau de rose - comme j'ai entendu dire chez moi - qui disent croire en Dieu et vouloir la paix, mais ne prient pas et ne se soucient pas du prochain et aussi, ils ne se soucient pas de Dieu, ni de la paix. Ces chrétiens seulement de paroles, superficiels.
C'était la vague du mal qu’il y avait là, au Calvaire. Mais il y a aussi la vague bénéfique du bien. Parmi tant de spectateurs, un seul s'implique, c’est-à-dire le "bon larron". Les autres se moquent du Seigneur, lui il Lui parle et l’appelle par son nom : "Jésus" ; beaucoup l’accablent de leur colère, lui il confesse au Christ ses erreurs; beaucoup disent "sauve-toi toi-même", lui il prie : « Jésus, souviens-toi de moi » (v. 42). Il ne demande que cela au Seigneur. Belle prière. Si chacun de nous la récite chaque jour, c'est un beau chemin : le chemin de la sainteté : « Jésus, souviens-toi de moi ». C'est ainsi qu'un malfaiteur devient le premier saint : il se fait proche de Jésus pour un instant et le Seigneur le garde avec lui pour toujours. À présent, l'Évangile parle du bon larron pour nous, pour nous inviter à vaincre le mal en cessant d'être spectateurs. S'il vous plaît, l'indifférence, c’est pire que de faire le mal. Par où commencer ? Par la confiance, par le fait d'appeler Dieu par son nom, comme l'a fait le bon larron qui, à la fin de sa vie, retrouve la confiance courageuse des enfants qui font confiance, demandent, insistent. Et dans la confiance, il admet ses erreurs, il pleure, mais pas sur lui-même, mais plutôt sur le Seigneur. Et nous, avons-nous cette confiance, apportons-nous à Jésus ce que nous avons en nous, ou bien nous déguisons-nous devant Dieu, peut-être avec un peu de sacré et d'encens ? S'il vous plaît, ne faites pas de maquillage spirituel : c'est ennuyeux. Devant Dieu : de l'eau et du savon, seulement, pas de maquillage, mais l'âme telle qu'elle est. Et de là vient le salut. Celui qui pratique la confiance, comme ce bon larron, apprend l'intercession, il apprend à apporter à Dieu ce qu'il voit, les souffrances du monde, les personnes qu'il rencontre ; à lui dire, comme le bon larron : " Souviens-toi, Seigneur ! ". Nous ne sommes pas dans le monde seulement pour nous sauver nous-mêmes, mais pour amener nos frères et sœurs dans l'étreinte du Roi. Intercéder, se rappeler au Seigneur, ouvre les portes du ciel. Mais, nous, quand est-ce que nous prions, quand est-ce que nous intercédons ? « Souviens-toi Seigneur, souviens-toi de moi, de ma famille, souviens-toi de ce problème, souviens-toi, souviens-toi....". Attirer l'attention du Seigneur.
Frères et sœurs, aujourd'hui, de la croix notre Roi nous regarde les brasa aduerte. C'est à nous de choisir d'être spectateurs ou impliqués. Suis-je spectateur ou je veux être impliqué ? Nous voyons les crises d'aujourd'hui, le déclin de la foi, le manque de participation... Que faisons-nous ? Nous contentons-nous de théoriser, nous contentons-nous de critiquer, ou retroussons-nous les manches, prenons-nous la vie en main, passons-nous du "si" des excuses aux "oui" de la prière et du service ? Nous pensons tous savoir ce qui ne va pas dans la société, tous ; Nous parlons tous les jours de ce qui ne va pas dans le monde, et même dans l'Église : beaucoup de choses ne vont pas dans l'Église. Mais ensuite, faisons-nous quelque chose ? Est-ce que nous nous salissons les mains comme notre Dieu cloué sur le bois, ou bien sommes-nous les mains dans les poches à regarder ? Aujourd'hui, alors que Jésus, dépouillé sur la croix, enlève tout voile sur Dieu et détruit toute fausse image de sa royauté, regardons-Le, pour trouver le courage de nous regarder, de marcher sur les chemins de la confiance et de l'intercession, de nous faire serviteurs pour régner avec lui. « Souviens-toi Seigneur, souviens-toi : Faisons cette prière plus souvent. Merci.
BIENHEUREUSE VIERGE MARIE DE GUADALUPE
SAINTE MESSE POUR L'AMÉRIQUE LATINE
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique vaticane
Lundi 12 décembre 2022
Notre Dieu guide l’histoire de l’humanité à tout moment, rien ne reste en dehors de son pouvoir, qui est tendresse et amour providentiel. Il se rend présent à travers un geste, un événement, une personne. Il ne se cesse de se pencher sur notre monde, démuni, blessé, inquiet, pour l’assister par sa compassion et sa miséricorde. Sa façon d’intervenir, sa façon de se manifester, nous surprend toujours, et nous remplit de joie. Il provoque notre émerveillement, et il le fait dans son style propre.
La lecture de la lettre aux Galates nous offre une indication précise qui aide à contempler, avec gratitude, la voie pour nous racheter et devenir ses enfants adoptifs: «Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d’une femme» (Ga 4, 4).
Et il en est ainsi, la venue du Fils en chair humaine est l’expression suprême de sa méthode divine en faveur du salut. Dieu, qui a tant aimé le monde, nous a envoyé son Fils, «né d’une femme», afin que «quiconque croit ait par lui la vie éternelle» (Jn 3, 16). Ainsi, en Jésus, né de Marie, il devient pour toujours et de façon irréversible, «Dieu-avec-nous», et marche à nos côtés comme frère et compagnon. Il est venu pour rester. Rien de ce qui est nôtre ne lui est étranger parce qu’il est comme «l’un de nous», proche, ami, égal à nous en tous, hormis dans le péché.
Et une chose semblable, de ce type, a eu lieu il y a près de cinq siècles, à un moment compliqué pour les habitants du nouveau monde, le Seigneur a voulu transformer l’agitation qu’avait suscitée la rencontre entre deux mondes différents, le transformer en une récupération de sens, en récupération de dignité, en une ouverture à l’Evangile, le transformer en rencontre. Et il le fit en envoyant Sainte Marie, sa Mère, dans la logique que nous rappelle l’Evangile d’aujourd’hui, «Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse» (Lc 1, 39). La Vierge qui part en hâte. Notre Vierge de Guadalupe arriva ainsi sur les terres d’Amérique, se présentant comme la «Mère du Dieu très vrai pour lequel on vit» (cf. Nican Mopohua ); et elle vint pour consoler et répondre aux besoins des plus petits, sans exclure personne, pour les entourer, comme une mère attentionnée, par sa présence, son amour et sa consolation. C’est notre Mère métisse.
Et cette année, nous célébrons Guadalupe à un moment difficile pour l’humanité. C’est une époque amère, pleine du fracas de la guerre, d’injustices croissantes, de famine, de pauvreté, de souffrance. Il y a la faim. Et même si cet horizon semble sombre, déconcertant, avec des présages de destruction et de désolation encore plus grandes, la foi, l’amour et la condescendance divins nous disent toutefois que c’est aussi un temps propice au salut, dans lequel le Seigneur, à travers la Vierge Marie, continue à nous donner son Fils, qui nous appelle à être frères, à mettre de côté l’égoïsme, l’indifférence et l’antagonisme, nous invitant à nous prendre en charge «rapidement» les uns les autres, à aller à la rencontre de nos frères et sœurs oubliés et rejetés par nos sociétés consuméristes et apathiques, nos frères et sœurs mis de côté. Et elle le fait «en hâte»: c’est la Mère qui est attentionnée, qui a hâte, qui a de la sollicitude.
Aujourd’hui comme hier, sainte Marie de Guadalupe veut nous rencontrer, comme elle rencontra un jour Juan Diego sur la colline du Tepeyac. Elle veut rester avec nous, elle nous supplie de lui permettre d’être notre Mère, d’ouvrir nos vies à son Fils Jésus et d’accueillir son message pour apprendre à aimer comme Lui. Elle est venue pour accompagner le peuple américain sur ce chemin si dur de pauvreté, d’exploitation, de colonialismes socio-économiques et culturels. Elle est au milieu des caravanes qui, à la recherche de liberté, marchent vers le nord; Elle est au milieu de ce peuple américain menacé dans son identité par un paganisme sauvage et exploiteur, blessé par la prédication active d’un athéisme pratique et pragmatique. Et Elle est là. «Je suis ta Mère», nous dit-elle. La Mère de l’amour pour lequel on vit.
Aujourd’hui, 12 décembre, commence sur le continent américain la neuvaine intercontinentale de Guadalupe, chemin qui prépare à la célébration du Ve centenaire de l’événement de Guadalupe en 2031. J’exhorte tous les membres de l’Eglise en pèlerinage en Amérique, pasteurs et fidèles, à participer à ce chemin de célébration. Mais, s’il vous plaît, faites-le avec un véritable esprit de Guadalupe. Je suis préoccupé par les propositions idéologiques-culturelles de divers genre qui veulent s’approprier la rencontre d’un peuple avec sa Mère, qui veulent «démétisser», maquiller la Mère. S’il vous plaît, ne permettez pas que le message soit distillé dans des modèles mondains et idéologiques. Le message est simple, il est tendre: «Ne suis-je pas ici, moi qui suis ta Mère?». Et il ne faut pas idéologiser la Mère.
Que Jésus Christ, le désiré de toutes les nations, par l’intercession de Notre Mère de Guadalupe, nous accorde des jours de joie et de sérénité, afin que la paix du Seigneur habite dans nos cœurs et dans celui de tous les hommes et les femmes de bonne volonté.