Le samedi saint - Dimanche de Pâques : Veillée Pascale – Année A
Commentaire de l’Évangile
Saint Bonaventure (1221-1274)
franciscain, docteur de l'Église
L’Arbre de vie (trad. par J.G. Bougerol; les Éd. franciscaines, 1996)
Il a triomphé de la mort
À l’aurore du troisième jour du repos sacré du Seigneur dans le sépulcre (…) la puissance et la Sagesse de Dieu, le Christ, ayant abattu l’auteur de la mort, triompha de la mort elle-même, il nous ouvrit l’accès de l’éternité et ressuscita d’entre les morts par sa puissance divine pour nous indiquer les voies de la vie.
Alors se fit un grand tremblement de terre, l’Ange du Seigneur, vêtu de blanc, rapide comme l’éclair, descendit du ciel et se montra doux aux bons et sévère aux méchants. Aussi il épouvanta les cruels soldats et rassura les femmes effrayées, auxquelles le Seigneur ressuscité apparut en premier, car elles le méritaient par leur vif sentiment d’affection. Il apparut ensuite à Pierre et aux autres disciples en route pour Emmaüs, puis aux apôtres sans Thomas. Il offrit à Thomas de le toucher, alors celui-ci s’exclama : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Il apparut durant quarante jours de diverses manières aux disciples, mangeant et buvant avec eux.
Il éclaira notre foi par des preuves, il élève notre espérance par des promesses pour enflammer enfin par des dons célestes notre amour.
ou
Une homélie grecque du 4ème siècle
Sur la sainte Pâque, §1 et 58s ; PG 59, 743 ; SC 27 (inspirée d'une homélie perdue de saint Hippolyte de Rome ; trad. cf coll. Icthus, t. 10, p. 59s et SC, p. 117s)
« C’est là l’œuvre du Seigneur, merveille devant nos yeux » (Ps 117,23)
Voici l’heure où paraît la lumière bénie du Christ ; les purs rayons de l’Esprit se lèvent et le ciel ouvre les trésors de la gloire divine. La nuit vaste et obscure est engloutie, les ténèbres épaisses se dispersent, l’ombre triste de la mort se noie dans l’ombre. La vie déferle sur toute chose ; tout est rempli d’une lumière sans fin. L’Aurore des aurores monte sur la terre, et « celui qui était avant l’étoile du matin » (Ps 109,3), avant les astres, immortel et immense, le grand Christ, brille sur tous les êtres plus que le soleil.
Pour nous qui croyons en lui s’instaure un jour de lumière, vaste, éternel, que rien n’éteindra : c’est la pâque mystique, célébrée en préfiguration par la Loi, accomplie en vérité par le Christ, pâque magnifique, merveille de la force de Dieu, œuvre de sa puissance, la fête véritable, le mémorial éternel : la libération de toute souffrance naît de la Passion, l’immortalité naît de la mort, la vie naît du tombeau, la guérison naît de la blessure, le relèvement naît de la chute, l’ascension naît de la descente aux enfers…
Ce sont les femmes d’abord qui l’ont vu ressuscité. Comme une femme avait introduit la première le péché dans le monde, de même elle porte, la première encore, la nouvelle de la vie. C’est pourquoi elles entendent cette parole sacrée : « Femmes, réjouissez-vous ! » (Mt 28,9 grec,) afin que la première tristesse soit engloutie dans l’allégresse de la résurrection…
À la vue d’un si grand mystère — un homme montant maintenant avec Dieu — les puissances des cieux criaient avec joie aux armées des anges : « Princes, élevez vos portes ; élevez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera ! » Elles ont vu la merveille, la nature humaine unie à celle de Dieu, et ont clamé à leur tour : « Qui est ce Roi de gloire ? » Les autres ont répondu : « Le Seigneur des puissances, c’est lui le Roi de gloire, fort, vaillant et puissant dans le combat » (Ps 23,7s LXX).
ou
Saint Chromace d'Aquilée ( ?-407), évêque
1er Sermon pour la Grande Nuit Pascale (trad. SC 154, p. 260s rev.)
La nuit où le Seigneur a veillé pour faire sortir son peuple d'Égypte (Ex 12, 42)
Toutes les veillées que l'on célèbre en l'honneur du Seigneur sont agréables à Dieu et agréées de lui, mais cette veille-ci est au-dessus de toutes les autres. C'est pourquoi cette nuit porte tout particulièrement le titre de « veillée du Seigneur ». Nous lisons en effet : « C'est la veillée du Seigneur, que tous les fils d'Israël doivent observer » (Ex 12, 42). Cette nuit porte bien son titre parce que le Seigneur s'est éveillé vivant afin que nous ne restions pas endormis dans la mort. En effet, il a souffert pour nous le sommeil de la mort par le mystère de sa Passion ; mais ce sommeil du Seigneur est devenu la veillée du monde entier, parce que la mort du Christ a chassé loin de nous le sommeil de la mort éternelle. Il le déclare lui-même par le prophète : « J'ai dormi et je me suis réveillé, et mon sommeil a été doux » (Ps 3, 6 ; Jr 31, 26). Ce sommeil du Christ, qui nous a rappelés de l'amertume de la mort à la douceur de la vie, n'a pu être que doux.
Salomon a écrit : « Je dors, mais mon cœur veille » (Ct 5, 2). Ces paroles manifestent, de toute évidence, le mystère de la divinité et de la chair du Seigneur. Il a dormi selon la chair, mais sa divinité veillait, car la divinité ne pouvait pas dormir... : « Il ne dort ni ne sommeille celui qui garde Israël » (Ps 120, 4)... Il a dormi selon la chair, mais sa divinité visitait les enfers pour en tirer l'homme qui y était retenu captif ; notre Seigneur et Sauveur a voulu visiter tous les lieux pour faire miséricorde à tous. Il est descendu du ciel sur la terre pour visiter le monde ; il est descendu encore de la terre aux enfers pour porter la lumière à ceux qui y étaient captifs, selon la parole du prophète : « Vous qui êtes assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort, la lumière s'est levée sur vous » (Is 9, 1).
C'est pourquoi, les anges dans le ciel, les hommes sur la terre, et les âmes des fidèles dans le séjour des morts célèbrent cette veillée du Seigneur... Si le repentir d'un seul pécheur, comme on le lit dans l'Évangile, est cause de joie pour les anges dans le ciel (Lc 15, 7.10), combien plus la rédemption du monde entier ?... Cette veillée, donc, n'est pas seulement une fête pour les hommes et les anges, mais aussi pour le Père, le Fils et le Saint Esprit, parce que le salut du monde c'est la joie de la Trinité.
ou
Saint Hésychius ( ?-v. 451), moine, prêtre
1ère homélie pour Pâques, 1.5-6 (trad. cf SC 187, p. 63s ; rev.)
« Voici la nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s'est relevé, victorieux » (Exultet)
Le ciel brille quand il est éclairé par le chœur des étoiles, et l'univers brille plus encore quand se lève l'étoile du matin. Mais cette nuit resplendit maintenant moins de l'éclat des astres que de sa joie devant la victoire de notre Dieu et Sauveur. « Gardez courage, dit-il en effet, moi, je suis vainqueur du monde » (Jn 16,33). Après cette victoire de Dieu sur l'ennemi invisible, nous aussi nous remporterons certainement la victoire sur les démons. Demeurons donc près de la croix de notre salut, afin de cueillir les premiers fruits des dons de Jésus. Célébrons cette nuit sainte avec des flambeaux sacrés ; faisons monter une musique divine, chantons une hymne céleste. Le « Soleil de justice » (Ml 3, 20), notre Seigneur Jésus Christ, a illuminé ce jour pour le monde entier, il s'est levé au moyen de la croix, il a sauvé les croyants...
Notre assemblée, mes frères, est une fête de victoire, la victoire du Roi de l'univers, fils de Dieu. Aujourd'hui le diable a été défait par le Crucifié et toute l'humanité est remplie de joie par le Ressuscité... Ce jour crie : « Aujourd'hui, j'ai vu le Roi du ciel, ceint de lumière, monter au-dessus de l'éclair et toute clarté, au-dessus du soleil et des eaux, au-dessus des nuées »... Il a été caché d'abord dans le sein d'une femme, puis au sein de la terre, sanctifiant d'abord ceux qui sont engendrés, ensuite rendant la vie par sa résurrection à ceux qui sont morts, car « voilà que souffrance, douleur d'enfantement et gémissement se sont enfuis » (Is 35,10)...
Aujourd'hui, par ce Ressuscité, le paradis est ouvert, Adam est rendu à la vie, Ève est consolée, l'appel est entendu, le Royaume est préparé, l'homme est sauvé, le Christ est adoré. Il a foulé aux pieds la mort, a fait prisonnier ce tyran, a dépouillé le séjour des morts. Il monte aux cieux, victorieux comme un roi, glorieux comme un chef..., et il dit à son Père : « Me voici, ô Dieu, avec les enfants que tu m'as donnés » (He 2, 13). Gloire à lui, maintenant et dans les siècles des siècles.
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
2e Homélie pour la Nuit Sainte, Guelferbytanus 5 ; PLS 2,549-522 ; cf. Homélie 221 (trad. Coll. Icthus 10, p. 199s)
« Les ténèbres ne sont point ténèbres devant toi ; la nuit comme le jour illumine » (Ps 138,12)
Nous les mortels, nous devons dormir pour réparer nos forces et donc interrompre notre vie par cette image de la mort, qui nous laisse au moins des bribes de vie. Ainsi, tous ceux qui veillent dans la chasteté, l'innocence et la ferveur se préparent sans nul doute à la vie des anges ; contre ce fardeau de mort, ils trouvent grâce dans l'éternité... Maintenant, mes frères, écoutez les quelques mots que je vais dire sur la veille que nous accomplissons cette nuit...
Notre Seigneur Jésus Christ est ressuscité d'entre les morts le troisième jour : nul chrétien n'a de doute là-dessus. Les saints évangiles attestent que l'événement s'est produit en cette nuit... Ce n'est pas de la lumière aux ténèbres mais des ténèbres à la lumière que nous nous efforçons de monter. L'apôtre Paul nous y engage : « La nuit est bien avancée ; le jour est arrivé. Laissons là les œuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière » (Rm 13,12)... Nous veillons donc en cette nuit où le Seigneur est ressuscité et où il a commencé en sa propre chair la vie dont je vous parlais à l'instant, qui ne connaît ni mort ni sommeil. Et cette chair qu'il a relevée du tombeau ne mourra plus, et ne retombera plus sous la loi de la mort.
Les femmes qui l'aimaient sont venues à l'aube visiter son tombeau ; au lieu de trouver son corps, elles entendirent des anges leur annoncer la résurrection. Il est donc clair qu'il est ressuscité la nuit qui précédait cette aube. Ainsi, celui dont nous célébrons la résurrection en nos veilles prolongées, celui-là nous donnera de régner avec lui dans une vie sans fin. Et quand bien même, à l'heure où nous veillons, son corps soit encore dans la tombe et qu'il ne soit pas encore ressuscité, notre veille garderait tout son sens : car il a dormi pour que nous veillions, lui qui est mort pour que nous vivions.
Le samedi saint - Dimanche de Pâques : Veillée Pascale – Année B
Saint Amédée de Lausanne (1108-1159)
moine cistercien, puis évêque
Homélie mariale VI, SC 72 (Huit homélies mariales, trad. Dom A. Dumas, Éd. du Cerf, Paris 1960, p. 161-173, rev.)
Pour toi, il est monté, victorieux des enfers
« Il y a un temps pour la joie, dit Salomon, et un temps pour la tristesse. » (cf. Qo 3,4) La tristesse est passée, le temps de la joie est arrivé, la vraie joie qui provient de la résurrection du Christ. (...)
Pour toi, il est monté, victorieux des enfers, il a brisé les portes d’airain, il a rompu les barres de fer, il s’est emparé des forteresses de l’enfer, il a écrasé les têtes du dragon. De tes ennemis, il a fait un immense carnage ; il a attaché dans la fosse le prince des enfers. Il a tué la mort et il a mis aux fers l’auteur de la mort. (...) Ensuite, il a retiré les siens des ténèbres et il a rompu leurs liens. Il s’est associé les âmes de tous les justes marchant à la lumière de son visage et exultant en son nom. Elles ont été exaltées dans sa justice, elles qui avaient été humiliées pour leurs injustices.
Dans son passage aux enfers, le Seigneur Jésus fut seul, ainsi que l’a chanté David en sa personne, disant : « Pour moi, je suis seul, tandis que je passe. » (cf. Ps 140,10) Seul à l’entrée, mais nullement seul à la sortie, car il a ramené avec lui d’innombrables milliers de saints. Il est tombé en terre et il est mort, de sorte qu’il a porté beaucoup de fruit (cf. Jn 12,24). Il s’est laissé tomber comme une semence pour récolter en moisson le genre humain. (...) Oui, morts aux péchés en nous-mêmes à la fontaine baptismale, par le bain de la régénération nous renaissons au Christ, afin de vivre à celui qui est mort pour tous. Aussi l’Apôtre dit-il : « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. » (cf. Ga 3,27) D’un seul grain viennent donc des moissons nombreuses. (...)
C’est de lui aussi que l’Apôtre dit : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur terre et dans les enfers. » (Ph 2,9-10) Oui, les enfers fléchissent le genou devant lui par frayeur, la terre par son rachat, les cieux par félicité.
ou
Commentaire de l’Évangile
Saint Chromace d'Aquilée ( ?-407), évêque
Sermon 17, 2ème pour la Grande Nuit ; SC 154 (trad. SC p. 269 rev.)
« Voici que je fais l'univers nouveau » (Ap 21,5)
Le monde entier, qui célèbre la veillée pascale tout au long de cette nuit, témoigne de la grandeur et de la solennité de cette nuit. Et à juste titre : en cette nuit la mort a été vaincue, la Vie est vivante, le Christ est ressuscité des morts. Jadis Moïse avait dit au peuple, à propos de cette Vie : « Vous verrez votre vie suspendue au bois de jour et de nuit » (Dt 28,66 Vulg)... Qu'il s'agit là du Christ Seigneur, c'est lui-même qui nous le montre dans l'Évangile quand il dit : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14,6). Il se dit la voie, parce qu'il conduit au Père ; la vérité, parce qu'il condamne le mensonge ; et la vie, parce qu'il commande à la mort... : « Mort, où est ton aiguillon ? Mort, où est ta victoire ? » (1Co 15,55) Car la mort, qui était toujours victorieuse, a été vaincue par la mort de son vainqueur. La Vie a accepté de mourir pour mettre la mort en déroute. De même qu'au lever du jour les ténèbres disparaissent, ainsi la mort a été anéantie lorsque s'est levée la Vie éternelle...
Voici donc le temps de Pâques. Jadis, Moïse en a parlé au peuple en disant : « Ce mois sera pour vous le premier des mois de l'année » (Ex 12,2)... Le premier mois de l'année n'est donc pas celui de janvier, où tout est mort, mais le temps de Pâques, où tout revient à la vie. Car c'est maintenant que l'herbe des prés, en quelque sorte, ressuscite de la mort, maintenant qu'il y a des fleurs aux arbres, et que les vignes bourgeonnent, maintenant que l'air lui-même semble heureux du début d'une année nouvelle... Ce temps de Pâques est donc le premier mois, le temps nouveau..., et en ce jour le genre humain aussi est renouvelé. Car aujourd'hui, dans le monde entier, des peuples innombrables ressuscitent par l'eau du baptême pour une vie nouvelle... Nous donc, qui croyons que le temps de Pâques est vraiment l'année nouvelle, nous devons célébrer ce saint jour en toute allégresse, exultation, et joie spirituelle, afin de pouvoir dire en toute vérité ce refrain du psaume : « Voici le jour que le Seigneur a fait ; vivons-le dans la joie et l'allégresse » (117,24).
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v.1080-1157), abbé cistercien : 3ème Sermon pour la Résurrection (trad. SC 202, p.249s rev.)
« Voici le jour que le Seigneur a fait »
« Voici le jour que le Seigneur a fait. Tressaillons d'allégresse, réjouissons-nous en lui ! » (Ps 117, 24) Frères, attendons le Seigneur en tressaillant d'allégresse, afin de le voir et de nous réjouir de sa lumière. Abraham a exulté à la seule pensée de voir le jour du Christ, et il a mérité ainsi de le voir et de s'en réjouir (Jn 8, 56). Toi aussi, il te faut veiller chaque jour aux portes de la Sagesse (Pr 8, 34)..., avec Marie Madeleine monter la garde à la porte au tombeau du Christ. Alors, j'en suis sûr, tu éprouveras avec elle combien est vrai ce qu'on lit dans l'Écriture au sujet de la Sagesse en personne, qui est le Christ : « Ceux qui l'aiment la contemplent sans peine, car elle se laisse découvrir par ceux qui la cherchent » (Sg 6, 12)...
Lui-même en a fait la promesse : « J'aime ceux qui m'aiment, et ceux qui demeurent vigilants pour me chercher me trouveront » (Pr 8, 17). C'est ainsi que Marie a trouvé Jésus dans la chair, elle qui veillait en venant au tombeau alors qu'il faisait encore sombre. Toi, il est vrai, tu ne dois plus le connaître selon la chair (2Co 5, 16) mais selon l'esprit. Mais tu le trouveras spirituellement si tu cherches avec un désir semblable à celui de Marie... : « Mon âme t'a désiré pendant la nuit ; au plus profond de moi, mon esprit te cherche » (Is 26, 9). Dis avec le psalmiste : « Dieu, mon Dieu, je te cherche dès l'aurore ; mon âme a soif de toi » (62, 2)...
Veillez donc, frères, et priez intensément !... Veillez d'autant mieux que pointe déjà l'aurore du jour sans déclin... Oui, « voici pour nous l'heure de sortir du sommeil, car la nuit est déjà avancée, le jour est proche » (Rm 13, 11-12). Veillez donc, pour que la Lumière du matin, le Christ, se lève sur vous, lui dont « le lever est prêt comme celui de l'aurore » (Os 6, 3), car il est prêt à renouveler souvent le mystère de sa résurrection matinale en faveur de ceux qui veillent pour lui. Alors, le cœur jubilant, tu pourras chanter : « Le Seigneur Dieu nous a illuminés. Voici le jour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous en lui ! »
ou
Eusèbe le Gallican (5ème siècle), moine, puis évêque
Homélie 12 A ; CCL 101, 145 (trad. Solesmes, Lectionnaire, vol. 3, p. 21 rev.)
« Tu fais resplendir cette nuit très sainte par la gloire de la résurrection du Seigneur » (Collecte)
« Ciel, exulte ! Et toi, terre, réjouis-toi ! » (cf Ps 95,11) Ce jour a resplendi pour nous de l'éclat du tombeau, plus qu'il n'a brillé des rayons du soleil. Que les enfers acclament, car ils ont désormais une issue ; qu'ils se réjouissent, car c'est pour eux le jour de la visite ; qu'ils exultent, car ils ont vu, après des siècles et des siècles, une lumière qu'ils ne connaissaient pas, et dans l'obscurité de leur nuit profonde ils ont enfin respiré ! Ô belle lumière que l'on a vue poindre du sommet du ciel blanchissant..., tu as revêtu de ta clarté soudaine « ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort » (Lc 1,79). Car, à la descente du Christ, l'éternelle nuit des enfers a resplendi aussitôt et les cris des affligés ont cessé ; les liens des condamnés se sont rompus et sont tombés ; les esprits malfaisants ont été saisis de stupeur, comme frappés d'un coup de tonnerre...
Dès que le Christ descend, les sombres portiers, aveugles dans leur noir silence et courbant le dos sous la crainte, murmurent entre eux : « Qui est ce redoutable, éblouissant de blancheur ? Jamais notre enfer n'en a reçu de pareil ; jamais le monde n'en a rejeté de pareil dans notre gouffre... S'il était coupable, il n'aurait pas cette audace. Si quelque délit le noircissait, il ne pourrait jamais dissiper nos ténèbres par son éclat. Mais s'il est Dieu, que fait-il au tombeau ? S'il est homme, comment ose-t-il ? S'il est Dieu, pourquoi vient-il ? S'il est homme, comment délivre-t-il les captifs ? ... Oh, cette croix qui déjoue nos plaisirs et qui enfante notre malheur ! Le bois nous avait enrichis et le bois nous ruine. Cette grande puissance, toujours redoutée des peuples, a péri ! »
ou
Le Missel romain
L'annonce de la Pâque « Exultet » (trad. Liturgie chorale du Peuple de Dieu)
« Tu fais resplendir cette nuit très sainte par la gloire de la résurrection du Seigneur » (Collecte)
Qu'exulte de joie dans le ciel la multitude des anges ! Chantez, serviteurs de Dieu, et que retentisse la trompette triomphale pour la victoire du grand Roi ! Réjouis-toi, ô notre terre, resplendissante d'une lumière éclatante, car il t'a prise en sa clarté et son règne a dissipé ta nuit ! Réjouis-toi, Église notre mère, toute remplie de sa splendeur, et que résonne l'acclamation du peuple des fils de Dieu ! ...
Vraiment il est juste et bon de proclamer à pleine voix ta louange, Dieu invisible, Père tout puissant, et de chanter ton Fils bien-aimé, Jésus Christ notre Seigneur. C'est lui qui a payé pour nous la dette encourue par Adam notre père, et qui a détruit en son sang la condamnation de l'ancien péché. Car voici la fête de la Pâque où l'Agneau véritable est immolé pour nous. Voici la nuit où tu as tiré de l'Égypte nos pères, les enfants d'Israël, et leur as fait passer la mer Rouge à pied sec ; nuit où le feu de la nuée lumineuse a repoussé les ténèbres du péché...
Ô nuit qui nous rend à la grâce et nous ouvre la communion des saints ; nuit où le Christ, brisant les liens de la mort, s'est relevé victorieux des enfers. Heureuse faute d'Adam qui nous a valu un tel Rédempteur ! Ô nuit qui seule a pu connaître le temps et l'heure où le Christ est sorti vivant du séjour des morts ; ô nuit dont il est écrit : « La nuit comme le jour illumine, la ténèbre autour de moi devient lumière pour ma joie » (Ps 138,12)... Ô nuit bienheureuse, où se rejoignent le ciel et la terre, où s'unissent l'homme et Dieu.
Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père très Saint, le sacrifice du soir de cette flamme que l'Église t'offre par nos mains ; permets que ce cierge pascal, consacré à ton nom, brûle sans déclin en cette nuit et qu'il joigne sa clarté à celle des étoiles. Qu'il brûle encore quand ce lèvera l'astre du matin, celui qui ne connaît pas de couchant, le Christ ressuscité revenu des enfers, qui répand sur les hommes sa lumière et sa paix. Garde ton peuple, nous t'en prions, ô notre Père, dans la joie de ces fêtes pascales. Par Jésus Christ, ton Fils notre Seigneur, qui par la puissance de l'Esprit s'est relevé d'entre les morts et qui règne près de toi pour les siècles des siècles. Amen !
Le samedi saint - Dimanche de Pâques : Veillée Pascale – Année C
Commentaire de l’Évangile
Benoît XVI, pape de 2005 à 2013
Homélie du 07/04/2012 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
« La lumière brille dans les ténèbres » (Jn 1,5)
Durant la Vigile pascale, dans récit de la création, l'Église écoute surtout la première phrase : « Dieu dit : Que la lumière soit ! » (Gn 1,3) Le récit de la création, d'une façon symbolique, commence par la création de la lumière... Le fait que Dieu ait créé la lumière signifie que Dieu a créé le monde comme lieu de connaissance et de vérité, lieu de rencontre et de liberté, lieu du bien et de l'amour. La matière première du monde est bonne, l'être même est bon. Et le mal ne provient pas de l'être qui est créé par Dieu, mais existe seulement en vertu de la négation ; c'est le « non ».
A Pâques, au matin du premier jour de la semaine, Dieu a dit de nouveau : « Que la lumière soit ! » Auparavant il y avait eu la nuit du Mont des Oliviers, l'éclipse solaire de la Passion et de la mort de Jésus (Mt 27,45), la nuit du sépulcre. Mais désormais c'est de nouveau le premier jour — la création recommence entièrement nouvelle. « Que la lumière soit, dit Dieu, et la lumière fut. » Jésus se lève du tombeau. La vie est plus forte que la mort ; le bien est plus fort que le mal ; l'amour est plus fort que la haine ; la vérité est plus forte que le mensonge. L'obscurité des jours passés est dissipée au moment où Jésus ressuscite du tombeau et devient, lui-même, pure lumière de Dieu.
Ceci, toutefois, ne se réfère pas seulement à lui ni à l'obscurité de ces jours. Avec la résurrection de Jésus, la lumière elle-même est créée de façon nouvelle. Il nous attire tous derrière lui dans la nouvelle vie de la résurrection et vainc toute forme d'obscurité. Il est le nouveau jour de Dieu, qui vaut pour nous tous. Mais comment cela peut-il arriver ? Comment tout cela peut-il parvenir jusqu'à nous de façon que cela ne reste pas seulement parole, mais devienne une réalité dans laquelle nous sommes impliqués ? Par le sacrement du baptême et la profession de foi, le Seigneur a construit un pont vers nous, par lequel le nouveau jour vient à nous. Dans le baptême, le Seigneur dit à celui qui le reçoit... : « Que la lumière soit ». Le nouveau jour, le jour de la vie indestructible vient aussi à nous. Le Christ te prend par la main. Désormais tu seras soutenu par lui et tu entreras ainsi dans la lumière, dans la vraie vie.
ou
Astérius d'Amasée (?-vers 410), évêque
Homélie 19 sur le psaume 15 (trad. coll. Icthus, vol. 10, p.137)
« Tu fais resplendir cette nuit très sainte par la gloire de la Résurrection du Seigneur » (Collecte)
Aujourd’hui l’Église, l’héritière, est dans l’allégresse. Son époux, le Christ, qui a souffert, vient de ressusciter… Réjouis-toi, Église, Épouse du Christ ! La résurrection de ton Époux t’a relevée de terre où les passants te foulaient aux pieds… Ô merveille !… Une seule graine a été semée, et le monde entier s'en est nourri. Comme un homme, il a été immolé ; comme un Dieu, il a été rendu à la vie et il donne la vie à la terre… Comme un agneau, il a été égorgé, et comme un berger, par le bâton de sa croix, il a dispersé le troupeau des démons. Comme une bougie sur le chandelier, il s'est éteint sur la croix, et comme un soleil, il s'est levé du tombeau. On a vu s'accomplir deux prodiges : le jour s'est obscurci lorsque le Christ a été crucifié, et à sa résurrection, la nuit a brillé comme le jour. Pourquoi le jour s'est-il obscurci ? Parce que, comme il est écrit, « Il fit des ténèbres son voile » (Ps 17, 12). Pourquoi la nuit a-t-elle brillé comme le jour ? Parce que, comme le disait le prophète, « Les ténèbres ne sont point ténèbres devant toi et la nuit comme le jour illumine » (Ps 138, 12).
Ô nuit, plus claire que le jour ! Nuit plus lumineuse que le soleil ! Nuit plus blanche que la neige, plus brillante que nos flambeaux, plus douce que le paradis ! Ô nuit qui ne connais point de ténèbres, tu chasses tout sommeil et nous fais veiller avec les anges ! Nuit pascale, frayeur des démons, attendue une année durant ! Nuit nuptiale de l'Église, qui fais naître les nouveaux baptisés et dépouilles le démon endormi ! Nuit où l'héritier introduit ses co-héritiers dans l'héritage !
ou
Saint Augustin (354-430), évêque d'Hippone (Afrique du Nord) et docteur de l'Église
2ème homélie pour la Nuit Sainte ; PLS 2, 549-552 ; Sermon Morin Guelferbytanus 5 (trad. coll. Icthus 10, p. 197s)
La nuit qui nous délivre du sommeil de la mort
Frères, veillons, car jusqu'à cette nuit le Christ est demeuré dans la tombe. C'est en cette nuit qu'est survenue la résurrection de sa chair. Sur la croix elle a été en butte aux railleries ; aujourd'hui, les cieux et la terre l'adorent. Cette nuit fait partie déjà de notre dimanche. Il fallait bien que le Christ ressuscite la nuit, car sa résurrection a illuminé nos ténèbres... Comme notre foi, fortifiée par la résurrection du Christ, chasse tout sommeil, ainsi cette nuit, illuminée par nos veilles, se remplit de clarté. Elle nous fait espérer, avec l'Église répandue sur toute la terre, de ne point être surpris dans la nuit. (Mc 13,33)
Chez tant de peuples que cette fête, partout si solennelle, rassemble au nom du Christ, le soleil s'est couché -- mais le jour n'est pas tombé ; les clartés du ciel ont fait place aux clartés de la terre... Celui qui nous a donné la gloire de son nom (Ps 28,2) a aussi illuminé cette nuit. Celui à qui nous disons « Tu illumines mes ténèbres » (Ps 18,29), répand sa clarté dans nos cœurs. Comme nos yeux éblouis contemplent ces flambeaux brillants, ainsi notre esprit éclairé nous fait voir combien cette nuit est lumineuse –- cette sainte nuit où le Seigneur a commencé en sa propre chair la vie qui ne connaît ni sommeil ni mort !