CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
"La vanité nous éloigne de la croix du Christ"
Mercredi, 11 mars 2020
Introduction à la Messe
Nous continuons à prier pour les malades de cette épidémie. Et aujourd'hui, d'une manière particulière, je voudrais prier pour les prisonniers, pour nos frères et sœurs emprisonnés. Ils souffrent et nous devons être proches d'eux par la prière, afin que le Seigneur puisse les aider, les réconforter dans cette période difficile.
Homélie – La vanité nous éloigne de la croix du Christ
La première lecture, un passage du prophète Jérémie (18,18-20), est en fait une prophétie sur la Passion du Seigneur. Que disent les ennemis ? « Venez, gênons-le quand il parle ; ne tenons pas compte de toutes ses paroles » (v. 18). « Mettons des obstacles sur son chemin ». Il ne dit pas : « vainquons -le, tuons-le », non. Lui rendre la vie difficile, le tourmenter. C'est la souffrance du prophète, mais c’est une prophétie sur Jésus. Jésus lui-même dans l'Evangile nous en parle (Mt 20,17-28) : « Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes. Ils le condamneront à mort, ils le livreront aux païens pour qu'ils se moquent de lui, le fouettent, le crucifient » (vv.18-19). Ce n'est pas seulement une condamnation à mort : il y a plus. Il y a l'humiliation, il y a la fureur. Et quand il y a de l'acharnement dans la persécution d'un chrétien, d'une personne, il y a le diable. Le diable a deux styles : la séduction, avec les promesses du monde, comme il a voulu le faire avec Jésus au désert, pour le séduire, et avec la séduction lui faire changer le plan de la rédemption; et si cela ne marche pas, l'acharnement. Le diable n'est en aucun cas émoussé. Son orgueil est si grand qu'il essaie de détruire, et de détruire en jouissant de la destruction avec fureur. Pensons aux persécutions de tant de saints, de tant de chrétiens : on ne les tue de suite, mais ils les font souffrir et tentent par tous les moyens de les humilier, jusqu'à la fin. Il ne faut pas confondre une simple persécution sociale, politique, religieuse avec la fureur du diable. Le diable est féroce, pour détruire. Pensons à l'Apocalypse : il veut dévorer l'enfant de la femme, qui est sur le point de naître. (cf. 12,4).
Les deux voleurs qui ont été crucifiés avec Jésus ont été condamnés, crucifiés et on les a laissés mourir en paix. Personne ne les insultait : cela n'avait pas d'importance. L'insulte était seulement pour Jésus, contre Jésus. Jésus dit aux apôtres qu'il sera condamné à mort, mais qu'il sera raillé, flagellé, crucifié... Ils se moquent de lui.
Et le moyen de sortir de la fureur du diable, de cette destruction, c'est l'esprit du monde, ce que la mère demande pour ses enfants, les enfants de Zébédée (cfr Mt 20,20-21). Jésus parle de l'humiliation, qui est son propre destin, et là, ils lui demandent l'apparence, le pouvoir. La vanité, l'esprit du monde est précisément la voie que le diable propose pour s'éloigner de la Croix du Christ. L'épanouissement personnel, le carriérisme, la réussite mondaine : ce sont tous des chemins non chrétiens, ce sont tous des chemins pour couvrir la Croix de Jésus.
Que le Seigneur nous donne la grâce de savoir discerner quand il y a l'esprit qui veut nous détruire avec fureur, et quand ce même esprit veut nous consoler avec les apparences du monde, avec la vanité. Mais n'oublions pas : quand il y a de la fureur, il y a de la haine, la vengeance du diable vaincu. Il en est ainsi jusqu'à aujourd'hui, dans l'Église. Pensons à tant de chrétiens, combien ils sont cruellement persécutés. Ces jours-ci, les journaux parlaient d'Asia Bibi : neuf ans de prison, de la souffrance. C'est la fureur du diable. Que le Seigneur nous donne la grâce de discerner le chemin du Seigneur, qui est la Croix, du chemin du monde, qui est la vanité, le paraitre, le maquillage.
CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
"Pour ne pas tomber dans l’indifférence"
Jeudi, 12 mars 2020
Introduction
Nous continuons à prier ensemble, en cette période de pandémie, pour les malades, pour les membres de la famille, pour les parents avec des enfants à la maison ... mais je voudrais surtout vous demander de prier pour les autorités : elles doivent décider et décident souvent de mesures qui ne plaisent pas à la population. Mais c'est pour notre bien. Et bien souvent, l'autorité se sent seule, cela n'arrive pas. Prions pour nos dirigeants qui doivent prendre la décision sur ces mesures : qu'ils se sentent accompagnés par la prière du peuple.
Homélie
Cette histoire de Jésus est très claire ; elle peut aussi sembler être une histoire pour enfants : elle est très simple. Jésus veut indiquer par là non seulement une histoire, mais la possibilité que toute l'humanité vive ainsi, et même que nous vivions tous ainsi.
Deux hommes, l'un satisfait, qui savait bien s'habiller, recherchait peut-être les plus grands couturiers de l'époque pour s'habiller ; il portait des vêtements pourpres et en lin fin. Il s'amusait bien, car chaque jour il s'adonnait à de somptueux banquets. Il était heureux comme ça. Il n'avait pas de soucis, il prenait quelques précautions, peut-être quelques pilules de cholestérol pour les banquets, mais la vie allait bien. Il était tranquille.
Un pauvre homme se tenait à sa porte : Il s'appelait Lazare. Le riche savait que le pauvre était là : il le savait. Mais cela lui semblait naturel : "Je vais bien et c'est ainsi va la vie ... c'est ainsi que va la vie... on s'en sort". Tout au plus, peut-être - l'Evangile ne le dit pas - parfois il lui donnait quelque chose, quelques miettes. Et ainsi s'est écoulée la vie de ces deux-là. Tous deux sont passés par la loi qui nous concerne tous : mourir. Le riche est mort et Lazare est mort. L'Evangile dit que Lazare a été emmené au ciel, à côté d'Abraham... Du riche on a seulement dit qu'il "a été enterré". Point. (cf. v. 22).
Deux choses sont frappantes : le fait que le riche savait qu'il y avait ce pauvre homme et qu'il connaissait son nom, Lazare. Mais cela n'avait pas d'importance, cela semblait naturel. L'homme riche a probablement fait ses affaires, au détriment des pauvres. Il le savait très clairement, il était informé de cette réalité. Et la deuxième chose qui me touche beaucoup est le mot "grand abîme"(v. 26), qu'Abraham dit à l'homme riche. "Un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous." C'est le même abîme qui existait dans la vie entre l'homme riche et Lazare : l'abîme n'a pas commencé là, l'abîme a commencé ici.
J'ai pensé à ce qu'était le drame de cet homme : le drame d'être très, très informé, mais avec le cœur fermé. Les informations de cet homme riche n'atteignaient pas le cœur, il ne savait pas s’émouvoir, il ne pouvait pas être ému face au drame des autres. Il ne pouvait pas non plus appeler un des garçons qui servaient à table et lui dire "mais, apporte-lui ceci, à cet autre..." le drame de l'information qui ne descend pas au cœur. Même nous, cela nous arrive. Nous savons tous, parce que nous l'avons entendu aux nouvelles ou vu dans les journaux, combien d'enfants souffrent de la faim dans le monde aujourd'hui ; combien d'enfants n'ont pas les médicaments nécessaires ; combien d'enfants ne peuvent pas aller à l'école. Il y a des continents qui vivent avec ce drame : nous savons. Eh, pauvres... et nous continuons. Cette information ne va pas jusqu'au cœur, et beaucoup d'entre nous, beaucoup de groupes d'hommes et de femmes vivent dans cet écart entre ce qu'ils pensent, ce qu'ils savent et ce qu'ils ressentent : le cœur est séparé de l'esprit. Ils sont indifférents. Tout comme l'homme riche était indifférent à la douleur de Lazare. C’est l'abîme de l'indifférence.
À Lampedusa, quand j'y suis allé pour la première fois, ce mot m'est venu : "la mondialisation de l'indifférence". Peut-être que nous sommes inquiets aujourd'hui, ici, à Rome, parce que "il semble que les magasins soient fermés, je dois aller acheter ça, et il semble que je ne peux pas me promener tous les jours, et il semble que..." : nous sommes préoccupés pour nos affaires. Et nous oublions les enfants affamés, nous oublions ces pauvres gens aux frontières des pays, qui cherchent la liberté, ces migrants forcés qui fuient la faim et la guerre et qui ne trouvent qu'un mur, un mur de fer, un mur de barbelés, mais un mur qui ne les laisse pas passer. Nous savons que cela existe, mais ça ne va pas jusqu’au cœur ... Nous vivons dans l'indifférence : l'indifférence est ce drame d'être bien informé mais de ne pas sentir la réalité des autres. C'est cela l'abîme : l'abîme de l'indifférence.
Et puis il y a une autre chose qui frappe. Ici, nous connaissons le nom des pauvres : nous le connaissons: Lazare. Même l'homme riche le savait, car lorsqu'il était aux enfers, il a demandé à Abraham d'envoyer Lazare : là, il l'a reconnu. "Mais, envoyez-le-moi !" (Cf. v. 24). Mais nous ne connaissons pas le nom de l'homme riche. L'Evangile ne nous dit pas quel était le nom de ce monsieur. Il n'avait pas de nom. Il avait perdu son nom. Il avait seulement, les adjectifs de sa vie. Riche, puissant... beaucoup d'adjectifs.
C'est ce que fait l'égoïsme en nous : il nous fait perdre notre véritable identité, notre nom, et nous amène à valoriser seulement les adjectifs. La mondanité nous y aide. Nous sommes tombés dans la culture des adjectifs où ta valeur est ce que tu possèdes, ce que tu peux... Mais pas "quel est ton nom" : tu as perdu ton nom. L'indifférence conduit à cela. Perdre le nom. Nous sommes seulement « les riches », nous sommes ceci, nous sommes cet autre. Nous sommes les adjectifs.
Demandons aujourd'hui au Seigneur la grâce de ne pas tomber dans l'indifférence, la grâce que toutes les informations que nous avons sur les douleurs humaines descendent dans nos cœurs et nous poussent à faire quelque chose pour les autres.
CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
"N’oublions pas la gratuité de la révélation"
Vendredi 13 mars 2020
Introduction à la Messe
Ces jours-ci, nous nous unissons aux malades, aux familles, qui souffrent de cette pandémie. Et je voudrais aussi prier aujourd'hui pour les pasteurs qui doivent accompagner le peuple de Dieu dans cette crise : que le Seigneur leur donne la force et aussi la capacité de choisir les meilleurs moyens d'aider. Les mesures drastiques ne sont pas toujours bonnes. C'est pourquoi nous prions pour que l'Esprit-Saint donne aux bergers la capacité et le discernement pastorale afin qu’ils prévoient des mesures qui ne laisseront pas le fidèle peuple de Dieu seul. Que le peuple de Dieu se sente accompagné par les pasteurs et par le réconfort de la Parole de Dieu, des sacrements et de la prière.
Homélie
Les deux lectures sont une prophétie de la Passion du Seigneur. Joseph a vendu comme esclave pour 20 sicles d'argent, livré aux païens (Gn 37,3-4.12-13.17-28). Et la parabole de Jésus, qui parle clairement et symboliquement de la mise à mort du Fils (Mt 21,33-43.45-46). L'histoire d'un homme qui possédait une terre, « y planta une vigne - le soin avec lequel il l'avait fait -, l'entoura d'une clôture, y creusa un trou pour le pressoir et construit une tour - il l'avait bien fait - puis il la loua à des vignerons et partit en voyage » (v.33). C'est le peuple de Dieu. Le Seigneur a choisi ces gens, il s’agit d’une élection de ces gens. C’est le peuple de l’élection. Il y a aussi une promesse : « Continuez. Vous êtes mon peuple », une promesse faite à Abraham. Et il y a aussi une alliance conclue avec le peuple au Sinaï. Le peuple doit toujours garder en mémoire l'élection, qu’il est un peuple élu, la promesse pour envisager l'avenir avec espérance et l’alliance pour vivre la fidélité au quotidien.
Mais dans cette parabole, il se trouve que lorsqu’arrive le moment de récolter les fruits, ces gens avaient oublié qu'ils n'étaient pas les maîtres : "Les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l'un, tuèrent l’autre, lapidèrent un autre. Puis il envoya d'autres serviteurs, plus nombreux, mais ils les traitèrent de la même manière » (v. 35-36). Il est certain que Jésus montre ici - il parle aux docteurs de la loi - comment les docteurs de la loi ont traité les prophètes. « Finalement, il leur envoya son propre fils - pensant qu'ils auraient du respect pour son fils -. « Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : « Voici l'héritier. Allons, tuons-le et nous aurons son héritage ! ». Ils ont volé l'héritage, qui en était un autre. Une histoire d'infidélité, d'infidélité à l'élection, d'infidélité à la promesse, d'infidélité à l’alliance, qui est un don. L'élection, la promesse et l'alliance sont un don de Dieu. Infidélité envers le don de Dieu. Ne pas comprendre qu'il s'agissait d'un don et le prendre comme possession. Ces personnes se sont appropriées du don et lui ont retiré cet être-don pour le transformer en "ma" propriété. Et le don qui est richesse, ouverture, bénédiction, a été enfermé, bloqué dans une doctrine de lois. Tant de lois. Ce don a été idéologisé. Le don a donc perdu sa nature de don, il a fini par se transformer en idéologie. Il s'agit surtout d'une idéologie moralisatrice pleine de préceptes, même ridicule parce qu'elle fait de la casuistique pour tout. Ils se sont approprié du don.
Voilà le grand péché. C'est le péché d'oublier que Dieu s'est fait don pour nous, qu'il s'est fait lui-même don pour nous, que Dieu nous a offert cela comme don et, en oubliant cela, se transformer en maîtres. Et la promesse n'est plus promesse, l'élection n'est plus élection, l'alliance doit être interprétée selon « mon » opinion, idéologisée.
Ici, dans cette attitude, je vois peut-être le début, dans l'Évangile, du cléricalisme, qui est une perversion, qui renie toujours l’élection gratuite de Dieu, l’alliance gratuite de Dieu, la promesse gratuite de Dieu. Il oublie la gratuité de la révélation, il oublie que Dieu s'est manifesté comme un don, qu'il s'est fait don pour nous et que nous devons le donner, le faire voir aux autres comme un don et non comme notre possession. Le cléricalisme n'est pas seulement une chose d'aujourd'hui, la rigidité n'est pas une chose d'aujourd'hui, cela existait déjà au temps de Jésus. Puis Jésus continuera l’explication des paraboles - c'est le chapitre 21 -, il passera au chapitre 23 avec la condamnation, où l’on voit la colère de Dieu contre ceux qui prennent le don comme une propriété et réduisent sa richesse aux caprices idéologiques de leur esprit.
Demandons aujourd'hui au Seigneur la grâce de recevoir le don comme un don et de le transmettre comme un don et non comme une propriété, non d'une manière sectaire, d'une manière rigide, d'une manière « cléricalisé ».
CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
"Vivre chez soi mais sans se sentir chez soi"
Samedi, 14 mars 2020
Introduction
Nous continuons à prier pour les personnes malades dans cette pandémie. Aujourd’hui, je voudrais demander une prière spéciale pour les familles, familles qui, du jour au lendemain, se retrouvent avec leurs enfants à la maison parce que les écoles sont fermées pour des raisons de sécurité et doivent gérer une situation difficile et la gérer correctement, dans la paix et aussi dans la joie. D’une manière particulière, je pense aux familles avec des personnes handicapées. Les centres d’accueil de jour pour les personnes handicapées sont fermés et la personne reste en famille. Prions pour les familles qu’elles ne perdent pas la paix en ce moment et qu’elles puissent s’occuper de toute la famille avec courage et joie.
Homélie Vivre chez soi mais sans se sentir chez soi
Nous avons souvent entendu ce passage de l’Évangile (cf. Lc 15,1-3.11-32). Cette parabole que Jésus dit dans un contexte particulier : « Tous les publicains et pécheurs venaient à lui pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient : « Il accueille les pécheurs et mange avec eux » (vv. 1-2). Et Jésus leur répondit avec cette parabole.
Que disent-ils ? Les gens, les pécheurs s’approchent en silence, ils ne savent pas quoi dire, mais leur présence dit beaucoup de choses, ils voulaient écouter. Que disent-ils les docteurs de la loi ? Ils Critiquent. « Ils récriminaient », dit l’Évangile, essayant de détruire l’autorité que Jésus avait avec les gens. C’est la grande accusation: « Il mange avec les pécheurs, il est un impur ». Alors la parabole est un peu l’explication de ce drame, de ce problème. Qu’est-ce que ceux-ci perçoivent? Les gens ressentent le besoin de salut. Les gens ne savent pas bien distinguer, intellectuellement : « J’ai besoin de trouver mon Seigneur, qui me comble », il a besoin d’un guide, d’un pasteur. Et les gens viennent à Jésus parce qu’ils voient en lui un pasteur, ils ont besoin d’être aidés à cheminer dans la vie. Ils ressentent ce besoin. Les autres, les docteurs ont un sentiment de suffisance: « Nous avons fréquenté l’université, j’ai fait un doctorat, non, deux doctorats. Je sais bien, eh bien, bien ce que dit la loi; mieux, je connais toutes, toutes les explications, tous les cas, toutes les situations casuistiques ». Et ils ont un sentiment de suffisance et méprisent les gens, ils méprisent les pécheurs: le dédain pour les pécheurs.
Dans la parabole, la même chose, que disent-ils? Le fils dit au Père : « Donnez-moi l’argent et je m’en vais » (v. 12). Le père donne, mais ne dit rien, parce qu’il est un père, peut-être s’était-il souvenu de ce qu’il avait fait comme jeune homme, mais il ne dit rien. Un père sait souffrir en silence. Un père regarde le temps. Laisse passer les mauvais moments. Parfois, l’attitude d’un père est de « faire l’imbécile » face aux travers des enfants. L’autre fils gronde le père : « Tu as été injuste. »
Et que ressentent-ils dans la parabole? Le garçon ressent le désir de « jouir du monde », d’aller outre, de quitter la maison, peut-être le vit - il comme une prison. Et il a aussi cette présomption pour dire à son père, « Donne-moi ce qui me revient ». Il ressent du courage, de la force. Que ressent le père? Le père ressent de la douleur, de la tendresse et beaucoup d’amour. Puis, quand le fils dit ces paroles : « Je me lèverai - quand il revient à lui-même - je me lèverai et j’irai vers mon père » (v. 18), il trouve le père qui l’attend, il le voit de loin (v. 20). Un père qui sait attendre le temps de ses enfants. Que ressent le fils aîné ? L’Evangile dit : « Il s’est indigné » (v. 28), il a ressenti ce mépris. Et parfois l’indignation, c’est la seule façon de se sentir digne pour ces gens.
Ce sont les choses exprimées dans ce passage de l’Évangile, et les choses que l’on ressent.
Mais quel est le problème ? Le problème - commençons par le fils aîné - le problème est qu’il était à la maison, mais il n’a jamais réalisé ce que cela signifiait de vivre à la maison: il accomplissait ses devoirs, il faisait son travail, mais il ne comprenait pas ce qu’était une relation d’amour avec son père. Ce fils « s’est indigné et ne voulait pas entrer » (v. 28). « Mais ceci n’est pas ma maison ? »" avait-il pensé. Comme les docteurs de la loi. « Ce n’est pas juste, ce pécheur est venu ici et ils lui ont offert la fête, et moi? ». Le père dit une parole claire : « mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi » (voir 31). Et de cela, le fils ne s’était jamais rendu compte, il vivait à la maison comme s’il s’agissait d’un hôtel, sans ressentir cette paternité... Il y a tant d’hôteliers dans la maison de l’Église qui se croient les maîtres ! C’est intéressant : le père ne dit pas de paroles à son fils qui revient du péché, il l’embrasse seulement, il l’embrasse et lui célèbre une fête (cf. v. 20); à cela, au contraire, [l’aîné] doit de l’expliquer, pour entrer dans son cœur: il avait un cœur « blindé » par ses conceptions de la paternité, de la filiation, de la manière de vivre.
Je me souviens des paroles sages d’un prêtre âgé - un grand confesseur, un missionnaire, un homme qui aimait tant l’Église – à l’égard d’un jeune prêtre qui était très sûr de lui, très croyant, qui pensait de mériter, d’avoir des droits dans l’Église, il disait: « Je prie pour ceci, que le Seigneur lui mette une peau de banane et le laisse glisser, cela lui fera du bien ». Comme s’il disait - cela semble un blasphème - "Ça lui fera du bien de pécher parce qu’il aura besoin de demander pardon et il trouvera le Père ».
Cette parabole du Seigneur nous dit tant de choses en réponse à ceux qui lui reprochaient d’aller avec les pécheurs. Mais aujourd’hui encore, beaucoup critiquent les gens de l'Église, ceux qui s'adressent aux personnes dans le besoin, aux gens humbles, aux gens qui travaillent, même ceux qui travaillent pour nous.
Que le Seigneur nous donne la grâce de comprendre quel est le problème. Le problème est de vivre chez soi mais de ne pas se sentir chez soi, car il n'y a pas de relation de paternité, de fraternité, seulement une relation entre collègues de travail.
CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
"S’adresser au Seigneur avec notre vérité"
Dimanche 15 mars 2020
Introduction
En ce dimanche de carême, prions ensemble pour les personnes malades, pour ceux qui souffrent. Et aujourd'hui, je voudrais avec vous tous adresser une prière spéciale pour les personnes qui, par leur travail, garantissent le fonctionnement de la société: les employés des pharmacies, des supermarchés, des transports, les policiers. Prions pour tous ceux qui travaillent afin que la vie sociale, la vie de la ville, puisse continuer en ce moment.
Homélie
L'Évangile (Jn 4,5-42) porte à notre connaissance un dialogue, un dialogue historique – non pas une parabole, c’est arrivé - une conversation qui a eu lieu entre Jésus et une femme, avec une pécheresse.
C'est la première fois dans l'Évangile que Jésus déclare son identité. Et il la déclare à une pécheresse qui a eu le courage de lui dire la vérité : Ceux que j’ai eus n’ont pas étés mes maris (Cf. vv. 16-18). Et puis, avec la même sincérité, elle est allée annoncer Jésus: « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ? » (cfr v. 29). Elle ne l’a pas fait usant d’arguments théologiques - comme elle le voulait peut-être dans le dialogue avec Jésus: « Sur cette montagne, l'autre montagne » (cf. v. 20) - elle est allée l’annoncer avec sa vérité. Et sa vérité est ce qui la sanctifie, la justifie, c'est ce que le Seigneur utilise, sa vérité. Pour annoncer l'Évangile on ne peut être disciple de Jésus sans sa propre vérité, sans ce que nous sommes. On ne peut pas être disciple de Jésus uniquement avec les argumentations: “Sur cette montagne, sur cette autre”. Cette femme a eu le courage de dialoguer avec Jésus - parce que ces deux peuples ne dialoguaient pas entre eux (cf. v. 9). - Elle a eu le courage de s'intéresser à la proposition de Jésus, à cette eau, car elle savait qu'il avait soif. Elle a eu le courage de confesser ses faiblesses, ses péchés. En effet, elle a eu le courage d'utiliser sa propre histoire comme garantie qu'il était un prophète. “Il m'a dit tout ce que j'ai fait” (v. 29).
Le Seigneur veut toujours un dialogue transparent, sans dissimulation, sans double intention: “Je suis comme ça”. Et ainsi je parle au Seigneur, tel que je suis, avec ma vérité. Et ainsi, de ma vérité, par la puissance du Saint-Esprit, je trouve la vérité: que le Seigneur est le Sauveur, Celui qui est venu pour me sauver et pour nous sauver.
Ce dialogue transparent entre Jésus et la femme se termine par cette confession de la réalité messianique de Jésus et par la conversion de ce peuple, [de Samarie], avec ce « champ » que le Seigneur voit blondir, qui venait à lui parce que c'était le temps de la moisson (cf. v. 35).
Que le Seigneur nous donne la grâce de prier toujours avec la vérité, de nous tourner vers le Seigneur avec ma vérité, non avec la vérité des autres, non avec des vérités distillées en argumentations : « c’est vrai, j’ai eu 5 maris, ceci est ma vérité » (cf. vv. 17-18).
CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
"Dieu agit toujours dans la simplicité"
Lundi 16 mars 2020
Introduction à la Messe
Nous continuons à prier pour les malades. Je pense aux familles, enfermées, les enfants ne vont pas à l'école, peut-être que les parents ne peuvent pas sortir, certains seront en quarantaine. Que le Seigneur les aide à découvrir de nouvelles façons, de nouvelles expressions d'amour, de vivre ensemble dans cette nouvelle situation. C'est une belle occasion de redécouvrir une véritable affection avec la créativité dans la famille. Prions pour la famille, afin que les relations dans la famille dans ces moments soient toujours florissantes pour le bien.
Homélie
Dans les deux textes que la liturgie nous fait méditer aujourd'hui, il y a une attitude qui attire l'attention, une attitude humaine, mais pas une attitude de bon esprit : l'indignation. Ces gens de Nazareth ont commencé à écouter Jésus, ils aimaient sa façon de parler, mais ensuite quelqu'un a dit : "Mais celui-ci, à quelle université a-t-il étudié ? C’est le fils de Marie et Joseph, celui-ci était charpentier ! Que vient-il nous dire ?" Et les gens étaient indignés. Ils entrent dans cette indignation (cf. Lc 4,28). Et cette colère les mène à la violence. Et ce Jésus qu'ils admiraient au début de la prédication est expulsé, pour le faire précipiter de la montagne (cf. v. 29).
Naaman aussi, ce Naaman était aussi un homme bon, ouvert à la foi -, mais lorsque le prophète lui envoya dire de se baigner sept fois dans le Jourdain, il entre en colère. Mais comment ? "Voici, je me disais, il va sortir et se tenir debout pour invoquer le nom du Seigneur son Dieu ; il agitera la main à l’endroit malade, et guérira ma lèpre. Probablement l'Abana et le Parpar, fleuves de Damas, ne sont-ils pas meilleurs que toutes les eaux d'Israël ? Ne pourrais-je pas m'y baigner et me purifier ? Il tourna bride et partit en colère « (2R 5,11-12). Avec indignation.
A Nazareth aussi, il y avait des gens bien ; mais que se cache-t-il derrière ces gens bien et qui les porte à cette attitude d'indignation ? Et à Nazareth, pire encore : la violence. Les gens de la synagogue de Nazareth tout comme Naaman pensaient que Dieu se manifestait seulement dans l'extraordinaire, dans des choses hors du commun ; que Dieu ne pouvait pas agir dans les choses ordinaires de la vie, dans la simplicité. Ils méprisaient les simples. Ils s’indignaient, dépréciaient les choses simples. Et notre Dieu nous fait comprendre que Lui agit toujours dans la simplicité : dans la simplicité, dans la maison de Nazareth, dans la simplicité du travail quotidien, dans la simplicité de la prière... Les choses simples. Au contraire, l'esprit du monde nous conduit vers la vanité, vers les apparences …
Et tous deux finissent dans la violence : Naaman était très poli, mais il claque la porte au visage du prophète et s'en va. La violence, un acte de violence. Les gens de la synagogue commencent à s’échauffer, à s'énerver, et prennent la décision de tuer Jésus, mais inconsciemment, et ils l'ont jeté dehors pour le jeter à terre. L'indignation est une vilaine tentation qui conduit à la violence.
On m'a montré, il y a quelques jours, sur un téléphone portable, un film de la porte d'un bâtiment qui était en quarantaine. Il y avait une personne, un jeune homme, qui voulait sortir. Et le garde lui a dit qu'il ne pouvait pas. Et il l'a frappé, avec mépris, avec dédain : "Qui es-tu, 'nègre', pour m'empêcher de m’en aller ? Le mépris est l'attitude des orgueilleux, mais des orgueilleux avec une affreuse pauvreté d'esprit, des orgueilleux qui vivent seulement avec l'illusion d'être plus que ce qu'ils sont. C'est une ‘caste’ spirituelle, des gens qui s’indignent : mieux, ces gens ont souvent besoin de s’irriter, de s’indigner pour se sentir quelqu’un.
Cela peut aussi nous arriver : "le scandale pharisien", comme l'appellent les théologiens, me scandaliser sur des choses qui sont la simplicité de Dieu, la simplicité des pauvres, la simplicité des chrétiens, comme pour dire : "Mais ce n'est pas Dieu. Non, non. Notre Dieu est plus cultivé, plus sage, plus important. Dieu ne peut pas agir dans cette simplicité". Et toujours, l'indignation te conduit à la violence ; à la fois la violence physique et la violence des commérages, qui tue comme la violence physique.
Pensons à ces deux passages : l'indignation des gens dans la synagogue de Nazareth et l'indignation de Naaman, parce qu'ils n'ont pas compris la simplicité de notre Dieu.