CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
" Le christianisme est appartenance à un peuple "
Jeudi, 7 mai 2020
Introduction
Hier, j'ai reçu une lettre d'un groupe d'artistes: ils remerciaient pour la prière que nous avons faite pour eux. Je voudrais demander au Seigneur de les bénir, parce que les artistes nous font comprendre ce qu'est la beauté et sans le beau, on ne peut pas comprendre l'Evangile. Prions une nouvelle fois pour les artistes.
Homélie
Quand Paul est invité à prier à la synagogue d'Antioche [en Pisidie] pour expliquer cette nouvelle doctrine, c'est-à-dire pour expliquer Jésus, proclamer Jésus, Paul commence en parlant de l'histoire du salut (cf. Ac 13, 13-21). Paul se leva et commença : «Le Dieu de ce peuple, le Dieu d'Israël élut nos pères et fit grandir ce peuple durant son exil en terre d'Egypte» (v. 17)… et [il raconta] tout le salut, l'histoire du salut. Etienne fit la même chose avant le martyre (cf. Ac 7,1-54) et Paul aussi, une autre fois.
L'auteur de la lettre aux Hébreux fait la même chose quand il raconte l'histoire d'Abraham et de «tous nos pères» (cf. He 11,1-39). Nous avons chanté la même chose aujourd'hui: «L'amour de Yahvé à jamais je le chante, d'âge en âge ma parole annonce ta fidélité» (Ps 88, 2). Nous avons chanté l'histoire de David: «J'ai trouvé David, mon serviteur» (v. 21). Matthieu (cf. Mt 1,1-14) et Luc (cf. Lc 3,23-38) font la même chose: quand ils commencent à parler de Jésus, ils reprennent la généalogie de Jésus.
Qu'y a-t-il derrière Jésus? Il y a une histoire. Une histoire de grâce, une histoire d'élection, une histoire de promesse. Le Seigneur a choisi Abraham et il est allé avec son peuple. Au début de la Messe, dans le chant du début, nous avons dit: «Quand tu avançais, Seigneur, devant ton peuple et ouvrait le chemin et marchait aux côtés de ton peuple, près de ton peuple”. Il y a une histoire de Dieu avec son peuple. C'est pour cela que lorsqu'on demande à Paul d'expliquer le pourquoi de la foi en Jésus Christ, il ne commence pas par Jésus Christ: il commence par l'histoire. Le christianisme est une doctrine, oui, mais pas seulement. Ce ne sont pas seulement les choses que nous croyons, c'est une histoire qui apporte cette doctrine qui est la promesse de Dieu, l’alliance de Dieu, être élus par Dieu.
Le christianisme n'est pas seulement une éthique. Oui, c'est vrai, il a des principes moraux, mais on n'est pas chrétien seulement avec une vision éthique. Il est davantage. Le christianisme n'est pas « une élite » de personnes choisies pour la vérité. Ce sentiment élitiste qui ensuite progresse dans l'Eglise, non ? Par exemple, j'appartiens à cette institution, j'appartiens à ce mouvement qui est mieux que le tien, à celui-ci, à celui-là... C'est un sentiment élitiste. Non, le christianisme n'est pas cela: le christianisme est appartenance à un peuple, à un peuple choisi par Dieu gratuitement. Si nous n'avions pas cette conscience d'appartenance à un peuple, nous serions des «chrétiens idéologiques », avec une petite doctrine d'affirmation de la vérité, avec une éthique, avec une morale – ce qui est bien – ou une élite. Nous nous sentons appartenir à un groupe choisi par Dieu – les chrétiens – les autres iront en enfer ou s'ils se sauvent c'est par la miséricorde de Dieu, mais ce sont les exclus… Et ainsi de suite. Si nous n'avons pas la conscience d'une appartenance à un peuple, nous ne sommes pas de vrais chrétiens.
C'est pourquoi Paul explique Jésus depuis le début, depuis l'appartenance à un peuple. Et très souvent, très souvent, nous tombons dans ces partialités, qu'elles soient dogmatiques, morales ou élitistes. Le sentiment de l'élite est ce qui nous fait beaucoup de mal et nous perdons ce sens d'appartenance au saint peuple fidèle de Dieu, que Dieu a élu en Abraham et a promis, la grande promesse, Jésus, et il l'a fait aller dans l'espérance et a passé une alliance avec lui. La conscience d'une peuple.
Je suis toujours frappé par ce passage du Deutéronome, je crois que c'est au chapitre 26, quand il dit: «Une fois par an, quand tu iras présenter les offrandes au Seigneur, les prémices, et quand ton fils te demandera: ‘Mais papa pourquoi fais-tu cela?’, tu ne dois pas lui dire: ‘Parce que Dieu l'a commandé’, non: ‘Nous étions un peuple, nous étions ainsi et le Seigneur nous a libérés…’” (cf. Dt 26,1-11). Raconter l'histoire, comme l'a fait Paul ici. Transmettre l'histoire de notre salut. Lorsque le Seigneur, dans le même Deutéronome, conseille: «Quand tu arriveras dans la terre que tu n'as pas conquise, que moi j'ai conquise, et que tu mangeras des fruits que tu n'as pas plantés et habiteras les maisons que tu n'as pas construites, au moment de donner l'offrande » (cf. Dt 26,1), le célèbre credo deutéronomique dit : «Mon père était un araméen errant qui descendit en Egypte» (Dt 26, 5)... « Il resta là pendant 400 ans, ensuite le Seigneur le libéra, le fit avancer... ». Il chante l'histoire, la mémoire d'un peuple, d'être un peuple.
Et dans cette histoire du peuple de Dieu, jusqu'à arriver à Jésus Christ, il y a eu des saints, des pécheurs et tant de personnes communes, bonnes, avec des vertus et des péchés, toutes. La célèbre «foule » qui suivait Jésus, qui avait le flair d'appartenance à un peuple. Un soi-disant chrétien qui n'a pas ce flair n'est pas un vrai chrétien; il est un peu particulier et il se sent un peu justifié sans le peuple. Appartenance à un peuple, avoir mémoire du peuple de Dieu. C'est ce qu'enseignent Paul, Etienne, une autre fois Paul, les apôtres… C'est le conseil de l'auteur de la Lettre aux Hébreux: «Rappelez-vous vos ancêtres” (cf. He 11, 2), c'est-à-dire ceux qui nous ont précédés sur ce chemin de salut.
Si quelqu'un me demandait : «Quelle est pour vous la déviation qui menace les chrétiens aujourd'hui et toujours? Quelle serait pour vous la déviation la plus dangereuse pour les chrétiens? », je dirais sans aucun doute: le manque de mémoire d'appartenance à un peuple. Quand celui-ci manque, apparaissent les dogmatismes, les moralismes, les éthicismes, les mouvements élitistes. Le peuple manque. Un peuple pécheur, nous le sommes tous, mais qui ne se trompe pas en général, qui a le flair d'être un peuple élu, qui marche à la suite d'une promesse et qui a fait une alliance qu'il n'accomplit peut-être pas, mais il sait.
Demander au Seigneur cette conscience de peuple, que la Vierge Marie a chanté d'une belle manière dans son Magnificat (cf. Lc 1, 46-56), que Zacharie a chanté d'une manière aussi belle dans son Benedictus (cfr vv.67-79), des chants que nous récitons tous les jours, matin et soir. La conscience d'un peuple: nous sommes le saint peuple fidèle de Dieu qui, comme le dit Vatican I, puis Vatican II, dans sa totalité a le flair de la foi et est infaillible dans cette manière de croire.
Prière pour la communion spirituelle
Les personnes qui ne peuvent pas communier font à présent la communion spirituelle:
A Tes pieds, ô mon Jésus, je me prosterne et je T'offre le repentir de mon cœur contrit qui demeure dans son néant et en Ta sainte présence. Je t'adore dans le Sacrement de Ton amour, l'ineffable Eucharistie. Je désire te recevoir dans la pauvre demeure que mon cœur t'offre. Dans l'attente du bonheur de la communion sacramentelle, je veux te posséder en esprit. Viens à moi, ô mon Jésus, que je vienne à Toi. Que Ton amour enflamme tout mon être, pour la vie et pour la mort. Je crois en toi, j'espère en toi, je t'aime. Ainsi soit-il.
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HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
" Sa consolation est proche, véritable et ouvre les portes de l'espérance "
Vendredi, 8 mai 2020
Introduction
On célèbre aujourd'hui la Journée mondiale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Prions pour les personnes qui travaillent pour ces institutions dignes d'éloges: que le Seigneur bénisse leur travail qui fait tant de bien.
Homélie
Cette conversation de Jésus avec les disciples se passe à table, encore une fois, lors de la Cène (cf. Jn 14, 1-6). Jésus est triste et tous sont tristes: Jésus a dit qu'il aurait été trahi par l'un d'eux (cf. Jn 13, 21) et tous perçoivent que quelque chose d'horrible serait arrivé. Jésus commence à consoler les siens: parce que l'un des devoirs, "des tâches" du Seigneur est de consoler. Le Seigneur console ses disciples et nous voyons ici quelle est la manière de consoler de Jésus. Nous avons tant de manières de consoler, des plus authentiques, des plus proches aux plus formelles, comme ces télégrammes de condoléances: "Profondément attristé par…". Cela ne console personne, c'est faux, c'est de la consolation formelle. Mais comment le Seigneur console-t-il? Il est important de le savoir, car nous aussi, quand dans notre vie nous devrons passer des moments de tristesse, nous devons apprendre à percevoir quelle est la vraie consolation du Seigneur.
Et dans ce passage de l'Evangile, nous voyons que le Seigneur console toujours de près, dans la vérité et dans l'espérance. Ce sont les trois traces de la consolation du Seigneur.
Dans la proximité, jamais éloigné: je suis là. Cette belle parole: "Je suis là". "Je suis là, ici, avec vous". Et très souvent en silence. Mais nous savons qu'Il est là. Il est toujours là. Cette proximité qui est le style de Dieu, également dans l'Incarnation, se faire proche de nous. Le Seigneur console a proximité. Et il n'utilise pas de paroles vides, au contraire: il préfère le silence. La force de la proximité, de la présence. Il parle peu mais il est proche.
Une deuxième trace de la proximité de Jésus, de la manière de consoler de Jésus, est la vérité: Jésus dit la vérité. Il ne dit pas des choses formelles qui sont des mensonges: "Non, sois tranquille, tout passera, il n'arrivera rien, ça passera, les choses passent…". Non. Il dit la vérité. Il ne cache pas la vérité. Car lui-même, dans ce passage, dit: "Je suis la vérité" (cf. Jn 14, 6). Et la vérité est: "Je m'en vais", c'est-à-dire: "Je mourrai" (cf. vv. 2-3). Nous sommes devant la mort. C'est la vérité. Et il le dit simplement et également avec douceur, sans blesser: nous sommes devant la mort. Il ne cache pas la vérité.
C'est la troisième trace: Jésus console dans l'espérance. Oui, c'est un mauvais moment. Mais «Que votre cœur cesse de se troubler. (…) Croyez aussi en moi» (v. 1). Je vous dis une chose, ainsi parle Jésus : «Il y a beaucoup de demeures dans la maison du père. (…) Je vais vous préparer une place» (v. 2). Il va le premier ouvrir les portes, les portes de ce lieu à travers lesquelles nous passerons tous, comme je l'espère: «Je reviendrai vous prendre avec moi, afin que, là où je suis, vous soyez, vous aussi» (v. 3). Le Seigneur revient chaque fois que l'un d'entre nous est en chemin pour s'en aller de ce monde. "Je reviendrai et je vous prendrai": l'espérance. Il reviendra et nous prendra par la main et nous conduira. Il ne dit pas: "Non, vous ne souffrirez pas: ce n'est rien…". Non. Il dit la vérité: "Je suis proche de vous, c'est la vérité: c'est un mauvais moment, de danger, de mort. Mais que votre cœur ne se trouble pas, restez dans cette paix, cette paix qui est à la base de toute consolation, parce que je reviendrai et je vous conduirai par la main là où je serai".
Il n'est pas facile de sa laisser consoler par le Seigneur. Très souvent, dans les mauvais moments, nous nous mettons en colère avec le Seigneur et nous ne Le laissons pas venir et nous parler ainsi, avec cette douceur, avec cette vérité et avec cette espérance.
Demandons la grâce d'apprendre à nous laisser consoler par le Seigneur. La consolation du Seigneur est véritable, elle ne trompe pas. Ce n'est pas une anesthésie, non. Mais elle est proche, elle est véritable et nous ouvre les portes de l'espérance.
Prière pour la communion spirituelle
Les personnes qui ne peuvent pas communier font à présent la communion spirituelle:
Je crois, mon Jésus, que tu es réellement présent dans le Très Saint Sacrement de l’autel. Je t’aime par-dessus toute chose et je désire ardemment te recevoir dans mon âme. Puisque je suis incapable de Te recevoir de façon sacramentelle, entre au moins spirituellement dans mon cœur. Je T’embrasse comme si Tu y étais déjà et je m’unis entièrement à Toi. Ne permets jamais que je sois séparé de Toi. Ainsi soit-il.
Le Pape François a terminé la célébration en adressant ses vœux à Silvia, employée à la réception de la Domus Sanctae Marthae, à l'occasion de son anniversaire.
CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
" L'Esprit Saint fait l'harmonie de l'Eglise, et le mauvais esprit détruit "
Samedi, 9 mai 2020
Introduction
C'est aujourd'hui la commémoration de sainte Louise de Marillac [dont la mémoire liturgique est célébrée le 15 mars, mais ce jour tombant pendant le carême, elle a été déplacée à aujourd'hui]. Prions pour les sœurs vincentiennes qui animent ce dispensaire, cet « hôpital » depuis presque 100 ans [il s'agit du Dispensaire pédiatrique Sainte-Marthe dirigé par les sœurs de la Congrégation des Filles de la Charité] et qui travaillent ici, à Sainte-Marthe, pour cet « hôpital ». Que le Seigneur bénisse les sœurs.
Homélie
Nous avons récité dans le Psaume: «Chantez à Yahvé un chant nouveau, car il a fait des merveilles, le salut lui vint de sa droite, de son bras de sainteté. Yahvé a fait connaître son salut, aux yeux des païens révélé sa justice» (Ps 97, 1-2). C'est vrai. Le Seigneur a accompli des merveilles. Mais que de difficultés ! Que de difficultés pour les communautés chrétiennes pour faire aller de l'avant ces merveilles du Seigneur !
Nous avons entendu la joie dans le passage des Actes des apôtres (cf. 13, 44-52): toute la ville d'Antioche se rassembla pour écouter la Parole du Seigneur, parce que Paul, les apôtres, prêchaient avec force, et l'Esprit les aidait. Mais «à la vue de cette foule, les juifs furent remplis de jalousie et ils répliquaient par des blasphèmes aux paroles de Paul» ( v. 45). D'un côté, il y a le Seigneur, il y a l'Esprit Saint qui fait grandir l'Eglise, et elle grandit toujours plus, c'est vrai. Mais de l'autre côté, il y a le mauvais esprit qui cherche à détruire l'Eglise. Il en est toujours ainsi. Toujours ainsi. On va de l'avant, mais ensuite l'ennemi vient en cherchant à détruire. Le bilan est toujours positif à la longue, mais que de difficultés, que de douleur, que de martyre!
Cela s'est passé là, à Antioche, et se passe partout dans le livre des Actes des apôtres. Pensons par exemple à Lystre, quand ils sont arrivés et ont guéri [un paralytique] et que tous croyaient qu'ils étaient des dieux et voulaient faire des sacrifices, et que tout le peuple était avec eux (cf. Ac 14, 8-18). Ensuite les autres sont venus et les ont convaincus qu'il n'en était pas ainsi. Et comment finit Paul et son compagnon? Lapidés (cf. Ac 14, 19). Toujours cette lutte. Pensons au magicien Elimas, à sa façon de faire pour que l'Evangile n'arrive pas au consul (cf. Ac 13, 6-12). Pensons aux maîtres de cette jeune fille qui faisait la devineresse: ils exploitaient bien la jeune fille, parce qu'elle “lisait dans les mains” et recevait de l'argent qui allait dans les poches de ses maîtres. Et quand Paul et les apôtres ont montré que c'était un mensonge, que cela n'allait pas, il y eut immédiatement une révolution contre eux (cf. Ac 16, 16-24). Pensons aux artisans de la déesse Artémis [à Ephèse], dont les affaires périclitaient parce qu'ils ne pouvaient pas vendre des statuettes, parce que le gens n'achetaient plus, car ils s'étaient convertis. Et ainsi de suite. D'un côté, la Parole de Dieu qui convoque, qui fait grandir, de l'autre côté la persécution, et une grosse persécution, parce qu'elle finit en les chassant, en les frappant…
Et quel est l'instrument du diable pour détruire l'annonce évangélique? L’envie. Le Livre de la sagesse le dit clairement: “C'est par l'envie du diable que le péché est entré dans le monde” (cf. Sg 2, 24) – l'envie, la jalousie, ici. Toujours ce sentiment amer, amer. Ces gens voyaient comment on prêchait l'Evangile et se mettaient en colère, la rage rongeait leur foi. Et cette rage les fait avancer: c'est la rage du diable, c'est la rage qui détruit, la rage de ce “crucifie-le! crucifie-le!”, de cette torture de Jésus. Il veut détruire. Toujours. Toujours.
En voyant cette lutte, ce très beau dicton vaut aussi pour nous: “L'Eglise va de l'avant entre les consolations de Dieu et les persécutions du monde” (cf. Saint Augustin, De Civitate Dei, XVIII, 51,2). Il manque quelque chose à une Eglise qui n'a pas de difficultés. Le diable est trop tranquille. Et si le diable est tranquille, les choses ne vont pas. Toujours la difficulté, la tentation, la lutte... La jalousie qui détruit. L'Esprit Saint fait l'harmonie de l'Eglise, et le mauvais esprit détruit. Jusqu'à aujourd'hui. Toujours cette lutte. Un instrument de cette jalousie, de cette envie, sont les pouvoirs temporels. On dit ici que les «juifs montèrent la tête aux dames de condition qui adoraient Dieu» (Ac 13, 50). Ils sont allés voir ces femmes et ont dit: “Ce sont des révolutionnaires, chassez-les. Les femmes ont parlé les unes avec les autres et les ont chassés: ce furent les “femmes pieuses” de la noblesse et aussi les notables de la ville (cf. v. 50). Ils s'adressent au pouvoir temporel; et le pouvoir temporel peut être bon: les personnes peuvent être bonnes, mais le pouvoir comme tel est toujours dangereux. Le pouvoir du monde contre le pouvoir de Dieu anime tout cela; et toujours derrière cela, derrière ce pouvoir, il y a l'argent.
C'est ce qui arrive dans l'Eglise primitive: le travail de l'Esprit pour construire l'Eglise, pour harmoniser l'Eglise, et le travail du mauvais esprit pour la détruire, et le recours aux pouvoirs temporels pour arrêter l'Eglise, détruire l'Eglise, n'est qu'un développement de ce qui arriva le matin de la Résurrection. Les soldats, en voyant ce triomphe, sont allés chez les prêtres et les prêtres ont "acheté" la vérité. Et la vérité a été "passée sous silence" (cf. Mt 28, 11-15). Depuis le premier matin de la Résurrection, le triomphe du Christ, il y a cette trahison, ce fait de "passer sous silence" la parole du Christ, “passer sous silence” le triomphe de la Résurrection avec le pouvoir temporel: les chefs des prêtres et l'argent.
Faisons attention, faisons attention avec la prédication de l'Evangile: de ne jamais placer la confiance dans les pouvoirs temporels et dans l'argent. La confiance des chrétiens est Jésus Christ et l'Esprit Saint qu'il a envoyé! Et l'Esprit Saint est précisément le levain, il est la force qui fait grandir l'Eglise! Oui, l'Eglise va de l'avant, en paix, avec résignation, joyeuse: entre les consolations de Dieu et les persécutions du monde.
Prière pour faire la communion spirituelle
Les personnes qui ne peuvent pas communier font à présent la communion spirituelle:
Je crois, mon Jésus, que tu es réellement présent dans le Très Saint Sacrement de l’autel. Je t’aime par-dessus toute chose et je désire ardemment te recevoir dans mon âme. Puisque je suis incapable de Te recevoir de façon sacramentelle, entre au moins spirituellement dans mon cœur. Je T’embrasse comme si Tu y étais déjà et je m’unis entièrement à Toi. Ne permets jamais que je sois séparé de Toi. Ainsi soit-il.
CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
" Prier, c'est aller avec Jésus au Père qui te donnera tout "
Dimanche, 10 mai 2020
Introduction
Ces deux derniers jours, il y a eu deux commémorations: le 70e anniversaire de la Déclaration de Robert Schuman, qui a marqué le début de l'Union européenne, et également la commémoration de la fin de la guerre. Demandons aujourd'hui au Seigneur pour l'Europe, qu'elle grandisse unie, dans cette unité de fraternité qui fait grandir tous les peuples dans l'unité et la diversité.
Homélie
Dans ce passage de l'Evangile (cf. Jn 14, 1-14), le discours de congé de Jésus, Jésus dit qu'il va au Père. Et il dit qu'il sera avec le Père et aussi que, quiconque croit en Lui «fera, lui aussi, les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père. Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, pour que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai» (vv. 12-14). Nous pouvons dire que ce passage de l'Evangile de Jean est la déclaration de l'ascension au Père.
Le Père a toujours été présent dans la vie de Jésus et Jésus en parlait. Jésus priait le Père. Et très souvent, il parlait du Père qui prend soin de nous, comme il prend soin des oiseaux, des lys des champs… Le Père. Et quand les disciples lui demandèrent d'apprendre à prier, Jésus leur enseigna à prier le Père: «Notre Père» (Mt 6, 9). Il s'adresse toujours au Père. Mais dans ce passage, cela est très fort; c'est même comme s'il ouvrait les portes de la toute-puissance de la prière. “Parce que je suis avec le Père: demandez et je ferai tout. Mais parce que le Père le fera avec moi” (cf. Jn 14, 11). Cette confiance dans le Père, une confiance dans le Père qui est capable de tout faire. Ce courage de prier, parce que pour prier, il faut du courage! Il faut le même courage, la même franchise que pour prêcher: la même. Pensons à notre Père Abraham, quand il "marchandait" – je crois qu'on peut le dire – avec Dieu pour sauver Sodome (cf. Gn 18, 20-33): “Et s'ils étaient moins nombreux? Et encore moins? Et encore moins?...”. Il savait vraiment “négocier”. Mais toujours avec ce courage: “Excuse-moi, Seigneur, mais accorde-moi une réduction: un peu moins, un peu moins…”. Toujours avoir le courage de la lutte dans la prière, parce que prier c'est lutter: lutter avec Dieu. Et ensuite, Moïse: les deux fois où le Seigneur aurait voulu détruire le peuple (cf. Ex 32,1-35 et cf. Nb 11, 1-3) et faire de lui le chef d'un autre peuple. Moïse a dit “Non!”. Et il a dit “non” au Père! Avec courage! Mais si tu vas prier ainsi – [le Pape murmure une prière timide] – c'est un manque de respect! Prier, c'est aller avec Jésus au Père qui te donnera tout. Courage dans la prière, franchise dans la prière. La même qu'il faut pour la prédication.
Et dans la première lecture, nous avons entendu ce conflit aux premiers temps de l'Eglise (cf. Ac 6, 1-7), parce que les chrétiens d'origine grecque murmuraient – ils murmuraient, à cette époque on faisait déjà cela: on voit que c'est une habitude de l'Eglise…– ils murmuraient parce que leurs veuves, leurs orphelins n'étaient pas bien assistés; les apôtres n'avaient pas le temps de faire beaucoup de choses. Et Pierre [avec les apôtres], illuminé par l'Esprit Saint, “inventa”, disons ainsi, les diacres. “Faisons une chose: cherchons sept personnes de bonne réputation et que ces hommes prennent soin du service” (cf. Ac 6, 2-4). Le diacre est le gardien du service dans l'Eglise. “Et ainsi, que ces personnes, qui ont raison de se plaindre, soient bien assistées dans leurs besoins et nous – dit Pierre, comme nous l'avons entendu – nous resterons assidus à la prière et au service de la parole” (cf. v. 5). C'est la tâche de l'évêque: prier et prêcher. Avec cette force que nous avons vue dans l'Evangile: l'évêque est le premier qui va au Père, avec la confiance qu'a donnée Jésus, avec le courage, avec la parrhésie, pour lutter pour son peuple. La première tâche d'un évêque est de prier. Pierre l'a dit: “Et à nous, la prière et l'annonce de la Parole”.
J'ai connu un prêtre, un saint curé, bon, qui lorsqu'il voyait un évêque le saluait, poliment, très aimable, et il posait toujours la question: “Excellence, combien d'heures priez-vous par jour?”, et il disait toujours: “Parce que la première tâche est de prier”. Car c'est la prière du chef de la communauté pour la communauté, l’intercession au Père pour qu'il protège le peuple.
La prière de l'évêque, la première tâche: prier. Et le peuple, en voyant l'évêque prier, apprend à prier. Parce que l'Esprit Saint nous enseigne que c'est Dieu qui “fait la chose”. Nous faisons un peu, mais c'est Lui qui “fait les choses” de l'Eglise, et la prière est ce qui fait avancer l'Eglise. C'est pourquoi les chefs de l'Eglise, pour dire ainsi, les évêques, doivent aller de l'avant avec la prière.
Cette parole de Pierre est prophétique: “Que les diacres fassent tout cela, ainsi les gens sont bien soignés et il a résolu leur problème et aussi leurs besoins. Mais c'est à nous, les évêques, que revient la prière et l'annonce de la Parole”.
Il est triste de voir de braves évêques, braves, de bonnes personnes, mais qui sont prises par tant de choses, par l’économie, et par ceci et aussi par cela et encore cela… La prière à la première place. Ensuite, les autres choses. Mais quand les autres choses prennent la place de la prière, quelque chose ne fonctionne pas. Et la prière est forte en raison de ce que nous avons entendu dans l'Evangile de Jésus: «Je vais au Père. Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, pour que le Père soit glorifié» (Jn 14, 12-13) C'est ainsi que l'Eglise va de l'avant, avec la prière, le courage de la prière, parce que l'Eglise sait que sans cette montée au Père elle ne peut pas survivre.
Prière pour la communion spirituelle
Les personnes qui ne peuvent pas communier font à présent la communion spirituelle:
A Tes pieds, ô mon Jésus, je me prosterne et je T'offre le repentir de mon cœur contrit qui demeure dans son néant et en Ta sainte présence. Je t'adore dans le Sacrement de Ton amour, l'ineffable Eucharistie. Je désire te recevoir dans la pauvre demeure que mon cœur t'offre. Dans l'attente du bonheur de la communion sacramentelle, je veux te posséder en esprit. Viens à moi, ô mon Jésus, que je vienne à Toi. Que Ton amour enflamme tout mon être, pour la vie et pour la mort. Je crois en toi, j'espère en toi, je t'aime. Ainsi soit-il.
CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
" L'Esprit nous enseigne chaque chose, il nous introduit dans le mystère, il nous fait rappeler et discerner "
Lundi, 11 mai 2020
Introduction
Nous nous unissons aujourd'hui aux fidèles de Termoli, en la fête de l'Invention du corps de saint Timothée.
Ces temps derniers, beaucoup de personnes ont perdu leur travail; leur contrat n'a pas été renouvelé, elles travaillaient au noir… Prions pour nos frères et sœurs qui souffrent de ce manque de travail.
Homélie
Le passage de l'Evangile d'aujourd'hui est [tiré du] congé de Jésus lors de la Cène (cf. Jn 14, 21-26). Le Seigneur finit par ces versets: «Je vous ai dit ces choses, alors que je demeurais avec vous. Mais le Paraclet, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit» (vv. 25-26). C'est la promesse de l'Esprit Saint; l'Esprit Saint qui habite avec nous et que le Père et le Fils envoient. “Le Père enverra en mon nom”, dit Jésus, pour nous accompagner sur le chemin. Et ils l'appellent Paraclet. C'est la tâche de l'Esprit Saint. En grec, le Paraclet est celui qui soutient, qui accompagne pour ne pas tomber, qui te conserve solide, qui est proche de toi pour te soutenir. Et le Seigneur nous a promis ce soutien, qui est Dieu comme Lui: c'est l'Esprit Saint. Que fait l'Esprit Saint en nous? Le Seigneur le dit: «Il vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit» (v. 26). Enseigner et rappeler. C'est la tâche de l'Esprit Saint.
Il nous enseigne: il nous enseigne le mystère de la foi, il nous enseigne à entrer dans le mystère, à comprendre un peu plus le mystère. Il nous enseigne la doctrine de Jésus et nous enseigne comment développer notre foi sans nous tromper, parce que la doctrine grandit, mais toujours dans la même direction: elle grandit dans la compréhension. Et l'Esprit nous aide à grandir dans la compréhension de la foi, à la comprendre davantage, à comprendre ce que dit la foi. La foi n'est pas quelque chose de statique; la doctrine n'est pas quelque chose de statique, elle grandit. Elle grandit comme les arbres grandissent, ce sont toujours les mêmes, mais plus grands, avec du fruit, mais toujours les mêmes, qui vont dans la même direction. Et l'Esprit Saint évite que le doctrine ne se trompe, il évite qu'elle reste immobile, sans grandir en nous. Il nous enseignera les choses que Jésus nous a enseignées, il développera en nous la compréhension de ce que Jésus nous a enseigné, il fera grandir en nous, jusqu'à la maturité, la doctrine du Seigneur.
Et Jésus dit que l'Esprit Saint fait quelque chose d'autre, c'est rappeler: «Il vous rappellera tout ce que je vous ai dit» (v. 26). L'Esprit Saint est comme la mémoire, il nous éveille: “Rappelle-toi ce cela, rappelle-toi de ceci…”. Il nous garde éveillés, toujours éveillés dans les choses du Seigneur et il nous fait rappeler également notre vie: “Pense à ce moment, pense à quand tu as rencontré le Seigneur, pense à quand tu as laissé le Seigneur”.
Une fois, j'ai entendu dire qu'une personne priait ainsi devant le Seigneur: “Seigneur, je suis le même qui, enfant, adolescent, avait ces rêves. Ensuite, j'ai emprunté de mauvais chemins. A présent, tu m'as appelé”. Je suis le même: c'est là la mémoire de l'Esprit Saint dans sa propre vie. Il te conduit à la mémoire du salut, à la mémoire de ce qu'a enseigné Jésus, mais aussi à la mémoire de notre propre vie. Et cela m'a fait penser – ce que disait cet homme – à une belle manière de prier, de regarder le Seigneur: “Je suis le même. J'ai beaucoup marché, je me suis beaucoup trompé, mais je suis le même et tu m'aimes”. La mémoire du chemin de la vie.
Et l'Esprit Saint nous guide dans cette mémoire; il nous guide pour discerner, pour discerner ce que je dois faire à présent, quel est le bon chemin et quel est le mauvais, également dans les petites décisions. Si nous demandons la lumière à l'Esprit Saint, Il nous aidera à discerner pour prendre les vraies décisions, les petites de chaque jour et les plus grandes. Il est celui qui nous accompagne, il nous soutient dans le discernement.
C'est donc l'Esprit qui enseigne: il nous enseignera chaque chose, c'est-à-dire qu'il fait grandir notre foi, il nous introduit dans le mystère; l'Esprit qui nous rappelle: il nous rappelle la foi, il nous rappelle notre vie; c'est l'Esprit qui dans cet enseignement et dans ce souvenir nous enseigne à discerner les décisions que nous devons prendre. Et les Evangiles donnent un nom à cela, à l'Esprit Saint – oui, Paraclet, parce qu'il te soutient, mais aussi un autre nom plus beau – : il est le Don de Dieu. L'Esprit est le Don de Dieu. L'Esprit est précisément le Don. Je ne vous laisserai pas seuls, je vous enverrai un Paraclet qui vous soutiendra et vous aidera à aller de l'avant, à rappeler, à discerner et à grandir. Le Don de Dieu est l'Esprit Saint.
Que le Seigneur nous aide à conserver ce Don qu'Il nous a donné dans le Baptême et que nous avons tous en nous.
Prière pour la communion spirituelle
Les personnes qui ne peuvent pas communier font à présent la communion spirituelle:
Je crois, mon Jésus, que tu es réellement présent dans le Très Saint Sacrement de l’autel. Je t’aime par-dessus toute chose et je désire ardemment te recevoir dans mon âme. Puisque je suis incapable de Te recevoir de façon sacramentelle, entre au moins spirituellement dans mon cœur. Je T’embrasse comme si Tu y étais déjà et je m’unis entièrement à Toi. Ne permets jamais que je sois séparé de Toi. Ainsi soit-il.
CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
" Comment le monde donne-t-il la paix et comment le Seigneur la donne-t-il ? "
Mardi, 12 mai 2020
Introduction
C'est aujourd'hui la journée des infirmiers. Hier, j'ai envoyé un message. Prions aujourd'hui pour les infirmiers et les infirmières, hommes, femmes, jeunes hommes et jeunes femmes qui exercent cette profession, qui est plus qu'une profession, c'est une vocation, un engagement. Que le Seigneur les bénisse. En ce temps de pandémie, ils ont donné un exemple d'héroïsme et certains ont donné leur vie. Prions pour les infirmières et les infirmiers.
Homélie
Avant de s'en aller, le Seigneur salue les siens et donne le don de la paix (cf. Jn 14, v. 27-31), la paix du Seigneur: «Je vous laisse la paix; je vous donne ma paix; je ne vous la donne pas comme le monde la donne, je la donne à vous» (cf. v. 27). Il ne s'agit pas de la paix universelle, cette paix sans guerre que nous voudrions tous voir toujours régner, mais de la paix du cœur, la paix de l'âme, la paix que chacun de nous a en lui. Et le Seigneur la donne mais, souligne-t-il: «Pas comme le monde la donne» (v.27). Comment le monde donne-t-il la paix et comment le Seigneur la donne-t-il? Est-ce que ce sont des paix différentes? Oui. Le monde te donne la "paix intérieure", nous parlons de celle-ci, la paix de ta vie, le fait de vivre avec le "cœur en paix". Il te donne la paix intérieure comme si elle t'appartenait, comme quelque chose qui est à toi et qui t'isole des autres, que tu gardes en toi-même, une chose que tu as acquise: j'ai la paix. Et toi, sans t'en rendre compte, tu t'enfermes dans cette paix, c'est une paix un peu pour toi, pour une personne, pour chacun; c'est une paix solitaire, c'est une paix qui te tranquillise, qui te rend même heureux. Et dans cette tranquillité, dans ce bonheur tu t'endors un peu, elle t'anesthésie et te fait rester avec toi-même dans une certaine tranquillité. C'est un peu égoïste: la paix pour moi, enfermée en moi. C'est ainsi que le monde la donne (cf. v. 27). C'est une paix coûteuse, car tu dois sans cesse changer les "instruments de paix": quand une chose t'enthousiasme, une chose te donne la paix, elle se termine ensuite et tu dois en trouver une autre… Elle est coûteuse, parce qu'elle est provisoire et stérile.
En revanche, la paix que te donne Jésus est une autre chose. C'est une paix qui te met en mouvement: elle ne t'isole pas, elle te met en mouvement, elle te fait aller auprès des autres, elle crée la communauté, elle crée la communication. Celle du monde est coûteuse, celle de Jésus est gratuite, elle est gratuite; c'est un don du Seigneur: la paix du Seigneur. Elle est féconde, elle te fait toujours avancer. Un exemple de l'Evangile, qui me fait penser à ce qu'est la paix du monde, est cet homme qui avait les greniers pleins et dont la récolte de l'année semblait être excellente, il pensa alors: "Mais je devrai construire d'autres entrepôts, d'autres greniers pour y mettre celle-là et ensuite je serai tranquille… c'est ma tranquillité, avec ça je peux vivre tranquille". "Insensé, dit Dieu, cette nuit tu mourras" (cf. Lc 12, 13-21). C'est une paix immanente, qui ne t'ouvre pas la porte de l'au-delà. En revanche, la paix du Seigneur est ouverte, vers l'endroit où il est allé, elle est ouverte au Ciel, elle est ouverte au Paradis. C'est une paix féconde qui s'ouvre et qui emmène aussi d'autres personnes avec toi au Paradis. Je crois que réfléchir un peu nous aidera: quelle est ma paix, où est-ce que je trouve la paix? Dans les choses, dans le bien-être, dans les voyages – mais à présent, actuellement, on ne peut pas voyager – dans les possessions, dans tant de choses ou est-ce que je trouve la paix comme don du Seigneur? Est-ce que je dois payer la paix ou est-ce que je la reçois gratuitement du Seigneur? Comment est ma paix? Quand il me manque quelque chose est-ce que je me mets en colère? Ce n'est pas la paix du Seigneur. C'est l'une des preuves. Est-ce que je suis tranquille dans ma paix, est-ce que "je m'endors"? Ce n'est pas celle du Seigneur. Est-ce que je suis en paix et je désire la communiquer aux autres et faire avancer quelque chose? C'est la paix du Seigneur! Est-ce que même dans les mauvais moments, difficiles, cette paix reste en moi? C'est celle du Seigneur. Et la paix du Seigneur est féconde également pour moi, parce qu'elle est pleine d'espérance, c'est-à-dire qu'elle regarde vers le Ciel. Hier – excusez-moi si je dis ces choses, mais ce sont des choses de la vie qui me font du bien – hier, j'ai reçu une lettre d'un prêtre, un brave prêtre, brave, et il dit que je parle peu du Ciel, que je devrais en parler davantage. Et il a raison, il a raison. C'est pourquoi j'ai voulu souligner cela aujourd'hui: que la paix, celle que nous donne Jésus, est une paix pour maintenant et pour l'avenir. C'est commencer à vivre le Ciel, avec la fécondité du Ciel. Ce n'est pas une anesthésie. L’autre, oui: tu t'anesthésies avec les choses du monde et quand la dose de cette anesthésie finit, tu en prends une autre et une autre, et une autre… Celle-ci est une paix définitive, également féconde et contagieuse. Elle n'est pas narcissique, car elle regarde toujours le Seigneur. L’autre te regarde, elle est un peu narcissique.
Que le Seigneur nous donne cette paix pleine d'espérance, qui nous rend féconds, qui nous fait communiquer avec les autres, qui crée une communauté et qui regarde toujours la paix définitive du Paradis.
CELEBRATION MATINALE RETRANSMISE EN DIRECT DEPUIS LA CHAPELLE DE LA MAISON SAINTE-MARTHE
HOMELIE DU PAPE FRANÇOIS
" Le demeurer réciproque entre la vigne et les serments "
Mercredi, 13 mai 2020
Introduction
Nous prions aujourd'hui pour les étudiants, les jeunes qui étudient, et pour le enseignants qui doivent trouver de nouvelles modalités pour poursuivre leur enseignement: que le Seigneur les aide sur ce chemin, leur donne du courage et aussi un bon succès.
Homélie
Le Seigneur revient sur le fait de "demeurer en Lui", et il nous dit: "La vie chrétienne est demeurer en moi". Demeurer. Et il utilise ici l'image de la vigne, comment les serments restent sur le cep de vigne (cf. Jn 15, 1-8). Et ce fait de demeurer n'est pas quelque chose de passif, comme s'endormir dans le Seigneur: ce pourrait être un "sommeil bienheureux", mais ce n'est pas cela. Ce demeurer est quelque chose d'actif, et c'est aussi un demeurer. Pourquoi? Parce qu'Il dit: «Demeurez en moi, comme moi en vous» (v. 4). Lui aussi demeure en nous, pas seulement nous en Lui. C'est un demeurer réciproque. Ailleurs, il dit: le Père et moi «nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre demeure» (Jn 14, 23). C'est un mystère, mais un mystère de vie, un très beau mystère. Ce demeurer réciproque. Egalement avec l'exemple des sarments: c'est vrai, les sarments ne peuvent rien faire sans la vigne, parce que la sève n'arrive pas, ils ont besoin de la sève pour grandir et donner du fruit; mais l'arbre aussi, la vigne, a besoin des sarments, parce que les fruits ne sont pas accrochés à l'arbre, au cep de vigne. C'est un besoin réciproque, c'est un demeurer réciproque pour donner du fruit.
Et c'est la vie chrétienne. C'est vrai, la vie chrétienne est d'accomplir les commandements (cf. Ex 20,1-11), on doit faire cela. La vie chrétienne est d'aller sur le chemin des béatitudes (cf. Mt 5, 1-13), on doit faire cela. La vie chrétienne c’est accomplir les œuvres de miséricorde, comme le Seigneur nous l'enseigne dans l'Evangile (cf. Mt 25, 35-36), et on doit faire cela. Mais c'est aussi davantage: c'est ce demeurer réciproque. Sans Jésus, nous ne pouvons rien faire, comme les sarments sans la vigne. Et sans nous – que le Seigneur me permette de le dire – il semble qu'Il ne puisse rien faire, par ce que c'est le sarment qui donne le fruit, pas l'arbre, le cep de vigne. Dans cette communauté, dans cette intimité du "demeurer" qui est féconde, le Père et Jésus restent en moi et je reste en eux.
Quel "besoin" – me vient-il à l'esprit de dire – l'arbre de la vie a-t-il des sarments? C'est d'avoir des fruits. Quel "besoin" – disons ainsi, avec un peu d'audace – quel "besoin" Jésus a-t-il de nous? Le témoignage. Dans l'Evangile, quand il dit que nous sommes la lumière, il explique: "Soyez lumière, pour que les hommes «voyant vos bonnes œuvres, en rendent gloire à votre Père» ( Mt 5, 16)". C'est-à-dire que Jésus a besoin de nous à cause du témoignage. Rendre témoignage en son nom, car la foi, l'Evangile grandit à travers le témoignage. C'est une manière mystérieuse: Jésus, même glorifié au ciel, après avoir vécu la Passion, a besoin de notre témoignage pour faire grandir, pour annoncer, pour que l'Eglise grandisse. Et il s'agit là du mystère réciproque du "demeurer". Lui, le Père et l'Esprit demeurent en nous, et nous demeurons en Jésus.
Cela nous fera du bien de penser et de réfléchir sur cela: demeurer en Jésus, et Jésus demeure en nous. Demeurer en Jésus pour avoir la sève, la force, pour avoir la justification, la gratuité, pour avoir la fécondité. Et Lui demeure en nous pour nous donner la force de [porter] du fruit (cf. Jn 5, 15), pour nous donner la force du témoignage avec lequel l'Eglise grandit.
Il y a une question que je me pose: quelle est la relation entre Jésus qui demeure en moi et moi qui demeure en Lui? C'est une relation d'intimité, une relation mystique, une relation sans paroles. "Ah Père, mais ça, c'est ce que font les mystiques!". Non, c'est pour nous tous! Avec de petites pensées: "Seigneur, je sais que Tu es ici [en moi]: donne-moi la force et je ferai ce que Tu me diras". Ce dialogue d'intimité avec le Seigneur. Le Seigneur est présent, le Seigneur est présent en nous, le Père est présent en nous, l'Esprit est présent en nous; ils demeurent en nous. Mais je dois demeurer en Eux…
Que le Seigneur nous aide à comprendre, à sentir cette mystique de demeurer sur laquelle Jésus insiste tant, tant, tant, tant. Bien souvent, quand nous parlons de la vigne et des sarments, nous nous arrêtons à la figure, au métier de l'agriculteur, du Père: le sarment qui porte du fruit, il l'émonde, et celui qui n'en porte pas, il le coupe et l'enlève (cf. Jn 15, 1-2). C'est vrai, il fait cela, mais ce n'est pas tout, non. Il y a autre chose. Cela est l'aide: les épreuves, les difficultés de la vie, également les corrections que nous donne le Seigneur. Mais ne nous arrêtons pas là. Entre la vigne et les sarments, il y a ce demeurer intime. Les sarments, nous, nous avons besoin de la sève, et la vigne a besoin de ses fruits, du témoignage.
Prière pour la communion spirituelle
Les personnes qui ne peuvent pas communier font à présent la communion spirituelle:
Je crois, mon Jésus, que tu es réellement présent dans le Très Saint Sacrement de l’autel. Je t’aime par-dessus toute chose et je désire ardemment te recevoir dans mon âme. Puisque je suis incapable de Te recevoir de façon sacramentelle, entre au moins spirituellement dans mon cœur. Je T’embrasse comme si Tu y étais déjà et je m’unis entièrement à Toi. Ne permets jamais que je sois séparé de Toi. Ainsi soit-il.