AVENT IV – Dimanche A
Commentaire de l’Évangile
Saint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église
Homélies pour la Vigile de Noël, 5 ; CCL 122, 32-36 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 19 rev.)
« Tu lui donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : ' le Seigneur sauve ') »
« Voici, dit le prophète Isaïe, la Vierge portera et enfantera un fils, et on l'appellera Emmanuel, nom qui se traduit : Dieu avec nous » (7, 14). Le nom de Sauveur « Dieu-avec-nous », donné par le prophète, signifie les deux natures de son unique personne. En effet, celui qui est Dieu, né du Père avant tous les siècles, c'est lui-même qui est Emmanuel à la fin des temps, c'est-à-dire Dieu avec nous. Il l'est devenu dans le sein de sa mère, parce qu'il a daigné accepter la fragilité de notre nature dans l'unité de sa personne, quand « le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous » (Jn 1, 14). C'est-à-dire qu'il a commencé d'une manière admirable à être ce que nous sommes, sans cesser d'être ce qu'il était, en assumant notre nature, de façon à ne pas perdre ce qu'il était en lui-même...
« Marie mit donc au monde son fils premier-né... et elle lui donna le nom de Jésus » (Lc 2, 7.21). Donc, le nom de Jésus est celui du fils né de la Vierge, et signifie selon l'explication de l'ange qu'il sauvera son peuple de ses péchés... C'est évidemment lui aussi qui sauvera de la destruction de l'âme et du corps, les suites du péchés.
Quant au nom de Christ, c'est le titre d'une dignité sacerdotale et royale. Car les prêtres et les rois, sous la Loi ancienne, étaient appelés christs à cause de la chrismation. Cette onction d'huile sainte préfigurait celui qui, en venant dans le monde comme vrai roi et prêtre, « a été consacré d'une onction de joie, comme aucun de ses semblables » (Ps 44, 8). À cause de cette onction ou chrismation, le Christ en personne et ceux qui participent à la même onction, c'est-à-dire à la grâce spirituelle, sont appelés ' chrétiens '. Du fait qu'il est Sauveur, le Christ peut nous sauver de nos péchés ; du fait qu'il est prêtre, il peut nous réconcilier avec Dieu le Père ; du fait qu'il est roi, qu'il daigne nous donner le Royaume éternel de son Père.
ou
Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167), moine cistercien
Sermon pour l'Annonciation (trad. cf coll. Pain de Cîteaux, n°24, p. 216 et Solesmes, Lectionnaire, t. 1, p. 395)
« On lui donnera le nom d'Emmanuel »
« Emmanuel, qui se traduit ‘ Dieu avec nous. ’ » Oui, Dieu avec nous ! Jusqu'alors, il était Dieu au-dessus de nous, Dieu en face de nous, mais aujourd'hui il est « Emmanuel ». Aujourd'hui il est Dieu avec nous dans notre nature, avec nous dans sa grâce ; avec nous dans notre faiblesse, avec nous dans sa bonté ; avec nous dans notre misère, avec nous dans sa miséricorde ; avec nous par amour, avec nous par lien de famille, avec nous par tendresse, avec nous par compassion.
Dieu avec nous ! Vous n'avez pas pu, vous les fils d'Adam, monter au ciel pour être avec Dieu (cf Dt 30,12) ; Dieu descend du ciel pour être Emmanuel, Dieu avec nous. Il vient chez nous pour être Emmanuel, Dieu avec nous, et nous, nous négligeons de venir à Dieu pour être avec lui ! « Vous, humains, jusqu'à quand votre cœur sera-t-il appesanti ? Pourquoi aimer le néant et chercher le mensonge ? » (Ps 4,3) Voici venue la vérité : « pourquoi aimer le néant ? » Voici venue la parole vraie et inaltérable : « pourquoi chercher le mensonge ? » Voici Dieu avec nous.
Comment pourrait-il être davantage avec moi ? Petit comme moi, faible comme moi, nu comme moi, pauvre comme moi — en tout, il est devenu semblable à moi, prenant ce qui est mien et donnant ce qui est sien. Je gisais mort, sans voix, sans sens ; la lumière même de mes yeux n'était plus avec moi. Aujourd’hui est descendu cet homme si grand, « ce prophète puissant en œuvres et en paroles » (Lc 24,19). Il a « posé son visage sur mon visage, sa bouche sur ma bouche, ses mains sur mes mains » (2R 4,34), et il s'est fait Emmanuel, Dieu avec nous !
ou
Léon XIII, pape de 1878 à 1903
Encyclique « Quanquam pluries »
« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse »
Les raisons et les motifs spéciaux pour lesquels saint Joseph est nommément le patron de l'Église et qui font que, en retour, l'Église espère beaucoup de sa protection et de son patronage, sont que Joseph fut l'époux de Marie et qu'il fut réputé le père de Jésus Christ. De là ont découlé sa dignité, sa faveur, sa sainteté, sa gloire. Certes, la dignité de la Mère de Dieu est si haute qu'il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n'est pas douteux qu'il n'ait approché plus que personne de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. Le mariage est, en effet, la relation personnelle et l'union la plus intime de toutes, qui entraîne de sa nature la communauté des biens entre l'un et l'autre conjoints. C'est pourquoi, en donnant Joseph pour époux à la Vierge, Dieu lui donna non seulement un compagnon de sa vie, un témoin de sa virginité, un gardien de son honneur, mais encore, en vertu même du pacte conjugal, un participant de sa dignité sublime.
Semblablement, Joseph brille entre tous par la plus grande dignité parce qu'il a été, par la volonté divine, le gardien du Fils de Dieu, regardé par les hommes comme son père. D'où il résultait que le Verbe de Dieu était humblement soumis à Joseph, qu'il lui obéissait et qu'il lui rendait tous les devoirs que les enfants sont obligés de rendre à leurs parents.
De cette double dignité découlaient d'elles-mêmes les charges que la nature impose aux pères de famille, de telle sorte que Joseph était le gardien, le gérant et le défenseur légitime et naturel de la maison divine dont il était le chef... Or, la divine maison que Joseph gouverna comme avec l'autorité du père contenait les prémices de l'Église naissante... Telles sont les raisons pour lesquelles ce bienheureux Patriarche regarde comme lui étant particulièrement confiée la multitude des chrétiens qui compose l'Église.
AVENT IV – Dimanche B
Commentaire de l’Évangile
Saint Bède le Vénérable (v. 673-735), moine, docteur de l'Église
Homélies pour l'Avent, n° 3 ; CCL 122, 14-17 (Les Pères commentent l'évangile; Coll. liturgique sous la direction de H. Delhougne, o.s.b.; trad. A.-M. Roguet, o.p.; Ed. Brepols 1991, p. 170)
« Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin »
« L'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. » Ce qui est dit de la maison de David ne concerne pas seulement Joseph, mais aussi Marie. Car la Loi prescrivait que chacun devait épouser une femme de sa tribu et de sa famille, au témoignage de l'apôtre Paul, qui écrit à Timothée : « Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David : il est ressuscité d'entre les morts, voilà mon évangile » (2Tm 2,8). (...)
« Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. » Le trône de David désigne ici le pouvoir sur le peuple d'Israël, que David gouverna en son temps avec un zèle plein de foi (...). Ce peuple, que David dirigea par son pouvoir temporel, le Christ va l'entraîner par une grâce spirituelle vers le royaume éternel (...).
« Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob. » La maison de Jacob désigne l'Église universelle qui, par la foi et le témoignage rendus au Christ, se rattache à la destinée des patriarches, soit chez ceux qui ont tiré leur origine charnelle de leur souche, soit chez ceux qui, nés charnellement d'une autre nation, sont renés dans le Christ, par le baptême dans l'Esprit. C'est sur cette maison de Jacob qu'il régnera éternellement : « et son règne n'aura pas de fin ». Oui, il règne sur elle dans la vie présente, lorsqu'il gouverne le cœur des élus où il habite, par leur foi et leur amour envers lui ; et il les gouverne par sa continuelle protection, pour leur faire parvenir les dons de la rétribution céleste ; il règne dans l'avenir, lorsque, une fois achevé l'état de l'exil temporel, il les introduit dans le séjour de la patrie céleste. Et là, ils se réjouissent de ce que sa présence visible leur rappelle continuellement qu'ils n'ont rien à faire d'autre que de chanter ses louanges.
ou
Liturgie byzantine
Hymne acathiste à la Mère de Dieu (7e siècle)
« Je te salue, comblée-de-grâce »
Du ciel un archange éminent a été envoyé pour dire à la Mère de Dieu : « Réjouis-toi ! » Et te voyant, Seigneur, prendre corps à sa voix, il clame sa surprise et son ravissement :
Réjouis-toi, en qui brille la joie du salut,
Réjouis-toi, par qui le mal a disparu,
Réjouis-toi, car tu relèves Adam de sa chute,
Réjouis-toi, car Ève aussi ne pleure plus.
Réjouis-toi, montagne inaccessible aux pensées des hommes,
Réjouis-toi, abîme insondable même aux anges,
Réjouis-toi, car tu deviens le trône et le palais du Roi,
Réjouis-toi, toi qui portes Celui qui porte tout.
Réjouis-toi, étoile qui annonce le lever du Soleil,
Réjouis-toi, dans ton sein Dieu prend notre chair,
Réjouis-toi, par toi toute la création est renouvelée,
Réjouis-toi, par toi le Créateur devient petit enfant.
Réjouis-toi, Épouse inépousée.
La Toute-pure, connaissant son état virginal, répondit à l'ange Gabriel avec confiance : « Quelle étrange merveille que ta parole ! Elle paraît incompréhensible à mon âme ; comment concevrai-je sans semence pour enfanter comme tu le dis ? » Alléluia, alléluia, alléluia !
Pour comprendre ce mystère inconnu, La Vierge s'adresse au serviteur de Dieu et demande comment en ses entrailles chastes un Fils serait conçu. Plein de respect l'ange l'acclame :
Réjouis-toi, à toi Dieu révèle ses desseins ineffables,
Réjouis-toi, confiance de ceux qui prient en silence,
Réjouis-toi, tu es la première des merveilles du Christ,
Réjouis-toi, en toi sont récapitulées les doctrines divines.
Réjouis-toi, échelle par qui Dieu descend du ciel,
Réjouis-toi, pont qui nous conduit de la terre vers le ciel,
Réjouis-toi, inépuisable admiration des anges,
Réjouis-toi, blessure inguérissable pour les démons.
Réjouis-toi, tu enfantes la lumière de manière inexprimable,
Réjouis-toi, tu n'en révèles à personne le comment,
Réjouis-toi, tu surpasses le savoir des savants,
Réjouis-toi, tu éclaires l'intelligence des croyants.
Réjouis-toi, Épouse inépousée.
La puissance du Très-Haut couvrit alors de son ombre la Vierge inépousée pour la mener à concevoir. Et son sein fécondé devint un jardin délicieux pour ceux qui veulent y moissonner le salut en chantant : « Alléluia, alléluia, alléluia ! »
ou
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Homélie 4 sur le « Missus est », §8-9 (trad. Orval)
« Sois sans crainte, Marie »
Tu l'as entendu, ô Vierge, tu concevras et enfanteras un fils, non d'un homme -- tu l'as entendu -- mais de l'Esprit Saint. L'ange, lui, attend ta réponse : il faut qu'il retourne vers celui qui l'a envoyé. Nous attendons nous aussi, ô notre Dame. Accablés misérablement par une sentence de condamnation, nous attendons une parole de pitié. Or voici : elle t'est offerte, la rançon de notre salut. Consens : nous sommes libres. Dans le Verbe éternel de Dieu nous avons tous été créés ; mais hélas, la mort fait son œuvre en nous. Une brève réponse de toi suffit pour nous recréer, de sorte que nous soyons rappelés à la vie...
Ne tarde plus, Vierge Marie, donne ta réponse. Ô notre Dame, prononce cette parole que la terre, les enfers, les cieux mêmes attendent. Vois : le Roi et Seigneur de l'univers, lui qui a « désiré ta beauté » (Ps 44,12), désire avec non moins d'ardeur le oui de ta réponse. À ton consentement il a voulu suspendre le salut du monde. Tu lui as plu par ton silence ; tu lui plairas davantage à présent par ta parole. Voici que lui-même de là-haut t'interpelle : « Ô la plus belle des femmes, fais-moi entendre ta voix » (Ct 1,8 ; 2,14)... Oui, réponds vite à l'ange, ou plutôt, par l'ange au Seigneur. Réponds une parole, et accueille le Verbe ; prononce ta propre parole, et conçois le Verbe divin ; émets une parole passagère, étreins le Verbe éternel...
« Voici, dit-elle, la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole. »
ou
Pape Benoît XVI
Encyclique « Deus caritas est », § 41 (trad. © copyright Libreria Editrice Vaticana)
Marie, femme de foi, d'espérance et d'amour
Les saints sont les vrais porteurs de lumière dans l'histoire, parce qu'ils sont des hommes et des femmes de foi, d'espérance et d'amour. Parmi les saints, il y a par excellence Marie, Mère du Seigneur et miroir de toute sainteté. Dans l'évangile de Luc, nous la trouvons engagée dans un service de charité envers sa cousine Élisabeth, auprès de laquelle elle demeure « environ trois mois » (1, 56), pour l'assister dans la phase finale de sa grossesse. « Magnificat anima mea Dominum », dit-elle à l'occasion de cette visite : « Mon âme exalte le Seigneur » (1, 46).
Elle exprime ainsi tout le programme de sa vie : ne pas se mettre elle-même au centre, mais faire place à Dieu, rencontré tant dans la prière que dans le service du prochain –- alors seulement le monde devient bon. Marie est grande précisément parce qu'elle ne veut pas se rendre elle-même grande, mais elle veut rendre Dieu grand. Elle est humble : elle ne veut être rien d'autre que la servante du Seigneur (Lc 1, 38.48). Elle sait qu'elle contribue au salut du monde, non pas en accomplissant son œuvre, mais seulement en se mettant pleinement à la disposition des initiatives de Dieu. Elle est une femme d'espérance : uniquement parce qu'elle croit aux promesses de Dieu et qu'elle attend le salut d'Israël ; l'ange peut venir chez elle et l'appeler au service décisif de ces promesses. C'est une femme de foi : « Heureuse celle qui a cru », lui dit Élisabeth.
ou
Saint Jean-Paul II (1920-2005), pape
Allocution 27/11/1983
« Réjouis-toi, comblée de grâce »
La joie est une composante fondamentale du temps sacré qui commence. L'Avent est un temps de vigilance, de prière, de conversion, en plus d'une attente fervente et joyeuse. Le motif est clair : « Le Seigneur est proche » (Ph 4,5).
La première parole adressée à Marie dans le Nouveau Testament est une invitation joyeuse : « Exulte, réjouis-toi ! » (Lc 1,28 grec). Une telle salutation est liée à la venue du Sauveur. À Marie la première est annoncée une joie qui par la suite sera proclamée à tout le peuple (Lc 2,10) ; elle y participe d'une manière et dans une mesure extraordinaire. En elle la joie de l'ancien Israël se concentre et trouve sa plénitude ; en elle le bonheur des temps messianiques éclate irrévocablement. La joie de la Vierge Marie est en particulier celle du « petit reste » d'Israël (Is 10,20s), des pauvres qui attendent le salut de Dieu et qui font l'expérience de sa fidélité.
Pour participer à cette fête nous aussi il est nécessaire d'attendre avec humilité et d'accueillir le Sauveur avec confiance. « Tous les fidèles, qui par la liturgie vivent l'esprit de l'Avent, en considérant l'amour inexprimable avec lequel la Vierge Mère attendait le Fils, seront amenés à la prendre comme modèle et à se préparer pour aller à la rencontre du Seigneur qui vient, ' vigilants dans la prière et remplis d'allégresse '« (Paul VI, Marialis cultus 4 ; Missel romain).
AVENT IV – Dimanche C
Commentaire de l’Évangile
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Commentaire sur l'évangile de Luc, II,19s; SC 45 (trad. G. Tissot; Éd. Le Cerf 1971; p. 81s rev.)
« Marie se leva et partit en hâte pour la montagne »
Il est normal que tous ceux qui veulent qu'on les croie donnent des raisons de croire. C'est pourquoi l'ange (...) a annoncé à Marie, la vierge, qu'une femme âgée et stérile devenait mère, montrant ainsi que Dieu peut faire tout ce qui lui plaît. Dès que Marie l'a appris, elle est partie vers les montagnes — non par manque de foi en la prophétie, ni par incertitude devant cette annonce, ni par doute (...), mais dans l'allégresse de son désir, pour remplir un devoir religieux, dans l'empressement de la joie. Désormais remplie de Dieu, comment pouvait-elle ne pas s'élever en hâte vers les hauteurs ? Des raisonnements lents sont étrangers à la grâce de l'Esprit Saint.
Jusque-là Marie vivait seule, retirée du monde extérieur : elle n'a pas été retenue par sa pudeur de partir en public, ni par les escarpements des montagnes de réaliser son dessein, ni par la longueur du chemin du service à rendre. Cette vierge se hâte vers les hauteurs, une vierge qui pense à servir et qui oublie sa peine ; la charité fait sa force (...) ; elle quitte sa maison et elle part. (...) Vous avez appris la délicatesse de Marie ; apprenez aussi son humilité. La cadette vient vers l'aînée (...), ce qui est supérieur vient à ce qui est inférieure : Marie à Élisabeth, le Christ à Jean, comme plus tard le Seigneur viendra se faire baptiser par Jean pour consacrer le baptême. Et tout de suite se manifestent les bienfaits de l'arrivée de Marie et de la présence du Seigneur, car « dès qu'Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein et elle fut remplie de l'Esprit Saint .» (...) Les deux femmes parlent de la grâce qui leur est faite ; les deux enfants réalisent cette grâce et entraînent leurs mères dans ce mystère de la miséricorde.
ou
Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
2e Sermon pour l'Avent, §1-2 ; SC 166 (trad. SC p. 104s rev.)
« Voici mon bien-aimé qui vient ! Il escalade les montagnes, il franchit les collines » (Ct 2,8)
« Voici le Roi qui vient : accourons au-devant de notre Sauveur » (liturgie de l'Avent). Salomon a fort bien dit : « Le messager d'une bonne nouvelle venant d'un pays lointain, c'est de l'eau fraîche pour l'âme assoiffée » (Pr 25,25). Oui, c'est un bon messager celui qui annonce l'avènement du Sauveur, la réconciliation du monde, les biens du monde à venir. « Qu'ils sont beaux, les pas de ceux qui annoncent la paix, qui annoncent la bonne nouvelle ! » (Is 52,7)...
De tels messagers sont une eau rafraîchissante et une boisson salutaire pour l'âme assoiffée de Dieu ; en vérité, celui qui annonce l'arrivée du Seigneur ou ses autres mystères nous donne à boire « les eaux puisées dans la joie aux sources du Sauveur » (Is 12,3). C'est pourquoi il me semble qu'à celui qui porte cette annonce...l'âme répond avec les paroles d'Élisabeth, parce qu'elle était abreuvée du même Esprit : « Comment m'est-il accordé que mon Seigneur vienne à moi ? Car dès l'instant où le son de ton message a frappé mes oreilles, mon esprit a tressailli de joie en mon cœur, impatient d'aller à la rencontre de Dieu son Sauveur ».
En vérité, mes frères, c'est dans l'exultation de l'esprit qu'il faut aller à la rencontre du Christ qui vient... « Mon sauveur et mon Dieu ! (Ps 42,5) Avec quelle condescendance tu salues tes serviteurs, et encore plus, tu les sauves !... Tu nous as donné le salut non seulement par des paroles de paix, mais par le baiser de paix : c'est-à-dire en t'unissant à notre chair ; tu nous sauves par ta mort sur la croix. » Que notre esprit exulte donc dans un transport de joie, qu'il coure au-devant de son Sauveur qui vient de si loin, en l'acclamant par ces paroles : « Seigneur, sauve-moi ; Seigneur, donne la victoire ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Ps 117,25-26).
ou
Saint François de Sales (1567-1622), évêque de Genève et docteur de l'Église
(in Ephata I, Le Sarment/Fayard 1988)
« Le Puissant fit pour moi des merveilles »
C'est le propre de l'Esprit Saint, lorsqu'il touche un cœur, d'en chasser toute tiédeur. Il aime la promptitude, il est ennemi des délais, des retards dans l'exécution de la volonté de Dieu... « Marie partit en hâte »...
Quelles grâces tombèrent sur la maison de Zacharie lorsque Marie y entra ! Si Abraham reçut tant de grâces pour avoir hébergé trois anges en sa maison, quelles bénédictions tombèrent sur la maison de Zacharie où entra l'ange du grand conseil (Is 9, 6), la vraie arche d'alliance, le divin prophète, Notre Seigneur enclos dans le sein de Marie ! Toute la maison en fut comblée de joie : l'enfant tressaillit, le père recouvra la vue, la mère fut remplie du Saint Esprit et reçut le don de prophétie. Voyant Notre Dame entrer dans sa maison, elle s'écria : « D'où me vient ceci que la Mère de mon Dieu vienne me visiter ? »... Et Marie, entendant ce que sa cousine disait à sa louange, s'humilia et rendit gloire à Dieu de tout. Confessant que tout son bonheur procédait de ce que Dieu « avait regardé l'humilité de sa servante », elle entonna ce beau et admirable cantique de son Magnificat.
Combien devons-nous être comblés de joie, nous aussi, lorsque nous visite ce divin Sauveur dans le Saint Sacrement et par les grâces intérieures, les paroles qu'il dit journellement dans notre cœur !
ou
Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélie attribuée (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 3, p. 1039 rev.)
« L'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi »
Quel mystère nouveau et admirable ! Jean ne naît pas encore et déjà il parle par ses tressaillements ; il ne paraît pas encore et déjà il profère des avertissements ; il ne peut pas encore crier et déjà il se fait entendre par des actes ; il n'a pas encore commencé sa vie et déjà il prêche Dieu ; il ne voit pas encore la lumière et déjà il montre le soleil ; il n'est pas encore mis au monde et déjà il se hâte d'agir en précurseur. Le Seigneur est là : il ne peut pas se retenir, il ne supporte pas d'attendre les limites fixées par la nature, mais il s'efforce de rompre la prison du sein maternel et il cherche à faire connaître d'avance la venue du Sauveur. « Il est arrivé, dit-il, celui qui brise les liens. Et moi je reste enchaîné, je suis encore tenu à demeurer ici ? Le Verbe vient pour tout rétablir et moi, je reste encore captif ? Je sortirai, je courrai devant lui et je proclamerai à tous : Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » (Jn 1,29)
Mais dis-nous, Jean, retenu encore dans l'obscurité du sein de ta mère, comment vois-tu et entends-tu ? Comment contemples-tu les choses divines ? Comment peux-tu tressaillir et exulter ? « Grand, dit-il, est le mystère qui s'accomplit, c'est un acte qui échappe à la compréhension de l'homme. À bon droit j'innove dans l'ordre naturel à cause de celui qui doit innover dans l'ordre surnaturel. Je vois, avant même de naître, car je vois en gestation le Soleil de justice (Ml 3,20). Je perçois par l'ouïe, car en venant au monde je suis la voix qui précède le grand Verbe. Je crie, car je contemple, revêtu de sa chair, le Fils unique du Père. J'exulte, car je vois le Créateur de l'univers recevoir la forme humaine. Je bondis, car je pense que le Rédempteur du monde a pris corps. Je suis le précurseur de son avènement et je devance votre témoignage par le mien. »
ou
Saint Ambroise (v. 340-397), évêque de Milan et docteur de l'Église
Sur Saint Luc 19-21 (SC 45, p. 81-82 trad. alt)
« Marie se leva et partit en hâte pour la montagne »
Dès que Marie eut appris la maternité de sa cousine âgée et stérile, Élisabeth, elle partit. Non par manque de foi en la prophétie, ni par incertitude de l'annonce, ni par doute sur le précédent qui lui était donné, mais dans l'allégresse de son désir, pour remplir aussi un pieux devoir. Dans l'empressement de la joie, Marie se dirigea vers les montagnes. Désormais remplie de Dieu, pouvait-elle ne pas s'élever en hâte vers les hauteurs ? Les lents calculs sont étrangers à la grâce de l'Esprit Saint.
Apprenez vous aussi quel empressement vous devez témoigner à vos parentes près d'être mères. Marie jusque-là vivait seule dans la retraite la plus stricte ; elle n'a pas été retenue de paraître en public par sa pudeur virginale, ni par les escarpements des montagnes de réaliser son dessein, ni du service à rendre par la longueur du chemin. Vers les hauteurs la Vierge se hâte, la Vierge qui pense à servir et qui oublie sa peine, elle dont la charité fait sa force, malgré son sexe. Marie quitte sa maison et elle s'en va vers les hauteurs ... Elle resta chez sa cousine environ trois mois, non pour le plaisir d'habiter chez les autres mais parce qu'étant venue pour rendre service, elle avait ce service à cœur.