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SOLENNITÉ DE LA NATIVITÉ DU SEIGNEUR
MESSE DE LA NUIT
HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE
Basilique vaticane
Samedi 24 décembre 2022
Cette nuit, que nous dit-elle encore pour nos vies ? Deux mille ans après la naissance de Jésus, après tant de Noëls fêtés dans les décorations et les cadeaux, après tant de consumérisme voilant le mystère que nous célébrons, il y a un risque : nous savons beaucoup de choses sur Noël, mais nous en oublions le sens. Comment alors retrouver le sens de Noël ? Et surtout, où aller le chercher ? L'Évangile de la naissance de Jésus semble avoir été écrit justement pour cela : nous prendre par la main et nous ramener là où Dieu le veut. Suivons l’Évangile.
Il commence en effet par une situation similaire à la nôtre : tout le monde est occupé et s'affaire à un événement important à célébrer, le grand recensement qui demande beaucoup de préparatifs. En ce sens, l'atmosphère de l'époque est semblable à celle qui nous entoure aujourd'hui à Noël. Mais le récit évangélique s’éloigne de ce décor mondain. Il quitte très vite ce cadre pour souligner une autre réalité sur laquelle il insiste. Il s'attarde sur un petit objet, apparemment insignifiant, qu'il mentionne à trois reprises et sur lequel les acteurs du récit convergent : d'abord Marie qui pose Jésus « dans une mangeoire » (Lc 2, 7) ; ensuite les anges qui annoncent aux bergers « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (v. 12) ; enfin les bergers qui trouvent « le nouveau-né couché dans la mangeoire » (v. 16). La mangeoire : c’est là qu’il faut regarder pour retrouver le sens de Noël. Mais pourquoi la mangeoire est-elle si importante ? Parce qu'elle est le signe, et ce n’est pas un hasard, avec lequel le Christ entre sur la scène du monde. Elle est le manifeste avec lequel il se présente, la manière de Dieu de naître dans l'histoire afin de faire renaitre l’histoire. Que veut-il donc nous dire à travers la mangeoire ? il veut nous dire au moins trois choses : la proximité, la pauvreté et le concret.
1. Proximité. La mangeoire sert à porter la nourriture à la bouche et à la consommer plus rapidement. Elle peut donc symboliser un aspect de l'humanité : l’avidité à consommer. Alors que les animaux de l'étable consomment de la nourriture, les hommes avides de pouvoir et d'argent, consomment leurs proches, leurs frères. Combien de guerres ! En combien de lieux, aujourd'hui encore, la dignité et la liberté sont-elles foulées aux pieds ! Et les principales victimes de l’avidité humaine sont toujours les personnes fragiles, les faibles. En ce Noël, une fois encore, l’humanité insatiable d'argent, insatiable de pouvoir et insatiable de plaisir ne laisse aucune place aux plus petits, aux enfants à naître, nombreux, aux pauvres, aux oubliés ; comme pour Jésus (cf. v. 7). Je pense surtout aux enfants dévorés par les guerres, la pauvreté et l'injustice. Mais c’est là justement que Jésus vient, enfant dans la mangeoire du rejet et de l'exclusion. Dans l’enfant de Bethléem, se trouve tout enfant. Et c’est une invitation à regarder la vie, la politique et l'histoire avec les yeux des enfants.
Dieu s’installe dans la mangeoire de l’exclusion et de l'inconfort.  Il va là parce que c'est là que se trouve le problème de l'humanité : l'indifférence générée par l’empressement avide de posséder et de consommer. Le Christ naît là et, dans cette mangeoire, nous le découvrons proche. Il va là où l’on dévore la nourriture, pour se faire notre nourriture. Dieu n'est pas un père qui dévore ses enfants, mais le Père qui, en Jésus, fait de nous ses enfants et nous nourrit de sa tendresse. Il vient toucher nos cœurs et nous dire que la seule force qui change le cours de l'histoire est l'amour. Il ne reste pas distant, il ne reste pas puissant, mais il se fait proche et humble. Lui qui siège dans le ciel, se laisse coucher dans une mangeoire.
Frère, sœur, Dieu cette nuit se fait proche de toi parce que tu lui importes. De la mangeoire, il te dit, comme une nourriture pour ta vie : "Si tu te sens consumé par les événements, si ta culpabilité et ton inaptitude te dévorent, si tu as faim de justice, moi, Dieu, je suis avec toi. Je sais ce que tu vis, je l'ai éprouvé dans cette mangeoire. Je connais tes misères et ton histoire. Je suis né pour te dire que je suis et serai toujours proche de toi ". La mangeoire de Noël, premier message d'un Dieu enfant, nous dit qu'Il est avec nous, qu'Il nous aime, qu'Il nous cherche. Courage, ne te laisses pas vaincre par la peur, la résignation, le découragement. Dieu naît dans une mangeoire pour te faire renaître justement là où tu pensais avoir touché le fond. Il n'y a aucun mal, aucun péché dont Jésus ne veuille ni ne puisse te sauver. Noël signifie que Dieu est proche : Que renaisse la confiance !
2. La mangeoire de Bethléem nous parle non seulement de proximité, mais aussi de pauvreté. Autour d'une mangeoire, en effet, il n'y a pas grand-chose : des mauvaises herbes et quelques animaux et rien d'autre. Les gens étaient au chaud dans les hôtels, pas dans l'étable froide d'une auberge. Mais Jésus naît là, et la mangeoire nous rappelle qu'il n'avait personne autour de lui, sauf ceux qui l'aimaient : Marie, Joseph et des bergers. Tous des gens pauvres, unis par l'affection et l’étonnement, et non par les richesses et les grandes possibilités. La mangeoire pauvre fait apparaître les véritables richesses de la vie : non pas l'argent ni le pouvoir, mais les relations et les personnes.
Et la première personne, la première richesse, c'est précisément Jésus. Mais voulons-nous rester à ses côtés ? Nous rapprochons-nous de Lui, aimons-nous sa pauvreté ? Ou bien préférons-nous rester à l'aise dans nos propres intérêts ? Surtout, Le visitons nous là où il se trouve, c'est-à-dire dans les pauvres mangeoires de notre monde ? C’est là qu’il est présent. Et nous sommes appelés à être une Église qui adore Jésus pauvre, et qui sert Jésus dans les pauvres. Comme l'a dit un saint évêque : « L'Église soutient et bénit les efforts visant à transformer les structures d'injustice et n'y met qu'une seule condition : que les transformations sociales, économiques et politiques se fassent au profit authentique des pauvres » (O.A. Romeo, Message pastoral pour la nouvelle année, 1er janvier 1980). Bien sûr, il n'est pas facile de quitter la chaleur de la mondanité pour embrasser la beauté dépouillée de la grotte de Bethléem, mais rappelons-nous que, sans les pauvres, ce n'est pas vraiment Noël. Sans eux, nous célébrons Noël, mais pas celui de Jésus. Frères, sœurs, à Noël, Dieu est pauvre : Que renaisse la charité!
3. Nous arrivons ainsi au dernier point : la mangeoire nous parle du concret. Un enfant dans une mangeoire est en effet une scène qui frappe, même si elle est dure. Elle nous rappelle que Dieu s'est vraiment fait chair. Et donc les théories sur Lui, les belles pensées et les sentiments pieux ne suffisent pas. Jésus, qui naît pauvre, qui vivra pauvre et mourra pauvre, n'a pas fait beaucoup de discours sur la pauvreté, mais il l'a vécue pleinement pour nous. De la mangeoire à la croix, son amour pour nous a été tangible, concret : de la naissance à la mort, le fils du charpentier a embrassé la rugosité du bois, les aspérités de notre existence. Il ne nous a pas aimés en paroles, il ne nous a pas aimés pour rire !
Et donc, Il ne se contente pas des apparences. Il ne se contente pas de bonnes intentions, Lui qui s'est fait chair. Lui qui est né dans la mangeoire, il veut une foi concrète, faite d'adoration et de charité, et non de bavardages et d'apparences extérieures. Lui qui s'est mis à nu dans la mangeoire et qui se mettra à nu sur la croix, il nous demande la vérité : aller à la réalité nue des choses, déposer au pied de la mangeoire les excuses, les justifications et les hypocrisies. Lui qui a été tendrement enveloppé de langes par Marie, il veut que nous revêtions l'amour. Dieu ne veut pas de l'apparence, mais du concret. Ne laissons pas passer ce Noël, frères et sœurs, sans faire quelque chose de bon. Puisque c'est sa fête, son anniversaire, offrons-lui des cadeaux qui Lui sont agréables ! À Noël, Dieu est concret : en son nom, faisons renaître un peu d’espérance chez ceux qui l'ont perdue !
Jésus, nous te regardons, couché dans la mangeoire. Nous Te voyons si proche, proche de nous pour toujours : merci, Seigneur. Nous Te voyons pauvre, nous enseignant que la vraie richesse ne réside pas dans les choses, mais dans les personnes, surtout les pauvres : pardonne-nous si nous ne t'avons pas reconnu et servi en eux. Nous te voyons concret, parce que ton amour pour nous est concret : Jésus, aide-nous à donner chair et vie à notre foi. Amen.








PREMIÈRES VÊPRES EN LA SOLENNITÉ DE SAINTE MARIE, MÈRE DE DIEU ET TE DEUM D'ACTION DE GRÂCE POUR L'ANNÉE ÉCOULÉE
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Lorsque, dans la plénitude des temps, Dieu s'est fait homme, il n'est pas venu au monde en tombant du ciel, il est né de Marie. Il n’est pas né dans une femme mais d'une femme. C'est fondamentalement différent: cela signifie que Dieu a voulu prendre la chair de Marie. Il ne s'est pas servi d'elle, mais a demandé son «oui», son consentement. Et avec elle, il a commencé le lent parcours de gestation d'une humanité libre de péché, pleine de grâce et de vérité, pleine d'amour et de fidélité. Une humanité belle, bonne et vraie, à l'image et à la ressemblance de Dieu, mais tissée avec notre chair offerte par Marie; jamais sans elle; toujours avec son consentement; dans la liberté, la gratuité, le respect, l’amour.
Et cela est la voie que Dieu a choisie pour entrer dans le monde et dans l'histoire, c'est la manière. Et cette manière est essentielle, aussi essentielle que le fait même qu'il soit venu. La maternité divine de Marie — maternité virginale, virginité féconde — est la voie qui révèle l'extrême respect de Dieu pour notre liberté. Celui qui nous a créés sans nous ne veut pas nous sauver sans nous (cf. St Augustin, Sermo CLXIX , 13).
Sa manière de venir nous sauver est le chemin sur lequel il nous invite aussi à le suivre, à continuer avec lui de tisser l'humanité nouvelle, libre, réconciliée. C’est le mot: humanité réconciliée. Il s'agit d'un style, d'une façon de se rapporter à nous dont découlent les multiples  vertus humaines de la coexistence bonne et digne. L'une de ces vertus est la gentillesse, comme style de vie qui favorise la fraternité et l'amitié sociale (cf. Enc. Fratelli tutti, 222-224).  
Et en parlant de gentillesse, en ce moment, nos pensées vont spontanément à notre très cher Pape émérite Benoît XVI, qui nous a quittés ce matin. Nous nous souvenons avec émotion de sa personne si noble, si gentille. Et nous ressentons beaucoup de gratitude dans nos cœurs: gratitude envers Dieu pour l'avoir donné à l'Eglise et au monde; gratitude envers lui, pour tout le bien qu'il a accompli, et surtout pour son témoignage de foi et de prière, particulièrement dans les dernières années de sa vie retiré du monde. Dieu seul connaît la valeur et la force de son intercession, de ses sacrifices offerts pour le bien de l'Eglise.
Ce soir, je voudrais proposer la gentillesse aussi comme vertu civique, en pen-sant en particulier à notre diocèse de Rome.
La gentillesse est un facteur important de la culture du dialogue, et le dialogue est indispensable pour vivre en paix, pour vivre en frères, qui ne s'entendent pas toujours — c'est normal — mais qui néanmoins se parlent, s'écoutent et essaient de se comprendre et de se rencontrer. Il suffit de penser à «ce que serait le monde sans le dialogue patient de tant de personnes généreuses qui ont permis aux familles et aux communautés de rester unies. Le dialogue persistant et courageux ne fait pas la une des journaux comme les confrontations et les conflits, mais il aide discrètement le monde à mieux vivre» (ibid., 198). Et bien, la gentillesse fait partie du dialogue. Ce n'est pas seulement une question de «savoir vivre»; ce n'est pas une question d’«étiquette», de formes galantes... Non, ce n'est pas ce que nous entendons ici en parlant de gentillesse. Il s’agit au contraire, d’une vertu à retrouver et à exercer chaque jour, pour aller à contre-courant et humaniser nos sociétés.
Les dégâts de l'individualisme consumériste sont sous les yeux de tous. Et le dommage le plus grave est que les autres, les personnes qui nous entourent, sont perçues comme des obstacles à notre tranquillité d'esprit, à notre confort. Les autres nous «gênent», nous dérangent, nous privent de  temps et de  ressources pour faire ce que nous aimons. La société individualiste et consumériste a tendance à être agressive, car les autres sont des concurrents avec lesquels il faut rivaliser (cf. ibid., 222). Pourtant, au sein même de nos sociétés, et jusque dans les situations les plus difficiles, il existe des personnes qui montrent qu'il est «encore possible de choisir la gentillesse» et qui, par leur style de vie, «deviennent des étoiles au milieu des ténèbres» (ibid.).
Saint Paul, dans la même Lettre aux Galates d'où est tirée la lecture de cette liturgie, parle des fruits de l'Esprit Saint, et parmi ceux-ci il en mentionne un avec le mot grec jrestótes (cf. 5, 22). Voilà ce que l'on peut entendre par «gentillesse»: une attitude bienveillante, qui soutient et réconforte les autres en évitant toute âpreté et dureté. Une manière de traiter son prochain, en veillant à ne pas blesser par des paroles ou des gestes; en cherchant à alléger le fardeau des autres, à encourager, à réconforter, à consoler; sans jamais humilier, attrister ou dénigrer (cf. Fratelli tutti, n. 223). 
La gentillesse est un antidote contre certaines pathologies de nos sociétés: un antidote contre la cruauté, qui peut malheureusement s'insinuer comme un poison dans le cœur et intoxiquer les relations; un antidote contre l'anxiété et la frénésie distraite qui nous font nous concentrer sur nous-mêmes et nous ferment aux autres (cf. ibid., 224). Ces «maladies» de notre vie quotidienne nous rendent agressifs et nous rendent incapables de demander la «permission», ou bien «pardon», ou simplement de dire «merci». Les trois mots si humains de la coexistence: permission, pardon, merci. Avec ces trois mots, on va de l’avant dans la paix, dans l’amitié humaine. Ce sont les mots de la gentillesse: permission, pardon, merci. Il nous fera du bien de les utiliser souvent dans notre vie: permission, pardon, merci. Et ainsi, quand dans la rue, ou dans un magasin, ou dans un bureau, nous rencontrons une personne gentille, nous sommes étonnés, cela ressemble à un petit miracle, parce que malheureusement, la gentillesse n'est plus très courante. Mais, Dieu merci, il existe encore des personnes gentilles, qui savent mettre de côté leurs propres soucis pour prêter attention aux autres, offrir un sourire, un mot d'encouragement, pour  écouter quelqu'un qui a besoin de se confier, de dire ce qu’il a sur le cœur (cf. ibid.).
Chers frères et sœurs, je pense que retrouver la gentillesse comme vertu personnelle et civique peut contribuer dans une large mesure à améliorer la vie dans les familles, les communautés et les villes. C'est pourquoi, à l'approche de la nouvelle année dans la ville de Rome, je voudrais souhaiter à tous ceux qui y vivent de grandir dans cette vertu: la gentillesse. L'expérience nous enseigne que si elle devient un mode de vie, elle peut créer une coexistence saine, elle peut humaniser les relations sociales en dissolvant l'agressivité et l'indifférence (cf. ibid.).
Regardons l'icône de la Vierge Marie. Aujourd'hui et demain, ici dans la basilique Saint-Pierre, nous pouvons également la vénérer dans la représentation de Notre-Dame du Mont Carmel d’Avigliano, près de Potenza. Ne prenons pas pour acquis le mystère de la maternité divine! Laissons-nous émerveiller par le choix de Dieu, qui aurait pu apparaître dans le monde de mille façons en montrant sa puissance, et qui a voulu au contraire  être conçu en pleine liberté dans le sein de Marie, a voulu se former pendant neuf mois comme tout enfant, et enfin naître d’elle, naître d’une femme. Ne passons pas notre chemin en hâte, arrêtons-nous pour contempler et méditer, parce qu’ici il y a un trait essentiel du mystère du salut. Et cherchons à apprendre la «méthode» de Dieu, son infini respect, pour ainsi dire sa «gentillesse», parce que dans la maternité divine de la Vierge, se trouve la voie pour un monde plus humain.








MESSE EN LA SOLENNITÉ DE MARIE MÈRE DE DIEU
LVIe JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique Saint-Pierre
Dimanche 1er janvier 2023
Sainte Mère de Dieu ! C’est la joyeuse acclamation que le peuple saint de Dieu fit résonner dans les rues d’Éphèse en l’an quatre cent trente et un, lorsque les Pères du Concile proclamèrent Marie Mère de Dieu. Il s’agit d’un élément essentiel de la foi, mais surtout, d’une très belle nouvelle : Dieu a une Mère. Il s’est donc lié pour toujours à notre humanité, comme un enfant avec sa maman, si bien que notre humanité est aussi son humanité. Cette vérité est bouleversante et consolante à tel point que le dernier Concile, célébré ici, a affirmé : « Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme. Il a travaillé avec des mains d’homme, Il a pensé avec une intelligence d’homme, Il a agi avec une volonté d’homme, Il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, Il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché » (Const. past. Gaudium et spes, n. 22). Voilà ce que Dieu a fait en naissant de Marie : Il a montré son amour concret pour notre humanité, en l’étreignant vraiment et pleinement. Frères et sœurs, Dieu ne nous aime pas en paroles, mais par des actes ; non pas “d’en haut”, de loin, mais “de près”, du dedans de notre chair, parce que, en Marie, le Verbe s’est fait chair, parce que, dans la poitrine du Christ, un cœur de chair continue de battre, palpitant pour chacun de nous !
Sainte Mère de Dieu ! De nombreux livres et de grands traités ont été écrits sur ce titre. Mais ces mots sont surtout entrés dans le cœur du saint peuple de Dieu, dans la prière la plus familière et la plus intime qui accompagne le rythme des journées, les moments les plus fatigants et les espérances les plus audacieuses : le Je vous salue Marie. Après quelques phrases tirées de la Parole de Dieu, la deuxième partie de la prière s’ouvre ainsi : “Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs”. Cette invocation rythme souvent nos journées et permet à Dieu de s’approcher, à travers Marie, de nos vies et de notre histoire. Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs : récitée dans les langues les plus diverses, sur les grains du chapelet et dans les moments de nécessité, devant une image sacrée ou dans la rue, la Mère de Dieu répond toujours à cette invocation, elle écoute nos demandes, nous bénit avec son Fils dans les bras, nous apporte la tendresse de Dieu fait chair. En un mot, elle nous donne de l’espérance. Et nous, en ce début d’année, nous avons besoin d’espérance comme la terre a besoin de pluie. L’année qui s’ouvre sous le signe de la Mère de Dieu, qui est la nôtre, nous dit que la clé de l’espérance c’est Marie, et l’antienne de l’espérance c’est l’invocation Sainte Mère de Dieu. Et aujourd’hui, confions à la Mère Très Sainte le bien aimé Pape émérite Benoît XVI afin qu’elle l’accompagne dans son passage de ce monde à Dieu.
Prions la Mère de façon particulière pour les enfants qui souffrent et qui n’ont plus la force de prier, pour tant de frères et sœurs touchés par la guerre dans de nombreuses parties du monde, et qui vivent ces jours de fête dans l’obscurité et le froid, dans la misère et la peur, plongés dans la violence et l’indifférence ! Pour ceux qui n’ont pas la paix, acclamons Marie, la femme qui a mis au monde le Prince de la Paix (cf. Is 9, 5; Gal 4, 4). En elle, Reine de la Paix, se réalisera la bénédiction que nous avons entendue dans la première Lecture : « Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! » (Nb 6, 26). Par les mains d’une Mère, la paix de Dieu veut entrer dans nos maisons, dans nos cœurs, dans notre monde. Mais comment faire pour l’accueillir ?
Laissons-nous conseiller par les acteurs de l’Évangile d’aujourd’hui, les premiers à avoir vu la Mère avec l’Enfant : les bergers de Bethléem. C’étaient des gens pauvres et peut-être même plutôt rudes. Ils travaillaient cette nuit-là. Ce sont précisément eux, pas les sages ni les puissants, qui ont reconnu les premiers le Dieu proche, le Dieu qui est venu pauvre et qui aime être avec les pauvres. L’Évangile souligne avant tout deux gestes très simples des bergers, mais qui ne sont pas toujours faciles à faire. Ils sont allés et ils ont vu. Deux gestes : aller et voir.
Tout d’abord, aller. Le texte dit que les bergers « se hâtèrent d’y aller » (Lc 2, 16). Ils ne sont pas restés immobiles. Il faisait nuit, ils avaient leurs troupeaux à garder et ils étaient certainement fatigués. Ils auraient pu attendre l’aube, attendre que le soleil se lève pour aller voir un Enfant couché dans une mangeoire. Au contraire, ils se hâtèrent d’y aller parce que, devant les choses importantes, il faut réagir rapidement, sans remettre à demain ; parce que « la grâce de l’Esprit ne souffre pas de lenteur » (S. Ambrose, Commentaire de saint Luc, 2). Et c’est ainsi qu’ils ont trouvé le Messie, celui qui était attendu depuis des siècles et que tant de personnes cherchaient.
Frères et sœurs, pour accueillir Dieu et sa paix, on ne peut pas rester immobile, on ne peut pas rester à son aise, en attendant que les choses s’améliorent. Il convient de se lever, saisir les occasions de grâce, aller, prendre des risques. Il faut prendre des risques. Aujourd’hui, en ce début d’année, au lieu de rester assis à penser et à espérer que les choses changent, il serait bon de se demander : “Moi, où est-ce que je veux aller cette année ? Vers qui vais-je aller faire du bien ?”. Tant de personnes, dans l’Église et dans la société, attendent le bien que toi, et toi seul, peux donner, ton service. Et face à la paresse qui anesthésie, et à l’indifférence qui paralyse, face au risque de nous limiter à rester assis devant un écran, les mains sur un clavier, les pasteurs nous provoquent aujourd’hui à aller, à nous émouvoir de ce qui se passe dans le monde, à nous salir les mains pour faire du bien, à renoncer à nombre d’habitudes et de conforts pour nous ouvrir aux nouveautés de Dieu qui se trouvent dans l’humilité du service, dans le courage du soin. Frères et sœurs, imitons les bergers : allons !
Une fois arrivés, dit l’Évangile, les bergers « découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire » (v. 16). Puis il souligne que c’est seulement « après l’avoir vu » (v. 17) qu’ils se mirent, pleins d’étonnement, à parler de Jésus aux autres et à glorifier et louer Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu (cf. v. 17-18, 20). Le changement s’est produit dans le fait de l’avoir vu. Il est important de voir, d’embrasser du regard, de se tenir, comme les bergers, devant l’Enfant dans les bras de sa Mère. Sans rien dire, sans rien demander, sans rien faire. Regarder en silence, adorer, accueillir avec les yeux la tendresse consolante du Dieu fait homme et de sa Mère qui est la nôtre. En ce début d’année, parmi les nombreuses nouveautés dont nous voudrions faire l’expérience et les nombreuses choses qu’il faudrait faire, prenons le temps de voir, c’est-à-dire d’ouvrir les yeux et de les garder ouverts sur ce qui compte : Dieu et les autres. Ayons le courage de ressentir l'étonnement de la rencontre, qui est le style de Dieu, chose bien différente de la séduction du monde qui nous tranquillise. L'étonnement de Dieu, la rencontre, te donnent la paix ; l'autre ne fait que t'anesthésier et te donner de la tranquillité.
Combien de fois, pris par la hâte, nous n’avons même pas le temps de nous arrêter une minute en compagnie du Seigneur pour écouter sa Parole, pour prier, adorer, louer... La même chose se produit à l’égard des autres : pris par la hâte et par les tâches, il n’y a plus de temps pour écouter la femme, le mari, pour parler aux enfants, leur demander comment ils se sentent en eux-mêmes, et pas seulement comment vont les études et la santé. Et comme il est bon de se mettre à l’écoute des personnes âgées, du grand-père et de la grand-mère, pour regarder la profondeur de la vie et redécouvrir les racines. Demandons-nous donc si nous sommes capables de voir celui qui vit à côté de nous, celui qui vit dans notre immeuble, celui que nous rencontrons tous les jours dans la rue. Frères et sœurs, imitons les bergers : apprenons à voir ! À comprendre avec le cœur en voyant. Apprenons à voir.
Aller et voir. Aujourd’hui, le Seigneur est venu parmi nous et la Sainte Mère de Dieu le met devant nos yeux. Retrouvons, dans l’élan d’aller et dans l’émerveillement de voir, les secrets pour rendre cette année vraiment nouvelle et vaincre la sècheresse de rester immobile ou la fausse paix de la séduction.
Et maintenant frères et sœurs, je vous invite tous à regarder la Vierge. Acclamons-la trois fois : Sainte Mère de Dieu, comme le faisait le peuple d’Éphèse.   
Sainte Mère de Dieu ! Sainte Mère de Dieu ! Sainte Mère de Dieu !








OBSÈQUES DU PAPE ÉMÉRITE BENOÎT XVI
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Place Saint-Pierre
Jeudi 5 janvier 2023
« Père, entre tes mains je remets mon esprit » ( Lc 23, 46). Ce sont les dernières paroles que le Seigneur a prononcées sur la croix ; son dernier soupir - pourrait-on dire -, qui confirme ce qui a caractérisé toute sa vie : une permanente remise de soi entre les mains de son Père. Des mains de pardon et de compassion, de guérison et de miséricorde, des mains d’onction et de bénédiction qui le poussèrent à se livrer aussi aux mains de ses frères. Le Seigneur, ouvert aux histoires qu’il rencontrait sur son chemin, s’est laissé ciseler par la volonté de Dieu en prenant sur ses épaules toutes les conséquences et les difficultés de l’Évangile, jusqu’à voir ses mains meurtries par amour : « Vois mes mains », dit-il à Thomas ( Jn 20, 27), et il le dit à chacun de nous, « Vois mes mains ». Des mains meurtries qui vont à la rencontre et ne cessent de s’offrir, afin que nous connaissions l’amour que Dieu a pour nous et que nous croyions en lui (cf. 1 Jn 4, 16) [01].
« Père, entre tes mains je remets mon esprit » est l’invitation et le programme de vie qui inspire et veut modeler comme un potier (cf. Is 29, 16) le cœur du pasteur, jusqu’à ce que palpitent en lui les mêmes sentiments que ceux du Christ Jésus (cf. Ph 2, 5). Dévouement reconnaissant de service au Seigneur et à son Peuple qui naît du fait d’avoir accueilli un don totalement gratuit : : “Tu m’appartiens... Tu leur appartiens”, susurre le Seigneur ; “Tu es sous la protection de mes mains, sous la protection de mon coeur. Reste dans le creux de mes mains et donne-moi les tiennes” [02]. C'est la condescendance de Dieu et sa proximité capable de se placer dans les mains fragiles de ses disciples pour nourrir son peuple et dire avec lui : prenez et mangez, prenez et buvez, ceci est mon corps, mon corps qui s’offre pour vous (cf. Lc 22, 19). La synkatabasis totale de Dieu .
Un dévouement priant, qui se façonne et s’affine silencieusement entre les carrefours et les contradictions que le pasteur doit affronter (cf. 1 P 1, 6-7) et l’invitation confiante à paître le troupeau (cf. Jn 21, 17). Comme le Maître, il porte sur ses épaules la fatigue de l’intercession et l’usure de l’onction pour son peuple, surtout là où la bonté doit lutter et où les frères voient leur dignité menacée (cf. He 5, 7-9). Dans cette rencontre d’intercession, le Seigneur continue à générer la douceur capable de comprendre, d’accueillir, d’espérer et de parier au-delà des incompréhensions que cela peut susciter. Une fécondité invisible et insaisissable, qui naît du fait de savoir dans quelles la confiance a été placée (cf. 2 Tm 1, 12). Une confiance priante et adoratrice, capable d’interpréter les actions du pasteur et d’adapter son cœur et ses décisions aux temps de Dieu (cf. Jn 21, 18) : « Être le pasteur veut dire aimer, et aimer veut dire aussi être prêt à souffrir. Aimer signifie: donner aux brebis le vrai bien, la nourriture de la vérité de Dieu, de la parole de Dieu, la nourriture de sa présence » [03].
Et aussi un dévouement soutenu par la consolation de l’Esprit, qui le précède toujours dans la mission : dans la quête passionnée de communiquer la beauté et la joie de l’Évangile (cf. Exhort. Ap. Gaudete et exsultate, n. 57), dans le témoignage fécond de ceux qui, comme Marie, restent de bien des manières au pied de la croix, dans cette paix douloureuse mais solide qui n’agresse ni ne soumet ; et dans l’espérance obstinée mais patiente que le Seigneur accomplira sa promesse, comme il l’avait promis à nos pères et à sa descendance à jamais (cf. Lc 1, 54-55).
Nous aussi, fermement attachés aux dernières paroles du Seigneur et au témoignage qui a marqué sa vie, nous voulons, en tant que communauté ecclésiale, suivre ses traces et confier notre frère aux mains du Père : que ces mains de miséricorde trouvent sa lampe allumée avec l’huile de l’Évangile qu’il a répandue et dont il a témoigné durant sa vie (cf. Mt 25, 6-7).
Saint Grégoire le Grand, à la fin de la Règle pastorale, invite et exhorte un ami à lui offrir cette compagnie spirituelle : « Au milieu des tempêtes de ma vie, je me console par la confiance que tu me tiendras à flot sur la table de tes prières, et que, si le poids de mes fautes m’abat et m’humilie, tu me prêteras le secours de tes mérites pour me relever ». C’est la conscience du pasteur qu’il ne peut pas porter tout seul ce que, en réalité, il ne pourrait jamais supporter tout seul et, par conséquent, il sait s’abandonner à la prière et au soin du peuple qui lui est confié [04]. C’est le peuple fidèle de Dieu qui, rassemblé, accompagne et confie la vie de celui qui a été son pasteur. Comme les femmes de l’Évangile au sépulcre, nous sommes ici avec le parfum de la gratitude et l’onguent de l’espérance pour lui démontrer, encore une fois, l’amour qui ne se perd pas. Nous voulons le faire avec la même onction, sagesse, délicatesse et dévouement qu’il a su prodiguer au cours des années. Nous voulons dire ensemble: “Père, entre tes mains nous remettons son esprit”.
Benoît, fidèle ami de l’Époux, que ta joie soit parfaite en entendant sa voix, définitivement et pour toujours !
 

[01] Cf. Benoît XVI, Enc. Deus caritas est, n. 1.
[02] C. ID., Homélie de la Messe Chrismale, 13 avril 2006.
[03] ID., Homélie de la Messe inaugurale du pontificat, 24 avril 2005.
[04] Ibid.








MESSE EN LA SOLENNITÉ DE L'EPIPHANIE DU SEIGNEUR
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique Saint-Pierre
Vendredi 6 janvier 2023
Comme une étoile qui se lève (cf. Nb 24, 17), Jésus vient éclairer tous les peuples et illuminer les nuits de l’humanité. Avec les Mages, levant les yeux au ciel, nous nous demandons nous aussi aujourd’hui : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » (Mt 2, 2). Où se trouve donc le lieu où nous pouvons trouver et rencontrer notre Seigneur ?
À partir de l’expérience des Mages, nous comprenons que le premier “lieu” où Il aime être cherché est l’inquiétude du questionnement. L’aventure fascinante de ces sages venus d’Orient nous enseigne que la foi ne naît pas de nos mérites ni de raisonnements théoriques, mais elle est un don de Dieu. Sa grâce nous aide à nous réveiller de l’apathie et à faire place aux questions importantes de la vie, des questions qui nous font sortir de la présomption d’être comme il faut et qui nous ouvrent à ce qui nous dépasse. Chez les Mages, au début, il y a ceci : l’inquiétude de celui qui s’interroge. Habités par une nostalgie poignante d’infini, ils scrutent le ciel et se laissent émerveiller par l’éclat d’une étoile qui représente la tension vers le transcendant qui anime le voyage des civilisations et la recherche incessante de notre cœur. Cette étoile, en effet, laisse dans leur cœur précisément une question : Où est celui qui qui vient de naître ?
Frères et sœurs, le chemin de la foi commence lorsque, avec la grâce de Dieu, nous faisons place à l’inquiétude qui nous tient éveillés ; lorsque nous nous laissons interroger, lorsque nous ne nous contentons pas de la tranquillité de nos habitudes, mais que nous nous mettons en cause dans les défis de chaque jour ; lorsque nous cessons de rester dans un espace neutre et décidons d’habiter les espaces inconfortables de la vie, faits de relations avec les autres, de surprises, d’imprévus, de projets à accomplir, de rêves à réaliser, de peurs à affronter, de souffrances qui creusent notre chair. Dans ces moments, montent de nos cœurs ces questions irrépressibles qui nous ouvrent à la recherche de Dieu : où est le bonheur pour moi ? Où est la pleine vie à laquelle j’aspire ? Où est cet amour qui ne passe pas, qui ne faiblit pas, qui ne se brise pas, même devant la fragilité, les échecs et les trahisons ? Quelles sont les opportunités qui se cachent dans mes crises et mes souffrances ?
Mais il arrive que chaque jour, le climat que nous respirons nous offre des “tranquillisants de l'âme”, des substituts pour calmer, pour calmer nos inquiétudes et éteindre ces questions ; des produits de consommation aux séductions du plaisir, des débats spectaculaires à l’idolâtrie du bien-être ; tout semble nous dire : ne pense pas trop, laisse faire, profite de la vie ! Nous essayons souvent de mettre notre cœur dans le coffre-fort du confort – mettre notre cœur dans le coffre-fort du confort –, mais si les Mages avaient fait ainsi, ils n’auraient jamais rencontré le Seigneur. Calmer le cœur, calmer l’âme afin qu’il n’y ait plus d’inquiétude : c’est le danger. Dieu, en revanche, habite nos questions inquiètes ; en elles, nous « le cherchons comme la nuit cherche l’aurore... Il est dans le silence qui nous trouble devant la mort et la fin de toute grandeur humaine ; il est dans la soif de justice et d’amour que nous portons en nous ; il est le saint Mystère qui vient à la rencontre de la nostalgie du Tout Autre, nostalgie de la justice parfaite et consommée, de réconciliation et de paix » (C.M. Martini, Incontro al Signore Risorto. Il cuore dello spirito cristiano, Cinisello Balsamo 2012, 66). Voici donc le premier lieu : l’inquiétude du questionnement. N’aie pas peur d’entrer dans cette inquiétude des questions : ce sont précisément les chemins qui nous conduisent à Jésus.
Le deuxième lieu où nous pouvons rencontrer le Seigneur est le risque du cheminement. Les questions, y compris spirituelles, peuvent en effet induire frustrations et désolations si elles ne nous mettent pas en marche, si elles n’orientent pas notre mouvement intérieur vers le visage de Dieu et la beauté de sa Parole. Le pèlerinage des Mages, « Leur pèlerinage extérieur- a dit Benoît XVI - était une expression de leur cheminement intérieur, du pèlerinage intérieur de leur cœur » (Homélie pour l’Épiphanie, 6 janvier 2013). En effet, les Mages ne s’arrêtent pas pour regarder le ciel et contempler la lumière de l’étoile, mais ils s’aventurent dans un voyage risqué qui ne prévoit pas à l’avance de routes sûres ni de cartes définies. Ils veulent savoir qui est le Roi des Juifs, où il est né, où ils peuvent le trouver. Pour cela, ils demandent à Hérode qui, à son tour, convoque les chefs du peuple et les scribes qui interrogent les Écritures. Les Mages sont en marche : la plupart des verbes décrivant leurs actions sont des verbes de mouvement.
Il en va de même pour notre foi : sans un cheminement continu et un dialogue constant avec le Seigneur, sans l’écoute de la Parole, sans la persévérance, elle ne peut croître. Il ne suffit pas de quelques idées sur Dieu et de quelques prières qui apaisent la conscience ; il faut se faire disciples à la suite de Jésus et de son Évangile, Lui parler de tout dans la prière, le chercher dans les situations quotidiennes et dans le visage des frères. Depuis Abraham qui se met en route vers une terre inconnue jusqu’aux Mages qui se déplacent derrière l’étoile, la foi est une marche, la foi est un pèlerinage, la foi est une histoire de départs et de nouveaux départs. Nous ne l’oublions jamais : la foi est un chemin, un pèlerinage, une histoire de départs et de nouveaux départs. Rappelons-nous ceci : la foi ne croît pas si elle reste statique ; nous ne pouvons pas l’enfermer dans une dévotion personnelle ni la confiner entre les murs des églises, mais il faut la porter dehors, la vivre dans un cheminement constant vers Dieu et vers les frères. Demandons-nous aujourd’hui : suis-je en train de marcher vers le Seigneur de la vie, pour qu’Il devienne le Seigneur de ma vie ? Jésus, qui es-Tu pour moi ? Où m’appelles-Tu à aller, que demandes-Tu à ma vie ? Quels choix m’invites-Tu à faire pour les autres ?
Enfin, après l’inquiétude du questionnement et le risque du cheminement, le troisième lieu où rencontrer le Seigneur est l’émerveillement de l’adoration. Au terme d’un long parcours et d’une recherche laborieuse, les Mages entrèrent dans la maison, « ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui » (v. 11). C’est le point décisif : nos inquiétudes, nos questions, nos chemins spirituels et nos pratiques de foi doivent converger vers l’adoration du Seigneur. Là, ils trouvent leur centre de gravité, parce que tout naît de là, car c’est le Seigneur qui suscite en nous le sentiment, l’action et les œuvres. Tout naît de là et tout culmine là, parce que le but de toute chose n’est pas d’atteindre un objectif personnel ni de recevoir de la gloire pour soi-même, mais de rencontrer Dieu et de se laisser embrasser par son amour, qui fonde notre espérance, qui nous libère du mal, qui nous ouvre à l’amour des autres, qui fait de nous des personnes capables de construire un monde plus juste et plus fraternel. Il ne sert à rien de nous activer pastoralement si nous ne mettons pas Jésus au centre, en l’adorant. L’émerveillement de l’adoration. Là, nous apprenons à nous tenir devant Dieu non pas tant pour demander ou faire quelque chose, mais seulement pour nous arrêter en silence et nous abandonner à son amour, pour nous laisser saisir et régénérer par sa miséricorde. Et nous prions plusieurs fois, nous demandons des choses, nous réfléchissons... mais, d’habitude, la prière d’adoration nous manque. Nous avons perdu le sens de l’adoration, parce que nous avons perdu l’inquiétude des questions et nous avons perdu le courage d’avancer dans les risques du chemin. Aujourd’hui le Seigneur nous invite à faire comme les Mages : comme les Mages, prosternons-nous, abandonnons-nous à Dieu dans l’émerveillement de l’adoration. Adorons Dieu et non notre moi ; adorons Dieu et non les fausses idoles qui nous séduisent par le charme du prestige et du pouvoir ; avec le charme des informations erronées ; adorons Dieu pour ne pas nous incliner devant les choses qui passent et les logiques séduisantes mais vides du mal.
Frères, sœurs, ouvrons notre cœur à l’inquiétude, demandons le courage pour avancer sur le chemin et finissons dans l’adoration ! N’ayons pas peur, c’est le parcours des Mages, c’est le parcours de tous les saints de l’histoire : recevoir les inquiétudes, se mettre en chemin et adorer. Frères et sœurs, ne laissons pas s’éteindre en nous l’inquiétude du questionnement ; n’arrêtons pas notre marche en cédant à l’apathie ou au confort ; et, rencontrant le Seigneur, abandonnons-nous à l’émerveillement de l’adoration. Alors nous découvrirons qu’une lumière éclaire même les nuits les plus sombres : c’est Jésus, c’est l’étoile radieuse du matin, le soleil de justice, l’éclat miséricordieux de Dieu, qui aime tout homme et chaque peuple de la terre.








FÊTE DU BAPTÊME DU SEIGNEUR
CÉLÉBRATION DE LA MESSE ET BAPTÊME DE QUELQUES ENFANTS
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Chapelle Sixtine
Dimanche 8 janvier 2023
Chers parents, merci d'avoir amener vos enfants ici, de les avoir fait entrer dans l'Eglise. Et c'est un bon jour, car nous n'oublions pas quand nous avons été baptisés. C'est comme un anniversaire, car le baptême nous fait renaître à la vie chrétienne. C'est pourquoi je vous conseille d'apprendre à vos enfants la date du baptême, comme un nouvel anniversaire : que chaque année ils se souviennent et remercient Dieu pour cette grâce de devenir chrétiens. C'est une tâche que je vous conseille de faire.
Ensuite, réfléchissons un peu au fait que ces enfants que vous amenez maintenant commencent à prendre un chemin, mais c'est à vous et aux parrains et marraines de les aider à aller de l’avant sur ce chemin. On nous apprend à prier, lorsque l’on est enfants : qu'ils apprennent à prier, comme des enfants, au moins à le faire avec leurs mains, avec des gestes... Qu'ils apprennent la prière, dès l'enfance, parce que la prière sera ce qui leur donnera de la force tout au long de leur vie : dans les bons moments, pour remercier Dieu, et dans les mauvais moments, pour trouver de la force. C'est la première chose que vous devez leur enseigner : à prier.
Et aussi à prier Notre-Dame, qui est la Mère, elle est notre Mère. On dit que lorsque quelqu'un est en colère contre le Seigneur, ou s'est égaré, la Vierge est toujours proche pour lui permettre de revenir. C'est un dicton. Le Seigneur est toujours proche de nous, mais la Vierge est la mère, et la mère est toujours plus proche que le père. Toujours. Pourquoi ? Parce que c'est comme ça. Les mères sont comme ça, et cela est une grande chose. Qu'ils apprennent à être chrétiens.
Maintenant, tout le monde est silencieux, et c'est bien. Mais peut-être que quelqu'un va « donner le la », va commencer. Et comme les enfants sont symphoniques, tout le monde va s'y mettre. Laissez-les crier, laissez-les pleurer. Peut-être que l’un d’entre eux pleurera parce qu’il a faim : allaitez-le. En toute liberté. L'important est qu'aujourd'hui cette célébration soit la fête, la fête du début d'un beau parcours chrétien, dans lequel vous aiderez vos enfants à avancer. Peut-être que certains sont trop habillés et ont chaud : mettez-les à l'aise, qu'ils soient tous à l'aise.
Nous célébrons avec eux ce début de chemin. Et c'est à vous de les aider à aller de l’avant. Parce que moi je m’arrête-là, mais pour vous c’est toute la vie !
Merci pour cette décision de les conduire au baptême. Et maintenant, poursuivons la célébration.








DIMANCHE DE LA PAROLE DE DIEU
HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS
Basilique Saint-Pierre
IIIe Dimanche du Temps ordinaire, 22 janvier 2023
Jésus quitte la vie tranquille et cachée de Nazareth et s’installe à Capharnaüm, une ville située sur la mer de Galilée, un lieu de passage, un carrefour de peuples et de cultures différentes. L’urgence qui le pousse est l’annonce de la Parole de Dieu qui doit être portée à tous. Nous voyons en effet dans l’Évangile que le Seigneur invite tout le monde à la conversion et appelle les premiers disciples à transmettre à d’autres la lumière de la Parole (cf. Mt 4, 12-23). Saisissons ce dynamisme qui nous aide à vivre ce Dimanche de la Parole de Dieu : la Parole est pour tous, la Parole appelle à la conversion, la Parole rend annonciateurs.
La Parole de Dieu est pour tous. L’Évangile nous présente Jésus toujours en mouvement, en chemin vers les autres. En aucune occasion de sa vie publique, Il ne donne l’impression d’être un maître statique, un docteur assis en chaire. Au contraire, nous le voyons itinérant, nous le voyons pèlerin, parcourant villes et villages, rencontrant visages et histoires. Ses pieds sont ceux du messager qui annonce la bonne nouvelle de l’amour de Dieu (cf. Is 52, 7-8). En Galilée des nations, sur la route de la mer, au-delà du Jourdain, où Jésus prêche, se trouvait – note le texte – un peuple plongé dans les ténèbres : étrangers, païens, femmes et hommes de diverses régions et cultures (cf. Mt 4, 15-16). Maintenant, ils peuvent aussi voir la lumière.Et ainsi, Jésus “élargit les frontières” : la Parole de Dieu, qui guérit et relève, n’est pas destinée seulement aux justes d’Israël, mais à tous ; il veut atteindre ceux qui sont loin, il veut guérir les malades, il veut sauver les pécheurs, il veut rassembler les brebis perdues et soulager ceux qui ont le cœur fatigué et opprimé. Jésus, en somme, “franchit les limites” pour nous dire que la miséricorde de Dieu est pour tous. N’oublions pas cela : la miséricorde de Dieu est pour tous et pour chacun de nous. “La miséricorde de Dieu est pour moi”, chacun peut dire cela.
Cet aspect est fondamental pour nous aussi. Il nous rappelle que la Parole est un don adressé à chacun et que, par conséquent, nous ne pouvons jamais en restreindre le champ d’action puisqu’elle germe, au-delà de tous nos calculs, de manière spontanée, imprévue et imprévisible (cf. Mc 4, 26-28), selon les manières et aux moments que l’Esprit Saint connaît. Et si le salut est destiné à tous, même à ceux qui sont les plus éloignés et perdus, alors l’annonce de la Parole doit devenir la principale urgence de la communauté ecclésiale, comme ce fut le cas pour Jésus. Qu’il ne nous arrive pas de professer un Dieu au cœur large et d’être une Église au cœur étroit – cela serait, je me permets de le dire, une malédiction - ; de prêcher le salut pour tous et de rendre impraticable le chemin pour l’accueillir. Qu’il ne nous arrive pas de savoir que nous sommes appelés à porter l’annonce du Royaume et de négliger la Parole, en nous dispersant dans des activités ou des discussions secondaires. Apprenons de Jésus à mettre la Parole au centre, à élargir les frontières, à nous ouvrir aux gens, à créer des expériences de rencontre avec le Seigneur, en sachant que la Parole de Dieu « n’est pas cristallisée en formules abstraites et statiques, mais connaît une histoire dynamique faite de personnes et d’événements, de paroles et d’actions, de développements et de tensions ». [01]
Venons-en maintenant au deuxième aspect : la Parole de Dieu, qui est adressée à tous, appelle à la conversion. Jésus, en effet, répète dans sa prédication : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4, 17). Cela signifie que la proximité de Dieu n’est pas neutre, sa présence ne laisse pas les choses comme elles sont, ne rend pas la vie paisible. Au contraire, sa Parole nous secoue, nous dérange, nous provoque au changement, à la conversion : elle nous met en crise parce qu’« elle est vivante, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants […] elle juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12).Et ainsi, comme une épée, la Parole pénètre dans la vie, nous faisant discerner les sentiments et les pensées du cœur, c’est-à-dire nous faisant voir quelle est la lumière du bien auquel donner de l’espace, et où s’épaississent les ténèbres des vices et des péchés à combattre. La Parole, lorsqu’elle entre en nous, transforme le cœur et l’esprit ; elle nous change, nous conduit à orienter notre vie vers le Seigneur.
C’est l’invitation de Jésus : Dieu s’est fait proche de toi. Donc prends conscience de sa présence, fais place à sa Parole et tu changeras le regard sur ta vie. Je voudrais le dire aussi de cette manière : mets ta vie sous la Parole de Dieu. C’est la voie que nous indique l’Église : tous, même les Pasteurs de l’Église, soyons sous l’autorité de la Parole de Dieu. Pas soumis à nos goûts, à nos tendances ou à nos préférences, mais à l’unique Parole de Dieu qui nous façonne, nous convertit, nous demande d’être unis dans l’unique Église du Christ.Alors, frères et sœurs, nous pouvons nous demander : ma vie, où trouve-t-elle sa direction, d’où puise-t-elle son orientation ? Des paroles diverses que j’entends, des idéologies ou de la Parole de Dieu qui me guide et me purifie ? Et quels sont en moi les domaines qui exigent changement et conversion ?
Enfin – troisième passage –, la Parole de Dieu, qui s’adresse à tous et appelle à la conversion, rend annonciateurs. Jésus, en effet, passe sur les rives du lac de Galilée et appelle Simon et André, deux frères qui étaient pêcheurs. Il les invite par sa Parole à le suivre, en leur disant qu’il les fera « pêcheurs d’hommes » (Mt 4, 19) : non plus seulement experts en barques, filets et poissons, mais experts dans la recherche des autres. Et, de même que pour la navigation et la pêche ils avaient appris à quitter le rivage et à jeter les filets au large, de même ils deviendront des apôtres capables de naviguer sur la mer ouverte du monde, d’aller à la rencontre des frères et d’annoncer la joie de l’Évangile.C’est le dynamisme de la Parole : elle nous attire dans le “filet” de l’amour du Père et nous rend apôtres qui ressentent le désir irrépressible de faire monter sur la barque du Royaume ceux qu’ils rencontrent. Et cela ce n’est pas du prosélytisme, car c’est la Parole de Dieu qui appelle, pas notre parole.
Sentons alors aujourd’hui que l’invitation à être des pêcheurs d’hommes nous est aussi adressée : sentons-nous appelés par Jésus en personne à annoncer sa Parole, à en témoigner dans les situations de chaque jour, à la vivre dans la justice et dans la charité, appelés à “lui donner chair” en caressant la chair de celui qui souffre. C’est notre mission : devenir des chercheurs de ceux qui sont perdus, de ceux qui sont opprimés et découragés, pour leur apporter non pas nous-mêmes, mais la consolation de la Parole, l’annonce dérangeante de Dieu qui transforme la vie, pour leur apporter la joie de savoir qu’Il est Père et qu’Il s’adresse à chacun, apporter la beauté de dire : “Frère, sœur, Dieu s’est fait proche de toi, écoute-le et tu trouveras un don merveilleux dans sa Parole !”
Frères et sœurs, je voudrais conclure en invitant simplement à remercier ceux qui se dépensent pour que la Parole de Dieu soit remise au centre, partagée et annoncée. Merci à ceux qui l’étudient et en approfondissent la richesse ; merci aux agents pastoraux et à tous ces chrétiens engagés dans l’écoute et dans la diffusion de la Parole, en particulier aux lecteurs et aux catéchistes : aujourd’hui je confère le ministère à certains d’entre eux. Merci à tous ceux qui ont accueilli les nombreuses invitations que j’ai faites à porter partout l’Évangile avec soi et à le lire chaque jour. Et enfin, un remerciement particulier aux diacres et aux prêtres : merci, chers frères, de ne pas faire manquer au Peuple saint de Dieu la nourriture de la Parole ; merci parce que vous vous engagez à la méditer, à la vivre et à l’annoncer ; merci pour votre service et vos sacrifices. Que la douce joie d’annoncer la Parole de salut soit une consolation et une récompense pour nous tous.
 

[01]  La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. Instrumentum laboris pour la XIIème Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques, 2008, n. 10.








VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS en RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO et au SOUDAN DU SUD
(Pèlerinage Œcuménique de Paix au Soudan du Sud)
MESSE POUR LA PAIX ET LA JUSTICE
HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE
Aéroport de Ndolo
Mercredi 1er février 2023
Bandeko, Bobóto [Frères et sœurs, paix] R/ Bondeko [Fraternité]
Bondéko [Fraternité]  R/ Esengo [Joie]
Esengo, joie : ma joie de vous voir et de vous rencontrer est grande : j'ai beaucoup désiré ce moment - cela fait un an que nous attendons ! -, merci d'être là !
L'Évangile vient juste de nous dire que la joie des disciples aussi était grande le soir de Pâques, et que cette joie avait jailli « en voyant le Seigneur » (Jn 20, 20). Dans cette atmosphère de joie et de stupeur, le Ressuscité s'adresse aux siens. Et qu'est-ce qu'il leur dit ? D'abord, trois mots : « La paix soit avec vous ! » (v. 19). C'est une salutation, mais c'est plus qu'une salutation : c'est un don. Parce que la paix, cette paix annoncée par les anges la nuit de Bethléem (cf. Lc 2, 14), cette paix que Jésus a promise aux siens (cf. Jn 14, 27), elle est maintenant, pour la première fois, solennellement donnée aux disciples. La paix de Jésus, qui nous est également donnée en chaque Messe, est pascale : elle vient avec la résurrection parce que le Seigneur devait d'abord vaincre nos ennemis, le péché et la mort, et réconcilier le monde avec le Père ; il devait éprouver notre solitude et notre abandon, nos enfers, embrasser et combler les distances qui nous séparaient de la vie et de l'espérance. Maintenant, les distances entre le Ciel et la terre, entre Dieu et l'homme étant annulées, la paix de Jésus est donnée aux disciples.
Mettons-nous de leur côté. Ils étaient ce jour-là complètement abasourdis par le scandale de la croix, blessés intérieurement d’avoir abandonné Jésus en fuyant, déçus de l’issue de son histoire, craignant de finir comme lui. Il y avait en eux de la culpabilité, de la frustration, de la tristesse, de la peur... Eh bien, alors que dans le cœur des disciples ce sont des ruines, Jésus proclame la paix ; alors qu'ils ressentent en eux la mort, il annonce la vie. En d'autres termes, la paix de Jésus survient au moment où tout semble fini pour eux, au moment le plus inattendu et inespéré, où il n'y a aucune lueur de paix. Ainsi fait le Seigneur : il nous étonne, il nous tend la main lorsque nous sommes sur le point de sombrer, il nous relève quand nous touchons le fond. Frères et sœurs, avec Jésus, le mal ne l'emporte jamais, il n'a jamais le dernier mot. « C’est lui, le Christ, qui est notre paix » (Ep 2, 14) et sa paix est toujours victorieuse. C’est pourquoi, nous qui appartenons à Jésus, nous ne pouvons pas laisser la tristesse l'emporter sur nous, nous ne pouvons pas laisser la résignation et le fatalisme s’installer. Si l’on respire cette atmosphère autour de nous, qu'il n'en soit pas ainsi pour nous : dans un monde découragé par la violence et la guerre, les chrétiens doivent faire comme Jésus. Il a répété, avec insistance, aux disciples : La paix, la paix soit avec vous ! (Cf. Jn 20, 19.21) ; et nous sommes appelés à faire nôtre et dire au monde cette annonce inespérée et prophétique du Seigneur, cette annonce de paix.
Mais, nous demandons nous, comment garder et cultiver la paix de Jésus ? Lui-même nous indique trois sources de paix, trois sources pour continuer à la cultiver. Elles sont le pardon, la communauté et la mission.
Voyons la première source : le pardon. Jésus dit aux siens : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis » (v. 23). Cependant, avant de donner aux apôtres le pouvoir de pardonner, il leur pardonne ; non pas avec des mots, mais avec un geste, le premier que le Ressuscité accomplit devant eux. L'Évangile dit : « Il leur montra ses mains et son côté » (v. 20). C’est-à-dire qu’il leur montre ses plaies, il les leur offre, parce que le pardon naît des blessures. Il naît lorsque les blessures subies ne laissent pas des cicatrices de haine, mais deviennent le lieu où faire de la place aux autres et accueillir leurs faiblesses. Les fragilités deviennent alors des opportunités, et le pardon devient le chemin de la paix. Il ne s'agit pas de tout laisser derrière soi comme si de rien n'était, mais d'ouvrir son cœur aux autres avec amour. C'est ce que fait Jésus : face à la misère de ceux qui l'ont renié et abandonné, il montre ses plaies et ouvre la source de la miséricorde. Il n'utilise pas beaucoup de mots, mais il ouvre grand son cœur blessé pour nous dire qu'il est toujours blessé d'amour pour nous.
Frères et sœurs, lorsque la culpabilité et la tristesse nous oppressent, lorsque les choses ne vont pas bien, nous savons où regarder : vers les plaies de Jésus, prêt à nous pardonner avec son amour blessé et infini. Il connaît tes blessures, il connaît les blessures de ton pays, de ton peuple, de ta terre ! Ce sont des blessures qui brûlent, continuellement infectées par la haine et la violence, alors que le remède de la justice et le baume de l’espérance ne semblent jamais arriver. Frère et sœur, Jésus souffre avec toi, il voit les blessures que tu portes en toi et désire te consoler et te guérir, en te présentant son Cœur blessé. Dieu répète à ton cœur les paroles qu'il a prononcées aujourd'hui par le prophète Isaïe : « Je le guérirai, je le conduirai, je le comblerai de consolations » (Is 57, 18).
Ensemble, aujourd'hui, nous croyons qu'il y a toujours avec Jésus la possibilité d'être pardonné et de recommencer, et aussi trouver la force de pardonner à soi-même, aux autres et à l'histoire ! C'est ce que le Christ veut : nous oindre de son pardon pour nous donner la paix et le courage de pardonner à notre tour, le courage d'accomplir une grande amnistie du cœur. Comme il nous est bon de purifier nos cœurs de la colère, des remords, de tout ressentiment et de toute rancœur ! Bien-aimés, que ce jour soit un temps de grâce pour accueillir et vivre le pardon de Jésus ! Qu’il soit l’occasion pour toi, qui portes un lourd fardeau dans ton cœur dont tu as besoin de te débarrasser, de recommencer à respirer. Et qu’il soit un moment propice pour toi, qui t’affirmes chrétien dans ce pays mais qui commets des violences. À toi le Seigneur dit : "Dépose tes armes, embrasse la miséricorde". Et à tous les blessés et opprimés de ce peuple, il dit : "N'ayez pas peur de mettre vos blessures dans les miennes, vos plaies dans mes plaies. Faisons-le, frères et sœurs; n'ayez pas peur de sortir le Crucifix de votre col et de vos poches, de le prendre dans les mains et de le porter sur le cœur pour partager vos blessures avec celles de Jésus. De retour à la maison, prenez le Crucifix que vous avez et embrassez-le. Donnons au Christ la possibilité de guérir nos cœurs, jetons en Lui le passé, toutes les peurs, toutes les angoisses. Comme c'est beau d'ouvrir les portes du cœur et celles de la maison à sa paix ! Et pourquoi ne pas écrire dans vos chambres, sur vos vêtements, à l'extérieur de vos maisons, cette parole : Paix à vous ! Exhibez-la, elle sera une prophétie pour le pays, une bénédiction du Seigneur sur ceux que vous rencontrez. Paix à vous: laissons-nous pardonner par Dieu et pardonnons-nous les uns les autres!
Voyons maintenant la deuxième source de paix : la communauté. Jésus ressuscité ne s'adresse pas à des disciples individuellement, mais il les rencontre ensemble. Il leur parle au pluriel et il donne sa paix à la première communauté. Il n'y a pas de christianisme sans communauté, tout comme il n'y a pas de paix sans fraternité. Mais en tant que communauté, où marcher, où aller pour trouver la paix ? Regardons à nouveau les disciples. Avant Pâques, ils suivaient Jésus mais ils raisonnaient encore de manière trop humaine. Ils espéraient un Messie conquérant qui aurait chassé les ennemis, qui aurait accompli des prodiges et des miracles, qui aurait augmenté leur prestige et leur succès. Mais ces désirs mondains les ont laissés les mains vides, pire, ils ont retiré à la communauté la paix en générant des discussions et des oppositions (cf. Lc 9, 46 ; 22, 24). Pour nous aussi, il y a ce risque : être ensemble mais avancer seul en cherchant dans la société - mais aussi dans l'Église - le pouvoir, la carrière, les ambitions... Or de cette manière, l’on suit son propre moi au lieu du vrai Dieu, et l’on finit comme les disciples : enfermé chez soi, vide d’espérance et rempli de peur et de désillusions. Mais voici qu'à Pâques ils retrouvent le chemin de la paix grâce à Jésus qui souffle sur eux et dit : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 22). Grâce à l'Esprit Saint ils ne considèreront plus ce qui les divise mais ce qui les unit ; ils iront dans le monde non plus pour eux-mêmes, mais pour les autres ; non pas pour avoir de la visibilité mais pour donner de l’espérance; non pas pour gagner l'approbation mais pour dépenser leur vie avec joie pour le Seigneur et pour les autres.
Frères et sœurs, le danger pour nous est de suivre l'esprit du monde plutôt que celui du Christ. Et quel est le moyen de ne pas tomber dans les pièges du pouvoir et de l'argent, de ne pas céder aux divisions, aux flatteries du carriérisme qui rongent la communauté, aux fausses illusions du plaisir et de la sorcellerie qui renferment en soi-même ? Le Seigneur nous le suggère à nouveau par l'intermédiaire du prophète Isaïe, en disant : « Je suis avec qui est broyé, humilié dans son esprit, pour ranimer l’esprit des humiliés, pour ranimer le cœur de ceux qu’on a broyés » (Is 57, 15). Le moyen c’est de partager avec les pauvres : voilà le meilleur antidote contre la tentation de nous diviser et de devenir mondains. Avoir le courage de regarder les pauvres et de les écouter car ils sont des membres de notre communauté, et non pas des étrangers à ôter de notre vue et de notre conscience. Ouvrir notre cœur aux autres, au lieu de le fermer sur nos problèmes ou sur nos vanités. Repartons des pauvres et nous découvrirons que nous partageons tous une pauvreté intérieure ; que nous avons tous besoin de l'Esprit de Dieu pour nous libérer de l'esprit du monde ; que l'humilité est la grandeur du chrétien et la fraternité sa vraie richesse. Croyons en la communauté et, avec l'aide de Dieu, édifions une Église vide d'esprit mondain mais remplie d'Esprit Saint, libre de toute richesse pour soi-même et pleine d'amour fraternel !
Enfin, nous en arrivons à la troisième source de la paix : la mission. Jésus dit aux disciples : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21). Il nous envoie comme le Père l'a envoyé. Et comment le Père l'a-t-il envoyé dans le monde ? Il l'a envoyé pour servir et donner sa vie pour l'humanité (cf. Mc 10, 45), pour manifester sa miséricorde pour chacun (cf. Lc 15), pour chercher ceux qui sont loin (cf. Mt 9, 13). En un mot, il l'a envoyé pour tous : pas seulement pour les justes, mais pour tous. En ce sens, les paroles d'Isaïe résonnent à nouveau : « Paix ! La paix à celui qui est loin, et à celui qui est proche ! – dit le Seigneur » (Is 57, 19). À ceux qui sont loin d'abord, et aux proches : pas seulement aux "nôtres", mais à tous.
Frères et sœurs, nous sommes appelés à être des missionnaires de paix, et cela nous donnera la paix. C'est un choix : c'est faire de la place dans nos cœurs pour tous, c'est croire que les différences ethniques, régionales, sociales, religieuses et culturelles viennent après et ne sont pas des obstacles ; croire que les autres sont des frères et des sœurs, membres de la même communauté humaine ; croire que tous sont destinataires de la paix apportée dans le monde par Jésus. C'est croire que nous, chrétiens, nous sommes appelés à collaborer avec tous, à briser le cercle de la violence, à démanteler les complots de la haine. Oui, les chrétiens, envoyés par le Christ, sont appelés par définition à être la conscience de paix du monde : non seulement des consciences critiques, mais surtout des témoins d’amour ; non pas ceux qui revendiquent leurs droits mais à ceux de l'Évangile que sont la fraternité, l'amour et le pardon ; non pas ceux qui cherchent leurs intérêts, mais des missionnaires de l'amour fou que Dieu a pour chaque être humain.
 Jésus dit aujourd'hui à chaque famille, communauté, groupe ethnique, quartier et ville de ce grand pays : la Paix soit avec vous. La Paix soit avec vous : que ces paroles de notre Seigneur résonnent dans nos cœurs, en silence. Sentons qu’elles s’adressent à nous et choisissons d'être des témoins du pardon, des acteurs dans la communauté, des personnes en mission de paix dans le monde.
Moto azalí na matói ma koyóka [Celui qui a des oreilles pour entendre]
R/Ayoka  [Qu’il entende]
Moto azalí na motéma mwa kondima [Celui qui a le cœur pour consentir]
R/Andima [Qu’il consente]








VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE FRANÇOIS en RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO et au SOUDAN DU SUD
(Pèlerinage Œcuménique de Paix au Soudan du Sud)
HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE
Mausolée John Garang (Djouba)
Dimanche 5 février 2023
Les paroles que l’Apôtre Paul a adressées à la communauté de Corinthe dans la deuxième lecture, je voudrais aujourd’hui les faire miennes et les répéter devant vous : « Quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, le Messie crucifié » (1 Co 2, 1-2). Oui, l’inquiétude de Paul est aussi la mienne, en me trouvant ici avec vous au nom de Jésus Christ, le Dieu de l’amour, le Dieu qui a réalisé la paix par sa croix ; Jésus, Dieu crucifié pour nous tous ; Jésus, crucifié en ceux qui souffrent ; Jésus, crucifié dans la vie de beaucoup d’entre vous, de beaucoup de personnes de ce pays ; Jésus le ressuscité, vainqueur sur le mal et sur la mort. Je viens à vous pour le proclamer, pour vous confirmer en Lui, car l’annonce du Christ est une annonce d’espérance. Il connaît, en effet, les angoisses et les attentes que vous portez dans votre cœur, les joies et les peines qui marquent votre vie, les ténèbres qui vous oppriment et la foi que vous élevez au Ciel comme un chant dans la nuit. Jésus vous connaît et vous aime. Si nous demeurons en Lui, nous n’avons pas à craindre, car pour nous aussi toute croix se transformera en résurrection, toute tristesse en espérance, toute lamentation en danse.
Je voudrais donc m’arrêter sur les paroles de vie que notre Seigneur Jésus nous a adressées aujourd’hui dans l’Évangile : « Vous êtes le sel de la terre [...]. Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13.14). Que nous disent ces images, à nous, disciples du Christ ?
Tout d’abord, nous sommes le sel de la terre. Le sel sert à donner de la saveur à la nourriture. C’est l’ingrédient invisible qui donne du goût à tout. C’est pourquoi, depuis les temps anciens, il a été considéré comme le symbole de la sagesse, c’est-à-dire de cette vertu que l’on ne voit pas, mais qui donne goût à la vie et sans laquelle l’existence devient insipide, sans saveur. Mais de quelle sagesse nous parle Jésus ? Il utilise cette image du sel immédiatement après avoir proclamé à ses disciples les Béatitudes : nous comprenons alors que ce sont elles le sel de la vie du chrétien. Les Béatitudes, en effet, apportent sur terre la sagesse du Ciel : elles révolutionnent les critères du monde et de la manière ordinaire de penser. Et que nous disent-elles ? En peu de mots, elles affirment que pour être bienheureux, c’est-à-dire pleinement heureux, nous ne devons pas chercher à être forts, riches et puissants, mais humbles, doux et miséricordieux ; ne faire de mal à personne, mais être des artisans de paix pour tous. Cela – nous dit Jésus – est la sagesse du disciple, c’est cela qui donne de la saveur à la terre que nous habitons. Rappelons-nous : si nous mettons en pratique les Béatitudes, si nous incarnons la sagesse du Christ, nous ne donnons pas seulement une bonne saveur à notre vie, mais aussi à la société, au pays où nous vivons.
Mais le sel, en plus de donner de la saveur, a un autre rôle, essentiel à l’époque du Christ : conserver les aliments afin qu’ils ne se corrompent pas et deviennent avariés. La Bible, cependant, disait qu’il y avait une “nourriture”, un bien essentiel qui devait être conservé avant tout autre : l’alliance avec Dieu. C’est pourquoi, à cette époque, chaque fois que l’on faisait une offrande au Seigneur, l’on mettait un peu de sel. Écoutons ce que dit l’Écriture à ce sujet : « Tu ne laisseras pas ton offrande manquer du sel de l’alliance avec ton Dieu ; avec tout ce que tu réserveras, tu apporteras du sel » (Lv 2, 13). Ainsi, le sel rappelait le besoin fondamental de garder le lien avec Dieu, parce qu’Il nous est fidèle, son alliance avec nous est incorruptible, inviolable et durable (cf. Nb 18, 19 ; 2 Ch 13, 5). C’est pourquoi le disciple de Jésus, en tant que sel de la terre, est témoin de l’alliance qu’Il a réalisée et que nous célébrons à chaque Messe : une alliance nouvelle, éternelle, immuable (cf. 1 Co 11, 25 ; He 9), un amour pour nous qui ne peut être brisé pas même par nos infidélités.
Frères et sœurs, nous sommes témoins de cette merveille. Autrefois, lorsque des personnes ou des peuples établissaient entre eux une amitié, ils la concluaient souvent en s’échangeant un peu de sel. Nous qui sommes le sel de la terre, nous sommes appelés à témoigner de l’alliance avec Dieu dans la joie, avec gratitude, en montrant que nous sommes des personnes capables de créer des liens d’amitié, de vivre la fraternité, de construire de bonnes relations humaines, pour empêcher que règnent la corruption du mal, la maladie des divisions, l’infamie des affaires illégales, la plaie de l’injustice.
Je voudrais aujourd’hui vous remercier car vous êtes le sel de la terre dans ce pays. Pourtant, face à tant de blessures, aux violences qui alimentent le poison de la haine, à l’injustice qui provoque misère et pauvreté, vous pourriez vous sentir petits et impuissants. Mais, quand la tentation de vous sentir incapables vous assaille, essayez de regarder le sel et ses minuscules grains : c’est un petit ingrédient et, une fois mis dans le plat, il disparaît, il se dissout, mais c’est justement de cette manière qu’il donne de la saveur à tout le contenu. De même, nous chrétiens, bien qu’étant fragiles et petits, même lorsque nos forces nous semblent peu de chose face à la grandeur des problèmes et à la furie aveugle de la violence, nous pouvons offrir une contribution décisive pour changer l’histoire. Jésus désire que nous le fassions comme le sel : il suffit d’une pincée qui fond pour donner un goût différent à l’ensemble. Alors nous ne pouvons pas reculer, parce que sans ce peu, sans notre peu, tout perd son goût. Commençons précisément par le peu, par l’essentiel, par ce qui n’apparaît pas dans les livres d’histoire mais qui change l’histoire : au nom de Jésus, de ses Béatitudes, déposons les armes de la haine et de la vengeance pour embrasser la prière et la charité ; surmontons ces antipathies et aversions qui, au fil du temps, sont devenues chroniques et qui risquent d’opposer les tribus et les ethnies ; apprenons à mettre sur les blessures le sel du pardon, qui brûle mais guérit. Et, même si le cœur saigne à cause des torts reçus, renonçons une fois pour toutes à répondre au mal par le mal, et nous serons bien intérieurement ; accueillons-nous et aimons-nous avec sincérité et générosité, comme le fait Dieu avec nous. Gardons le bien que nous sommes, ne nous laissons pas corrompre par le mal !
Passons à la deuxième image utilisée par Jésus, la lumière : Vous êtes la lumière du monde. Une célèbre prophétie disait d’Israël : « Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49, 6). À présent la prophétie s’est accomplie, parce que Dieu le Père a envoyé son Fils, et c’est Lui la lumière du monde (cf. Jn 8, 12), la vraie lumière qui éclaire chaque homme et chaque peuple, la lumière qui brille dans les ténèbres et dissipe les nuages de toute obscurité (cf. Jn 1, 5.9). Mais Jésus lui-même, lumière du monde, dit à ses disciples qu’eux aussi sont lumière du monde. Cela veut dire qu’en accueillant la lumière du Christ, la lumière qu’est le Christ, nous devenons lumineux, nous rayonnons de la lumière de Dieu !
Jésus ajoute : « Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison » (Mt 5, 14-15). Ce sont là aussi des images familières de cette époque : plusieurs villages en Galilée étaient situés sur les collines, bien visibles de loin ; et les lampes, dans les maisons, étaient placées en hauteur pour donner de la lumière dans tous les coins de la pièce ; puis, quand elles devaient être éteintes, on les couvrait avec objet en terre cuite appelé “boisseau”, qui asphyxiait la flamme jusqu’à l’éteindre.
Frères et sœurs, l’invitation de Jésus à être lumière du monde est claire : nous qui sommes ses disciples, nous sommes appelés à resplendir comme une ville située en altitude, comme un lampadaire dont la flamme ne doit jamais être éteinte. En d’autres termes, avant de nous préoccuper des ténèbres qui nous entourent, avant d’espérer que quelque chose autour s’éclaire, nous devons briller, éclairer par notre vie et par nos œuvres les villes, les villages et les lieux que nous habitons, les personnes que nous fréquentons, les activités que nous menons. Le Seigneur nous en donne la force, la force d’être lumière en Lui, pour tous ; parce que tous doivent pouvoir voir nos bonnes œuvres et, les voyant– nous rappelle Jésus –, s’ouvrir avec émerveillement à Dieu et lui rendre gloire (cf. v. 16). Si nous vivons comme des enfants et des frères sur la terre, les gens découvriront qu’ils ont un Père dans les cieux. Il nous est donc demandé de brûler d’amour : qu’il n’arrive pas que notre lumière s’éteigne, que l’oxygène de la charité disparaisse de notre vie, que les œuvres du mal enlèvent de l’air pur à notre témoignage. Cette terre, très belle et meurtrie, a besoin de la lumière que chacun de vous possède, ou mieux, de la lumière que chacun de vous est !
Chers amis, je vous souhaite d’être le sel qui se répand et se dissout avec générosité pour donner saveur au Soudan du Sud avec le goût fraternel de l’Évangile ; d’être des communautés chrétiennes rayonnantes qui, comme des villes situées en hauteur, irradient une lumière de bien sur tout le monde et montrent qu’il est beau et possible de vivre la gratuité, d’avoir l’espérance, de construire tous ensemble un avenir réconcilié. Frères et sœurs, je suis avec vous et je vous souhaite de faire l’expérience de la joie de l’Évangile, la saveur et la lumière que le Seigneur, « le Dieu de la paix » (Ph 4, 9), le « Dieu de qui vient tout réconfort » (2 Co 1, 3), veut répandre sur chacun de vous.